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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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lundi 14 juillet 2025

15ème dimanche ordinaire C - 13 juillet 2025

 Il pensait réussir ; il sait désormais comment réussir.






 

            Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? C’est avec cette question qu’un homme, un docteur de la Loi, veut mettre Jésus à l’épreuve. Et il pensait réussir. Les Apôtres ont dû bien rire, eux qui cheminent avec Jésus depuis quelque temps déjà et qui ont entendu Pierre déclarer que leur Maître est le Christ, le Messie de Dieu. Comme s’il était possible de le piéger avec une telle question. Autant essayer de piéger le meilleur pâtissier du monde avec une question sur la recette d’un Saint Honoré ! Ridicule.

             Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? Si vous comparez ce récit à celui de Matthieu ou Marc, vous verrez que, chez Luc, Jésus ne répond pas à la question directement. Il va forcer son adversaire du jour à répondre. Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » Une manière très polie de lui dire : mais toi, dis-moi non seulement ce que tu lis dans la Loi, mais comment tu le comprends. Parce que lire la Loi, tout le monde peut le faire ; mais la comprendre correctement, c’est une autre affaire. Le docteur de la Loi se laisse prendre au jeu du : toi d’abord, moi après. Et il y va de sa réponse que nous connaissons tous : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. Luc nous fait comprendre mieux que les autres que ce n’est pas là une invention ou une relecture de Jésus. Il n’est pas le premier à lier l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Un homme vient de le faire devant Jésus, et celui-ci approuve la réponse de l’homme : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. La réponse est désormais claire pour toutes les générations à venir, que vous soyez juifs ou disciples du Christ : l’assurance de la vie éternelle, c’est l’amour de Dieu et du prochain. C’est un spécialiste de la Loi qui le dit ; c’est Jésus qui le confirme. La question posée a obtenu une réponse qui satisfait les deux parties ! L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais elle rebondit : Lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? ».

             Là on commence à parler sérieusement. Qui est mon prochain ? c'est-à-dire de toutes les personnes que je rencontre, qui dois-je aimer ? Et donc, qui puis-je ne pas aimer, parce qu’il ne serait pas mon prochain ? Encore une fois, Jésus ne répond pas directement. Il raconte une histoire que nous connaissons tous aujourd’hui, celle du bon Samaritain, mais qui est d’abord l’histoire d’un homme agressé, dépouillé, laissé pour mort au bord de la route. Celui qui importe, au début de l’histoire, ce n’est pas le bon Samaritain, mais bien ce mourant laissé là et que d’autres vont croiser. Comment vont-ils interagir avec lui ? Un prêtre, puis un lévite vont passer par ce chemin. Tous deux voient l’homme. Sûrement, ces hommes de Dieu vont faire quelque chose ! Eh bien non, tous deux passèrent de l’autre côté.  Nous comprenons spontanément l’autre côté de la route ; mais l’autre côté, je peux aussi l’entendre comme : ils passèrent au mauvais côté. Ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : ils ont sciemment ignoré l’homme mourant. Et qu’importe les bonnes raisons qu’ils auraient pu avoir ; en passant de l’autre côté, ils n’ont rien fait, ils ont ignoré leur frère dans le besoin. Ils ont fait de la Loi qu’ils prétendent servir une condamnation pour celui qui est victime, une condamnation pour celui qui n’a rien fait de mal. Au sordide de l’agression gratuite, ils ajoutent l’abject du désintérêt. Il est mourant ; qu’il ait la décence de mourir seul et en silence ; je ne vais pas me mettre en retard, Dieu m’attend ! Arrive le Samaritain, celui dont Jérusalem a mauvaise opinion. Il le vit et fut saisi de compassion. Il fait ce qu’il faut pour soigner cet homme et le mettre à l’abri, à ses propres frais. Et il s’engage même à revenir prendre de ces nouvelles et régler toute dépense supplémentaire ! L’histoire n’a rien de compliqué ; c’est celle d’un homme qui avait besoin d’aide.

         Rappelons-nous maintenant la question qui nous a valu cette histoire : Et qui est mon prochain ? A la fin de l’histoire, sans doute le docteur de la Loi espère-t-il une réponse claire. Il n’aura encore une fois qu’une question de la part de Jésus : Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? Il faudrait être de mauvaise foi ou complètement stupide pour ne pas répondre avec le docteur de la Loi : Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. Ceci nous oblige à bien comprendre le renversement opéré par Jésus. La question n’est plus de savoir qui, de toutes les personnes que je croise, est mon prochain ; mais bien de savoir de qui je dois me faire le prochain. De qui dois-je avoir le souci ? De tous ceux dont tu croises la route. Tu ne peux pas rester indifférent à ceux que Dieu met sur ta route, et surtout pas de celui qui a besoin de toi. Rien ne peut être plus important que le service du petit, pas même Dieu, puisque Dieu lui-même, dans sa Loi, a lié l’amour de Dieu à l’amour du prochain. Aimer le petit, c’est donc aimer Dieu. S’occuper de l’autre, c’est donc s’occuper de Dieu. Je ne peux pas dire au pauvre : je ne peux pas m’occuper de toi, Dieu m’attend ! Je ne peux pas dire à l’étranger : je ne peux pas t’accueillir, Dieu m’attend. Puisque je crois en Jésus, Dieu fait homme, cela signifie qu’en chaque humain que je croise, c’est Dieu lui-même que je croise. A l’homme qui l’interrogeait, Jésus répond une dernière fois : Va, et toi aussi, fais de même. C’est juste limpide ! Il n’y a plus ni de question à poser, ni de question à se poser.

 Tout avait commencé avec le désir d’un homme de réussir à mettre Jésus dans l’embarras. Il pensait mettre Jésus à l’épreuve ; sa question s’est retournée contre lui. Il n’a peut-être pas réussi à mettre Jésus à l’épreuve, mais désormais il sait : il sait que Jésus n’indique pas une nouvelle voie, ni une nouvelle Loi. Désormais il sait que Jésus accomplit la Loi et qu’il lui demande de faire de même. Il pensait réussir à piéger Jésus en l’interrogeant sur la vie éternelle ; il sait désormais comment réussir sa vie et son paradis. En mettant l’autre, le petit, au cœur de sa vie et par là, en mettant vraiment Dieu au cœur de sa vie. Il le sait, et nous le savons. Allons, et nous aussi, faisons de même ; devenons le prochain de ceux qui ont besoin de nous. Amen.

samedi 3 novembre 2018

31ème dimanche ordinaire B - 04 novembre 2018

De Jésus, apprenons ce qu'aimer veut dire.







J’aime beaucoup la langue française, sa musicalité, la richesse de ses nuances ; mais je dois bien reconnaître qu’en matière d’amour, elle manque de vocabulaire. Ainsi, le français aime-t-il la glace à la vanille comme il aime une personne. Un même mot pour exprimer des réalités pourtant différentes. Il y a alors un risque réel de ne plus vraiment savoir ce que signifie ce mot, à force de l’utiliser à tort et à travers. Et je me mets à rêver que la langue française déploie ses trésors d’inventivité pour décliner ces réalités diverses avec des mots divers pour garder au verbe Aimer toute la richesse que le Christ lui donne dans l’évangile de ce dimanche. 

Remarquez bien l’habileté de Jésus : pour ne pas gâter ce beau mot, il le décline sous trois modes inséparables. Il ne crée rien de neuf : vous trouverez déjà ces trois modes dans des textes du Premier Testament. Nous en avons eu un exemple dans la première lecture, quand Moïse exhorte le peuple : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ce qui peut être nouveau, c’est la manière dont Jésus lie tout cela. A la question du scribe, Jésus répond ainsi : Voici le premier, et il cite la parole de Moïse à son peuple que je viens de rappeler. Puis il ajoute : Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (une reprise de Lévitique 19, 18). Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Les trois modes de l’Amour sont donnés en deux versets : aimer Dieu, aimer l’autre, s’aimer soi. Ces trois modes ne sont pas à vivre dans une succession à définir, mais ensemble. Jésus nous dit qu’on ne peut approcher le véritable amour qu’en aimant et Dieu et l’autre et soi, dans un même mouvement. Prenons le temps de bien comprendre cette articulation donnée par Jésus. 

Aimer Dieu, voilà qui semble à beaucoup de nos contemporains comme une curiosité de l’histoire. A force de reléguer Dieu aux oubliettes de l’histoire, pourrait-il en être autrement ? Pourtant, toute la révélation biblique s’accorde sur ce point. Il n’y a pas de véritable amour possible sans cette découverte fondamentale : je suis aimé de Dieu et je suis appelé à l’aimer en retour. Ce que saint Jean traduit ainsi : Dieu EST amour. Autrement dit, c’est parce qu’il se sait aimé de Dieu que le croyant se découvre capable de l’aimer en retour. C’est parce qu’il est aimé de Dieu que le croyant devient capable d’amour. Pour aimer, il faut avoir fait l’expérience de l’Amour total que Dieu porte à tous les hommes. Aimer Dieu, c’est comprendre que l’amour est plus grand que tous les sentiments humains ; que l’amour est plus fort que tout ce que l’homme peut imaginer. Se pose alors une question d’importance : celui qui ne connaît pas Dieu, est-il capable d’aimer ? Bien sûr. Mais il aimera d’un amour humain, d’un amour marqué par les limites de notre commune humanité. Ne pas connaître Dieu, ou refuser l’idée d’un dieu, n’empêche pas d’aimer, heureusement ! Mais je crois que cela limite notre manière d’aimer. En effet, c’est en Jésus que Dieu a montré à l’humanité jusqu’où pouvait, jusqu’où devait aller l’amour. En Jésus, Dieu nous apprend qu’il est la source de l’amour ultime. Aimer Dieu, c’est découvrir au fond de soi la capacité d’aimer comme lui puisque nous sommes faits à son image et à sa ressemblance. 

Nous pouvons alors aborder le deuxième terme de l’enseignement de Jésus : aimer son prochain. Voilà qui semble acquis à beaucoup. L’homme comprend très vite qu’il ne peut pas vivre en faisant constamment la guerre aux autres. Vient toujours le moment où il doit surmonter sa rage, sa méfiance, pour dire à l’autre, qu’à défaut d’avoir du prix pour lui, il peut vivre en bonne intelligence avec lui. Finalement, aimer l’autre, c’est peut-être reconnaître qu’il st comme moi : aimable, capable d’aimer, capable d’être aimé, malgré ses défauts et avec ses qualités. Aimer l’autre, c’est donc l’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire forcément différent de moi, forcément différent de ce que j’en attends. Lorsque Jésus nous presse d’aimer l’autre, il lie cet amour de l’autre à l’amour de Dieu. Là encore, l’Apôtre Jean a bien saisi l’enseignement du Christ. Dans sa première lettre, il nous dit que celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour de l’autre devient, pour Jésus, la marque de l’amour de Dieu. L’autre devient le sacrement de l’amour de Dieu, c’est-à-dire le signe visible de l’amour invisible que je porte à Dieu. Voilà Dieu et l’homme unis de manière absolue. Il ne nous est plus possible de dissocier ce que le Christ a si fortement uni. 

Reste alors le troisième terme de l’enseignement de Jésus : s’aimer soi. Voilà qui peut s’entendre comme quelque chose de nouveau. Nous avons tous été marqués par une sorte de maladie qui nous faisait refuser l’amour de soi. Personne n’aurait l’idée de dire : je m’aime ! Cela paraîtrait pour le moins curieux. Pourtant Jésus nous dit : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même, c’est-à-dire comme tu t’aimes. Comment, en effet, puis-je manifester de l’amour à quiconque si je ne me supporte pas. Il ne s’agit pas de devenir narcissique, mais de se reconnaître capable d’aimer, de se reconnaître tel que Dieu nous a fait, à son image et ressemblance. Comment puis-je accepter que l’autre ait des limites et ne soit pas parfait, si je ne découvre pas d’abord mes propres limites, ma propre imperfection ? Comment croire que l’autre est capable d’amour envers moi, si je ne suis pas capable d’accepter l’image que me renvoie mon miroir ? A moins que Jésus ne veuille dire : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même tu es aimé. Ceci peut s’entendre si le « comme tu es aimé » sous-entend bien « par Dieu ». Jésus nous dirait donc : aime Dieu et ton prochain de l’amour que Dieu lui-même te porte. 

Aimer Dieu, aimer son prochain et s’aimer soi : trois pendants d’une même réalité donc. Supprimer une seule forme d’amour, et vous amputez l’homme dans sa capacité à aimer. Si je ne m’aime pas, je ne suis pas capable de croire que quelqu’un puisse m’aimer vraiment. Si je n’aime pas les autres, je ne suis qu’un égoïste. Si je n’aime pas Dieu, mon amour sera toujours limité par mon humanité. Croyants, nous avons la chance de découvrir dans l’enseignement et dans la vie de Jésus le sens profond et véritable de ce mot : Aimer. Puissions-nous toujours fréquenter ce maître et apprendre de lui à aimer davantage, à aimer toujours mieux. Car seul l’amour nous sauvera ; seul l’amour nous fera entrer totalement dans le monde de Dieu. AMEN.

 
 

samedi 4 février 2017

05ème dimanche ordinaire A - 05 février 2017

Personne n'est disciple pour lui-même !





Je ne le dirai sans doute jamais assez, ni assez fort, ni avec assez de conviction, mais nul n’est disciple pour lui-même, nul n’est chrétien pour lui-même. Je suis disciple du Christ, je suis chrétien pour les autres. Être pour les autres, c’est constitutif de l’être chrétien. N’est-ce pas ce que nous enseigne Jésus aujourd’hui dans l’évangile ? 
 
Lorsqu’il nous dit : Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde, ce qui est important, ce n’est pas ce qu’il dit de nous (vous êtes sel, vous êtes lumière) ; non, ce qui compte, c’est bien à qui nous sommes destinés : la terre, le monde. Car être sel ou être lumière ne sert à rien si c’est juste pour nous. Être sel n’a aucune valeur si nous ne donnons le goût de Jésus à personne. Être lumière n’a aucun intérêt si nous n’éclairons pas le monde. Toute la force de l’enseignement de Jésus en ce dimanche tient dans ces destinataires : la terre et le monde. Si nous n’avons pas le souci d’eux, si nous n’avons pas le souci de leur conversion au Christ, nous ne servons à rien. Nous sommes comme ce sel qui a perdu sa saveur ; nous sommes comme cette lampe qu’on a caché sous un lit. Totalement inutiles ! 
 
En nous disant : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde, Jésus nous renvoie donc à la dimension missionnaire de notre baptême. Il ne veut pas que nous vivions repliés sur nous-mêmes, mais donnés aux autres. L’Eglise, ce n’est pas le cercle des amis de Jésus ; l’Eglise, c’est l’envoyée du Christ dans le monde afin qu’elle y fasse connaître le nom de Jésus, qu’elle y manifeste la miséricorde du Père, qu’elle entraîne à la suite du Christ ceux qui ne le connaissent pas encore. Être chrétien, ce n’est donc pas une activité pour le dimanche matin quand il n’y a pas mieux à faire ; être chrétien, c’est une qualité de tous les jours, de chaque instant. Le prophète Isaïe le dit à sa manière à tout croyant quand il invite à traduire la foi en actes : partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. C’est une constante dans l’enseignement donné au nom de Dieu : l’autre, le prochain, le semblable doit être au cœur du croyant. Parce que c’est l’autre, le prochain, le semblable qui témoignera du goût de ton sel, de la clarté de ta lumière. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèveras dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.
 
La célébration de l’eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche nous permet de revenir à la source, d’entendre le Christ nous redire ce qui est essentiel pour nous. Mais surtout elle est le lieu où nous nous laissons envoyer par lui dans ce monde que Dieu aime et à qui il veut se révéler. Mettons-nous à disposition du Christ et de son projet d’amour pour tous les hommes et notre monde deviendra plus juste et plus fraternel parce qu’éclairé par la lumière du Christ. Ne soyons pas disciple pour nous-mêmes mais pour que le monde croit. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

dimanche 10 juillet 2016

15ème dimanche ordinaire C - 10 juillet 2016

Un renversement de perspective.




Le temps des vacances qui s’ouvre nous invite à un changement de perspective. Voici que ce qui fait l’essentiel de nos occupations quotidiennes est mis de côté pour un temps de repos bien mérité. Et même lorsque l’on choisit de ne pas partir, notre rythme de vie change. Nous arrivons même quelquefois à reconsidérer les choses de la vie. La liturgie de ce dimanche semble ne pas échapper à cette règle. Avec Moïse, avec Jésus, nous sommes invités à un autre regard. 
Le premier regard à changer, c’est celui de notre rapport avec Dieu par la prière. Souvent, des gens me disent : je ne prie pas parce que je ne sais pas quoi dire à Dieu. Comme si l’essentiel de nos relations reposait sur les paroles que nous pouvons prononcer. Moïse, lorsqu’il s’adresse à son peuple, vient nous dire qu’avant de parler à Dieu, il faut apprendre à l’écouter : Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets. Je dois donc plus me préoccuper de ce que Dieu me dit et moins penser à ce que je vais bien pouvoir lui dire. L’écoute de Dieu est nécessaire et indispensable pour bien comprendre ce que Dieu attend de moi, pour découvrir le projet d’amour qu’il porte pour moi. Il ne s’agit pas de se lancer dans un activisme irréfléchi, mais de bien entendre ce que Dieu veut pour ensuite pouvoir le réaliser. Parce que l’écoute de Dieu n’est pas passive ; écouter Dieu, ce n’est pas rester assis à ne rien faire, mais porter en soi (dans ta bouche et dans ton cœur) la Parole de Dieu afin de pouvoir en vivre et la vivre. Dieu ne me parle pas pour faire de belles phrases, mais pour me mettre en route, pour que j’avance à sa rencontre par la rencontre de celles et ceux qu’il met sur mon chemin. 
Le second regard à changer, c’est dans ma manière de me situer par rapport aux autres. Le docteur de la loi qui vient vers Jésus s’interroge à juste titre sur ce qu’il convient de faire avoir en héritage la vie éternelle. La question est importante, ou du moins devrait l’être pour chaque croyant. Il s’agit bien de ne pas rater sa vie à faire des choses inutiles pour se rendre compte au dernier moment que j’ai oublié l’essentiel. La réponse de Jésus renvoie l’homme vers ce qu’il sait de la Parole de Dieu, vers ce qu’il croit avoir compris de ce que Dieu lui demande : Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? Et le docteur de la Loi de reprendre ce qui est essentiel pour lui : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même. La conclusion de Jésus s’impose d’elle-même : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. Tout aurait pu s’arrêter là. L’essentiel a été dit. Mais cela ne semble pas suffire à notre homme. Il relance la discussion de façon surprenante :  Qui est mon prochain ?  Je ne sais pas bien ce qu’il attend de Jésus à ce moment-là : veut-il savoir si tous les hommes sont à aimer, ou si on peut effectuer un tri parmi eux : ceux qui sont aimables et ceux qui le sont moins ? Toujours est-il qu’à question surprenante, réponse surprenante. Avec la parabole du bon samaritain, Jésus ne dit pas à l’homme qui l’interroge qui est son prochain, mais il lui demande de se faire le prochain des autres. Un renversement inouï. Ne te demande pas qui est ton prochain, mais de qui tu dois te faire le prochain ! Il n’est plus possible de classer ceux que nous rencontrons : ils sont tous, ceux dont je dois me faire proche. Celui qui croise ma route, s’il a besoin de moi, je dois m’en faire le prochain. 
Va, et toi aussi, fais de même. Cette dernière parole de Jésus au docteur de la Loi qui l’interrogeait, est pour nous tous. Nous ne pouvons plus nous dérober. Disciples du Christ, nous sommes le prochain de tout homme qui croise notre vie, parce que tout homme a été pris dans l’amour de Jésus et sauvé par lui sur la croix. Je ne peux pas défaire ce que l’amour de Dieu a fait pour chaque homme. Je ne peux qu’assumer, avec sa grâce, le salut offert à tous. Je ne peux que, à l’image de Jésus, me faire le prochain des opprimés et des affligés. Ma parole et mes actes doivent annoncer au monde que Dieu est vraiment un Père et qu’il prend soin de tous ses enfants (Prière eucharistique 4 pour diverses circonstances).  A ceux qui se demandaient ce qu’ils pourraient bien faire de ce temps de vacances, voici une belle réponse : ne vivons pas nos vacances en passant à côté des autres sans les voir ; nous pourrions rater une rencontre avec le Christ. Amen.

dimanche 24 avril 2016

05ème dimanche de Pâques C - 24 avril 2016

Pâques : quand l'amour vérifie notre foi !




A mesure que se déroule le temps pascal, nous entrons dans une compréhension meilleure de cet événement qui a bouleversé et bouleverse toujours le monde. Rien n’est plus comme avant ; rien ne sera jamais plus comme si Dieu n’avait pas offert la vie de son Fils sur la croix pour permettre aux hommes de vivre, libres et heureux ! Si cet événement change le monde effectivement, comment croire qu’il ne change rien dans ma vie ? Comment croire que l’irruption de l’amour dans la vie des hommes puisse ne rien changer dans une vie personnelle ? 
 
Jésus, au soir de sa mort, au cours du repas qu’il prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du Cénacle, laisse à ses disciples une parole que nous ne cesserons jamais ni de comprendre, ni de vivre. Remarquez que cette parole est donnée en l’absence de Judas, c’est-à-dire quand celui qui va provoquer le drame et permettre au Mal de triompher, au moins dans l’immédiat, n’est plus présent. Il y a des paroles que l’on ne peut pas dire, ni recevoir lorsque le Mal est présent. Il y a des mots qui ne prennent vraiment leur sens qu’entre gens de bonne composition. Cette parole, c’est le commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Vous aurez compris que la répétition de ce commandement indique à elle seule l’importance de cette parole et du défi qu’elle représente. Est-ce seulement possible à vivre ? 
 
S’il s’agissait juste de nous aimer les uns les autres, sans rien de plus, je crains fort que cela soit juste impossible. Il y a tant de raisons, toutes meilleures les unes que les autres, qui nous empêchent d’aimer l’autre. Et la première raison, c’est souvent l’autre lui-même. Il est tellement différent de moi, tellement différent de ce que je voudrais qu’il soit, trop ceci et pas assez cela, qu’il m’est juste impossible de l’aimer. Mais Jésus insiste, et dans son insistance, il nous donne la clé pour que cet amour humainement impossible devienne possible. Il ne s’agit pas seulement d’aimer l’autre, mais d’aimer comme lui, Jésus, nous a aimés ! Tout est dans ce « comme Jésus ».  Et l’amour de Jésus est allé jusqu’à la croix, jusqu’à une vie donnée, offerte dans la violence absolue que représente la mort de l’innocent. Un tel amour est un don de Dieu. Car c’est bien dans son union indéfectible à Dieu son Père que Jésus peut ainsi s’offrir en sacrifice pour la vie de tous les hommes. C’est dans notre attachement au Christ, qui a donné sa vie pour nous, que nous pouvons trouver la force d’aimer comme lui, tous et chacun de ceux qu’il met sur notre route. N’imaginons pas réussir à aimer, ni réussir à nous aimer les uns les autres hors de cette fidélité à l’amour du Christ pour nous. Seul celui qui se sait aimé passionnément par le Christ peut aimer passionnément à son tour. 
 
Pour nous, chrétiens, l’amour n’est pas une option, c’est un incontournable. Il vérifie notre foi, notre fidélité au Christ Sauveur et à son enseignement : A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Jean reprendra avec force cette affirmation lorsqu’il dira dans sa première lettre : celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas, mais qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur. L’incarnation même de Jésus justifie cette position puisque qu’en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’homme et Dieu sont définitivement liés. Notre foi au Christ ne pourra donc jamais se passer de la nécessité d’aimer, puisque Jésus a fait de l’amour du frère la mesure étalon de notre foi. 
 
Quand l’amour devient difficile, demandons au Christ ressuscité de nous indiquer la route de l’amour véritable. Demandons au Christ un surcroit d’amour pour que soit réduit à rien ce qui nous empêche d’aimer. Construisons cette Jérusalem nouvelle dans laquelle la mort ne sera plus, dans laquelle de mer, il n’y en a plus. Avec Pâques, Dieu a fait toutes choses nouvelles, à commencer par notre capacité à aimer. Suivons-le, et aimons comme lui. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 209, Mai 2004, éd. Marguerite)

vendredi 24 octobre 2014

30ème dimanche ordinaire A - 26 octobre 2014

L'amour véritable.




S’il nous fallait choisir une seule phrase de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, ce serait assurément ce double commandement qu’il livre aujourd’hui à ses contradicteurs qu’il nous faudrait retenir. L’amour de Dieu et du prochain, irrémédiablement lié, éternellement associé. Depuis que Jésus a été interrogé sur le cœur de la Loi, nul ne peut ignorer qu’il s’agit, dans un même mouvement, d’aimer Dieu et le prochain. Et pour ceux qui n’auraient pas tout compris, saint Jean, dans l’une de ses lettres, enfonce le clou en proclamant : Celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur ! Il nous faut donc tenir pour acquis que notre amour de Dieu se vérifie dans l’amour des frères, et que notre amour des frères renforce notre amour de Dieu. 
 
Faisons un pas de plus. A l’origine de l’amour, il y a Dieu. J’aime à le croire. Et ma conviction en est renforcée chaque fois que je vois les hommes incapables d’aimer par eux-mêmes. Je parle là de cette qualité d’amour qui nous fait accepter l’autre tel qu’il est ; cette qualité d’amour qui me pousse au pardon lorsque l’autre me blesse ; cette qualité d’amour qui me permet de comprendre que l’autre n’est pas mon objet, ma possession, mais un être libre, avec son histoire propre, ses qualités et ses défauts. Nos réflexes humains nous poussent le plus souvent à aimer qui nous aime, le temps qu’il nous aime ou qu’il nous plaît, et à ignorer l’autre le jour où il nous blesse, ou simplement parce qu’il ne correspond plus à ce que nous avions entrevu ou imaginé à son sujet. Mais là n’est pas le véritable amour. Pour apprendre comment aimer, il me faut regarder vers la source de l’amour. Rien ne vaut alors la fréquentation des textes bibliques, qui ne sont finalement que la mise en page de l’amour immense de Dieu pour nous. De la première aube jusqu’à la fin des temps, Dieu aime passionnément l’humanité. Toute la Bible en témoigne. C’est l’amour de Dieu qui est créateur ; c’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui suscite les patriarches, les rois et les prophètes. C’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui engendre le Christ en Marie, offrant au monde la Source du salut en cet enfant, Dieu fait homme. C’est l’amour de Dieu pour l’humanité qui se livre sur la croix, alors que tous, croyants et païens, rejettent ce Dieu Sauveur, venu annoncer aux hommes qu’ils sont faits pour vivre ! C’est encore l’amour de Dieu pour l’humanité qui ressuscite ce Fils unique et propose à tout homme qui croit en lui d’être libéré à son tour du mal et de la mort. Il n’y a pas de place, en Dieu, pour la vengeance, l’humiliation, la revanche. Seul l’amour est vrai. Seul l’amour donne vie. Et c’est à cet amour-là que nous sommes invités à nous conformer ; c’est de cet amour-là dont parle Jésus ; c’est cet amour-là qu’il nous invite à vivre. Un amour qui est de toujours et pour toujours. 
 
L’amour devient ainsi comme la marque de fabrique du croyant. Jésus le dira à ses disciples : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Non pas que nous soyons meilleurs que les autres, mais nous avons, perpétuellement devant les yeux, et au plus profond de notre cœur, l’exemple de Jésus qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous. Comment, ayant bénéficié d’un tel amour, ne pas chercher à en faire bénéficier d’autres ? Si notre baptême nous configure bien au Christ Sauveur, nous avons reçu de lui ce qui est nécessaire pour vivre et aimer comme lui. N’est-ce pas son Esprit qui habite en nous ? N’est-ce pas son Esprit qui nous fait vivre ? Peut-être nous faut-il revenir à la source même de notre baptême pour y puiser la force d’aimer ! Et si notre amour est quelquefois défaillant, nous pouvons puiser encore à la source du pardon que Dieu nous offre, pour goûter ainsi à la joie qu’il y a d’être aimé, malgré nos faiblesses. Nous pouvons aussi nous approcher de la table de l’Eucharistie où Dieu rend actuel le sacrifice de son Unique : nous pouvons recevoir ici la vie même de Dieu et faire mémoire de son amour pour nous. Nous le voyons : Dieu nous demande d’aimer comme il aime, parfaitement. Mais il nous donne aussi, à travers ses sacrements, les moyens nécessaires pour vivre et faire grandir un tel amour. Dieu ne nous demande rien d’impossible ! Agissant pour nous dans ses sacrements, il éveille en nous la possibilité d’aimer vraiment. 
 
Rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, nous pouvons rendre grâce pour ce que l’amour de Dieu réalise pour nous chaque jour ; et nous pouvons faire nôtre l’exclamation du psalmiste : Je t’aime, Seigneur !  L’aimant lui de tout notre cœur, nous verrons s’ouvrir devant nous les chemins qui nous mènent vers nos frères en humanité pour construire avec eux un monde de paix et d’amour. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 12 juillet 2013

15ème dimanche ordinaire C - 14 juillet 2013

Un art de vivre !


Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? La question n’est-elle pas surprenante dans la bouche d’un docteur de la Loi, un homme qui enseigne aux autres ce qu’ils ont à faire en matière religieuse ? Si lui, docteur de la Loi, a besoin d’un autre pour savoir comment plaire à Dieu, qui pourra savoir ?  
 
Celui qui voulait mettre Jésus dans l’embarras, va se retrouver très vite embarrasser lui-même. A jouer bête, on se retrouve bête. Jésus le renvoie d’abord à son catéchisme : dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ? Une fois la réponse apportée, et nous rassurés sur la connaissance du docteur de la Loi, Jésus le renvoie à sa vie : va, et fais ainsi. Il s’inscrit ainsi dans la lignée d’un Moïse qui invitait déjà son peuple au respect de la Loi de Dieu. Le livre du Deutéronome, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, en est témoin. Dans un dernier discours avant sa mort, Moïse rappelle au peuple l’importance d’écouter la voix du Seigneur. A celui qui veut parvenir à la vie éternelle, il n’est laissé que cette parole à entendre et à vivre. Elle n’est ni lointaine, ni hors d’atteinte. Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus Christ, est le Dieu qui parle à l’homme, le Dieu qui l’invite sans cesse à faire le choix de la vie, le Dieu qui s’adresse au cœur de l’homme : Elle est tout près de toi, cette parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. Le docteur de la loi avait bien cette parole dans son cœur et dans sa bouche, puisqu’il la cite quand Jésus l’interroge ; mais il en faisait un usage pervers. Il voulait s’en servir pour embarrasser Jésus, alors qu’elle doit servir à faire vivre, à faire grandir. Nul doute qu’il aura grandi un peu, notre docteur de la loi, à l’écoute de Jésus. Ce qui nous vaut aujourd’hui cette belle parabole du bon samaritain. Elle permet à Jésus de poursuivre la réflexion à la demande du docteur de la Loi. Et qui donc est mon prochain, interroge-t-il !  
 
Notez que la réponse de Jésus reformule la question : il n’invite pas seulement à découvrir qui est notre prochain, mais de qui nous pouvons être le prochain ! Comme Moïse, il met l’accent sur la nécessité de vivre notre foi. Etre croyant, ce n’est pas se payer de mots, c’est un art de vivre, une attention constante à l’autre. Ma foi en Dieu ne m’éloigne pas des autres, ne m’enferme pas dans un monde éthéré ; non, ma foi me ramène sans cesse vers l’autre, vers les autres, puisque Dieu lui-même a pris fait et cause pour les autres quand il est devenu l’un de nous en Jésus. Ce n’est pas un hasard si les deux premiers passants sur la route du blessé sont un prêtre et un lévite, un serviteur du Temple. Voilà deux hommes qui maîtrisent la Loi, qui connaissent bien leur religion. Mais ils sont enfermés dans des questions de pureté ; la Loi est devenue un carcan au point qu’ils en oublient la Parole de Dieu qui, dès la première alliance, insiste sur le secours à apporter au frère en détresse. C’est un Samaritain, c’est-à-dire un infréquentable, qui vient au secours du blessé. Il ne l’interroge pas sur son appartenance religieuse, il ne s’empêtre pas dans des questions légalistes : ai-je le droit ou pas ? Il voit un homme dans le besoin ; il agit. Il le soigne, interrompt momentanément son voyage pour prendre soin de ce homme, de cet étranger. Il allège même sa bourse pour que l’hôtelier poursuive les soins nécessaires le lendemain, et s’engage à lui rembourser tous les frais à venir si son don n’y suffisait pas. Il n’est pas dit qu’il connaît la Loi, mais il l’applique dans ce qu’elle a de plus essentiel : le devoir de charité.  
 
Des siècles plus tard, nous voici, écoutant toujours cette parole de Dieu dont la parabole fait maintenant partie. Nous voici, des siècles plus tard, cherchant encore comment parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Sur notre chemin, il y a toujours le Christ crucifié, signe de ses frères qui ont besoin de nous. Sa croix nous indique le chemin. Nous ne pourrons pas la contourner ; nous ne pourrons pas l’éviter. La croix est la parole de Dieu la plus forte, celle qui nous remet face à Dieu, face aux frères à aimer et à servir  de la même manière que nous aimons et servons Dieu. Des siècles plus tard, nous ne pouvons toujours pas nous payer de mots ; il nous faut toujours nous faire le prochain de celui ou celle qui a besoin de nous. Ils sont nombreux, ceux qui sont au bord de notre route. Ils sont nombreux à attendre un geste, une oreille, une attention. Celui qui veut se faire le prochain de son frère n’a que l’embarras du choix ! Une écoute attentive de la parole de Dieu devrait nous aider à comprendre où Dieu nous veut, où il nous attend pour témoigner aux hommes son amour et sa tendresse.  
 
Ce qui compte alors, c’est de bien vivre notre foi, à chaque instant. Si notre archevêque nous invite à évangéliser nos communautés, n’est-ce pas d’abord pour que nous prenions conscience, mieux encore, de l’urgente nécessité d’agir, conformément à notre foi ? N’est-ce pas aussi ce que nous rappelle le pape François depuis son élection ? En suivant le Christ, en imitant son art de vivre, nous passerons avec lui la croix, nous parviendrons à la vie éternelle, accueillis par celles et ceux dont nous aurons été le prochain. Cela vaut la peine d’essayer. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

lundi 12 juillet 2010

15ème dimanche ordinaire C - 11 juillet 2010

Va, et fais ainsi !


Qui d'entre nous n'aspire pas à vivre heureux ? Qui d'entre nous n'espère pas connaître un jour la joie du Royaume qui nous est promis ? Il y a peu encore, quelqu'un m'interrogeait au sujet du "paradis et de l'enfer". Qui irait où ? C'est une question récurrente lorsque la mort frappe une famille : la personne décédée a-t-elle bien fait tout ce qu'il fallait pour être maintenant auprès de Dieu ? Je me garderai bien de répondre d'une manière personnelle. Mais la liturgie de ce dimanche nous indique une voie à suivre. Elle tient en quelques mots : Va, et fais ainsi !

Va, et fais ainsi !
C'est la réponse que Jésus apporte à cet homme qui l'interroge : Comment gagner le Royaume de Dieu ? A une question simple en apparence, Jésus répond par une question tout aussi simple : Que dit la Loi ? En clair, qu'a recommandé Dieu à son peuple lorsqu'il l'a sorti de l'esclavage ? Quel chemin l'a-t-il invité à suivre pour connaître le bonheur ? En bon croyant, l'homme qui interroge Jésus répond par le coeur de la Loi : Aime Dieu et ton prochain comme toi-même ! Jésus ne peut que constater la justesse de la réponse. Que dire de plus, en effet, après cela ? Nus l'avons tous appris dès le début de notre catéchisme. Et c'est encore pour nous aujourd'hui le coeur de notre vie morale.

Mais l'homme sent bien que c'est un peu court comme réponse. Le voilà pris à son propre piège. Aussi risque-t-il une autre question : Qui est mon prochain ? En interrogeant ainsi Jésus, il semble vouloir le forcer à classer les gens, à dire qui est aimable et qui ne le serait pas ! Qui est prochain ressemble fortement à cette autre interrogation : Qui dois-je aimer ? Et nous comprenons tout de suite; si nous connaissons un peu le Christ, qu'il ne peut se laisser enfermer dans pareil discours. La question est mal posée ; la réponse se fait surprenante. Une histoire d'homme attaqué en chemin et laissé pour mort. Un serviteur du Temple, puis un prêtre et enfin un Samaritain passent par là : un seul viendra au secours de cet homme et paiera même ce qu'il faut pour que le blessé vive. Nous avons tous entendu cette parabole. Jésus la conclut par cette question : Qui a été le prochain de l'homme blessé ?

En agissant ainsi, Jésus renverse la question posée. Ne demande pas qui tu dois aimer ; tout le monde est à aimer pour celui qui se met à la suite de Dieu, puisque tout le monde est dépositaire de l'image de Dieu au plus profond de lui. Demande-toi plutôt : de qui vais-je être aimé ? Cette manière de dire les choses peut sembler bizarre, mais c'est bien ce qui resort de cette inversion. Quel est celui dont l'action est appréciée par le blessé ? A qui ira la reconnaissance du blessé ? Jésus n'a pas besoin de tirer les conclusions qui s'imposent : si je veux être aimé par celui qui croise ma route, je dois lui vouloir du bien, je dois lui manifester mon amour.

Va, et fais ainsi.
Nous l'aurons tous compris : l'accès à la vie éternelle, c'est l'amour manifesté et vécu. En invitant le docteur de la Loi à imiter le Samaritain de la parabole, Jésus lui indique la seule voie à suivre. Il ne suffit pas de parler d'amour, il ne suffit pas de crier vers Dieu : il faut vivre cet amour que l'on confesse. La première lecture entendue nous rappelait fort justement que cette Loi d'amour n'est pas hors d'atteinte. Elle est inscrite au coeur de chacun ; elle est sur toutes les lèvres, non pour être redite, mais pour être mise en pratique. Dieu ne nous demande pas l'impossible : il nous demande de mettre en accord nos paroles et nos actes. Le premier, Dieu nous a montré le chemin ; le premier, il a aimé, et aime encore, l'homme d'un amour sans mesure, d'un amour sans faille. Il n'a rien ignoré des difficultés de l'amour : Jésus lui-même a échoué auprès du jeune homme riche ; Jésus lui-même s'est retrouvé en croix par amour. Mais la victoire de Jésus sur la mort, sa parole de pardon sur la croix, viennent nous rappeler que la victoire de l'amour est possible. Nous en avons un avant-goût dans la résurrection de Jésus ; un jour, nous goûterons à cet amour en plénitude. Pour peu que nous ayons aimé, même un peu, même maladroitement. Il suffit de se mettre en route ; il suffit de commencer. Le reste est donné en plus.

Va, et fais ainsi.
Et si c'était là le secret de la réussite d'une vie d'homme ? Va, mets-toi en route, et fais comme le dit la Loi. Va, commence ton chemin d'humanité et fais comme cet homme dans la parabole que le Christ nous raconte aujourd'hui. Va, et commence à aimer en aidant simplement celles et ceux que tu croiseras sur ta route. Tu es le prochain de tout homme. Va, aime, vis : le bonheur est au bout. Amen.




(Dessin de l'Hortus Deliciarum, illustrant la parabole du Bon Samaritain)