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samedi 21 octobre 2023

29ème dimanche ordinaire A - 22 octobre 2023

 A César ce qui revient à César ; à Dieu ce qui revient à Dieu : une devise missionnaire.



(Extrait de Goscinny & Uderzo, Obélix et Compagnie, Dargaud)



  

 

            Comme chaque année, l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre nous fait célébrer la clôture de la Semaine Missionnaire Mondiale. Le thème choisi par le pape François cette année s’énonçait ainsi : Des cœurs brûlants, des pieds en marche.  Il nous invitait ainsi à méditer le récit des disciples d’Emmaüs pour comprendre la démarche missionnaire. En effet, selon la lettre du pape François présentant ce thème, il faut des cœurs brûlants pour les Ecritures expliquées par Jésus, des yeux ouverts afin de le reconnaître et, comme point culminant, des pieds en marche pour nous rappeler que l’on n’évangélise pas depuis son canapé ! L’Evangile de ce dimanche nous invite à sa manière à être missionnaire avec cette parole singulière de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 

            Certains ont voulu voir dans cette phrase l’affirmation avant l’heure des principes de laïcité : César d’un côté et Dieu de l’autre, et prière de ne pas mélanger, César ne s’occupant pas de Dieu et Dieu ne s’occupant pas de César ! C’est, me semble-t-il, se tromper de combat, parce que je ne vois pas bien pourquoi, dès lors que quelqu’un s’engage en politique, il ne pourrait pas le faire au nom de sa foi, et surtout pourquoi, de ce seul fait, Dieu ne s’occuperait plus de lui. Avant d’être un principe séparant les pouvoirs, ce verset est d’abord une occasion de rappeler que le croyant ne peut se soustraire aux autorités qui le gouvernent. Ou, pour reprendre le cas d’école présenté à Jésus (le paiement de l’impôt à un gouvernement que l’on déteste et estime illégitime), rappeler au croyant qu’il ne peut mettre en avant sa foi pour échapper à la solidarité nationale que permet le prélèvement d’un impôt, et rappeler à César et à ceux qu’il gouverne, qu’il ne peut se prendre pour Dieu !  L’impôt à César, la gloire et les honneurs à Dieu ! Nous pouvons y voir là l’étape nécessaire à toute œuvre missionnaire. Quel que soit l’endroit où iront les disciples du Christ, ils reconnaitront les autorités humaines sans les confondre avec l’autorité divine. Et les autorités humaines n’empêcheront pas les disciples du Christ d’annoncer le Royaume. 

            L’histoire de Cyrus, Roi des Perses, nous montre fort justement que celui qui gouverne peut avoir été choisi par Dieu comme son instrument pour rétablir la justice et permettre aux hommes de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Cyrus est celui qui vaincra les Babyloniens qui avaient déporté le peuple juif, et en suite de sa victoire, il sera celui qui permettra le retour en Israël des déportés afin que la gloire de Dieu soit manifestée à son peuple qui jadis s’était détourné de lui. Il faut entendre Dieu parler à Cyrus : Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en-dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. Cyrus est le messie, l’envoyé de Dieu, mais il n’est pas Dieu. Il ne peut s’attribuer ce qui revient à Dieu seul. 

            Il nous faut aussi entendre Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens. L’œuvre missionnaire qu’il a accompli, son annonce de l’Evangile qui porte du fruit à Thessalonique, il ne se l’attribue pas ; il reconnaît que c’est l’œuvre de Dieu : notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine de certitude. Paul ne se prend pas pour Dieu ; il reconnaît l’œuvre de l’Esprit Saint à travers lui, œuvre qui permet une annonce efficace de la Parole. Voici le vrai travail missionnaire rappelé : laisser l’Esprit Saint agir à travers nous. Ce n’est pas amoindrir notre importance ; si nous ne prêtons pas la voix à l’Esprit Saint, qui le fera ? Le missionnaire est utile, important, mais il n’est pas Dieu ; il est à son service. A César ce qui revient à César (dans le cas de Paul, le courage de se mettre en route, d’oser une parole nouvelle), à Dieu ce qui revient à Dieu (la reconnaissance de son Esprit à l’œuvre en nous et dans le monde). Ainsi la foi peut se répandre ; ainsi le Royaume des cieux peut-il être annoncé. 

            Comprenez-vous mieux en quoi la règle énoncée par Jésus (à César ce qui revient à César, à Dieu ce qui revient à Dieu) est missionnaire ? Cette règle peut se décliner ainsi : aux hommes ce qui revient aux hommes, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ou encore ainsi pour qu’elle soit comprise comme une invitation à la mission : aux croyants ce qui revient aux croyants, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ce qui revient aux croyants que nous sommes, c’est de témoigner de ce Dieu qui nous fait vivre et qui nous envoie l’annoncer par notre seul baptême. Si étant croyants, nous n’avons plus le cœur brûlant pour cette Parole à proclamer ; si étant croyants, nous n’avons plus des yeux ouverts sur le monde pour reconnaître Jésus à l’œuvre ; si étant croyants, nous n’avons plus des pieds en marche, comment le Christ parviendra-t-il aux extrémités du monde ? Comment le Christ sera-t-il annoncé ? Comment son Evangile sera-t-il vécu ? A César (c'est-à-dire à nous), ce qui lui revient : annoncer le Royaume et témoigner du Christ ; à Dieu ce qui lui revient : nous donner les mots et la force de convaincre. Quand César est à sa juste place et qu’il reconnaît la juste place de Dieu, alors le monde peut être transformé par la Parole d’amour et de pardon que Dieu ne cesse de répandre par ses disciples. Soyons de ceux-là : ayons un cœur brûlant et des pieds en marche, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le Royaume n’en sera que mieux annoncé. Amen.

vendredi 17 octobre 2014

29ème dimanche ordinaire A - 19 octobre 2014

Dieu et César.



Les Pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. D’emblée est posé le cadre de cette rencontre surprenante entre Jésus et des disciples des Pharisiens et des partisans d’Hérode : un cadre hostile, un piège destiné à faire tomber celui que la foule vient écouter en masse. Je ne sais pas si c’est de la bêtise ou de l’inconscience de vouloir prendre Jésus en défaut sur sa parole ; mais reconnaissons que cela donne un peu de panache à la démarche de ses adversaires. Pouvez-vous imaginer un seul instant réussir à prendre en défaut Jésus, en le faisant parler, lui qui est le Verbe de Dieu selon saint Jean, c’est-à-dire la propre parole de Dieu ? 
 
Les récents enseignements de Jésus (parabole des deux fils, parabole des ouvriers homicides et parabole des invités à la noce) auraient quand même dû les mettre en alerte. Certes, Jésus les a grandement énervés ; mais puisque c’est justement son enseignement qui les excite, pourquoi l’attaquer sur ce point-là ? Ils savent que c’est son point fort ; ils savent que sa parole a du poids ; ils savent qu’il est écouté. Quand tu veux attaquer ton adversaire, trouve son point faible ; ne le provoque pas dans le domaine où il excelle. N’ont-ils donc point de bon sens ? Bref, dès le départ, nous pouvons sentir que l’affaire est mal engagée, et ce n’est pas parce qu’ils viennent à plusieurs contre Jésus seul qu’ils ont un avantage ! 
 
Mais venons-en au piège lui-même. Ils sont futés quand même ; ils commencent par passer de la pommade à Jésus : Maître, nous le savons ; tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Ce qu’ils disent là n’est pas faux, nous le savons bien. L’enseignement de Jésus, sa parole, est le vrai chemin de Dieu. S’ils ne venaient pas en adversaires, nous pourrions louer leur foi, comme Jésus le fit lui-même si souvent pour celles et ceux qui venaient à lui avec un cœur pur. Mais voilà, leur cœur n’est pas pur, leurs intentions ne sont pas bonnes ; ils sont fourbes. Ils essaient de cacher leur piège derrière des paroles suaves. Du coup, leur question passe presque pour anodine, un simple point de détail, une précision toute bête à apporter dans un enseignement déjà riche. Donne-nous ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? La question peut nous sembler futile aujourd’hui, mais pour Jésus, elle est redoutable. S’il répond oui, il s’affichera comme collabo, partisan des Romains, et les foules, qui n’attendent qu’une seule chose, être débarrassé de l’envahisseur, se détourneront de lui. S’il répond non, il sera considéré comme séditieux, appelant à la révolte, et c’est ce même envahisseur, pourtant honni, qui se chargera de lui et règlera le compte de ce gêneur. Nous pouvons mesurer davantage encore la fausseté des paroles mielleuses qui ont introduit la question. 
 
Comment Jésus s’en sort-il ? En retournant le piège contre ses adversaires en trois temps ! Premier temps : Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Et déjà le piège se referme sur eux : ils ont bien en poche une monnaie qui sert à payer l’impôt. Ils ne semblent pas avoir cherché longtemps. Ils l’avaient à portée de main. Ils pactisent donc eux-mêmes avec l’occupant. Deuxième temps : l’effigie et la légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César. Si la possession de la pièce ne suffisait pas, voilà démontré qu’ils savent que c’est de l’argent sale, comme nous dirions aujourd’hui. Ce n’est pas la monnaie qui devrait avoir cours en Israël ; ils savent que c’est une monnaie étrangère, marque de leur soumission à l’impie. Troisième temps : l’enseignement de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Comme pour dire, ne me mêlez pas à vos compromissions. Ce qui est de ce monde, rendez-le à ce monde ; ce qui est du monde de Dieu, rendez-le à Dieu. Il faut alors encore préciser que la liturgie nous prive du dernier verset  de ce passage de l’évangile de Matthieu. Il nous dit la réaction des adversaires à la parole de Jésus : A ces mots, ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. 
 
Qu’apprenons-nous de tout ceci ? Premièrement : Jésus se pose en libérateur. Par son geste, par sa parole, il redonne aux choses leur vraie valeur. Il libère nos esprits étriqués de toute vision étroite ou partisane. Il nous invite à être vrais. Nous sommes vraiment libres lorsque notre oui est oui et notre non est non. En apprenant à rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement, nous sommes engagés dans ce processus de libération. Nous sommes vrais, et dans nos relations humaines, et dans notre relation à Dieu. Deuxièmement : Matthieu nous apprend dans son évangile ce que Jean révèlera dans le sien : nous avons à vivre dans le monde sans être du monde ; non pas évadés dans une bulle spirituelle, mais pleinement présent à la vie des hommes, sans toutefois entrer dans le jeu des compromissions. Si nous avons appris de Jésus à être vrais, alors nous pouvons nous engager dans ce monde, y compris en politique pour transformer le monde, sans jamais céder à l’esprit du monde. Troisièmement : Ayant appris à être vrais, sachant nous positionner justement dans ce monde qui passe, nous pouvons alors avoir une parole vraie, une parole claire, une parole qui éclaire et libère, une parole qui surprend aussi ceux à qui nous nous adressons. Notre parole doit être comme la parole de Jésus ; c’est sa parole que nous devons faire entendre, c’est de sa parole que nous devons vivre. 
 
Pour finir, laissons le dernier mot à la prière de l’Eglise ; l’oraison, que nous avons adressée à Dieu au début de notre eucharistie, nous introduisait magnifiquement à toutes ces découvertes. N’hésitons pas à la reprendre chaque fois que nous sommes confrontés à l’adversité, aux vents contraires ; elle nous indiquera toujours le chemin de la liberté et de la vérité, qui nous permettra de rendre et à César et à Dieu, ce qui leur revient. Dieu éternel et tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d’un cœur sans partage. Tout est là, tout est dit. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)