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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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dimanche 5 mai 2019

03ème dimanche de Pâques C - 05 mai 2019

"Pierre, m'aimes-tu ?", ou comment guérir du cléricalisme !




Les révélations successives des abus qui ont eu lieu dans l’Eglise, et qui ont plongées celle-ci dans une crise sans précédent, n’ont pas manqué de souligner l’une des causes de ces abus : le cléricalisme. Et tous, depuis, de proposer leur solution pour lutter contre cette dérive insupportable ! Un lecteur (protestant quand même) du journal La Croix proposait ainsi, dans un courrier, sa manière, voire la seule manière, de lutter contre le cléricalisme, à savoir : supprimer le clergé. Plus de clergé, plus de cléricalisme ! C’est mathématique, donc scientifique, donc inattaquable comme méthode. Je peux concevoir aisément que pour certains, ce serait là une solution de bon sens ; mais vous ne vous étonnerez pas que je ne partage pas, mais alors absolument pas, cet avis. Je vous laisse deviner pourquoi, si d’aventure quelque doute subsistait dans votre esprit. Je voudrais donc vous proposer une autre voie, ancienne celle-là, qui aurait dû nous éviter à tous de tomber dans ce travers mortifère. Cette réponse, c’est l’évangile de Jean, et particulièrement son chapitre 21 dont nous avons entendu l’essentiel. 


Passons rapidement sur la première partie, l’épisode de la partie de pêche qui se conclut au petit matin par des filets vides… jusqu’à ce qu’un inconnu interpelle les pêcheurs : Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? La réponse négative qui suit, entraîne une suggestion, certains diront un ordre, qui, à sa mise en œuvre, se révèle particulièrement judicieux et fructueux. Ils n’arrivaient pas à tirer [le filet] tellement il y avait de poissons. Cela suffit pour qu’un des compagnons reconnaissent Jésus. Il y a là un premier indice à suivre, et qui se vérifiera rapidement par la suite, pour lutter contre le cléricalisme : obéir à Jésus qui peut se manifester à nous de diverses manières, sans même qu’on le reconnaisse d’emblée. Il est cette voix qui nous dit comment réussir, où chercher, où trouver. Obéir à Jésus, à sa parole, qui jamais ne se trompe et jamais ne nous trompe. Sans doute l’avions-nous oublié, empêtrés que nous sommes quelquefois dans nos fonctionnements, dans nos programmes, dans nos idées, dans nos chapelles, dans nos mouvements… Obéir au Christ qui, au soir du Jeudi Saint, nous a laissé deux signes qui étaient d’abord et avant tout des signes de service : l’eucharistie et le lavement des pieds. Dans ces deux signes, dans ces deux sacrements, nulle place pour du cléricalisme, puisque nous agissons sur ordre du Christ, et à la manière du Christ, à savoir dans l’amour. Quand nous prenons le parti d’agir par amour et dans un esprit de service, il n’y a pas de risque de verser dans ce travers qui est pointé du doigt, ni de la part des prêtres, ni de la part des laïcs qui œuvrent avec eux et qui sont parfois plus cléricaux que les membres du sacerdoce. 


Ceci étant posé, attardons-nous sur la figure de Pierre qui, dans l’évangile de Jean, n’est pas gâtée. Comme il est le seul disciple qu’on ne peut jamais identifier au disciple que Jésus aimait, certains en sont même venus à se demander s’il n’était pas le disciple que Jésus n’aimait pas. Après tout, à part une profession de foi posée au moment de la multiplication des pains, Pierre est quand même dans l’évangile de Jean, celui qui fait toujours ce qu’il ne convient surtout pas de faire, pris au piège par un tempérament sanguin, et qui de surcroit n’a pas été appelé par Jésus, au début de sa mission. Il est un peu là par hasard, suivant sans doute son frère André qui, lui, a été appelé. Pierre est le disciple qui n’a pas su être disciple, qui n’a pas su aimer Jésus, et qui l’a finalement renié. Cette rencontre entre Jésus et Pierre, après la résurrection, est donc tout à fait capitale pour les deux. Que va faire Jésus de celui qui n’a pas osé prendre son parti au moment du procès ? Que va dire Pierre ? Va-t-il se confondre en plates excuses ? Va-t-il tenter de se justifier ? Jésus ne lui en laissera pas le temps. Il l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? C’est peu diplomate, mais cela a l’avantage d’être clair. Alors pourquoi avons-nous l’impression d’assister à un dialogue de sourd qui va se répéter encore deux autres fois ? Parce que la réponse de Pierre ne correspond pas à la demande de Jésus. Le français nous est ici un piège puisqu’il n’a qu’un mot pour parler de l’amour. Or le grec, la langue du Nouveau Testament, en connaît trois : eros (pas la peine de s’étendre sur le sujet), philia (l’amour d’amitié) et agapè (l’amour don de soi absolu). Les deux premières questions posées par Jésus utilise le verbe aimer au sens d’agapè, de don total, et Pierre répond par l’amour philia (l’amitié). Quand je vous disais qu’il était toujours à côté de la plaque. La troisième fois, Jésus adopte la posture de Pierre et utilise l’amour philia : les deux peuvent se rejoindre enfin. Il nous est dit là d’une part qu’il y a deux manières d’exprimer l’amour que l’on a pour Jésus, et que Jésus peut se contenter d’un amour d’amitié, pour commencer. Il n’exige pas tout, tout de suite. Mais il faut commencer par l’aimer, au moins comme un ami aime ses amis pour que quelque chose puisse exister. Nous constatons aussi que Jésus interroge Pierre mais se garde bien de dire à Pierre qu’il l’aime. Non pas que Jésus n’aime pas Pierre ; tout cet épisode nous montre l’amour de Jésus pour celui qui, jusqu’à présent, n’a pas su être authentiquement disciple : il lui confie le troupeau, par trois fois. Sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. S’il ne l’aimait pas, il ne l’aurait pas fait. Jésus, en demandant à Pierre d’exprimer son amour, rend celui-ci sujet de cet amour qu’il porte au Christ. Il le fait ainsi devenir disciple, pleinement, volontairement. En disant son amour, Pierre choisit d’être disciple de Jésus. Il y a là un deuxième indice pour nous libérer du cléricalisme : choisissons-nous Jésus parce que nous l’aimons ou parce que lui nous aime (sous-entendu nous n’aurions plus le choix de l’aimer ou pas, et n’ayant plus le choix, qu’au moins nous ayons des compensations : profitons-en !). Aimons-nous Jésus, au moins de cet amour d’amitié, sachant que Lui pourra nous aider à grandir dans l’amour ? Regardez ce même Pierre dans le Livre des Actes des Apôtres. Il aime plus que d’un simple amour d’amitié puisqu’il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il y a déjà quelque chose de l’amour agapè dans cette attitude. 


Regardons d’un peu plus près encore et écoutons bien ce que dit Jésus à Pierre après que celui-ci ait confessé son amour : sois le berger de mes agneaux ; sois le pasteur de mes brebis ; sois le berger de mes brebis. MES agneaux, MES brebis, et non pas sois le berger de TES agneaux et de TES brebis. Pierre se voit confier un troupeau qui n’est pas, et ne sera jamais, le sien. Il est, sera et restera toujours le troupeau de Jésus, le seul vrai pasteur, le seul prêtre véritable, le seul à qui reviennent la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Parce qu’il est le seul Agneau immolé pour le salut de tous. C’est lui, Jésus, qui sauve par son sacrifice ; c’est lui, Jésus, qui se rend présent dans le pain et le vin consacrés ; c’est lui, Jésus, qui guide aujourd’hui encore son peuple vers le Royaume où il est entré le premier au matin de sa Pâque. Ni Pierre, ni aucun de ses successeurs, ni aucun de ses collaborateurs, n’est et ne sera jamais le Christ. Il est, et nous sommes à sa suite, ceux qui reçoivent le troupeau en héritage pour le nourrir et le protéger (rôle du berger), le guider et le conduire (rôle du pasteur), mais nous-mêmes agissant sous le regard du Christ, nous-mêmes étant comptables devant le Christ. Voilà qui devrait achever de soigner cette maladie du cléricalisme : nous souvenir que si nous sommes placés à la tête du troupeau, nous sommes toujours aussi sous l’autorité du Christ, seul et unique pasteur. Sans lui, nous ne sommes rien ; avec lui, nous pouvons tout pour la croissance et le bien du peuple, parce que lui-même agit en nous, et non pas nous à sa place. Nous sommes les serviteurs et du Christ qui nous a confié son troupeau, et du troupeau que nous devons conduire. Serviteurs et non propriétaires ! Celui qui agirait en propriétaire et non plus en serviteur ne serait qu’un mercenaire, tel que Jésus lui-même l’affirme au chapitre 10 de l’évangile de Jean. Le troupeau n’a ni à suivre, ni à écouter un mercenaire ; il doit tout faire pour s’en protéger.


Pierre, m’aimes-tu ? Tout est dans cette question ; tout était donné dès le commencement de l’aventure. Si en cours de route, certains ont trompé le peuple de Dieu, ont trompé Dieu lui-même, c’est par profond manque d’amour. Ils ne se sont pas donnés au peuple, ils se sont donnés, accaparés un peuple qui ne leur était pas destiné. Ils n’ont donc pas entendu la parole finale de Jésus à Pierre au terme de ce questionnement : Suis-moi. Enfin, pourrait-on dire au sujet de Pierre. Quand l’évangile de Jean se termine, il est enfin invité à suivre Jésus. Parce que l’amour, même d’amitié qu’il a proclamé en faveur de Jésus, le rend capable de commencer à être disciple, avant que l’amour agapè ne le rende capable d’être l’Apôtre que nous contemplons dans les Actes. Apprenons de Pierre à dire à Jésus notre amour sincère pour lui et nous serons tous, quel que soit notre état, quelle que soit notre mission, ajustés à Jésus pour ne jamais tomber dans le cléricalisme qui nie tout amour. Apprenons de Pierre qu’il n’est jamais trop tard pour bien aimer Jésus, pour bien aimer ceux qu’il met sur notre route. Apprenons de Pierre et comme lui, commençons à aimer. Amen.






samedi 3 novembre 2018

31ème dimanche ordinaire B - 04 novembre 2018

De Jésus, apprenons ce qu'aimer veut dire.







J’aime beaucoup la langue française, sa musicalité, la richesse de ses nuances ; mais je dois bien reconnaître qu’en matière d’amour, elle manque de vocabulaire. Ainsi, le français aime-t-il la glace à la vanille comme il aime une personne. Un même mot pour exprimer des réalités pourtant différentes. Il y a alors un risque réel de ne plus vraiment savoir ce que signifie ce mot, à force de l’utiliser à tort et à travers. Et je me mets à rêver que la langue française déploie ses trésors d’inventivité pour décliner ces réalités diverses avec des mots divers pour garder au verbe Aimer toute la richesse que le Christ lui donne dans l’évangile de ce dimanche. 

Remarquez bien l’habileté de Jésus : pour ne pas gâter ce beau mot, il le décline sous trois modes inséparables. Il ne crée rien de neuf : vous trouverez déjà ces trois modes dans des textes du Premier Testament. Nous en avons eu un exemple dans la première lecture, quand Moïse exhorte le peuple : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ce qui peut être nouveau, c’est la manière dont Jésus lie tout cela. A la question du scribe, Jésus répond ainsi : Voici le premier, et il cite la parole de Moïse à son peuple que je viens de rappeler. Puis il ajoute : Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (une reprise de Lévitique 19, 18). Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Les trois modes de l’Amour sont donnés en deux versets : aimer Dieu, aimer l’autre, s’aimer soi. Ces trois modes ne sont pas à vivre dans une succession à définir, mais ensemble. Jésus nous dit qu’on ne peut approcher le véritable amour qu’en aimant et Dieu et l’autre et soi, dans un même mouvement. Prenons le temps de bien comprendre cette articulation donnée par Jésus. 

Aimer Dieu, voilà qui semble à beaucoup de nos contemporains comme une curiosité de l’histoire. A force de reléguer Dieu aux oubliettes de l’histoire, pourrait-il en être autrement ? Pourtant, toute la révélation biblique s’accorde sur ce point. Il n’y a pas de véritable amour possible sans cette découverte fondamentale : je suis aimé de Dieu et je suis appelé à l’aimer en retour. Ce que saint Jean traduit ainsi : Dieu EST amour. Autrement dit, c’est parce qu’il se sait aimé de Dieu que le croyant se découvre capable de l’aimer en retour. C’est parce qu’il est aimé de Dieu que le croyant devient capable d’amour. Pour aimer, il faut avoir fait l’expérience de l’Amour total que Dieu porte à tous les hommes. Aimer Dieu, c’est comprendre que l’amour est plus grand que tous les sentiments humains ; que l’amour est plus fort que tout ce que l’homme peut imaginer. Se pose alors une question d’importance : celui qui ne connaît pas Dieu, est-il capable d’aimer ? Bien sûr. Mais il aimera d’un amour humain, d’un amour marqué par les limites de notre commune humanité. Ne pas connaître Dieu, ou refuser l’idée d’un dieu, n’empêche pas d’aimer, heureusement ! Mais je crois que cela limite notre manière d’aimer. En effet, c’est en Jésus que Dieu a montré à l’humanité jusqu’où pouvait, jusqu’où devait aller l’amour. En Jésus, Dieu nous apprend qu’il est la source de l’amour ultime. Aimer Dieu, c’est découvrir au fond de soi la capacité d’aimer comme lui puisque nous sommes faits à son image et à sa ressemblance. 

Nous pouvons alors aborder le deuxième terme de l’enseignement de Jésus : aimer son prochain. Voilà qui semble acquis à beaucoup. L’homme comprend très vite qu’il ne peut pas vivre en faisant constamment la guerre aux autres. Vient toujours le moment où il doit surmonter sa rage, sa méfiance, pour dire à l’autre, qu’à défaut d’avoir du prix pour lui, il peut vivre en bonne intelligence avec lui. Finalement, aimer l’autre, c’est peut-être reconnaître qu’il st comme moi : aimable, capable d’aimer, capable d’être aimé, malgré ses défauts et avec ses qualités. Aimer l’autre, c’est donc l’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire forcément différent de moi, forcément différent de ce que j’en attends. Lorsque Jésus nous presse d’aimer l’autre, il lie cet amour de l’autre à l’amour de Dieu. Là encore, l’Apôtre Jean a bien saisi l’enseignement du Christ. Dans sa première lettre, il nous dit que celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour de l’autre devient, pour Jésus, la marque de l’amour de Dieu. L’autre devient le sacrement de l’amour de Dieu, c’est-à-dire le signe visible de l’amour invisible que je porte à Dieu. Voilà Dieu et l’homme unis de manière absolue. Il ne nous est plus possible de dissocier ce que le Christ a si fortement uni. 

Reste alors le troisième terme de l’enseignement de Jésus : s’aimer soi. Voilà qui peut s’entendre comme quelque chose de nouveau. Nous avons tous été marqués par une sorte de maladie qui nous faisait refuser l’amour de soi. Personne n’aurait l’idée de dire : je m’aime ! Cela paraîtrait pour le moins curieux. Pourtant Jésus nous dit : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même, c’est-à-dire comme tu t’aimes. Comment, en effet, puis-je manifester de l’amour à quiconque si je ne me supporte pas. Il ne s’agit pas de devenir narcissique, mais de se reconnaître capable d’aimer, de se reconnaître tel que Dieu nous a fait, à son image et ressemblance. Comment puis-je accepter que l’autre ait des limites et ne soit pas parfait, si je ne découvre pas d’abord mes propres limites, ma propre imperfection ? Comment croire que l’autre est capable d’amour envers moi, si je ne suis pas capable d’accepter l’image que me renvoie mon miroir ? A moins que Jésus ne veuille dire : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même tu es aimé. Ceci peut s’entendre si le « comme tu es aimé » sous-entend bien « par Dieu ». Jésus nous dirait donc : aime Dieu et ton prochain de l’amour que Dieu lui-même te porte. 

Aimer Dieu, aimer son prochain et s’aimer soi : trois pendants d’une même réalité donc. Supprimer une seule forme d’amour, et vous amputez l’homme dans sa capacité à aimer. Si je ne m’aime pas, je ne suis pas capable de croire que quelqu’un puisse m’aimer vraiment. Si je n’aime pas les autres, je ne suis qu’un égoïste. Si je n’aime pas Dieu, mon amour sera toujours limité par mon humanité. Croyants, nous avons la chance de découvrir dans l’enseignement et dans la vie de Jésus le sens profond et véritable de ce mot : Aimer. Puissions-nous toujours fréquenter ce maître et apprendre de lui à aimer davantage, à aimer toujours mieux. Car seul l’amour nous sauvera ; seul l’amour nous fera entrer totalement dans le monde de Dieu. AMEN.

 
 

samedi 9 mai 2015

06ème dimanche de Pâques B - 10 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à demeurer dans l'amour.





Suffit-il que quelqu’un, fût-ce Jésus, dise quelque chose pour qu’aussitôt nous y accordions du crédit ? Suffit-il que quelqu’un, fût-ce Jésus, dise des paroles profondes pour qu’aussitôt nous changions notre manière de vivre, notre manière d’être ? Si tel était le cas, nous serions tous des piliers d’Evangile, solidement enracinés en Jésus. Si tel était le cas, ce serait le paradis sur terre. Puisque tel n’est pas le cas, apprenons des Apôtres à demeurer dans l’amour. 
 
Le discours de Jésus à ses Apôtres, au soir de sa mort, est limpide : il leur demande de demeurer dans son amour, et d’aimer vraiment, à leur tour, comme ils sont aimés de lui. Remarquez bien qu’il dit ceci à quelques heures de son procès et de sa mort. Cet appel à l’amour peut donc aussi s’entendre comme un appel à ne pas chercher à le venger, à ne pas détester les adversaires de Jésus. Si tel était le cas, comment ses disciples pourraient-ils accomplir leur mission et témoigner de lui, après sa résurrection, devant ceux-là même qui l’ont mis à mort ? C’est bien cet amour que Jésus leur porte qui va leur donner la force d’affronter leurs opposants et d’annoncer clairement la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. 
 
Remarquons aussi le verbe que Jésus emploie pour parler de l’amour. Il invite ses disciples à demeurer dans son amour. En français, nous pouvons le rapprocher du verbe « habiter ». Ce passage d’évangile nous renvoie alors immanquablement au prologue de l’évangile de Jean : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. De même qu’avec l’incarnation, Dieu a planté sa tente au milieu de son peuple pour demeurer avec lui, de même avec la rédemption, l’homme est invité à demeurer en Dieu et en son amour. L’homme et Dieu sont partenaires d’une alliance scellée dans l’amour du Fils unique. L’homme n’est plus le serviteur de Dieu, et devient son ami : je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. En accueillant l’amour du Christ, en vivant de cet amour, nous vivons dans l’intimité du Père, connaissant les projets de son amour. 
 
Dans la jeune communauté croyante, cela se traduit de manière très concrète. Nous avons entendu, en première lecture, la rencontre de Pierre et du Centurion Corneille, et comment Pierre reconnaît que l'Esprit Saint précède l’œuvre de prédication évangélique. Et Pierre va donner le baptême à Corneille et à toute sa maisonnée. L’acte qu’il pose est révolutionnaire ! Corneille est non seulement païen, mais encore ennemi : il est officier dans l’armée d’occupation ! Comment croire que lui aussi est appelé au salut ? Même pour Pierre cela n’a pas été évident. Il suffit de lire dans les Actes le passage qui précède celui que nous avons entendu. Il nous montre le combat que l’Apôtre mène avec lui-même dans la vision qui se présente à lui. Pendant qu’on lui préparait à manger, [Pierre] tomba en extase. Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait : on aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins, et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : « Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange ! » Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! » À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s’adressa à lui : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » Cette vision a préparé Pierre à poser cette affirmation : En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Quand nous reconnaissons l’amour de Dieu qui demeure chez quelqu’un, l’ennemi devient ami, le païen devient croyant. Voilà ce que fait l’amour de Dieu ! 
 
L’Apôtre Jean va encore plus loin, en affirmant dans sa première lettre que l’amour est le signe que l’homme connaît Dieu et qu’il est à Dieu : Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Nous ne couperons donc pas à la nécessité d’aimer si nous nous disons disciples du Christ. C’est un caractère de reconnaissance et de cohérence. L’Apôtre affirme ceci, plus loin dans le même chapitre de cette épître : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. Il n’y a donc pas deux manières d’aimer : ou tu aimes, et tu aimes tout le monde (Dieu et les hommes), ou tu n’aimes personne ! C’est radical, mais efficace ! 
 
Avec l’Apôtre Jean, nous découvrons la radicalité de l’amour et nous apprenons à demeurer dans cet amour, à nous laisser habiter par lui. Avec l’Apôtre Pierre, nous comprenons ce que cela signifie dans un cas très concret. En rentrant chez vous, je vous invite à reprendre la lecture des Actes des Apôtres avec cette clé que nous livre la liturgie de ce dimanche : avec les Apôtres, vous apprendrez à demeurer dans l’amour et vous verrez votre vie changer en mieux. N’est-ce pas le but de toute prédication ? N’est-ce pas le désir de tout croyant ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les presses d'Ile de France)

vendredi 24 octobre 2014

30ème dimanche ordinaire A - 26 octobre 2014

L'amour véritable.




S’il nous fallait choisir une seule phrase de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, ce serait assurément ce double commandement qu’il livre aujourd’hui à ses contradicteurs qu’il nous faudrait retenir. L’amour de Dieu et du prochain, irrémédiablement lié, éternellement associé. Depuis que Jésus a été interrogé sur le cœur de la Loi, nul ne peut ignorer qu’il s’agit, dans un même mouvement, d’aimer Dieu et le prochain. Et pour ceux qui n’auraient pas tout compris, saint Jean, dans l’une de ses lettres, enfonce le clou en proclamant : Celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur ! Il nous faut donc tenir pour acquis que notre amour de Dieu se vérifie dans l’amour des frères, et que notre amour des frères renforce notre amour de Dieu. 
 
Faisons un pas de plus. A l’origine de l’amour, il y a Dieu. J’aime à le croire. Et ma conviction en est renforcée chaque fois que je vois les hommes incapables d’aimer par eux-mêmes. Je parle là de cette qualité d’amour qui nous fait accepter l’autre tel qu’il est ; cette qualité d’amour qui me pousse au pardon lorsque l’autre me blesse ; cette qualité d’amour qui me permet de comprendre que l’autre n’est pas mon objet, ma possession, mais un être libre, avec son histoire propre, ses qualités et ses défauts. Nos réflexes humains nous poussent le plus souvent à aimer qui nous aime, le temps qu’il nous aime ou qu’il nous plaît, et à ignorer l’autre le jour où il nous blesse, ou simplement parce qu’il ne correspond plus à ce que nous avions entrevu ou imaginé à son sujet. Mais là n’est pas le véritable amour. Pour apprendre comment aimer, il me faut regarder vers la source de l’amour. Rien ne vaut alors la fréquentation des textes bibliques, qui ne sont finalement que la mise en page de l’amour immense de Dieu pour nous. De la première aube jusqu’à la fin des temps, Dieu aime passionnément l’humanité. Toute la Bible en témoigne. C’est l’amour de Dieu qui est créateur ; c’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui suscite les patriarches, les rois et les prophètes. C’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui engendre le Christ en Marie, offrant au monde la Source du salut en cet enfant, Dieu fait homme. C’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui se livre sur la croix, alors que tous, croyants et païens, rejettent ce Dieu Sauveur, venu annoncer aux hommes qu’ils sont faits pour vivre ! C’est encore l’amour de Dieu pour l’humanité qui ressuscite ce Fils unique et propose à tout homme qui croit en lui d’être libéré à son tour du mal et de la mort. Il n’y a pas de place, en Dieu, pour la vengeance, l’humiliation, la revanche. Seul l’amour est vrai. Seul l’amour donne vie. Et c’est à cet amour-là que nous sommes invités à nous conformer ; c’est de cet amour-là dont parle Jésus ; c’est cet amour-là qu’il nous invite à vivre. Un amour qui est de toujours et pour toujours. 
 
L’amour devient ainsi comme la marque de fabrique du croyant. Jésus le dira à ses disciples : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Non pas que nous soyons meilleurs que les autres, mais nous avons, perpétuellement devant les yeux, et au plus profond de notre cœur, l’exemple de Jésus qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous. Comment, ayant bénéficié d’un tel amour, ne pas chercher à en faire bénéficier d’autres ? Si notre baptême nous configure bien au Christ Sauveur, nous avons reçu de lui ce qui est nécessaire pour vivre et aimer comme lui. N’est-ce pas son Esprit qui habite en nous ? N’est-ce pas son Esprit qui nous fait vivre ? Peut-être nous faut-il revenir à la source même de notre baptême pour y puiser la force d’aimer ! Et si notre amour est quelquefois défaillant, nous pouvons puiser encore à la source du pardon que Dieu nous offre, pour goûter ainsi à la joie qu’il y a d’être aimé, malgré nos faiblesses. Nous pouvons aussi nous approcher de la table de l’Eucharistie où Dieu rend actuel le sacrifice de son Unique : nous pouvons recevoir ici la vie même de Dieu et faire mémoire de son amour pour nous. Nous le voyons : Dieu nous demande d’aimer comme il aime, parfaitement. Mais il nous donne aussi, à travers ses sacrements, les moyens nécessaires pour vivre et faire grandir un tel amour. Dieu ne nous demande rien d’impossible ! Agissant pour nous dans ses sacrements, il éveille en nous la possibilité d’aimer vraiment. 
 
Rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, nous pouvons rendre grâce pour ce que l’amour de Dieu réalise pour nous chaque jour ; et nous pouvons faire nôtre l’exclamation du psalmiste : Je t’aime, Seigneur !  L’aimant lui de tout notre cœur, nous verrons s’ouvrir devant nous les chemins qui nous mènent vers nos frères en humanité pour construire avec eux un monde de paix et d’amour. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 19 novembre 2011

Christ, Roi de l'univers A - 20 novembre 2011

Que signifie accueillir le Christ, Roi de l'univers ?





C’est une bien belle manière de terminer l’année liturgique que de la consacrer au Christ, Roi de l’univers. Comme le chantera la préface tout à l’heure, nous reconnaissons, au terme d’un parcours avec l’évangéliste Matthieu, que Jésus est bien celui que Dieu a envoyé pour établir un règne de vie et de vérité, un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice d’amour et de paix, dans lequel l’homme et Dieu vivront réconciliés. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement pou nous ? Qu’est-ce que cela veut dire d’avoir le Christ pour roi de l’univers ?

Accueillir le Christ comme roi de l’univers dans ma vie, c’est d’abord me laisser chercher par lui. Nous considérons souvent que la vie spirituelle consiste à chercher Dieu. Mais la Bible nous apprend que c’est Dieu qui cherche l’homme. Relisez la Genèse, quand l’homme et la femme ont désobéi à Dieu. Ils se cachent devant sa face et Dieu se met à leur recherche : homme, où es-tu ? Relisez le prophète Ezéchiel que nous avons entendu en première lecture : Maintenant, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis et je veillerai sur elles… la brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Relisez aussi les évangiles et contemplez Jésus allant à la rencontre des hommes et des femmes de son temps, et particulièrement vers celles et ceux qui sont blessées, exclues, pour leur dire qu’ils sont du peuple que Dieu se donnent, qu’est venu le temps de la délivrance, le temps du salut. Oui, reconnaître le Christ comme Roi de l’univers, c’est accepter qu’il nous trouve, qu’il entre dans notre vie pour y faire son œuvre de salut. C’est accepter que lui seul puisse redresser en nous ce qui est courbé, que lui seul puisse guérir en nous ce qui est malade. C’est accepter que Dieu m’aime et qu’il peut et veut faire quelque chose pour moi.

Accueillir le Christ comme roi de l’univers, c’est aussi reconnaître que c’est sur la croix qu’il manifeste le mieux sa royauté. C’est bien en livrant sa vie sur la croix qu’il réalise ce que personne n’a jamais fait et ne fera plus jamais pour nous : il livre sa vie en échange de la nôtre ; il livre sa vie pour que nous puissions vivre. Là, sur la croix, il détruit l’ultime ennemi de l’humanité : la mort elle-même. Plus rien désormais ne peut nous tenir éloignés de Dieu, si ce n’est nous-mêmes et notre liberté. Dans sa mort et résurrection, le Christ est ce pasteur qui est allé à la rencontre de ses brebis, qui s’est livré pour elles, qui a pris soin d’elles. Seul notre refus de Dieu peut désormais nous tenir éloignés de lui. D’où la nécessité d’un jugement que le Christ devra prononcer lors de son retour, non pour punir, mais pour unir en Dieu celles et ceux qui se seront laissés sauver.

Accueillir le Christ comme roi de l’univers, c’est nécessairement alors vivre de telle manière que nous manifestions, dès maintenant, par nos actes que le Christ nous déjà trouvé et sauvé. Le récit du jugement dernier que nous avons entendu est intéressant. Il nous montre le Christ revenant dans sa gloire et séparant les hommes, les uns des autres. Deux groupes distincts, mais à qui sont faites les mêmes réflexions : J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison. En un mot, les grands besoins fondamentaux de tout humain : nourriture, boisson, accueil (logement), vêtement, compassion et miséricorde. Et un constat : tu l’as fait pour moi ou tu ne l’as pas fait pour moi. La même surprise, des deux côtés : quand t’avons-nous vu, Seigneur ? Quand avons-nous fait (ou pas fait) cela pour toi ? Et la même réponse : chaque fois que vous l’avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). Ceux qui auront choisi et accueilli le Christ comme leur roi, en toute chose, durant leur vie, seront accueillis par lui pour avoir vécu selon son unique commandement : Aime Dieu et tes frères. Nous reconnaissons le Christ comme notre roi lorsque, comme lui, nous servons nos frères. Si nous ne le faisons pas pour eux, faisons-le au moins parce qu’à travers eux, nous rencontrons le Christ et nous nous laissons rencontrer par lui. Le visage du Christ est imprimé en chacun de nous depuis que Dieu s’est fait homme, depuis qu’il s’est irrémédiablement lié à nous.

Sachant que nous sommes tous le pauvre de quelqu’un et le riche d’un autre, nous avons tous à servir et à nous laisser servir pour construire ce monde, ce règne de justice, d’amour et de paix. Ainsi nous correspondrons toujours mieux à ce que Dieu a voulu faire de nous lorsque, au commencement, il nous a créés dans son amour. Et nous entendrons notre roi nous dire, à son retour : Venez, les bénis de mon Père, et recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Quel beau retour à la maison que ce jour-là ! Amen.



(Photo de Quentin Urlacher)

vendredi 28 octobre 2011

31ème dimanche ordinaire A - 30 octobre 2011

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé !




Il existe, dans l’évangile, des versets dangereux, dangereux pour notre vie. Jésus lui-même nous en donne un aujourd’hui. Il est dangereux parce que mal compris, il pourrait mener à des impasses dont l’Eglise aura du mal à sortir. Dans l’Evangile de ce dimanche, c’est le dernier verset du passage d’évangile que nous avons entendu : Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Plutôt que de le supprimer, essayons de mieux le comprendre.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. A priori, il n’y a rien de méchant dans cette phrase, même si elle sonne comme un avertissement. Et c’est peut-être là son premier danger. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette citation peut entraîner une certaine paresse humaine ou spirituelle. N’est-ce pas, si je ne fais rien, je ne fais rien de travers et donc je ne risque rien. Or, Jésus ne nous demande pas de ne rien faire ; il nous demande de veiller à la manière dont nous faisons les choses. Ce que Jésus met en cause, ce ne sont pas les personnes qui agissent, qui commandent, qui ont en charge une responsabilité qui les place aux avant-postes. Non, ce que Jésus met en cause, c’est la manière dont elles s’acquittent de cette charge. Pour Jésus, tout commandement, toute fonction à la tête d’une organisation, d’une cité, d’une Eglise, est d’abord un service à rendre à tous. Il s’agit de ne pas se gonfler d’orgueil ; il s’agit de ne pas se transformer en petit chef, exigeant avec les autres et très peu pour soi. Monter en première ligne parce qu’il y a un service à rendre et non pour briller ou pour écraser les autres. L’exercice de l’autorité est toujours un service de la communauté humaine ou spirituelle à laquelle j’appartiens.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase, mal comprise, peut aussi en inciter certains à ne jamais se reconnaître de mérite, à refuser toute promotion, à refuser toute ambition. C’est un second danger. Refuser tout ce qui pourrait être risqué pour moi mais utile pour les autres. Surtout ne pas se faire remarquer. Pour vivre heureux, vivons cacher. N’est-ce pas, si les autres ne me voient pas, je ne risque rien ! Elémentaire, mon cher Watson ! Ce genre de compréhension a été fatal, me semble-t-il, dans certains milieux. L’ambition était toujours suspectée, la réussite mal vue. Or une saine ambition est nécessaire et même souhaitable. Sans cela, notre société n’évoluerait pas, et chacun resterait sagement à sa place, sans mettre en œuvre les talents que Dieu lui a confiés. Ce serait aussi reconnaître que l’homme ne peut pas progresser et nous aurions tôt fait de séparer le monde en classes auxquelles nous appartiendrions par notre naissance et jusqu’à notre mort. Les riches sont condamnés à rester riches et les pauvres à rester pauvres ; qu’ils n’essaient même pas de s’en sortir. L’affirmation de Jésus ne vise pas le désir de changer le monde. Au contraire, nous devons tous nous engager pour élever l’humanité, lui permettre de grandir et d’offrir à tous les mêmes chances, un même bonheur, une même fraternité. Non vraiment, Jésus ne s’oppose pas à une saine ambition au service d’un mieux être pour tous.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase de Jésus est peut-être d’abord une invitation à l’imiter. Lui qui, tout en restant l’image même de Dieu n’a pas voulu revendiquer d’être pareil à Dieu. Au contraire, il s’est anéanti, devenant l’image même du serviteur et se faisant semblable aux hommes… Il s’est abaissé, et dans son obéissance, il est allé jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout (Ph 2). Dans l’agir de Jésus, la seule ambition est le salut des hommes ; dans l’agir de Jésus, la seule autorité est celle de l’amour offert ; dans l’agir de Jésus, la seule priorité c’est l’autre. Quand il en sera devenu ainsi pour nous, nous n’aurons plus besoin de cet avertissement de Jésus, car nous tiendrons notre juste place, celle où Dieu nous veut, pour transformer avec lui le monde, pour changer avec lui le cœur des hommes.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Dangereuse si mal comprise, cette affirmation de Jésus est une invitation à toujours mieux servir, à toujours mieux être attentif à ce que Dieu attend de nous pour un meilleur service des autres. En nous mettant à l’école du Christ, notre seul Maître, nous pourrons progresser dans notre vie humaine, sociale et spirituelle sans craindre d’être un jour abaissé. Loin d’être un encouragement à la paresse ou à la peur du risque, elle est plutôt encouragement à aimer mieux, à servir mieux, à accueillir mieux la sainteté que Dieu lui-même nous offre. Il n’y a pas de mal à mieux aimer ; il n’y a pas de mal à mieux servir ; il n’y a pas de mal à être plus saints. Bien au contraire ! Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)