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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 5 mars 2022

1er dimanche de Carême C - 06 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour affronter le mal.



(Gustave Doré, Jésus tenté par le diable)





            Après avoir préparé notre sac, au mercredi des Cendres, pour la route que nous voulons faire avec Jésus au long de ce Carême, après trois jours à commencer en douceur ce temps si particulier, voici une première étape, un premier dimanche pour comprendre mieux à quoi peut nous servir ce temps. Nous faisons route avec Jésus pour affronter le mal. Il s’agit bien d’oser affronter les structures de péché qui peuvent exister dans notre propre existence, mais aussi d’oser affronter la racine même du mal qui détruit notre monde. Le disciple du Christ ne peut pas se contenter de vivre à côté du mal ; le mal lui est insupportable, le mal, il doit le combattre, en lui et autour de lui. 

            Je reconnais volontiers qu’en ce début de Carême 2022, nous sommes servis et plutôt vernis si nous voulons affronter le mal. Après la pandémie qui a pu nous atteindre en profondeur ces deux dernières années, non pas parce que nous aurions été positifs voire malades, mais parce qu’elle a pu changer notre rapport aux autres (les autres, ce sont ceux dont il fallait se protéger, ceux qui pouvaient me rendre malade et dont j’étais invité à me méfier, ceux qui voulaient m’injecter des choses et ceux qui refusaient de se faire injecter…), voilà qu’une guerre éclate à l’Orient de l’Europe. Et déjà nous entendons, en France, des discours qui divisent, des réflexions sur les migrants « de qualité » que seraient les Ukrainiens par rapport aux autres migrants qui ne viennent pas d’Europe, discours qui en d’autres temps nous auraient été insupportables. Le mal est à nos portes, pas seulement dans la lointaine Ukraine, mais à la porte de nos réflexions, à la porte de notre bouche, à la porte de notre cœur. 

            A celui qui veut lutter contre le mal, est donné aujourd’hui un exemple et deux armes. L’exemple, c’est celui du Christ lui-même qui, sitôt baptisé, fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là. Quarante jours à affronter le mal en jeûnant. Nous ne savons pas grand-chose de ce temps, si ce n’est sa conclusion. Luc détaille en effet ce qui s’est passé quand ce temps fut écoulé. Jésus eut faim. Tu m’étonnes ! Il a beau être Fils de Dieu, ne rien manger durant un temps si long, ça donne faim. Le diable intervient alors trois fois ; et par trois fois, Jésus contre ses projets : il ne jouera pas au magicien qui ordonne à cette pierre de devenir du pain ; il n’est pas assoiffé de pouvoir au point de se prosterner devant le diable et pactiser avec lui ; il ne mettra pas à l’épreuve le Seigneur son Dieu. 

            La première arme pour affronter le mal, nous venons de l’entendre, c’est le jeûne. Si nous l’avons mise dans notre sac mercredi, c’est pour que cela serve. Et c’est bien ce à quoi nous invite le Pape François pour prendre notre part au retour à la paix en Ukraine et ailleurs dans le monde. La seconde arme, c’est la Parole de Dieu. Jésus s’oppose au diable en reprenant la Parole à laquelle il est fidèle : Il est écrit dira-t-il deux fois en introduction de sa réponse. Il est dit répliquera-t-il la dernière fois lorsque le diable essaiera de le faire tomber en utilisant à son tour la formule « il est écrit ». Il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder... Jésus lui fit cette réponse : Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Luc semble ainsi nous mettre en garde. La Parole de Dieu ne peut pas, ne doit pas servir à mettre en tentation ; la Parole de Dieu n’est pas faite pour conduire l’homme au mal. La Parole de Dieu est l’arme du Juste, de celui qui reste fidèle à Dieu. Il sait reconnaître les utilisations frauduleuses de cette Parole, et les dénonce. Un chrétien ne peut pas bénir les armes qui servent à détruire ; un chrétien ne peut pas utiliser la Parole de Dieu pour justifier le mal commis ; un chrétien ne peut pas être solidaire du mal qui est fait. Il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir de solidarité avec le mal ; ce serait être tout entier plongé dans le péché ; cela reviendrait à pactiser avec le diable. Ce n’est jamais bon ; cela n’apporte pas jamais rien de bon. Depuis le temps que l’homme essaie, il devrait le savoir, il devrait avoir appris la leçon. Si je suis effrayé d’entendre des hommes et des femmes politiques français qui arrivent presque à justifier les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine, je suis proprement scandalisé d’entendre le Patriarche de Moscou les justifier d’un point de vue religieux. A moins d’avoir l’esprit gravement corrompu et gangrené par le mal, un croyant ne peut sous aucun prétexte justifier des actes mauvais. Les rêves de grandeur, qu’ils soient rêves d’un seul ou de tout un peuple, sont des rêves mauvais car ils entraînent violence, destruction, pauvreté, rancœur et vengeance. Rien de bon pour l’humanité.

            A défaut de pouvoir agir réellement sur les événements du monde, nous pouvons déjà agir sur notre propre vie. Certains pensent que la guerre est un grand mal contre lequel on ne peut rien, mais qu’ils ne font, eux, que de petites choses qui relèvent du domaine du mal. Eh bien, je prétends qu’il n’y a pas de grand mal et de petit mal. Il n’y a que du mal, fait à l’échelle à laquelle je peux le faire. Certains peuvent grand ; d’autres ne peuvent que petit. Mais c’est toujours le mal qui est fait. Disciples du Christ, le mal ne doit même pas faire partie de l’horizon de nos possibles. Rappelons-nous des questions posées lors de la grande nuit de Pâques, lorsque nous renouvelons les promesses de notre baptême. Elles sont formulées ainsi : Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, renoncez-vous au péché ? Pour échapper au pouvoir du péché, renoncez-vous à ce qui conduit au mal ? Pour suivre Jésus le Christ, renoncez-vous à Satan, auteur et instigateur du péché ? Notre réponse, lors de la nuit pascale, doit être notre réponse quotidienne : J’y renonce. Amen.

dimanche 23 décembre 2018

4ème dimanche de l'Avent - 23 décembre 2018

Avec empressement !







En ces derniers jours du temps de l’Avent, nous croisons la route de Marie, le deuxième personnage emblématique avec Jean le Baptiste de ce temps de préparation. Sans elle, rien de ce qui se prépare n’aurait pu être possible. Elle est l’ultime porte qui nous ouvre le temps de Noël.

Lorsque nous la rencontrons, elle est en route. Elle se hâte à la rencontre de sa cousine Elisabeth, enceinte comme elle. L’évangéliste nous dit qu’elle le fait avec empressement pour souligner la hâte de Marie. Pourtant, elle aurait sans doute mieux à faire. Ne devrait-elle pas plutôt se reposer en attendant la naissance de son premier enfant ? Avec empressement : l’expression convient bien et prend un relief particulier en ce jour. Dans deux jours, nous célèbrerons la naissance de celui qui pour l’heure est encore porté par Marie. Avec empressement convient bien aussi parce que cela souligne l’urgence que Dieu ressent à aller à la rencontre de son peuple. Marie, toute disponible à la Parole de Dieu, ne fait que ce que Dieu attend d’elle. Chacun de ses gestes posés avant la naissance de Jésus devient comme une annonce de ce que l’Enfant qu’elle porte réalisera. Marie se hâte d’aller rencontrer sa cousine : Jésus, adulte, se hâtera à la rencontre de tous les hommes, pour leur annoncer le salut en sa personne. Marie prend du temps au service de sa cousine : Jésus fera du service de l’homme le signe de l’attachement à sa personne : pour être mes disciples, faites-vous le serviteur de tous !

La rencontre de ces deux femmes est bien plus qu’une simple visite de politesse, vous l’aurez compris. Lorsque la jeune fille rencontre la femme âgée, c’est le monde nouveau qui salue l’ancien. Un symbole puissant que cette rencontre banale entre deux femmes réunies par le même bonheur : celui d’être bientôt mère. La naissance de ses deux enfants va bouleverser le monde. Celui de la femme âgée va mettre un terme au monde ancien en l’invitant à se tourner vers Dieu. Celui de la jeune fille va inaugurer le monde nouveau, où tous les hommes seront frères, où tous les hommes seront fils de Dieu. La rencontre de ses deux femmes est comme le lancement du processus qui conduira à cette révolution.

L’évangéliste Luc souligne combien la rencontre de ses deux femmes est aussi et surtout la rencontre entre deux hommes : Jésus et Jean le Baptiste, celui qui sera annoncé à tous les peuples et celui qui l’annoncera. Jean le Baptiste tressaillit d’allégresse dans le sein de sa mère lorsque Marie salue sa cousine. Ce monde nouveau est à portée de main. Il suffit d’ouvrir les yeux, il suffit de reconnaître en Jésus celui qui l’inaugure, il suffit de marcher à sa suite. Il saura dire aux hommes l’amour de Dieu pour chacun d’eux ; il saura donner aux hommes une loi nouvelle, pétrie par l’amour de Dieu ; il saura ouvrir les cœurs pour les inonder de cet amour. Jean le Baptiste, encore en gestation, a fait ce chemin qui nous semble à nous quelquefois si long et difficile. Marie a fait ce chemin en restant attentive à la Parole de Dieu et à sa réalisation. Elisabeth et Zacharie feront ce chemin à la naissance de leur fils. 

Il nous reste deux jours pour nous mettre en route, pour aller à la rencontre de celui qui vient inaugurer un monde nouveau. Il nous reste deux jours pour aller à la rencontre de celui qui vient nous visiter. Il n’est jamais trop tard pour se mettre en route. Celui qui vient est notre vie et notre avenir. Il est celui qui nous remplira de joie. Mais il nous faut nous mettre en route ; maintenant ; avec empressement ! Amen


(Enluminure de Frère Jacques)
 

samedi 26 novembre 2016

01er dimanche de l'Avent A - 27 novembre 2016

Marchons à la lumière du Seigneur.




Dimanche dernier, nous avons terminé notre année liturgique sur la contemplation du Christ en croix et cette promesse faite à l’un des condamnés : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. C’était une belle manière de nous rappeler que toute notre histoire est une histoire orientée vers cette rencontre avec Jésus, mort et ressuscité, source de notre vie. Comment, après une telle contemplation, reprendre cette année nouvelle ? La réponse nous est donnée par le prophète Isaïe quand il nous dit : Venez, marchons à la lumière du Seigneur. 
 
Marchons ! C’est donc une invitation dynamique, une mise en route de manière résolue. L’invitation du prophète semble même être pressante : il n’est plus temps de réfléchir. Quelque chose de neuf se prépare, il faut en être ! The place to be, c’est la montagne du Seigneur vers laquelle le prophète veut nous entraîner. Ne pas se mettre en route reviendrait à se tenir hors du concert des nations, car nous ne sommes pas les seuls à nous mettre en route : Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Nous ne sommes pas les seuls à être attirés ou concernés par cette nouveauté qui se prépare. Quel meilleur moyen d’entrer dans une nouvelle année liturgique que celle-là : nous décider à nous mettre en route, à bouger notre foi. Le croyant ne peut rester patiemment assis dans son fauteuil en attendant que le Seigneur vienne à sa rencontre. Il sait que le Seigneur vient ; il se doit de faire sa part ; il se doit de se mettre en route. A partir du 08 décembre, nous aurons pour modèle particulier Marie, puisque nous entrerons dans un Jubilé marial. Et qu’a fait Marie lorsque le Seigneur s’est adressé à elle pour être la mère du Sauveur ? Elle ne s’est pas confortablement installée chez elle ; elle s’est au contraire mise en route rapidement pour se rendre chez sa cousine Elisabeth, qui dans sa vieillesse allait connaître quelque chose de neuf, puisque la voilà enfin enceinte, grâce à Dieu ! Avec Marie, mettons-nous en route sur les chemins qui mènent aux hommes, sur les chemins qui mènent à Dieu. 
 
Marchons à la lumière. Cette dynamique enclenchée par le prophète ne nous plonge pas dans l’obscurité ou dans l’incertitude. Elle est une dynamique de vie, qui nous entraîne vers la lumière. Je sais bien qu’à notre époque moderne, certains voudraient que la foi soit strictement personnelle, et que les chrétiens retournent vers ces catacombes d’où ils n’auraient jamais dû sortir. Comme s’il y avait d’un côté la vie publique, forcément laïque (comprenons, pour eux, libérée de Dieu), et de l’autre la vie religieuse, strictement personnelle, sans aucune prise sur la réalité vécue par les hommes, sans aucune influence sur ce que peuvent vivre les hommes. Les croyants seraient condamnés à une forme de schizophrénie. Le Jubilé de la miséricorde que nous avons vécu nous rappelait fort justement que notre foi se traduit en acte dirigé vers les plus faibles, les plus petits. La foi a donc nécessairement une dimension publique, elle se vit au grand jour, en pleine lumière. Lorsque nous choisissons de vivre notre foi, nous choisissons bien de venir à la lumière. Là encore, nous prenons Marie pour modèle : si elle gardait dans son cœur tout ce qui lui arrivait pour le méditer jour et nuit, elle n’en a pas moins été celle qui a donné le Sauveur au monde. Elle ne l’a pas gardé dans son sein ; elle ne l’a même pas gardé pour elle toute seule ; elle a accueilli le Messie dans sa vie pour le donner à tous les hommes. 
 
Marchons à la lumière du Seigneur ! Notre marche est orientée, notre vie toute entière est orientée. Nous n’allons pas n’importe où ; nous ne suivons pas n’importe qui. Celui qui nous met en route, au-delà du prophète, c’est Dieu lui-même. Celui que nous nous apprêtons à accueillir, c’est celui-là même que Dieu nous envoie, que Dieu envoie vers les hommes pour faire toutes choses nouvelles. Que faut-il faire pour marcher à la lumière du Seigneur ? La réponse est donnée par Paul dans sa lettre aux Romains : rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Comprenons bien que cette marche nous entraîne dans un combat : mais nous ne prenons pas les armes pour nous dresser contre les autres, nous prenons les armes de la lumière pour nous dresser contre le Mal, et d’abord le mal qui est en nous : Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour. A marcher à la lumière du Seigneur, nous ne ferons rien de mal et nous ne craindrons pas le Mal. Nous rendrons au contraire le monde plus beau, plus juste, plus fraternel parce que nous aurons revêtu le Seigneur Jésus Christ. Il est la source de la vie véritable, il est l’amour véritable au cœur de la vie du monde. Là encore écoutons Marie au long du Jubilé qui lui sera consacré à Marienthal : son cantique d’action de grâce met en pleine lumière l’œuvre du Seigneur dans la vie des hommes. En marchant à la lumière du Seigneur, avec Marie, nous rendrons grâce de ce que le Seigneur accomplit en nous et par nous pour rendre à ce monde sa beauté originelle, celle voulue par Dieu depuis les origines : un monde où tous les hommes vivent en frères, un monde où tous les hommes vivent en paix.  
 
Si tu crois que cela est possible, si tu veux participer à cette aventure, prends ton bâton et viens : Marchons ensemble à la lumière du Seigneur, car il vient celui qui sera juge entre les nations, celui qui nous enseigne ses chemins, celui qui nous conduit à la paix. Venez et tenez-vous prêts, car il est tout proche le temps du salut. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)