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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 25 juillet 2026

17ème dimanche ordinaire A - 26 juillet 2026

 Le royaume des Cieux : un trésor caché, une perle fine trouvée.





(image trouvée en ligne)


 

            Troisième et dernier dimanche consacré à la lecture du chapitre treize de l’évangile de Matthieu, consacré aux paraboles sur le royaume des cieux. Nous avons entendu successivement les paraboles du semeur, du bon grain et de l’ivraie, de la graine de moutarde, du levain dans la pâte. Aujourd’hui, nous terminons avec les paraboles du trésor caché dans un chant, de la perle fine et celle du filet rempli de toutes sortes de poissons. Autant d’images différentes pour expliquer une réalité pourtant inscrite au cœur de notre foi : le royaume des cieux où nous sommes attendus ! La liturgie de ce dimanche a prévu une lecture courte de l’évangile qui ne fait entendre que la parabole du trésor caché et celle de la perle fine. Deux petites histoires qui nous disent de grandes choses.

            Le premier enseignement de ces paraboles, c’est que le royaume des Cieux, c’est quelque chose de précieux : un trésor caché, une perle de grande valeur qu’un homme finit par dénicher. Cela peut faire rêver, mais cela nous dit surtout que Dieu ne se moque pas de nous ; il ne nous promet pas juste un centre de vacances où nous irions nous reposer pour l’éternité. Ce qu’il nous propose, c’est quelque chose de précieux. Avons-nous déjà songé à ce que cela signifiait de pouvoir contempler Dieu face à face ? C’est comme la découverte d’un trésor caché ou d’une perle fine trouvée. Cela n’a pas de prix, c’est juste fabuleux !

            Et c’est le deuxième enseignement de ces paraboles. Ce trésor caché ou cette perle fine ont tellement de valeur que ceux qui les trouvent se débarrassent de tout ce qu’ils avaient jusqu’à maintenant pour les acquérir. Rien n’a plus de valeur quand on découvre le royaume des Cieux : il nous le faut absolument ! Et contrairement à la petite robe ou au costume vus en soldes, il n’y a pas de rabais possible. Il nous faut tout lâcher pour gagner ce trésor, pour acquérir cette perle fine. C’est le must have, c’est the place to be ! Comment, ayant entendu Jésus, et contemplé le royaume des Cieux, comment donc ne pas le vouloir ? C’est l’horizon vers lequel nous tourne Jésus ! C’est le but de toute vie croyante ! Avons-nous ce désir du royaume ? Le préférons-nous à tout le reste ?         

            Le troisième enseignement de la parabole, c’est que la découverte du royaume des Cieux procure une grande joie et c’est cette joie immense qui permet de ne rien lui préférer, de laisser tout ce qu’on avait jusqu’à maintenant pour acquérir ce bien supérieur, ce bien ultime. Le croyant n’est pas fait pour la tristesse ; et s’il la connaît, il doit savoir qu’une joie sans fin l’attend. Et cette joie est accessible dès maintenant. C’est la joie de savoir que la vie est la plus forte depuis que Jésus s’est livré sur la croix pour notre salut. C’est la joie de savoir que ce royaume n’est pas impossible à acquérir. Jésus nous en a indiqué le chemin : l’amour de Dieu et du prochain, jusqu’à l’amour des ennemis. Il nous en a indiqué le prix : une vie donnée au service des autres. Il nous l’a enseigné par ses paroles ; il nous l’a enseigné par sa vie donnée jusqu’à la mort. C’est la preuve qu’il ne nous ment pas et que nous pouvons le suivre, puisque notre foi nous dit qu’il a passé la mort, victorieux à jamais ! 

            Il y a encore une chose que nous comprenons en méditant ces paraboles : le royaume des Cieux se cherche ! Le trésor était caché ; la perle fine est dénichée après des années à en acquérir d’autres. C’est la quête d’une vie, et chaque croyant se doit de rechercher ce trésor caché. Ce n’est pas le fruit du hasard ; c’est le résultat d’une recherche qui transforme notre vie et notre art de vivre. Nous pouvons comprendre qu’il ne suffit pas d’être croyant un jour pour gagner ce royaume. C’est l’œuvre, que dis-je ? le chef d’œuvre de toute vie croyante. Nous pouvons, et nous devons travailler à ce royaume, dès ici-bas. C’est un chemin, un travail progressif. Combien d’hommes ont passé dans ce champ sans trouver le trésor caché ? Combien ont vu cette perle sans en reconnaître la grande valeur ? Il est donc possible, par paresse, par désintérêt, par méconnaissance, de passer à côté, de ne pas le trouver, de ne pas reconnaître sa juste valeur !

            Travaillons donc à connaître et à reconnaître ce royaume. Cultivons notre désir de vivre avec Dieu pour toujours. Approfondissons notre foi et la connaissance de la Parole de Dieu. Cherchons-le et nous le trouverons ! Et osons demander à Dieu de nous l’accorder après une vie passée à le chercher sincèrement. Amen. 

 

samedi 8 juin 2024

10ème dimanche ordinaire B - 9 juin 2024

 Laissons Dieu s'approcher de nous ! 





 

 

            Je suis toujours bouleversé lorsque je lis ou entends le passage du livre de la Genèse que nous avons eu en première lecture. Nous sommes au commencement, Dieu a tout créé. Il existe une harmonie, une perfection dont nous ne pouvons que rêver. Et pourtant, elle va être rompue et le premier blessé, ce n’est pas l’homme, ni sa femme d’ailleurs ; le premier blessé, c’est Dieu. La femme s’est laissé tromper par le serpent, l’homme a partagé sa faute, ils se découvrent nus, prennent peur et se cachent de Dieu, obligeant celui-ci à les chercher. Comment ne pas être saisi par cette question de Dieu adressée à chacun de nous ce matin : Homme, où es-tu donc ? 

            Peut-être avez-vous entendu un jour Raymond DEVOS. Dans un de ses sketchs, il dit ceci : J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! » Ça alors ! Ça m’étonne ! Que Dieu existe, la question ne se pose pas ! Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend. Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui. Dans un petit village de Lozère, abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré… et là, j’ai été ébloui… par une lumière intense, insoutenable : C’était Dieu ! Dieu en personne, Dieu qui priait ! Je me suis dit : Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même, pas lui, pas Dieu ! Non, il priait l’homme ! Il me priait moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui. Il disait : Oh homme, si tu existes, un signe de toi ! J’ai dit : Mon Dieu, Je suis là ! Il a dit : Miracle ! Une humaine apparition ! Je lui ai dit : Mais, mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’existence de l’homme puisque c’est vous qui l’avez créé ? Il m’a dit : Oui… mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’Esprit. Je lui ai dit : Vous voilà rassuré, mon Dieu ! Il m’a dit : Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! » 

            Il y a là quelque chose de fondamental pour notre vie spirituelle, une manière autre de la comprendre. Il arrive que des gens disent ne pas croire en Dieu parce qu’ils n’arrivent pas à le voir. Les difficultés de leur vie, l’existence du mal, les injustices commises… tout cela leur fait dire que cela ne sert à rien de chercher Dieu. Si Dieu existait, tout ce mal n’existerait pas ! Peut-être cela vous est-il arrivé, un jour, de penser ainsi. Je ne dis pas que c’est mal ; je crois juste que c’est mal comprendre le mouvement de la vie spirituelle. Pour croire en Dieu, il ne s’agit pas tant de chercher Dieu, d’accumuler des preuves de son existence, mais plutôt de se laisser trouver par lui, de se laisser approcher par lui. Que Dieu existe, la question ne se pose pas, ni pour Raymond DEVOS, ni pour Adam et Eve. Ils savent qu’ils lui doivent l’existence. La question qui se pose est celle-ci : après avoir transgressé l’unique interdit, se laisseront-ils encore approcher de Dieu ? Se laisseront-ils encore trouver par lui ? Le seul fait qu’ils se cachent, par peur de Dieu, montre bien qu’ils n’ont pas compris qui est celui qui les a appelés à la vie. Le seul fait que Dieu les cherche, montre bien que la rencontre quotidienne avec Adam et Eve n’était pas pour Lui un moyen de les surveiller, de vérifier qu’ils ont bien tout fait comme il faut, mais un moment de grâce pour eux et pour Dieu. Dieu avait plaisir à les rencontrer chaque jour, et devant leur absence, il s’inquiète : Où es-tu donc ?  

            Nous retrouvons quelque chose de cela dans la page d’évangile entendue. Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là, dehors : ils te cherchent. » Cette manie bien humaine de chercher Dieu, de chercher Jésus. Ecoutez bien la réponse de Jésus : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Certains vont pinailler en disant que c’est bien la foule qui s’est rassemblée autour de Jésus. Oui, mais elle le laisse parler, elle l’écoute ! Ce seul fait me fait dire qu’elle a laissé Jésus s’approcher d’elle, la foule. Si je vais vers quelqu’un pour lui dire quelque chose, c’est moi qui le cherche, puisque j’ai quelque chose à lui dire. Si je vais vers quelqu’un pour l’écouter, c’est lui que je laisse approcher de moi ; je le laisse me donner ce qu’il a envie de me donner. Si je ne me laisse pas trouver par Dieu, il ne pourra pas me parler ; s’il ne peut me parler, je ne saurai pas quelle est sa volonté pour moi, et donc je ne pourrai pas l’accomplir. Seul celui qui vient vers Dieu avec l’intention de se laisser trouver par Dieu, peut connaître et accomplir sa volonté. 

            Laissons-nous donc approcher par Dieu, ne nous cachons pas de lui. Quand bien même notre vie serait noire comme la nuit, allons vers lui sans crainte. Il est celui qui nous a dit par Jésus : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Seul le blasphème contre l’Esprit Saint n’aura jamais de pardon. Celui qui se laisse approcher de Dieu et qui écoute Dieu ne peut pas commettre ce péché impardonnable, puisque Dieu ne peut se retourner contre lui-même. Approchons-nous Dieu avec la ferme intention de le laisser s’approcher de nous ; et nous serons vraiment fils et filles du Très-Haut, frères et sœurs de Jésus Christ. Amen.

samedi 6 février 2021

5ème dimanche ordinaire B - 07 février 2021

 Tout le monde te cherche.



(Source internet, IPAC.ICP, Exposition virtuelle, Evangéliaire copte-arabe de la Bibliothèque de Fels)



           Ce dimanche, qui nous fait entendre le ministère de guérison de Jésus à Capharnaüm, est celui que l’Eglise a choisi pour inviter les communautés croyantes à porter dans leur prière le monde de la santé. Alors que depuis plus d’une année maintenant le monde est affecté par une pandémie qui nous fait toucher du doigt la fragilité inhérente à notre nature humaine, prendre un dimanche de prière pour la santé de tous et le monde de la santé en particulier peut paraître bien dérisoire. Et pourtant, nous tourner vers Dieu n’est-ce pas ce que l’Eglise nous a proposé depuis le début de cette crise en créant même un formulaire de « messe en temps de pandémie » ? Elle nous rappelle ainsi que Dieu ne cesse pas de nous accompagner quand vient le temps de la souffrance ; bien mieux, il partage ce temps avec nous. Le verset choisi pour ce dimanche par la Pastorale de la Santé nous invite justement à redécouvrir cela en retenant de cette page d’Evangile la phrase que voici : Tout le monde te cherche. 

            On pourrait y voir un reproche, comme celui adressé par Job à Dieu, cet homme bien né, pratiquant excellent, à qui la vie sourit et qui perd tout sur un coup du sort, un coup du diable. Soudainement, dans une vie sans trouble, Job connaît la surprise d’un orage qui détruit tout. Il ne lui reste rien, sa vie est devenue une corvée. Je vous laisse le soin de relire ce beau livre et ce combat mené par Job contre Dieu, jusqu’à ce qu’il découvre enfin que Dieu n’est pas une assurance-vie, mais un compagnon de route qui partage toute notre existence. Il découvrira Dieu comme un Père qui se réjouit de nos réussites, mais un Père aussi qui souffre nos souffrances avec nous. Il n’est pas le Dieu qui nous évite les soucis, mais celui qui les vit avec nous pour que nous puissions les surmonter avec lui. C’est un réel chemin spirituel qu’il nous offre, un chemin que nous aurons tous à faire un jour. Si vous fréquentez les réseaux sociaux, vous aurez vu fleurir des sites de soi-disant religieux qui analysent la pandémie que nous vivons comme un avant-goût de l’Apocalypse, un signe avant-coureur du retour du Christ. Dieu punirait enfin les mécréants, l’aspect mondial de la crise en étant la preuve. Comment peut-on ainsi défigurer le visage de Dieu qui aime l’homme, qui fait alliance avec lui, qui a donné sa vie pour lui ? Comment peut-on croire et laisser croire que, soudainement, Dieu ne vivrait plus avec nous nos souffrances ? Comment peut-on croire et laisser croire que les 2,2 millions de morts COVID dans le monde au 01er février sont les premiers mécréants d’une longue liste encore à venir ? A moins qu’ils ne soient ceux que Dieu appelle à lui pour les sauver définitivement avant de détruire le monde et les mécréants que nous sommes puisque nous n’avons pas eu la chance de mourir déjà ? 

            Lorsque nous voyons la compassion de Jésus pour les nombreux malades et possédés de toutes sortes qui se pressent à Capharnaüm jusque tard dans la nuit, nous avons du mal à croire que cette compassion s’est évanouie avec la survenue de ce virus qui détruit l’art de vivre de tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs richesses ou leurs cultures. Quand les disciples rendent Jésus attentif au fait que tout le monde le cherche, ce n’est certes pas pour lui faire un reproche, mais pour indiquer plutôt la soif de ces gens qui se pressent là et l’étendue de la mission de Jésus. Aujourd’hui, alors qu’à nouveau des hommes et des femmes cherchent Dieu pour trouver un sens à cette crise, la même urgence nous est rappelée : cette urgence, c’est l’annonce de l’Evangile, qui n’est jamais une annonce de malheur, mais une Bonne Nouvelle à partager. Depuis le début de cette crise, le Pape François nous invite à nous tourner vers le monde d’après, c'est-à-dire à voir au-delà déjà de cette crise. Une fois l’épreuve passée, voulons-nous reprendre notre vie comme avant ou voulons-nous vivre dans un monde transformé ? Quand je vois avec quelle rapidité nous passons à autre chose dès qu’un léger mieux se fait sentir, j’ai des doutes. En mars, durant le confinement, nous applaudissions tous les soignants qui ne comptaient pas leurs heures au chevet de nos malades ; mais dès le confinement levé, chacun s’en est retourné à sa petite vie d’avant. Les vaccins, nous savons tous qu’ils sont une part importante d’un retour à quelque chose de plus normal, pour tous ; mais voilà que certains menacent les médecins chargés de vacciner et que d’autres essaient de se les accaparer au détriment des pays les plus pauvres. Comme si toute cette crise, qui un temps semblait nous avoir unis, révélait encore davantage nos égoïsmes, nos divisions, nos mesquineries. Ce n’est pas ainsi que nous sortirons grandis de cette crise ; ce n’est pas ainsi que nous trouverons le véritable visage de Dieu. Nous risquons même de devoir le chercher encore longtemps ! 

Tout le monde te cherche. Je comprends ces gens qui se pressent à Capharnaüm, ayant entendu les nombreuses guérisons et libérations qui y avaient eu lieu. Personne ne veut être malade longtemps ; tous veulent être guéris, relevés, libérés. Mais je comprends aussi Jésus qui ne se laisse pas enfermer à Capharnaüm. Déjà, il veut aller ailleurs, dans les villages voisins. Il n’attend pas que la misère du monde se presse vers lui ; il va au-delà de la misère du monde, il va à sa rencontre annoncer la Bonne Nouvelle du Salut. Il ira tellement au-devant de la misère du monde qu’il finira sur une croix, la portant tout entière avec lui, la faisant mourir avec lui. Il nous signifie ainsi qu’il est le grand vainqueur, le seul vainqueur, et que notre confiance ne peut être qu’en lui. Si tout le monde cherche Jésus, c’est pour des raisons différentes, pour qu’il aide chacun avec son petit problème particulier. Alors que quand Jésus va à la rencontre des hommes, c’est toujours dans le même but : proclamer l’Evangile. C’est pour cela qu’il est venu. Quel que soit le Mal qui ronge l’homme, il y a un remède unique : le Christ qui sauve. 

L’Evangile de cette journée à Capharnaüm nous montre largement que Dieu est aux côtés de ceux et celles qui souffrent l’épreuve, les relevant, les libérant, leur rendant une vie pleine et entière. Sa mission est universelle et infinie. Toujours, il y aura des hommes et des femmes à relever, à libérer. Toujours il y aura une Bonne Nouvelle à annoncer pour que les hommes et les femmes ne désespèrent pas, ne s’enferment pas dans leurs souffrances et ne les affrontent pas seuls. Puisque nous sommes les témoins du Christ ressuscité, manifestons par notre empathie et par notre compassion, la puissance de vie qui nous vient de lui, et proclamons à sa suite l’Evangile, Bonne nouvelle du Salut pour tous les hommes. Ainsi ceux qui le cherchent pourront le trouver et vivre une vie nouvelle avec Lui. Amen.

vendredi 19 avril 2019

Vendredi Saint - 19 avril 2019

Qui cherchez-vous ?




           Qui cherchez-vous ? Cette question de Jésus aux soldats venus l’arrêter dit bien la particularité de la Passion de Jean. Nous y découvrons un Jésus qui ne subit pas les événements, mais les dirige, souverainement. Ce ne sont pas les soldats qui arrêtent Jésus ; c’est Jésus qui se livre à eux, en se révélant lui-même, en révélant sa nature profonde. Regardez comme les soldats tombent à la renverse lorsque Jésus leur affirme : C’est moi, je le suis. Il redit, et par deux fois, qu’il est de Dieu, puisqu’il utilise pour lui le nom que Dieu avait révélé jadis à Moïse au buisson ardent. Quand Jésus se livre, c’est Dieu lui-même qui se livre aux hommes. Quand Jésus marche vers sa mort, c’est Dieu lui-même qui, dans un acte fou, organise le salut des hommes. 


Qui cherchez-vous ? C’est peut-être pour n’avoir pas à répondre à la question que le Sanhédrin n’est pas réuni dans l’évangile de Jean. Il n’y a pas vraiment besoin de procès, la décision de faire mourir Jésus ayant été prise il y a longtemps. Jésus est interrogé par Hanne, le beau-père de Caïphe, le grand-prêtre de cette année-là. Il se montre curieux de l’enseignement de Jésus et de son groupe de disciples. Mais l’interrogatoire semble tourner court. Et Jésus est emmené au Prétoire, c’est-à-dire livré au pouvoir de l’occupant romain, le seul à être habilité à prononcer la peine capitale.


Qui cherchez-vous ? Cette question initiale de Jésus pourrait être adressé à Pilate qui semble ne pas trop savoir pourquoi on l’embarque dans cette galère et qui cherche à se débarrasser du problème : Jugez-le suivant votre Loi. Il sous-estime l’opiniâtreté des ennemis de Jésus pour qui il doit disparaître. Et Pilate cherche alors à savoir mieux qui est Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Alors, tu es roi ? On ne sait pas ce que cherche Pilate, mais il cherche : il n’a que des questions à renvoyer à Jésus. Et plus Jésus répond, plus Pilate questionne. Alors Jésus se tait. Et Pilate est trop faible pour résister à la déferlante qui vient du dehors du Prétoire. Ils ne veulent peut-être pas juger Jésus eux-mêmes, mais ils veulent en finir une fois pour toutes avec lui. A mort ! Crucifie-le ! Pilate, par faiblesse, laisse faire. Pouvait-il faire autrement puisque Jésus s’était lui-même déjà livré? Dans un sursaut d’intelligence, Pilate fait écrire sur la croix : Jésus le Nazaréen, roi des juifs. Désormais, tous ceux qui lèveront les yeux vers la croix sauront qui ils trouvent ici. Plus besoin de s’interroger sur celui que tout le monde a tant cherché tout au long de l’évangile de Jean. Il est là, crucifié, élevé, exposé. 


Qui cherchez-vous ? Joseph d’Arimathie et Nicodème sont les derniers à qui nous pouvons poser cette question. Qui cherchent-ils quand ils demandent à prendre le corps de Jésus ? Un ami ? Un Maître en religion ? Le Fils de Dieu fait homme qui s’est livré à la mort ? Ils ont chacun une histoire secrète avec Jésus, ils ont cherché à savoir par le passé. Nicodème était venu trouver Jésus pendant la nuit. Il ne voyait pas très clair, mais il sentait bien que Jésus était différent. Quand il porte le corps de Jésus au tombeau, a-t-il eu toutes les réponses à ses questions ? A-t-il quitté sa nuit pour venir à la lumière qu’est Jésus ? 


Qui cherchez-vous ? Cette question, il nous faudra nous la poser, chacun. Qui cherchons-nous quand nous venons célébrer la Passion de Jésus ? Sommes-nous un membre de cette foule, manipulable et manipulée, venu par hasard parce qu’il n’y avait pas mieux à faire aujourd’hui ? Sommes-nous aux côtés de Marie et de Jean, au pied de la croix, pleurant le Fils ou l’ami perdu ? Qui verrons-nous quand nous lèverons les yeux vers la croix qui s’avancera au milieu de nous tout à l’heure ? Vers qui viendrons-nous quand nous nous approcherons de la croix pour vénérer ce corps livré et meurtri ? Serons-nous comme les gardes, venus avec des torches et des armes, pris de stupeur et tombant à terre ? Serons-nous comme Joseph d’Arimathie et Nicodème, venant avec les aromates de notre foi, pour honorer celui qui s’est livré pour notre salut ? 


Qui cherchez-vous ? Vous comprendrez bien que la réponse est à vous. Je peux juste témoigner que vous trouverez ici Celui que Dieu, qui a tant aimé le monde, nous a donné, livré, pour qu’il soit notre salut. Vous trouverez ici votre vie, votre paix, votre salut : Jésus, le Nazaréen, le Crucifié. Ne cherchez pas plus loin ; ne cherchez pas plus haut. Il est Dieu qui s’est mis à hauteur d’homme, Dieu élevé de terre pour que les hommes puissent grandir à la hauteur de Dieu. Amen.


(Tableau d'Antonio CISERI, Ecce homo, 1880-1891, Galerie d'Art Moderne, Palais PITTI, Florence).


samedi 15 décembre 2018

03ème dimanche de l'Avent C - 16 décembre 2018

Que devons-nous faire ?





Dans notre vie, nous rencontrons quelquefois des hommes et des femmes qui ont sur nous une influence réelle. Nous aimons les écouter, leur demander conseil. Ils sont même parfois à l’origine de choix radicaux qui ont réorienté toute notre vie. Jean Baptiste était de ceux-là. Les foules nombreuses qui l’ont rencontré, celles et ceux qui l’interrogeaient en témoignent. De cet homme émanait un je-ne-sais-quoi qui ne laissait personne indifférent, qui transformait une vie. Pas étonnant alors qu’ils venaient nombreux vers lui. Pas étonnant qu’ils l’interrogeaient ainsi : Que devons-nous faire ? Son bon sens, sa connaissance de l’homme, sa proximité avec Dieu lui permettaient de répondre en trois verbes : partagez, faites votre devoir d’état, recherchez le Christ. 

Partager : un mot à la mode de nos jours. Plus que jamais nous sommes sollicités pour venir en aide aux nécessiteux de toutes sortes. En ces fêtes de fin d’année, nos boites aux lettres sont inondées de demande d’organismes respectables, qui attendent notre soutien. Deux attitudes sont possibles : classer verticalement (pourquoi vais-je aider des gens que je ne connais pas ou qui ne m’aident pas ?) ou choisir entre différentes possibilités, parce qu’on ne peut pas aider tout le monde). Cette invitation au partage est toujours d’actualité. St Jean-Paul II nous a souvent rappelé que la charité couvrait une multitude de péchés, et qu’elle était donc un bon moyen de se réconcilier avec Dieu. L’acte de partage avec les plus pauvres est un moyen d’exprimer notre volonté de répondre à l’amour de Dieu en faisant preuve d’amour envers celles et ceux qui n’ont pas autant de chance que nous. Quand nous parlons de partage, souvenons-nous aussi qu’il n’y a pas que l’argent à partager : nous pouvons et devons aussi partager notre temps avec ceux et celles qui ont besoin d’être écoutés, accompagnés. Nous pouvons et devons partager notre travail pour faire reculer le spectre du chômage. Nous pouvons et devons partager nos responsabilités pour éviter de cumuler les engagements : à vouloir trop faire, on ne fait plus rien de bien ! Les occasions de partage et les choses à partager ne manquent pas, pour que chacun puisse apporter un peu de sa richesse humaine à qui en a besoin. 

Faire son devoir d’état : c’est ainsi que je comprends la réponse de Jean le Baptiste aux soldats qui l’interrogeaient. En les invitant à refuser la violence gratuite, en les invitant à se contenter de leur solde et donc à ne pas se livrer au pillage, il leur indique une voie honnête pour accomplir le métier difficile qui est le leur. Soldats, ils auront à se battre ; mais cela ne comprend pas les exactions auxquelles ils se livraient parfois. Faire son devoir d’état, c’est donc faire simplement, et de notre mieux, ce que nous avons à faire chaque jour. Que ce soit au travail, en famille, à l’école, dans nos loisirs. Faire son devoir d’état, c’est-à-dire faire simplement ce que j’ai à faire, sans en rajouter pour en imposer aux autres, sans rien retrancher pour ne pas écraser les autres de tout ce que je ne veux pas faire. La liturgie a un adage qui correspond bien à cela : Que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Pour un chrétien, cela va au-delà de bien mener sa vie. Pour un chrétien, cela comprend bien sûr le respect des commandements de Dieu (aime Dieu, aime l’autre, aime-toi comme je t’aime !) mais aussi une recherche toujours plus grande de la sainteté à laquelle nous sommes appelés. En nous regardant vivre, ceux qui ne nous connaissent pas devraient reconnaître notre qualité de chrétien. Ils devraient voir briller en nous la lumière que le Christ est venu apporter au monde.

Rechercher le Christ : autrement dit : ne pas confondre le messager avec celui qui est annoncé. Je ne suis pas le Messie, répète Jean le Baptiste à qui veut l’entendre. Il n’est que celui qui précède le Messie, celui qui le montre, celui qui nous prépare à l’accueillir. Parce que la réponse ultime à la question de la foule est bien celle-ci : préparez-vous à accueillir le Messie que Dieu envoie ! Le partage, la réalisation du devoir d’état ne sont que des moyens de se préparer à cet accueil. Il faut travailler notre regard sur le monde, notre regard sur les hommes qui nous entourent pour découvrir la trace du passage de Dieu au cœur de notre vie. Nos années liturgiques nous sont données pour redécouvrir toujours mieux ce Sauveur que Dieu a envoyé dans le monde. Loin de revivre toujours les mêmes fêtes, les mêmes temps, nous avons une année de plus pour approfondir nos motifs de croire, d’espérer et d’avancer à la rencontre du Christ, le même hier, aujourd’hui et toujours. Une année entière pour redire : Je crois Jésus que tu es mon Sauveur, que tu donnes ta vie pour racheter la mienne ; je crois que tu me donnes ton Esprit pour reconnaître en Dieu, mon Père, et en chaque homme, mon frère.

En ces temps troublés, qui ont une fois de plus été marqués dans notre région par la violence aveugle et la folie meurtrière d’une idéologie nauséabonde, ce sont ces mêmes conseils qui nous sont donnés pour parvenir à la joie du salut. Il peut sembler paradoxal de parler de joie alors que notre semaine a commencé dans la souffrance et les larmes. Et pourtant, n’est-ce pas là le vrai remède pour changer le cœur des hommes ? Apporter la joie du salut : non pas une joie béate, mais la joie véritable que seule donne la foi en Dieu qui veut le meilleur pour l’homme ; la joie véritable qui ne se réjouit pas de la mort du coupable, mais qui toujours cherche, avec tous les hommes, des chemins d’entente et de paix, pour que jamais plus quelqu’un puisse profaner le nom de Dieu en semant la mort. 

Que devons-nous faire ? Prier me semble une autre réponse adéquate pour que le Seigneur lui-même nous montre le chemin du salut et de la paix pour tous. Prier, pour remettre notre vie entre les mains de Dieu. Lui seul peut donner sens à notre existence ; lui seul peut donner la joie parfaite ; lui seul peut faire advenir la paix entre tous ceux qui se réclament de lui. Plus nous lui serons proche, plus nous leur serons proches. Plus nous recevrons de lui la paix et la joie, plus nous pourrons les vivre et les partager avec tous nos frères et sœurs en humanité. Que notre liturgie, en ce temps de l’Avent, nous tourne vers lui et nous donne de l’accueillir vraiment. Amen.

(Gustave DORE, Jean le Baptiste prêchant dans le désert)

samedi 23 septembre 2017

25ème dimanche ordinaire A - 24 septembre 2017

Chercher ou se laisser chercher ?






Après avoir entendu les lectures de ce dimanche, on peut être perplexe quant à la direction à suivre : faut-il chercher Dieu ou se laisser chercher par lui ? En effet, le prophète Isaïe nous commande de chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, alors que dans l’évangile Jésus raconte la parabole d’un maître qui va chercher des ouvriers pour sa vigne. Alors, chercher ou se laisser chercher ? Les deux, mon général ! 
 
Chercher le Seigneur : n’est-ce pas le travail de tout croyant ? Sans cesse mieux connaître ce Dieu auquel il accorde sa foi. Oser se tourner vers lui malgré le mal que l’homme est capable de faire. Revenir vers lui quand l’homme s’est éloigné. Chercher le Seigneur, ce n’est pas l’œuvre d’un moment, c’est l’œuvre de toute une vie, que l’on soit bon ou méchant. En effet, si le passage entendu du prophète Isaïe insiste surtout la nécessaire conversion à faire par l’homme qui s’est éloigné de Dieu, combien plus la recherche de Dieu doit-elle être permanente une fois la conversion effectuée, pour saisir toujours mieux les pensées de Dieu et pouvoir suivre ses chemins. Chercher le Seigneur revient alors à s’attacher toujours à lui, à rester fidèle à son enseignement et à éviter le Mal. C’est chaque jour qu’il nous faut chercher le Seigneur et nous souvenir que nous sommes à lui par le baptême. C’est Martin Luther qui, chaque matin, écrivait sur son bureau : Je suis baptisé. Quelle meilleur formule pourrions-nous trouver que celle qui nous rappelle que si nous avons cherché Dieu, il est celui qui nous a appelé à la vie, celui qui sans cesse nous donne la vie. 
 
Dieu cherche l’homme : voilà une attitude attestée dès le livre de la Genèse. Quand Adam et Eve ont goûté le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal et qu’ils se rendent compte qu’ils sont nus, ils se cachent devant Dieu, si bien que celui-ci ne les croise pas selon l’habitude lorsqu’il se promène dans le Jardin de la Genèse. Et Dieu de se mettre en recherche de l’homme : Où es-tu ? Vous pouvez relire alors toute la Bible avec cette lunette particulière. Alliance après alliance, c’est bien Dieu qui se met en recherche de l’homme. N’est-ce pas encore Dieu qui cherche l’homme lorsqu’il envoie son fils Jésus à la rencontre des hommes ? Je comprends alors la persistance de ce maître de la vigne qui sort toute la journée et qui sans cesse ramène des ouvriers pour travailler pour lui. Il y a une véritable urgence pour Dieu à chercher l’homme ; il y a une vraie urgence à se laisser chercher et ramener par lui. C’est une question de vie pour l’homme.
 
Chercher Dieu, se laisser chercher par lui : Paul n’est-il pas une belle synthèse de ce double mouvement qui doit être au cœur de toute vie spirituelle ? Formé à l’école de Gamaliel, il a cherché à connaître Dieu. Et quand il se rend à Damas et que le Christ ressuscité vient à sa rencontre, il se laisse trouver dans la nuit dans laquelle il est plongé. La rencontre a lieu, et désormais les chemins de Paul seront les chemins du Christ. Si bien que Paul peut écrire : pour moi, vivre c’est le Christ. Chacune de ses lettres est une invitation à chercher Dieu toujours mieux par l’approfondissement la foi qu’elle provoque ; chaque lettre de Paul, par sa profondeur, est le signe que Dieu cherche l’homme et qu’il veut sa conversion, sa vie. Paul ne ménage pas sa peine pour que Dieu et l’homme se rencontrent. 
 
Chercher Dieu, c’est le signe que l’homme a compris que Dieu est à sa recherche ; c’est le signe que le désir de Dieu et le désir de l’homme convergent. Le salut, c’est connaître Dieu ; le salut, c’est avoir un comportement digne de l’Evangile du Christ. Le salut, c’est vivre du Christ. Cherchons-le chaque jour puisque lui nous cherche toujours. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 7 février 2015

05ème dimanche ordinaire B - 08 février 2015

Tout le monde te cherche !





Tout le monde te cherche ! C’est ainsi que les disciples interpellent Jésus lorsqu’il le retrouve, après qu’il soit sorti prier. La veille, il a passé un temps certain à guérir des malades de toutes sortes, à commencer par la belle-mère de Simon. Ce temps, seul à l’écart, pour prier, est bien nécessaire à Jésus. La foule ne lui laisse guère de repos : même après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. Je peux comprendre qu’il ait envie d’un peu de tranquillité ! 
 
Tout le monde te cherche ! Les disciples semblent presser leur Maître. Il faut que tu viennes, il y a urgence. Et c’est compréhensible. En temps de crise (c’est bien la situation de ceux et celles qui sont malades ou possédés), rencontrer quelqu’un qui peut quelque chose pour vous, c’est réconfortant. Cela signifie que votre situation anormale peut prendre fin. Quelque chose de neuf peut commencer pour vous ; de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives s’ouvrent devant vous ! Qui ne chercherait une telle rencontre ? Qui ne voudrait pas croiser celui qui peut le rendre libre, le guérir, le sauver ? Oui, ils sont nombreux à chercher Jésus ; mais le cherchent-ils pour la bonne raison ? 
 
Tout le monde te cherche ! Jésus ne semble pas pressé de répondre à cette attente. Au contraire, il pousse ses disciples à partir, à aller plus loin avec lui : Allons ailleurs, dans les villages voisins. Un moyen d’échapper à la foule ? Peut-être, mais nous savons que la foule le suit et le suivra partout ! Pourquoi ne pas profiter de cette célébrité ? Pourquoi ne pas profiter de l’engouement de la foule pour sa personne ? Parce que la foule ne voit pas pourquoi Jésus est venu. Elle ne veut que la satisfaction immédiate d’un désir, sans voir plus loin, sans voir en Jésus plus qu’un simple guérisseur. Ont-ils seulement compris le message de Jésus ? Jésus veut aller plus loin, non pas parce que ailleurs il y a aussi des malades à guérir, mais parce qu’il a un message à proclamer : Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Evangile. Les signes que Jésus pose, ne sont qu’une illustration du message qu’il doit annoncer ; les signes sont l’Evangile rendu visible. Ils disent que la Bonne Nouvelle d’un monde nouveau est une réalité ; ils disent que le temps du Messie qui vient faire toute chose nouvelle est bien là. Mais l’essentiel n’est pas dans les signes ; l’essentiel est dans la conversion que ces signes devraient produire ; l’essentiel est dans le message à annoncer pour que les gens croient, et qu’ils croient vraiment. 
 
Tout le monde te cherche ! Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes cherchent Jésus. Mais pourquoi ? Qu’attendent-ils de lui ? Une guérison ? Un mieux-être ? Ou cherchent-ils à le connaître en vérité pour marcher à sa suite et répandre avec lui le règne de Dieu ? Nous-mêmes, chrétiens de longue date, que cherchons-nous en allant à la rencontre de Jésus ? Un peu de réconfort ? Un peu de chance pour une vie meilleure ? Cherchons-nous Jésus pour nous servir de lui ou pour le suivre ? Ce qu’il pourrait faire pour nous est-il plus important pour nous que ce qu’il a à nous dire ? Entre patte de lapin, fer à cheval et trèfle à quatre feuilles, Jésus n’est-il qu’un gris-gris de plus ? 
 
Si Jésus semble ainsi s’échapper, ce n’est peut-être pas sans raison. Il veut que nous le cherchions, mais que nous le cherchions pour de bonnes raisons. Nous le découvrirons en vérité lorsque nous aurons lâché nos fausses images de lui ; nous le trouverons lorsque notre espérance aura été purifiée ; nous le trouverons lorsque notre amour aura reconnu son amour ; nous le trouverons lorsque son Evangile aura pénétré nos cœurs. Celui que nous découvrirons alors ne sera pas un faiseur de miracle, mais le Crucifié, celui qui donne sa vie pour nous, par amour. C’est au pied de la croix que nous trouverons celui que nos yeux ont cherché.
 
En attendant, avec ses disciples, faisons route avec lui, écoutons-le, découvrons-le à travers son enseignement, comprenons bien les signes qu’il pose. Il n’est pas un magicien qui peut tout ; il n’est pas un médecin qui guérit de tout ; il est celui que Dieu envoie. C’est celui-là que nous devons confesser ;  c’est celui-là que nous devons suivre ; c’est celui-là que nous devons aimer. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 14 janvier 2012

02ème dimanche ordinaire B - 15 janvier 2012



Suivre Jésus !



Que cherchez-vous ?
Ce sont les premiers mots de Jésus dans l’Evangile selon Jean. Et je reconnais volontiers qu’ils me surprennent ! De la part de Jésus, je m’attendais à autre chose ; au moins un : Qui cherchez-vous ? Ou alors une parole forte sur Dieu, histoire de bien commencer son ministère au milieu des hommes. Mais non : pas de révélation spectaculaire sur sa mission, pas de précision sur qui est Dieu. Juste cette question : Que cherchez-vous ?

Voilà une question qui nous renvoie à nous-mêmes. Nous voilà tenus d’expliquer ce qui nous préoccupe, ce qui nous tient à cœur. Nous voilà provoqués à dire ce qui fait notre vie, en profondeur. N’est-ce pas intéressant, comme démarche spirituelle ? Préciser d’abord ce qui compte pour moi, ce qui me fait avancer. Les réponses à cette question pourrait être : le bonheur, l’amour, une vie bien remplie, la richesse, la paix. Ces grandes aspirations qui nous font rêver et nous permettent quelques fois simplement de vivre, voire de survivre dans un monde plus hostile que souhaité. Oui, que cherchons-nous ? La question vaut encore aujourd’hui. Que cherchons-nous dans notre quotidien ? Que cherchons-nous en venant ici chaque semaine ? Après tout, ne sommes-nous pas comme ces deux hommes qui suivent Jésus parce que leur maître leur a dit : Voici l’Agneau de Dieu ? Ne venons-nous pas un peu parce que quelqu’un nous a dit que c’était important de marcher à la suite de ce Jésus ? Mais pourquoi ?

La réponse de ces deux hommes tient en une nouvelle question : Maître, où demeures-tu ? Surprenante aussi la question. Ils ne demandent pas qui est Jésus, ni pourquoi il vient, mais où il demeure ! Il leur faudra suivre Jésus pour avoir une réponse à cette question. Venez et vous verrez ! Décidément, il ne se dit pas facilement, ce Jésus. Voilà nos deux hommes obligés de marcher à sa suite pour comprendre la parole de Jean Baptiste (Voici l’Agneau de Dieu) et vérifier sa véracité. D’une interrogation sur ce qui les fait avancer, ils passent à une invitation à se mettre en marche, avec Jésus, ne sachant pas où cette route les conduira.

Voilà une expérience enrichissante : avant de connaître Dieu, avant de le rencontrer, je dois savoir ce qui est important pour moi, mes aspirations profondes et souvent secrètes. Puis, je peux commencer un chemin, à la suite de Jésus. Il n’est pas dit que ce chemin me permettra de réaliser ces aspirations : mais quelque chose de neuf commencera. Le changement de nom de Simon en Képha le signifie bien. On n’approche pas Jésus pour rester le même. A sa parole, à son contact, l’homme change, la vie même change.

Venez et vous verrez.
Nous voici donc, au final, invités à nous mettre en route, à bouger, à avancer avec Jésus. Il est celui qui nous accompagne dans notre quotidien, celui qui va donner sens à notre vie. Il est celui que nous pouvons partager aux autres pour que eux aussi s’interrogent, marchent à la suite de Jésus, pour trouver avec lui une réponse aux grandes questions qui les habitent. N’est-ce pas une belle présentation de la vie chrétienne ? Se laisser interroger, se laisser guider par Jésus, marcher à sa suite, témoigner de lui et le laisser transformer nos vies ! Au moment où nous retrouvons le temps ordinaire, nous sommes simplement renvoyés à notre vie, à notre quotidien. C’est dans cette vie, c’est dans ce quotidien que Dieu marche avec nous et que nous marchons à sa suite. C’est dans cette vie, c’est dans ce quotidien que nous découvrirons le Messie. C’est dans cette vie, dans ce quotidien que nous devons témoigner de lui et devenir vraiment ses disciples.

En cette année consacrée à l’évangélisation, acceptons de reprendre la route avec Jésus ; acceptons de le découvrir à frais nouveau. Laissons-nous surprendre par sa Parole, par ces gestes. Ne croyons pas tout savoir de lui, nous pourrions passer à côté de l’essentiel. Qu’en cette année nouvelle, nous ayons à cœur de le faire découvrir largement autour de nous. Amen.



(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d’évangile, éd. Les presses d’Ile de France)