Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Pain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pain. Afficher tous les articles

samedi 10 août 2024

19ème dimanche ordinaire B - 11 août 2024

 Nous connaissons bien ses parents ; et alors ?






 

            Nous le sentions venir, le vent mauvais qui souffle aujourd’hui sur l’évangile. Jésus, celui-là même qui a multiplié les pains et les poissons, a eu une parole énigmatique : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel, et voilà que ceux qui le cherchaient pour faire de lui leur roi (voir 17ème dimanche), récriminent contre lui. Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : « Je suis descendu du ciel ? 

            C’est un vieux réflexe de l’humanité ! Quand quelqu’un dérange, dépasse du lot, ose une parole originale, pose des gestes hors du commun, il faut lui couper la tête. Dans le rang, et vite ! Pour qui se prend-t-il ? Nous connaissons bien sa famille. Ce qu’il dit tranche avec ce que l’on sait, ou ce que l’on croit savoir. Le problème de cette vilaine manie, c’est qu’à partir de ce moment-là, les gens n’écoutent plus vraiment. Jésus pourra bien donner toutes les explications possibles, ses auditeurs sont enfermés dans leurs propres réflexions ; ils ne peuvent s’ouvrir à rien de neuf, tellement ils sont sûrs de connaître, de savoir tout de lui. Et Jésus ne va même pas essayer de les détromper. Il ne leur dit pas : souvenez-vous de ma naissance. Il ne les renvoie pas vers Marie et Joseph pour qu’ils expliquent ce qui s’était passé avant la naissance de Jésus, comment Dieu avait approché Marie… Non, Jésus poursuit simplement le discours qu’il a commencé avant les récriminations, en l’embrouillant sans doute encore un peu plus en parlant de son Père, non pas Joseph, mais l’autre, celui qui l’a envoyé dans le monde, Dieu ! La formule utilisée par Jésus – Je suis – aurait pourtant dû leur mettre la puce à l’oreille. C’est la formule utilisée jadis par Dieu, quand il a révélé son nom à Moïse : Je suis qui je serai, c'est-à-dire Je suis celui dont tu auras besoin. Eh bien là, Jésus dit, après la multiplication des pains : Je suis le pain descendu du ciel. Tu avais faim, tu avais besoin de pain, je me suis fait pain pour toi, je t’ai permis de manger à satiété. 

            Savoir quelque chose sur Dieu, et reconnaître cette chose lorsqu’elle se présente, ce sont deux réalités bien différentes. Comme si l’homme demandait quelque chose, l’espérait, mais était incapable de le reconnaître quand cela lui est enfin donné. Il ne fait pas le lien entre ce qu’il a espéré, voire demandé, et ce qu’il reçoit. Comme s’il était impossible que Dieu se rende présent selon ce dont l’homme a besoin. N’est-ce pas, nous voyons Dieu tellement grand, tellement différent, tellement tout, que nous ne le reconnaissons pas, ou que nous ne le reconnaissons plus, quand il vient à nous différent de ce que nous croyons savoir de lui, et surtout dans une chose aussi simple que du pain . Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, cela voudrait dire que Dieu entend les hommes et qu’il intervient bien en leur faveur ? Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, serait-ce à dire que Dieu est bien venu chez nous ? Non, Dieu il est ailleurs, nous sommes ici, et tout va bien. Chacun chez soi et les pains et les poissons partagés sont justes des pains et des poissons partagés et non pas le signe que Dieu intervient dans la vie des hommes, par un homme en particulier, Jésus. D’ailleurs, si Dieu devait intervenir, pourquoi ne le fait-il au Temple, par l’intermédiaire du grand prêtre ? Il est payé pour ça, le grand prêtre, non ? Mais voilà, Jésus persiste et signe : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Vous comprenez l’énormité. Le Je suis n’ayant pas été compris, Jésus enfonce le clou. Quand je parle, c’est Dieu qui parle. Et si vous ne comprenez pas, et ne venez pas à moi, c’est que le Père ne vous attire pas. 

            Et nous sommes passé de : Nous connaissons ses parents à Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Puisqu’ils récriminent contre Jésus, ils n’ont pas entendu le Père, ils ne reçoivent pas son enseignement, ils ne peuvent pas comprendre. Pour rencontrer Dieu, pour entendre Dieu, il faut sortir de ses certitudes, il faut oser une rencontre nouvelle, il faut accueillir un enseignement nouveau : Jésus lui-même ! C’est la première étape, nécessaire. Sinon, tous ses discours nous resteront obscures, incompréhensibles. Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’arrivons pas à dépasser Jésus, fils de Joseph et de Marie ? Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’écoutons pas ce qu’il dit de lui et de son Père ? Il nous reste encore deux dimanches pour essayer de comprendre. Ne récriminons pas à notre tour. Accueillons Jésus pour ce qu’il dit être ; reconnaissons en lui le Père à l’œuvre dans le monde. Mangeons de ce pain en y discernant la présence de Jésus, et nous vivrons éternellement. Amen.

samedi 4 août 2018

18ème dimanche ordinaire B - 05 août 2018

Mann hou ? Qu'est-ce que c'est ?






            Nous avions laissé      Jésus, ses disciples et la foule sur une des rives du lac de Tibériade, rassasiés du pain que Jésus venait de partager entre tous. Jésus s’était retiré dans la montagne, sachant qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi. Nous les retrouvons tous sur l’autre rive, Jésus et la foule poursuivant leur jeu de : vous me cherchez là, je n’y suis déjà plus. Il a bien raison de se méfier de cette foule qui court après lui pour de mauvaises raisons. Ce n’est pas le fils de Dieu qu’elle cherche, mais celui qui lui a donné du pain. En ce sens, elle est bien de son époque, cette foule, qui d’ordinaire vit sous domination romaine, cette société même qui promettait du pain et des jeux en échange de sa tranquillité. Elle est bien de ce monde, tout en étant très proche de ces ancêtres, prompts à se révolter pour un morceau de pain. 

            C’est ce que nous raconte la première lecture entendue. Le peuple que Moïse vient de sortir d’Egypte, le libérant de la main puissante de Pharaon, vient récriminer contre lui et contre son frère Aaron. Cela fait un mois et demi qu’ils ont franchi la mer Rouge et déjà, ils regrettent l’Egypte. Ecoutez-les se plaindre :  Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Egypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! L’odeur des marmites est plus longue à oublier que les coups des gardes chiourmes et les travaux forcés. Apparemment ce peuple préfère avoir le ventre plein en étant esclave, qu’être libre et connaître la faim. Le pire dans l’histoire, c’est qu’ils en viennent à accuser le libérateur de les avoir menés au désert pour les y faire périr ! Le Dieu qui a suscité Moïse, le Dieu qui s’est engagé personnellement pour leur libération, n’aurait d’autre dessein que de les faire disparaître ! Peut-on être à ce point de mauvaise foi ? Peut-on à ce point si vite oublier l’engagement de Dieu en faveur de la vie de ce peuple ? Une difficulté passagère, et revient en mémoire le temps où l’on mangeait à sa faim, asservi par un peuple étranger. Il a la mémoire sélective, ce peuple : il a déjà oublié sa récrimination précédente, trois jours après le franchissement de la mer Rouge quand il manquait d’eau ; il a déjà oublié que Dieu était intervenu alors, rendant potable l’eau de Mara avant de le conduire à Elim où coulait douze sources d’eau. Si Dieu avait voulu faire mourir son peuple, il en avait déjà eu l’occasion. La patience de Moïse et la patience de Dieu sont mises à rudes épreuves. Mais ni l’un, ni l’autre ne se découragent. Quand le peuple récrimine, Moïse se tourne vers Dieu et Dieu répond. A manger, il y aura des cailles et le pain venu du ciel. Ce pain sera quotidien, donné chaque matin, double ration le sixième jour en prévision du septième jour, sabbat en l’honneur du Seigneur. A ceux qui doutent, il est rappelé que Dieu veille sur le peuple qu’il se donne ; il est Dieu de la vie. 

            La foule rassasiée par Jésus ne tarde pas à faire le lien entre le pain multiplié qu’elle a reçue et la manne, pain venu du ciel, donné par Dieu au désert. Mais Jésus élargit le regard de la foule. Au-delà du pain reçu, il les invite à découvrir une autre nourriture, la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. A nouveau, comme jadis au désert, la foule peut interroger : Mann hou ? Qu’est-ce que c’est cette nourriture ? La réponse de Jésus jaillit, lumineuse : le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. Et à la foule qui insiste, cette dernière réponse : Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Pas sûr qu’ils aient bien compris. Pas sûr que nous comprenions toujours bien ce que Jésus nous dit ici. Toujours est-il qu’il se présente bien comme la source de la vie véritable, celui vers qui il nous faut aller. Comme les pères au désert, nous devons apprendre la foi, la confiance absolue en Dieu qui nous aime et qui veille sur nous. Comme la foule autour de Jésus, nous devons élargir notre regard et découvrir que la vraie faim dont nous devons être rassasiés, c’est la faim de Dieu, et que Jésus est celui qui nous rassasie. La faim, la soif, les petits soucis que nous pouvons rencontrer durant notre vie doivent nous apprendre à voir au-delà de ces réalités terrestres les réalités éternelles. Elles seules doivent occuper notre esprit. C’est ce à quoi nous invite Paul quand il nous dit : Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau. Le nécessaire, c’est peut-être de manger ; mais l’urgent, c’est d’être au Christ qui nous donne tout, et de vivre selon son enseignement ! 

            Mann hou ? Qu’est-ce que c’est ? interrogeait jadis le peuple, découvrant la manne recouvrant le campement. Mann hou ? Qu’est-ce que c’est ? Nous pouvons pareillement nous interroger sur cette qualité de disciple que nous devons approfondir pour ne pas être accablés par la faim spirituelle qui dévaste notre époque. Que la célébration de cette eucharistie nous fasse entrer toujours plus dans la compréhension de notre foi et la découverte de ce que Dieu attend de nous ; que le pain partagé nous donne la force de l’accomplir et nous ouvre au salut éternel. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer, La manne ramassée)
 

 

dimanche 28 mai 2017

07ème dimanche de Pâques A - 28 mai 2017

Jésus, le bon pain qu'il nous faut partager.
 
J'ai été invité à présider la célébration de la Première communion dans une paroisse d'Alsace en l'absence de son curé. je vous donne l'homélie prononcée ce matin. les textes bibliques retenus par les catéchistes sont : 1P 4, 13-16 (soit la deuxième lecture de ce dimanche) et l'Evangile de Matthieu 15, 30-38 (multiplication des pains. Il me fallait aussi intégrer un échange sous forme de questions-réponses préparées par les enfants avec leurs catéchistes.





Le Prêtre :
Dites- moi les enfants,  comment être du bon pain pour les autres ? 
pour bien vivre ensemble  en famille, avec vos amis qu’est-ce qu’il vous faut ?

enfants :          Pour bien vivre avec  nos familles et  amis :
·       Il nous faut de l’amour, de la paix, de la joie, de la bonne humeur.
·       Savoir s’offrir des petits cadeaux et des attentions.
·       Il  faut se respecter, s’écouter, ne pas taper ses frères et sœurs, obéir à   papa et maman.
·       Partager des moments en familles plutôt que regarder des vidéos, ou de rester seul dans mon coin.
·       Il faut être serviable, et savoir se soutenir dans les épreuves.
·       Il faut s’entraider, aider l’autre dans les tâches ménagères, s’organiser, ranger nos jouets.
·       Il faut savoir dialoguer, et savoir pardonner.

Refrain :
Jésus, c’est Toi qui nous rassembles, Tu es là…
Jésus, Tu nous parles d’alliance, Tu es là …
Et dans ce pain partagé, tout ton amour est donné,
Tu nous envoies pour aimer, Tu es là….

Le Prêtre :
Et pour bien vivre ensemble à l’école qu’est-ce qu’il vous faut ?

enfants :          Pour bien vivre ensemble à l’école :
·       Il faut respecter les règles du savoir-vivre, écouter le maitre ou la   maitresse 
·       Penser à ses affaires. - Savoir travailler en silence.
·       Ne pas se moquer des enfants différents.
·       Apprendre ses leçons en restant attentif.
·       Aider les élèves en difficulté, être un bon camarade.
·       Rapporter les devoirs à un copain qui n’a pas pu aller en classe.
·       Ne pas gaspiller la nourriture à la cantine.
·       C’est bon de partager nos goûters, nos bonbons.

                        Refrain….
 
Le Prêtre :
Tu pratiques un sport, des activités, des loisirs, que faut-il que tu fasses pour que ça se passe bien ?

enfants :          Pour que cela se passe bien dans nos différents loisirs :
·       Il faut apprendre à être solidaire, écouter son coach, réussir à faire des passes.
·       Il faut savoir  s’encourager. Avoir l’esprit d’équipe. Savoir rester fairplay.
·       Bien travailler les exercices, aller régulièrement au sport, être assidu dans nos engagements.
·       Ne pas jouer perso, mais apprendre à jouer ensemble sans faire de bande ni jouer au chef.
·       Etre bon perdant pour apprendre à être un bon gagnant car  le sport est un loisir.
·       oser poser les questions  si l’on ne comprend pas.

                        Refrain ….

Le Prêtre :
Et cette belle nature que Dieu nous a donné, comment t’aide-t-elle à bien vivre ?

enfants :          Pour bien vivre dans notre belle nature :
·       On a besoin des arbres pour respirer. Il ne faut pas les couper
·       Il faut respecter nos belles forêts, les plantes, ne pas arracher les fleurs,  mais plutôt en planter.
·       Il ne faut pas jeter nos déchets pour ne pas  polluer et s’engager  au nettoyage de printemps.
·       Ramasser les papiers  qui ont été jetés.
·       Il faut apprendre à bien faire le tri.
·       Ne pas faire du mal aux animaux.
·       Fabriquer des hôtels à insectes.
·       Prendre le temps d’apprécier le calme de la nature
 
                        Refrain….
Le Prêtre :
Et enfin Dieu, en quoi en as-tu besoin pour vivre ?

enfants :
·       Nous avons besoin de l’amour de Dieu, on a besoin de venir à la  messe pour écouter et lire la bible et recevoir la communion pour avancer dans notre vie de chrétien.
·       Jésus nous donne son pardon. Il nous demande de nous aimer les uns les autres.
·       Quand on a des soucis, Jésus nous protège et nous soutient.
·       Pour avancer nous avons besoin des autres.
·       Il faut respecter les autres religions.

            Refrain…..

Les enfants, lequel d’entre vous pense que ces parents ont une bonne mémoire ? Toi ? Va voir tes parents et demande-leur quelle est la première question que je vous ai posée ? On t’attend ! (…)

La bonne réponse est : Comment être du bon pain pour les autres ? Dans cette question, il y a une erreur. Oui, après avoir entendu la première lettre de Pierre et l’évangile de Matthieu, j’affirme qu’il y a une erreur dans cette question. Laquelle ? Qui pense que sa catéchiste peut répondre à cette question ? … Vérifions de suite. Pourquoi y a-t-il une erreur dans cette question ? ...Parce qu’il n’y a qu’un seul bon pain, et ce n’est ni moi, ni toi, ni toi, ni qui que ce soit d’entre nous. Le seul bon pain, c’est Jésus. Et c’est lui, et lui seul qu’il faut partager. C’est lui et lui seul qu’il nous faut donner aux autres, parce que c’est lui, et lui seul qui sauve vraiment.

Ecoutez à nouveau Pierre dans la lecture que nous avons entendu : si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Et encore : si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Ce que nous dit Pierre, c’est que nous devons être fiers, non pas de qui nous sommes, mais de ce que nous sommes : chrétiens. Nous devons être fiers d’appartenir au Christ. Parce que c’est cela que signifie le nom de chrétien : celui qui est au Christ, celui qui appartient au Christ Jésus. C’est le plus beau nom qu’on puisse donner à quelqu’un. Vos parents vous l’ont donné au jour de votre baptême. Et vous vous le redonnez à vous-mêmes chaque fois que vous faites quelque chose de bien. Parce que nous croyons que le bien qui jaillit de nous, c’est un peu de la lumière de Jésus que nous partageons. Parce que être chrétien, ce n’est pas être meilleur que les autres, mais toujours agir de la manière que Jésus aurait eu d’agir. Quand j’aime, quand je fais la paix, quand je sème la joie et la bonne humeur, quand je respecte les autres et les écoute, quand je refuse de me moquer des autres, quand j’aide celui qui est en difficulté, quand je suis solidaire, quand j’ai l’esprit d’équipe, quand je respecte le monde et la nature qui m’entoure, quand je reconnais à Dieu une place dans ma vie (pour ne reprendre que quelques-unes de vos réponses), je laisse l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus agir en moi, et je vis alors comme lui a vécu au milieu des hommes. Autrement dit, je montre à travers toutes ces actions, et bien d’autres encore, que Jésus est important pour moi, qu’il éclaire ma vie, qu’il donne du sens à ce que je vis. Je montre que je suis à lui et qu’il est en moi.

Les Apôtres de Jésus nous apprennent aussi, dans l’Evangile, à être de vrais disciples de Jésus. Souvenez-vous de ce que nous avons entendu dans l’évangile. De grandes foules s’approchaient de Jésus, avec pleins de malades de toutes sortes. Et Jésus les guérit. Il devait y avoir tant de monde que cela a dû prendre un peu de temps. Et voici qu’il fait faim. Je suis toujours surpris par ces foules qui viennent vers Jésus en oubliant de prendre de quoi manger. Enfin, on ne se promène pas dans le désert sans emmener une gourde et de quoi manger ! Toujours est-il qu’une fois de plus, ils sont nombreux autour de Jésus, ils passent beaucoup de temps à l’écouter, à le laisser soigner les malades, et quand vient l’heure de manger, il n’y a presque rien, il n’y a que sept pains et quelques petits poissons, pour quatre mille personnes, sans compter les femmes et les enfants ! Autant dire qu’il n’y a rien ! Même pas de quoi faire des amuse-bouche !  Et pourtant, nous dit Matthieu dans son évangile, tous mangèrent à leur faim et des morceaux qui restaient, on ramassa sept corbeilles pleines. Comment cela est-il possible ? Jésus était là, les disciples ont partagés le peu qu’ils avaient et le miracle a lieu. Quand Jésus est là et que les hommes ont envie de faire quelque chose avec lui, tout devient possible, même faire manger autant de monde avec seulement sept pains et quelques petits poissons. Le miracle est possible parce que Jésus multiplie en donnant de sa force, en se donnant lui-même. C’est lui qui partage ; il donne à ses disciples et les disciples à la foule. Ils donnent ce que Jésus leur donne. De même devons-nous donner ce que Jésus nous donne, et seulement ce que Jésus nous donne. Lorsqu’on donne ce que Jésus donne, on donne du bien, on donne de la paix, on donne de la joie, on donne du respect. Tout part de Jésus et de son désir de sauver les hommes. Je dois participer à ce désir et ne pas être un obstacle à Jésus. Alors tout va bien, tout va même très bien. Il reste sept corbeilles pleines.

Je me suis longtemps demandé d’où venaient subitement ces corbeilles vides ? Qui va se promener au désert avec une corbeille vide ? En forêt, à l’époque des champignons, je veux bien. Mais au désert ? Pour quoi faire ? Alors je me dis que ces corbeilles, c’est une image de nous face à Jésus. Et cela explique aussi pourquoi les gens suivent Jésus au désert sans rien emporter. Vous allez comprendre : si je viens vers Jésus, tout rempli de moi, de mes bonnes actions, de tout le bien que je pense de moi, comment puis-je me laisser remplir de ce qu’il veut me donner ? Si je suis plein de moi, il ne peut pas me remplir de lui, de son amour, de son salut. Mais si je suis comme une corbeille vide, alors il peut y déposer le bon pain de sa vie, alors je peux rentrer chez moi, plein de lui, plein de ses dons.

Oui, le seul bon pain, c’est Jésus ; c’est lui que je dois accueillir dans la corbeille de ma vie ; c’est lui que je dois donner aux autres comme les disciples l’ont fait avec le pain et le poisson reçus de Jésus. Et c’est bien ce qui se passe à la messe. C’est là que Jésus se donne dans le pain de sa parole (parce que sa parole nous nourrit, donne sens à notre vie)  et dans le pain de son corps auquel vous allez goûter pour la première fois. En recevant la communion, le chrétien reçoit Jésus dans sa vie pour que Jésus guérisse dans cette vie ce qui doit être guérit ; mais le chrétien reçoit Jésus, non pas pour le garder pour lui, mais pour le redonner aux autres, pour témoigner de tout ce que Jésus réalise en lui et pour lui. Ainsi d’autres hommes peuvent ressentir en eux une faim de Jésus ; ainsi d’autres hommes peuvent se laisser remplir de Jésus comme ont été remplies les corbeilles au désert.

En communiant, nous ne devenons pas meilleur que les autres ; et nous ne communions surtout pas parce que nous serions meilleurs que les autres. Nous communions parce que nous avons compris ce que Jésus peut changer dans une vie, ce que Jésus peut apporter dans une vie. Et nous communions pour être forts de Jésus, parce que nous croyons qu’il nous apporte et apporte au monde, ce qu’il y a de meilleur, ce qu’il y a de plus utile. Et c’est pour cela que cette première communion ne peut pas, ne doit pas rester votre seule communion. De même que vous ne mangez pas une seule fois dans votre vie pour être rassasié, de même vous ne pouvez pas communier une seule fois pour être définitivement plein de Jésus. C’est une communion à renouveler autant que possible, au moins chaque dimanche pour affronter la semaine à venir fort de la force même de Jésus. Je vous souhaite donc une belle communion pour aujourd’hui, et pour chaque dimanche que Dieu vous donnera de vivre. Amen.

vendredi 2 mai 2014

03ème dimanche de Pâques A - 04 mai 2014

Un dimanche pour accueillir le Ressuscité !




Voici déjà le troisième dimanche qui passe depuis que c’est arrivé, et peut-être sommes-nous encore comme ces hommes qui font route de Jérusalem à Emmaüs, perdus dans leur douleur, leur doute, leur désespoir. Avec la mort de Jésus, leur monde s’est écroulé. Que reste-t-il ? Rien, pas même un espoir. Leur rêve de liberté s’est évanoui. Ils broient du noir comme l’humanité seule sait le faire lors des grandes crises de son Histoire. Que voulez-vous : le monde est foutu ! Pourtant, en ce dimanche, un jour nous est donné pour accueillir le Christ ! Je reconnais que ce n’est pas là chose simple. Quand il ne vous reste que vos yeux pour pleurer, où trouver la force de relever la tête ? Où trouver un peu de consolation ? Comment retrouver l’espérance ? L’expérience de ces hommes en route pour Emmaüs peut nous aider. 
 
Nous admettons tous, spontanément, que ces deux hommes ont tout perdu avec la mort de Jésus. Nous les imaginons sans mal rentrant chez eux, le pas lourd, la mine triste, échangeant des paroles d’incompréhension devant les événements qu’ils vivent de vivre. Celui qui les rejoint n’a pas dû avoir grand mal à les rattraper. Ont-ils vraiment regardé celui qui les interrompt dans leurs échanges ? Saint Luc dit sobrement que leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas. Nous sentons bien le poids de leur douleur et de leur désarroi. Mais l’étranger ne veut en rester là ; le dialogue s’engage. Pour la première fois sans doute, quelqu’un les fait parler ; quelqu’un leur fait mettre des mots sur leur douleur ; quelqu’un les accompagne. Jésus avait promis à ses disciples de ne pas les laisser orphelins ; en attendant le don de l’Esprit Saint, c’est lui-même qui va accompagner ces disciples sur leur chemin d’humanité qui va devenir chemin de foi. Il ne les provoque pas en disant : Mais regardez-moi ! C’est bien moi ! Non, il les accompagne, il les écoute et il va leur parler. Il va leur permettre de prendre un peu de hauteur. Il va leur faire comprendre les Ecritures… En partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. 
 
Voilà un premier pas important : pour qui veut comprendre quelque chose à l’histoire de Jésus, il ne suffit pas de connaître Jésus, il ne suffit pas d’avoir vécu avec lui ; il faut être capable de comprendre en quoi cette histoire est singulière, en quoi cette histoire particulière reprend toute l’histoire de Dieu avec les hommes et la mène à son achèvement. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth n’est pas un accident de l’Histoire ; ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth n’est une énième injustice faite à l’homme. Ce qui est arrivé là est à la fois l’aboutissement et un nouveau départ dans les relations entre Dieu et les hommes. Quand le jour de la Pentecôte, Pierre prend la parole, c’est bien ce schéma-là qu’il reprend. Il n’accuse pas les hommes du meurtre de Jésus ; il rappelle que c’était là le plan et la volonté de Dieu. Plusieurs, dans les Actes des Apôtres, Pierre et les disciples, vont ainsi relire pour leurs contemporains l’histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Nous ne pouvons donc pas faire l’économie de ce travail. La liturgie nous a permis de le faire durant la nuit de Pâques, lorsque nous avons relu la longue histoire de Dieu avec son peuple. Nous avons encore à le faire en approfondissant toujours plus notre connaissance des Ecritures et notre goût de Dieu et de sa Parole. Cela est-il suffisant ? Non, un deuxième pas est nécessaire et capital pour entrer dans le mystère de Jésus, mort et ressuscité pour nous. 
 
Les disciples, rejoints par Jésus, arrivent à destination. Ce devrait être le temps de la séparation. Mais voilà qu’ils invitent l’étranger à entrer avec eux. Ce qu’il leur a expliqué les a remués ; ils le reconnaîtront eux-mêmes : notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route ? Quelque chose a bougé en eux, mais pas encore assez pour que leurs yeux s’ouvrent. Ils n’ont toujours pas reconnu Jésus. Alors Jésus s’attable  avec eux. Et il pose un geste qui va tout changer, pour eux d’abord, pour le monde ensuite : il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. A ceux qui s’attendaient à quelques gestes extraordinaires n’est donné que le signe du pain rompu et partagé entre tous. Ce simple geste, d’une banalité terrifiante, a tout changé. Ce qu’ils avaient peut-être pressenti sur la route sans oser y croire encore, se révèle à eux avec une évidence bouleversante : c’est Jésus, il est ressuscité. Ce qu’avaient dit les femmes au matin est vrai. Sitôt Jésus reconnu, sitôt Jésus disparaît. Mais il n’y a plus de place pour la peur, ni pour la tristesse de n’avoir pu le retenir plus long. Ces deux hommes refont tout le chemin qu’ils viennent de faire à l’envers pour annoncer la Bonne Nouvelle aux autres. Ils ont accueilli Jésus, ils vont le partager, comme lui-même leur a partagé la parole et le pain. 
 
Pour tous ceux qui se disent ses disciples, le même chemin est à faire : travailler la Parole de Dieu pour mieux la connaître et y découvrir le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes, et rompre le pain avec lui. Lire la Bible ne suffit pas pour connaître Jésus : encore faut-il l’accueillir à la table de notre vie et rompre avec lui le pain de son amour. L’eucharistie devient ainsi le lieu où nous accueillons le Christ, sa vie donnée pour nous et la certitude de sa présence permanente au milieu de nous. Nous ne pouvons pas faire l’économie de ce rassemblement autour du Christ qui se donne dans la Parole méditée et le Pain rompu. Nous n’accueillons pas vraiment ni totalement le mystère du Christ si nous ne participons pas avec fidélité et reconnaissance au repas de son amour. Là, dans l’eucharistie, Dieu nous livre sa Parole. Là, dans l’eucharistie, Jésus se livre pour nous. Là, dans l’eucharistie, Jésus se fait reconnaître, vivant et présent,  et se partage à tous. Accueillons-le. Amen.

dimanche 29 juillet 2012

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2012

Et si tout n'était qu'une question de partage ?




C’est une histoire simple, presque banale, qui nous est présentée aujourd’hui. De grandes foules suivent Jésus ; elles l’écoutent attentivement. Elles sont tellement prises par ce qu’il dit qu’elles en oublient l’essentiel : l’homme a besoin de manger. Et même si de fins esprits disent que ces foules « boivent les paroles du Christ », il n’en demeure pas moins vrai que cela ne nourrit pas physiquement un homme. Viendra le moment où la faim de vraie nourriture terrestre se fera sentir. Et les belles paroles ne suffisent plus alors pour rassasier le ventre qui crie.

C’est une histoire simple, presque banale, mais qui se répète au long de l’histoire de l’humanité. Prenez le brave prophète Elisée. Il y avait une famine dans le pays, nous dit sobrement l’auteur du second livre des Rois. Les hommes avaient faim et ne trouvaient rien. Et voilà qu’un anonyme vient porter au prophète vingt pains et un sac de grain frais. Pour cent personnes. Devant la question logique du serviteur - qu’est-ce cela pour tant de monde ? - le prophète dit simplement sa confiance en Dieu. Distribue pour qu’ils mangent, car le Seigneur a dit : On mangera et il en restera. 

C’est la même histoire qui se reproduit des siècles plus tard. Ce n’est plus le prophète Elisée, mais un certain Jésus, que chacun prend pour un grand prophète. Des foules nombreuses le suivent. Elles boivent ses paroles, mais personne ne semble avoir songé à la nourriture terrestre. Jésus voit cette foule, il sait qu’il ne peut la laisser ainsi. Comment faire pour que chacun ait un morceau de pain ?, interroge Philippe. Il a vu la grande foule, il connaît sans doute le prix du pain et constate rapidement que cela coûterait une fortune de nourrir tout ce monde. Comment d’ailleurs ont-ils pu ainsi s’éloigner de chez eux sans prendre le moindre casse-croûte ? Inimaginable. Heureusement, une maman a pensé à son gamin. Heureusement qu’elles sont là, les mamans. Elle aura glissé cinq pains et deux poissons à son jeune garçon. Remarquez, l’histoire ne le dit pas : mais rien n’empêche de le penser ! Il ne manque plus qu’une courte prière de Jésus et tous mangent à leur faim : il y a même des restes ! 

Avez-vous compris en quoi cette histoire est simple ? Qui a fait le plus pour ces gens ? Quel a été le geste déterminant dans cette histoire ? Comment ces foules ont-elles pu ainsi manger alors que la situation était catastrophique ? A quoi sont dus ces deux miracles ?

Dans les deux histoires, une présence est déterminante : celle d’un homme de Dieu. Elisée pour la première, homme envoyé par Dieu pour guider son peuple. Jésus, homme-Dieu venu entraîner le peuple sur un chemin de vie dans la deuxième. Mais cela est-il suffisant ? Suffit-il qu’il y ait un homme de Dieu pour que, sur-le-champ, les obstacles soient levés ? Autrement dit, suffit-il de crier vers Dieu dans un moment difficile pour que, comme par magie, les choses changent ? Vous savez bien que non. La parole d’Elisée, la prière de Jésus sont efficaces parce que, au départ, il y a un geste d’amour, un geste de partage ! 

Quelqu’un qui donne vingt pains et un sac de grain et voilà que le miracle peut avoir lieu. Une maman qui pense à glisser cinq pains et deux poissons à son rejeton, un jeune homme qui accepte de les donner, et voilà que le miracle a lieu. Le miracle, ce n’est pas la force de la prière dans ce cas précis : le miracle, c’est que quelqu’un, totalement anonyme, a accepté de donner le peu qu’il avait alors qu’il en aurait bien eu besoin pour lui tout seul. Quelqu’un a accepté de donner et tous ont pu recevoir. Là est sans doute le miracle !

Vingt pains et un sac de grain ; cinq pains et deux poissons. Seul l’amour pouvait les partager. L’amour de ceux qui les ont donnés, multiplié par l’amour de Dieu qui intervient dès lors qu’un seul lui laisse de la place, et tous sont rassasiés. Ce qui semblait impossible est devenu possible grâce à l’amour immense de Dieu, grâce à l’amour tout simple d’un anonyme qui accepte de ne pas garder pour lui ce qu’il avait. Seul l’amour partagé peut faire des miracles lorsqu’il est multiplié par l’immense amour de Dieu. Un seul petit geste humain de partage suffit pour que Dieu intervienne et en augmente le résultat.

Comme il avait raison celui qui a écrit : Dieu seul peut donner la foi, mais tu peux donner ton témoignage. Dieu seul peut infuser l’espérance, mais tu peux rendre confiance à ton frère. Dieu seul peut donner l’amour, mais tu peux apprendre à l’autre à aimer. Dieu seul peut donner la paix, mais tu peux semer l’union. Dieu seul peut donner la joie, mais tu peux sourire à tous. Dieu seul peut donner la force, mais tu peux soutenir un découragé. Dieu seul peut faire des miracles, mais tu peux être celui qui apporte les cinq pains et les deux poissons. Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible, mais tu pourras faire le possible. Dieu seul se suffit à lui-même, mais il a préféré compter sur toi.

Apprenons à nous mettre au service de tous et Dieu posera encore les signes nécessaires pour réaliser, à travers nous, un monde un plus beau, plus juste et plus humain. Il pourrait le faire sans nous, c’est vrai ; mais pourquoi ne pas l’y aider un peu ? AMEN.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Couleurs d'Evangile, éd. Siloé)