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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 21 février 2026

1er dimanche de carême A - 22 février 2026

 Connaître le bien et le mal ?




Jérôme BOSCH, le jardin d'Eden, 1503

 



            Voici donc revenu le temps du carême et avec lui, les grands textes bibliques qui nous invitent à sonder nos reins et nos cœurs pour en débusquer le mal et y tracer un chemin de conversion. Quarante jours nous sont offerts pour entendre à frais nouveaux la Parole de Dieu et la laisser agir en nous. La première étape nécessaire pour suivre ce chemin de conversion, c’est la lutte contre le mal qui réside en nous d’abord.

            Au temps de la Genèse, lorsque le monde allait encore selon le plan de Dieu, un seul interdit : ne pas toucher aux fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout le reste était possible ; tous les autres arbres à fruits disponibles. Nous pourrions penser que c’est là un petit sacrifice à faire, et que vraiment, un seul interdit devant la profusion de la création divine, c’était peu de chose et pas si compliqué à réaliser. Mais voilà, à y regarder de près le fruit de cet arbre justement devait être savoureux, il était agréable à regarder, il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. C’est toujours étonnant et consternant de constater que ce qui est permis semble fable et sans goût, alors que l’interdit semble désirable, agréable, savoureux. C’est comme si le mal avait un attrait particulier. Il suffit d’ailleurs de feuilleter un journal. Je m’effraie toujours devant la quantité de faits divers violents, en particulier ceux qui ont pour auteurs des mineurs. Avons-nous échoué collectivement à juguler la violence, à faire comprendre que le bien est préférable, toujours, et que la nature humaine n’a pas été créée pour pencher vers le mal ? N’avons-nous toujours pas compris le sens de cet interdit premier, qui posait comme un absolu de ne pas toucher à l’arbre du milieu du jardin, celui justement de la connaissance du bien et du mal ?

            Cet interdit, contrairement à la parole du serpent dans la Genèse, n’empêchait pas l’homme d’être comme Dieu, puisque Dieu nous a fait à son image et à sa ressemblance. Il nous empêchait simplement de prendre la place de Dieu en lui laissant le soin de définir, à lui seul et pour tous, ce qui est le bien et ce qui est le mal. Car quand chacun décide de ce qui est bien et de ce qui est mal, l’humanité va à la catastrophe, parce que ce qui est bien pour moi peut être jugé mauvais par un autre. Interdire de consommer les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, c’était interdire à tous et à chacun de se faire le juge de ce qui était bien ou mal. C’était marquer le refus clair que le bien et le mal deviennent relatifs, laissés à l’appréciation de chacun, selon des intérêts particuliers, divergeant presque nécessairement des intérêts des autres. Si Dieu se réserve cette connaissance, c’est pour que tous les hommes regardent comme bien le Bien, et comme mal, le Mal. Une même norme pour tous, fixée par le même référent : Dieu, et seulement Dieu, ce Dieu qui avait tout créé par sagesse et avec amour.

            Si le malin échoue à séduire Jésus et à l’entraîner à sa suite, c’est parce que Jésus est vrai Dieu, tout en étant vrai homme. L’Esprit Saint agissant en lui, il peut déjouer les pièges du diable. Il a pour unique mesure le bien défini par Dieu, son Père, et non pas un bien relatif défini par son adversaire. Quand Dieu reste la référence ultime, aucune tentation ne porte de fruits, aucune déviation du bien n’est possible, quand bien même l’adversaire en présenterait une version tronquée. Celui qui marche avec Dieu, sait faire la différence entre le bien et le mal ; celui qui marche avec Dieu et laisse son Esprit le conduire, sait choisir le bien et non seulement rejeter le mal, mais le vaincre aussi. Définitivement. Le diable le quitte, parce qu’il n’a pas de prise sur lui.

            Nous ne sommes qu’humains, vous et moi, mais nous marchons vers notre accomplissement, vers le Royaume où Dieu nous attend et où nous serons à nouveau totalement à son image et sa ressemblance. Et si le péché domine encore sur nous à cause de la faute de nos premiers parents, nous savons aussi, nous qui reconnaissons en Jésus, le Messie de Dieu, qu’il est venu couvrir la multitude de nos fautes et nous offrir le salut. Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Paul nous rappelle ainsi que la faute d’un seul a entraîné le péché de la multitude ; et les péchés de la multitude nous ont valu la grâce d’un seul, Jésus, le Sauveur.

Nos premiers parents n’ont pas su accepter l’interdit unique qui les gardait à l’image et à la ressemble de Dieu ; ne soyons pas ceux qui aujourd’hui n’acceptent pas le salut offert par le Fils unique de Dieu pour nous rendre cette image et cette ressemblance avec lui. Ecoutons sa Parole vivante, laissons l’Esprit reçu à notre baptême agir en nous ; et nous vaincrons, avec le Christ, celui qui veut nous maintenir loin de Dieu, loin du royaume, loin de la vie à laquelle Dieu nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour choisir Dieu ; il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. Que ce carême soit le temps d’un nouveau départ, d’un nouveau Oui au Dieu de l’Alliance et de la Vie. Amen.

samedi 19 septembre 2020

25ème dimanche ordinaire A - 20 septembre 2020

 Mes pensées ne sont pas vos pensées...






(Tableau de Nicolaes Cornelisz Moyaert, Les ouvriers de la dernière heure, Pays-Bas, XVIIème siècle)




          Parmi toutes les difficultés que l’homme peut rencontrer avec Dieu, il en est une qui tient une place particulière parce qu’elle est, au fond, fondamentale : celle de la représentation que nous nous faisons de Dieu. Entre le Dieu que l’Eglise nous présente, ce que l’on comprend de lui et ce que l’on rêve de lui, il y a souvent une large palette, pleine de toutes les couleurs possibles selon que l’on soit de bonne ou de mauvaise humeur, selon qu’il fasse beau ou gris, selon que l’on soit optimiste ou pessimiste… Le prophète Isaïe le résume assez bien dans ce verset entendu en première lecture : Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. 

            Ne nous illusionnons pas : nous avons tous, à un moment ou à un autre de notre histoire, rêvé Dieu. Comme ce serait bien si Dieu était ceci ou cela, s’il faisait ainsi plutôt que comme cela. Les divers courants qui traversent une religion ne sont pas seulement l’expression de sensibilités liturgiques différentes. A y regarder de près, il faut bien convenir que souvent est en cause aussi une manière de représenter Dieu, de parler de lui. Un exemple assez prégnant aujourd’hui concerne la manière d’inviter les gens à la confession : vous aurez ceux qui ne parleront que de péchés, de leur gravité et de la nécessité de les débusquer tous et un par un, et ceux qui vous parleront d’abord de la miséricorde de Dieu. Selon que vous entendrez l’un ou l’autre, vous aurez l’impression de ne pas avoir à faire au même Dieu ; vous aurez d’un côté le Dieu que l’homme ne peut jamais satisfaire et pour qui l’homme est une déception permanente et de l’autre, vous aurez celui qui pardonne sans fin au point qu’on peut se demander s’il ne se fait pas un peu avoir avec son côté bisounours. Et je me rends compte alors de la difficulté qu’il y a à parler de Dieu à une assemblée qui est composée d’hommes, de femmes, quelquefois d’enfants, si divers dans leur parcours, dans leur évolution, au point que je me demande s’il faut tout simplement encore parler de lui. Renoncer à en parler n’est pourtant pas une option. Il nous faut parler de Dieu ; il nous faut le présenter aux hommes. 

            La première lecture et l’évangile de ce dimanche nous invitent alors à le faire en prenant Dieu comme il est, à laisser Dieu être le Dieu qu’il veut être. A l’appel d’Isaïe, allons à la recherche de Dieu tant qu’il se laisse trouver. Mais cherchons-le en laissant là nos catégories, nos schémas de pensée car autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées, dit le Seigneur. Autrement dit, accueillons Dieu tel qu’il se révèle à nous, en nous souvenant du nom qu’il avait révélé jadis à Moïse : Je suis qui je suis, c'est-à-dire je suis celui dont tu auras besoin selon les circonstances de ta vie. Ou encore laisse-moi être pour toi celui que je t’estimerai nécessaire. Laisse-moi être Dieu, quoi ! Une belle manière de nous dire que nous ne pouvons, et nous ne devons pas, mettre la main sur Dieu. Dire à Dieu ce qu’il doit être pour nous, c’est déjà ne plus le laisser être Dieu à sa manière ; c’est déjà en faire une idole. 

            La parabole que Jésus raconte nous montre un maître de domaine qui va employer des ouvriers au petit matin. Il fixe avec eux un salaire qu’ils estiment justes (une pièce d’argent pour la journée de travail) puisqu’ils vont se mettre à son service. Et voilà que le maître du domaine recommence son embauche vers neuf heures, vers midi, vers trois heures et enfin une dernière fois vers cinq heures, à une heure de la fin de journée. La promesse de ce maître à tous ces autres embauchés est de leur donner ce qui est juste, sans autre précision de montant. Quand vient le temps de payer tout ce monde, il donne à chacun la même chose, qu’importe le temps qu’ils aient passé dans la vigne. La réaction des premiers embauchés, payés curieusement en dernier, ne se fait pas attendre. En recevant leur pièce d’argent, ils s’estiment lésés alors qu’ils sont les seuls qui avaient un contrat clair qu’ils ont accepté. Ils ont eu ce qui avait été acté le matin. Leur révolte vient du fait que le maître du domaine a jugé bon de donner à tous ce qu’il n’a défini qu’avec les premiers. Aurions-nous été les premiers que nous aurions sans doute réagi de la même manière. Nous estimons tous que celui qui travaille plus doit gagner plus. Souvenons-nous juste des réactions qu’a pu susciter la proposition d’un salaire universel faite par un candidat aux élections présidentielles. 

            Dès lors que nous imaginons que Dieu est celui qui nous rétribue pour nos actions, il faut que la rétribution soit juste à vue humaine. Ainsi le croyant le plus pieux, le plus ancien, le plus fidèle devrait avoir une meilleure place que celui qui vient de se convertir. Il est encore courant, dans certaines de paroisses, de croire que les gens croyants et pratiquants ont droit, par exemple, à la présence de la chorale pour des funérailles ou pour un mariage, alors que les autres, ceux que l’on ne voit jamais ou si peu, pourraient s’en passer. On me l’a fait comprendre ainsi au début de mon ministère : notre chorale ne chante que les mariages des familles de choristes. Et je pourrais multiplier les exemples de ce genre… Il y a des gens pour croire que, parce qu’ils sont engagés dans la paroisse, parce qu’ils vont à la messe tous les dimanches… ils ont droit à plus de la part de Dieu que le commun des mortels qui ne fait qu’assister à la messe de temps en temps. Nous avons nos valeurs, nos échelles de valeurs, et Dieu, s’il est juste, doit s’y conformer. Les ouvriers de la première heure récriminaient contre le maître du domaine : « Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur ! » 

            Heureusement pour nous, Dieu n’est pas le trésorier payeur général que nous imaginons souvent. Dieu est Dieu, à la manière de Dieu, et non à la manière des hommes. Heureusement aussi que Dieu ne se soucie pas de son image, mais uniquement de sa justice, de sa miséricorde et par-dessus tout, il se soucie de nous, il se soucie de l’homme, de tous les hommes, de tout l’homme. Rien de ce qui fait notre vie ne lui est indifférent : ni nos joies, ni nos peines, ni nos réussites, ni nos échecs. A chacun, quelle que soit sa vie, il propose la même chose : une alliance d’amour appuyée sur sa miséricorde infinie. Il n’y a pas d’autre contrat ; il n’y a pas d’autre rétribution. Dieu nous paie en amour et en miséricorde. Et c’est bien ainsi ; et c’est mieux ainsi pour nous. Ce que nous avons à rechercher, ce n’est pas le strapontin 3628 au paradis parce qu’il est plus proche de Dieu que le 10625. Ce que nous avons à chercher, c’est l’amour de Dieu pour nous ; ce qu’il nous donne d’expérimenter, c’est sa miséricorde à notre égard. Les ayant trouvé et expérimenté, nous serons alors invités à les vivre à notre tour avec nos frères et sœurs en humanité. Entendons bien la parole du maître à l’un des serviteurs de la première heure : Mon ami (noter l’intimité du mot), je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? Qui est assez fou pour dire à Dieu comment il doit être Dieu ? Qui est assez fou pour dire à Dieu que la manière qu’il a d’être Dieu pour nous ne peut pas être la même que celle qu’il a pour d’autres ? 

            Laissons-là nos imaginaires sur Dieu. Laissons Dieu être Dieu à sa manière. Il ne nous en aimera que davantage. Laissons-le exercer sa miséricorde comme il l’entend et non comme nous la pratiquons entre nous. Il pourrait toujours se trouver quelqu’un qui estimerait que nous méritons moins d’amour et moins de miséricorde que lui ; s’il avait une place plus grande dans le cœur de Dieu que nous, nous serions perdus. Laissons à Dieu la possibilité d’être Dieu, pour tous et chacun à sa manière ; laissons l’amour de Dieu et sa miséricorde s’exercer envers nous selon nos besoins, sans nous préoccuper de la manière dont il les exercent pour les autres. Si nous croyons que Dieu est Unique, croyons aussi que son amour et sa miséricorde pour nous sont uniques. Et puisque ce sont les hommes qui sont différents, acceptons que cet amour et cette miséricorde uniques soit exercés de manière différente, pour répondre au mieux aux besoins de chacun. C’est ainsi que notre Dieu unique se veut Dieu pour tous. Amen.

samedi 18 juillet 2020

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2020

Quand les choses se compliquent ! 




          Quand les choses se compliquent ! C’est ce que nous pourrions déduire de la parabole du bon grain et de l’ivraie entendue ce dimanche. Dimanche dernier, la liturgie nous donnait à entendre la parabole du semeur qui sème à tout va le grain de la Parole de Dieu. Il ne se préoccupait pas de la terre ; il semait, tout simplement, avec largesse. Et je vous expliquais qu’il nous fallait comprendre peut-être que nous étions ces différentes terres, tour à tour, selon notre vie, selon notre désir d’entendre et de vivre la Parole. Une fois bord du chemin, une fois chemin empli de pierres, une fois envahi de ronces, une fois bonne terre. Notre vie, notre maturité aussi, nous font évoluer. On ne peut donc pas définitivement classer quelqu’un, voire nous-mêmes, une fois pour toutes. Nous pouvons prendre soin de nous, améliorer la terre que nous sommes, terre qui reçoit la Parole largement répandue. Nous pouvons décider de changer, nous pouvons porter du fruit. 

            Mais voilà donc que tout se complique. Aujourd’hui, Jésus semble dire qu’il y a deux sortes d’hommes, les bons et les mauvais, les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Un monde binaire, en noir et blanc, en bien et mal. L’histoire est simple : Le fils de l’homme sème le bon grain, les fils du Royaume ; le diable sème l’ivraie, les fils du Mauvais. Faut-il les séparer pour que l’ivraie n’étouffe pas le bon grain ? Non, dit Jésus ; il y aura un temps pour cela. Pour l’instant, les deux poussent ensemble jusqu’à la moisson que réaliseront les anges. Ouf, diront ceux qui se souviendront qu’au jour de leur baptême le signe de la croix, le signe de Jésus, a été tracé sur eux. Sûrement, nous faisons partis des fils du Royaume que Jésus a semé. Les méchants, ce n’est pas nous ; ce sont les autres, forcément ! Ah, quel soulagement ! Ils pourront même se dire qu’ils ont bien fait d’aller à la messe ce matin ; ça fait toujours du bien d’entendre dire que les bons, c’est nous. Mais sommes-nous bien sûr que c’est cela que Jésus a voulu dire ? Sommes-nous bien sûrs que Jésus nous délivre un certificat de bonne conduite sous prétexte qu’un signe de croix a été tracé sur nous et qu’un peu d’eau a coulé sur nos fronts ? 

            Nous pouvons comprendre l’histoire au premier degré et entendre le monde dont parle Jésus comme notre terre. Elle a été ensemencée du bon grain des croyants, tandis que le diable a semé le mauvais grain des impies, des non-croyants, des croyants autrement. Il y a des gens qui se complaisent dans cette croyance. Pour eux, le monde se porterait mieux si tous les hommes étaient croyants, et tant qu’à faire si tous les hommes étaient chrétiens, catholiques de surcroît. C’est quand même mieux ! Mais si tel était le cas, pourquoi ne pourrions pas supprimer les mauvais, tout simplement ? Enfin, ce n’est pas bien compliqué quand même ! Il est plus facile de faire le tri entre les hommes dans une ville que de trier les herbes qui poussent dans un champ. A moins que… 

            A moins qu’il nous faille comprendre le monde dont parle Jésus comme désignant l’homme, chaque homme dans sa singularité. Ne sommes-nous pas chacun un petit monde complexe à nous tous seuls ? Et dans ce monde que je suis, Jésus a semé la trace de sa présence et le diable a semé la sienne. En nous, en chacun, pousseraient le bien et le mal ; en chacun de nous, le bon grain et l’ivraie se côtoient. En chacun de nous, un peu de blanc et un peu de noir pour beaucoup de gris. Entre gris clair et gris foncé, il devient difficile de faire le tri et de savoir ce qu’il faut supprimer et ce qu’il faut laisser. Il nous faudrait une fois de plus renoncer à vouloir classer les hommes et regarder notre ‘nous’ profond. Il faudrait regarder notre vie, nos actions, et veiller à ce que la trace de Jésus soit plus présente, plus forte en nous que la trace du diable. Il faudrait que la trace de Jésus brille davantage dans notre vie, pour qu’au moment de la moisson, le bon grain ait envahi tout le champ et étouffé la mauvaise herbe. Il faut que la conversion se fasse ; il faut que Jésus passe, que Jésus triomphe dans notre vie comme il a triomphé de la mort et du péché. La victoire de Jésus doit devenir notre victoire. Nous avons une part à jouer. Jésus a commencé le travail, nous devons l’accueillir et poursuivre son œuvre. C’est pour cela que nous sommes devenus ses disciples par le baptême. Le baptême ne nous dispense pas de vivre et de grandir ; le baptême nous pousse à vivre et à grandir, en sainteté d’abord. La vie que Jésus nous offre, nous devons la faire nôtre. Nous ne serons pas sauvés malgré nous ! Nous ne deviendrons pas bons par une volonté extérieure, fût-elle celle de Dieu. Nous deviendrons bons parce que nous aurons accueilli et fait fructifier en nous la Parole que Jésus sème en nous. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nos rêves de grandeur : c’est la plus petite des graines qui donne un grand arbre, nous rappelle la parabole de la graine de moutarde. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nous mettre en avant : c’est la levure, invisible dans la pâte qui la fait gonfler, nous dit la parabole du levain dans la pâte. 

            Croyants, chrétiens, catholiques, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; mais nous pouvons devenir ce que Jésus attend de nous, ce qu’il a enfoui en nous. Laisserons-nous le grain du diable étouffer ce grain de lumière semé par Jésus ? Ou resplendirons-nous de la présence du Ressuscité ? Il n’est pas de réponse toute faite à cette question. Il n’y aura que la réponse que chacun apportera, dans le secret de son cœur, dans le témoignage de sa vie. Tout est semé : que ferons-nous lever ? Le choix est nôtre. Amen.

 

 (Image trouvé sur Wikipédia [https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bon_Grain_et_l%27Ivraie] Tableau de Heinrich Füllmaurer, L'ennemi semant l'ivraie, panneau tiré du Mömpelgarder Altar, peint vers 1540, Kunsthistorisches Museum, Wien, Autriche)

 

samedi 29 février 2020

1er dimanche de Carême A - 01er mars 2020

Dieu nous apprend l'homme.







Le temps du carême, que nous avons inauguré ce mercredi, veut nous permettre un retour à Dieu, une plus grande attention à sa Parole, une meilleure connaissance de lui et de nous. Pour chacun des dimanches à venir, je voudrais nous mettre à l’école de Dieu lui-même, car il est notre premier enseignant. C’est de lui que nous pouvons recevoir les réponses à nos grandes questions. En ce premier dimanche, Dieu nous apprend l’homme. Nous pourrions aussi bien dire : Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Cette affirmation est bien plus qu’une formule bien balancée ; elle est une partie de notre foi. Pour le chrétien, à cause de Jésus, l’homme et Dieu sont tellement liés, qu’il est impossible de parler de l’homme sans parler de Dieu. A tel point que l’on peut dire que Dieu nous apprend l’homme, et même qu’en Jésus, Dieu nous apprend à être vraiment homme. 

Cette pédagogie de Dieu a commencé dès le premier instant où l’homme a vu le jour. Nous croyons et affirmons que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’homme possède donc en lui une parcelle de vie divine ; il possède au fond de lui l’image même de Dieu. Et pourtant, nous dit le livre de la Genèse, l’homme cherche à être comme Dieu. Première des créatures, placé au sommet de la création pour la conduire et la gouverner, voilà que l’homme veut plus. Le discours de l’Adversaire, tel que le présente le Livre de la Genèse dans l’extrait entendu aujourd’hui, laisse entendre que Dieu voudrait maintenir une distance entre lui et l’homme pour mieux le dominer, voire l’exploiter. Face à Dieu, l’homme ne serait pas vraiment libre. Trompé par le serpent, le voilà qui s’éloigne, qui sort du cadre de l’Alliance. Et il se découvre nu sans cette fidélité à Dieu, nu et vulnérable. Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort, affirme Paul aux chrétiens de Rome. 

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Heureusement que Dieu n’est pas l’homme ! Il aurait pu se mettre en colère, il aurait pu détruire sa création : il n’en fit rien ; il n’en fera jamais rien ! Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère, plein d’amour. Il attendra le jour où l’homme reconnaîtra sa soif de Dieu ; il attendra le jour favorable pour tisser entre lui et l’humanité un lien d’alliance unique. Il nous faudrait ici relire toute la première alliance pour y découvrir cette patience de Dieu. Nous y découvririons aussi l’inconstance de l’homme, sa persistance à vouloir se couper de Dieu. A la fois l’homme reconnaît le lien étroit qui l’unit à Dieu, et à la fois il voudrait s’en défaire, tout en sachant que cela ne lui apportera rien de bon. Au bout du compte, Dieu offre son fils, Jésus. Il devient véritablement l’un de nous. En Jésus, l’homme et Dieu sont sur un pied d’égalité. En Jésus, l’homme trouve sa vraie dimension : celle d’un être aimant, capable d’aimer et capable d’être aimé. En Jésus, Dieu trouve sa véritable expression : il est celui qui permet à l’homme de se réaliser vraiment. De même que par la désobéissance d’un seul être humain [Adam] la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul [Jésus] la multitude sera-t-elle rendue juste, dit encore Paul aux Romains. 

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Jésus a admirablement exprimé ce Dieu qu’il reconnaît comme son Père, celui qui l’a envoyé sauver le monde, au début de sa vie publique. Alors qu’il connaît les tentations propres à chaque homme, il s’appuie sur Dieu et sa parole pour résister à l’Adversaire. Le Dieu qu’il annonce est proche de l’homme ; il se fait nourriture pour lui. Le Dieu qu’il annonce est Sauveur de tous les hommes ; il prend soin de lui en toute occasion. Le Dieu qu’il annonce est plus fort que la mort et le péché ; il est le seul Dieu. L’Adversaire ne peut rien contre lui. Celui qui marche à la suite de Jésus, celui-là sert le même Dieu. Il est donc un homme libre, un homme qui sait poser les choix fondamentaux et orienter toute sa vie grâce à la Parole de Dieu. Il est certes pécheur, mais il se sait sauvé. Il reçoit de Dieu son humanité, il reçoit du Fils l’Esprit de sainteté. Il est pleinement homme parce que pleinement du côté de Dieu. La grâce de Dieu s'est répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ, précise Paul dans sa lettre aux Romains.

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! En Dieu seul, l’homme trouve sa vraie dimension. Ce qu’il cherche au-dehors de lui, il le trouve paradoxalement lorsqu’il plonge au plus profond de lui. Il porte en lui la vie divine, enfouie au fond de son être. Elle resplendira véritablement le jour où il sera totalement uni à Dieu, en parfaite conformité avec sa Parole d’amour. Il sera Dieu lorsqu’il sera vraiment homme. Le Christ nous a ouvert le chemin : ce carême nous est donné pour choisir de le suivre à nouveau ; ce carême nous est donné pour retrouver en nous l’image de Dieu que le péché a obscurci. Avec Jésus, faisons le choix de Dieu ; avec Jésus, faisons le choix de faire grandir le Royaume ! AMEN.

(Tableau de Cranach l'Ancien, Adam et Eve, vers 1526, The Courtauld Gallery, Londres)