Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Enseignement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Enseignement. Afficher tous les articles

samedi 10 août 2024

19ème dimanche ordinaire B - 11 août 2024

 Nous connaissons bien ses parents ; et alors ?






 

            Nous le sentions venir, le vent mauvais qui souffle aujourd’hui sur l’évangile. Jésus, celui-là même qui a multiplié les pains et les poissons, a eu une parole énigmatique : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel, et voilà que ceux qui le cherchaient pour faire de lui leur roi (voir 17ème dimanche), récriminent contre lui. Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : « Je suis descendu du ciel ? 

            C’est un vieux réflexe de l’humanité ! Quand quelqu’un dérange, dépasse du lot, ose une parole originale, pose des gestes hors du commun, il faut lui couper la tête. Dans le rang, et vite ! Pour qui se prend-t-il ? Nous connaissons bien sa famille. Ce qu’il dit tranche avec ce que l’on sait, ou ce que l’on croit savoir. Le problème de cette vilaine manie, c’est qu’à partir de ce moment-là, les gens n’écoutent plus vraiment. Jésus pourra bien donner toutes les explications possibles, ses auditeurs sont enfermés dans leurs propres réflexions ; ils ne peuvent s’ouvrir à rien de neuf, tellement ils sont sûrs de connaître, de savoir tout de lui. Et Jésus ne va même pas essayer de les détromper. Il ne leur dit pas : souvenez-vous de ma naissance. Il ne les renvoie pas vers Marie et Joseph pour qu’ils expliquent ce qui s’était passé avant la naissance de Jésus, comment Dieu avait approché Marie… Non, Jésus poursuit simplement le discours qu’il a commencé avant les récriminations, en l’embrouillant sans doute encore un peu plus en parlant de son Père, non pas Joseph, mais l’autre, celui qui l’a envoyé dans le monde, Dieu ! La formule utilisée par Jésus – Je suis – aurait pourtant dû leur mettre la puce à l’oreille. C’est la formule utilisée jadis par Dieu, quand il a révélé son nom à Moïse : Je suis qui je serai, c'est-à-dire Je suis celui dont tu auras besoin. Eh bien là, Jésus dit, après la multiplication des pains : Je suis le pain descendu du ciel. Tu avais faim, tu avais besoin de pain, je me suis fait pain pour toi, je t’ai permis de manger à satiété. 

            Savoir quelque chose sur Dieu, et reconnaître cette chose lorsqu’elle se présente, ce sont deux réalités bien différentes. Comme si l’homme demandait quelque chose, l’espérait, mais était incapable de le reconnaître quand cela lui est enfin donné. Il ne fait pas le lien entre ce qu’il a espéré, voire demandé, et ce qu’il reçoit. Comme s’il était impossible que Dieu se rende présent selon ce dont l’homme a besoin. N’est-ce pas, nous voyons Dieu tellement grand, tellement différent, tellement tout, que nous ne le reconnaissons pas, ou que nous ne le reconnaissons plus, quand il vient à nous différent de ce que nous croyons savoir de lui, et surtout dans une chose aussi simple que du pain . Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, cela voudrait dire que Dieu entend les hommes et qu’il intervient bien en leur faveur ? Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, serait-ce à dire que Dieu est bien venu chez nous ? Non, Dieu il est ailleurs, nous sommes ici, et tout va bien. Chacun chez soi et les pains et les poissons partagés sont justes des pains et des poissons partagés et non pas le signe que Dieu intervient dans la vie des hommes, par un homme en particulier, Jésus. D’ailleurs, si Dieu devait intervenir, pourquoi ne le fait-il au Temple, par l’intermédiaire du grand prêtre ? Il est payé pour ça, le grand prêtre, non ? Mais voilà, Jésus persiste et signe : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Vous comprenez l’énormité. Le Je suis n’ayant pas été compris, Jésus enfonce le clou. Quand je parle, c’est Dieu qui parle. Et si vous ne comprenez pas, et ne venez pas à moi, c’est que le Père ne vous attire pas. 

            Et nous sommes passé de : Nous connaissons ses parents à Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Puisqu’ils récriminent contre Jésus, ils n’ont pas entendu le Père, ils ne reçoivent pas son enseignement, ils ne peuvent pas comprendre. Pour rencontrer Dieu, pour entendre Dieu, il faut sortir de ses certitudes, il faut oser une rencontre nouvelle, il faut accueillir un enseignement nouveau : Jésus lui-même ! C’est la première étape, nécessaire. Sinon, tous ses discours nous resteront obscures, incompréhensibles. Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’arrivons pas à dépasser Jésus, fils de Joseph et de Marie ? Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’écoutons pas ce qu’il dit de lui et de son Père ? Il nous reste encore deux dimanches pour essayer de comprendre. Ne récriminons pas à notre tour. Accueillons Jésus pour ce qu’il dit être ; reconnaissons en lui le Père à l’œuvre dans le monde. Mangeons de ce pain en y discernant la présence de Jésus, et nous vivrons éternellement. Amen.

samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.

samedi 29 juillet 2017

17ème dimanche ordinaire A - 30 juilet 2017

Où est ton désir ? Où est ton cœur ?






Nous terminons aujourd’hui la lecture de l’enseignement de Jésus en parabole tel que nous le rapporte Matthieu dans le chapitre treize de son évangile. Trois nouvelles paraboles, propres à Matthieu, qui achèvent l’enseignement de Jésus au sujet du Royaume : le trésor trouvé dans un champ, la perle fine et le filet jeté à la mer. 
 
Commençons par le trésor et la perle. Deux paraboles presque identiques qui soulignent la joie de celui qui les trouvent et la décision radicale qui s’en suit pour les acquérir. Rien ne vaut ce trésor ; aucune autre perle ne vaut cette perle-là. Posséder ce trésor, posséder cette perle, plus que tout autre chose : voilà le seul but de celui qui les trouve. La répétition du même message en deux paraboles successives indique bien que le seul trésor, c’est d’acquérir le Royaume. Parce que oui, Jésus semble bien dire que le Royaume s’acquiert, s’achète. Rien ne devrait être plus important pour le disciple de Jésus que d’acquérir ce Royaume. Jésus nous en a montré le chemin : il s’agit de ne rien préférer, pas même sa propre vie. Jésus n’a-t-il pas tout donné pour ce Royaume ? En se livrant sur la croix, n’a-t-il pas vendu tout ce qu’il possédait, y compris sa propre vie, pour acquérir ce Royaume et nous l’ouvrir ? La vie offerte de Jésus sur la croix devrait nous convaincre du haut prix de ce Royaume ; la vie offerte de Jésus sur la croix nous dit le prix qu’il nous faut payer pour l’acquérir à notre tour. 
 
La dernière parabole, le filet jeté à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons, reprend sur un mode maritime ce que Jésus disait déjà sur un mode agricole dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, à savoir qu’il y aura un tri, ou pour contredire la chanson de Polnareff, que nous n’irons pas tous au paradis. Forcément, si ce Royaume doit s’acquérir, s’il ne faut lui préférer rien d’autre, ceux qui ne l’auront pas recherché, ceux qui ne l’auront pas désiré, ne se verront pas imposer de l’acquérir malgré eux. Si Dieu a créé l’homme malgré lui (sans lui demander son avis), il ne le sauvera pas malgré lui. Il nous faut désirer le salut, il nous faut désirer le Royaume, il nous faut désirer être avec Jésus, toujours et partout. Ecoutez à nouveau ce que chantait le psalmiste après la première lecture : Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent… Aussi j’aime tes volontés, plus que l’or le plus précieux. Je me règle sur chacun de tes préceptes, je hais tout chemin de mensonge. 
 
Si nous reprenons maintenant l’ensemble du chapitre treize médité sur trois dimanche, nous comprenons alors pourquoi Jésus a commencé son enseignement par la parabole du grain semé largement : elle ne parlait pas du Royaume, mais de la nécessité d’accueillir la Parole de Dieu, largement distribuée, et de lui permettre de porter du fruit en nous. Cette première parabole préparait en quelque sorte nos cœurs à entendre l’enseignement sur le Royaume. Si nous désirons davantage le Royaume aujourd’hui qu’il y a quinze jours, c’est que cette parole a pu se faire un chemin dans notre vie, dilater notre cœur, et faire grandir notre désir de Dieu. C’est, me semble-t-il, le but de cet enseignement de Jésus : pas seulement nous dire comment les choses se passent, mais nous les faire désirer vraiment, et reconnaître en Jésus celui qui a les paroles de vie éternelle. Matthieu, dans sa pédagogie, termine son chapitre treize par le passage de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Nous n’entendrons malheureusement pas ce passage, c’est pourquoi je vous en parle. Peut-être vous souvenez-vous de cet épisode de la vie de Jésus. Les habitants de Nazareth, la ville où Jésus a grandi, ne reconnaissent pas en lui celui que Dieu envoie. Pour eux, il n’est que le fils du charpentier, celui dont la mère s’appelle Marie. Au lieu d’écouter Jésus et d’intégrer son enseignement, ils ne font que s’interroger, peut-être avec une pointe de jalousie : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? Et Matthieu de préciser que Jésus était pour eux une occasion de chute. Un comble pour celui qui veut apporter le salut. Voilà que ceux dont on attendait un motif de fierté du fait qu’ils connaissaient Jésus, le rejettent et ne croient pas en lui. 
 
Comme eux, nous avons entendu Jésus ; comme eux, nous le côtoyons, dimanche après dimanche. Est-ce là notre vrai désir ? Est-ce là une rencontre attendue, espérée ? Est-ce là le moyen pour nous de chercher et d’acquérir ce Royaume qu’il annonce ? Ou venons-nous simplement parce que nous n’avons rien de mieux à faire en ce moment et que la messe nous divertit en nous sortant un peu de chez nous ? Notre désir est-il d’être là, réellement, au plus proche de Jésus, ou de rentrer le plus vite possible chez nous, parce que nous aurons mieux à faire après cette parenthèse spirituelle ? Où est ton désir ? Où est ton cœur ? Réfléchis bien, prends tout le temps nécessaire : ton avenir dépend de ta réponse. Amen.  

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 7 février 2015

05ème dimanche ordinaire B - 08 février 2015

Tout le monde te cherche !





Tout le monde te cherche ! C’est ainsi que les disciples interpellent Jésus lorsqu’il le retrouve, après qu’il soit sorti prier. La veille, il a passé un temps certain à guérir des malades de toutes sortes, à commencer par la belle-mère de Simon. Ce temps, seul à l’écart, pour prier, est bien nécessaire à Jésus. La foule ne lui laisse guère de repos : même après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. Je peux comprendre qu’il ait envie d’un peu de tranquillité ! 
 
Tout le monde te cherche ! Les disciples semblent presser leur Maître. Il faut que tu viennes, il y a urgence. Et c’est compréhensible. En temps de crise (c’est bien la situation de ceux et celles qui sont malades ou possédés), rencontrer quelqu’un qui peut quelque chose pour vous, c’est réconfortant. Cela signifie que votre situation anormale peut prendre fin. Quelque chose de neuf peut commencer pour vous ; de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives s’ouvrent devant vous ! Qui ne chercherait une telle rencontre ? Qui ne voudrait pas croiser celui qui peut le rendre libre, le guérir, le sauver ? Oui, ils sont nombreux à chercher Jésus ; mais le cherchent-ils pour la bonne raison ? 
 
Tout le monde te cherche ! Jésus ne semble pas pressé de répondre à cette attente. Au contraire, il pousse ses disciples à partir, à aller plus loin avec lui : Allons ailleurs, dans les villages voisins. Un moyen d’échapper à la foule ? Peut-être, mais nous savons que la foule le suit et le suivra partout ! Pourquoi ne pas profiter de cette célébrité ? Pourquoi ne pas profiter de l’engouement de la foule pour sa personne ? Parce que la foule ne voit pas pourquoi Jésus est venu. Elle ne veut que la satisfaction immédiate d’un désir, sans voir plus loin, sans voir en Jésus plus qu’un simple guérisseur. Ont-ils seulement compris le message de Jésus ? Jésus veut aller plus loin, non pas parce que ailleurs il y a aussi des malades à guérir, mais parce qu’il a un message à proclamer : Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Evangile. Les signes que Jésus pose, ne sont qu’une illustration du message qu’il doit annoncer ; les signes sont l’Evangile rendu visible. Ils disent que la Bonne Nouvelle d’un monde nouveau est une réalité ; ils disent que le temps du Messie qui vient faire toute chose nouvelle est bien là. Mais l’essentiel n’est pas dans les signes ; l’essentiel est dans la conversion que ces signes devraient produire ; l’essentiel est dans le message à annoncer pour que les gens croient, et qu’ils croient vraiment. 
 
Tout le monde te cherche ! Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes cherchent Jésus. Mais pourquoi ? Qu’attendent-ils de lui ? Une guérison ? Un mieux-être ? Ou cherchent-ils à le connaître en vérité pour marcher à sa suite et répandre avec lui le règne de Dieu ? Nous-mêmes, chrétiens de longue date, que cherchons-nous en allant à la rencontre de Jésus ? Un peu de réconfort ? Un peu de chance pour une vie meilleure ? Cherchons-nous Jésus pour nous servir de lui ou pour le suivre ? Ce qu’il pourrait faire pour nous est-il plus important pour nous que ce qu’il a à nous dire ? Entre patte de lapin, fer à cheval et trèfle à quatre feuilles, Jésus n’est-il qu’un gris-gris de plus ? 
 
Si Jésus semble ainsi s’échapper, ce n’est peut-être pas sans raison. Il veut que nous le cherchions, mais que nous le cherchions pour de bonnes raisons. Nous le découvrirons en vérité lorsque nous aurons lâché nos fausses images de lui ; nous le trouverons lorsque notre espérance aura été purifiée ; nous le trouverons lorsque notre amour aura reconnu son amour ; nous le trouverons lorsque son Evangile aura pénétré nos cœurs. Celui que nous découvrirons alors ne sera pas un faiseur de miracle, mais le Crucifié, celui qui donne sa vie pour nous, par amour. C’est au pied de la croix que nous trouverons celui que nos yeux ont cherché.
 
En attendant, avec ses disciples, faisons route avec lui, écoutons-le, découvrons-le à travers son enseignement, comprenons bien les signes qu’il pose. Il n’est pas un magicien qui peut tout ; il n’est pas un médecin qui guérit de tout ; il est celui que Dieu envoie. C’est celui-là que nous devons confesser ;  c’est celui-là que nous devons suivre ; c’est celui-là que nous devons aimer. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 26 juillet 2013

17ème dimanche ordinaire C - 28 juillet 2013

L'enseignement de Jésus sur la prière.



Les disciples auraient-ils eu vent des paroles de Jésus à Marthe  et à Marie la semaine passée ? Ou sont-ils seulement impressionnés par Jésus qu’ils voient en prière si souvent ? Ou sont-ils plus modestement jaloux des disciples de Jean le Baptiste qui ont eu droit apparemment à un tel enseignement de la part de leur maître ? Nous ne le saurons jamais ; par contre nous savons qu’un jour, ils lui ont demandé de leur apprendre à prier. Cette question de la prière n’est donc pas une question anodine. Les Apôtres ont dû ressentir quelque chose de particulier en voyant Jésus prier, et ils veulent partager cette expérience. Ce qui nous vaut aujourd’hui un enseignement sur la prière. Nous pouvons donc reprendre à notre compte la demande des Apôtres, si nous voulons, à notre tour, ressembler davantage à Jésus. Osons donc la demande : Apprends-nous à prier ! Et préparons-nous à être surpris ! 
 
Remarquons d’emblée que la demande des disciples est judicieuse. Car par quelle prière commencer si ce n’est celle-là qui nous met en situation d’apprentis ! N’est-ce pas un bon début pour une vie spirituelle que de s’adresser au Maître lui-même pour qu’il nous transmette sa propre expérience, quelques bribes de sa relation particulière à Dieu ? Jésus est le Priant par excellence puisqu’il vit dans l’intimité de son Père, celui-là qu’il nous faut prier justement. C’est donc bien de Jésus que nous pouvons le mieux apprendre. Il nous suffit donc, pour commencer, de frapper à sa porte, et il nous ouvrira à son enseignement. 
 
Son enseignement nous invite bien sûr à la persévérance ; il nous dit d’insister, de demander, de supplier pour nos besoins. Le demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira, n’est pas qu’une belle formule, un slogan de plus dans l’attirail du missionnaire. Quiconque a commencé un jour une vie spirituelle sait combien il est important de rester ainsi disciple en toute chose. Il doit sans cesse demander, chercher, frapper à la porte de son Maître pour mieux accueillir et approfondir son enseignement. Sans persévérance, il n’y a pas de vie spirituelle possible. Tous les grands maîtres de la prière nous l’enseignent : la vie de prière est un long chemin, jamais abouti, toujours chaotique parce qu’il met en mouvement les forces qui s’opposent à Dieu et qui ont l’esprit chagrin chaque fois qu’un nouveau disciple prend avec sérieux la suite du Christ.  
 
Mais l’enseignement de Jésus ne se contente pas de quelques formules ou belles phrases sur la prière. L’enseignement de Jésus, c’est surtout la prière qui est toujours écoutée par Dieu, toujours exaucée. En réponse à la demande de ses disciples, il leur donne le Notre Père, une prière toute faite, à reprendre sans se lasser pour ouvrir le cœur de Dieu et accéder à ses grâces. Cela peut nous surprendre, nous qui n’aimons rien autant que la liberté et la créativité. Sans doute aurions-nous préféré une formule magique pour composer nous-mêmes nos propres prières, réinventer chaque jour notre liturgie et notre manière de nous adresser à Dieu. Jésus nous invite à la répétition, à l’appropriation d’une prière qui n’est pas de nous ; bref, il nous invite à rester disciples, à rester humbles, même dans notre manière de parler à Dieu. Ce n’est donc pas la peine de lancer un concours de la meilleure prière : il n’y aura rien de mieux que celle-là ! Nous devons donc accueillir le Notre Père comme modèle de prière, comme seule vraie prière. Celui qui veut prier à la manière de Jésus doit comprendre comment « fonctionne » cette prière pour calquer ensuite la sienne sur celle du Christ. Et celui qui ne sait pas prier pourra toujours simplement redire ces mots que le Christ a enseignés, sûr que ces mots-là sont entendus du Père lorsqu’ils sont prononcés par le cœur. Reprenons donc cette prière par le détail. 
 
Notre Père, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel. Dans ces premiers mots se trouve ma plus grande surprise. Moi qui croyais qu’il fallait parler à Dieu de moi, de mes soucis pour les lui confier, pour lui demander de l’aide, voilà que je suis décentré. Lorsque tu parles à Dieu, parle-lui de lui. Laisse tes soucis et rencontre véritablement celui qui t’accueille. La première moitié du Notre Père me tourne totalement vers Dieu et vers mes frères. ‘Notre’ Père et non pas ‘Mon’ Père : je ne possède pas en exclusivité celui à qui je m’adresse, mais je m’adresse à lui avec la certitude que d’autres le font aussi : ma prière rejoint un grand fleuve de prières adressées au même Dieu.
 
‘Que ton nom’, ‘que ton règne’, ‘que ta volonté’ et non pas mon nom, mon règne, ma volonté ! Quand  je prie Dieu, je lui parle d’abord de lui : j’entre dans son projet d’amour pour moi. Cela signifie aussi que je vais prendre du temps pour écouter Dieu. C’est une des surprises au sujet de la prière : je ne prie pas Dieu avec ma bouche seulement, je prie aussi avec mes oreilles. Si je veux entrer dans le projet de Dieu, il me faut le connaître. Et comment le connaître si je ne laisse pas à Dieu le temps de me l’expliquer ? N’est-ce pas ce que Marie nous enseignait dimanche dernier, lorsqu’elle restait là, aux pieds de Jésus à l’écouter ? Elle avait choisi la bonne part ; nous comprenons mieux encore pourquoi elle ne lui sera pas enlevée
 
Donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour. Pardonne-nous nos péchés… et ne nous soumets pas à la tentation. Ainsi Jésus poursuit sa prière-type par les demandes à faire. Parce qu’on ne demande pas n’importe quoi à Dieu ! Demande ton pain, demande le pardon et la capacité à pardonner, demande que le Mauvais s’éloigne de toi ! 
 
Demande ton pain, ce n’est pas seulement le pain que tu manges. Une lecture de l’Evangile de saint Jean nous apprend que Jésus est le Pain vivant. Donne-nous notre pain peut donc aussi dire ‘donne-nous le Christ, donne-nous son Esprit’. La fin de la page d’Evangile de ce jour renforce cette compréhension : Combien plus votre Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? Voilà que même dans ce que nous demandons, nous sommes détournés de notre petite personne et de ses besoins humains pour apprendre à demander l’essentiel : que l’Esprit du Christ habite en nous ! Que cet enseignement du Christ est loin de la prière de nécessité que si souvent j’adresse à Dieu ! Je me rends compte qu’il me faut vraiment apprendre à prier, vraiment me mettre à l’école du Christ. 
 
Demande le pardon, parce que c’est ce que Dieu veut t’offrir en envoyant son Fils dans le monde. Reconnais que tu as besoin de sa miséricorde, que tu as besoin de lui pour grandir comme son fils authentique. Demande aussi le pardon pour apprendre de lui comment pardonner à ton tour, afin de ne pas profiter égoïstement d’un don qui t’est fait pour que tu le transmettes !
 
Demande que le Mauvais s’éloigne de toi, parce que plus tu prieras Dieu, plus tu réveilleras le Mauvais. Tu auras alors un choix à faire : soit poursuivre ton œuvre de prière pour que le Mauvais soit bien rejeté hors de ta vie, soit arrêter là, parce que tu voulais bien prier Dieu mais pas déranger le Mauvais ; et tu n’en seras jamais débarrassé, du Mauvais ! Il s’installera sournoisement dans ta vie, bien tapi dans l’ombre, et chaque fois que tu voudras reprendre la prière, il t’en dissuadera en aboyant un peu fort. La prière n’est décidément pas un acte de petit chrétien tranquille. 
 
Nous pouvons dès lors mesurer le chemin parcouru : d’une simple demande – apprends-nous à prier – nous avons fait tout un chemin à la suite de Jésus. Cette demande est devenue une vraie prière par l’enseignement reçu du Christ lui-même. Le Apprends-nous à prier des disciples peut se conjuguer ainsi : apprends-moi à me tourner vers le Père en vérité ; apprends-moi à entendre ce que tu attends de moi ; apprends-moi à vivre selon ton Esprit, Esprit que tu as mis en moi au jour de mon baptême. Mets sur mes lèvres la prière qui pourra être entendue et exaucée par ton Père. Mets dans mon cœur la prière qui me mettra véritablement en ta présence. Apprends-moi à prier ; apprends-moi à être avec toi, toujours. N’est-ce pas là le but de toute prière ? Qu’il en soit donc ainsi pour chacun. Amen.
 

(Jean-François KIEFFER, Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)