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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 24 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour nous attacher au Ressuscité.



(Jésus ressuscité et Thomas, Source internet)




        Si vous avez été attentifs durant notre temps de carême, vous aurez remarqué que nous vous invitions à suivre Jésus qui marchait vers sa Pâque. Maintenant que ce grand passage de la mort vers la Vie est accompli, nous vous invitons à suivre les disciples, premiers témoins de la résurrection, pour entrer avec eux dans cette radicale nouveauté de Jésus, celui qui était mort et que nous proclamons désormais vivant, auprès de Dieu. En ce deuxième dimanche de Pâques, nous voulons suivre les disciples pour nous attacher au Ressuscité. 

            A l’écoute de l’évangile, nous pouvons comprendre que cela ne sera pas simple, parce que cette nouvelle de la résurrection, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a du mal à rentrer dans nos têtes. Les sondages liés aux élections nationales nous ont évité le traditionnel sondage pascal sur ce en quoi croient les chrétiens aujourd’hui et le désastreux constat que nous sommes de moins en moins nombreux à croire en la résurrection. J’en suis personnellement désolé, mais un chrétien qui ne croit plus à la résurrection n’est plus vraiment chrétien. Paul l’affirmait déjà aux chrétiens de Corinthe dans sa première lettre : Si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. Contrairement à ce que nous pourrions croire, ce n’est pas plus évident aujourd’hui, après vingt siècles de christianisme, de croire en la résurrection, que cela ne l’était au commencement, au lendemain de Pâques. Voyez les disciples dans l’évangile de Jean de ce dimanche. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Depuis le matin de ce même jour, différents témoins, à commencer par les femmes de leur groupe, n’ont cessé de rapporter aux disciples la nouvelle d’un tombeau vide, de messagers qui disaient qu’il était vivant, que la mort n’avait pas eu raison de Jésus, et malgré tout, les disciples sont encore enfermés, plongés dans la peur. Pire, alors que ce soir-là ils reçoivent du Ressuscité sa paix et l’Esprit Saint, alors que pendant toute la semaine je les imagine bien ne cesser de raconter à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur alors que lui était absent, huit jours plus tard, ils sont encore dans une maison dont les portes étaient verrouillées. Et les prédicateurs osent taxer Thomas seul d’incroyant, de disciple qui a besoin de voir pour croire ? Si les autres y croyaient autant après avoir vu Jésus, reçu sa paix et son Esprit Saint, pourquoi s’enfermer encore ? Non, la foi en la résurrection n’est pas quelque chose de facile à admettre ; cela ne l’a jamais été, cela ne le sera jamais. Et pourtant, ce sont ces disciples, peureux, ayant du mal à croire les femmes qui au petit matin s’étaient rendues au tombeau, ce sont ces disciples que nous devons suivre, c’est par ces disciples que la foi s’est lentement mais sûrement répandue d’abord à Jérusalem, puis dans le vaste monde romain. 

            Les Actes des Apôtres que nous lisons alors chaque année au temps de Pâques, nous permettent heureusement de comprendre ce que vit cette jeune communauté, née des disciples et du don de l’Esprit Saint. Ils nous permettent de comprendre que le témoignage des Apôtres, conjugué par la puissance de l’Esprit Saint, rend crédible ce message concernant Jésus, celui qui était mort, et qui maintenant est vivant. Ce qui frappe, à la lecture de ce livre si particulier mais tellement important, c’est que la foi se répand par la prédication certes, mais aussi par les signes que posent les Apôtres. Ces signes, ce sont bien sûr des guérisons, mais plus fondamentalement, un art de vivre que développent les Apôtres. Nous avons une trace de cela dans cette affirmation : tout le peuple faisait leur éloge. Après ce qui était arrivé à leur Seigneur et Maître, après la peur qui a été la leur et dont l’évangile s’était fait l’écho, voilà qu’ils ont pris leur courage à deux mains et ont montré ce que cela changeait dans une vie d’homme que de s’attacher au Ressuscité, de croire en lui sans même comprendre comment cela a pu se passer. Personne ne s’attache seulement à Jésus par goût du spectaculaire, pour une guérison obtenue. Quand votre médecin vous guérit, vous ne vous mettez pas à marcher derrière lui et à ne jurer plus que par lui. Quand quelqu’un se met à suivre Jésus, c’est parce que Jésus a changé sa vie ; si quelqu’un reste fidèle à sa foi, c’est aussi à cause du témoignage de la communauté à laquelle il appartient, à cause ce que vit cette communauté à laquelle il appartient désormais, puisque personne ne peut être chrétien tout seul. Il y a là, pour nous, pour chacun de nous, une grande responsabilité. 

            Baptisés, nous sommes aujourd’hui disciples du Seigneur ; nous sommes ceux qui peuvent donner le goût ou le dégoût de Jésus. Nous sommes ceux qui, par notre manière de vivre et notre manière de croire, peuvent donner envie de suivre Jésus. Si ce dimanche est appelé dimanche de la miséricorde, c’est d’abord parce que l’Eglise a conscience que c’est bien dans la mort et la résurrection de Jésus que Dieu nous fait miséricorde et nous sauve. C’est son Esprit Saint qui nous donne le courage de le suivre et vivre selon son enseignement. Mais il est aussi dimanche de la miséricorde pour nous rappeler que nous sommes invités à la miséricorde les uns envers les autres. Comment imaginer être sauvés radicalement et gratuitement sans faire miséricorde à notre tour à celles et ceux que Dieu met sur notre route ? La miséricorde, c’est le début de cet art de vivre que nous devons développer pour que ceux qui ne connaissent pas encore le Ressuscité puissent le découvrir et s’attacher à lui à leur tour. Soyons des passeurs du Ressuscité, des passeurs de sa miséricorde. Amen.   

samedi 18 septembre 2021

25ème dimanche ordinaire B - 19 septembre 2021

 Les disciples ne comprenaient pas ces paroles.





                Est-ce que la remarque cinglante faite à Pierre par Jésus dimanche dernier est restée dans les esprits des Apôtres ? Nous n’en savons rien. Toujours est-il que, lorsque nous croisons à nouveau Jésus et son groupe de disciples, et que celui-ci continue à les enseigner au sujet de sa Passion, Marc écrit sobrement : Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Comprenez : personne n’a envie de se prendre un nouveau Passe derrière moi Satan dans les oreilles, même en privé. Alors on fait quoi ? 

            D’abord, nous éviterons de juger les Apôtres. Il n’est pas sûr que nous aurions compris davantage les paroles de Jésus si nous avions fait partie du groupe. Nous ne pouvons pas, à partir de nos connaissances, dire que les Apôtres sont nuls, qu’ils auraient dû faire le lien avec le chant du Serviteur souffrant, ou qu’ils devraient faire plus confiance à Jésus, parce qu’il sait ce qu’il dit, et que nous savons, avec deux milles ans de recul, que c’est vrai : Jésus ne sauvera les hommes que par sa mort et sa résurrection ! Eux ne le savent pas ; ils n’ont pas encore vécu Pâques et l’annonce de la résurrection de Jésus. Eux ont juste accompagné Jésus ; ils le suivent quotidiennement ; ils le voient faire des miracles ; ils l’entendent enseigner ; ils constatent comment la foule l’accueille et le suit. Ils sont à mille lieux de pouvoir simplement concevoir que cette histoire puisse mal se finir. Et ce, quand bien même Jésus le leur dirait plus d’une fois. Il nous faut reconnaître que ce n’est pas évident d’entendre quelqu’un que l’on aime nous dire qu’il va devoir mourir, assassiné qui plus est, pour que nous puissions vivre. Comment croire l’incroyable lorsque celui-ci n’a encore jamais eu lieu ? 

            Ensuite nous pourrions leur suggérer de l’interroger quand même. Ils n’ont pas à avoir peur de Jésus. S’ils ne comprennent pas, qu’ils fassent comme les enfants à l’école : qu’ils interrogent leur Maître. Pierre ne s’est pas pris une volée de bois vert pour avoir interrogé Jésus ; il s’est fait remettre à sa place parce qu’il a contredit Jésus sur ce que Jésus venait de présenter comme le dénouement de sa mission. Il a refusé que l’enseignement de Jésus, pour surprenant et dérangeant qu’il puisse être, soit le destin de Jésus. Il a pensé qu’une autre porte de sortie était possible. Il a refusé d’entrer dans le projet de Dieu. Demander à Jésus de mieux s’expliquer, c’est une chose ; demander à Jésus d’envisager autrement sa mission et sa fidélité à Dieu, son Père, en est une autre. Nul ne peut refuser Jésus tel que Jésus se présente. Vous avez le droit d’imaginer votre Jésus, un Jésus à votre mesure, un Jésus qui corresponde bien à vos envies, à vos désirs ; mais vous ne pouvez pas demander à Jésus, le Christ, d’être à l’image de ce que vous avez rêvé. Jésus, on le suit comme il est ou on le laisse ! 

            Enfin, vous pourrez dire aux Apôtres que pour mieux comprendre, il faut peut-être tout simplement mieux écouter, et ne parler d’autre chose pour éviter de trop bien comprendre ce que dit Jésus. Sans doute est-ce plus passionnant de savoir qui était le plus grand ; mais cela n’apporte pas grand-chose. Surtout, cela détourne de l’enseignement de Jésus, de sa portée globale. Jésus n’a pas appelé de futurs petits chefs autour de lui ; il a appelé des disciples. Il ne donne pas un cours de management ou de bonne conduite des hommes ; il invite à le suivre, en prenant sa croix, en perdant sa vie à cause de Lui et de l’Evangile. Ce n’est pas une histoire de hiérarchie ; c’est une histoire de service, et de service du plus petit, du plus fragile. D’où ce geste avec un enfant. Quoi de plus fragile qu’un enfant qui n’a pas voix au chapitre ? Quoi de plus petit qu’un enfant qui n’a d’autre droit que de se taire et d’obéir. Pour être le premier, il faut suivre Jésus ; et suivre Jésus, c’est prendre l’avant dernière place, la dernière étant pour toujours à Jésus, sur la croix. Il n’y a pas plus bas, il n’y a pas plus humilié que Lui. Nous pouvons donc nous faire serviteur de tous. Ce n’est pas une humiliation ; c’est un honneur puisque c’est là que Jésus nous veut, Lui qui s’est fait l’esclave de tous. 

            Comme les disciples, il nous arrive de ne pas toujours comprendre ce que Jésus attend de nous. Comme les disciples, il nous arrive de vouloir entendre autre chose de la part de Jésus que ce qu’il a véritablement à nous dire. Patiemment et avec confiance, osons l’interroger. N’ayons pas peur de Lui. Il est celui qui veut notre vie et notre bonheur. A son école, nous apprenons que le service est la voie royale vers le Royaume. A sa suite, nous découvrons que la croix est passage vers la Vie véritable. Il ne tient qu’à nous de le croire. Il ne tient qu’à nous de le suivre. Personne ne peut nous y obliger, pas même Jésus. Le salut est offert par Jésus. Le chemin qui y mène est enseigné par Jésus. Il dépend de nous de le suivre ; il dépend de nous de l’accueillir. Amen.

samedi 7 mars 2020

2ème dimanche de Carême A - 08 mars 2020

Dieu nous apprend la surprise.







Nous poursuivons notre chemin de Carême en compagnie d’Abram, de Pierre, Jacques, Jean et de Paul. Malgré le recul du temps, nous pouvons, à la lecture d’un bout de leur histoire, nous interroger sur ce qui les a motivés à changer quelque chose à leur manière de vivre. Quelle mouche les a piqués ? 

Oui, quelle mouche a bien pu piquer notre père Abram ? Voilà un paisible vieillard qui s’élance sur les routes du monde à la recherche d’un pays qu’un inconnu lui indique. Quelqu’un qu’il ne voit même pas, qu’il entend tout juste ! Ne serait-ce pas un effet de sa vieillesse que d’entendre des voix ? Abram quitte son pays, malgré son grand âge, malgré les dangers de la route. Il emmène les siens à l’aventure. Non qu’il ait le goût du risque : mais quelqu’un lui a parlé. Dieu lui a parlé. Il lui a fait une promesse et Abram y croit. Il a foi en la parole donnée ; il a foi en ce Dieu qui se révèle à lui dans sa vieillesse, à l’âge où d’autres n’aspirent qu’à une bonne retraite, qu’à un bon repos bien mérité. Cette parole ne promettait qu’une chose : la bénédiction de Dieu pour toujours à lui et à sa descendance. Telle est la promesse qui fait bouger Abram : Je te bénirai ! Je voudrai ton bien et je serai avec toi. Abram avait compris qu’en cette promesse se trouvait son avenir et celui d’une multitude. Abram avait compris que Dieu appelle l’homme au bonheur ; et si l’homme voulait être heureux, il lui fallait suivre ; il lui fallait se laisser surprendre par Dieu et son projet. Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui. Quand on a fait une découverte comme celle d’Abram, on la partage, et on entraîne les autres sur le même chemin. Comment être heureux sans les autres ? 

Des siècles plus tard, quelle mouche a bien pu piquer Pierre, Jacques et Jean ? Il y a quelques jours, Jésus leur annonçait sa mort prochaine ; Pierre s’était vertement fait remettre à sa place, et pourtant, ils continuent encore de suivre ce chevelu de Galilée ! Pierre, Jacques et Jean ont sans doute fait, avec Jésus, la même expérience qu’Abram avait faite avec Dieu. Ils ont découvert en Jésus le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient rendre aux hommes leur joie et leur espérance. Ils ont compris, qu’avec Jésus, ils tenaient le bon bout. Ils ont compris que cet homme pouvait ouvrir aux hommes de nouveaux chemins, même s’ils ne sont pas encore prêts à le suivre partout. Il faudra la mort en croix et l’annonce de la résurrection pour que leur confiance en Dieu les pousse sur les routes dire aux hommes l’amour qu’il porte à chacun. L’épisode de la Transfiguration a dû leur réchauffer le cœur après l’annonce de la mort de Jésus. Pendant un trop court instant, ils ont vu, par avance, la gloire qui est sienne. Pendant un trop court instant, ils ont approché tout le mystère de ce Fils de Dieu qui s’entretient avec Moïse et Elie. Pendant un trop court instant, ils ont entendu la voix du Père confirmer leur intuition : ils ne se sont pas trompés sur Jésus. Ils n’ont sans doute pas encore compris par quel chemin il offrirait le pardon et le salut à l’humanité ; mais ils ont reçu la force, à travers cette vision, de bien interpréter les événements à venir. Ils ont eu un avant-goût de sa victoire et de sa gloire, mais Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Ce qu’ils viennent de vivre, ils ne pourront le comprendre vraiment qu’après les événements douloureux qu’ils doivent vivre ! La surprise de Dieu passe quelquefois par des moments difficiles, par la nuit de la foi. C’est au bout du chemin que se trouve le Christ, victorieux de toutes nos peurs. Il faut le laisser aller son chemin ; il faudra le suivre sur ce chemin. Au bout, il y a la vie en plénitude. 

Quelques temps après, quelle mouche a bien pu piquer Paul ? N’était-il pas plus tranquille quand il pourchassait les chrétiens qui mettaient en danger la foi de ses ancêtres ? N’aurait-il pas mieux fait de se cacher lorsqu’il a décidé de suivre le Christ, pour vivre une foi tranquille ? Comment aurait-il pu ? Paul a découvert que, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu offrait son salut à tous les hommes. Il a cette certitude chevillée au cœur : le salut n’est pas le fruit du hasard, ni le fruit de nos mérites : il est don gratuit de Dieu. Quelle surprise pour ce pharisien qui croyait que seule l’application scrupuleuse de la loi pouvait sauver ! Il a découvert, en Jésus, l’immense amour de Dieu pour chacune de ces créatures. Il a découvert que, malgré le péché qui marquait la vie des hommes, Dieu avait accordé son pardon et offrait sa vie à qui voulait bien reconnaître que Jésus a réalisé ce salut après l’avoir annoncé dans sa prédication. Oui, Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte. Voilà ce qui pousse Paul à accepter même la prison. 

Abram, Pierre, Jacques, Jean et Paul : des destins extraordinaires, peut-être ! Mais surtout des hommes qui ont su se laisser surprendre par Dieu ; des hommes qui se sont laissé déranger dans leurs convictions ; des hommes qui ont accepté de suivre Dieu sur ses chemins et qui n’ont pas cherché à faire suivre à Dieu leur chemin. Des hommes qui ont eu le courage de partir, voire de repartir à zéro pour vivre ce bonheur que Dieu propose à chacun de nous. A leur suite, nous pouvons marcher sur les chemins nouveaux que Dieu nous ouvre. A la suite du Christ, nous pouvons vaincre la mort et le péché. Il faut nous mettre en route ; il nous faut être ouvert aux appels de Dieu ! Il nous faut accepter de laisser Dieu nous surprendre encore ! Durant ce Carême, ayons le courage de partir, ayons le courage de tout risquer, sachant que nous avons déjà notre victoire, grâce au Christ, par pur amour, par pure grâce. Amen.

(Tableau d'Arcabas, Le messager)

vendredi 3 février 2012

05ème dimanche ordinaire B - 05 février 2012

Accueillir Jésus et le suivre, oui, mais...







Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre ! Est-ce bien vrai ? La belle-mère de Pierre est-elle réellement malade ou s’agit-il d’une de ces maladies diplomatiques dont le genre humain est friand ? Nous n’en saurons jamais rien, Saint Marc étant très discret à ce sujet. Nous pouvons donc nous rallier sans crainte à l’interprétation psychologique que donne Gérard Bessière de cet événement. A savoir, « quand la belle-mère de Simon Pierre a vu que son gendre ne rentrait pas à la maison, quand elle a su qu’il avait laissé les filets sur la plage et qu’il était parti avec un prédicateur ambulant, vous imaginez le choc ! Et quand on lui a dit que ce Jésus allait venir chez elle, elle en a été malade : elle s’est mise au lit ».

Rien ne nous empêche de lire ainsi le début de cette page d’Evangile. Une telle lecture n’enlève rien à la signification de ce texte, bien au contraire. Si nous supposons que la belle-mère de Pierre est bien malade, le signe de guérison que pose Jésus signifie sa puissance sur les forces du mal qui limitent la vie et les actions des hommes. Si nous penchons plutôt pour la maladie de circonstance, le signe de guérison de Jésus garde toute sa valeur puisqu’il nous montre Jésus plus fort que tous nos démons intérieurs, plus fort que nos craintes. Il vient restaurer en l’homme cette confiance nécessaire en la vie, cette vue favorable sur les choses et les hommes qui fait que nous pouvons vivre ensemble sans toujours nous méfier des autres, mais en avançant avec eux, en construisant avec eux le monde dans lequel nous vivons.

Si j’en reste à la maladie psychologique de la belle-mère de Pierre, j’imagine sans problème Jésus s’approchant d’elle, lui tenant la main, sans rien dire et apaisant, par ce simple geste, la tempête intérieure qui la clouait au lit. Elle est séduite à son tour par ce chevelu qui a pris à sa fille son époux. Elle comprend qu’elle n’a rien à craindre ; peut-être saisit-elle même les raisons profondes qui ont entraîné Simon Pierre à la suite de Jésus. Elle est rassurée et peut maintenant tenir son rôle de maîtresse de maison et accueillir dignement son invité.

N’en va t-il pas de même pour nous quelquefois ? Suivre Jésus, oui ; mais qu’il ne bouleverse pas trop nos vies. Etre sauvé par lui, oui ; mais que cela ne change pas trop nos habitudes. Pourvu que cela ne soit pas trop exigeant ! Cette peur devant ce qui est neuf, cette maladie toute humaine quand il s’agit d’être attentif et vrai, nous voulons à la fois nous en débarrasser parce qu’elle nous empêche de vivre, mais nous refusons quelquefois de prendre les moyens de parvenir à un résultat. Nous sommes alors comme malades, nous préférons nous retirer dans notre chambre, loin des autres, loin de ce Dieu qui vient à notre rencontre.

Cette attitude se révèle par exemple dans la désaffection de certains sacrements. Je pense en particulier aux deux sacrements de guérison que propose l’Eglise. Le sacrement des malades est souvent repoussé jusqu’à l’extrême limite, devenant alors un passage vers le Père plus qu’un sacrement de guérison et de réconfort. Nous avons du mal, avec notre esprit cartésien, à concevoir que Dieu puisse avoir une part dans notre guérison. Il y a la vie spirituelle et la vie humaine avec ses faiblesses et ses limites, et nous préférerions que les deux n’aient rien à faire ensemble. La désaffection du sacrement de la réconciliation dans sa forme individuelle révèle les mêmes difficultés : se reconnaître pécheur à l’intérieur d’un groupe, reconnaître ensemble que la nature humaine est limitée par le péché, cela ne pose pas de problème. Mais croire que Dieu vient à ma rencontre pour me libérer de mon péché, là cela devient plus difficile, parce qu’il faut lui en parler, personnellement, à travers les ministres qu’il nous envoie. Faire une démarche communautaire, oui ; rencontrer Dieu, à travers son prêtre et reconnaître ses limites, voilà qui pose difficulté. N’est-ce pas parce que nous avons du mal à croire à un pardon personnel, à une rencontre personnelle ? N’est-ce pas parce que nous avons peur des bouleversements que cela ne manquera pas d’entraîner dans nos petites vies bien tranquilles, bien rangées ?

Accueillir le Christ, le suivre, c’est accepter d’être touché par lui, par sa parole de vie et de libération. C’est accepter d’avoir besoin de lui, de son amour, de son pardon. C’est croire qu’il peut quelque chose pour moi, aujourd’hui, et accepter de changer ma vie. Il ne faut pas craindre ce changement : il ouvre à plus de vie, il permet d’être plus libre, plus grand. La belle-mère de Simon Pierre l’a bien compris : séduite par Jésus, elle se met aussitôt au service de ceux qui sont là. Elle a compris que rien ne pouvait plus s’opposer au projet d’amour de Dieu.

Seigneur, il n’y a rien de plus dangereux pour un malade que d’ignorer sa maladie. Souvent, quand on en prend conscience, il est trop tard ! Seigneur, envoie-moi ton Esprit pour que je discerne dans mon corps et dans mon âme ce qui ne va pas, ce qui me paralyse, ce qui me fragilise, ce qui me détruit… Avec ta grâce, j’irai mieux, je marcherai, je serai fort, je serai debout. Avec ta grâce, je vivrai ! Amen.


(Dessin de David RATTE, Extrait de Le voyage des pères, vol 1. Jonas, éd. Paquet, 2007. Une BD à découvrir si vous ne connaissez pas encore. Mais ça, c'est pas possible de ne pas connaître !)

samedi 14 janvier 2012

02ème dimanche ordinaire B - 15 janvier 2012



Suivre Jésus !



Que cherchez-vous ?
Ce sont les premiers mots de Jésus dans l’Evangile selon Jean. Et je reconnais volontiers qu’ils me surprennent ! De la part de Jésus, je m’attendais à autre chose ; au moins un : Qui cherchez-vous ? Ou alors une parole forte sur Dieu, histoire de bien commencer son ministère au milieu des hommes. Mais non : pas de révélation spectaculaire sur sa mission, pas de précision sur qui est Dieu. Juste cette question : Que cherchez-vous ?

Voilà une question qui nous renvoie à nous-mêmes. Nous voilà tenus d’expliquer ce qui nous préoccupe, ce qui nous tient à cœur. Nous voilà provoqués à dire ce qui fait notre vie, en profondeur. N’est-ce pas intéressant, comme démarche spirituelle ? Préciser d’abord ce qui compte pour moi, ce qui me fait avancer. Les réponses à cette question pourrait être : le bonheur, l’amour, une vie bien remplie, la richesse, la paix. Ces grandes aspirations qui nous font rêver et nous permettent quelques fois simplement de vivre, voire de survivre dans un monde plus hostile que souhaité. Oui, que cherchons-nous ? La question vaut encore aujourd’hui. Que cherchons-nous dans notre quotidien ? Que cherchons-nous en venant ici chaque semaine ? Après tout, ne sommes-nous pas comme ces deux hommes qui suivent Jésus parce que leur maître leur a dit : Voici l’Agneau de Dieu ? Ne venons-nous pas un peu parce que quelqu’un nous a dit que c’était important de marcher à la suite de ce Jésus ? Mais pourquoi ?

La réponse de ces deux hommes tient en une nouvelle question : Maître, où demeures-tu ? Surprenante aussi la question. Ils ne demandent pas qui est Jésus, ni pourquoi il vient, mais où il demeure ! Il leur faudra suivre Jésus pour avoir une réponse à cette question. Venez et vous verrez ! Décidément, il ne se dit pas facilement, ce Jésus. Voilà nos deux hommes obligés de marcher à sa suite pour comprendre la parole de Jean Baptiste (Voici l’Agneau de Dieu) et vérifier sa véracité. D’une interrogation sur ce qui les fait avancer, ils passent à une invitation à se mettre en marche, avec Jésus, ne sachant pas où cette route les conduira.

Voilà une expérience enrichissante : avant de connaître Dieu, avant de le rencontrer, je dois savoir ce qui est important pour moi, mes aspirations profondes et souvent secrètes. Puis, je peux commencer un chemin, à la suite de Jésus. Il n’est pas dit que ce chemin me permettra de réaliser ces aspirations : mais quelque chose de neuf commencera. Le changement de nom de Simon en Képha le signifie bien. On n’approche pas Jésus pour rester le même. A sa parole, à son contact, l’homme change, la vie même change.

Venez et vous verrez.
Nous voici donc, au final, invités à nous mettre en route, à bouger, à avancer avec Jésus. Il est celui qui nous accompagne dans notre quotidien, celui qui va donner sens à notre vie. Il est celui que nous pouvons partager aux autres pour que eux aussi s’interrogent, marchent à la suite de Jésus, pour trouver avec lui une réponse aux grandes questions qui les habitent. N’est-ce pas une belle présentation de la vie chrétienne ? Se laisser interroger, se laisser guider par Jésus, marcher à sa suite, témoigner de lui et le laisser transformer nos vies ! Au moment où nous retrouvons le temps ordinaire, nous sommes simplement renvoyés à notre vie, à notre quotidien. C’est dans cette vie, c’est dans ce quotidien que Dieu marche avec nous et que nous marchons à sa suite. C’est dans cette vie, c’est dans ce quotidien que nous découvrirons le Messie. C’est dans cette vie, dans ce quotidien que nous devons témoigner de lui et devenir vraiment ses disciples.

En cette année consacrée à l’évangélisation, acceptons de reprendre la route avec Jésus ; acceptons de le découvrir à frais nouveau. Laissons-nous surprendre par sa Parole, par ces gestes. Ne croyons pas tout savoir de lui, nous pourrions passer à côté de l’essentiel. Qu’en cette année nouvelle, nous ayons à cœur de le faire découvrir largement autour de nous. Amen.



(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d’évangile, éd. Les presses d’Ile de France)