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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 24 avril 2016

05ème dimanche de Pâques C - 24 avril 2016

Pâques : quand l'amour vérifie notre foi !




A mesure que se déroule le temps pascal, nous entrons dans une compréhension meilleure de cet événement qui a bouleversé et bouleverse toujours le monde. Rien n’est plus comme avant ; rien ne sera jamais plus comme si Dieu n’avait pas offert la vie de son Fils sur la croix pour permettre aux hommes de vivre, libres et heureux ! Si cet événement change le monde effectivement, comment croire qu’il ne change rien dans ma vie ? Comment croire que l’irruption de l’amour dans la vie des hommes puisse ne rien changer dans une vie personnelle ? 
 
Jésus, au soir de sa mort, au cours du repas qu’il prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du Cénacle, laisse à ses disciples une parole que nous ne cesserons jamais ni de comprendre, ni de vivre. Remarquez que cette parole est donnée en l’absence de Judas, c’est-à-dire quand celui qui va provoquer le drame et permettre au Mal de triompher, au moins dans l’immédiat, n’est plus présent. Il y a des paroles que l’on ne peut pas dire, ni recevoir lorsque le Mal est présent. Il y a des mots qui ne prennent vraiment leur sens qu’entre gens de bonne composition. Cette parole, c’est le commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Vous aurez compris que la répétition de ce commandement indique à elle seule l’importance de cette parole et du défi qu’elle représente. Est-ce seulement possible à vivre ? 
 
S’il s’agissait juste de nous aimer les uns les autres, sans rien de plus, je crains fort que cela soit juste impossible. Il y a tant de raisons, toutes meilleures les unes que les autres, qui nous empêchent d’aimer l’autre. Et la première raison, c’est souvent l’autre lui-même. Il est tellement différent de moi, tellement différent de ce que je voudrais qu’il soit, trop ceci et pas assez cela, qu’il m’est juste impossible de l’aimer. Mais Jésus insiste, et dans son insistance, il nous donne la clé pour que cet amour humainement impossible devienne possible. Il ne s’agit pas seulement d’aimer l’autre, mais d’aimer comme lui, Jésus, nous a aimés ! Tout est dans ce « comme Jésus ».  Et l’amour de Jésus est allé jusqu’à la croix, jusqu’à une vie donnée, offerte dans la violence absolue que représente la mort de l’innocent. Un tel amour est un don de Dieu. Car c’est bien dans son union indéfectible à Dieu son Père que Jésus peut ainsi s’offrir en sacrifice pour la vie de tous les hommes. C’est dans notre attachement au Christ, qui a donné sa vie pour nous, que nous pouvons trouver la force d’aimer comme lui, tous et chacun de ceux qu’il met sur notre route. N’imaginons pas réussir à aimer, ni réussir à nous aimer les uns les autres hors de cette fidélité à l’amour du Christ pour nous. Seul celui qui se sait aimé passionnément par le Christ peut aimer passionnément à son tour. 
 
Pour nous, chrétiens, l’amour n’est pas une option, c’est un incontournable. Il vérifie notre foi, notre fidélité au Christ Sauveur et à son enseignement : A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Jean reprendra avec force cette affirmation lorsqu’il dira dans sa première lettre : celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas, mais qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur. L’incarnation même de Jésus justifie cette position puisque qu’en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’homme et Dieu sont définitivement liés. Notre foi au Christ ne pourra donc jamais se passer de la nécessité d’aimer, puisque Jésus a fait de l’amour du frère la mesure étalon de notre foi. 
 
Quand l’amour devient difficile, demandons au Christ ressuscité de nous indiquer la route de l’amour véritable. Demandons au Christ un surcroit d’amour pour que soit réduit à rien ce qui nous empêche d’aimer. Construisons cette Jérusalem nouvelle dans laquelle la mort ne sera plus, dans laquelle de mer, il n’y en a plus. Avec Pâques, Dieu a fait toutes choses nouvelles, à commencer par notre capacité à aimer. Suivons-le, et aimons comme lui. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 209, Mai 2004, éd. Marguerite)

vendredi 30 mai 2014

07ème dimanche de Pâques A - 01er juin 2014

Un dimanche pour entrer dans la prière de Jésus.




Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, ce septième dimanche de Pâques peut nous sembler de moindre importance. Il fait le lien entre le départ du Christ et le don de l’Esprit Saint. Pourtant, nous aurions tort de le prendre pour un petit dimanche, existant seulement pour satisfaire une règle mathématique élémentaire : des 40 jours après Pâques marquant l’Ascension aux 50 jours après Pâques de la Pentecôte, il y a dix jours, et donc forcément un dimanche. Ce dimanche nous est donné pour entrer dans la prière de Jésus, pour faire nôtre sa prière au soir de sa mort. 
 
N’est-ce pas là l’attitude des disciples après que Jésus fut enlevé au ciel ? Ils rentrent à Jérusalem, se retrouvent à la maison, et d’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes, dont Marie… Sans doute est-ce la seule chose qui est nécessaire à ce moment-là ! N’ont-ils pas reçu de Jésus une mission lorsqu’il s’est élevé dans sa gloire ? Celle de faire de tous les hommes des disciples ? Nous pouvons comprendre que ces hommes et ces femmes réunis dans l’attente de l’Esprit Saint, qui sera leur force pour cette mission, n’aient trouvé rien de plus important à faire que de prier, c’est-à-dire se relier à ce ciel vers lequel Jésus est monté. En se mettant en prière, en attendant la venue de l’Esprit Saint, ils manifestent leur désir d’être là où est Jésus, d’être avec Jésus, toujours. N’est-ce pas ce que la liturgie de ce dimanche nous invite à faire aussi dès l’ouverture de la célébration ? Notre première prière en ce dimanche commençait par ces mots : Entends notre prière, Seigneur ! Avant de nous lancer dans une quelconque mission d’Eglise, ce devrait être là notre attitude fondamentale : nous relier au ciel, entrer en relation avec lui pour que le Christ soit avec nous, comme il nous l’a promis. Ce que nous réaliserons sera alors vraiment mission d’Eglise et non activisme débordant. 
 
La prière, n’est-ce pas ce que recommande Pierre, dans sa première lettre au chrétien persécuté à cause de sa foi ? Si c’est comme chrétien [qu’on le fait souffrir], qu’il n’ait pas de honte et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. Rendre gloire à Dieu est bien un des buts de la prière. Ce nom de chrétien, que nous devons porter avec fierté, est LE nom qui nous relie au Christ. Ce nom, dans les Actes des Apôtres, n’est pas choisi par les disciples ; il leur est donné par ceux qui ne le sont pas pour les distinguer des autres, pour manifester leur appartenance au Christ, dont les croyants disent à tous qu’il est mort et ressuscité. Ce nom dit notre foi ; ce nom dit la reconnaissance que les non-chrétiens ont de ce que nous sommes en vérité : nous appartenons au Christ et nous portons ainsi son propre nom. Nous sommes identifiés à lui ; nous sommes « Lui » par le baptême ; nous devons en rendre gloire à Dieu ; nous devons lui dire notre reconnaissance. 
 
Jésus, dans sa prière que nous avons entendu dans l’Evangile, vient nous redire pourquoi nous devons rendre gloire à Dieu pour ce nom. Ce nom d’abord nous obtient la vie éternelle puisqu’il est porté par ceux et celles qui ont été donnés par le Père au Christ. La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Mais Jésus va plus loin dans son enseignement sur ce que doit ou peut être notre prière. La prière de Jésus dans laquelle nous devons entrer est cette prière qui nous fait souvenir que nous sommes au Christ, et donc que nous sommes à Dieu comme le Christ est à Dieu. Sa prière pour nous montre son désir de nous voir fidèles à ce qu’il est, fidèles à sa mission, fidèles à sa Parole. Entrer dans la prière du Christ, c’est demander à Dieu pour nous, cette même fidélité dans un monde qui ne nous y encourage pas. Notre salut vient de ce que le nom de Jésus a été prononcé sur nous ; notre salut sera toujours dans notre fidélité à ce nom. 
 
En attendant que souffle sur nous le grand vent de l’Esprit qui nous communiquera la force du Christ, restons dans cette prière de Jésus ; ce qu’il demande pour lui (que le Père le glorifie), nous pouvons le demander pour nous. La prière liturgique de ce dimanche n’hésite pas d’ailleurs. Dans la prière sur les offrandes, nous demanderons que cette liturgie, célébrée avec amour, nous fasse passer à la gloire du ciel. Et après la communion, nous insisterons encore davantage en priant Dieu ainsi : que notre communion au mystère du salut nous confirme dans cette assurance que tu glorifieras tout le corps de l’Eglise comme tu as glorifié son chef, Jésus Christ. Notre prière rejoint bien la prière du Christ avant sa mort, et sa promesse que nous serons là où il sera, pour toujours unis à lui, en lui, par lui. 
 
Ce dimanche n’est donc pas un petit dimanche. Il n’existe pas de petit dimanche d’ailleurs. Il n’existe que des dimanches vécus petitement s’ils ne sont pas vécus en communion avec Jésus, dans une reprise inlassable de sa prière pour ses disciples. N’ayons pas honte de ce que nous sommes ; n’ayons pas honte de ce qui nous est demandé en ce premier jour de la semaine. Et toujours nous resterons fidèles à la prière commune, comme les premiers disciples, attendant que l’Esprit Saint nous renouvelle pour la mission. Amen.

 (Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 31 janvier 2014

Présentation du Seigneur au Temple - 02 février 2014

Un triple sens pour cette fête.




Que fêtons-nous au juste en cette fête de la Présentation de Jésus au Temple ? Le souvenir d’un rite prévu par la Loi juive qu’il fallait accomplir absolument pour marquer la fidélité de Marie et Joseph à leur foi ? Pourquoi, dans notre liturgie, revenir en arrière, à l’époque où Jésus était petit enfant, alors que depuis deux semaines, nous sommes invités à découvrir Jésus adulte et son enseignement ? 
 
Une première réponse est effectivement de dire que Marie et Joseph, en fidèles de la Loi de Moïse, accomplissent les rites prévus par la Loi. Ce faisant, ils inscrivent bien Jésus dans ce peuple que Dieu s’est choisi. Par la circoncision, le huitième jour après la naissance, Jésus est accueilli formellement dans la communauté des promesses héritées d’Abraham ; à présent, il appartient aussi juridiquement au peuple d’Israël (Benoît XVI, L’enfance de Jésus). Par la présentation au Temple de leur premier-né, Marie et Joseph le consacrent au Seigneur Dieu, selon ce qui est écrit dans la Loi (cf. Ex 13, 2 ; 13,12-15). Personne ne pourra douter que Jésus est bien un membre du peuple élu. Tout ce qui devait être fait l’a été. Dès avant sa naissance, ses parents se sont conformés au projet de Dieu pour eux et pour cet enfant. Il n’était pas question de faire autrement après sa naissance. 
 
Une deuxième réponse pour savoir mieux ce que nous célébrons, serait de  dire que nous célébrons le jour où Jésus rentre chez lui, rentre chez son Père. Sa présentation au Temple correspond à sa remise à Dieu dans le Temple, totalement donné en propriété à Lui (Benoît XVI, L’enfance de Jésus). Jésus est offert publiquement à Dieu dans le Temple, annonçant déjà son offrande à Dieu au terme de sa vie pour racheter l’humanité pécheresse. En s’offrant ainsi à son Père, il s’offre aussi à son peuple, ce peuple que Dieu s’est choisi, et par-delà à tous les hommes. N’est-ce pas ce que la rencontre avec le vieux Siméon et la prophétesse Anne semble suggérer ? En proclamant l’enfant gloire de son peuple et lumière des nations, Siméon dresse le portrait de ce que sera cet enfant quand viendra pour lui le temps d’accomplir la mission pour laquelle Dieu l’a envoyé. 
 
Nous en arrivons ainsi à un troisième motif de célébrer cette présentation au Temple. En se soumettant à la Loi, en rentrant ainsi chez son Père, Jésus rencontre aussi le peuple pour le salut duquel il est entré dans le monde. Si le Temple est le lieu où Dieu réside, il est aussi le lieu où Dieu rencontre son peuple. En étant présenté au Temple, donné en propriété à Dieu, Jésus est établi dans le lieu de la rencontre entre les hommes et Dieu. Où pourrait-il demeurer autrement que là, lui qui est, dans sa propre chair, vrai Dieu et vrai homme ? Ce que Siméon dit de l’enfant et de son avenir (il est la gloire d’Israël son peuple et la lumière des nations) le désigne comme le serviteur de YHWH, celui dont Isaïe disait qu’il ouvrirait un nouvel avenir. Aux hommes qui marchaient dans les ténèbres est donné le signe d’un enfant, né pour attirer à lui la terre entière. Devant cette gloire, devant cette lumière, Siméon peut désormais s’effacer : il attendait la Consolation d’Israël ; il tient en ses mains celui qui l’accomplira sur la croix. Il reconnaît que Jésus est bien celui qui est investi de la puissance divine et qui accomplira toutes les promesses de Dieu formulées par les prophètes. Quand Jésus rentre chez son Père, c’est un nouveau monde qui commence ; l’homme a désormais un avenir puisqu’il a en Jésus un Sauveur. L’homme n’a plus à chercher Dieu puisque Dieu marche sur sa route.  Plus de crainte à avoir. Seule doit rester la confiance en cet enfant, porteur d’avenir, porteur de lumière, porteur de vie pour son peuple et pour tous les peuples qui marcheront à sa rencontre. La prophétesse Anne se charge de propager cette confiance en parlant de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. L’espérance des hommes n’était pas vaine, leur foi en Dieu qui sauve en est renouvelée. 
 
La liturgie a bien fait de nous faire revenir au Jésus enfant, quarante jours après avoir célébré sa naissance. Elle nous permet de comprendre mieux encore et le sens de cette naissance et le sens de la mission de Jésus dont nous sommes les témoins depuis quinze jours. Laissons-nous éclairer par cette lumière nouvelle, suivons-là, et nous pourrons, nous aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant Dieu (oraison de la messe). Amen.

samedi 6 novembre 2010

32ème dimanche ordinaire C - 07 novembre 2010

Notre résurrection, signe de l'amour de Dieu pour nous.

Après les fêtes de la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts, les textes de ce dimanche tombent à pic pour nous permettre d’approfondir encore notre espérance en la résurrection des morts. Qui d’entre nous ne s’est jamais sérieusement posé la question que les sadducéens adressent à Jésus ? Qui n’a jamais voulu savoir comment cela se passe dans l'au-delà ? Est-ce que cela sera comme sur terre ? Mais alors que deviennent nos situations quelquefois si compliquées ? N’aurions-nous pas plus de facilité à croire en la résurrection si quelqu’un pouvait enfin nous dire que nous n’espérons pas en vain, qu’il y a bien quelque chose et surtout nous le décrire avec force précision ? Eternelle volonté de l’homme de lever le voile sur le mystère essentiel de la vie : tout savoir, tout comprendre. Refuser tout ce qui est inaccessible à la pensée humaine.

Pourtant, croyants, nous sommes souvent placés face à des situations que nous ne maîtrisons pas. Nous savons qu’il y a une part de notre vie qui nous échappe. Les accepter, accepter qu’il y ait un mystère de la vie fait partie de notre foi. Dans sa réponse aux sadducéens, Jésus ne s’y trompe pas. Il sait l’importance du piège qui lui est tendu. Sa réponse, loin d’éclaircir le sujet, renvoie dos à dos les pharisiens et les sadducéens.

Aux premiers (càd aux pharisiens), Jésus reproche une conception de la résurrection très matérialiste : la résurrection n’est, pour les pharisiens, qu’une réanimation des corps, synonyme de reprise des activités terrestres après un long sommeil. On refait dans l’au-delà ce que l’on a fait sur terre, à l’identique. Il n’y a pas de différence entre la vie sur terre et la vie de ressuscité ! On comprend dès lors, la raillerie des sadducéens. Si la vie après la mort est la même que sur terre, une femme qui se marie après son veuvage sera polygame. Or, c’est interdit par la Loi. N’y a-t-il pas là la preuve même de l’absurdité de la croyance en la résurrection ? Jésus répond clairement que la vie de ressuscité, en communion avec le Dieu Vivant, est une vie radicalement nouvelle par rapport à notre vie charnelle. C’est une vie qui n’a pas de modèle ici-bas. C’est une vie totalement transfigurée, une vie de fils et de fille de Dieu, héritiers de la résurrection : une vie semblable à celle des anges, une vie tournée vers la louange de Dieu. Une vie où nous serons face à Dieu, le voyant tel qu’il est.

Aux seconds (càd aux sadducéens), Jésus reproche de ne s’intéresser qu’à des cas d’école, et de se désintéresser de la vie. Les sadducéens sont conservateurs en matière religieuse. Pour eux, la croyance en la résurrection, qui est une donnée tardive de la foi, est une déviation. S’ils prétendent qu’il n’y a pas de résurrection, c’est qu’ils n’en trouvent aucune trace dans les cinq livres de la Bible auxquels ils se réfèrent ; cette foi en la résurrection n’est apparue que dans le contexte de la révolte des Macchabées lorsque les Israélites, fidèles à Dieu, subirent courageusement le martyre. Notre première lecture s’en est fait l’écho. Dans sa réponse, Jésus ne va pas s’appuyer sur ces textes tardifs, mais sur la Loi de Moïse : l’expérience de Moïse prouve que les morts doivent ressusciter ! Comme preuve, il cite l’épisode du buisson ardent. Dieu se révèle à Moïse comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Autrement dit, si Dieu s’est lié d’amitié avec ces patriarches, si Dieu a noué avec eux une Alliance d’amour, comment imaginer que ce soit pour quelques années seulement ? L’Alliance de Dieu avec les hommes n’est-elle valable que pour un temps ? Devient-elle caduque avec la mort ? Dieu abandonnerait-il les siens au moment décisif de leur existence ? N’est-ce pas sous-estimer la toute-puissance de Dieu ? Pour Jésus, la relation d’amour que Dieu a établie avec les hommes depuis la création, en passant par tous les patriarches, pour devenir relation d’amour avec chacun de nous, cette relation d’amour ne peut mourir, car Dieu est fidèle jusque dans la mort, jusqu’au-delà de la mort ! Ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts, ceux-là sont vivants à jamais car Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Il veut l’homme vivant, aujourd’hui et toujours. Et dans le don de son Fils sur la croix, ce projet d’amour devient réalité pour nous. Depuis Pâques, nous avons cette certitude, appuyée sur la résurrection de Jésus, que nous aussi, nous vivons dès maintenant pour Dieu, et dans l’éternité avec Dieu.

Jésus n’explicite pas comment cela se fera : il rappelle simplement la fidélité absolue de Dieu à son alliance : une alliance indéfectible, plus solide que la mort. Ce qui compte, pour l’homme, c’est de bien connaître Dieu, de lui faire confiance et de vivre pleinement sa part de l’Alliance. Dieu aime trop l’homme pour l’abandonner au pouvoir de la mort. Si l’homme connaissait Dieu comme Jésus le connaît, si l’homme aimait Dieu comme Jésus l’aime, il n’aurait pas de peur en lui, il n’aurait pas de doute en lui. Un père abandonne-t-il son enfant dans la détresse ? Comme le chante le psalmiste, par delà la mort, au réveil, je me rassasierai de ton visage. Que cette espérance soit nôtre et affermisse notre foi. Amen.

(Photo de Quentin Urlacher, prise à Purmamarca, Argentine)

samedi 9 octobre 2010

28ème dimanche ordinaire C - 10 octobre 2010

Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle !

Voilà une bonne nouvelle pour le monde de ce temps. Voilà de quoi raviver notre espérance ! Voilà de quoi redonner du corps à notre foi ! Dieu est fidèle, Dieu reste fidèle même dans notre infidélité.

Regardez les lépreux dans l’Evangile. Ils ne sont pas des malades parmi d’autres. Jésus n’est pas un simple médecin qui nous guérirait d’une grippe saisonnière. Jésus est LE médecin qui nous libère de ce mal qui nous ronge tous, de cette lèpre qui nous coupe des autres, que nous en soyons conscients ou non. Et ce mal, cette lèpre, c’est le péché ! La lèpre, à l’époque de Jésus, n’était pas une maladie comme les autres ; elle était une maladie qui mettait à part, qui excluait, comme le péché nous exclut de l’alliance avec Dieu. Cette maladie avait, jadis, une forte signification religieuse. Les prophètes n’annonçaient-ils pas la venue du Messie par ce signe, entre autres : les lépreux seront guéris ?

Jésus, face à ces lépreux qui crient vers lui, ne réagit pas comme auraient réagi tous ceux de son époque. Il ne les éloigne pas, il s’adresse à eux ; il établit une nouvelle communion avec eux et les réintègre dans la communauté humaine et dans la communauté croyante. Allez vous montrer aux prêtres : c’est-à-dire allez faire valider votre guérison, allez et réintégrez la communauté à laquelle vous appartenez. Ces lépreux guéris sont le signe du pouvoir de Dieu sur le Mal et la mort. Ils sont le signe que Dieu aime tous les hommes, même (et faut-il préciser surtout) ceux que la lèpre du péché défigure et exclut.

Le dixième lépreux, tout comme Naaman le Syrien dans la première lecture, nous montre que l’amour de Dieu ne se limite pas au peuple qu’il a choisi et élu. Non, l’amour de Dieu est pour tous, et la libération annoncée et réalisée en Jésus concerne tous les hommes. L’amour de Dieu, la fidélité de Dieu à sa création, vont jusque là. Nul n’est exclut de cet amour. Le sacrifice de Jésus sur la croix est pour tous, pas seulement pour les disciples.

Nous comprenons alors mieux l’affirmation de Paul : Si nous sommes infidèles, lui (Jésus), restera fidèle, parce qu’il ne peut se renier lui-même. Comment donc celui qui est allé jusqu’à la mort ignominieuse sur la croix pourrait-il soudain dire : pour celui-là, je ne donnerai pas ma vie ? Le sacrifice du Christ est unique, il est pour tous, une fois pour toutes. Et quelle que soit notre vie, quelle que soit la « monstruosité » de notre péché, nous serons toujours accueillis par Dieu, lorsque nous crierons vers lui.

Jésus, maître, prends pitié de nous ! Ce cri des lépreux est à lui seul un acte de foi et une reconnaissance de leur imperfection. Un acte de foi puisqu’ils reconnaissent Jésus comme Maître, comme leur Maître. Ils se font ses disciples. Mais en même temps, ils reconnaissent, ils confessent qu’ils ont besoin de lui : prends pitié de nous ! Notre eucharistie ne s’ouvre-t-elle pas sur ces mêmes mots après la salutation liturgique ? Nous savons que le péché ronge notre vie, mais nous savons surtout que Jésus est plus fort que notre péché, que son amour est plus grand que notre mal, et que son alliance, scellée dans son sang, est pour toujours. En criant vers lui, nous lui redisons notre désir d’être ses disciples, notre désir d’être libérés de toutes ces lèpres qui nous éloignent de lui. Avec Naaman le Syrien, avec ce dixième lépreux, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour son œuvre d’amour et pour sa fidélité à son peuple, à nous, même et surtout lorsque nous sommes infidèles.

Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle. Puisse chacune de nos eucharistie être à la fois le signe de notre désir de voir Dieu présent au cœur de notre vie et le signe de notre reconnaissance pour sa fidélité sans faille. Puisse chacun de nos dimanches devenir le jour où nous nous souvenons de Jésus Christ, et de ce que son amour réalise pour nous. Amen.


(Photo d'un ami voyageur, Quentin Urlacher. Voir son blog dans les liens)

dimanche 9 mai 2010

6ème dimanche de Pâques - 09 mai 2010

Retranscription de l'homélie donnée au couvent du Bischenberg à l'occasion de la journée de rencontre des servants d'autel, pèlerins à Rome en Août 2010.



L'Evangile que nous venons d'entendre se situe à ce moment si particulier de la vie de Jésus, au soir avant sa mort. Et nous entendons cet Evangile à un moment particulier de l'année liturgique, quelques jours avant l'Ascension, avant le retour définitif de Jésus auprès de son Père. Et nous qui sommes ici en ce jour, nous entendons cet Evangile au moment particulier de notre préparation au pèlerinage à Rome. Ces trois moments ont en commun d'être des moments de départ pour quelqu'un. Lorsque l'on part, les paroles que l'on dit ne sont pas seulement de belles paroles, ce sont des paroles importantes, qui paroles qui veulent marquer ceux qui restent.

Au début des paroles de Jésus, il y a ce présupposé : Si quelqu'un m'aime ! Sans cela, les paroles qui vont suivre n'ont pas de sens. Sans ce présupposé, ce n'est qu'un discours de plus. Dans le pèlerinage que nous préparons, il en est de même. Sans cet amour de Jésus, ce ne sera pas un pèlerinage, mais de belles vacances. Nous partons aussi pour mieux aimer ; nous partons aussi parce que nous aimons Jésus.

Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma Parole ; mon Père l'aimera et nous viendrons chez lui. Aimer Jésus pour entrer dans une fidélité à sa Parole. Aimer Jésus, et accueillir dans notre vie Jésus et son Père (nous viendrons chez lui !). Partir en pèleriange, c'est se préparer à mieux accueillir Jésus ; partir en pèlerinage, c'est désirer une plus grande fidélité à Dieu ; partir en pèlerinage, c'est rencontrer Dieu qui vient à nous. Nous partirons pour mieux accueillir Dieu au coeur de notre vie.

Ce départ annoncé de Jésus n'est pas un abandon pour les disciples : Jésus fait une promesse. Quelqu'un d'autre viendra, l'Esprit Saint qui permettra de tout comprendre. C'est cet Esprit qui nous pousse à partir ; c'est cet Esprit qui nous acompagnera dans notre pèlerinage et qui nous permettra de revenir à la source véritable. C'est le mot d'ordre du pèlerinage international auquel nous participerons.

Avant de partir, Jésus donne sa paix à ses disciples ; c'est cette même paix qu'il leur donnera au soir de Pâques lorsqu'il ira à la rencontre de ses disciples. C'est dans cette paix du Christ que nous voulons voyager avec vous. C'est avec cette paix que nous irons à la rencontre des servants venus de l'Europe entière. C'est dans cette paix que notre foi pourra grandir et se renforcer. On s'imagine souvent qu'au début de l'Eglise, tout était mieux. Or, le passage des Actes que nous avons entendu aujourd'hui, nous montre une crise grave dans l'Eglise que nous aurions tort de sous-estimer. Ce qui était demandé à certains, c'était un vrai saut culturel : renoncer à la circoncision, marque de l'appartenance au peuple que Dieu s'est donné depuis Abraham pour ne garder que la foi en Jésus. Désormais, c'est elle seule qui sauve.

Le passage de l'Apocalypse, décrivant la nouvelle Jérusalem, ne va-t-il pas dans le même sens lorsqu'il annonce que les fondations de cette nouvelle Jérusalem, ce sont les Apôtres ? Certes, les portes sont nommés d'après les tribus d'Israël (on ne peut pas évacuer la Première Alliance, et il faut toujours passer par elle), mais désormais, tout repose sur ceux que Jésus a appelés. En partant à Rome, nous allons à la rencontre de Jésus en suivant le chemin de saint Tarcisius, Patron des servants d'autel, en suivant le chemin de tous les martyrs qui y ont versé leur sang à cause de Jésus. Nous irons à la tombe de Pierre, le premier des Apôtres ; nous irons à la rencontre de Paul, l'Apôtre des Nations.

A la suite de tous ceux-là, à la suite de nos Pères dans la foi, nous irons donc à Rome affermir notre foi, faire grandir notre amour, renforcer notre désir de toujours mieux connaître Jésus, notre désir de toujours encore le servir.

(photo de la chapelle du Bischenberg)