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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 8 mars 2026

 Le Seigneur est-il au milieu de nous ?





 

            Nous approchons de la mi-carême déjà, et la liturgie nous donne de rencontrer le peuple libéré d’Egypte, errant dans le désert, soumis à la soif. Une épreuve de plus, pour purifier ce peuple à la nuque raide, qui alterne entre bonheur d’avoir été libéré et regret de ne plus être en Egypte. Et revient aujourd’hui encore, cette question mainte fois posée : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?

            Qui d’entre nous ne s’est jamais posé la question ? Lorsque je lis la presse ou les réseaux sociaux, la question revient souvent ces derniers temps. Entre les guerres qui semblent se multiplier à travers le monde et les agressions, en France, d’élèves et de professeurs par des élèves de plus en plus jeunes, la question me semble légitime. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Et sa question jumelle : si oui, pourquoi permet-il cela ? Le mal, sous toutes ses formes, est, a été et restera toujours l’énigme majeure qui peut nous faire refuser l’existence de Dieu. Sommes-nous dès lors condamnés au doute à mesure que les drames se multiplient ? N’y a-t-il aucune issue, aucune espérance possible ? Comment comprendre Paul quand il affirme : l’espérance ne déçoit pas ? Certes, il la fonde sur l’amour que Dieu a répandu dans nos cœurs. Mais quand il ne semble plus y avoir d’amour, l’espérance disparaît-elle ? La réponse se trouve dans une autre lettre de Paul, la première aux Corinthiens, quand il dit avec force que l’amour ne passera jamais, comprenons bien qu’il ne disparaîtra jamais. Nous pouvons ne plus le voir, ne plus être capable de le discerner à l’œuvre, mais l’amour ne passera jamais de mode. Il suffit d’un seul pour aimer, toujours et encore, pour que l’amour soit sauvé, pour que le monde soit sauvé. Qui sauve une vie, sauve l’humanité, proclame le Talmud. Et ceci n’est possible que parce que l’amour du bien est à l’œuvre, et la détestation du mal solidement ancrée en celui qui décide que toute vie est importante. N’est-ce pas ce que Jésus nous apprend dans sa manière d’être avec chacun de ceux qu’il rencontre ? N’est-ce pas ce que Jésus nous révèle dans son Evangile ? N’est-ce pas ce qu’il a fait pour nous en offrant sa vie pour la multitude dont nous sommes ? N’est-ce pas ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême ? La preuve que Dieu nous aime (et donc accessoirement qu’il est au milieu de nous), c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

            Mais alors pourquoi ce sentiment d’abandon formulé par le peuple dans le désert ? Pourquoi cette impression dans notre propre existence ? Peut-être est-ce une question de regard, d’écoute et de confiance ! Voyez la Samaritaine qui vient au puits de Jacob au moment où Jésus lui-même s’y repose. Quand Jésus engage la conversation pour obtenir un verre d’eau, elle ne voit en lui qu’un Juif qui ne fréquente pas les Samaritains, c’est là chose connue, et elle sait le lui rappeler à sa manière. Mais Jésus ne s’offusque pas. Il va petit à petit déplacer le regard de cette femme, et le réorienter sur sa propre vie, jusqu’à la révéler à elle-même, tout en se révélant à elle. Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? Puis : Seigneur, je vois que tu es un prophète… pour arriver à cette question : Ne serait-il pas le Christ ? Ce changement de regard est possible pour la Samaritaine parce qu’elle se met à l’écoute de celui qui a eu l’audace de lui demander un verre d’eau. Elle ne se referme pas, elle accepte la conversation, même quand elle se fait difficile. Changement de regard, écoute attentive, et voilà notre femme qui rentre au village prévenir les siens et les inviter à la même expérience : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Je mesure là, la confiance retrouvée de cette femme. Elle ose ameuter tout un village sur une simple conversation avec un membre de ce peuple ennemi héréditaire. Elle a compris ce que tout son village comprendra, et que nous sommes invités à comprendre à notre tour : en Jésus, le Seigneur est au milieu de nous. Tous les habitants du village le confesseront : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. De la question du peuple errant dans le désert, nous arrivons à une profession de foi lumineuse de tout un village.

Alors, le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Pour les Samaritains, le doute n’est pas permis. Oui, il est là, en Jésus. Il leur a suffi d’accepter l’invitation de la femme à venir écouter. Ils ont vu, ils ont entendu, ils font désormais confiance à celui qu’ils ont accueilli et écouté deux jours durant. Devant l’actualité morose et anxiogène de ces derniers jours, nous pouvons nous aussi, accueillir dans notre vie la parole de Jésus qui éclaire et libère. Avec les Samaritains, nous pouvons reconnaître que le Seigneur est au milieu de nous et qu’il est le Sauveur du monde. L’ayant écouté, confions-lui ce monde et croyons qu’il peut toujours quelque chose pour nous, qu’il peut toujours quelque chose pour ceux et celles qui souffrent. Notre compassion et notre charité seront pour eux le premier signe que le Seigneur est au milieu d’eux aussi et qu’il vient les sauver. Amen.

mardi 14 mars 2023

3ème dimanche de Carême A - 12 mars 2023

 Revenez à moi : je comble votre soif ! 


               

(soif | Résultats de recherche | 1001 versets (la-bible.info)





                Jésus ne cessera jamais de me surprendre. Voyez la rencontre qu’il fait avec la Samaritaine. Elle commence par une demande banale : Donne-moi à boire, et s’achève par la conversion de toute une ville. La soif que Jésus ressent mène toute une ville à une soif de Jésus, une soif de vérité, une soif de Dieu. 

            Tout commence donc par cette demande simple de Jésus : Donne-moi à boire, demande qui logiquement aurait dû se concrétiser par un verre d’eau. Or il n’en est rien. Il ne semble pas que Jésus ait eu de suite ce qu’il demandait, la femme à qui il s’adresse semblant remettre sur le tapis la querelle ancestrale entre Juifs et Samaritains : Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? Un vieux réflexe humain qui nous fait mettre en avant nos différences, nos oppositions plutôt que de soulager le besoin de celui qui est différent. Comme si la religion de l’autre, sa couleur de peau, l’histoire douloureuse qui peut exister entre deux, prenaient le pas sur la personne qui demande. Celui qui demande n’est pas d’abord quelqu’un dans le besoin : il est d’abord quelqu’un qui n'est pas comme moi ; pire, il est un d’un groupe qui ne m’aime pas. Ne pourrait-on pas simplement voir dans l’autre qui nous aborde quelqu’un qui a besoin de nous ? Et c’est bien là, la première surprise de ce texte : Jésus veut avoir besoin de la Samaritaine pour quelque chose d’aussi simple qu’un peu d’eau. Lui qui peut changer l’eau en vin, multiplier les pains et les poissons, il aurait pu, seul près de ce puits, demander à son Père, ou faire lui-même quelque miracle, juste pour lui. Mais non, il préfère s’adresser à cette femme qui arrive. Jésus a soif de rencontrer l’humanité. C’est la soif permanente de Dieu depuis ce jour où, ayant désobéi à Dieu, l’homme s’est caché dans le jardin, obligeant Dieu à le chercher : Homme, où es-tu ? 

            Ma deuxième surprise, à l’écoute de ce texte, c’est tout ce qu’engendre cette demande, cette soif manifestée par Jésus. Très vite, la discussion devient théologique et révèle la soif de vérité de cette femme de Samarie. Une soif de vérité qui lui fait accepter le regard que Jésus porte sur sa vie : Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là tu dis vrai. La femme ne comprend pas forcément tout ce que dit Jésus, mais elle sent qu’il y a en lui quelque chose de différent : je vois que tu es un prophète ! Au point de s’en faire témoin auprès de toute la ville qu’elle appelle auprès de Jésus : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Comme on est loin de la remarque première : toi un Juif… moi une Samaritaine. Je ne suis pas sûr de mesurer pleinement tout le chemin que cette femme a fait intérieurement, mais il me laisse admiratif. Ma soif de Jésus et de la vérité qu’il porte en lui est-elle à la hauteur de la soif de cette femme ? Ou Jésus est-il devenu pour moi comme l’air que je respire : je n’y fais plus trop attention ? 

            D’un Jésus qui avait soif, nous sommes passé à un Jésus dont toute une ville a soif. Il passe deux jours avec eux, deux jours à leur parler, à toucher les cœurs, à convertir leur regard. Au point qu’ils reconnaissent devant la femme ce qu’elle avait elle-même pressenti quand elle les a appelés auprès de Jésus : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. Un verre d’eau demandé par Jésus a conduit à la conversion de toute une ville. Comment ne pas être bouleversé par cela ? Pouvons-nous rester sourds quand Jésus veut avoir besoin de nous ? Notre réponse à sa demande ne convertira peut-être pas toute une ville, mais elle ne restera pas sans effet. Qu’importe l’importance de l’effet ! Jésus veut avoir besoin de nous, comme il voulait avoir besoin de la Samaritaine. Jésus attend de nous un petit rien pour qu’à travers nous il puisse faire de grandes choses. Entrons en conversation avec lui, laissons-le nous révéler notre propre vérité ; laissons-le porter sur notre vie son regard de vérité. Et surtout, témoignons, même modestement, de ce qu’il nous apporte. 

            A ceux qui cherchent, à ceux qui doutent, à ceux qui ne savent plus vers qui se tourner, comme à ceux qui ne croient pas ou plus, Jésus dit : Revenez à moi : je comble votre soif ! Le chemin fait par la Samaritaine peut être notre chemin pour peu que nous nous laissions approcher par Jésus et que nous acceptions d’entrer en dialogue avec lui. En ce temps de Carême, il se tient à notre porte et il frappe. Lui ouvrirons-nous ? Le laisserons-nous entrer ?

samedi 18 mars 2017

03ème dimanche de Carême A - 19 Mars 2017

Si tu savais le don de Dieu...




Sur notre route vers Pâques, comment ne pas prendre le temps de nous interroger, à frais nouveau, sur Dieu, sur son projet d’amour pour nous ? La question de Dieu habite l’homme et se pose à lui, sans cesse. La liturgie de ce troisième dimanche de Carême nous montre des hommes et des femmes qui ont affronté cette question. Leur expérience peut nous aider à nous y frotter à notre tour. 
 
Regardez le peuple que Moïse a sorti d’Egypte sous la conduite de Dieu lui-même. Au moment de sa libération, tout est bien : finies les corvées, fini le fouet, finie la misère. Voici le peuple libre, enfin, après des années d’esclavage. Le désert à affronter semble un mal nécessaire du moment qu’il met de la distance entre ce passé douloureux et l’avenir de ce peuple libéré. Mais quand le désert se révèle pour ce qu’il est, un lieu aride, sans eau, voilà que le souvenir de l’Egypte se fait délicieux. Pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte ? Le peuple a déjà oublié les coups, les corvées, l’esclavage. Il a déjà oublié que Dieu lui a rendu sa liberté ! Les récriminations qui montent contre Moïse, et donc contre Dieu qu’il sert, semblent dire que le peuple regrette l’Egypte et la vie qu’il y menait ! Heureusement que Dieu, lui, n’oublie pas son amour ; heureusement que Dieu n’oublie pas son serviteur Moïse qu’il a appelé pour conduire ce peuple vers la terre promise. Aux récriminations, il répond par un don : le don de l’eau, pour que le peuple tourne la page de l’Egypte ; le don de l’eau, pour que le peuple taise ses récriminations et se souvienne toujours que le Seigneur est au milieu de lui. Ah, s’il savait le don de Dieu… 
 
Des siècles plus tard, alors que le peuple est établi sur cette terre promise, voici qu’un homme, Jésus, croise une femme, la Samaritaine, au bord d’un puits. Il a soif ; elle vient puiser de l’eau ; cela tombe bien. La demande d’eau exprimée par Jésus devient le prétexte à un dialogue beaucoup plus profond. C’est comme si, ensemble, l’homme et la femme creusaient un nouveau puits qui permettra une rencontre plus vraie : la rencontre entre cette femme et le Sauveur que Dieu envoie. Comme jadis au désert, cette histoire d’eau est l’occasion de mieux connaître Dieu et son projet. Si tu savais le don de Dieu, dit Jésus à cette femme… Et tout s’enchaîne. Voilà que ce Juif semble connaître cette Samaritaine en vérité ; il l’ouvre à une nouvelle connaissance de sa vie ; nous la sentons bien vite chamboulée, transformée, au point qu’elle en devient missionnaire. Oubliant sa cruche et la raison de sa sortie à l’heure de midi, la voilà qui va chercher les habitants de son village pour les mener à Jésus. Elle croit avoir reconnu le Christ : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Pour résoudre la question de Dieu dans notre vie, il faut une rencontre, une oreille attentive et le désir de comprendre. La femme n’a rien fait d’autre. Elle aurait pu se contenter de servir à Jésus le verre d’eau demandé, sans entrer en dialogue avec lui ; mais la rencontre, la vraie, n’aurait pas eu lieu. Elle a choisi de s’attarder au puits ; elle a choisi de parler à cet inconnu, Juif de surcroît, avec qui elle n’avait, à priori, rien en commun. L’eau du puits de Jacob qui étanchait la soif a servi de prétexte à Jésus pour révéler l’eau de la vie éternelle qui donne sens à une vie. Comme jadis au désert Dieu a servi à son peuple de l’eau pour que cesse les récriminations, Jésus sert à cette femme, et à tout le village, l’eau de la connaissance de Dieu pour que les hommes croient en lui et reconnaissent en lui le Sauveur du monde. Ils savent maintenant le don de Dieu… 
 
Pour Paul, Dieu n’est plus une question depuis qu’il a croisé le Christ. Dieu, il a appris à le connaître vraiment sur le chemin de Damas quand le Christ ressuscité lui est apparu. Et depuis, il ne cesse de répandre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il sait le don gratuit de Dieu qui a livré son Fils pour le salut des hommes, bien qu’ils fussent tous pécheurs. Et pour Paul, c’est là la preuve de l’amour de Dieu pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs ! La question de Dieu se résout dans ce geste d’amour de sa part. Le projet de Dieu est donc un projet d’amour envers l’homme. Comment l’homme peut-il ne pas s’en rendre compte ? Comment l’homme peut-il vouloir se débarrasser de Dieu après un tel don ? L’homme refuserait-il d’être aimé de Dieu ? L’homme préfèrerait-il ne pas être aimé du tout plutôt que de reconnaître ce que Dieu fait pour lui ? Paul n’arrêtera jamais de dire aux hommes le don de Dieu pour qu’ils puissent en vivre tous et accueillir le salut réalisé en Christ. Grâce à Paul, les hommes savent mieux le don de Dieu. 
 
Si tu savais le don de Dieu… Voilà une affirmation qui devrait nous titiller durant tout ce Carême, temps favorable pour entrer dans une meilleure connaissance de Dieu et de son projet d’amour pour nous aujourd’hui. A la suite du peuple égaré dans le désert, à la suite de la Samaritaine au bord du puits, à la suite de Paul et des communautés qu’il encourage dans leur foi, nous devons nous ouvrir à l’intelligence de ce don que Dieu nous fait. Pour cela, il nous faut faire taire les récriminations comme le peuple au désert ; il nous faut l’oreille attentive et le désir de la Samaritaine ; il nous faut le souci d’approfondir la foi qui habite Paul. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous saurons le don de Dieu. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous vivrons de sa vie. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les presses d'Ile de France)