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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


samedi 27 décembre 2014

Sainte Famille - 28 décembre 2014

Au cœur de la Sainte Famille, il y a la foi !




Qu’y a-t-il de commun entre le couple formé par Abraham et Sara et le couple formé par Marie et Joseph ? La question vous semble inintéressante ? Pourtant, si la liturgie de cette fête de la sainte Famille nous les présente tous deux, c’est bien qu’il y a quelque chose qui les rapproche malgré les siècles qui les séparent ! 
 
Abraham et Sara : deux vieillards, sans enfants, à qui Dieu fait une promesse : ils auront un fils dans leur vieillesse et ce fils sera le premier d’une multitude ! Dieu promet et Abraham croit. Sa foi lui vaut d’être le père de tous les croyants. Il est l’ancêtre de Jésus, le premier d’une longue lignée qui mène au Sauveur que nous avons accueilli dans la nuit de Noël. La généalogie de Jésus que nous lisons durant le temps de l’Avent en atteste. 
 
Marie et Joseph, un couple plus jeune, qui accueille l’enfant que Dieu se donne. Ils ont cru en la parole de Dieu, ils ont laissé Dieu agir dans leur vie. Et le Oui de Marie, renforcé par le Oui de Joseph, permet le miracle de Noël. Et Dieu lui-même se fait enfant. Aujourd’hui nous retrouvons Marie et Joseph et l’Enfant, au Temple, à Jérusalem, pour l’accomplissement des rites liés à la naissance. Leur foi les a poussés à accepter le projet d’amour de Dieu pour eux, et à travers eux, pour l’humanité tout entière. Leur foi aujourd’hui, les pousse à respecter la loi de Dieu et à offrir à Dieu le sacrifice prescrit. 
 
Au Temple, un autre couple entre en jeu : Syméon et Anne. Ils sont de cette longue famille initiée par Abraham et Sara ; ils représentent toutes celles et tous ceux qui attendent la consolation d’Israël. Ils ont des paroles mystérieuses qui annoncent le destin de cet Enfant venu de Dieu. Ils représentent celles et ceux qui se conforment à Dieu et sont ainsi capables d’accueillir son envoyé et de voir le salut que Dieu prépare pour toutes les familles de la terre. Ils croient tous deux les prophéties données par Dieu à travers l’histoire de leur peuple et ils reconnaissent, en ce nouveau-né, celui que Dieu envoie pour les accomplir. Syméon reconnaît qu’il est au seuil d’un temps nouveau : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller, en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face de tous les peuples. 
 
Abraham et Sara, Marie et Joseph, Syméon et Sara : trois couples qui ont au cœur de leur vie la foi au Dieu vivant et vrai. Ils sont tous de cette sainte famille que Dieu se construit à travers le temps et l’histoire. Et à notre tour, nous sommes invités dans cette sainte famille, invités à croire que Dieu peut tout, même l’impossible comme cela fut dit à Abraham et Sara, invités à croire que Dieu vient consoler son peuple comme le chante Syméon, invités à croire que Dieu seul est digne de louange comme le proclame Anne, invités à croire que Dieu entre dans nos vies en Jésus pour servir son peuple, pour sauver son peuple comme cela fut dit à Marie et Joseph. La fête de la sainte Famille ne renvoie à nos familles que pour en souligner la foi qui doit les unir, les faire grandir et vivre. Voulons-nous entrer dans cette sainte Famille et accueillir Dieu en chaque instant de notre existence ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et vivre le projet d’amour de Dieu pour nous ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et laisser Dieu être le tout de notre vie ? Alors redisons à Dieu notre oui, proclamons notre foi, à temps et à contre-temps, à l’exemple d’Abraham et Sara, de Syméon et Anne, de Marie et Joseph et accueillons le salut qu’il nous offre en Jésus, le seul Sauveur, le seul Seigneur, aujourd’hui et dans les siècles des siècles. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 27 décembre 2013

La Sainte Famille - 29 décembre 2013

La Sainte Famille, une famille idéale ?




Qui n’a jamais rêvé la famille idéale ? Qui n’a jamais préféré l’éducation donnée par les voisins ? Quel prédicateur n’a jamais harangué les foules en présentant la sainte Famille comme la famille idéale ? Pourtant, c’est oublier un peu vite les difficultés qu’elle a  aussi rencontré. 
 
C’est oublier le manque de communication évident entre Marie et Joseph lorsque celle-ci accepte d’être mère sans même en référer à Joseph. C’est oublier  le projet de Joseph de renvoyer sa future épouse quand il constate qu'elle est enceinte,  et pas de lui ! C'est oublier toutes les difficultés qu'a dû affronter le couple à cause de cet enfant depuis sa naissance jusqu'à sa mort : c'est la fuite en Égypte, c'est la fugue du charmant bambin à 12 ans et l'angoisse dans laquelle il plonge ses géniteurs, c'est la mauvaise réputation de ce fils devenu grand dans les milieux bien en place, c'est l’absence singulière du père social dans l'éducation de ce fils qui a mal fini. C'est oublier enfin la mort infâmante de ce fils, rejeté et abandonné de tous. 
 
Si l'on regarde de près l'Evangile de ce jour, on s'aperçoit vite qu'il ne parle pas de la sainte Famille pour parler de la famille.   L'Evangile de ce jour nous parle d'abord de Jésus, de Jésus qui réalise les Écritures, de Jésus solidaire du passé de son peuple.  Comme Moïse, comme son peuple, il trouve refuge en Égypte.  Comme Moïse, comme son peuple, il reviendra d'Égypte pour ouvrir un avenir à ce peuple opprimé depuis des générations. Mieux que Moïse, il va ouvrir le salut à tous les peuples de la terre: c'est ce que signifie son installation à Nazareth, dans la Galilée des nations. 
 
Si l'on tient absolument à raccrocher cela à la famille, c'est pour dire ceci :

1°) la famille n'est pas le lieu de la continuité mais le lieu de la nouveauté, le commencement de quelque chose d'absolument inédit qui se créera au fil des jours et qu'on ne peut prédire.

2°) les enfants viennent aux parents de très loin et vont au-delà d'eux. Les parents sont le lieu de passage d'une vie qui les déborde de toutes parts. D'où la nécessité d'un grand respect de cet enfant que l'on conçoit,  éduque, dirige mais qui jamais ne nous appartient.  
 
Nous en arrivons ainsi  tout naturellement à ce que disait Saint Paul dans la deuxième lecture : Parents, n'exaspérer pas vos enfants ! Voilà est une grande nouveauté pour l'époque !  Voilà une consigne que l'on devrait quelquefois méditer. Et bien comprendre ! Cela ne signifie pas qu'il faut les laisser-faire ce qu'ils veulent, mais bien respecter  leur croissance, respecter les choix qu'ils peuvent poser en matière d'orientation professionnelle et de vie personnelle.  C'est respecter un enfant comme enfant, l'adolescent comme adolescent et le jeune adulte comme jeune adulte.  Si les parents savent respecter leurs enfants pour ce qu'ils sont, nul doute que les enfants respecteront leurs parents comme le demandait Ben Sirac dans la première lecture.  Tout se tient. On ne récolte jamais que ce que l'on a semé. 
 
Finalement, c'est Saint Paul qui a le mot de la fin, la clé de tout : par-dessus tout,  qu'il y ait l'amour.  C'est lui qui fait l'unité dans la perfection.  Un amour solidement amarré à l'amour de Dieu. C'est d'abord cela qu’a vécu la Sainte Famille. Cela ne lui a pas épargné les épreuves, cela ne lui a pas donné une vie enviable à vue humaine, mais cela a fait vivre cette famille selon le projet de Dieu. C'est en cela qu'elle peut être pour nous une référence, un exemple à suivre. Tout faire, tout vivre par amour ici-bas, pour goûter avec elle, après les difficultés de cette vie, le bonheur sans fin, selon la prière de l’Eglise elle-même (prière après la communion). Sur ce chemin, il reste sans doute du travail. Mais cela vaut la peine d'essayer. Amen.
 

(Photo, détail de ma crèche)

samedi 29 décembre 2012

Sainte Famille C - 30 décembre 2012

Histoire de famille !


On nous casse tout ! Même la religion ! Avec un seul texte biblique, l’évangéliste saint Luc vient mettre à terre l’image du gentil petit Jésus qui obéit toujours à ses parents et qui ne fait que du bien. Pourquoi avait-il besoin de raconter cette fugue de Jésus ? Et pourquoi l’Eglise avait-elle besoin de nous faire entendre cette histoire le jour de la Sainte Famille ?

C’est vrai que c’est l’histoire d’une fugue, ou plutôt l’histoire d’un pèlerinage que Jésus semble vouloir prolonger. Ceux qui tiennent absolument à parler d’un petit Jésus toujours sage peuvent toujours rattraper la sauce en insistant sur le fait qu’il est resté au Temple, discuter avec les spécialistes de la Loi qui, d’ailleurs, font son éloge !

Mais c’est surtout l’histoire d’une famille, une famille qui vit comme les autres familles de son pays. Une famille unie, une famille priante qui va en pèlerinage à l’occasion de la grande fête de Pâque. Une famille qui connaît des moments de doute, d’anxiété. Une famille où les parents s’inquiètent encore de ce qui peut arriver à leur enfant. Une famille parmi tant d’autres. Seulement, cette famille-là a un enfant pas comme les autres. Et cet épisode au Temple va nous le révéler.

D’abord, Jésus a une connaissance inouïe des choses de Dieu. Pour que des anciens s’émerveillent devant un jeune homme, il faut déjà que ses questions et ses réponses soient d’une réelle profondeur. Il faut surtout que cet enfant ait un lien particulier avec ce Dieu au sujet duquel il les interroge. L’enfant lui-même révèlera ce lien à ces parents humains : maintenant qu’il est admis dans le cercle des adultes, il se doit aux affaires de son Père. Il vient rappeler qu’il est venu dans le monde dans un but précis : réaliser le projet d’amour de Dieu pour l’humanité. Douze années se sont écoulées depuis l’épisode merveilleux de sa naissance. Marie et Joseph ont pu légitimement oublier que leur fils leur a été donné pour l’accomplissement de ce projet. Pourtant, plusieurs fois, à travers l’histoire, Dieu avait ainsi suscité lui-même ses serviteurs par une naissance hors du commun. Ainsi, le petit Samuel dont la première lecture nous a relaté la naissance. Sa mère avait prié longuement pour un enfant et Dieu l’a exaucé. A vue humaine, c’est peut-être une naissance comme les autres. Mais à vue divine, cette naissance va servir le projet de Dieu. Ce petit Samuel va grandir auprès du Seigneur pour être prêt lorsque le Seigneur aura besoin de lui.

Jésus fait partie de ses serviteurs que Dieu suscite, sauf que lui, il est proprement le Fils de Dieu, entré dans une famille humaine, pour partager tout ce qui fait notre condition et ainsi mener à terme le projet de salut de Dieu. C’est cela que nous célébrons aujourd’hui. Dans le prolongement de la fête de Noël, l’Eglise vient nous redire que Jésus est pleinement l’un des nôtres : Jésus naît, grandit et accomplit tout ce que réalisent les jeunes de son âge. Même s’il vient de Dieu, même s’il est Dieu, il est totalement immergé dans ce monde auquel il porte la Parole même de Dieu.

Ensuite, nous sommes invités aujourd’hui à comprendre que nous sommes, nous aussi, de cette famille. Ce lien unique qui unit le Père et Jésus, devient le lien qui nous unit au Père. En révélant qu’il se doit aux affaires de son Père, il nous révèle que nos familles humaines ne se limitent pas à ceux qui la composent naturellement. Nous sommes tous reliés les uns aux autres. Jésus nous le redira clairement lorsqu’il nous laissera la prière du Notre Père. En nous demandant de nous adresser ainsi à Dieu, il nous introduit dans ce lien unique qui l’unit à son Père. A la question de Caïn, après le meurtre d’Abel : Suis-je responsable de mon frère ?, il n’est désormais plus qu’une réponse possible : « OUI ». Si nous prions tous Dieu en l’appelant notre Père, si nous sommes tous « enfants de Dieu » comme l’affirme Saint Jean, alors nous partageons les joies et les peines les uns des autres, comme c’est le cas dans toutes les familles ; sauf que pour nous, la famille ne se limite pas à papa, maman et les enfants. L’irruption de Jésus, donc de Dieu, dans la vie de nos familles met un point final à l’individualisme et nous ouvre à l’universalité. Désormais, je ne fais plus mon salut tout seul, en ignorant les autres. En envoyant son Fils dans le monde des hommes, Dieu les rend solidaires en tout, y compris en matière de salut, car son Fils est venu sauver tous les hommes. Nous qui vivons et marchons à sa suite, nous qui sommes témoins de ce salut offert à tous, nous ne pouvons que le transmettre, le faire découvrir aux autres. Il nous est interdit de ne pas en parler ! Il nous est interdit de dire que ce que vivent les étrangers chez nous, ou dans leur pays, ne nous concerne pas : ils sont de notre famille, même s’ils pensent autrement, même s’ils prient autrement !

A travers l’histoire de cette Sainte Famille, à travers l’histoire de ce Fils unique, nous sommes invités à lire et à vivre notre propre histoire. L’Eglise vient nous rappeler que nous venons aussi de Dieu et que nous allons vers lui. Peut-être nous faut-il nous laisser interroger par cet enfant sur notre manière de vivre notre pèlerinage familial sur cette terre ? Peut-être devons-nous interroger cet enfant pour le vivre mieux ? Osons aborder celui qui fait l’émerveillement de tous, au milieu du Temple. Osons le croire et le suivre lorsqu’il nous parle de son Père. Osons, avec lui, construire cette famille humaine où Dieu sera enfin tout en tous. AMEN.

(Illustration Bible de Gustave DORE, Jésus parmi les docteurs du Temple)

samedi 25 décembre 2010

Fête de la Sainte Famille - 26 décembre 2010

Notre foi est notre vie : nous célébrons un Dieu en qui nous pouvons nous confier.




Il y a quelque chose d’inquiétant dans le récit de Matthieu que nous venons d’entendre. Il y a la haine et la jalousie qui mènent à la condamnation à mort d’un enfant nouveau-né. Mais il y a aussi la confiance, le courage et l’amour d’un père pour cet enfant qui font que ce drame annoncé est déjoué, momentanément. Et Joseph devient alors le personnage incontournable de ce récit.

C’est Matthieu, qui au quatrième dimanche de l’Avent, nous présentait déjà Joseph. Un Joseph inquiet de la décision qu’il allait prendre. Souvenez-vous : il savait sa fiancée enceinte et avait formé le projet de la répudier en secret. Mais l’ange du Seigneur lui avait fait voir ce qui était juste ; il l’avait invité à entrer dans le projet que Dieu lui-même avait formulé, non seulement pour Marie, sa promise, et l’enfant qui était annoncé, mais aussi pour lui. Le projet de Dieu ne pouvait se réaliser complètement sans l’assentiment de Joseph, le père. Ainsi, Dieu construisait une famille à son fils unique qu’il envoyait dans le monde pour sauver l’humanité. C’est ce même Joseph qui est à nouveau avertit par l’ange du Seigneur du danger qui menace ce fils qu’il a accepté comme sien. Et, en père avisé et protecteur, Joseph fait ce qu’il doit pour protéger les siens. Il prend l’enfant, et s’installe dans la terre qui jadis avait réduit son peuple en esclavage. La terre de l’ancienne captivité devient la terre de la liberté et de la survie. Et il y restera jusqu’à ce que Dieu lui-même l’avertisse de la fin du danger. Joseph s’était entièrement remis à Dieu pour la naissance de son fils ; il s’en est remis à lui pour protéger cette famille dont il a hérité, il s’en remet encore à lui pour déterminer la date du retour au foyer. Grâce à Joseph, l’enfant a une famille ; grâce à Joseph, l’enfant a été sauvé de la fureur d’Hérode ; grâce à Joseph, l’Enfant devient le Nazaréen. Joseph devient ainsi l’archétype du croyant solide dans sa foi, qui fait confiance en toute chose à Dieu. Il devient l’archétype de celui qui a une foi sans faille.

Certes, on pourrait dire, à partir du même texte, que Joseph n’a que peu de mérite. Il suit aveuglément les instructions de Dieu. Il serait sans liberté propre. A lire trop vite l’évangile de Matthieu, on pourrait croire que Joseph n’est qu’un robot inhumain. Il exécute à la perfection ce qui lui est dicté. Or, Joseph manifeste sa liberté justement dans l’acceptation d’événements qu’il ne comprend pas. Comment un jeune père pourrait-il comprendre qu’on en veuille à la vie de son premier fils ? Comment un père pourrait-il comprendre qu’un puissant puisse prendre peur devant un nouveau-né ? Si nous étions à la place de Joseph, ne serions-nous pas un peu déboussolés ? La crainte ne s’emparerait-elle pas de nous devant la terreur mise en place par plus puissant que nous ? Souvenons-nous du massacre des saints Innocents dont la liturgie fera mémoire cette semaine et vous comprendrez que la crainte n’est pas qu’une vue de l’esprit. Joseph est croyant, et sa foi le pousse à faire confiance à Dieu en tout. Il lui a fait confiance avant la naissance de l’Enfant en accueillant sa mère. Il fait confiance à Dieu pour trouver un refuge pour sa famille. Il fait encore confiance à Dieu pour choisir le moment du retour. Mais il choisit l’endroit où cet enfant sera élevé. Il a choisi de faire confiance à Dieu : il n’y était pas obligé. Sa liberté, il l’exerce en choisissant à qui il va faire confiance. Pour Joseph, sa foi, c’est sa vie et la vie de son enfant.

Pour nous, chrétiens, notre foi est aussi notre vie. Elle concerne chaque instant de celle-ci. Elle peut orienter notre vie si nous faisons, comme Joseph, le choix de faire confiance en tout à Dieu. Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous célébrons Dieu en qui nous pouvons nous confier. Deux moments de la célébration nous permettent d’exprimer notre confiance en Dieu. Il y a d’abord le rite pénitentiel où nous attendons de Dieu l’exercice de sa miséricorde pour nous. Mais il y a aussi et surtout le temps de la prière universelle qui nous permet de confier à Dieu les situations difficiles pour lesquelles nous ne pouvons pas grand-chose, sûrs que lui peut toujours intervenir. Ainsi, nous demandons à Dieu de nous ajuster à ce que lui veut. La prière universelle n’est pas là pour dire à Dieu de faire ce que nous voudrions qu’il fasse selon nos propres schémas. La prière universelle insère le croyant dans la volonté que Dieu a lui-même de voir tous les hommes rassemblés en lui. La prière universelle nous permet de prier pour tout ce qui tient au cœur de Dieu, pour que vienne la volonté de Dieu sur le monde, dans le désir que lui-même porte notre Histoire à son achèvement. Joseph est bien le modèle de cette humanité ajustée à la volonté de Dieu, puisque, sans forcément comprendre, il est entré dans le désir de Dieu de sauver ce fils incarné, pour que son projet de salut puisse un jour se réaliser. Librement, il a consenti à ce que Dieu voulait, sûr que Dieu ne pouvait vouloir que le bien pour cet enfant qu’il avait lui-même appelé à la vie en Marie.

C’est à cette même confiance que nous sommes invités en ce jour de la fête de la Sainte Famille. Nous serons de cette Sainte Famille si nous nous laissons ajuster en tout à Dieu, ou pour citer saint Paul, si tout ce que nous faisons, tout ce que nous disons, nous le faisons au nom du Seigneur Jésus Christ. Nos familles n’ont pas forcément une existence plus simple que celle de la famille de Jésus, Marie et Joseph. Elles peuvent connaître aujourd’hui encore des drames qui peuvent mener à l’éclatement, à la violence, à la haine. Mais si le Christ devient le cœur de notre vie, si toutes nos actions, toutes nos paroles prennent leur source en sa parole, alors nous pourrons nous appuyer sur notre foi pour surmonter nos épreuves. Nous en serons capables parce que nous obéirons à un Dieu qui ne veut que notre vie et notre bonheur. Le don de son fils unique devrait suffire à nous en convaincre. Nous pouvons faire nôtres les paroles du psalmiste en cette fête : Heureux qui craint le Seigneur et marche en ses voies ! Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! Osez vous confier en Dieu et il en sera ainsi, toujours. Amen.

(Photo : Détail de la crèche de Holtzheim - Alsace)