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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 5 octobre 2024

27ème dimanche ordinaire B - 06 octobre 2024

 Le mariage, une question d'amour.




(Marc CHAGALL, Le cantique des cantiques)




 

            Je ne le fais que très rarement, mais aujourd’hui me semblait un bon jour pour le faire : je n’ai lu que la version brève de l’évangile proposé pour ce dimanche, pour donner tout son poids à l’enseignement de Jésus sur le mariage. Certains peuvent penser que cet enseignement est difficile à entendre depuis que la société civile, au moment de la Révolution française, a facilité les choses en matière de divorce. Pourtant, je crois que cet enseignement reste d’actualité pour l’immense majorité des couples. Les exceptions, dont on voudrait qu’elles n’arrivent jamais – violences conjugales, mise en danger d’un des membres du couple, …  – appellent, avec raison, une réponse différente, parce que dans ces cas précis, il s’agit de préserver la vie. Pour les cas ordinaires et simples, la réponse de Jésus reste d’actualité. 

            Une fois encore, les adversaires de Jésus veulent le mettre à l’épreuve, avec cette question simple d’apparence : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ? Vous remarquerez immédiatement que l’inverse n’est pas imaginé par ces hommes qui s’adressent à Jésus. C’est une vieille habitude que nous pouvons constater dans d’autres passages de la vie de Jésus, notamment lorsqu’ils lui amènent une femme accusée d’adultère et que manque singulièrement celui avec qui elle l’aurait été ! Comme souvent, Jésus les renvoie à leur catéchisme : Que vous a prescrit Moïse ? Quand on cherche une réponse, la première chose à faire est de revenir à la Loi. Ben justement, répondent-ils, Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Se pose alors la question suivante : s’ils connaissent la réponse, pourquoi poser la question ? Il n’y a pas plusieurs interprétations possibles de la Loi. Comment espèrent-ils piéger Jésus avec leur question ? S’attendent-ils à ce que Jésus disqualifie Moïse ? 

            Jésus est bien plus subtil que cela. Plutôt que de disqualifier le premier et le plus grand de tous les prophètes, Jésus précise pourquoi Moïse a permis cela : à cause de la dureté de vos cœurs ! Moïse connaissait son peuple, qu’il qualifiait souvent, lors de ces entretiens avec Dieu, de peuple à la nuque raide ! Quand l’homme est mauvais, dur, méchant, il fallait permettre l’acte de répudiation pour que l’épouse n’ait pas à souffrir d’un mari devenu insupportable. Mais il ne l’a certainement pas imaginé pour que l’homme puisse changer de femme comme de tunique ! Pour Moïse, le mariage n’est pas juste un contrat entre deux personnes, contrat qu’on pourrait rompre à la moindre occasion. Jésus le précise à sa manière en renvoyant au projet initial de Dieu, que nous avons réentendu en première lecture. Au commencement de la création, rappelle Jésus, Dieu les fit homme et femme. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Nous sommes au-delà des sentiments qui peuvent s’évanouir, au-delà de l’attraction physique qui peut disparaître. Nous sommes là dans un acte d’alliance qui lie deux personnes de la même manière que l’Alliance lie Dieu et l’humanité. Jésus vient redire à ses adversaires que le mariage, c’est sérieux et qu’il n’est pas possible de s’y engager légèrement. 

            Que cela soit une leçon pour l’Eglise et pour nous tous. Puisque le mariage est un signe de l’Alliance que Dieu veut vivre avec chacun de nous, que personne ne s’y engage trop vite ; que l’Eglise ne bénisse pas trop vite. Depuis quelques années, nous demandons une préparation qui va bien au-delà du simple choix des chants et des lectures pour la célébration. Mais peut-être faudra-t-il faire un pas de plus, proposé déjà en son temps par le futur Benoît XVI. Il faisait le constat que beaucoup de jeunes qui demandent le mariage à l’église sont éloignés de la foi. Or, pour vivre ce sacrement, la foi est indispensable. Aussi proposait-il de marier moins vite et d’oser proposer un autre type de célébration qui reconnaisse la réalité d’un couple en construction, sans que cela soit le signe sacramentel dans sa totalité, avec toutes ses conséquences. Les personnes qui préparent au mariage font ce qui est possible pour faire réfléchir les futurs couples à leur engagement, mais ils ne peuvent pas savoir ce qui se passe dans le cœur et dans l’esprit de celles et ceux qu’ils accompagnent. Et quelquefois, des choses difficiles ne se révèlent qu’après le mariage. Il nous faut beaucoup de prudence et de discernement avant, beaucoup de miséricorde et de compréhension après. L’idéal que Jésus rappelle est toujours bon ; la question est : est-ce que tout le monde est capable de le vivre ? C’est une question qu’un sentiment trop fort et une envie trop pressante de se marier peuvent évacuer ou empêcher d’émerger. 

            Si l’Eglise ne doit pas bénir trop vite, elle doit aussi s’abstenir de condamner trop rapidement ce qui ne se sentent pas ou plus le courage de continuer. Si elle doit toujours favoriser la réconciliation quand elle est possible, elle ne doit pas enfermer dans des situations qui se révèlent dangereuses pour l’un des membres du couple. Le droit de l’Eglise prévoit la séparation des corps. La miséricorde doit toujours permettre de sauver une vie. Dieu veut le bonheur et la vie pour tous, même pour celles et ceux qui sont mariés. C’est ce que Jésus nous dit quand il nous renvoie au commencement. Au commencement, Dieu nous aime et il nous aimera toujours, malgré nos échecs, malgré nos chutes. Avec Dieu, tout est une question d’amour, toujours. Amen.

samedi 2 octobre 2021

27ème dimanche ordinaire B - 03 octobre 2021

 Quand rien ne va plus, en revenir au projet des origines, toujours.


(Tableau de Soeur Mary-Luke, S.S.A., Jésus bénissant les enfants, 1950, 
Centre historique des Soeurs de Sainte Anne, Montréal, Québec)


        J’ai bien conscience que nous vivons un dimanche particulier cette année, suivi d’une semaine difficile dont j’espère qu’elle ne se reproduira plus à l’avenir. Ce dimanche particulier, c’est le dimanche où nous allons prier pour toutes les victimes d’abus sexuels dans l’Eglise ; la semaine difficile, c’est la semaine où sera révélée par la CIASE, l’ampleur du désastre. Nul doute que nous serons secoué tant la mise en lumière sera crue. Mais c’est la responsabilité de l’Eglise dans sa totalité d’affronter cette vérité pour qu’elle puisse retrouver une crédibilité que d’aucun dise perdue. Il me semble alors heureux que la liturgie de ce vingt-septième dimanche nous fasse comprendre ce qu’il convient de faire quand ce que nous vivons ne correspond plus au projet initial de Dieu. 

            Je suis toujours surpris que, pour mettre à l’épreuve Jésus, le chantre de l’amour, les pharisiens osent l’interroger sur ce qu’il convient de faire quand l’amour ne fonctionne plus. Car pour quelle autre raison un mari pourrait-il bien vouloir renvoyer sa femme ? Il ne l’aime plus ou il en aime une autre davantage, et comme il ne peut avoir les deux, il se débarrasse de celle qu’il aime moins.  Par souci de parité, je rappelle à toutes fins utiles que, de nos jours, cela peut aussi fonctionner dans l’autre sens, à savoir la femme qui se débarrasse de son mari. Cela montre bien les progrès de la société. Enfin bref, ne nous égarons pas. Jésus renvoie ses adversaires du jour à la Loi de Moïse qui a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Mais il ne se contente pas de cela. Il rappelle qu’il y avait un projet de Dieu qui est tout autre que ce que Moïse a permis en raison de la dureté du cœur des hommes. Et ce projet était un projet d’amour éternel, d’amour qu’on ne peut pas rompre, à cause de l’engagement de Dieu dans toute cette histoire. 

            Nous l’avons entendu, dans l’extrait de la Genèse : Dieu donne à l’homme une femme, os de ses os, chair de sa chair, c’est-à-dire son égale, différente mais complémentaire. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. A cette citation directe du Livre de la Genèse, Jésus ajoute aussitôt : Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! Quelqu’un peut-il en effet se défaire de la moitié de lui ? Aussi dure que semble être la parole de Jésus, il nous faut l’entendre. Si le mariage n’était qu’un contrat entre des humains, nous pourrions satisfaire à la règle des humains qui reviennent sur leur parole quand ils n’en sont plus satisfaits. Mais puisque la moitié de ce Un que forment les époux est un don de Dieu, comment dire à Dieu : reprends ton don ? Comment dire à Dieu que sa parole d’alliance, il doit la reprendre ? Aucun homme n’a ce pouvoir. 

            Il nous faut alors entendre de la même manière la suite du texte qui concerne les enfants. Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux. Quiconque a un peu de culture biblique aura reconnu dans ce geste de « poser la main sur », le geste de bénédiction. Jésus ne s’y trompe pas, lui qui finit par bénir ces enfants. Ceci appelle une première remarque : sans doute, dans l’histoire, aura-t-on confondu « poser la main sur… » en vue de bénir, et « mettre la main sur… ». Ce n’est pas la même chose exprimée autrement. Mettre la main sur quelqu’un, c’est vouloir le posséder. Et cela, ce n’est pas possible. Personne ne peut posséder quelqu’un, pas même un enfant. L’enfant n’est pas à posséder, l’enfant est à protéger, en lui accordant la bénédiction de Dieu, c'est-à-dire une parole bonne au nom de Dieu, pour lui dire la tendresse de Dieu et sa bienveillance à son égard : d’où le fait que Jésus les embrasse. Certains voudraient sans doute, pour prévenir d’autres abus, qu’il n’y ait plus d’enfants à proximité de l’Eglise ou des membres de l’Eglise. Ce n’est pas le projet de Jésus, au commencement. Quand les disciples cherchent à repousser les enfants, Jésus se fâcha et leur dit : Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Si le royaume de Dieu est promis à tous ceux qui leur ressemblent, sans doute est-ce là une indication que les enfants n’y risquent rien, que c’est un lieu sûr pour eux. Et de fait, si tel est le royaume de Dieu, telle doit être l’Eglise dès ici-bas : un lieu sûr pour les enfants, un lieu où les enfants reçoivent une bénédiction et donc l’assurance d’être protégés et accueillis par Dieu. Que des prêtres, des sacristains, des organistes… aient pu abuser des enfants et détruire ainsi leur avenir doit nous être insupportables à tous. Et l’engagement à veiller à ce que cela n’arrive plus doit être notre combat commun. En cela, le rapport, qui sera remis mardi aux évêques qui l’ont commandé, est une étape essentielle dans la reconnaissance de la souffrance des victimes, de la juste réparation qui leur est due, et d’un engagement ferme de nous tous, de veiller davantage encore à la sureté de tous dans tous les lieux d’Eglise. Plus jamais ça ! 

            Le retour au projet initial de Dieu pour les hommes, les femmes et les enfants doit toujours être notre horizon et notre engagement permanent. Rien ne doit nous détourner de ce projet. Dans la réalisation de ce projet se trouve notre salut. Et seulement là, car Dieu ne bénit que le bien fait. Tout le reste est à condamner, fermement. Amen.

lundi 5 septembre 2016

Homélie de mariage - 03 septembre 2016

Je n'ai pas rédigé d'homélie pour ce 23ème dimanche du temps ordinaire pour cause d'événement familial. J'ai présidé le mariage de mon filleul. Voici l'homélie donnée à cette occasion. Les textes choisis par les fiancés étaient : 1 Co 12, 31 - 13, 8 / Psaume 127 / Jn 2, 1-11 




  


Gaëtan & Marie, en écoutant la première lecture que vous avez choisie pour cette célébration, nous pouvons légitimement être pris de vertiges, tant l’amour décrit par Paul est parfait, tellement loin de nos amours humains. Qui n’a pas envie d’éprouver un tel amour ? Qui n’a pas envie d’être aimé d’un tel amour ? 
 
Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce que vous a dit, jeudi, l’officier d’état civil qui vous a déclarés unis devant la loi de notre République ? Il vous a rappelé que les difficultés pourraient survenir dans votre vie. Vous n’êtes pas plus naïfs que moi ; c’est une évidence qu’il vous a ainsi rappelée. Des épreuves, vous en connaîtrez sans doute : tous les couples ici présents peuvent en témoigner. Mais il vous a dit aussi que votre amour vous permettrait de les vaincre. Il n’a pas tout-à-fait tort ; il a juste oublié, me semble-t-il, de rappeler que l’amour vainc tous les obstacles à la condition qu’il soit de la trempe de celui décrit par Paul. La langue française, d’ordinaire si riche en vocabulaire pour décrire avec nuance quantité de choses, se révèle soudainement bien pauvre pour exprimer l’amour. Ainsi, en français, on aime la glace à la vanille ou les burgers de la même manière qu’on aime quelqu’un ! C’est le même mot, sans aucune nuance. Or nous savons bien que ce n’est pas vraiment pareil, n’est-ce pas ? 
 
L’amour dont parle Paul, vous l’aurez deviné, ne concerne que cet amour qui nous lie à quelqu’un. Il est un amour qui ne souffre ni la nuance, ni la demi-mesure. Je soupçonne même Paul de penser que l’amour, s’il n’est pas comme il le décrit, n’est qu’un ersatz d’amour, ou pour reprendre une vieille publicité française : ce n’est qu’un amour canada dry. Ça en a l’odeur, ça en a la couleur, ça en a le goût ; mais ce n’est pas vraiment de l’amour. Pour Paul, l’amour est ce qui donne du goût à la vie, du prix à nos actes, de la force à notre héroïsme. S’il me manque l’amour, dit-il, je ne suis rien, cela ne sert à rien. Cet amour-là, nous dit aussi Paul, ne s’apprend pas, il se reçoit. N’oublions pas comment Paul commence sa longue et belle réflexion sur l’amour. Il disait : Frères, parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur. Eh bien, je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres. Cette voie, c’est l’amour, mais l’amour accueilli comme un don de Dieu. Lui, le premier, nous a aimés ainsi, parfaitement. Et c’est parce qu’il nous a aimés ainsi, qu’à notre tour, puisant à la source de l’amour, nous pouvons aimer de la même manière. 
 
Le signe de l’immense amour de Dieu pour nous est présent dans chacune de nos églises, à la bonne place, visible de tous. C’est le signe de la croix. Ce signe est commun à tous les chrétiens ; il les rassemble tous. Les chrétiens des différentes confessions se sont affrontés sur quantité de choses (l’organisation de l’Eglise, les ministères, les sacrements…), mais jamais sur le signe de la croix, jamais sur le signe de l’amour de Dieu pour nous. La croix est la folie de l’amour de Dieu pour les hommes. Par amour, il est allé jusque-là, jusqu’à mourir lui-même en Jésus pour nous faire vivre, pour nous faire comprendre à quel point son amour pour nous est sérieux, grand et fort. Son amour pour nous est plus grand, plus fort que la mort même. Il est l’ultime défi que les hommes ont à relever : aimer tels qu’ils sont aimés de Dieu. Et l’amour de Dieu pour nous, nous l’avons entendu, prend patience, rend service, ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, ne fait rien de malhonnête, ne cherche pas son intérêt, ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune, ne se réjouit pas de tout ce qui est mal, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout. Il ne passera jamais. Vous admettrez que seul celui qui a été jusqu’au bout de l’enfer et en est revenu, peut ainsi chanter l’amour et le qualifier à jamais. Lui seul peut dire qu’il aime vraiment ; lui seul sait tout ce que demande un amour absolu. Mais nous pouvons nous unir à lui pour vivre un amour semblable. Le Christ nous a aimés jusque-là, non pas pour nous divertir ou parce qu’il n’avait rien de mieux à faire ce fameux vendredi ; il nous a aimés jusque-là pour que, dans son amour, nous puisions la force du nôtre ! Il n’est pas impossible d’aimer ainsi dès lors que notre vie s’enracine en lui. 
 
L’évangile que j’ai proclamé nous montrait alors que Jésus n’a pas attendu d’être cloué en croix pour manifester cet amour au monde. Son premier signe, selon l’évangéliste Jean, fut posé à Cana, en Galilée, un jour de noces. La fête battait son plein et voilà que quelqu’un s’inquiète. Tout pouvait partir en vrille parce qu’ils n’avaient pas de vin, ou n’avait plus de vin. A part le maître du repas et ceux qui devaient faire le service, personne ne s’était encore rendu compte de rien ; mais Marie, la mère de Jésus, avait tout entendu. Aussitôt, bien que promptement remballé par son Fils, elle oriente les serviteurs vers Jésus. Elle ne sait pas ce qu’il va faire, ni comment il va le faire, mais elle sait qu’il fera quelque chose. Celui qu’elle a porté dans son sein, celui que Dieu lui a donné en héritage, ne peut pas laisser gâcher la fête. Dieu ne peut pas laisser s’achever la fête. La consigne de Marie est claire : Faites tout ce qu’il vous dira ! C’est la consigne qu’elle s’était appliquée à elle-même lorsque tout a commencé : Que tout se passe pour moi selon ta parole ! La suite, vous l’avez entendu : Jésus a donné le vin de la fête, pas seulement quelques amphores pleines, mais six cents litres de bon vin, du vin le meilleur. Quand Jésus est au cœur de la vie des hommes, quand les hommes sont à l’écoute de Jésus, la fête ne finit jamais. La foi en Jésus est trop importante pour être triste. L’œuvre de Jésus est trop importante pour les hommes pour qu’elle ne les conduise pas vers une fête éternelle à laquelle rien ne manquera. Il y avait, à Cana en Galilée, un homme et une femme qui s’aimaient, qui célébraient leur amour et qui avaient pensé à inviter Jésus, sans rien encore savoir de lui. Il y avait là aussi des serviteurs qui ont écouté Jésus, suivi sa parole, et la fête a pu continuer. 
 
Comme jadis à Cana en Galilée, il y a ici, aujourd’hui, un homme (Gaëtan) et une femme (Marie) qui s’aiment et qui sont venus célébrer leur amour. En venant dans cette église, c’est bien Jésus qu’ils ont pensé à inviter, même si c’est furtivement. Dans un instant, coulera le vin de la fête que Jésus nous offre en son sang, et nous romprons le pain, signe de son corps livré par amour. Tout sera là, comme jadis, pour que la joie de la fête soit complète. Mais avant cela, Gaëtan et Marie, vous nous aurez dit publiquement que c’est bien par amour que vous êtes là. Et je vous dirai, au nom de l’Eglise, que votre amour est un signe de cet amour de Dieu pour tous. En vous aimant l’un l’autre, vous nous rappelez à tous que nous sommes faits pour l’amour, nous sommes faits pour aimer et être aimés. Et à ceux qui ont pu échouer dans leur quête d’amour, sera redit qu’ils sont aimés infiniment par Dieu, peut-être même plus que les autres s’ils n’ont pas encore retrouvé le goût de l’amour. 
 
Gaëtan et Marie, à travers les textes que vous nous avez faits entendre, vous nous redites que Dieu n’est pas un embêtement de plus dans la vie, mais une chance de la réussir, une chance de lui donner toute sa force, toute sa grandeur, toute sa vitalité. Laissez à Dieu une place, même infime, dans votre vie, et vous goûterez longtemps au vin de la fête, vin de la joie, vin de l’amour sans cesse versé par Dieu sur le monde. A travers vous, à travers votre amour marqué du sceau de l’éternité, Dieu manifestera sa gloire, et nous pourrons encore croire en lui. Amen.

samedi 3 octobre 2015

27ème dimanche ordinaire B - 04 octobre 2015

De Jésus au synode sur la famille, même question, même réponse ?





Au moment où l’Eglise romaine ouvre la deuxième partie du synode sur la famille, ne sommes-nous pas, face à elle, comme les pharisiens face à Jésus dans l’Evangile, interrogeant sur la fin du mariage, et attendant une parole que nous n’accepterons que si elle correspond à notre propre pensée ? Ce synode est un pari risqué pour le pape François et pour l’Eglise en général ; saura-t-elle rester à l’écoute de son Seigneur et Maître et accepter d’être renvoyé aux origines, au projet initial de Dieu pour l’homme ? 
 
Ce projet initial de Dieu pour l’homme est un projet de bonheur, un projet de vie. Il s’exprime déjà dans la réflexion que Dieu fait lui-même : il n’est pas bon que l’homme soit seul ! Il y a déjà là l’énoncé de ce projet de Dieu pour l’humanité ; Dieu veut quelque chose de bon, quelque chose de meilleur pour l’homme que la solitude. Il aura donc une compagne, issue de lui, partageant sa dignité tout en étant autre. Le bonheur ne peut être ni dans la solitude non choisie, ni dans la similitude. Mais que faire quand il semble que cet autre ne correspond plus ? C’est la question des pharisiens ; c’est la question de quantité d’hommes et de femmes aujourd’hui, confrontés à l’échec de leur amour. Le projet initial de Dieu, qui était un projet de bonheur, quand les hommes échouent à le réaliser, faut-il accepter qu’il devienne un enfer ? S’il n’est pas bon que l’homme soit seul, il n’est pas davantage bon que l’homme souffre ou fasse souffrir ! 
 
Nous comprenons bien aujourd’hui la ressemblance des situations : que ce soit pour Jésus jadis ou que ce soit pour l’Eglise aujourd’hui, il y a là une mise à l’épreuve. Le pape François est plus que populaire ; son exigence d’une Eglise pauvre, ses remises en question de nombreuses manières de vivre, plaisent. Mais si ses réponses à toutes les questions concernant la famille ne sont pas dans l’air du temps, comment réagirons-nous ? Comment réagiront tous ceux qui le suivent aujourd’hui, chrétiens ou non ? 
 
Il est bon pour cela, de commencer ce synode, ce cheminement ensemble, en réentendant ce qui était le projet initial de Dieu pour l’homme, en réentendant que Dieu veut le meilleur pour l’homme. Il est important aussi d’entendre l’enseignement de Jésus donné aux pharisiens sur le mariage. Il ne se situe pas dans l’air du temps ; il ne répond pas aux envies de ceux qui font autorité. Il répond à ce que Dieu veut, a toujours voulu et voudra toujours. Mais reste quand même  la question de l’échec. Si l’Eglise ne peut pas revenir sur le projet initial de Dieu, elle ne peut pas davantage enfermer l’homme dans des situations impossibles, surtout à deux mois d’un jubilée de la miséricorde. Comment manifester cette miséricorde quand l’amour échoue ? Comment permettre à l’homme (ou la femme) blessé dans son amour, de vivre encore, de vivre malgré tout et de reconnaître encore que Dieu veut le meilleur pour lui ? 
 
Sans doute la miséricorde est-elle la clé de ces questions. Elle fait partie de ce meilleur que Dieu veut pour l’homme. Elle n’est ni faiblesse, ni renoncement aux exigences, ni enfermement dans des situations impossibles à vivre. Elle est au contraire ouverture et libération, dans la vérité. Le Dieu qui veut le meilleur pour l’homme est aussi le Dieu miséricordieux qui va à la recherche de l’homme. Puissions-nous accueillir les réponses du synode comme nous devrions accueillir ceux et celles qui échouent à vivre le meilleur que Dieu veut pour eux : avec miséricorde et humilité. Amen.

(Image extraite de la Revue L'image de notre paroisse, n° 202, octobre 2003)
 

samedi 20 septembre 2014

25ème dimanche ordinaire A - 21 septermbre 2014

Le maître peut-il disposer de ses biens comme il l'entend ?




Quiconque aura écouté le pape François, ou lu, ne serait-ce que quelques lignes de son exhortation apostolique La joie de l’Evangile (EG), aura compris que l’Eglise est nécessairement missionnaire ou elle n’est pas fidèle à sa mission : Tous ont le droit de recevoir l’Evangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer, sans exclure personne (EG 14). Si je reviens aujourd’hui à ce texte programmatique du pontificat du pape François, c’est parce que l’Evangile que je viens de proclamer va dans ce sens. Le maître du domaine qui sort chercher des ouvriers pour travailler dans sa vigne est bien la représentation de Dieu qui cherche des hommes et des femmes pour travailler à la mission pour que son peuple grandisse et donne le fruit qu’il en attend. 
 
Je pourrais alors m’attarder sur les différentes catégories d’ouvriers, qui ont tous travaillé dans la vigne du maître, certains, juste un peu moins longtemps que d’autres. Je pourrais souligner combien la réaction des premiers embauchés semblent humaine. N’aurions-nous pas fait de même si nous avions été à leur place ? Notre sens de la justice ne s’en trouverait-il pas bousculé, voire choqué, en constatant que les derniers arrivés reçoivent autant que les premiers, qui ont travaillé sous le poids de la chaleur ? Pourtant, au-delà de ces considérations sociales, il y a une parole qui me semble plus digne d’intérêt, en ces temps qui sont les nôtres. Cette parole, c’est la réponse du maître justement à l’interpellation des ouvriers de la première heure : N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? 
 
Quel est ce bien dont parle le Maître ? Si nous lisons cette parabole comme une allégorie de l’Eglise, chargée de gérer les biens du Maître en attendant son retour, ces biens peuvent être les sacrements qui la font vivre et grandir. Comment gérons-nous ces biens qui ne nous appartiennent pas, mais dont nous avons le dépôt ? Le pape François dresse, dans son exhortation, un constat dramatique : L’Eglise est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est « la porte », le baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Eglise n’est pas  une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile (EG 47). Ce long passage nous invite tous à nous interroger, et pas seulement les prêtres ! Lorsque j’étais curé de paroisse, combien de fois ai-je entendu des chrétiens respectables critiquer le baptême de tel enfant ou la communion de tel autre alors qu’on ne voyait jamais sa famille. Et combien de fois m’a-t-on reproché de célébrer avec la même ferveur que pour des familles pratiquantes, les baptêmes, mariages ou funérailles de familles loin de l’Eglise ! Ce sont bien là des récriminations du même genre que celles formulées par les ouvriers de la première heure. Quand nous sommes du bon côté de la barrière, nous voudrions tous qu’une différence soit faite entre nous et les autres, ceux du dehors, ceux qui ne sont pas aussi sérieux, aussi pieux, aussi engagés que nous. Enfin quoi, l’Eglise ne va pas commencer à mélanger les torchons et les serviettes quand même ! 
 
Si vous avez suivi l’actualité religieuse ces derniers jours, peut-être avez-vous entendu que différents cardinaux, proches collaborateurs du pape, ont sorti en librairie nombre de livres pour défendre la doctrine du mariage catholique, et ce à quelques semaines de l’ouverture d’un synode sur la famille. Alors que le cardinal Casper invitait ses frères à réfléchir à la doctrine à frais nouveaux, en tenant compte aussi de la réalité vécue par de nombreux croyants, voilà qu’une poignée d’entre eux jouent aux ouvriers de la première heure, et veulent confisquer les biens que le Maître a confié à tous. Je ne dis pas que la doctrine du mariage catholique est mauvaise, mais que certains interdissent même la possibilité d’en discuter à la vue de la situation actuelle, voilà qui me semble dangereux. Ne vaut-il pas mieux revenir vers le Maître du domaine et l’interroger sur le bien qu’il nous a confié et sur la manière d’en disposer ? N’est-il plus vrai que l’Esprit Saint s’exprime aussi quand le pape réunit ses collaborateurs pour discuter de sujets graves ? Une doctrine tenue fermement, envers et contre tous, aurait-elle plus de poids que le souffle de l’Esprit animant une réunion d’Eglise au plus haut niveau ?
 
Le travail dans la vigne du Seigneur ne manque pas. Il faut le faire avec intelligence et discernement. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais d’oser une vraie pastorale missionnaire qui redonne le goût de l’Evangile, le goût du Christ à celles et à ceux qui l’ont perdu. Pour citer encore le pape François, la pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi » (EG 33). Avec le pape François, je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités (EG 49). Nous ne gagnons rien à refuser la discussion, la rencontre avec l’autre, si ce n’est le risque de la disparition. Va-t’en, s’entend dire le serviteur qui récriminait contre le maître qui a voulu donner autant aux derniers qu’aux premiers.
 
Le Dieu que révèle Jésus dans la parabole est un Dieu bon, un Dieu qui récompense chacun de la même manière. Dieu n’a qu’une seule chose à offrir à tous : le salut. Il n’y a pas de petites doses ni de grandes doses du salut. Il n’y a que le salut, le même pour toutes et pour tous. Il nous est obtenu par le Christ, qui a livré sa vie pour les Juifs et les païens, les esclaves et les hommes libres, les hommes et les femmes. Si nous sommes croyants de longues dates, fidèles aux enseignements de l’Eglise, ne récriminons pas contre Dieu qui veut donner à tous le salut, même à ceux qui sont moins fidèles, moins croyants, moins engagés ; réjouissons-nous plutôt de ce que la joie de l’Evangile gagne les cœurs et permette à tous de se mettre en route, malgré leur vie difficile. Amen.

 

vendredi 5 octobre 2012

27ème dimanche ordinaire B - 07 octobre 2012

Parlez-nous d'amour, seulement d'amour !


Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! Pour certains de nos contemporains, cette affirmation est un bon résumé de ce que les Eglises doivent dire. Parler d’amour, témoigner de l’amour. Qu’importe qu’il s’agisse de l’amour de Dieu ou des hommes. Parler d’amour devient un moyen d’éviter tout le reste ; le quotidien, les grandes questions de la vie, la morale. Parler d’amour semble être devenu le meilleur moyen d’éviter les conflits et les sujets délicats, en vertu d’un axiome qui voudrait que « Qui parle d’amour ne fait pas de tort aux autres ».

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est déjà ce qui était demandé à Jésus. Tant que Jésus proclame qu’il faut « aimer Dieu et son prochain », personne ne trouve rien à redire. Mais dès qu’il s’aventure sur d’autres chemins, les hommes ne sont plus prêts à le suivre. Et pourtant, chaque parole de Jésus est marquée du sceau de l’amour. Chaque mot prononcé par lui est une invitation à aimer mieux, à aimer plus grand. Alors comment se fait-il que certaines de ses paroles ont du mal à être entendues ?

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est bien ce que Jésus fait aujourd’hui, lorsqu’il aborde la délicate question du divorce. Puisqu’il parle si bien de l’amour, voilà que des gens, pour mettre Jésus dans l’embarras, l’interrogent sur les limites de l’amour, sur la fin de l’amour. « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ? » La question est claire : ai-je le droit de dire à ma femme : va-t-en ; je vais me trouver (ou je me suis trouvé) une nouvelle compagne. Comment le prophète de l’amour va-t-il s’en sortir ? S’il répond par l’affirmative, ne remet-il pas en cause son enseignement ? L’amour ne serait-il pas éternel ? S’il répond par la négative, ne va-t-il pas bloquer des hommes et des femmes dans des situations de conflits, souvent difficile à résoudre ? Le piège est en place. La réponse de Jésus est attendue.

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est au nom de l’amour que Jésus va répondre par deux affirmations. D’abord, il renvoie les hommes à leur cœur. Si vous n’aviez pas le cœur endurci, si vous ne souffriez pas de « sclérose du cœur », jamais Moïse n’aurait permis d’établir un acte de répudiation. Cœur endurci, cœur fermé à l’amour véritable : voilà l’obstacle majeur à l’amour éternel, l’amour sans limite de temps. Et nous voici renvoyés à nos manières d’aimer et d’envisager l’amour humain. Est-ce simplement la réponse à une pulsion humaine ? Est-ce quelque chose qui vient de moi ou qui m’est donné par un autre ?

La deuxième affirmation de Jésus répond à ces questions : « Au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Donc, que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». En reprenant ainsi les mots de la Genèse, Jésus affirme clairement l’union profonde qui unit un homme et une femme. Cette union est telle qu’ils ne font plus qu’un. Deux corps, mais une seule âme, un seul cœur. Inséparable ! Cette indissolubilité ne vient pas des hommes ; elle vient du fait que lorsqu’un homme et une femme s’unissent, ils entrent dans le projet d’amour de Dieu ; ils répondent à l’appel de Dieu. C’est Dieu qui les unit l’un à l’autre ; c’est Dieu qui les unit à son amour. L’indissolubilité vient de là : de la présence de Dieu à cet amour unique qui unit un homme et une femme. Dieu ne revient jamais sur l’amour qu’il a donné. En offrant son amour et sa fidélité à ceux qui unissent leur vie dans le mariage, Dieu se donne totalement, définitivement. Il scelle une alliance d’amour que rien ne peut rompre, parce que Dieu ne peut revenir sur sa Parole donnée. Nous voici renvoyés à notre être profond. Plus que des hommes de chair et de sang, nous sommes des êtres spirituels, appelés à vivre la sainteté de Dieu à travers nos engagements humains. Ceux qui choisissent de s’unir devant Dieu deviennent des témoins de l’amour éternel et tout-puissant de Dieu. S’ils s’appuient sur ce don offert, s’ils accordent à Dieu la place qui est la sienne au cœur de leur vie, ils découvriront véritablement l’amour qui ne finit pas, l’amour qui ne se flétrit pas.

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! En refusant d’entrer dans le jeu du permis / défendu que proposent les pharisiens, Jésus nous place d’emblée devant nos responsabilités face à l’amour. Il ne suffit pas de s’aimer pour bâtir une vie à deux. Il ne suffit pas de répondre à l’appel du corps pour qu’une union soit stable. Il faut d’abord et avant tout entrer dans le projet créateur de Dieu, le projet de tous les commencements. Un commencement que Dieu a fait pour l’homme et la femme ; un commencement qui nous dit la présence permanente de Dieu à l’amour des hommes. Lorsque notre amour humain est frappé de limite, lorsque notre amour humain est réduit par un cœur endurci, il nous faut nous souvenir de celui qui est la source de l’amour. En nous invitant à regarder le commencement, Jésus ne nous invite pas à la résignation devant un amour devenu impossible. Il nous invite d’abord à mieux réfléchir avant de nous lancer dans un commencement qui doit être créateur d’amour. L’amour ne s’invente pas, l’amour ne se crée pas : l’amour se reçoit. Sommes-nous prêts à recevoir de Dieu l’amour qu’il veut nous confier ?

(Image extraite de la revue Images pour notre paroisse, n° 202)

dimanche 25 avril 2010

Veillée de prière - 16 avril 2010

Homélie donnée en l'église saint-Germain-d'Auxerre de Persan (95) à l'occasion de la veillée de prière prénuptiale de David & Marjorie. Méditation sur l'évangile de Saint Matthieu 19, 3-6.



Quand Jésus parle du mariage, il nous fait revenir aux origines !



J'ai toujours trouvé curieuse la présence de ce texte dans le lectionnaire du mariage à cause de la question préalable : est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ? Drôle de question : l'homme aurait-il plus de raison de renvoyer sa femme que la femme de renvoyer son homme ? A moins que celle-ci n'ait pas besoin de raison ! En tous les cas, ce n'est pas une question à poser le jour du mariage, et c'est pourquoi je vais y répondre ce soir. Rassurez-vous : je ne vais pas énumérer toutes les bonnes raisons, si d'aventure il y en avait, que David pourrait trouver pour renvoyer Marjorie ; et je n'en ferai pas davantage pour Marjorie. Mais puisque la question est posée, il faut bien y répondre. Et je le ferai en précisant l'argumentaire du Christ lui-même.


Première constatation : Jésus supprime ou ignore le n'importe quel motif. Il se refuse lui-aussi à établir une liste de motifs plus ou moins valables pour se débarrasser de l'autre devenu gênant ou encombrant. Sa réponse nous entraîne à voir plus loin, plus profond. Sa réponse nous entraîne au commencement, c'est-à-dire au projet initial de Dieu pour l'humanité. Et ce projet est un projet d'amour, toujours.

C'est ma seconde constatation : il n'est plus possible de répondre par un n'importe quoi puisque Jésus fixe lui-même l'horizon de la réponse. Nous ne ferons donc pas, et nous ne pouvons plus faire l'économie d'un retour aux origines. Je vous ferai grâce de la lecture du livre de la Genèse et me contenterai de ce que Jésus en cite.

Au commencement, le Créateur les fit homme et femme.
D'un même mouvement semble nous dire le chapitre premier de la Genèse d'où Jésus tire sa citation. Il les créa homme et femme, unis mais différents, particuliers mais semblables, d'une même dignité parce que voulu par le même et unique amour de Dieu. Il n'est donc pas possible d'établir une hiérarchie entre les deux, l'un devenant le dominant de l'autre. Ils sont voulus du même amour, ils devront s'aimer du même amour.

Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme !
Je rassure tout de suite David : la femme en fait autant ! Tu n'ouvres pas un harem. L'amour de celui ou celle que Dieu destine à quelqu'un suppose une rupture d'avec le milieu d'origine. Il n'est pas question de fâcherie ; il est question de sortir de son monde pour construire avec l'autre un nouveau monde où cet amour particulier pourra se développer. L'amour qu'un homme porte à une femme, à sa femme (et vice versa), a besoin d'espace pour s'épanouir, pour permettre à ce lien nouveau de trouver sa stabilité.
Et tous deux ne feront plus qu'un !C'est cela, construire un nouveau monde, votre nouveau monde. Il ne s'agit pas de fusion, l'un se confondant ou se noyant dans l'autre. Il s'agit de trouver la bonne distance qui fait que vous êtes toujours vous, uniques et différents, mais n'existant pas vraiment ou pas totalement sans l'autre. Une trinité en plus modeste quoi, deux personnes (Marjorie & David) mais une nature : votre couple ! Le tout maintenu par l'amour, comme dans la Trinité, l'Esprit Saint étant le baiser d'amour que s'échangent le Père et le Fils.
Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !Ceux qui posaient la question du début à Jésus, semblaient avoir oublié Dieu ! Puisque c'est lui, l'Immuable, celui qui ne change pas, celui qui est toujours fidèle à son Alliance malgré le péché de l'homme, si c'est bien lui, Dieu, qui a voulu les choses ainsi, il n'est pas possible de trouver n'importe quel motif, ni même un motif particulier pour que l'homme renvoie sa femme ! Dieu les a unis dans son amour ; cet amour est de toujours et pour toujours ! Dieu les maintiendra dans son amour. Dieu vous maintiendra dans son amour. Oser poser la question des pharisiens, c'est, me semble-t-il, mettre Dieu et son amour à l'épreuve. C'est refuser de croire que l'amour de Dieu est plus fort que tout ; c'est refuser de croire que l'amour de Dieu est donné pour toujours. Il n'y a pas besoin de chercher plus loin la reconnaissance du mariage comme sacrement par l'Eglise catholique ; tout est là. Jean-Paul II, me semble-t-il, est allé encore plus loin en retraduisant ce verset ainsi : Ce que Dieu a uni, l'homme ne peut pas le séparer ! Il y a là une impossibilité liée à la différence entre Créateur et créature. Nous ne sommes pas Dieu, que voulez-vous ! Même si nous sommes appelés à lui ressembler. Alors soyez saints comme Dieu est saint, et votre amour sera sans limite, et votre amour sera véritablement de toujours et pour toujours.

Et puisque Jésus lui-même nous ramène aux origines, n'oubliez jamais, à l'avenir, de sans cesse revenir à l'origine de votre amour. Je ne veux pas jouer au naïf : des moments plus difficiles vous en connaîtrez comme chacun. Mais vous avez désormais une origine commune, un projet originel et original, qui doit vous permettre de rebondir sans cesse et recommencer, comme Dieu lui-même, dans ses alliances successives, est toujours revenu à son premier et unique projet : construire avec l'humanité un monde où l'amour serait premier ; construire avec l'humanité un monde où Dieu et l'humanité ne feraient plus qu'un ; construire avec l'humanité un monde d'où le mal serait absent. Avec Dieu comme source et témoin de votre amour, pourquoi n'y réussiriez-vous pas ? C'est en tout les cas le voeu que je forme pour vous. Amen.

(En illustration, le jeune couple. Merci à Marjorie & David pour l'autorisation de publication)