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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 19 mars 2016

Dimanche des Rameaux C - 20 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu.





Aujourd’hui commence donc la semaine qui nous mènera jusqu’à Pâques ; nous l’appelons « Semaine Sainte » parce qu’elle nous permettra de revivre, comme si nous y étions, les derniers moments de la vie de Jésus. Nous sommes invités à la vivre non pas dans le souvenir de choses passées, mais avec cette certitude que c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que se déroulent ces événements ; c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que Jésus se livre à nous pour nous sauver. La célébration de ce dimanche a comme particularité d’avoir deux proclamations d’évangile : il y a la proclamation de la Passion que nous venons d’entendre et la proclamation de l’Evangile rappelant l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, faite au tout début de notre rassemblement. Il est celui qui donne le sens de ce jour si particulier. 
 
Je ne sais pas si vous y avez été sensible, mais Luc n’a pas tout à fait le même récit que Matthieu et Marc. Chez Luc, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin… et toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix. Chez Luc, les disciples seulement chantent la gloire de Dieu et de Jésus. Ils savent maintenant qui il est ; ils ont vu les miracles, ils ont entendu l’enseignement de Jésus. Pour eux, plus de doute : Jésus est celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Ceci explique l’injonction faite à Jésus par quelques pharisiens : Réprimande tes disciples !  Expriment-ils ainsi leur crainte de voir la foule convertie à ce que les disciples ont déjà compris de Jésus ? Peut-être ! Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur d’un homme quand il rencontre Dieu ! Nul ne peut maîtriser un cœur touché par la grâce ! Nul ne pourra donc faire taire les disciples : si eux se taisent, les pierres crieront. Il y a des évidences qu’on ne peut cacher plus longtemps aux hommes. Le temps de Dieu est arrivé. Heureux ceux qui passeront du monde des hommes au monde de Dieu à la suite de Jésus. 
 
L’acte premier de ce passage, c’est donc cette gloire proclamée par les hommes. Jésus n’est sans doute pas dupe, lui qui avertissait déjà du danger à tenir sa gloire des hommes. La vraie récompense de Jésus n’est pas dans ces acclamations. La proclamation de la Passion en ce même jour nous rappelle la fragilité et la versatilité d’une foule : aujourd’hui, elle étend ses manteaux et écoute la foule des disciples acclamer Jésus ; demain cette foule criera : Mort à cet homme, laissant Jésus en croix entre deux criminels, tandis que la foule des disciples se tiendra plus loin, pour regarder. S’il nous est bon d’entendre la foule des disciples acclamer Jésus, cela ne doit pas nous induire en erreur pour autant : ce n’est pas cette gloire que Jésus recherche, il n’attend rien d’elle. A nous qui cheminons dans la foi, les acclamations de la foule des disciples nous rappellent ce que nous pouvons croire au sujet de Jésus : il est celui qui vient au nom du Seigneur. Mais elles nous renvoient aussi à notre propre rapport à Jésus, tantôt le cœur tout brûlant pour lui, tantôt plutôt tiède, quelquefois même froid selon ce que nous vivons au quotidien. 
 
Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous refusons de faire miséricorde, lorsque nous demandons la fermeture de nos frontières au prétexte que nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, lorsque nous voulons inscrire dans la loi la déchéance de nationalité au risque de créer des apatrides ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous nous enfermons dans nos petites vies tranquilles, ne faisant de mal à personne, certes, mais oubliant de faire un peu plus de bien ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous n’avons qu’indifférence pour les autres et pour le monde dans lequel nous vivons ? Il est si facile de passer de la foule des disciples qui acclame à la foule qui vocifère contre Jésus ! Il est si difficile de rester un authentique disciple quand surgit l’adversité. 
 
Dans ce drame qui se joue, deux hommes pourtant sont porteurs d’espérance ; deux hommes reconnaissent, au-delà de la personne de Jésus, quelque chose de plus grand ; deux hommes ont déjà fait ce passage du monde des hommes vers le monde de Dieu. Le premier, c’est l’un des criminels condamnés et crucifiés en même temps que Jésus. Cloué sur une croix, il a cependant conscience que Jésus peut encore quelque chose pour lui, qu’un salut est toujours possible : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Le second, c’est un étranger, un ennemi de surcroît : le centurion qui, par nécessité de service, a assisté à tout cela. A la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : Celui-ci était réellement un homme juste. Et voilà qu’il devient impossible de cataloguer les gens, de les ranger soigneusement en les classant en bons et méchants. Le passage du monde des hommes au monde de Dieu oblige à une vérité du regard. Rien n’est comme avant ; toute chose est nouvelle. 
 
Dès le premier jour de cette semaine sainte, nous pouvons mesurer ainsi le chemin qu’il nous reste à parcourir pour quitter ce monde des hommes et entrer dans le monde de Dieu. Nous n’en sommes qu’au premier jour, à la première étape. Chaque jour à venir nous dira comment, à la suite de Jésus, nous pouvons faire ce chemin. A chacun de faire en sorte de n’en manquer aucun. Amen.
 
(L'entrée à Jérusalem, Miniature de O. Khizanetsi, Matenadaran, Erevan, 1307, reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 23 novembre 2013

Christ, Roi de l'Univers - 24 novembre 2013

Deux larrons, Jésus et nous.
 
 
 
Trois hommes. Trois condamnés. Trois réactions face à la mort. Voilà ce que nous présente la liturgie en la fête du Christ, roi de l’univers. Car, pour étonnant que cela paraisse, cette page d’évangile rapportant la crucifixion nous parle bien de la royauté de Jésus. Et c’est justement face à la mort que nous pouvons le mieux approcher cette affirmation de notre foi.
Deux des condamnés sont des malfaiteurs. Leur style de vie, leurs actions passées les ont menés logiquement jusqu’au gibet. Ils ont joué, ils ont perdu, ils paient. Leur réaction face à ce qui arrive est pourtant fort différente. L’un d’eux, véhément, s’en prend au troisième condamné, qui n’est pourtant ni leur complice, ni celui par qui ils se sont fait prendre. Il le met au défi de les sauver, malgré les apparences. Il se place ainsi au même niveau que tous ceux qui regardent la scène et interpellent eux-aussi ce troisième condamné : Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi même !  Ils attendent un signe éclatant, qui prouverait leur folie et leur aveuglement. Ils attendent, en espérant certainement que cela ne se fasse pas. Si Jésus, parce que c’est lui le  troisième condamné, si Jésus donc avait véritablement été le Messie, ils l’auraient reconnu, à coup sûr, et ne l’auraient pas condamné. Celui-là ne peut être qu’un imposteur ! 
 
Le deuxième condamné, s’il a suivi son compère tout au long de sa vie, ne peut plus être d’accord avec lui. Il sait Jésus innocent. Il reconnaît que lui a mérité ce qui lui arrive. Il médite un peu tard sur le sens de sa vie et se tourne vers Jésus avec cette phrase surprenante : Jésus, souviens-toi de moi quand tu reviendras comme roi !  Entendez bien : quand tu reviendras, et non pas quand tu seras dans ton paradis. Il a découvert, sur le tard, que ce Jésus, qui est condamné avec eux, est bien le Roi des Juifs, celui que l’espérance d’Israël leur faisait attendre. Et devant ce Roi couronné d’épine et cloué en croix, il reconnaît le vide de sa vie, espérant le pardon que les hommes lui ont refusé. Il ne crane pas comme l’autre condamné ; il ne hurle pas avec la foule. Il regarde sa vie et se reconnaît misérable. Sans doute est-ce dans cette attitude qu’il faut trouver le qualificatif de « bon » que la tradition attribue à ce larron. Il devient bon au seuil de sa mort. Trop tard, me direz-vous ! Je ne crois pas. En relisant les Ecritures, ne trouvons-nous pas, dans les prophètes, cette affirmation : Quand le méchant se détourne de la méchanceté qu’il avait commise et qu’il accomplit droit et justice, il obtiendra la vie (Ez 18, 27) ? C’est bien ce qui advient à ce malfaiteur. Il a rencontré en Jésus, son Sauveur ; il le confesse comme tel. Jésus peut désormais l’assurer qu’aujourd’hui même, il sera avec lui. Ce faisant, Jésus révèle sa puissance et sa royauté. Il est celui qui combat le mal, il est celui qui fait vivre, il est celui qui relève et protège le pauvre. Il est roi pour celles et ceux qui laissent sa Parole d’amour et de pardon gouverner leur vie. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus est mort sur la croix, librement, pour définitivement vaincre la mort et le péché. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus peut encore quelque chose pour eux, malgré ce qu’ils ont pu dire, faire ou vivre dans le passé. Il est roi pour celles et ceux qui pensent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, ou pour faire mieux. Il est roi pour celles et ceux qui se reconnaissent assez humbles pour n’être pas leur propre roi et laisser leur vie entre les mains de ce condamné. Il est roi parce qu’il aime jusqu’à ce moment crucial où tout semble perdu. Il est roi parce que, même là, sur la croix, il ne veut que le bonheur et la vie des hommes. 
 
En assurant le deuxième condamné de sa présence, dès ce jour, aux côtés de lui, Jésus nous fait entrevoir notre propre destin. Comme ce malfaiteur, nous sommes appelés à vivre avec Dieu. Comme pour ce malfaiteur, il n’est jamais trop tard pour nous mettre à l’école du Christ et changer de vie. Puissions-nous, dès aujourd’hui et tous les dimanches à venir, nous tourner avec foi vers le Crucifié, le Roi de notre vie, et reconnaître en lui celui qui vient nous sauver. Alors nous aussi, dès aujourd’hui, nous serons avec lui dans le Royaume. Amen.