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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 15 mars 2025

2ème dimanche de Carême C - 16 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, le Christ qui se révèle à nous.



(Luca GIORDANO, La Transfiguration, 1685, Gallerie degli Uffizi, Florence, Italie)




Un autre grand classique du Carême, quelle que soit l’année liturgique : l’évangile de la Transfiguration de Jésus. Celui qui avec nous et pour nous combat le mal, se révèle à nous dans toute sa gloire. La version que donne Luc de cet épisode comporte quatre différences par rapport à la relation de l’événement par Matthieu et Marc. 

La première originalité de Luc, c’est le contexte : Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Cette précision de la prière ne se trouve qu’en Luc. Là où l’on pourrait penser en Matthieu et Marc que Jésus emmène trois de ces disciples pour en faire les témoins de cette transfiguration, Luc nous dit que le but premier, c’était d’aller prier sur la montagne. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre… La révélation de Jésus, tel qu’il est dans toute sa gloire, se fait dans la prière. C’est donc possible pour nous aussi, de contempler la gloire du Christ lorsque nous prions. Mieux, c’est quand nous prions que nous approchons du Christ dans toute sa gloire. Ce lieu de contact qu’est la prière, nous permet de mieux comprendre qui est Jésus en réalité. 

La deuxième particularité de Luc, c’est de nous dire de quoi Jésus parlait avec Moïse et Elie. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Est-ce là, dans cette rencontre sur la montagne de la Transfiguration, que Jésus puisera les explications qu’il donnera aux disciples d’Emmaüs, au soir de Pâques quand, sur la route, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ? Rien ne le dit, rien ne le contredit ! Et j’aime à croire que là, dans cette révélation de sa gloire, auprès de Moïse et d’Elie, Jésus puise aussi le courage qui lui sera nécessaire pour affronter cette dernière étape de sa vie terrestre : les événements de Jérusalem qui conduiront à sa mise en croix et à sa mort. Cela me rend Jésus moins romantique et plus humain : tout Fils de Dieu qu’il est, il a besoin d’être fortifié, renforcé par ces figures de la foi que sont Moïse et Elie, pour affronter l’ultime combat, celui pour lequel il est venu dans le monde. Cet échange singulier entre Jésus, Moïse et Elie, nous fait comprendre aussi que nous ne pouvons pas rejeter ce que nous appelons l’Ancien Testament au prétexte que Jésus est venu et qu’un Nouveau Testament a été écrit. Jésus se révèle aussi à nous dans la lecture et la méditation de ces textes plus anciens qui portent en germe sa présence au milieu des hommes.

La troisième particularité de Luc, c’est que ce sont les disciples qui font le choix de garder le silence sur ce qu’ils ont vu et entendu et en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu. Ils nous montrent ainsi qu’ils ont saisi par eux-mêmes qu’il faudra attendre le bon moment pour parler de cette expérience unique aux autres ; aujourd’hui n’est pas ce moment. Ils ont aussi mesuré la confiance que Jésus leur a fait quand il les a emmenés pour ce temps si particulier. Ils nous apprennent à nous tous qu’il n’est pas toujours bon d’exposer à la vue et au su de tous, les expériences spirituelles que nous pouvons faire. Jésus se révèle quelquefois à nous dans des moments particuliers de notre histoire, et ces moments n’appartiennent qu’à nous. Si Jésus n’a emmené que Pierre, Jean et Jacques, c’est peut-être qu’il a estimé que ceux-là étaient en mesure de comprendre et de garder pour eux ce qu’ils ont vécu avec lui. 

Peut-être que c’est en cela que réside alors la dernière différence de Luc. Lorsque vous lisez la version de Matthieu et de Marc, vous comprenez que lorsqu’il ne reste plus que Jésus seul, avec eux, ils redescendent immédiatement rejoindre les autres. C’est dans cette descente que Jésus leur Jésus leur impose le silence. Chez Luc, il vous faudra ouvrir votre bible (parce que ce n’est pas dit dans le texte entendu aujourd’hui) pour découvrir qu’ils ne redescendent de la montagne que le lendemain. Ils ont eu non seulement une expérience spirituelle unique, mais ils ont eu toute la nuit pour en parler avec Jésus. Vous imaginez cela ? Toute une nuit pour discuter de ce qu’ils viennent de vivre ? Peut-être Pierre avait-il finalement dressé des tentes comme il le suggérait au moment où Moïse et Elie s’éloignaient de Jésus. Je vois là un rappel qu’il nous faut profiter de ces moments où Jésus se révèle à nous, et ne pas trop vite passer à autre chose. Ceux qui ont déjà vécu une semaine de retraite ou d’adoration au Mont Sainte Odile, savent de quoi je veux parler. Il y a, dans les dernières heures de ces moments, une douce euphorie, un grand contentement de ce qui a été vécu et le désir que cela se poursuive. Il nous faut toujours redescendre dans la vie ordinaire, mais doucement, sans précipitation. 

Au cœur de toute vie chrétienne, il y a le Christ qui se révèle à nous et qui nous appelle à prendre du temps avec lui, à l’écart, sur la montagne, dans la prière. Ce temps de carême est un temps privilégié pour faire une retraite au cœur même de notre vie quotidienne pour approfondir notre relation avec lui, pour fréquenter davantage les Ecritures et comme le dit la voix qui se fait entendre, pour l’écouter. Puissions-nous nous préparer à la rencontre avec le Ressuscité en relisant nos Ecritures Saintes et en comprenant mieux celui qu’elles nous révèlent : le Fils que [Dieu s’est] choisi. Amen.


samedi 1 août 2020

18ème dimanche ordinaire A - 02 août 2020

D'une apparente contradiction à un accomplissement lumineux.






            Je ne sais pas si vous y avez été sensibles comme moi, mais il y a comme une contradiction entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche. Une contradiction due à la différence d’attitude entre Dieu et Jésus. Quelque chose semble opposer les deux textes ; quelque chose semble opposer Dieu qui parle dans la première lecture, et Jésus qui parle dans l’évangile. Je m’explique. 

            L’extrait du prophète Isaïe que nous avons entendu provient du chapitre 55, entièrement adressé au peuple de fidèles appelé à repeupler Jérusalem, dont le chapitre 54 annonçait la restauration. Nous avons entendu les trois premiers versets de ce chapitre. Ils sont marqués par l’invitation renouvelée plusieurs fois à profiter des largesses de Dieu : Venez, voici de l’eau… venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Je passe sur la contradiction qui ferait frémir plus d’un commerçant : venez acheter… sans rien payer ! Ce n’est plus vraiment un achat, n’est-ce pas ! N’allez pas, demain matin, vous précipiter chez votre épicier pour acheter sans payer, sous prétexte que Dieu l’a dit par son prophète Isaïe. Ce que Dieu a à vendre et qui n’a pas de prix, ce n’est pas quelque chose qui se trouve chez votre épicier. Ce dont parle Dieu, c’est du vin de son amour, du lait de sa Parole. C’est à cela que Dieu invite les fidèles qui vont repeupler la ville de Dieu, Jérusalem. La suite du texte le prouve : Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses… Prêtez l’oreille, venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez. Ecouter, prêter l’oreille, Ecouter : ces verbes ne laissent aucun doute sur ce que Dieu nous vend : il nous vend sa Parole comme source d’une alliance éternelle, une alliance pour la vie, une alliance pour le bonheur. Cette alliance est pour le peuple de ses fidèles. Nous ne trouverons rien d’autre dans le commerce avec Dieu qu’un amour et une Parole ; mais quelle Parole ! Nous pouvons relire toute la Bible, nous constaterons la puissance de cet amour, les bienfaits et l’efficacité de cette Parole. Cet amour et cette Parole n’ont pas de prix ; c’est pourquoi il n’est nul besoin d’argent pour les acquérir. Dieu donne sa Parole au peuple fidèle qu’il rassemble ; Dieu offre son amour au peuple fidèle qu’il appelle. Nous pouvons dire que, dans ce passage d’Isaïe, Dieu régale son peuple !  

           Et c’est là que peut apparaître une contradiction avec l’évangile de ce dimanche. Devant le constat fait par les Apôtres (la foule est trop nombreuse, il faut la renvoyer dans les villages alentours pour que ceux qui la composent puissent avoir à manger), devant ce constat donc, Jésus refuse et invite ses Apôtres à donner eux-mêmes à manger à la foule. Là, devant l’urgence, Dieu ne régale plus ! Imaginez la tête des Douze : ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Autant dire que cela ne suffira peut-être même pas pour eux et Jésus. Alors que du temps du prophète, Dieu disait : Venez, voilà que Jésus dit : débrouillez-vous ! C’est du moins ce que nous pouvons comprendre à travers ce : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants ! Vous doublez au moins le nombre de bouches à nourrir. Je laisse les bonnes cuisinières et les bons cuisiniers de l’assemblée me dire comment ils font avec cinq pains et deux poissons. A moins que nous n’ayons mal compris Jésus et mal compris le texte. 

            Il y a une différence de situation entre l’époque d’Isaïe et l’époque de Jésus. A l’époque d’Isaïe, il fallait repeupler Jérusalem avec le peuple resté fidèle malgré l’exil à Babylone. En invitant son peuple à rentrer dans la ville de David, Dieu invite son peuple à une fidélité renouvelée à l’Alliance éternelle qui avait été oubliée quelques années avant. Quand Jésus paraît, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle alliance qui commence, une alliance qui s’adresse à tous les hommes et dont les Apôtres (ceux qui sont fidèles) ont à témoigner. C’est bien à eux qu’il reviendra d’aimer et d’inviter les peuples à la table du Seigneur. C’est bien à nous, fidèles baptisés, qu’il revient d’inviter la foule qui a faim et soif ; c’est bien à nous, baptisés, de partager avec eux le vin de l’amour de Jésus et le lait de sa Parole. Nous les avons reçus gratuitement, comme jadis le peuple dont parle Isaïe. L’amour du Christ et l’enseignement divin ne nous ont pas été donnés pour que nous les conservions, mais pour que nous les partagions, dans l’esprit de Jésus. Ces paroles bibliques peuvent nous sembler n’être que peu de choses (cinq pains et deux poissons), mais c’est tout ce que nous avons, avec en plus la grâce de la présence de Jésus et de son lien si particulier à celui que nous appelons Dieu et qu’il appelle son Père. Jésus est la Parole de Dieu à l’œuvre ; en Jésus, est tout l’amour de Dieu pour les hommes à qui il a donné vie. Le peu que nous avons, multiplié par la puissance de vie et d’amour de Jésus, suffira toujours à nourrir les foules affamées de vérité, d’amour, de justice, de liberté. Ce pain-là ne fera jamais défaut tant que nous accueillerons dans notre vie les grâces que Dieu nous accorde. 

           A nous il dit, comme au temps du prophète Isaïe : Venez acheter et consommer, sans argent et sans rien payer. Ayant bénéficiés des largesses de Dieu, nous sommes invités alors par Jésus, à donner nous-mêmes à manger à ceux qui viennent vers lui sans trop savoir qui il est. Il sera toujours avec nous pour que nos pauvres paroles reflètent la richesse de sa Parole vivante et éternelle, pour que notre pauvre amour reflète l’immense amour de Dieu. Il sera toujours avec nous pour multiplier à l’infini ce que nous voudrons bien partager de son enseignement et de son amour. Il n’y a pas de contradiction entre Isaïe et l’évangile ; il y a continuité, accomplissement à travers nous, dans la puissance du Ressuscité. Ayons confiance en nous ; ayons confiance en la présence éternelle et véritable de Jésus à nos côtés ; et les foules qui viennent vers Jésus pourront encore longtemps être rassasiées. Il ne faut pas plus qu’un peu d’amour et une parole fraternelle pour que les hommes soient rassasiés, du moment que nous présentions cet amour et cette parole à Jésus et que Jésus les offre à son Père. Tout devient possible : osons cet amour, osons cette parole. Amen.

 

 (Tableau de Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham)


samedi 11 juillet 2020

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2020

Une parabole pour nous encourager.





            Nous aurions tort de faire de cette parabole une leçon de morale. Nous aurions tort d’utiliser cette parabole pour essayer de classer les gens en différents groupes, selon qu’ils écoutent un peu, beaucoup ou pas du tout la Parole de Dieu. Cette parabole, comme toute la Parole de Dieu au demeurant, ne veut pas dispenser un cours, mais une invitation ; une invitation à vivre mieux notre propre rapport à Dieu. 

            Si l'on retire d'emblée le bord du chemin qui ne produit rien, il reste trois types de terres qui ne sont pas trois catégories de personnes. Ces trois types de terre (sol pierreux, plein de ronces et bonne terre), c’est chacun de nous, selon les jours, selon les moments vécus. Il y a des jours où la détresse l’emporte, nous rendant sourds à la Parole que Dieu nous adresse. L’épreuve que nous traversons est tellement grande que même Dieu nous a abandonnés, nous semble-t-il ! C’est la situation que nous pouvons connaître aujourd’hui encore, lorsque nous avons mal vécu la crise sanitaire dont nous ne sommes pas encore débarrassés. Les invitations à l’espérance n’ont aucune prise sur nous, nous nous enfermons, nous nous replions et les allègements de mesures, au lieu de nous réjouir, ne font que renforcer notre détresse, notre peur. Quand bien même nous relirions tous les prophètes qui invitent à l’espérance au plus fort de la détresse, rien ne changerait. La Parole ne serait plus que des mots, vides et sans saveur. Je prends l’exemple de la crise Covid parce qu’elle nous a tous touchés ; mais n’importe quelle crise personnelle spirituelle peut avoir le même effet. La Parole de Dieu, si belle et puissante soit-elle, ne nous touche plus ; elle n’atteint plus notre cœur. Nous sommes dévorés par l’angoisse. 

            De même, nous connaissons tous des jours où tout va bien. Pas de crise à l’horizon, pas même un petit nuage. La Parole de Dieu peut retentir en nous, nous aimons la fréquenter. Mais il y a cette petite musique qui interfère avec elle. Un petit souci, souvent pas grand-chose, mais qui nous tient en alerte. La Parole de Dieu devient secondaire ; il y a tant de choses plus importantes qu’elle, nous semble-t-il. Ainsi, pendant le confinement, quand il n’y avait rien d’autre à faire, nous avons été nombreux à avoir une attention renouvelée pour la Parole de Dieu. Il n’y avait que cela à faire. Mais maintenant que la vie reprend son cours, la Bible est rangée, elle reprend la poussière. Ce n’est pas que nous ne l’aimons plus, mais nous avons d’autres priorités. La relance économique ne souffre pas de délais ; c’est notre objectif numéro 1. Dommage pour la Parole qui pourrait donner sens à tout cela. Nous le reprendrons à la prochaine crise ; on ne sait jamais… 

            Enfin, nous connaissons tous des périodes où la Parole est le tout de notre vie ; elle oriente nos choix, guide nos décisions, donne sens à notre action. Nous sommes heureux dans ces moments-là. La Parole entendue, méditée et mise en œuvre porte du fruit, à raison de cent ou soixante, ou trente pour un. Qu’importe le rapport ; ce qui compte, c’est ce qu’elle produit en nous, car elle ne produit toujours que du bien, du mieux. Même les épreuves que nous pouvons traverser ne nous font pas lâcher la Parole. C’est ainsi que devrait être notre vie, chaque jour. C’est ainsi qu’elle peut être chaque jour. Cela ne tient qu’à nous. Car enfin, ce n’est jamais la Parole qui nous quitte, mais bien nous qui la rangeons soigneusement. Cette parabole de Jésus est là pour nous rappeler que le grain de la Parole est toujours semé ; elle nous encourage à rendre la Parole première. Elle est efficace, elle agit, elle ne revient pas [à Dieu] sans avoir fait ce qui [Lui] plaît, sans avoir accompli sa mission. L’assurance du prophète doit devenir nôtre, pour que nous restions bonne terre même lors des plus grandes tribulations. 

            Que ce temps de vacances, ce temps de changement de rythme, soit un temps favorable, non seulement pour reprendre la Parole, mais pour nous attacher à elle plus fortement encore. Et lorsque viendront épreuves et découragements, demandons la grâce de tenir bon pour que la Parole puisse encore produire en nous de bons fruits. Amen.

 

 (Hortus deliciarum, Le semeur est sorti pour semer)

vendredi 6 mai 2011

03ème dimanche de Pâques A - 08 mai 2011

L'Eglise, témoin du Ressuscité.




Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. A écouter Pierre parler ainsi dans les Actes des Apôtres, nous pouvons avoir l’impression que tout est facile ; qu’il suffit de dire les choses de Dieu pour que d’autres les entendent et se convertissent. Mais nous savons bien que tout n’est pas aussi simple. Et je repense à cet homme, croisé la semaine passée sur O’Connel Street à Dublin ; perché sur son tabouret, il haranguait la foule qui passait, en témoignant de ce que le Christ a réalisé dans sa vie. Peu se sont arrêtés, mais il ne se décourageait pas. Je pense aussi à toutes ces catéchistes qui quelquefois désespèrent devant le peu d’enthousiasme des enfants et de leurs parents. Témoigner du Christ n’est pas toujours aisé, mais cela nous est nécessaire. L’Eglise ne pourra jamais se passer d’annoncer le message du Ressuscité, d’annoncer que le Christ est vivant, pour toujours. Alors comment devenir d’authentiques témoins de Jésus ressuscité ?

A ceux qui s’interrogent, l’Evangile des disciples d’Emmaüs vient apporter des indices et les rassurer : ce n’est pas aussi compliqué que nous pourrions le croire. Il nous montre deux disciples du Christ qui, après sa mort, s’en retournent chez eux, tristes et abattus. Ils n’ont rien de témoins enthousiastes, alors que la scène se passe trois jours après la mort de Jésus, c'est-à-dire au jour de Pâques, au jour de la résurrection. Ils s’en vont donc chez eux, complètement démoralisés, quand ils sont approchés par quelqu’un ; nous savons que c’est Jésus, mais eux, aveuglés par leur tristesse, ne le reconnaissent pas. Pour eux, Jésus est mort, l’histoire s’arrête là et leurs rêves se sont envolés. Quand Jésus engage la conversation et les interroge sur le sujet qui les préoccupe, ils sont d’abord étonnés : comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Tout Jérusalem ne parle que de cela et il n’en sait rien ? Ils vont donc lui expliquer : qui était Jésus, ce qui lui est arrivé, ce qu’ils attendaient de lui (nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël !). Ils arrivent même à exprimer l’expérience faite ce matin même par quelques femmes… qui disaient qu’il est vivant ! Mais bon, ils ont un peu vite classé l’info dans le rayon « bavardage de femmes », d’autant plus que des hommes du groupe sont allés vérifier, mais ils n’ont pas eu d’apparition, eux ! Non, non, pour eux, tout est fini, c’est bien dommage ; maintenant, il faut retourner au réel de la vie.

C’est alors que l’étranger prend la parole : vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire !… Et, en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. Ils avaient du temps, ils allaient à pied, et Emmaüs – Jérusalem, ça fait quand même deux heures de marche ! Il a le temps de leur expliquer. Nous ne savons pas ce qu’il a dit exactement, mais nous comprenons qu’il a touché leur cœur. Quand ils arrivent à destination, ils veulent l’écouter encore et le retiennent pour la nuit. Et ils reconnaîtront eux-mêmes que leur cœur était brûlant en eux tandis qu’il leur parlait sur la route, et leur faisait comprendre les Ecritures. Nous avons là un premier indice pour devenir témoin du Ressuscité : il nous faut, avec lui, scruter les Ecritures. Notre archevêque nous invite à le faire depuis trois ans maintenant. Et même si l’an prochain, nous changerons de thématique diocésaine, cela ne signifie pas qu’il faut nous arrêter de lire les Ecritures et de chercher à les comprendre. Avant de devenir témoin, il faut savoir de qui nous devons témoigner. Nous ne nous annonçons pas nous-mêmes ; nous devons annoncer le Christ, mort et ressuscité pour nous. En lisant la Parole de Dieu, en approfondissant notre connaissance, nous comprendrons mieux comment le Christ s’inscrit dans cette longue histoire d’amour de Dieu pour l’humanité qu’il a créée ; et nous saisirons mieux pourquoi il fallait que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire.

Mais l’Evangile ne s’arrête pas là, avec les explications de Jésus. Les deux hommes l’invitent, et il accepte d’entrer chez eux. Ils passent à table et l’étranger pose un geste : il prend du pain, le bénit et le partage. Ce geste simple, qui peut être une manière de bénir la table et la fraternité qui les rassemble, devient pour ces hommes un geste de reconnaissance. C’est Jésus qui là au milieu d’eux, ils en sont sûrs ; ou plutôt qui était là avec eux, car déjà il a disparu. Mais pour eux, tout devient clair. Leur revient sans doute en mémoire le dernier repas qu’ils ont partagé avec lui, repas pendant lequel il leur avait demandé de rompre le pain et boire à la coupe en mémoire de lui ! Deuxième indice pour devenir témoin du Ressuscité : partager le pain et le vin de l’Eucharistie, signe de la présence réelle de Jésus au milieu de son peuple. A ceux qui s’interrogent pourquoi aller à la messe le dimanche, les disciples d’Emmaüs répondent : pour le reconnaître, pour être vraiment en sa présence. L’Eucharistie fait vraiment rencontrer Jésus. Le rencontrant vraiment, nous le connaîtrons mieux et nous en parlerons mieux.

Car l’Evangile n’est toujours pas fini : la tristesse de ces hommes s’est transformé en grande joie, une joie si grande qu’ils en oublient la fatigue, le découragement, les dangers d’un voyage de nuit, et ils reprennent la route en sens inverse, sur le champ, pour annoncer aux autres ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. Et les autres leur partagent leur propre expérience : c’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. Dernier indice pour être témoin : il faut partager ce que nous découvrons dans les Ecritures, porter aux autres celui que nous rencontrons dans nos eucharisties. Les derniers mots de la messe : Allez dans la paix du Christ !, sont une invitation à dire aux autres qui n’ont pas pu venir, ou pas voulu venir, ce que nous avons vécu lors de notre rassemblement. Même si le Pain eucharistique est conservé au Tabernacle, le Ressuscité ne peut y être enfermé.

En venant à l’église, nous devenons témoins de l’amour de Dieu pour nous, de l’amour de Dieu pour chacun. Et nous avons à transmettre ce message aux autres. Par notre parole, par notre manière de vivre. L’Eglise, dont nous sommes, est témoin du Ressuscité ; elle ne saurait le garder pour elle, Jésus ayant donné sa vie pour la multitude. Si nous ne sommes qu’une petite part à le reconnaître, nous avons à permettre à d’autres de faire ce chemin de Jérusalem à Emmaüs, pour qu’ils puissent découvrir qui est Jésus et ce qu’il fait pour eux. L’ayant découvert, je ne doute pas qu’ils feront alors avec nous le chemin d’Emmaüs à Jérusalem, pour devenir à leur tour, témoins du Ressuscité. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 16 octobre 2010

29ème dimanche ordinaire C - 17 octobre 2010

Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?



Je me garderai bien de répondre à cette question, car elle n’a que deux réponses possibles : oui ou non. Mais est-ce si simple que cela ? Comment savoir ce qui est indispensable pour appartenir au peuple croyant ? Comment pouvoir dire en vérité : je crois ? Les textes proposés par la liturgie de ce jour nous indiquent trois réalités qui permettent de vivre un chemin de Foi. Ces trois réalités ne sont pas à opposer, à mettre en concurrence, mais à tenir ensemble, dans un même mouvement.

Première réalité : la foi, c’est une question de confiance en Dieu. C’est Moïse qui nous le rappelle dans la première lecture. Avec le peuple libéré d’Egypte, il erre dans le désert et doit faire aux attaques des tribus nomades. Le passage du Livre de l’Exode que nous avons entendu, nous livre le récit d’une de ces batailles. Elle symbolise la lutte du bien contre le mal. La victoire finale est obtenue non par les armées, mais par Dieu qui assiste son peuple tant que Moïse tend les bras vers lui. Et quand la confiance baisse, quand la fatigue et le découragement gagnent, ceux qui accompagnent Moïse sur la montagne l’aident à garder les bras levés, témoignant ainsi aux combattants la présence de Dieu à leurs côtés. L’acte de confiance de Moïse et de tout le peuple, en la puissance du Dieu qui les a tirés d’Egypte, leur accorde la victoire.
La foi ne commence-t-elle pas par un acte de confiance au Dieu qui nous fait vivre ? Il nous a promis sa présence au cœur de notre vie ; en donnant son fils, il nous redisait son engagement au service du bonheur et de la vie des hommes. Avons suffisamment confiance en Dieu pour croire qu’il nous accompagne et qu’il veille sur chacun de nous ?

Deuxième réalité : la prière, la prière insistante. Si Dieu accompagne chaque instant de notre vie, comment ne pas croire qu’il répondra à nos appels ? Comment douter de la bonté de Dieu envers ceux qui crient vers lui ? Vous pourrez me dire que ce serait plus simple s’il intervenait seul, sans que nous ayons besoin de l’appeler ! C’est vrai. Mais Dieu ne s’impose pas à l’homme, et la prière vient nous rappeler la nécessité de bien savoir ce dont nous avons besoin pour progresser en justice, en charité, en fraternité. Dieu ne vend pas la paix, ni la justice, ni la compassion : il nous en offre les graines. Il nous offre les moyens de devenir plus juste, plus aimant, plus fraternel. La prière, c’est l’art de demander à Dieu de changer notre cœur en profondeur pour que nous soyons capables de vivre selon son Evangile, et non demander à Dieu de faire le travail à notre place. La première des choses à demander à Dieu, c’est le don de l’Esprit Saint, seul capable d’éclairer nos intelligences et de transformer nos cœurs.
Osons-nous encore prier Dieu de nous transformer en profondeur ? Osons perdre un peu de temps quotidiennement, pour l’œuvre de la prière ? Croyons-nous encore que la prière de la communauté rassemblée vient renforcer et purifier notre prière personnelle ?

Troisième réalité : l’Ecriture Sainte à garder, à méditer et à partager comme un trésor. L’Ecriture Sainte comme lieu de vérification de notre foi et de la volonté de Dieu pour chacun de nous. Cette Parole est à garder telle qu’elle a été transmise. On ne transige pas avec elle ; on ne l’accommode pas au goût du jour ; on ne la trafique pas. Paul souligne l’importance de la Parole dans la vie du croyant : elle sert à l’enseignement, à l’éducation à la justice, à la dénonciation du mal sous toutes ses formes. Elle est l’arme par excellence du croyant qui pourra toujours y puiser la vérité ultime sur l’homme et sur Dieu.
Qu’avons-nous fait de cette parole ? Aimons-nous y puiser notre chemin de vie ? Avons-nous l’habitude en famille de la lire, de la méditer ? Osons-nous en parler et la répandre autour de nous ?

Avoir confiance en Dieu, prier avec insistance – seul et en communauté – se nourrir de l’Ecriture sainte : voilà des caractéristiques du croyant. Elles ne sont pas les seules, certes : mais elles sont indispensables, car ce sont ces trois réalités-là qui, bien vécues, nous permettront ensuite une vie conforme à l’esprit de l’Evangile. Que cette eucharistie nous permette de nous situer en vérité devant notre Dieu : qu’elle soit l’occasion de lui redire notre confiance, de lui confier notre vie et d’accueillir sa Parole, pour repartir plus fort dans notre quotidien. Amen.


(Photo prise en Roumanie)