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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 9 mai 2026

6ème dimanche de Pâques A - 10 mai 2026

Quand Dieu nous dit son amour, il nous promet un Défenseur.








 

            Se souviennent-ils de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, venue puiser de l’eau au puits de Jacob lorsque Philippe parcourt la région en proclamant le Christ ? Leurs cœurs sont-ils brûlants de foi pour que Philippe soit capable de poser autant de signes ? Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. En entendant cela, comment ne pas faire le rapprochement avec ce que Jésus nous dit dans l’Evangile : Le Père vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.

Ce Défenseur, ce n’est pas Philippe, c’est l’Esprit Saint qui se manifeste à travers lui. Ce n’est pas diminuer l’œuvre de Philippe que de le dire, bien au contraire. C’est le signe que Philippe, comme l’était Etienne, diacre lui-aussi, était rempli de l’Esprit Saint, et qu’il laissait l’Esprit parler et agir à travers lui. Philippe ne s’attribue aucun mérite. Il fait son travail de disciple du Christ ; il annonce le Christ. Quand le Christ est annoncé, quand le Christ est accueilli, l’Esprit peut travailler, l’Esprit peut libérer la vie de tout ce qui l’entrave. Chaque disciple connaît l’Esprit, car l’Esprit est en chaque disciple. Pour authentifier l’œuvre accomplie en Samarie, Pierre et Jean y sont envoyés ; ils prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint. Il n’y a pas de disciples sans Esprit Saint. C’est la promesse de Jésus qui s’accomplit. Sa mort, sa résurrection et son Ascension que nous célèbrerons bientôt, ne sont pas un abandon, mais bien toutes choses nécessaires à notre salut et à notre vie de foi. Pour recevoir l’Esprit Saint, il faut la foi au Christ, mort et ressuscité pour notre vie ; pour vivre cette foi, il faut accueillir le don de l’Esprit Saint, présence de Dieu en notre vie, qui rend toutes choses possibles.

La promesse d’un Défenseur, faite par Jésus dans l’Evangile de ce dimanche, n’est donc pas un hochet destiné à nous consoler au pied de la croix ; elle est la preuve que Dieu nous aime, qu’il nous veut vivant et qu’il nous donne les moyens de cette vie éternelle qu’il nous offre dans le sacrifice de son Fils unique. Si Philippe est capable de réaliser tous ces signes, c’est parce que l’Esprit Saint l’accompagne et devance les Apôtres eux-mêmes. L’amour de Dieu pour nous reste premier. Il est la source de notre foi et non le résultat de celle-ci. C’est parce que Dieu nous aime, que nous pouvons croire en lui, et non parce que nous croyons en lui que Dieu nous aime. La présence de l’Esprit Saint, signe de l’amour de Dieu pour nous, est manifesté par les guérisons ; cette présence fait naître la foi qui sera confirmée par les Apôtres.

C’est cette présence de l’Esprit Saint en nous que Pierre demande à ses lecteurs de vivre quand il les invite à présenter à tout moment une défense devant quiconque leur demande de rendre raison de l’espérance qui est en eux. Et nous voyons là que Dieu fait bien les choses. L’Esprit Saint nous précède toujours, car nul ne peut dire Jésus Christ est Seigneur sans l’Esprit Saint. Comme tous les dons de Dieu, l’Esprit nous précède. Mais il nous revient de le mettre en œuvre, ou à tout le moins de ne pas être un obstacle à son action. C’est lui qui met sur nos lèvres les mots de la foi ; c’est lui qui nous permet d’en rendre témoignage avec douceur et respect. Car de même que l’Esprit ne s’impose pas à nous, de même n’avons pas à l’imposer, ni à imposer notre foi à quiconque. Si Dieu nous laisse libre de croire en lui, qui sommes-nous pour obliger d’autres à faire ce que nous avons fait librement ? L’amour ne s’impose pas ; il se propose et se vit. 

Avec l’Esprit Saint, tout est question d’amour. Pour nos frères orientaux, il est l’amour qui unit le Père et le Fils. Jésus confirme cette interprétation de l’Esprit Saint quand il nous dit dans l’évangile aujourd’hui : Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. Seule la présence de l’Esprit Saint nous faire comprendre et aimer les commandements de Dieu ; seule la présence de l’Esprit Saint nous fait sentir et répandre la bonne odeur du Christ autour de nous. A mesure que nous approchons de la fin du temps pascal, demandons à Dieu de rendre vivante et agissante en nous la présence de son Esprit Saint ; demandons-lui d’aimer comme il nous aime, et notre monde en sera renouvelé. Amen.

samedi 17 janvier 2026

2ème dimanche ordinaire A - 18 janvier 2026

 Des vœux pour cette année nouvelle.





 

            Il y a des jours où la Parole de Dieu est difficile ; il y a des jours où la Parole de Dieu fait du bien. Les textes de ce dimanche qui ouvre la série des dimanches ordinaires, font partie de ces derniers. Dans un monde morose, en tension, où la loi du plus fort et la guerre reviennent au goût du jour, il y a de quoi déprimer quand nous n’appartenons pas à la catégorie des forts et que non, vraiment, nous n’avons pas le goût de la guerre. Entendre alors Isaïe, ou Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, ou encore Jean le Baptiste dans l’évangile de Jean, peut nous redonner courage, espoir et audace.

            Avez-vous bien écouté le prophète Isaïe ? Son courage lui vient de cette certitude exprimée dans le passage entendu : Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. Je crois qu’il n’y a pas de parole plus censée à faire entendre aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, qui vivent dans la crainte ou la dépréciation d’eux-mêmes. Nous pouvons ne pas aimer l’image que nous renvoie le miroir le matin ; nous pouvons douter de nous quelquefois. Mais ne doutons pas de Dieu et de son amour pour nous. Nous avons tous et chacun de la valeur aux yeux du Seigneur. Et ce, quelle que soit notre vie, quels que soient nos travers, quel que soit notre péché. Dieu nous estime à sa juste mesure. Et pour lui, nous valons toujours plus que ce que nous imaginons, parce que c’est lui qui nous a façonné dès le sein de [notre] mère. Il nous a fait de manière admirable, et quand bien même le péché enlaidirait notre vie, il nous voit et nous regarde toujours tel qu’il nous a fait, nous invitant par sa parole et son amour, à retrouver notre splendeur première. Personnellement, j’appelle cela une Bonne Nouvelle qui me redonne du courage quand je ne m’aime plus, quand je n’aime plus ce que je fais, ni ce que je suis. Ne jamais perdre de vue que nous avons de la valeur aux yeux du Seigneur ; voici un premier vœu que je formule pour nous, en cette période inaugurale de l’année nouvelle.

            Avez-vous bien écouté Paul, dans ce qu’il dit au début de sa première lettre aux Corinthiens ? Je sais bien, ce n’est qu’une salutation, sa manière à lui de dire bonjour et de se présenter. Mais quelle manière ! Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus… à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints. Rien de moins ! Si Isaïe nous rappelait que nous avions de la valeur aux yeux du Seigneur, Paul fait un pas de plus et nous affirme que nous sommes appelés à être saints, c'est-à-dire à être comme Dieu, le seul Saint. C’est notre vocation, et la théologie du baptême nous dit que nous le sommes depuis que l’eau a coulé sur notre front. Ce n’est pas quelque chose qui nous est extérieur, comme une auréole, mais bien notre condition fondamentale. Par notre baptême, Dieu nous appelle saint, nous fait saint, parce que, par le baptême, il fait de nous ses fils et ses filles. C’est sa volonté, son désir le plus profond, le plus vrai pour nous. Voilà qui me permet d’espérer encore en moi (ou de ne pas désespérer de moi) quand j’ai l’impression d’être perdu, loin de Dieu. Il a fait de moi son enfant ; il ne m’abandonnera pas. Cela aussi est une bonne nouvelle, et je forme le vœu que nous gardions tous en mémoire ce jour où Dieu nous a fait ses enfants et s’est engagé envers nous plus que nous ne nous engagerons jamais envers lui. Et quand bien même nous ferions le choix de ne plus être son enfant, il serait encore ce père, prodigue en amour, à attendre notre retour, à nous considérer comme son enfant, et prêt à faire la fête pour nous et avec nous au cas où nous reviendrions vers lui.

            Avez-vous bien écouté ce que dit Jean le Baptiste de Jésus ? J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean témoigne ainsi qu’il a vu de ses yeux celui que Dieu envoie pour notre salut. Ciel et terre ne sont plus éloignés, mais désormais unis en celui sur qui demeure l’Esprit. C’est Jésus que Jean a baptisé pour accomplir toute justice. En lui, Dieu envoie dans le monde celui qui, par ses actes, témoignera aux hommes qu’ils ont de la valeur aux yeux du Seigneur, en leur accordant le pardon, la guérison, la réintégration dans une humanité que les autres leur refusaient. Par sa vie, par ses signes, par son sacrifice sur la croix, il nous a dit l’immense amour de Dieu pour tous, y compris les pécheurs pour lesquels Jésus est venu. Il est venu rendre à tous la dignité de fils et de fille de Dieu. Quand l’humain rencontre Jésus et lui ouvre sa vie, nous pouvons à nouveau marcher avec notre Dieu, converser avec lui, comme nos premiers parents le faisaient jadis au jardin de la Genèse. Le monde et l’humanité en sont renouvelés, la vie en est renforcée et magnifiée. Et cet Esprit qui reposait sur Jésus au jour de son baptême, nous est transmis pour que nous ayons l’audace de témoigner de ce Christ qui rend notre vie à la mesure de la vie de Dieu. Cela aussi est une bonne nouvelle. Et je formule ce dernier vœu : que nous fassions vivre en nous l’Esprit qui nous a été donné en partage, et qui fait de nous des autres Christ, joyeux de se donner à Dieu et à leurs frères et sœurs en humanité.

            Avec ces trois vœux formulés, permettez-moi d’en ajouter un dernier pour finir : qu’en cette année nouvelle, nous puissions toujours trouver courage, espoir et audace à l’écoute de la Parole de Dieu, qu’elle soit agréable à entendre ou plus rude. Quand Dieu parle, c’est toujours pour nous édifier, toujours pour nous rendre plus saints à son image. Ne craignons pas d’affronter cette Parole ; elle est notre vie et notre salut. Amen.

lundi 9 juin 2025

Pentecôte - 08 juin 2025

 Pâques, l'expérience de la vie dans l'Esprit Saint.






 

            Aujourd’hui s’achève le temps de Pâques. Durant cinquante jours, nous avons approfondi ce mystère pascal à travers les différentes expériences qu’il nous propose de vivre. Avec la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint, nous découvrons que le mystère de Pâques se poursuit dans notre vie quotidienne, car Pâques, c’est aussi l’expérience de la vie dans l’Esprit Saint, donné pour faire de nous d’authentiques disciples du Ressuscité, capables de rendre compte de l’originalité de la foi chrétienne.

            Lorsque nous lisons les évangiles qui relatent la vie des disciples à partir du matin de Pâques et que nous ouvrons le livre des Actes des Apôtres, nous pouvons presque pousser un ouf de soulagement quand vient le jour de la Pentecôte. Tout change avec cet événement singulier : un violent coup de vent, des langues qu’on aurait dites de feu qui se partageaient et se posèrent sur chaque Apôtre. Vous aurez noté que Luc ne parle pas de flamme, mais bien de langues de feu. La conséquence est immédiate : les bouches s’ouvrent, les langues se délient, la Bonne Nouvelle est annoncée. Chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit, si bien que chacun qui les écoute, les entend dans son propre dialecte, sa langue maternelle. Nous comprenons immédiatement ce que Jésus disait au soir de sa mort quand il affirmait à ses disciples que l’Esprit Saint que le Père enverra en [son] nom enseignera tout et il [nous] fera souvenir de tout ce que [Jésus nous a] dit. C’est la première conséquence d’une vie dans l’Esprit Saint : nous comprenons la Bonne Nouvelle et nous sommes capables de la répandre, de la dire à notre tour. 

            Nous pouvons alors faire un pas de plus et entendre ce que dit Paul aux chrétiens de Rome. L’Esprit Saint nous libère de l’emprise de la chair. Il nous fait vivre selon l’esprit du Christ. Vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Nous avons donc en nous, par le don de l’Esprit, toute la force nécessaire pour rester ce que nous sommes devenus par la mort et la résurrection du Christ : des fils et des filles de Dieu. L’Esprit [nous] fait vivre de la vie même de Dieu. Et cela ouvre notre espérance de vivre désormais pour toujours avec Dieu, mais si la mort limitera toujours notre passage sur terre. Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. La vie dans l’Esprit, c’est la vie dans cette espérance de vivre pour toute éternité avec Dieu et en Dieu, parce que le Christ, mort et ressuscité, vit en nous. La conséquence de cette vie dans l’Esprit, c’est le rejet, par tout croyant, de tout ce qui conduit au mal et à la mort. Croire en Dieu, c’est refuser de vivre dans le mal. Croire en Dieu, c’est refuser de rendre le mal pour le mal. Il n’est pas possible de dire, sous la conduite de l’Esprit Saint, que Dieu est notre Père, et en même temps de continuer à répandre le mal, le mensonge, la haine… Vivre dans l’Esprit, c’est aligner toute notre vie, nos paroles et nos actes, sur l’enseignement de Jésus donné dans l’Evangile.

            Un dernier mot concernant l’Esprit Saint. Il n’est pas donné pour nous accuser si d’aventure nous tombions malgré tout sur le chemin. Il n’est pas donné pour nous condamner. Il est donné pour prendre soin de nous. Il est notre Défenseur ; c’est ainsi que Jésus l’appelle, et non pas notre procureur. Il est le feu qui ravive en nous le désir de vivre selon notre baptême ; il est la force qui nous relève lorsque nous succombons à la tentation ; il est le vent qui nous pousse lorsque le chemin se fait difficile ; il est la lumière qui éclaire nos décisions ; il est l’huile qui assouplit nos relations ; il est le parfum agréable de la présence permanente de Dieu dans notre vie. Quand l’Esprit vous saisit, ne luttez pas contre lui, mais luttez avec lui et votre vie sera belle, et votre vie aura un avenir radieux.

            En cette fête de la Pentecôte, que l’Esprit renouvelle notre manière d’être disciples du Christ, pour qu’à travers nous, il puisse renouveler la face de ce monde qui en a bien besoin, dans les crises successives qu’il connaît. Invoquons chaque jour sa présence à notre monde, à notre vie, pour que nous puissions vivre cette expérience d’une vie dans l’Esprit Saint. Que notre prière quotidienne nous fasse implorer sa présence : Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Amen.

samedi 1 février 2025

2 février 2025 - Présentation de Jésus au Temple

 Syméon, Anne, Jésus et l'Esprit Saint.




(Fra Bartolomeo 1472 - 1517, Présentation de Jésus au Temple)




Mais quelle journée ! Imaginez-vous : Marie et Joseph vont avec leur nouveau-né au Temple pour sa circoncision et voilà qu’un vieux et une vieille viennent à leur rencontre avec des paroles bien mystérieuses, tout cela après avoir vu l’enfant. Les bergers et les mages, c’était déjà une chose ; mais bon, c’était à la campagne, loin de Jérusalem. Cette fois-ci, c’est au cœur même de la vie religieuse du peuple de Dieu que se passe la scène. Et Syméon et Anne ne sont pas n’importe qui. Ce sont des sages et des gens pieux, reconnus comme tel par tous. Ils font partie de ces gens qu’on écoute quand ils parlent. Et là, il y a fort à parier que ça va parler longtemps après eux, d’autant plus qu’Anne parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. Mais qu’ont-ils dit au juste ?

Ils ont, tous les deux, parlé à Dieu et chanté sa grandeur, Anne en proclamant les louanges de Dieu, et Syméon par ce beau cantique que l’Eglise reprend chaque soir au moment d’entrer dans le sommeil de la nuit : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. Un résumé de sa foi et de son espérance. Celui qu’il a attendu toute sa vie, le Christ, le Messie du Seigneur, le voilà entre ses mains. Trois cent vingt-cinq ans avant le concile de Nicée, il proclame que Jésus est vrai homme (il tient un bébé dans ses bras et il va le soumettre au rite de la Loi) et vrai Dieu (il tient dans ses mains le salut de son peuple). Rassasié de joie, son espérance accomplie, Syméon demande à Dieu de le laisser partir en paix. Il peut mourir, l’esprit tranquille : le Sauveur de son peuple est au milieu de lui. Celui qu’il a attendu est arrivé ; celui qu’il voulait voir, il l’a vu. Plus rien ne le retient désormais. 

Il y a un détail, trois fois rien, qui est commun à Anne et Syméon, au-delà de leur grande foi et de la louange qu’ils adressent à Dieu. Ils arrivent là, non pas par hasard, mais parce que l’Esprit les conduit. Cela est dit très clairement au sujet de Syméon : Sous l’action de l’Esprit Saint, Syméon vint au Temple. Anne, quant à elle, ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Seul l’Esprit Saint à l’œuvre en elle peut la faire prier ainsi sans discontinuer. Pour voir en Jésus plus qu’un nouveau-né que ses parents présentent pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, il faut l’aide de l’Esprit Saint ; il faut que Dieu lui-même révèle qui est cet enfant. C’était vrai des bergers à qui les anges ont annoncé la nouvelle ; c’était vrai des mages qui ont suivi une étoile qui les a guidés jusqu’à l’enfant nouveau-né ; c’est vrai de chacun de nous. Sans l’aide de Dieu, sans la force de son Esprit, nous ne pouvons pas voir en Jésus plus qu’un petit d’homme ; sans l’aide de l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Christ que Dieu envoie pour nous sauver. Il faudra à l’Eglise trois cent vingt-cinq années et le souffle de l’Esprit sur les Pères conciliaires à Nicée pour proclamer enfin que Jésus, le Fils de Dieu est aussi Fils des hommes, qui a vécu en tout notre nature humaine, à l’exception du péché. 

Une vie dans l’Esprit Saint. C’est ce qui nous est promis depuis la Pentecôte et le don de l’Esprit aux Apôtres du Ressuscité. Que ce même Esprit soit renouvelé en nous pour que nous puissions suivre Jésus dans son enseignement, et reconnaître en lui plus qu’un grand homme, mais bien celui que Dieu envoie pour notre Salut. Il est le cœur de notre foi, le moteur de notre charité, et le but de notre espérance. Que l’Esprit Saint nous le révèle et nous donne d’en vivre chaque jour. Amen. 


samedi 25 mai 2024

La Très Sainte Trinité - 26 mai 2024

 La Trinité, une autre manière de vivre l'amour qui est en Dieu.




(La Sainte Trinité, Oeuvre de Bartolo di Freni Cini, XIVème siècle, Musée du Louvre, Département des Peintures. 


 


 

            Pour un concept aussi compliqué que la Trinité, nous aurions été en droit d’attendre quelques explications prises dans la Parole de Dieu elle-même, nous faisant comprendre un peu mieux ce mystère qui veut dire notre Dieu, Un en trois personnes. Hélas, en-dehors de la formule trinitaire employée par Jésus dans l’évangile entendu, nous n’avons rien. Rien qui nous permette de comprendre mieux ce mystère qui défie notre intelligence mathématique. Rien qui explique comment cela marche, un Dieu unique qui est pourtant en trois personnes. 

            Le passage du Deutéronome nous parle de Dieu qui se donne un peuple, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants. L’extrait de la lettre aux Romains nous fait comprendre que nous sommes fils de Dieu par l’Esprit Saint. Quant à l’évangile, il nous fait relire la finale de l’évangile de Matthieu, une apparition aux disciples dont certains doutent encore, leur envoi en mission et l’assurance de la présence de Jésus à leur côté tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous avons bien une lecture sur le Père, une lecture sur l’Esprit Saint et une sur Jésus ; mais cela ne fait pas encore une explication de la Trinité. Cela nous montre juste chacune des personnes à l’œuvre. Et le moins que nous puissions en déduire, c’est que ces interventions sont toujours en notre faveur et toujours pour notre bien. Et peut-être qu’elle est là, la clé de ce mystère : non pas essayer de comprendre ou d’expliquer ce mystère, mais plutôt une invitation à le vivre. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter de vivre cette présence de Dieu Père qui veille sur nous et nous appelle à être son peuple. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter que Jésus, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité et qu’il siège désormais à la droite de Dieu, que ce Jésus, donc, est toujours avec nous, qu’il continue de nous parler de son Père et de notre Père, et qu’il sera toujours avec nous quand nous enseignerons aux autres la joie de croire. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre dans la puissance de l’Esprit, le don de Dieu promis par Jésus, cet Esprit qui nous permet de d’appeler Dieu : notre Père ! Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre comme Dieu vit en lui-même, c'est-à-dire en amour avec Jésus dans l’Esprit qui les unit. Le mystère de la Trinité serait donc un mystère d’amour qui unit au-delà de tout et qui fait que trois ne sont qu’un, tellement ils s’aiment ! 

            Nous prolongerions ainsi la méditation de l’œuvre de saint Jean qui, tout au long du temps pascal, nous a fait comprendre que Dieu est Amour, et que de cette affirmation découlait toute notre vie, tout notre art de vivre à la suite de Jésus, à la rencontre du Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. Pour approcher la Trinité, il nous faut aimer comme Dieu aime. Pour vivre de ce Dieu Un et Trine, il nous faut entrer dans son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et répandre cet Amour. Ainsi, aussi divers que nous soyons, nous serons Un, nous aussi, comme Dieu est Un, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père dans la communion de l’Esprit Saint. Nous serons Un avec Dieu lui-même, puisque c’est de son Amour que nous vivrons et que c’est son Amour que nous répandrons. Il n’y aura plus l’ombre d’une séparation entre nous et Dieu ; et la grande prière de Jésus au soir de sa mort, sera pleinement réalisée, pleinement exaucée : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Oui, plutôt que de chercher à comprendre, vivons ce mystère, vivons de l’amour qui est en Dieu et qui se répand en nous et à travers nous. 

J’entends déjà les petits malins qui viendront dire : en expliquant les choses ainsi, tu ne fais que déplacer le problème. S’il faut aimer pour vivre de la Trinité, il faut alors nous expliquer comment aimer. Parce que dire qu’il faut aimer comme Dieu, c’est facile, mais concrètement, cela donne quoi ? Observez les Ecritures ! Aimer comme Dieu, c’est considérer chaque personne qui croise ma route comme un cadeau de Dieu, et comme un frère qui m’est donné, qu’il soit comme moi, de ma couleur, de mon pays, de ma religion, ou pas ! Aimer comme Dieu, c’est faire des petits nos préférés et avoir pour eux une attention permanente. Aimer comme Dieu, c’est ne juger personne, mais offrir toujours un regard bienveillant, ouvrir un avenir plus grand, croire que rien n’est jamais perdu de l’humanité. Aimer comme Dieu, c’est se battre comme lui, avec lui, pour que la grandeur de l’humanité ne soit jamais réduite et que sa beauté ne soit jamais niée. Aimer comme Dieu, c’est offrir sa vie pour que les autres puissent vivre. Il n’y a pas une page, du Premier comme du Nouveau Testament, qui ne parle pas de l’amour de Dieu pour nous. Prends et lis, et tu apprendras à vivre et à aimer. 

Je vous l’ai dit tout au long du temps pascal : il n’y a rien de plus urgent que d’aimer ! Croyez-le ! Nous aurons tout dit de notre foi, tout compris de notre foi et tout vécu de notre foi lorsque nous aurons commencé à aimer comme Dieu aime. La route a été tracée pour nous par Jésus, suivons-là ! Amen.

 



samedi 18 mai 2024

Pentecôte - 19 mai 2024

 Jésus est ressuscité ; il nous envoie son Esprit.



 (Source : Pentecôte - Egliseinfo.be)

 



            Nous voici donc au terme du temps pascal. Jésus est ressuscité ; il est monté au ciel auprès de son Père. Aujourd’hui, il tient sa promesse. Il fait aux hommes le don de son Esprit Saint. Et alors ? Cela a changé quoi pour les Apôtres ? Cela change quoi pour nous ? La réponse tient en un seul mot : tout ! Oui, cela change tout ! 

            Voyez les Apôtres. Ils sont tous réunis, selon l’habitude. On pourrait dire que depuis Pâques, ils restent entre eux. Nous pouvons comprendre cela de deux manières : soit ils ont encore peur, ils n’osent pas sortir, soit ils obéissent à Jésus qui a promis l’Esprit Saint, mais qui leur a dit aussi d’attendre ce don avant d’être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous l’avons tous entendu le jour de l’Ascension. La Pentecôte est l’un de ses moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Avec ce don de l’Esprit Saint, le moment est venu pour les Apôtres d’être ce qu’ils doivent être : témoins de la résurrection. Ils en ont été les témoins dans leur groupe jusqu’à ce jour ; ils doivent désormais en être les témoins pour tous les hommes. La résurrection de Jésus n’était pas juste un fait pour les seuls Apôtres, désemparés après la mort en croix de leur Maître et Seigneur. Elle est un événement pour toute l’humanité, de leur époque et à travers le temps et l’Histoire. Que nous partions du principe qu’ils sont restés entre eux par peur ou par obéissance, le résultat est le même ; il est surprenant ! Ces hommes sortent de chez eux et parlent à tous ceux qui sont ici. La longue énumération des peuples présents à Jérusalem ce jour-là, qui entendent les Apôtres, chacun dans son propre dialecte, sa langue maternelle, renforce encore l’idée que quelque chose de neuf et de puissant vient de se réaliser et de commencer surtout. Ce n’est pas un événement isolé ; il est appelé à se répéter, encore et encore, jusqu’à ce que la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité soit parvenue aux bouts du monde. La lecture des Actes des Apôtres nous en a apporté un témoignage saisissant tout au long de ce temps pascal. L’Esprit Saint est ce violent coup de vent et ce feu qui se répand sur les Apôtres. Le vent violent qui pousse vers l’extérieur, le feu qui consume le cœur de l’intérieur, et des Apôtres qui annoncent la résurrection, et de ceux qui entendent la Bonne Nouvelle. Un tel feu ne s’éteint pas ; un tel vent ne se calme pas ! 

            Ce qui a eu lieu pour les Apôtres, a lieu pour nous aussi. Ce même Esprit nous a été donné au jour de notre baptême et de notre confirmation, pour nous pousser vers les autres, le cœur brûlant de l’amour du Christ et des frères. Nous pouvons étouffer en nous ce feu ; nous pouvons résister au vent de l’Esprit ; mais nous ne pouvons pas les chasser de notre vie. Nous vivons de cet Esprit ; nous grandissons dans notre foi par cet Esprit ; nous appelons Dieu « notre Père » à cause de cet Esprit qui nous le révèle ; nous devenons capables de vivre en frères parce que cet Esprit brûle en nous les traces de violence, de jalousie, de haine et que le vent de l’Esprit nous pousse les uns vers les autres. Que nous en soyons conscients ou pas, l’Esprit agit en nous. Il agit plus efficacement sans doute si nous coopérons avec lui et le laissons agir, mais il agit toujours, discrètement. Il est en nous comme le souffle de notre vie ; il est en nous comme ce feu qui éclaire et qui réchauffe ; il est avec nous toujours ! Aucune de nos communautés, aucun croyant ne pourrait vivre sans cet Esprit solidement ancré en lui. Si après des années loin de Dieu, certains recommencent un parcours de foi, c’est parce que l’Esprit en eux n’a jamais vraiment été éteint. Si certains renoncent à la vengeance, c’est parce que l’Esprit leur rappelle de quel amour ils sont aimés, et de quel amour ils doivent aimer. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette part de moi qui ne désespère jamais ni de moi, ni des autres. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette petite voix qui murmure encore et toujours le nom de Dieu, quand bien même le péché semble avoir envahi ma vie. La présence de l’Esprit en moi, c’est ce courage de dire : je dois changer, je dois devenir la meilleure version de moi-même, pour moi et pour les autres. La présence de l’Esprit en moi fait que je suis capable de reconnaître Dieu quand il passe dans ma vie par une rencontre, une parole, un moment de grâce. Nous avons tous fait l’expérience d’être accompagné, protégé, aimé, sans trop que nous soyons capables de dire par qui ou pourquoi. Laissons l’Esprit Saint vivre en nous, puisqu’il a fait sa demeure en nous. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce feu qui brûlait jadis le cœur des disciples d’Emmaüs. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce vent puissant qui nous pousse vers les autres pour construire avec eux un monde plus humain, plus fraternel. Nous ne sommes pas faits pour une vie pépère, mais pour une vie avec le Père et le Fils dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous sommes faits pour l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. 

            Quand nous laisserons à nouveau l’Esprit vivre en nous, il transformera nos communautés en profondeur et elles deviendront des signes que Dieu aime le monde et veut pour le monde la joie et la vie. Vivons dans la force de l’Esprit pour devenir des vivants, à l’image du Christ, qui est ressuscité, assis à la droite de Dieu et qui nous partage son Esprit, sa vie, pour aujourd’hui, demain et toujours. Amen.

samedi 11 mai 2024

Ascension du Seigneur - 09 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père.





            Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père. Est-ce à dire qu’il en a assez de notre monde ? Est-ce à dire qu’il nous abandonne ? Nous aimions bien, avec les Apôtres, cette idée que Jésus serait désormais pour toujours au milieu de nous, bien vivant, bien visible. Nous aimions bien, après l’horreur de la croix et la vision de Jésus crucifié, le revoir comme avant, partageant notre repas, et répandant sa parole. Ne pouvait-il pas rester encore ? Ne pouvait-il pas rester toujours ? 

            En retournant vers son Père, Jésus nous fait une promesse : vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous. Une manière de nous dire qu’il ne nous laisse ni seuls, ni démunis. Il nous faut donc attendre cette force et nous rendre capables de l’accueillir ! Nous pouvons comprendre aussi que le Saint Esprit n’est pas un lot de consolation, un doudou pour remplacer Jésus. C’est sa force qu’il nous donne en nous donnant l’Esprit. En accueillant cette force, nous serons forts comme Jésus. Forts comme lui contre le mal, forts comme lui contre le péché, forts comme lui contre la mort. En accueillant cette force, nous serons forts comme lui pour aimer, forts comme lui pour servir, forts comme lui pour parler de Dieu de manière juste. En accueillant cette force, sa force, nous vivrons de lui, nous vivrons comme lui. Voilà une promesse qui a du sens et de la classe ! Je pars, dit Jésus, mais avec l’Esprit Saint qui viendra en vous, vous me trouverez dans votre vie, vous me trouverez en toute personne qui croisera votre route. Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ! 

            Cette force que nous attendons et que Jésus nous promet, est une force qui nous mettra en route, qui nous fera parler et témoigner de Jésus, mort et ressuscité pour la vie de tous les hommes. A la suite des Apôtres, nous devons annoncer l’Evangile du Christ ! Ce n’est pas l’apanage des seuls ministres de l’Eglise. Nous sommes tous constitués, par notre baptême, prêtres, prophètes et rois. Nous sommes tous chargés de célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous ; nous sommes tous chargés d’annoncer le Christ ; nous sommes tous invités à gouverner notre vie selon l’Evangile. Demandons cette force dans notre prière ; demandons l’Esprit Saint et surtout, l’ayant demandé, laissons-le agir en nous et à travers nous. 

            Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, nous donne une belle illustration de la vie dans l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui cultive en nous l’humilité, la douceur et la patience. C’est l’Esprit qui nous permet de nous supporter les uns les autres avec amour. Supporter au sens sportif : nous encourager dans l’amour ; mais aussi supporter au sens d’accepter l’autre tel qu’il est, même quand il me gonfle passablement et que j’ai envie de le coller mur. L’Esprit est celui qui me permet d’accepter les défauts des autres… et les miens ! C’est l’Esprit qui fait l’unité ; c’est l’Esprit qui tisse entre les hommes le lien de la paix. C’est l’Esprit qui construit l’Eglise en lui donnant les ministères dont elle a besoin. N’oublions pas l’Esprit ; ne méprisons pas l’Esprit. Nous ne pouvons pas vivre en disciples de Jésus sans l’Esprit Saint. 

            Jésus s’en va ; et c’est bien ainsi. En lui, Dieu était venu visiter la terre qu’il avait jadis confiée aux hommes. En lui, Dieu a offert aux hommes son salut. Il nous confie à nouveau cette terre. Nous sommes plus forts qu’avant et nous serons encore plus forts, une fois le don de l’Esprit accueilli. Le Christ nous a donné sa Parole ; elle doit demeurer vivante en nous ! Il nous promet son Esprit ; il devra pouvoir agir en nous. Durant sa vie terrestre, Jésus nous a tracé le chemin d’une vie bonne et juste. A nous de faire vivre cet héritage. A nous de poursuivre son œuvre pour une terre plus belle et plus fraternelle. Amen. 

samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


samedi 21 octobre 2023

29ème dimanche ordinaire A - 22 octobre 2023

 A César ce qui revient à César ; à Dieu ce qui revient à Dieu : une devise missionnaire.



(Extrait de Goscinny & Uderzo, Obélix et Compagnie, Dargaud)



  

 

            Comme chaque année, l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre nous fait célébrer la clôture de la Semaine Missionnaire Mondiale. Le thème choisi par le pape François cette année s’énonçait ainsi : Des cœurs brûlants, des pieds en marche.  Il nous invitait ainsi à méditer le récit des disciples d’Emmaüs pour comprendre la démarche missionnaire. En effet, selon la lettre du pape François présentant ce thème, il faut des cœurs brûlants pour les Ecritures expliquées par Jésus, des yeux ouverts afin de le reconnaître et, comme point culminant, des pieds en marche pour nous rappeler que l’on n’évangélise pas depuis son canapé ! L’Evangile de ce dimanche nous invite à sa manière à être missionnaire avec cette parole singulière de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 

            Certains ont voulu voir dans cette phrase l’affirmation avant l’heure des principes de laïcité : César d’un côté et Dieu de l’autre, et prière de ne pas mélanger, César ne s’occupant pas de Dieu et Dieu ne s’occupant pas de César ! C’est, me semble-t-il, se tromper de combat, parce que je ne vois pas bien pourquoi, dès lors que quelqu’un s’engage en politique, il ne pourrait pas le faire au nom de sa foi, et surtout pourquoi, de ce seul fait, Dieu ne s’occuperait plus de lui. Avant d’être un principe séparant les pouvoirs, ce verset est d’abord une occasion de rappeler que le croyant ne peut se soustraire aux autorités qui le gouvernent. Ou, pour reprendre le cas d’école présenté à Jésus (le paiement de l’impôt à un gouvernement que l’on déteste et estime illégitime), rappeler au croyant qu’il ne peut mettre en avant sa foi pour échapper à la solidarité nationale que permet le prélèvement d’un impôt, et rappeler à César et à ceux qu’il gouverne, qu’il ne peut se prendre pour Dieu !  L’impôt à César, la gloire et les honneurs à Dieu ! Nous pouvons y voir là l’étape nécessaire à toute œuvre missionnaire. Quel que soit l’endroit où iront les disciples du Christ, ils reconnaitront les autorités humaines sans les confondre avec l’autorité divine. Et les autorités humaines n’empêcheront pas les disciples du Christ d’annoncer le Royaume. 

            L’histoire de Cyrus, Roi des Perses, nous montre fort justement que celui qui gouverne peut avoir été choisi par Dieu comme son instrument pour rétablir la justice et permettre aux hommes de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Cyrus est celui qui vaincra les Babyloniens qui avaient déporté le peuple juif, et en suite de sa victoire, il sera celui qui permettra le retour en Israël des déportés afin que la gloire de Dieu soit manifestée à son peuple qui jadis s’était détourné de lui. Il faut entendre Dieu parler à Cyrus : Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en-dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. Cyrus est le messie, l’envoyé de Dieu, mais il n’est pas Dieu. Il ne peut s’attribuer ce qui revient à Dieu seul. 

            Il nous faut aussi entendre Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens. L’œuvre missionnaire qu’il a accompli, son annonce de l’Evangile qui porte du fruit à Thessalonique, il ne se l’attribue pas ; il reconnaît que c’est l’œuvre de Dieu : notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine de certitude. Paul ne se prend pas pour Dieu ; il reconnaît l’œuvre de l’Esprit Saint à travers lui, œuvre qui permet une annonce efficace de la Parole. Voici le vrai travail missionnaire rappelé : laisser l’Esprit Saint agir à travers nous. Ce n’est pas amoindrir notre importance ; si nous ne prêtons pas la voix à l’Esprit Saint, qui le fera ? Le missionnaire est utile, important, mais il n’est pas Dieu ; il est à son service. A César ce qui revient à César (dans le cas de Paul, le courage de se mettre en route, d’oser une parole nouvelle), à Dieu ce qui revient à Dieu (la reconnaissance de son Esprit à l’œuvre en nous et dans le monde). Ainsi la foi peut se répandre ; ainsi le Royaume des cieux peut-il être annoncé. 

            Comprenez-vous mieux en quoi la règle énoncée par Jésus (à César ce qui revient à César, à Dieu ce qui revient à Dieu) est missionnaire ? Cette règle peut se décliner ainsi : aux hommes ce qui revient aux hommes, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ou encore ainsi pour qu’elle soit comprise comme une invitation à la mission : aux croyants ce qui revient aux croyants, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ce qui revient aux croyants que nous sommes, c’est de témoigner de ce Dieu qui nous fait vivre et qui nous envoie l’annoncer par notre seul baptême. Si étant croyants, nous n’avons plus le cœur brûlant pour cette Parole à proclamer ; si étant croyants, nous n’avons plus des yeux ouverts sur le monde pour reconnaître Jésus à l’œuvre ; si étant croyants, nous n’avons plus des pieds en marche, comment le Christ parviendra-t-il aux extrémités du monde ? Comment le Christ sera-t-il annoncé ? Comment son Evangile sera-t-il vécu ? A César (c'est-à-dire à nous), ce qui lui revient : annoncer le Royaume et témoigner du Christ ; à Dieu ce qui lui revient : nous donner les mots et la force de convaincre. Quand César est à sa juste place et qu’il reconnaît la juste place de Dieu, alors le monde peut être transformé par la Parole d’amour et de pardon que Dieu ne cesse de répandre par ses disciples. Soyons de ceux-là : ayons un cœur brûlant et des pieds en marche, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le Royaume n’en sera que mieux annoncé. Amen.

dimanche 9 juillet 2023

14ème dimanche du temps ordinaire A - 09 juillet 2023

 L'amour, toujours l'amour, seulement l'amour !




        Dimanche dernier, Paul expliquait aux chrétiens de Rome les effets immédiats du baptême, à savoir qu’il nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus et que ce plongeon dans la mort et la résurrection du Christ nous amenait à vivre une vie nouvelle. Il poursuit aujourd’hui en insistant sur cette opposition entre la chair et l’Esprit Saint. 

            Ces catégories peuvent aujourd’hui nous échapper. Nous pourrions dire que Paul se situe dans la veine de l’enseignement de Jésus quand il disait à ses disciples qu’ils n’étaient pas du monde, le monde étant entendu comme cet espace où l’homme vit sans Dieu. Les disciples, qui ont fait le choix de suivre Jésus et de vivre selon son enseignement, n’appartiennent plus à ce monde sans Dieu, puisque Jésus est l’envoyé de Dieu sur terre pour ouvrir aux hommes le chemin du salut. Ils sont dès lors invités à vivre conformément à ce monde de Dieu que Jésus inaugure et qu’il rendrait accessible à tous par son sacrifice sur la croix. De même pour Paul, celui qui vit selon la chair, vit selon les passions humaines, alors que celui qui vit selon l’Esprit, vit selon l’Evangile du Christ. Vivre de l’Esprit, c’est donc vivre de cet Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. C’est vivre de la puissance de la résurrection. Pour être bien clair, être baptisé devient ainsi plus qu’un moment de notre vie, et même plus qu’un état. Être baptisé, c’est un art de vivre qu’il nous faut déployer ! C’est cet art de vivre qui traduira notre foi ; c’est cet art de vivre qui montrera aux hommes ce qui fait notre particularité, notre originalité. Paul l’affirme sans détours : par l’Esprit, tuez les agissements de l’homme pécheur. Cela peut sembler violent, mais y a-t-il une autre solution pour le croyant au Christ que de vivre selon l’Esprit du Christ ? 

            L’Esprit du Christ selon lequel il nous faut vivre ne nous est pas inconnu. Il y a bien sûr la charité envers tous, l’attention aux plus petits, le respect de toute vie, le combat de ce qui est mal et qui entraîne au mal. Nous pouvons alors relire l’évangile du jugement dernier du même évangéliste Matthieu qui nous fait bien entendre le Christ ressuscité revenant dans la gloire nous interroger : j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais un étranger, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fais pour moi, ou que n’as-tu pas fait pour moi ? Remarquons bien qu’il n’est pas ici question de prière, de messe du dimanche, de pèlerinage ou d’acte principalement religieux, mais uniquement d’actes humanitaires. Nous pourrions résumer toutes ces questions par cette unique question : as-tu aimé toutes les personnes que j’ai mises sur ton chemin et qui venaient vers toi en mon nom ? As-tu su me reconnaître en eux, moi qui suis devenu humain pour que tu puisses devenir Dieu ? 

            Nous pouvons maintenant entendre à nouveau Jésus parler du joug qu’il nous propose de porter, son joug. Ceux qui ont pu visiter l’écomusée par exemple, ou un corps de ferme qui a conservé les outils anciens, savent qu’un joug n’est jamais léger. Et pourtant dit Jésus, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. Comment peut-il affirmer cela ? Il le peut parce qu’il porte ce joug lui-même : c’est le joug de l’immense amour Dieu pour son peuple, amour que nous sommes invités à vivre et à partager en retour. L’amour n’est un fardeau trop lourd que pour les personnes qui se referment sur elles et qui refusent de voir en chacun quelqu’un à aimer. L’amour n’est lourd à porter qu’à ceux qui refusent d’aimer et de se laisser aimer. On pourrait en conclure que l’amour n’est lourd à porter que par ceux qui refusent d’accueillir l’Amour qui vient de Dieu. 

            L’enseignement du Christ et des plus grands saints de l’histoire de l’Eglise est constant et clair à ce sujet : un disciple du Christ ne saurait ne pas aimer, ne saurait ne pas aimer tous et chacun de ceux qui croisent sa vie. Il ne s’agit pas de les aimer tous d’un amour charnel, mais bien de cet amour qui nous vient de Dieu et qui ne fait pas de différence entre les personnes. Je ne peux donc me contenter de n’aimer que ceux qui m’aiment ; je ne peux me contenter de n’aimer que ceux que je choisis d’aimer. Être baptisé, être disciple du Christ, vivant sous l’emprise de l’Esprit Saint, entraine pour nous un art de vivre qui nous oblige à la charité envers tous. Et l’Esprit Saint nous est donné pour nous y aider et nous y entraîner. Accueillons cet Esprit Saint et laissons-le agir en nous pour que notre vie et notre amour soient à la hauteur de la vie et de l’amour du Christ pour nous. N’attendons pas d’être aimés par les autres pour les aimer en retour. En matière d’amour, nous devrions être les champions ! En matière d’amour, nous devrions être les premiers à aimer toujours, à cause de Jésus qui nous a tant aimés. Baptisés, ayons conscience qu’avec Jésus, c’est l’amour, toujours l’amour, seulement l’amour. Tout le reste n’est que de la littérature. Amen.

dimanche 28 mai 2023

Pentecôte - 28 mai 2023

 Du Ressuscité, accueillir l'Esprit et nous laisser envoyer.



(Source de l'icône : e-monsite.com) 

 



            Le temps pascal s’achève avec cette fête de la Pentecôte et pour nous faire comprendre l’unité de ce temps, la page d’Evangile nous rapporte le récit d’une apparition de Jésus, le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques. Le don de l’Esprit Saint est intimement lié à l’événement de la mort et la résurrection de Jésus, Jésus lui-même ayant assuré à ses disciples que l’Esprit ne pourrait venir que lorsque Lui serait parti. L’événement pascal va au-delà de la mort - résurrection de Jésus ; il va jusqu’à ce jour où la promesse de l’Esprit est réalisée. 

            De cette page d’évangile, la première chose à retenir, c’est le souhait de paix formulé par Jésus. S’il est allé jusqu’à offrir sa vie sur la croix, c’est pour que nous trouvions le chemin de la paix. D’abord de la paix intérieure qui nous envahie lorsque nous renonçons au péché et à tout ce qui conduit vers des attitudes de mort, mais aussi de la paix avec ceux qui croisent notre route ; je ne peux être en paix avec moi si mon cœur fait la guerre ne serait-ce qu’à un seul frère ! La paix n’est pas un effort à faire, mais un don du Ressuscité à accueillir. Si nous accordons un temps soit peu d’importance à son sacrifice sur la croix, accueillir ce don de la paix, c’est dire au Christ le prix que nous accordons à ce sacrifice, et l’estime en laquelle nous le tenons pour s’être offert ainsi sur la croix. Accueillir le don de la paix qu’il nous offre sera notre réponse aimante à Jésus qui a donné sa vie pour nous. Pour le dire autrement, tu ne peux pas te dire disciple de Jésus sans accueillir ce don. Un chrétien qui refuserait d’être porteur de paix, un chrétien amoureux de la guerre, n’est pas un authentique disciple du Christ. Ce n’est pas possible ; cela ne devrait même pas exister. Aimer le Christ, c’est aimer la paix qu’il nous donne. Et vous aurez remarqué que ce souhait de paix de la part du Christ est un souhait renouvelé. Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Puisque, de mémoire, c’est la seule fois que Jésus se répète ainsi, c’est bien que cela doit être d’une particulière importance. 

            Deuxième constat : c’est seulement quand le souhait de paix est reformulé, que Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Nul ne peut accueillir l’Esprit Saint dans l’agitation ; nul ne peut accueillir l’Esprit Saint quand il se dispute avec les autres. Nul ne peut accueillir l’Esprit quand il n’est pas en paix et n’agit pas en paix. L’Esprit de Jésus est un Esprit de paix : il suppose la paix, il engendre la paix, il garantit la paix. Peut-être faut-il voir là la raison pour laquelle, lorsque le pardon est célébré sacramentellement, le prêtre impose les mains au confessant en même temps qu’il prononce les paroles d’absolution. Et qu’est-ce, l’absolution sacramentelle sinon le début de la paix retrouvée, à l’intérieur de nos cœurs, avec nos frères et sœurs en humanité que notre péché avait blessés et éloignés de nous et avec Dieu ? Il nous faut un degré de paix intérieure pour accueillir l’Esprit de réconciliation qui nous établira définitivement dans la paix du Ressuscité qui nous offre le pardon. N’oublions jamais et autant que cela est possible, de demander la grâce de la paix ; c’est une prière toujours exaucée ! Vivre dans l’Esprit du Ressuscité, c’est vivre du pardon qu’il accorde et faire en sorte que ce pardon se répande. 

Dernier constat : la paix et l’Esprit Saint offerts ne peuvent être gardés. Ce sont des dons à partager, des dons qui nous mettent en route. Entendez bien Jésus : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. La paix reçue dans la force de l’Esprit nous fait missionnaire ! Si les dons que Dieu nous fait sont bien pour nous, ils n’en sont pas pour autant à garder jalousement, mais à partager joyeusement. La paix n’augmente que lorsqu’elle se partage. L’Esprit Saint n’agit efficacement que lorsqu’il m’ouvre aux autres. Les dons de Dieu ne nous enferment pas sur nous-mêmes, mais nous poussent à la rencontre, à la communion avec Dieu, certes, mais aussi avec les autres pour lesquels il a pareillement offert sa vie. Un chrétien baptisé et confirmé dans la force de l’Esprit Saint ne saurait s’isoler. Et quand bien même il se ferait ermite, ce serait toujours dans une grande communion avec l’humanité. Nul ne se retire du monde par haine du monde, mais bien pour le porter davantage encore dans sa prière et dans son cœur. 

            Au terme de ce chemin pascal, nous comprenons alors que toute l’œuvre du Christ est une œuvre de pardon et de paix avec et pour toute l’humanité. Le grand projet de Dieu pour les hommes n’est rien d’autre que cela. Il est projet d’amour qui veut faire de toute l’humanité une grande famille qui s’aime, vive en paix, dans un esprit de réconciliation permanent. Nous avons eu la grâce de cinquante jours pour nous ouvrir à cette compréhension. Que cette Pentecôte soit pour nous l’occasion d’un renouveau de notre esprit missionnaire pour que le monde dans lequel nous vivons accueille cette paix. Que l’Esprit Saint répandu aujourd’hui fasse de nous des artisans de paix et des missionnaires de la réconciliation entre tous les hommes. Amen.

lundi 13 juin 2022

Pentecôte C - 05 juin 2022

 Faire route avec les disciples pour accueillir l'Esprit Saint.





            Ils ne font rien de particulier, les Onze, mais ils reçoivent tout. Ils ne font rien de particulier sinon être ensemble, et l’Esprit Saint promis par Jésus descend sur eux. S’y attendaient-ils à ce moment-là ? J’en doute : Jésus leur avait juste dit d’attendre, que l’Esprit Saint viendrait sur eux, mais il ne leur a dit ni quand, ni surtout comment il viendrait. Ont-ils eu peur de ce violent coup de vent, de ces langues qu’on aurait dites de feu ? Nous n’en saurons jamais rien. Mais nous savons ce qu’a produit en eux cet événement étrange : il les a comme libérés. Les langues de feu ont délié les langues des Apôtres qui se mirent à parler en d’autres langues, à s’exprimer selon le don de l’Esprit. Tout le reste, les nombreuses personnes qui les ont entendus, ce n’est qu’anecdote. Il est important de ne pas confondre le don et le résultat du don. Celui qui compte, c’est l’Esprit Saint ! 

            Pourquoi ne pas se focaliser sur le résultat ? Parce qu’on en viendrait à oublier l’Esprit Saint ! Pour tous ceux qui n’étaient pas dans la maison avec eux, c’est le risque majeur : croire simplement que ces hommes sont doués. Or ils n’ont pas appris de langues étrangères. Ce qui leur arrive, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint en eux. Nous avons ici la confirmation de ce que Jésus lui-même avait dit à ses disciples, à savoir que l’Esprit s’exprimerait à travers eux et qu’ils comprendront tout. Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous devenons capables de faire ; ce qui compte, c’est que nous accueillions l’Esprit dans notre vie. ce qui compte, c’est que nous laissions l’Esprit agir à travers nous. Ce qui compte, c’est que par l’Esprit qui agit en nous, des hommes et des femmes parviennent à entendre la Bonne Nouvelle du Salut. Ce que les Apôtres nous apprennent aujourd’hui, ce n’est pas parler en d’autres langues ; ce que les Apôtres nous apprennent, c’est comment accueillir l’Esprit Saint. 

            Cet accueil se fait d’abord dans l’obéissance à Jésus. Il leur dit d’attendre à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils aient reçu l’Esprit, et c’est ce qu’ils font. Personne ne se plaint qu’il aurait mieux à faire ; Personne ne dit qu’il perd son temps. Ils sont ensemble, ils attendent. Sans le savoir, ils font déjà Eglise, communauté de croyants attentifs à la Parole de Dieu. Et c’est bien en Eglise qu’ils reçoivent ce don promis. Ils ne s’attribuent pas l’Esprit ; ils le reçoivent, tous ensemble et ils le laissent agir. Aucun ne se cache ; aucun ne se dérobe à l’urgence d’annoncer les merveilles de Dieu. Ces hommes qui, hier encore, vivaient repliés, apeurés, les voilà lancés dans Jérusalem, au moment où plein de monde est là. Il n’est plus temps d’être peureux ; il n’est plus temps d’être timide. L’Esprit Saint n’est pas venu sur eux parce qu’ils étaient capables d’accomplir leur mission ; non, l’Esprit les rend capable de la mission de la mission qui est désormais la leur. 

            De cela, nous devons être convaincus nous aussi. Nous avons accueilli l’Esprit dans notre vie au jour de notre baptême ; nous avons été confirmés dans cet Esprit au jour de notre confirmation. Nous avons donc été rendus capables de dire au monde les merveilles que Dieu fait pour nous. Nous avons été rendus capables d’être des disciples missionnaires, là où nous vivons, auprès de ceux que nous rencontrons. Nos contemporains nous entendent-ils annoncer ces merveilles dans la langue qui est la leur ? Ou ont-ils l’impression que nous parlons chinois ou une quelconque langue exotique, sans rapport avec leur vie, sans rapport avec leur quotidien ? Laisser l’Esprit agir en nous, à travers nous, c’est nous ouvrir à l’éternelle nouveauté de ce Dieu qui nous sauve ; c’est nous ouvrir à l’éternelle jeunesse de ce Dieu qui nous fait ses fils et filles ; c’est nous ouvrir à l’éternelle actualité de sa Bonne Nouvelle. L’Evangile n’est pas un vieux texte dont nous conservons le souvenir. L’Evangile, c’est Dieu présent à notre vie, par son Esprit, aujourd’hui et chaque jour. Laissons-nous surprendre par Dieu ; laissons-nous surprendre par ce qu’il attend de nous. Et répondons-lui ; laissons-le agir, laissons son Esprit agir à travers nous. 

Nul d’entre nous n’est Dieu. Nul d’entre nous ne peut radicalement convertir quelqu’un. Nous ne sommes pas Dieu ; nous ne sommes que ses instruments. Mais la flûte la plus belle, la harpe la plus mélodieuse ne seraient rien s’il n’y avait un virtuose pour en jouer. L’Esprit Saint est le virtuose de notre vie. Il nous fait rendre les sons les plus mélodieux, les musiques les plus douces, celles qui touchent le cœur des hommes. Comme les Apôtres, accueillons-le. Comme les Apôtres, laissons-le retentir en nous. et les hommes et les femmes de notre temps, entendront aujourd’hui encore, chacun dans leur propre langue, les merveilles de Dieu. Amen.

 


samedi 28 mai 2022

Ascension du Seigneur - 26 mai 2022

 Faire route avec les disciples dans l'attente du retour du Christ.



Icône de l'Ascension, 




          Il n’y a rien de très difficile à comprendre à la fête de l’Ascension. Ce Jésus, qui était mort et dont les Apôtres ont acquis la certitude qu’il est bien vivant, ressuscité, ce Jésus donc retourne vers son Père. Ce retour est nécessaire pour que ces mêmes Apôtres puissent voir se réaliser la promesse de Dieu : leur baptême dans l’Esprit Saint, que nous célèbrerons dans quelques jours, lors de la Pentecôte. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a rien de difficile à comprendre que cela ne pose pas de question. J’en ai deux à méditer avec vous ce matin.  

          La première question qui m’a travaillé l’esprit est la suivante : est-ce plus facile de se dire que je ne verrai plus quelqu’un parce qu’il est mort ? ou de se dire : je ne le verrai plus bien que je le sache toujours vivant ? Autrement dit que se passe-t-il dans la tête des Apôtres quand ils comprennent que Jésus, ils ne le verront plus de leur vivant ! Je n’ai pas de réponse claire puisque Luc donne deux versions du même épisode. Dans les Actes, il nous dit qu’ils restent là à regarder le ciel, alors que dans son évangile ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Les deux versions peuvent ne pas être incompatibles : ils peuvent d’abord rester là à regarder le ciel, pendant un moment plus ou moins long, avant de finalement rentrer joyeux ; mais quand même. Si tel était vraiment le cas, pourquoi ne pas l’avoir dit, même deux fois. Il n’y aurait rien eu de gênant.  

          La deuxième question concernerait plutôt la suite : Jésus est parti, c’est admis. Mais, en attendant son retour dans la gloire, comment on fait pour vivre de lui ? Est-ce que Jésus va juste devenir un souvenir, de plus en plus lointain à mesure que le temps passe ? Que devient alors la promesse qu’il a faite d’être avec eux jusqu’à la fin des temps alors même qu’il n’est plus là ? Le premier élément de réponse est donné par Luc, dans les Actes et dans l’évangile : les Apôtres recevront l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus, qui sera avec eux. La promesse sera tenue à travers lui. Un deuxième élément de réponse nous est donné par vous qui faites aujourd’hui votre première des communions. Vous l’avez appris, je pense lors de vos rencontres de catéchèse, Jésus, nous le croyons, est réellement présent dans le Pain et le Vin partagés. Le Pain consacré que vous recevrez pour la première fois aujourd’hui, c’est Jésus qui se donne à vous ; c’est Jésus qui s’invite chez vous ; c’est Jésus qui se rend présent au plus profond de vous. Le morceau de pain sur lequel je vais invoquer la puissance de l’Esprit Saint restera du Pain et pourtant il contiendra la présence de Jésus tout entier. Quand nous mangeons ce Pain consacré, c’est toute la vie de Jésus qui passe en nous pour transformer notre vie. c’est un grand mystère qui nous dit cette présence permanente de Dieu dans notre vie.  

          Ce Pain consacré, c’est le pain des forts, le pain de ceux qui sont forts ou qui veulent rester forts dans la foi. Si nous ne restons pas fidèles à Jésus, si nous ne l’accueillons pas dans ce Pain rompu et partagé, nous ne pouvons pas rester forts dans notre foi. C’est pour cela que la messe du dimanche reste la seule obligation à laquelle nous sommes soumis. Le dimanche, un chrétien catholique n'a pas d’autre choix, s’il veut rester attaché à Jésus, que d’aller à la messe, retrouver ses frères et sœurs, écouter avec eux l’enseignement de Jésus et participer avec eux au repas que lui-même nous sert. Pour rester forts dans notre foi, nous avons besoin de l’eucharistie dominicale. Ce serait être fou que de croire le contraire ; ce serait être fou que de croire que je peux rester chrétien sans Jésus dans ma vie.  

          Ce Pain consacré, c’est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me donne la force de faire les efforts nécessaires pour rester fidèle, malgré les épreuves que je peux rencontrer dans ma vie. parce que croire en Dieu, ce n’est pas toujours simple. Dans notre monde qui a largement rangé Dieu au rayon des curiosités de l’histoire, se dire croyant demande un effort, une force qui ne vient pas de nous. Ce morceau de Pain consacré que nous recevons chaque dimanche vient nous redonner la force pour vivre une nouvelle semaine dans la fidélité à l’enseignement de Jésus. Parce qu’être chrétien, ce n’est pas seulement aller à la messe ou prier ; être chrétien, c’est d’abord un art de vivre animé par l’amour de tous. Je ne peux pas dire que j’aime Dieu si je n’aime pas les personnes qu’il met sur ma route. Comment je montre que j’aime Dieu ? En aimant les autres en qui Dieu est présent. Et Dieu sait qu’avec certains, il me faut faire un effort surhumain pour croire que Dieu est présent en eux. L’eucharistie, Pain d’effort, me permet d’aimer quand même, à travers Jésus.  

          A vous qui allez faire votre première des communions, je ne peux que vous redire ici l’importance pour vous de revenir, dimanche après dimanche, pour que cette première communion ne soit pas aussi la dernière, et pour que surtout, vous ressentiez, au milieu des autres chrétiens, la présence de Jésus dans votre vie. Ne faites pas de Jésus, après cette belle journée un beau souvenir, ni une belle idée. A la messe, Jésus se donne à entendre dans la Parole proclamée ; à la messe, Jésus se donne à voir et à manger dans le Pain et le Vin consacré. Pour être, avec les disciples, témoins de Jésus ressuscité, nous avons besoin de cette rencontre hebdomadaire avec Jésus qui se donne totalement à nous. A nous, adultes de cette communauté, il revient de les encourager et de les accompagner sur ce chemin de foi, à la suite des disciples, dans l’attente du jour où le Christ reviendra dans sa gloire. Alors nous aurons notre place à la table où Dieu nous attend, et dont notre eucharistie n’est qu’un reflet. Amen.