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samedi 3 avril 2021

Saint Jour de Pâques - 04 avril 2021

 Du cauchemar à la réalité : Jésus, celui qui était mort, est ressuscité ! 



(Tableau de Sieger Köder, Marie Madeleine au tombeau, 
publié dans Die Bilder der Bibel von Sieger KÖDER, éd. Schwabenverlag)


          Quelle belle page d’évangile que celle de ce matin de Pâques. Non pas seulement parce qu’elle annonce la résurrection de Jésus, mais parce qu’elle nous donne à contempler et à méditer le cheminement des disciples qui vont passer du cauchemar à la réalité : celui qui était mort est bien vivant ! Et tout cela, sans l’avoir vu, Jésus, le Ressuscité !           

Reconnaissons-le d’emblée : nous n’aurions pas fait mieux que Marie-Madeleine, ce fameux matin, si nous avions été à sa place et que nous avions encore en tête les événements qui se sont déroulés deux jours avant, à savoir la mort en croix de Jésus. Lorsque nous la rencontrons, Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin : c’était encore les ténèbres, souligne Jean, sur la ville mais aussi dans le cœur de Marie-Madeleine. Jésus, ce n’était pas n’importe qui pour elle ; il avait changé sa vie. Sa tristesse est réelle, comme est réel le fait qu’elle soit inconsolable. Elle ne peut donc que mal voir et mal comprendre ce qu’elle va constater. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, rapporte Jean. A l’horreur de la mort de Jésus, quelqu’un aura ajouté l’abject : le corps a été enlevé du tombeau, pense-t-elle et dit-elle aux disciples qu’elle est allée prévenir. Mais vous aurez noté que jamais il n’est dit par l’évangéliste qu’elle s’est penchée à l’intérieur du tombeau ou qu’elle y est entrée. Elle voit une pierre roulée, et cela lui suffit pour conclure que le corps de Jésus a été déplacé. Elle pensait sans doute avoir tout vu au moment de la crucifixion. Ben non, le cauchemar continue ! 

            Reconnaissons-le encore : nous n’aurions pas fait mieux que les disciples lorsque Marie-Madeleine les avertit de ce qu’elle a vu. D’ailleurs, les disciples eux-mêmes, à l’annonce de la nouvelle, ne font pas mieux que Marie-Madeleine. C’est la stupéfaction au point que deux d’entre eux, celui qui a renié et celui qui se tenait au pied de la croix, vont courir au tombeau. Pas un ne semble croire ce qu’elle dit. Surtout, pas un ne semble se souvenir des trois fois où Jésus a annoncé à ses disciples sa mort et sa résurrection. Pierre, Jacques et Jean ne semblent pas se souvenir, à ce moment précis, de l’événement de la transfiguration de Jésus qui était pourtant une annonce de la gloire de Dieu partagée par Jésus. Quand les ténèbres remplissent votre esprit et votre cœur, ces lumières lointaines autrefois révélées, ne semblent pas assez puissantes pour percer déjà la nuit. 

            Nous voici donc au tombeau avec Pierre et Jean. Aurions-nous fait mieux que Pierre, qui entre dans le tombeau ? Il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus. Mais c’est tout ce qu’il fait. Il voit, il constate, mais ne comprend pas. Si, comme le prétend Marie-Madeleine, le corps avait été enlevé, croyez-vous qu’un voleur aurait pris le temps de sortir le corps de ses linges et de bien plier ces derniers ? La conclusion tirée par Marie-Madeleine ne résiste pas aux constatations de Pierre. Mais Pierre ne sait que faire de ce qu’il voit à son tour. Aurions-nous compris, nous ? Et surtout aurions-nous fait aussi bien que Jean qui, entrant dans le tombeau à son tour, vit et crut ? Pour être clair, il ne croit pas ce qu’a dit Marie-Madeleine au sujet d’un enlèvement du corps ; non, il croit la réalité de ce qui s’est passé : Jésus, celui qui était mort, est vivant ! Il n’a pourtant pas vu autre chose que Marie-Madeleine (une pierre roulée) ; il n’a pourtant pas vu autre chose que Pierre (des linges bien pliés) ; mais ce qu’il voit, lui fait l’effet de la dernière pièce de puzzle qui manquait et qui permet de comprendre l’image dans son entier. Tout est remis à sa place dans son esprit. Tout ce qu’il a vu et entendu durant son temps de compagnonnage avec Jésus, s’éclaire d’un jour nouveau. En entrant dans le tombeau, il est sorti des ténèbres. En entrant dans le tombeau, toute la lumière s’est faite dans son esprit. Mais oui, c’est ça, bien sûr ! Comment n’y avions-nous pas pensé avant ? 

            Nous ne connaîtrons jamais l’intensité des émotions qui ont traversé Jean quand il a réalisé que Jésus était vraiment ressuscité. Mais nous pouvons, comme lui, nous faire disciples du Christ, c'est-à-dire relire tous les événements de sa vie terrestre, pour les comprendre dans leur sens profond, ce sens qui nous fait croire, sur le témoignage de ses premiers Apôtres, que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant. Nous pouvons passer de la sidération du Vendredi Saint devant la mort de l’Innocent à la foi de Jean dans ce tombeau, et croire que Jésus est plus fort que la mort, croire que la vie belle qu’il nous avait promise, se réalise bien là, dans ce tombeau vide. Nous pouvons relire les Ecritures à l’aune de ce jour nouveau et comprendre, de la première à la dernière page qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Le projet de Dieu, ce n’était pas que Jésus meurt, mais qu’il donne sa vie librement pour la retrouver en Dieu et nous attirer vers lui. La résurrection de Jésus n’est pas un coup médiatique ; elle est la réalisation des promesses de Dieu à son peuple. Elle est l’annonce de notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, pour partager sa vie. La joie de la résurrection de Jésus est la joie de notre propre résurrection à venir. Nous pouvons désormais vivre avec cette certitude que la mort n’aura jamais plus le dernier mot. Nous pouvons désormais vivre avec cette certitude que le Mal est vaincu, définitivement, et que nous pouvons le vaincre, dans la puissance du Ressuscité. 

            Nous sommes ce matin, comme Marie-Madeleine, comme Pierre, comme Jean. Une merveilleuse nouvelle nous est parvenue : Jésus est ressuscité. Nous avons toute l’histoire de l’Eglise, toute l’histoire des Saints pour nous convaincre de cette réalité. Ferons-nous comme Marie-Madeleine qui, voyant les choses, en tire une conclusion erronée ?  Serons-nous comme Pierre, qui ne sait que faire de ce qu’il voit ? Serons-nous comme Jean qui se laisse saisir par ce qu’il voit et qui croit, sans plus de preuve, juste à la vue de ces signes ? Depuis le commencement de l’histoire de l’Eglise jusqu’à aujourd’hui, les signes sont nombreux que Jésus est ressuscité. Savons-nous les voir ? Savons-nous les interpréter de manière juste ? Ou nous faudra-t-il encore plus pour considérer comme véridique ce que certains, même parmi les croyants, ne considèrent que comme une belle histoire ? Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité pour que notre vie, ta vie, resplendisse de la gloire de Dieu. Quitte les ténèbres, viens à la lumière. Passe du cauchemar à la réalité : Jésus, celui qui était mort, est ressuscité. Alléluia. Amen.

samedi 7 mars 2020

2ème dimanche de Carême A - 08 mars 2020

Dieu nous apprend la surprise.







Nous poursuivons notre chemin de Carême en compagnie d’Abram, de Pierre, Jacques, Jean et de Paul. Malgré le recul du temps, nous pouvons, à la lecture d’un bout de leur histoire, nous interroger sur ce qui les a motivés à changer quelque chose à leur manière de vivre. Quelle mouche les a piqués ? 

Oui, quelle mouche a bien pu piquer notre père Abram ? Voilà un paisible vieillard qui s’élance sur les routes du monde à la recherche d’un pays qu’un inconnu lui indique. Quelqu’un qu’il ne voit même pas, qu’il entend tout juste ! Ne serait-ce pas un effet de sa vieillesse que d’entendre des voix ? Abram quitte son pays, malgré son grand âge, malgré les dangers de la route. Il emmène les siens à l’aventure. Non qu’il ait le goût du risque : mais quelqu’un lui a parlé. Dieu lui a parlé. Il lui a fait une promesse et Abram y croit. Il a foi en la parole donnée ; il a foi en ce Dieu qui se révèle à lui dans sa vieillesse, à l’âge où d’autres n’aspirent qu’à une bonne retraite, qu’à un bon repos bien mérité. Cette parole ne promettait qu’une chose : la bénédiction de Dieu pour toujours à lui et à sa descendance. Telle est la promesse qui fait bouger Abram : Je te bénirai ! Je voudrai ton bien et je serai avec toi. Abram avait compris qu’en cette promesse se trouvait son avenir et celui d’une multitude. Abram avait compris que Dieu appelle l’homme au bonheur ; et si l’homme voulait être heureux, il lui fallait suivre ; il lui fallait se laisser surprendre par Dieu et son projet. Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui. Quand on a fait une découverte comme celle d’Abram, on la partage, et on entraîne les autres sur le même chemin. Comment être heureux sans les autres ? 

Des siècles plus tard, quelle mouche a bien pu piquer Pierre, Jacques et Jean ? Il y a quelques jours, Jésus leur annonçait sa mort prochaine ; Pierre s’était vertement fait remettre à sa place, et pourtant, ils continuent encore de suivre ce chevelu de Galilée ! Pierre, Jacques et Jean ont sans doute fait, avec Jésus, la même expérience qu’Abram avait faite avec Dieu. Ils ont découvert en Jésus le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient rendre aux hommes leur joie et leur espérance. Ils ont compris, qu’avec Jésus, ils tenaient le bon bout. Ils ont compris que cet homme pouvait ouvrir aux hommes de nouveaux chemins, même s’ils ne sont pas encore prêts à le suivre partout. Il faudra la mort en croix et l’annonce de la résurrection pour que leur confiance en Dieu les pousse sur les routes dire aux hommes l’amour qu’il porte à chacun. L’épisode de la Transfiguration a dû leur réchauffer le cœur après l’annonce de la mort de Jésus. Pendant un trop court instant, ils ont vu, par avance, la gloire qui est sienne. Pendant un trop court instant, ils ont approché tout le mystère de ce Fils de Dieu qui s’entretient avec Moïse et Elie. Pendant un trop court instant, ils ont entendu la voix du Père confirmer leur intuition : ils ne se sont pas trompés sur Jésus. Ils n’ont sans doute pas encore compris par quel chemin il offrirait le pardon et le salut à l’humanité ; mais ils ont reçu la force, à travers cette vision, de bien interpréter les événements à venir. Ils ont eu un avant-goût de sa victoire et de sa gloire, mais Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Ce qu’ils viennent de vivre, ils ne pourront le comprendre vraiment qu’après les événements douloureux qu’ils doivent vivre ! La surprise de Dieu passe quelquefois par des moments difficiles, par la nuit de la foi. C’est au bout du chemin que se trouve le Christ, victorieux de toutes nos peurs. Il faut le laisser aller son chemin ; il faudra le suivre sur ce chemin. Au bout, il y a la vie en plénitude. 

Quelques temps après, quelle mouche a bien pu piquer Paul ? N’était-il pas plus tranquille quand il pourchassait les chrétiens qui mettaient en danger la foi de ses ancêtres ? N’aurait-il pas mieux fait de se cacher lorsqu’il a décidé de suivre le Christ, pour vivre une foi tranquille ? Comment aurait-il pu ? Paul a découvert que, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu offrait son salut à tous les hommes. Il a cette certitude chevillée au cœur : le salut n’est pas le fruit du hasard, ni le fruit de nos mérites : il est don gratuit de Dieu. Quelle surprise pour ce pharisien qui croyait que seule l’application scrupuleuse de la loi pouvait sauver ! Il a découvert, en Jésus, l’immense amour de Dieu pour chacune de ces créatures. Il a découvert que, malgré le péché qui marquait la vie des hommes, Dieu avait accordé son pardon et offrait sa vie à qui voulait bien reconnaître que Jésus a réalisé ce salut après l’avoir annoncé dans sa prédication. Oui, Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte. Voilà ce qui pousse Paul à accepter même la prison. 

Abram, Pierre, Jacques, Jean et Paul : des destins extraordinaires, peut-être ! Mais surtout des hommes qui ont su se laisser surprendre par Dieu ; des hommes qui se sont laissé déranger dans leurs convictions ; des hommes qui ont accepté de suivre Dieu sur ses chemins et qui n’ont pas cherché à faire suivre à Dieu leur chemin. Des hommes qui ont eu le courage de partir, voire de repartir à zéro pour vivre ce bonheur que Dieu propose à chacun de nous. A leur suite, nous pouvons marcher sur les chemins nouveaux que Dieu nous ouvre. A la suite du Christ, nous pouvons vaincre la mort et le péché. Il faut nous mettre en route ; il nous faut être ouvert aux appels de Dieu ! Il nous faut accepter de laisser Dieu nous surprendre encore ! Durant ce Carême, ayons le courage de partir, ayons le courage de tout risquer, sachant que nous avons déjà notre victoire, grâce au Christ, par pur amour, par pure grâce. Amen.

(Tableau d'Arcabas, Le messager)

mercredi 25 décembre 2019

Jour de Noël - 25 décembre 2019

Quand Dieu se fait homme, il ne joue pas à l'homme !







Après le côté merveilleux de cette nuit, redevenons sérieux, voulez-vous ! Nous avons chanté et célébré Dieu qui se fait homme en Jésus Christ ; nous avons vu la crèche, nous avons entendu le message de l’ange. Et maintenant ? Maintenant, il faut nous rendre à l’évidence : quand Dieu se fait homme, il ne joue pas à l’homme, il le devient, réellement. 

Un instant, nous aurions pu croire à une mauvaise blague. Après tout, les choses se passaient dans l’Empire romain. Et tout le monde sait que les dieux romains, comme les dieux grecs qu’ils imitent, jouent avec les hommes. De temps à autre, l’un d’eux vient sur terre, plus ou moins déguisé, s’en va séduire qui une jeune fille, qui un jeune homme. Une blague céleste, vous dis-je ! Mais aucun d’eux n’est allé jusqu’à se faire homme réellement. Or le Dieu qui s’est révélé à Abraham, Moïse, David et à tous les prophètes, a choisi, pour sauver l’homme, de se faire homme réellement. Le Verbe s’est fait chair (c.h.a.i.r et non pas c.h.e.r - il serait hors de prix !), il a habité parmi nous, affirme le prologue de l’Evangile de Jean. Ce n’est pas une élucubration philosophique, c’est le mystère que Jean l’Apôtre a saisi en côtoyant Jésus jour après jour, jusqu’à la croix, et il témoigne de cela dans son Evangile. C’est tellement évident pour lui, c’est tellement important pour lui, qu’il va transmettre ce qu’il a vu, ce qu’il a compris. Ce n’est pas de la théologie de salon ; c’est du vécu : Nous avons vu sa gloire. Ce prologue vient comme résumer et annoncer tout ce qui est contenu dans son Evangile. Et cette affirmation de l’incarnation de Dieu en Jésus est centrale, fondamentale pour Jean. Il va nous montrer que Dieu ne joue pas l’homme, Dieu ne joue pas avec les hommes ; Dieu vient à leur rencontre, Dieu vient assumer tout ce qui fait leur vie, de la naissance à la mort, pour donner à ces vies humaines leur pleine stature. Quand Dieu se fait homme, l’homme lui-même ne peut plus jouer à être homme ; l’homme lui-même doit être homme, pleinement. Il doit assumer la grandeur de son existence puisque Dieu la lui a rendue en se faisant tout petit. Il doit assumer la sainteté de son existence, puisque Dieu lui-même a embrassé l’humanité, faisant d’elle sa promise, son épouse. Voilà l’humanité qui retrouve la sainteté qui fut sienne, au commencement. 

Si Dieu ne joue pas avec les hommes, les hommes ne doivent pas jouer avec Dieu. Cela ne peut pas être un coup je t’aime, un coup je ne t’aime plus ; un coup je te suis, un coup je te laisse ; un coup je crois en toi, un coup je te tourne le dos. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Entendez bien ce qui est dit : il est venu chez lui. Dieu n’est pas un étranger en terre humaine ; les hommes ne peuvent pas lui être hostiles à moins d’être ingrats. Dieu est chez lui chez les hommes puisque le monde était venu par lui à l’existence. Sans Dieu, pas de monde ; sans Dieu, pas d’hommes ! Quand les hommes jouent avec Dieu, Dieu n’a plus de place reconnue dans ce monde qu’il a créé pour les hommes. Quand les hommes jouent avec Dieu, Dieu devient un étranger sur sa propre terre, et n’y est pas le bienvenu. Quand les hommes jouent avec Dieu, quand ils jouent à se prendre pour Dieu, tout va mal, non pour Dieu, mais pour les hommes eux-mêmes. C’est pour cela d’ailleurs que Dieu se fait homme, pour redonner de la grandeur à la vie des hommes, pour que leurs vies étriquées, abîmées, noyées dans les ténèbres, retrouvent leur splendeur première. A ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Dieu est tellement sérieux quand il se fait homme qu’il permet aux hommes qui l’accueillent de devenir comme Lui, de devenir ses fils. C’est dire si Dieu ne joue pas avec les hommes ; c’est dire que Dieu ne joue pas à être homme. 

Quand Dieu vient chez les hommes, il ne joue pas à l’homme, il ne joue pas avec les hommes. Ce mystère que nous avons célébré cette nuit est un fait et il nous faudra faire avec. Nous ne sommes pas obligés d’y croire ; mais n’y croyant pas, n’accusons pas Dieu de tous nos maux, de tous nos travers, de toutes nos lâchetés, de toutes nos turpitudes. Dieu est venu chez les siens ; Dieu ne cesse de venir chez lui. Continuerons de jouer avec lui, continuerons de nous jouer de Lui, de faire comme si cela ne changeait rien, de faire comme si cela ne nous concernait pas ? Dieu est venu chez lui ; et toi, où viens-tu ? Où vas-tu ? Permettras-tu à la rencontre de se faire et au monde à devenir meilleur ? Permettras-tu à Dieu d’être Dieu-fait-homme, Dieu qui s’invite dans ta vie ? La réponse est tienne, la réponse est nôtre. Dieu vient à nous, sérieusement. Qu’en faisons-nous ? Personne ne peut accueillir Dieu dans ta vie à ta place. A toi d’être sérieux avec Dieu comme il l’est avec toi. A toi de dire à Dieu qu’il compte pour toi comme toi tu comptes pour lui. Amen.




samedi 20 avril 2019

Saint Jour de Pâques - 21 avril 2019

Marie-Madeleine, Pierre et Jean… et nous ! 






            Marie-Madeleine, Pierre et Jean : telles sont les trois personnes que l’Evangile de ce jour de Pâques nous donne à rencontrer. Trois personnes et autant d’attitudes différentes devant l’événement que nous célébrons ce matin.  


            Commençons par Marie-Madeleine. Il est dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre…. Elle est partie trop tôt de chez elle ! Elle est encore dans les ténèbres, encore dans sa tristesse d’avoir vu mourir Jésus. Elle semble dans sa bulle, et un rien ajoute encore à son trouble dû à la mort de son maître et ami. Du coup, quand elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, elle ne fait sans doute pas un pas de plus. Je l’imagine bien saisi par une sainte colère : qui a osé ? Et elle part, encore une fois trop tôt, courant trouver Simon-Pierre. Je suis persuadé que, dans son état, elle ne s’est pas approchée davantage du tombeau ; elle n’y est pas entrée. En fait, son sang n’a dû faire qu’un tour et la réveiller pour de bon. Pour elle, tombeau ouvert veut dire corps enlevé. Pas besoin d’entrer dans le tombeau, pas besoin de vérifier. Cela devient pour elle une évidence, une vérité, qu’elle s’empresse de répandre, sans même réfléchir. Les ténèbres de la colère devant ce qui ne peut être qu’une profanation s’ajoutent aux ténèbres de la tristesse, et nous plongent tous dans les ténèbres de la perplexité. Nous arrêterions là la lecture de l’évangile, que nous serions tous perdus, désorientés, révoltés. Même dans un tombeau, on n’est plus à l’abri d’être volé ! Quelle époque vivons-nous ?


            La réaction de Pierre et de l’autre disciple, celui que Jésus aimait et que la Tradition identifie à Jean, ne se fait pas attendre : ils vont vérifier ce qui vient de leur être rapporté. Après tout, peut-être qu’elle s’est trompée ; peut-être qu’elle aura mal vu, peut-être qu’elle aura confondu avec un autre tombeau. Après tout, dans son état, et au petit matin… quoi de plus normal ! En plus, elle était seule : autrement dit, son témoignage n’est pas recevable selon l’adage ancien : testis unus, testis nullus (témoin unique, pas de témoin). Partis à deux, ils établiront une vérité entière. Mais ça, c’était ce qu’on croyait avant… avant l’événement radicalement nouveau de la résurrection ! 


            Regardez Pierre : un peu plus vieux que Jean, il se laisse distancer. Mais quand il arrive, l’âge reprend ses droits. Il entre dans le tombeau, en premier, et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Une description digne de la série Les experts : c’est un vrai rapport d’enquête. Mais il n’en fait rien ; il y a des indices, mais pas de preuves. Et puis qui aurait l’idée, non seulement de voler un corps, mais en plus de le débarrasser de ses bandelettes ? Enfin, quand Jésus a ressuscité Lazare, il est sorti du tombeau dans ses linges. C’est quand ils ont constaté qu’il était vivant qu’ils l’ont dégagé de son carcan qui sentait la mort. Alors que là, ceux qui auraient déplacé le corps de Jésus aurait pris soin de laisser les linges, bien pliés en plus ? Pour Pierre, tout cela ne doit pas avoir beaucoup de sens. Pas très catholique tout ça, même si tout est bien rangé ! 


            Reste Jean qui, bien qu’arrivé en premier, n’était pas rentré dans le tombeau. Quand enfin il y plonge, on nous dit simplement, mais comme une évidence : Il vit et il crut. Certes, il voit ; il n’est pas aveugle après tout. Mais il voit au-delà de ce que voient ses yeux. Il a déjà le regard de la foi. Peut-être qu’il était le seul à pouvoir voir ainsi, puisqu’il était le disciple que Jésus aimait. Peut-être faut-il avoir ressenti tout l’amour de Jésus pour nous, pour être capable de croire l’impossible, à savoir que celui qui était mort est désormais vivant. Et sans doute faut-il avoir ressenti cet amour de Jésus pour nous, pour affirmer que cet événement nous concerne tous, et que si le Christ, qui était mort, est maintenant vivant, alors nous aussi, nous pourrons passer de la mort à la vie. 


            Parce que la grande nouveauté qui a jailli au cœur de notre nuit, c’est bien que la résurrection du Christ à quelque chose à dire à notre vie. Cet événement ne concerne pas que Jésus. Cet événement a eu lieu pour nous, pour notre vie, pour notre salut. N’en doutons pas un instant ! Jésus n’est pas mort sur la croix parce qu’il en avait envie ; il est mort sur la croix pour tuer la mort et le péché et nous entraîner à sa suite dans une vie libérée, marquée à jamais du sceau de l’éternité, du sceau de Dieu lui-même. Désormais, et plus que jamais, nous sommes à lui, lui qui nous a rachetés à grand prix. Avec l’incarnation, Dieu basculait du côté de l’homme pour vivre en toute chose sa vie ; avec la rédemption, c’est l’homme qui bascule du côté de Dieu pour vivre en toute chose de sa vie. 


            Nous pouvons comprendre l’appel de Paul aux Colossiens quand il les invite à vivre autrement désormais. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Autrement dit : vivez grand, vivez à la mesure de Dieu. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre mieux ce que cela signifie. Mais sachons déjà que la victoire sur le Mal et la Mort s’est accomplie en nous au moment de notre baptême. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous vivons déjà de la vie de Dieu. Laissons-là donc grandir et s’épanouir en nous, pour que la gloire de Dieu soit manifestée, le salut du monde proclamé, et la joie des hommes révélée. Amen.



(Œuvre non connue, trouvé sur internet)

lundi 25 décembre 2017

Jour de Noël - 25 décembre 2017

Le risque de Noël.






La nouvelle est tombée hier soir bien qu’elle concerne un événement qui s’est déroulé le 13 décembre 2017. Elle concerne 83 élèves d’une école de Langon, en Gironde. Ce jour-là, leurs enseignants les avaient emmenés au cinéma, regarder L’étoile de Noël, un superbe dessin animé racontant le premier Noël, mais du point de vue des animaux qui se retrouvent à la crèche. Les enfants ne connaîtront pas la fin de l’histoire, les enseignants ayant décidé de suspendre la séance, après s’être rendu compte que le dessin animé américain n’était pas très laïc (en français dans le texte). Il ne s’agit pas d’un film sur une légende de Noël, mais sur l’histoire de la Nativité. Pour ceux qui ne connaissent pas le film, l'affiche représente pourtant bien une crèche avec tout ce qu’il faut : Marie, Joseph, l’Enfant Jésus, l’âne, un mouton… Plus explicite, tu meurs ! Comme l’écrit un internaute, les laïcards ont aussi le droit d’être des bûches. Surtout pour…Noël ! 
 
Si je vous raconte cette anecdote, c’est parce qu’elle rejoint bien ce que Jean nous dit dans son prologue : Il est venu chez lui, mais les siens ne l’ont pas reçu. Tout est dit ! Il n’est pas écrit : ils ne l’ont pas reconnu, mais bien : les siens ne l’ont pas reçu. C’est le drame de l’humanité qui pendant des siècles réclame un Sauveur et qui lui tourne le dos dès lors que le Sauveur se manifeste. Voulait-elle un autre modèle ? Un qui fait plus sérieux qu’un Enfant dans une crèche ? Un qui fait moins sérieux qu’un prédicateur de l’amour absolu de Dieu que les hommes doivent vivre à leur tour ? Nous ne saurons jamais ; Jean est plutôt discret sur la question. Mais il est une chose de sûre : que ce soit à l’époque de Jean ou ce fameux 13 décembre 2017, cette histoire de naissance dans une crèche d’un enfant qui n’a nulle part où aller, ça inquiète son monde, ça entraîne des réactions hostiles : on n’en veut pas ! Point ! 
 
Au-delà de l’anecdote, ce qui est visé, c’est bien la foi. On ne montre pas ces choses-là à des enfants, des fois qu’ils seraient influencés et qu’ils rejoignent le groupe de tous ceux qui l’ont reçu. Car écoutez bien ce que dit Jean à propos de ces gens-là : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Est-ce tellement grave, docteur, qu’il faille en préserver nos enfants ? Un homme politique disait lors d’une commémoration du 11 novembre : La France n’a pas besoin de croyants, elle a besoin de citoyens ! En quoi est-ce dramatique de se référer à quelqu’un dont nous disons qu’il est la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ? Donner un sens à la vie, transmettre un héritage qui a façonné notre histoire et notre pays, se référer à un Dieu dont les croyants disent qu’il est Amour : voilà aujourd’hui le danger pour certains. Il est clair que les ténèbres sont préférables. Il est vrai que la violence est plus facile à mettre en œuvre que l’amour. Mais est-ce vraiment le monde dont nous rêvons ? Est-ce vraiment le monde que nous voulons ? 
 
A tous ceux qui trouvent qu’une crèche, c’est trop dangereux, je conseille la lecture de l’Evangile de Jean. A tous ceux qui trouvent qu’un dessin animé sur le premier Noël, c’est trop subversif, je conseille la lecture de l’Evangile de Jean. Il nous fait prendre de la hauteur. Chez lui, pas de crèche, mais les symboles forts de la foi chrétienne : la Lumière, le Pain de Vie, le Lavement des pieds, l’Amour inconditionnel et gratuit, le Chemin la Vérité et la Vie. Il va voir ce qui se cache derrière, il nous révèle le sens de cette vie de Jésus, entré dans l’histoire des hommes pour réconcilier les hommes entre eux et avec Dieu. Il rappelle les dons précieux que Jésus, le Verbe de Dieu, fait aux hommes : c’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie… et un peu plus loin : la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Sans oublier qu’il nous révèle Dieu : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Faut-il donc que l’homme, en ce vingt-et-unième siècle soit devenu sourd et aveugle pour rejeter d’un bloc tout ce qui pourrait remettre du sens dans sa vie ? Faut-il qu’il soit peureux pour refuser même d’ouvrir à la vérité les plus jeunes générations ? Faut-il qu’il soit opposé à Dieu pour avoir l’impression de vivre libre ? 
 
Après le merveilleux de la nuit de Noël, la prise de hauteur de Jean me semble salutaire. Elle oblige à raisonner notre foi, à entrer en dialogue avec le Verbe éternel de Dieu. Mais elle redit aussi la grandeur de l’homme, né de Dieu. A elle seule, cette affirmation rend à l’homme sa dignité que le péché avait dégradée. Réjouissons-nous de cela et rendons grâce à Dieu d’avoir visité son peuple en Jésus, le Sauveur. Que notre attachement au Christ Rédempteur transforme notre vie et soit signe pour tous ceux qui ne croient pas encore en lui. Amen.

(Affiche du film, distribué par Saje Distribution)

samedi 9 mai 2015

06ème dimanche de Pâques B - 10 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à demeurer dans l'amour.





Suffit-il que quelqu’un, fût-ce Jésus, dise quelque chose pour qu’aussitôt nous y accordions du crédit ? Suffit-il que quelqu’un, fût-ce Jésus, dise des paroles profondes pour qu’aussitôt nous changions notre manière de vivre, notre manière d’être ? Si tel était le cas, nous serions tous des piliers d’Evangile, solidement enracinés en Jésus. Si tel était le cas, ce serait le paradis sur terre. Puisque tel n’est pas le cas, apprenons des Apôtres à demeurer dans l’amour. 
 
Le discours de Jésus à ses Apôtres, au soir de sa mort, est limpide : il leur demande de demeurer dans son amour, et d’aimer vraiment, à leur tour, comme ils sont aimés de lui. Remarquez bien qu’il dit ceci à quelques heures de son procès et de sa mort. Cet appel à l’amour peut donc aussi s’entendre comme un appel à ne pas chercher à le venger, à ne pas détester les adversaires de Jésus. Si tel était le cas, comment ses disciples pourraient-ils accomplir leur mission et témoigner de lui, après sa résurrection, devant ceux-là même qui l’ont mis à mort ? C’est bien cet amour que Jésus leur porte qui va leur donner la force d’affronter leurs opposants et d’annoncer clairement la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. 
 
Remarquons aussi le verbe que Jésus emploie pour parler de l’amour. Il invite ses disciples à demeurer dans son amour. En français, nous pouvons le rapprocher du verbe « habiter ». Ce passage d’évangile nous renvoie alors immanquablement au prologue de l’évangile de Jean : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. De même qu’avec l’incarnation, Dieu a planté sa tente au milieu de son peuple pour demeurer avec lui, de même avec la rédemption, l’homme est invité à demeurer en Dieu et en son amour. L’homme et Dieu sont partenaires d’une alliance scellée dans l’amour du Fils unique. L’homme n’est plus le serviteur de Dieu, et devient son ami : je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. En accueillant l’amour du Christ, en vivant de cet amour, nous vivons dans l’intimité du Père, connaissant les projets de son amour. 
 
Dans la jeune communauté croyante, cela se traduit de manière très concrète. Nous avons entendu, en première lecture, la rencontre de Pierre et du Centurion Corneille, et comment Pierre reconnaît que l'Esprit Saint précède l’œuvre de prédication évangélique. Et Pierre va donner le baptême à Corneille et à toute sa maisonnée. L’acte qu’il pose est révolutionnaire ! Corneille est non seulement païen, mais encore ennemi : il est officier dans l’armée d’occupation ! Comment croire que lui aussi est appelé au salut ? Même pour Pierre cela n’a pas été évident. Il suffit de lire dans les Actes le passage qui précède celui que nous avons entendu. Il nous montre le combat que l’Apôtre mène avec lui-même dans la vision qui se présente à lui. Pendant qu’on lui préparait à manger, [Pierre] tomba en extase. Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait : on aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins, et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : « Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange ! » Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! » À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s’adressa à lui : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » Cette vision a préparé Pierre à poser cette affirmation : En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Quand nous reconnaissons l’amour de Dieu qui demeure chez quelqu’un, l’ennemi devient ami, le païen devient croyant. Voilà ce que fait l’amour de Dieu ! 
 
L’Apôtre Jean va encore plus loin, en affirmant dans sa première lettre que l’amour est le signe que l’homme connaît Dieu et qu’il est à Dieu : Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Nous ne couperons donc pas à la nécessité d’aimer si nous nous disons disciples du Christ. C’est un caractère de reconnaissance et de cohérence. L’Apôtre affirme ceci, plus loin dans le même chapitre de cette épître : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. Il n’y a donc pas deux manières d’aimer : ou tu aimes, et tu aimes tout le monde (Dieu et les hommes), ou tu n’aimes personne ! C’est radical, mais efficace ! 
 
Avec l’Apôtre Jean, nous découvrons la radicalité de l’amour et nous apprenons à demeurer dans cet amour, à nous laisser habiter par lui. Avec l’Apôtre Pierre, nous comprenons ce que cela signifie dans un cas très concret. En rentrant chez vous, je vous invite à reprendre la lecture des Actes des Apôtres avec cette clé que nous livre la liturgie de ce dimanche : avec les Apôtres, vous apprendrez à demeurer dans l’amour et vous verrez votre vie changer en mieux. N’est-ce pas le but de toute prédication ? N’est-ce pas le désir de tout croyant ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les presses d'Ile de France)