Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Avent. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Avent. Afficher tous les articles

samedi 20 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent A - 21 décembre 2025

 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.





(Philippe de Champaigne, Le songe de Joseph, National Gallery, Londres)



 

            En ce dernier dimanche de l’Avent de l’année A, nous rencontrons, non pas Marie, mais Joseph, celui que beaucoup semblent avoir oublié alors qu’il est important qu’il prenne sa part dans le projet que Dieu porte pour l’humanité. Comme l’écrit Matthieu, et conformément à la Loi de Moïse, il aurait dû dénoncer publiquement Marie. Mais il était un homme juste. Cette petite mention va tout changer.

            Ce qualificatif d’homme juste, ne relève pas d’abord de l’ordre moral dans la Bible. C’est un qualificatif théologique qui dit que Dieu lui-même reconnaît la justice d’un homme. C’est un mérite qu’on ne s’attribue pas ; il est un don qui signe un art de vivre conforme à la Loi et à la volonté de Dieu. De Marie, l’ange dit qu’elle est Comblée de grâce ; de Joseph, qu’il est un homme juste. C’est dire la qualité religieuse de ces deux, choisis par Dieu, pour donner corps et existence au Fils que Dieu envoie dans le monde pour le sauver. Le sens de la justice de Joseph, qui ne sait rien de l’histoire à ce stade, le pousse à renoncer à dénoncer publiquement celle qui lui était promise. Il décide la renvoyer en secret. Si Marie en aime un autre au point d’attendre déjà son enfant, pourquoi la retenir et pourquoi demander vengeance ? Joseph, le juste, ne fera pas de mal à celle qui lui était promise.

            Quand je lis l’histoire de Joseph, je ne peux m’empêcher de m’interroger : comment Dieu a-t-il pu oublier de prévenir cet homme du projet qu’il formait pour l’humanité en Marie ? Il faut quand même un peu de temps entre la conception et les premiers signes de grossesse ! L’ange avait-il oublié ? Avait-il mieux à faire ? C’est vrai que la préparation de la naissance du Fils de Dieu a dû être quelque chose. Cela n’arrive pas tous les quatre matins. Mais de là à oublier de prévenir Joseph, quand même ; ce n’est pas très sérieux ! J’imagine le branle-bas de combat que cela a provoqué ! Alerte ! Joseph veut renvoyer Marie ! Comment est-ce possible ? Qui était chargé de le prévenir ? Personne ! Gabriel, tu t’en charges, fissa ! Ce qui nous vaut d’entendre aujourd’hui cette merveilleuse annonce à Joseph, quand il dort, et de vérifier sa justice quand il se réveille. Il ne se dit pas que tout cela est un mauvais rêve ; il reconnaît que Dieu, par son ange, lui a parlé, lui a demandé de prendre Marie, comme cela était prévu, et d’être sur terre le père de Jésus. Pas uniquement pour éviter les questions désagréables ; pas juste pour donner une famille à Jésus ; non, il lui est demandé de devenir la véritable figure paternelle de Jésus enfant, lui assurant un toit, une stabilité, le préparant à un métier, bref, en faire un vrai petit d’homme qui apprendra à trouver sa place dans ce monde. En acceptant à son tour le projet de Dieu, il sauve Marie, l’enfant et l’humanité. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

            Que reste-t-il alors apprendre pour nous ? En ces derniers jours de l’Avent, nous apprendrons à faire à notre tour, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; nous apprendrons à entrer dans la volonté de Dieu, même et surtout quand elle entre en conflit avec nos projets humains. La volonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes, est toujours source de salut (Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire le Seigneur sauve), source de vie (l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint), source de paix (Joseph, ne crains pas). Joseph nous apprend à passer du doute à la foi, de la stupeur à la confiance absolue en Dieu, qui est toujours Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous. Amen.

samedi 13 décembre 2025

3ème dimanche de l'Avent A - 14 décembre 2025

 Jean le Baptiste, l'homme pour les autres. 




(Léonard de Vinci, Jean le Baptiste, Musée du Louvre, Paris)


 

 

            A côté d’Isaïe, il y a un autre grand prophète du temps de l’Avent, c’est Jean le Baptiste, l’homme du seuil, l’homme qui prépare les autres à passer de la première Alliance à la Nouvelle Alliance, en annonçant et en baptisant celui qui doit venir derrière lui (cf. Jn 1, 15). Lorsque nous le rencontrons aujourd’hui, Jésus a commencé sa mission et lui, Jean le Baptiste, est en prison pour avoir osé rappeler au roi Hérode qu’il ne pouvait pas prendre la femme de son frère. Nous connaissons la suite, elle conduira à la décapitation du prophète. A bien relire sa vie, nous voyons que Jean le Baptiste est l’homme pour les autres.

            Il est l’homme pour les autres dans la mission qui est la sienne : préparer le cœur des hommes à reconnaître et à accueillir le Messie. Nous en avons eu un écho dans l’évangile de dimanche dernier lorsqu’il interpelait vivement les pharisiens et les sadducéens qui venaient à lui. Mais nous le voyons aussi dans un passage de l’évangile de Luc où les personnes qui viennent vers lui l’interrogent pour savoir ce qu’ils doivent faire pour marquer leur conversion. Son souci n’est pas de condamner les autres, mais de leur proposer une voie de conversion, de changement radical pour être prêt quand le Messie viendra.

            Il est l’homme pour les autres dans son rapport à ses propres disciples. Alors qu’ils peuvent être désemparés parce que leur maître est en prison, voilà qu’il les envoie vers Jésus avec cette question : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? La question peut sembler surprenante de la part de celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29). A-t-il peur de s’être trompé ? Ou veut-il faire un dernier geste pour ses propres disciples, afin qu’ils reconnaissent eux-aussi, en Jésus, celui qu’il a depuis longtemps reconnu. De sa prison, il ne peut plus les enseigner ; il les envoie donc vers Jésus avec cette question pour qu’ils comprennent qui est Jésus comme Jean l’a compris. La réponse de Jésus à cette question reprend les mots du prophète Isaïe qui précisait les signes qui manifesteront le retour de Dieu au milieu de son peuple : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! (Mt 11, 5-6) Jean le Baptiste leur a fait la grâce de se rendre compte par eux-mêmes, à la réponse de Jésus, qu’il est bien celui dont Jean le Baptiste annonçait la venue. Et puisque leur maître est en prison, il leur offre la possibilité de s’attacher à ce nouveau maître qu’est Jésus. Déjà, lentement, Jean le Baptiste s’efface et remet tout, y compris ses disciples, à la suite de Jésus.

            Jean le Baptiste est l’homme pour l’autre, le tout autre, celui que Dieu lui-même envoie : Jésus. Sa mission n’était pas de briller, mais de mettre la lumière sur Jésus. Quand il viendra se faire baptiser, lui qui n’a pas besoin de conversion, Jean le désignera comme l’Agneau de Dieu. Il verra celui qu’il a annoncé ; il l’inscrira dans ce peuple qui cherche Dieu. Il verra deux de ses disciples suivre Jésus sans chercher à les retenir ; l’un d’eux est André, le frère de Simon-Pierre (Jn 1, 40). C’était dans l’ordre des choses, dans la mission qui était la sienne. Il n’a pas annoncé ce temps nouveau pour ensuite empêcher les autres de reconnaître et suivre Jésus. Il témoignera de sa joie de voir Jésus commencer sa mission et de sa joie de constater que les gens viennent vers Jésus lorsqu’il dira à ses disciples qui s’en inquiètent : Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue (Jn 3, 30). Et Jésus témoignera de ce lien particulier en rendant hommage à Jean le Baptiste et à sa mission : C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de moi, pour préparer le chemin devant moi (Mt 11,10). Il confirme que Jean le Baptiste est bien l’homme pour lui.

            En ces temps qui sont les nôtres, que Jean le Baptiste nous inspire d’être des hommes et des femmes pour les autres, soucieux de faire découvrir le Christ à ceux que nous rencontrons. Que Jean le Baptiste nous inspire aussi d’être des hommes et des femmes pour Jésus, soucieux de le mettre au cœur de notre propre vie, capables de lire les signes de sa présence dans le monde. Que Jean le Baptiste nous donne de marcher à la lumière du Christ, aujourd’hui et toujours. Amen. 


samedi 6 décembre 2025

2ème dimanche de l'Avent A - 7 décembre 2025

 A l'école d'Isaïe.





(Le prophète Isaïe, Collection du Musée du Louvre)


 

 

            Le grand prophète du temps de l’Avent, c’est sans nul doute le prophète Isaïe. Non pas que son livre annonce la naissance de Jésus ; ce n’est même pas son propos. Mais parce qu’il y a chez lui une espérance farouche et solide qui se manifeste page après page. Isaïe est un grand défenseur de la sainteté de Dieu et son message prophétique est d’abord un message de protestation, de contestation des chefs du peuple qui ne respectent ni Dieu, ni les pauvres et qui conduisent le pays à sa ruine. Mais le prophète garde confiance en Dieu et annonce des jours meilleurs.

            En ces jours-là, dit-il dans sa prophétie de ce dimanche, laissant entendre qu’un autre temps viendra. Isaïe replace toujours la foi dans le temps des hommes. Il est en fait un témoin de la foi de son époque ; et ce qu’il voit ne le réjouit pas. Aristocrate, membre de la cour du roi, il sait se faire entendre dans les hautes sphères, et donc faire entendre Dieu, quand bien même les puissants s’en sont éloignés. La situation politique et sociale est difficile, mais Isaïe garde espoir. Même si les peuples voisins sont turbulents et va-t’en-guerre, Isaïe voit plus loin. Il sait que la royauté n’échappera pas à David. Nous retrouvons cette certitude dans le passage entendu : un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Celui qui sauvera son peuple, celui qui rétablira la paix, est de descendance davidique, de descendance royale. Il ne peut pas en être autrement, le Dieu d’Israël s’étant fermement engagé envers David lui-même. Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui tient parole, et les hommes peuvent donc s’appuyer sur lui. Ce rejeton, ce sont les chrétiens qui l’identifient à Jésus ; mais pour Isaïe, il s’agit surtout d’annoncer un messie pour son temps, un messie qui va sauver son peuple, ici et maintenant. En des temps difficiles, il est bon d’avoir quelqu’un qui voit au-delà des choses, qui rappelle que les hommes peuvent toujours se tourner vers le Saint d’Israël et que c’est lui, et lui seul, qui offre le salut aux hommes.

             La prophétie de ce dimanche est une prophétie de paix : le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble. Les antagonismes naturels sont levés, les oppositions sont effacées, les ennemis d’hier sont des frères aujourd’hui. En regardant notre monde en 2025, nous constatons qu’il y a nombre d’endroits où, pour le salut de l’agneau, du chevreau et du veau, il est préférable qu’ils ne couchent ni ne fréquentent le loup, le léopard ou le lionceau. Si cela arrivait aujourd’hui, nous n’aurions pas fini de lire la prophétie, que les premiers auraient déjà été dévorés par les seconds. Mais cela ne veut pas dire que la prophétie est fausse. Je le rappelle : pour les chrétiens, cette prophétie annonce le Christ et son retour dans la gloire, ce moment où toute l’histoire des hommes sera récapitulée, menée à sa plénitude. Alors, alors seulement, le loup habitera paisiblement avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, sans risque pour les premiers. Quand le Christ reviendra, la paix marchera devant lui. Le mal aura été définitivement vaincu. Le livre de l’Apocalypse de saint Jean nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de mer (M.E.R.), parce que le mal n’existera plus. N’existant plus, il n’est pas utile que subsiste le siège des forces du mal (la mer justement). Quel beau monde nous attend !

            En attendant ce monde, ne pouvons-nous que lorgner vers lui et désespérer de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Non. Nous pouvons, vous et moi, décider de commencer par changer le monde. Nous pouvons, vous et moi, décider de faire reculer les forces du mal. Nous pouvons, vous et moi, décider que le mal ne passera pas, et ne passera plus désormais, par nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous appuyer sur le Dieu saint qui sait pardonner, pour lutter contre le mal, en nous et autour de nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous tourner vers le Saint avec la certitude qu’il est toujours possible de nous appuyer sur lui et d’espérer en lui. Même si nous pouvons avoir l’impression que Dieu a abandonné notre monde, sachons le voir à l’œuvre dans les petits gestes, les petits pas vers la paix et la réconciliation. N’attendons pas qu’un autre commence à changer le monde ; n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas de la réconciliation ; n’attendons pas qu’un autre initie un chemin de paix. A trop attendre un autre, nous risquons d’attendre longtemps. Dès aujourd’hui, soyons des artisans de paix et de réconciliation à notre petite échelle, dans notre petit monde. C’est là que Dieu nous attend ; c’est là que Dieu nous envoie être témoin et acteur du monde que le Christ viendra restaurer à la fin des temps. Dès aujourd’hui, avec lui, dans la force de son Esprit, nous pouvons agir et construire un monde plus juste et fraternel. Quelqu’un doit commencer ; pourquoi pas nous ? Amen.

 

           

samedi 21 décembre 2024

4ème dimanche de l'Avent C - 22 décembre 2024

 Empressement et joie.




(Arcabas, Visitation)




        Voilà, encore trois dodos et nous fêterons Noël, la venue en notre chair du Rédempteur que Dieu a promis. Les bredele sont prêts, les cadeaux emballés, le sapin dressé et décoré. Avons-nous tout prévu ? A ceux qui s’interrogent, l’évangile indique encore deux ingrédients pour une fête de la Nativité réussie : l’empressement et la joie. 

        L’empressement, comme celui de Marie qui se met en route pour visiter sa cousine Elisabeth, la femme âgée tombée enceinte après une vie à espérer un enfant. La plus jeune, Marie, va se mettre au service de la plus âgée. Sans doute n’y a-t-il là rien d’extraordinaire, mais il se trouve que Marie est enceinte elle-aussi. L’ange Gabriel est venu lui annoncer qu’elle serait la mère du Sauveur. Cet empressement de Marie doit devenir nôtre. Il traduit notre volonté de faire connaître la nouvelle : la naissance de Jésus n’est pas juste pour nous. Il traduit notre désir de mieux servir les autres en les soulageant, en les aidant. Pas demain ; pas quand j’aurai le temps ; pas quand je n’aurai plus rien d’autre à faire. Non, l’esprit de service est nécessairement empressé ; le service n’attend pas ! En lisant ou en entendant cette page d’évangile, nous sentons bien que l’empressement de Marie n’est pas contraint et forcé ; elle fait le choix d’aller sans délai se mettre au service de sa cousine dont elle a appris qu’elle en était à son sixième mois. Sommes-nous empressés à porter le Sauveur au monde ? Sommes-nous empressés à servir ? 

        La joie. C’est l’esprit même de Noël, une fête joyeuse autour de l’Enfant nouveau-né. Pas une joie superficielle qui s’évanouira quand les sapins seront démontés et rangés. Non, une vraie joie profonde, ancrée en nous, qui nous donne de l’espérance dans un monde difficile et sombre. Une joie qui n’est pas forcée, mais réelle, parce que nous saurons, au soir de Noël, que la joie de la naissance de cet Enfant Dieu changera le monde à jamais. Une joie qui nous ouvre à l’avenir et nous entraîne à changer le monde, notre petit monde, pour que le grand monde puisse devenir meilleur. C’est la joie de Marie qu’elle exprimera dans le Magnificat ; c’est la joie d’Elisabeth et de son enfant à naître, Jean le Baptiste, qui a tressailli d’allégresse dans le sein de sa mère. Le vieux monde, qui a tant attendu le Messie, se réjouit de voir son espérance récompensée. Celui qui était attendu, est venu en Jésus. Il n’est pas encore né que déjà le monde se réjouit. Suis-je heureux de cette naissance, ou mon Noël ne sera-t-il qu’une tradition transmise en famille ? Suis-je heureux de cette naissance, où mon Noël ne sera-t-il qu’une évocation d’un passé dépassé, sans réelle prise sur ma vie ? La joie de Noël, ce n’est pas un « youpi, tout va bien, je vais bien ! », mais une joie qui me permet de tenir dans les moments difficiles, une joie qui transcende les épreuves de ma vie et me permet de tenir ferme dans la foi. Quoi qu’il m’arrive, je sais que désormais Dieu est avec moi en Jésus son Fils. C’est cette joie qu’exprime le prophète Michée quand il annonce que de Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, sortira celui qui doit gouverner Israël. C’est la joie, comme dit Michée, de se savoir en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix ! 

       Encore un peu de temps, et nous accueillerons celui que Michée annonce. Encore un peu de temps, et nous verrons de nos yeux celui qui fait, par avance, tressaillir Jean le Baptiste dans le sein de sa mère. Encore un peu de temps, et nos ciels lourds s’éclaireront d’une lumière nouvelle. Avec empressement, préparons-nous à cette naissance ; avec empressement, préparons-nous à cette joie que nul ne pourra nous ravir. Le Seigneur vient ; il l’a promis. Tout est en place, les temps sont favorables ; il ne manque que notre empressement et notre joie à l’accueillir pour que notre monde puisse commencer à devenir meilleur. Puissent ces quelques jours nous permettre d’entrer vraiment dans la joie et la paix de Noël. Amen. 


samedi 14 décembre 2024

3ème dimanche de l'Avent C - 15 décembre 2024

 Que devons-nous faire ?



(Pieter Brueghel le Jeune, La prédication de Jean le Baptiste, Musée des Beaux-Arts, Valenciennes, Source internet : d'après d'Enfer Brueghel Pieter Brueghel, le Jeune | Prédication de saint Jean-Baptiste | Images d’Art)



Ils sont surprenants, tous ces gens qui viennent à Jean le Baptiste, comme vers un sage avec cette question unique : Que devons-nous faire ? Que ce soit la foule, ou les publicains ou des soldats : tous sont habités par la même inquiétude : que dois-je faire ? Est-ce que dans ce que je vis il m’est possible d’aller à la rencontre de Celui qui vient ? Parce que c’est bien cela le message de Jean le Baptiste, nous l’avons entendu la semaine dernière : Préparez le chemin du Seigneur ?

S’ils me semblent inquiets pour eux-mêmes, je les trouve plutôt rassurants avec leur question. Rassurants, parce qu’ils nous montrent qu’ils attendent le Seigneur et qu’ils veulent être prêts à l’accueillir, prêts à aller à sa rencontre. Leur question traduit leur envie de bien préparer le chemin du Seigneur. Ils nous montrent par là que la prédication de Jean le Baptiste, même si elle est faite dans le désert, ne reste pas lettre morte, ni ne se perd dans les sables. Jean le Baptiste est entendu ; Jean le Baptiste est consulté. Sa prédication rejoint le cœur des hommes et des femmes de son temps ; elle interroge les cœurs ; elle provoque à la réflexion ; elle entraîne à la conversion. Que devons-nous faire ?

Nous pourrions dire que les réponses de Jean le Baptiste correspondent au catéchisme classique : partage avec celui qui a moins que toi ; ne prends pas plus que ce qui est dû ; ne sois pas violent, même si tu exerces le métier des armes. Toutes ces réponses se résument à celle-ci : sois attentif à ceux qui sont autour de toi et ne leur fais pas de tort. Au contraire, quand tu le peux, fais-leur du bien. Respecte-les, parce qu’ils sont humains comme toi ! Le pauvre ne vaut pas moins que toi ; il n’est pas moins humain que toi. Quand tu peux partager, fais-là ! C’est la réponse de Jean le Baptiste à la foule. Aux collecteurs d’impôts, il rappelle de ne pas être plus gourmand que l’Etat qu’ils servent : n’encaisse que ce qui est juste, pas plus ! Aux soldats, ne profitez pas de votre force, n’abusez pas de l’autorité que vous confère votre tenue. Quand on voit aujourd’hui encore comment se comportent certains hommes en arme en Ukraine, dans la bande de Gaza, en Afghanistan, aux Etats-Unis, et même quelquefois dans nos quartiers sensibles, on se dit que Jean le Baptiste devrait rugir à nouveau pour imposer le respect de cette consigne. 

Que devons-nous faire ? Nous ne pourrons jamais nous soustraire à cette question. Elle vaut pour chacun de nous, comme elle valait pour ceux qui venaient vers Jean en son temps. Elle ne sera jamais passée de mode, comme ne seront jamais passées de mode les indications qu’il donne. Avec une pauvreté qui augmente, même chez nous, le partage est toujours d’actualité. Si les collecteurs d’impôts aujourd’hui ne peuvent plus prélever plus que ce qui est dû, la question de l’impôt s’inverse peut-être. Ne fraude pas, prends ta part à l’effort commun, de manière juste. A ceux qui ont choisi le métier de armes, il est bon de redire qu’ils ne sont ni gros bras, ni cow-boy, que l’usage de la force doit rester raisonné et que l’uniforme quel qu’il soit, n’est pas une autorisation à toute sorte d’abus ; le respect légitime qui est dû à ceux qui nous protègent, suppose un respect plus grand encore envers ceux qu’ils protègent. La remarque vaut pour tous ceux et celles qui, à un moment ou à un autre, sont en position d’autorité. Le seul fait d’occuper un poste qui donne autorité, ne donne pas le respect, si celui-ci n’est pas d’abord manifesté envers ceux sur qui l’autorité s’exerce. 

Que devons-nous faire ? Je me demande si le principe de notre liturgie qui affirme que chacun doit faire seulement mais totalement ce qui lui revient ne serait pas une bonne ligne de conduite pour toute vie humaine. En faisant seulement ce qui me revient, je ne marche sur les plates-bandes de personnes ; en faisant totalement ce qui me revient, je ne me repose pas sur les autres pour faire ce que je n’ai pas envie de faire. Il fut un temps où nous parlions volontiers de devoir d’état. Eh bien, c’est un devoir d’état pour tous de veiller sur ceux qui ont moins ; c’est un devoir d’état pour tous, de participer au bien commun ; c’est un devoir d’état pour tous de ne jamais abuser ou profiter de la situation qui est la sienne dans la société, et ce quelle que soit la position qui est sienne. Ce serait une bonne nouvelle pour le monde si chacun s’y tenait, si chacun s’y mettait. Amen. 


samedi 7 décembre 2024

2ème dimanche de l'Avent C - 8 décembre 2024

 Chiche, on essaie ?









Où sont les géomètres ? Où sont vos pelles et vos pioches ? N’avez-vous pas entendu Jean le Baptiste ? N’avez-vous pas lu les prophéties d’Isaïe ? Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis. Allez, allez, au travail. Noël, c’est dans 18 (17, dimanche) dodos. Qu’attendez-vous ? 

Je crains que cela ne soit pas aussi simple. S’il suffisait d’une pelle et d’une pioche et d’un bon géomètre pour nous dire si tout est bien droit et plat, cela se saurait. Le chemin à aplanir, le ravin à combler, la montagne ou la colline à abaisser ne se trouvent pas dans la nature. Ces travaux à faire, c’est en nous, en nos cœurs qu’il faut les entreprendre. Dans les déserts de nos cœurs, dans les méandres de nos pensées, dans tout ce qui fait notre vie, il faut préparer un chemin pour le Seigneur. Dans les voies tortueuses de notre cœur, il nous faut laisser une place à la miséricorde de Dieu pour nous. Dans nos haines et nos inimitiés, il nous faut ouvrir une voie à l’amour de Dieu. Et voilà que toutes ces prophéties ne semblent pas indiquées pour nous. Vous comprenez, c’est l’autre qui a commencé. C’est l’autre qui ne veut pas ; c’est l’autre qui est toujours le méchant de l’histoire. Pourquoi serait-ce encore à moi de commencer ? Je ne sais pas, dit Dieu, mais peut-être que si tu commences à faire un pas, l’autre en fera un aussi. Peut-être que si tu ne commences pas, jamais personne jamais ne commencera. Et alors, on fera quoi ? 

Ecoutez Paul dans sa lettre aux Philippiens : dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Vivre en paix pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’être artisan de paix, même envers celui qui cherche la guerre avec toi. Vivre dans l’amour pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’aimer, même celui qui t’insupporte. Croyant en Dieu qui t’aime tel que tu es, avec tes qualités et tes défauts, tu te dois d’aimer comme tu es aimé. Tu te dois de vivre comme tu voudrais que les autres vivent. N’attends pas que les autres commencent. N’attends pas qu’il soit trop tard. Le Seigneur veut passer par toi pour atteindre les autres. Que ton cœur ne soit pas un obstacle à son amour. Que ta rancœur ne soit pas un obstacle à sa miséricorde. Nous pourrions encore le formuler ainsi : ce que tu veux que Dieu fasse pour toi, fais-le-toi pour les autres. Ne deviens pas leur montagne infranchissable. Ne deviens pas leur chemin escarpé. Le monde nouveau que Dieu vient inaugurer, c’est avec toi qu’il peut commencer. Parce que tu crois en Dieu, parce que tu reconnais Jésus comme ton Sauveur, tu dois être de ceux qui commencent à faire mieux, à faire autrement. Un croyant en Dieu ne peut pas rester devant une montagne de haine et dire : il n’y a rien à faire ; je n’y peux rien ! Un disciple de Jésus ne peut pas dire : ce chemin est trop difficile, j’abandonne. Un monde de paix, un monde d’amour ne sera possible que si tu commences, que si tu essaies. 

Aucun d’entre nous ne pourra jamais dire qu’il a trop aimé, trop fait le premier pas… Dieu seul, du haut de la croix, pourrait dire : je les ai trop aimés ! Mais non, il nous dira toujours : je vous ai aimés et je vous aime encore jusque-là pour que vous appreniez à aimer, vous aussi, jusque-là. Celui qui aime jusqu’au don de sa vie, n’aime pas trop ; il aime juste, il aime vraiment. Pour que se réalise la prophétie d’Isaïe, commence, comme Jean le Baptiste a commencé à son époque. Et le monde changera, les chemins deviendront droits, les montagnes et les collines s’abaisseront, les ravins se combleront. Chiche, on essaie ?


samedi 23 décembre 2023

4ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2023

 Est-ce toi qui me bâtiras une maison ?



 

 

 

            Au terme de notre Avent, à quelques heures de célébrer dans la joie la naissance du Sauveur, il nous est bon d’entendre l’échange entre le roi David et le prophète Nathan. Il nous dit quelque chose d’essentiel de notre rapport au Dieu qui vient. Tout est résumé admirablement dans cette question : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? C’est Dieu qui parle ainsi à David par son prophète. 

            Tout part du constat que David fait sur sa situation comparée à celle de l’arche de l’Alliance : J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Sa réaction est simple : puisque Dieu a tout fait pour moi (Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient), je vais faire à Dieu une maison digne de lui. Je ne doute pas un instant de la sincérité de David ; mais je ne peux m’empêcher d’être partagé entre prétention et naïveté. Prétention, parce que David ferait à Dieu quelque chose que Dieu ne saurait se faire lui-même, et il le ferait mieux que lui ? Personne n’a songé un instant que cela pouvait plaire à Dieu d’habiter sous une tente, comme jadis, lors de la longue traversée du désert ? Naïveté, parce qu’il se croit à la hauteur de la tâche ! Remarquez : le prophète Nathan se laisse prendre lui-aussi au jeu : Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. C’est dans la nuit suivante que Dieu parle à son prophète pour qu’il interroge David : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? 

            Derrière cette question, se cache une tentation très humaine qui se présente à tous à un moment ou à un autre de notre vie spirituelle : l’envie de faire quelque chose pour Dieu. Devant tout ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous, nous pensons qu’il est temps que c’est à nous de faire quelque chose pour lui. C’est la porte ouverte aux très bonnes résolutions qui, sitôt prises sont aussitôt abandonnées, parce que, comprenez-vous, la vie n’est pas simple, il y a tant de choses à faire, … Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; je ne dis pas qu’il ne faut pas se bouger pour lui en menant une vie selon sa volonté. Quand nous vivons simplement notre foi, nous ne faisons rien pour Dieu ; nous montrons juste que nous ne sommes pas des enfants ingrats qui ont tout reçu et ne savent pas dire merci. Vivre notre foi, nous le faisons pour nous. Nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons à cause de Dieu, parce que sa grâce nous a touchés. Non, les choses que nous voulons faire pour Dieu, c’est cet extra, ce truc en plus dont on pense qu’il fera plaisir à Dieu, sans vraiment savoir, une espèce de radicalité qui nous prend après un événement, une retraite, une épreuve dont on sort grandi.  C’est de l’ordre de la tentation, parce qu’elle ne rentre pas vraiment dans ce que Dieu attend de nous. Nous voulons juste faire plus, pour lui montrer qu’on est bien, nous ; et surtout meilleur que les autres ! 

            L’histoire de David, et bien plus tard, l’histoire de Marie, nous montre au contraire que la seule chose à faire pour Dieu, pour ceux qui tiennent absolument à faire quelque chose pour lui, c’est de répondre à sa volonté, ni plus, ni moins. Le vieux principe liturgique qui affirme que chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, s’applique aussi en matière de vie spirituelle. Faire seulement, mais totalement, la volonté de Dieu ! C’est déjà pas mal, croyez-moi ! Cela m’oblige, non pas à imaginer ce qui ferait plaisir à Dieu, mais à écouter Dieu qui me dit ce qu’il attend de moi. Je ne pars pas de moi ; je pars de Dieu. Lui seul sait ce dont je suis capable ; lui seul me propose le vrai chemin pour parvenir à lui ; lui seul peut conduire ma vie au bonheur véritable. Entendons bien Marie quand l’ange lui a tout expliqué. Elle ne dit pas : j’ai compris, je sais ce que vais faire, comment je vais le faire, quand je vais le faire… Elle dit simplement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Et pas un jour ne passera sans qu’elle n’habite cette volonté. Jusqu’au bout, jusqu’à la croix de son Fils, c’est la volonté de Dieu qui guidera sa vie. 

            Renoncer à vouloir faire quelque chose pour Dieu pour mieux entrer dans sa volonté : voici à quoi nous sommes appelés. Nous ne bâtirons rien pour Dieu ; mais lui bâtira notre vie et notre avenir. Ecoutons-le, suivons-le, mais avant tout, accueillons-le. Amen.

samedi 16 décembre 2023

3ème dimanche de l'Avent B - 17 décembre 2023

 Jean le Baptiste, le prophète passeur.



 (Jean le Baptiste prêchant dans le désert, Gustave Doré)

 

 

 

            Qui es-tu ? Je peux comprendre, devant la personnalité et l’œuvre de Jean le Baptiste, que certains s’interrogent, sans doute avec crainte. L’insistance de ceux qu’ils envoient vers Jean pour obtenir une réponse à leurs questions, prouvent qu’ils n’ont pas la conscience tranquille. S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, comment se fait-il que les prêtres et les lévites ne l’aient pas reconnu ? S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, nul doute qu’il ne doit pas être très content. Ça pourrait chauffer pour leur matricule ! 

            Qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Voilà Jean le Baptiste mis en demeure de « communiquer », non pas sur son œuvre, mais sur sa personne. Il redit à peu près ce que nous avions déjà découvert dimanche dernier : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur ! Entendez bien ce qu’il dit : Je suis la voix de celui qui crie. Il est le porte-parole d’un autre. Il n’est pas celui qui crie, il en est juste la voix. Jean le Baptiste se révèle un passeur. Ce n’est pas lui qui compte, mais celui dont il est la voix et qui vient derrière lui. Ce qu’il dit, il ne le dit pas de lui-même ; ce qu’il fait, baptiser, un autre, celui qui vient derrière lui, le fera aussi, différemment. Jean ne s’attribue rien ; Jean ne revendique rien. Il fait, pour un autre, au nom d’un autre. Il révèle un autre. Cet autre, c’est celui dont parle le prophète Isaïe dans la première lecture. Isaïe n’annonce pas Jean le Baptiste dans ce passage, mais il annonce bien un messie à venir. Et pour Jean, celui dont parle Isaïe et celui dont il est la voix ne font qu’un. 

Pour nous, chrétiens, c’est bien Jésus qui est envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Il suffit de relire les évangiles et la longue liste des signes posés par Jésus, et la non moins longue liste de tous ses discours, pour faire le parallèle entre le serviteur annoncé par Isaïe et Jésus. Jean le Baptiste, le passeur de Dieu, indique le chemin qui mène à Jésus. C’est pour cela qu’il est une figure incontournable de notre temps de l’Avent. Revenir vers Jean le Baptiste nous permettra de repartir sur le bon chemin, ce chemin que nous aurons aplani pour le Messie attendu. Ne soyons pas comme ceux qui s’interrogent sur Jean au lieu d’écouter ce qu’il dit ; ne soyons pas comme ceux qui l’interrogent et qui le regardent lui, alors qu’il renvoie vers un autre. La mission de Jean le Baptiste est importante ; mais plus important sera le Messie et son œuvre. Venons vers Jean, convertissons-nous à sa parole, et nous pourrons reconnaître avec lui, en Jésus, le Messie attendu. 

Le hasard du calendrier fait que, cette année, nous sommes déjà dans la toute dernière semaine de notre Avent. Il nous faut hâter notre préparation, il nous faut hâter notre compréhension du message prophétique pour ne pas rater la venue de Celui qui vient au nom du Seigneur. Relisons les prophètes, entendons bien Jean le Baptiste, et plutôt que de nous interroger sur lui, découvrons Celui dont il est la voix qui se fait entendre, et la voie qui conduit au plus grand, au Christ, dont nous sommes tous indignes de défaire la courroie de sa sandale. Ne soyons pas comme imbécile à regarder le doigt ou la personne de Jean le Baptiste alors que tout en lui nous oriente et nous montre le Christ. C’est lui que nous attendons, c’est lui que nous accueillerons. Amen.

 

samedi 9 décembre 2023

2ème dimanche de l'Avent B - 10 décembre 2023

 Préparez le chemin du Seigneur !




(Il Perugino, Le prophète Isaïe)

 

 

 

 

            S’il est une certitude qui doit nous habiter en ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est bien celle de la venue du Seigneur ! Tant le prophète Isaïe, que Jean le Baptiste à quelques siècles de distance, le proclament : Il vient !  Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ! Nous suffit-il donc d’attendre, de veiller comme nous y invitait l’Evangile de dimanche dernier ? Sans rien enlever à l’exigence de la veille, ce dimanche nous invite toutefois à faire un pas de plus, à la rencontre de Celui qui vient : il nous invite à préparer le chemin du Seigneur. 

            C’est sans doute le prophète Isaïe qui est le plus clair à ce sujet. Le crime de Jérusalem étant expié par le trop long temps de l’Exil, voici le temps de la consolation, du retour en grâce : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. A ceux qui croyaient qu’ils devraient vivre soumis aux dieux étrangers, est rappelé qu’ils ont un Dieu, et que ce Dieu, malgré qu’ils l’aient rejeté, veille sur eux. Le temps du retour est venu. Mais ce retour ne va pas sans travail : Préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Autant dire que c’est un travail au bulldozer qui est demandé ! Si le travail est topographique, il est presqu’impossible à réaliser. Mais puisque Dieu invite son prophète à parler au cœur de Jérusalem, nous pouvons comprendre que ce travail est d’abord intérieur, d’ordre spirituel. Après des années à vivre sans Dieu, Jérusalem est invitée à faire place nette pour Lui. Aucun obstacle ne doit empêcher la venue du Seigneur. Les pièges du péché dans lesquels l’homme était tombé, il faut les combler. Les montagnes de péchés accumulées doivent être abaissées. Dieu doit pouvoir passer ; Dieu doit pouvoir aller à la rencontre de Jérusalem sans effort. Après tout, ce n’est pas Lui qui s’était détourné de sa vile ; c’est elle qui avait accumulé les fautes contre Dieu. Celui que les hommes avaient rejeté, deviendra à nouveau le berger de son peuple : Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur. Pouvait-on trouver plus belle image que celle-ci pour dire l’amour de Dieu pour son peuple ? Il le porte sur son cœur ! 

            Si le temps de l’Avent prend tout son sens pour nous aujourd’hui, c’est ce même travail qu’il nous faut faire. Nous devons préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur. Si Noël qui approche n’est pas pour nous l’anniversaire de Jésus, c'est-à-dire le souvenir heureux d’un événement lointain, il nous faut nous préparer, et préparer nos cœurs, à accueillir Celui qui vient à notre rencontre, dans l’aujourd’hui de notre vie. Nos temps liturgiques successifs ne nous invitent pas à la nostalgie de jours heureux, mais à croire que c’est pour nous, aujourd’hui, que le mystère du Salut est déployé. Quand nous relisons le passé, avec Isaïe, avec Jean le Baptiste, avec l’évangéliste Marc pour cette nouvelle année liturgique, ce n’est pas seulement pour commémorer de lointains événements, mais bien pour nous faire comprendre que cela, non seulement peut nous arriver, mais que cela arrive véritablement pour nous. Dieu, qui est déjà venu à la rencontre des hommes, ne cesse de venir à notre rencontre. Il l’a fait au temps d’Isaïe, il l’a fait au temps de Jean le Baptiste, il le fait à notre temps. Ne croyons pas, parce que les temps sont difficiles, que Dieu nous a abandonné ! Ne croyons pas que nous ne pouvons rien pour hâter sa venue. Comme annoncé par les prophètes, nous pouvons combler les ravins des pièges du péché dans notre vie par l’écoute et la méditation de la Parole Dieu. Nous pouvons faire disparaître les montagnes de fautes, les murs de nos incompréhensions, de nos divisions, de nos anathèmes, et ouvrir ainsi de larges vallées de fraternité, des plaines de rencontres et de compréhensions mutuelles. Rencontrer Dieu suppose d’une part que Dieu veuille venir à nous : cela est une certitude que nous pouvons faire nôtre depuis le jour où nos premiers parents, s’étant cachés dans le jardin après la découverte de leur nudité, ont été cherché par Dieu : Homme, où es-tu ? Mais rencontrer Dieu suppose aussi que nous désirions le rencontrer, que nous désirions l’accueillir dans notre vie, aujourd’hui. Le veux-tu vraiment ? Alors abats les murs, comble les fossés, abaisse les montagnes qui te retiennent de le voir venir. 

Aujourd’hui peut devenir pour toi le commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu, inscrit dans ta vie, un évangile vivant qui te fait devenir disciple de Celui qui vient pour te sauver, un évangile qui te parle au cœur. Entendons ce que disait Pierre : Voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu. Vous qui attendez : c’est bien la veille à laquelle nous étions invités dimanche dernier ; vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu : c’est bien notre participation à la prophétie d’Isaïe de ce dimanche. Alors préparons le chemin du Seigneur, avec la certitude qu’il vient à notre rencontre pour nous sauver. Notre siècle a besoin de nous pour ouvrir la route ; notre siècle a besoin d’être rencontré par Dieu si nous ne voulons pas que l’humanité aille à sa perte. Amen.  

samedi 2 décembre 2023

1er dimanche de l'Avent B - 03 décembre 2023

 Avec les prophètes, préparons la venue du Messie : 1. Laissons-nous faire par Dieu ! 





(Le prophète Isaïe, Vitrail de la cathédrale de Senlis)


 

 

            Quand les prophètes de l’Ancien Testament parlent du Messie, ils ne parlent pas, à leur époque, de Jésus. Ils annoncent un Messie qui allait libérer le peuple juif de ses ennemis, à court ou moyen terme. Ils annoncent un Messie pour leur temps. Chrétiens, en relisant ces textes anciens de la foi juive, nous y reconnaissons l’annonce de Jésus, celui que Dieu envoie dans le monde pour le salut de l’humanité. Il me semble donc intéressant et approprié de vous proposer de vivre ce temps de l’Avent en entrant dans l’intelligence de ces prophètes anciens, et comprendre en quoi ils peuvent être pour nous prophètes pour aujourd’hui, prophètes qui nous conduiront, au soir de la Nativité, à reconnaître en Jésus le Messie annoncé, le Messie pour notre temps. 

            Le passage du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture est tiré de la dernière partie du livre. Celui qui parle est le prophète qui a accompagné le retour d’Exil et dont le souci principal est de reconstruire une communauté croyante digne de Dieu. Il constate avec amertume sans doute que le temps de l’Exil qui a pris fin comportait le risque d’éloigner définitivement de Dieu ce peuple qui a erré hors des chemins de son Dieu, ce peuple au cœur endurci qui ne craignait plus Dieu. Le prophète a conscience que sans Dieu, ce peuple n’est rien et il supplie Dieu de déchirer les cieux et d’aller à nouveau à la rencontre de son peuple : Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Reviens à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage… Quelle belle conscience du rapport vital entre Dieu et son peuple le prophète exprime ainsi ! Avec lui, nous sommes appelés à retrouver cette conscience que sans Dieu, nous ne sommes rien, ni collectivement, ni individuellement. C’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui constitue son peuple ; c’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui sauve son peuple. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous préparer à changer pour Dieu, à changer par Dieu. 

            Que s’est-il passé au temps du prophète ? Ce que le peuple attendait, à savoir une manifestation de la puissance de Dieu en faveur de son peuple, s’est accompli : Voici que tu es descendu. Est-ce que cela a changé quelque chose ? Que nenni ! Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés… Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Dieu est venu, Dieu est intervenu, mais l’homme n’a rien changé ! Il y a quelque chose de désespérant dans ce constat, et une grosse interrogation :  que faudra-t-il que Dieu fasse pour que l’homme change, pour que l’homme plaise à nouveau à Dieu, en pratiquant avec joie la justice ? Le jugement du prophète sur son peuple est sans appel et d’une sévérité rare : tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Avec le prophète, nous devons prendre conscience de cette distance qui nous sépare de Dieu et faire grandir en nous le désir d’être à nouveau à Dieu : Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous laisser faire, nous laisser transformer par Dieu en un cœur que Dieu puisse aimer. 

            Pour notre première semaine d’Avent, voici donc fixé le cap : osons demander à Dieu de nous façonner ; apprenons à faire confiance à Dieu et à nous laisser faire par lui. Ce que Dieu veut pour nous ? Notre bonheur et notre salut. Ce que Dieu attend de nous ? De nous laisser faire à son image et à sa ressemblance. Cela ne relève pas de notre capacité ; cela ne relève pas de notre force. Comme le prophète Isaïe, nous devons être convaincu que Dieu seul pourra refaire un peuple digne de lui. Cela ne signifie pas que nous n’avons rien à faire ! Ce n’est pas parce que Dieu nous sauve, que rien n’est attendu de nous. Pour que Dieu puisse nous façonner, il nous faut entrer dans ce projet, accepter que Dieu puisse tout là où nous ne pouvons rien. Pour que le Messie puisse être connu et reconnu, nous devons laisser Dieu « nettoyer notre cœur », y déposer déjà l’image de son Messie pour que nous le reconnaissions lorsque nous le verrons. En fait, ce que nous avons à faire, c’est de prendre Dieu au sérieux, et croire que ce que nous lui demandons (la conversion des cœurs), il nous le donnera. Amen.

samedi 17 décembre 2022

4ème dimanche de l'Avent A - 18 décembre 2022

 Joseph, ne crains pas ! 



(Arcabas, L'annonce à Joseph)



 

            Beaucoup de prédicateurs s’extasient sur la discrétion de Marie dans les évangiles, sur le peu de paroles qu’elle nous laisse et sur l’exemple qu’elle nous donne. Et ils ont sans doute raison. Mais il y a quelqu’un d’encore plus discret, quelqu’un dont on parle encore moins et qui a pourtant une place tout-à-fait singulière dans l’histoire du Salut : c’est Joseph. La liturgie de notre quatrième et dernier dimanche de l’Avent nous présente aujourd’hui celui que l’on n’attendait plus et qui pourtant peut tout faire basculer. 

            Remarquez la manière avec laquelle Matthieu introduit Joseph : Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph. C’est le projet de mariage entre Marie et Joseph qui permet à Matthieu de nous parler de cet homme discret. Les plus affutés d’entre vous diront qu’il en a déjà touché un mot dans les versets qui précèdent et qui forment la longue généalogie de Jésus. Elle se termine effectivement ainsi : Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. S’en suit alors l’évangile entendu ce dimanche, appelé communément L’annonce à Joseph. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette annonce n’a rien d’un beau conte : là où ceux-ci nous ont habitués à la phrase type : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, Matthieu commence par jeter un pavé dans la mare : avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. L’histoire a à peine commencé qu’elle peut déjà se finir dramatiquement. Tout va dépendre maintenant de Joseph. Au regard de la Loi, il devrait dénoncer publiquement celle qui est enceinte d’un autre que lui, et renvoyer celle dont tout le monde, à la vue de son ventre arrondi, pensera qu’elle a fauté. Mais nous dit Matthieu, Joseph, son époux, était un homme juste. Sans encore rien savoir de l’histoire, il décida de la renvoyer en secret. C’est là que Dieu, par son ange, intervient… enfin aurais-je envie de dire ! 

            Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. N’ai pas peur, il n’y à rien de scandaleux ni de scabreux dans le fait qu’elle soit enceinte, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Enfin, le projet de Dieu est révélé à Joseph ; enfin son cœur peut s’apaiser ; enfin il peut être encore plus juste que ce qu’il avait décidé. Il peut entrer à son tour dans l’histoire du Salut des hommes, en jouant sa part, celle de père protecteur de l’Enfant à naître. Et les évangiles de l’enfance de Jésus nous montreront très vite à quel point Joseph devra s’engager pour protéger ce fils qui lui est donné en même temps qu’il est donné au monde : elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, (c'est-à-dire le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. En une seule phrase, l’ange du Seigneur convainc Joseph de faire ce qui est juste, parce que c’est ce que Dieu désire. Et le désir de Dieu ne concerne pas que ce couple singulier, mais toute l’humanité. Joseph voulait sauver Marie ; Dieu veut sauver l’humanité, en voulant avoir besoin des hommes, à travers Marie et Joseph, pour réaliser son projet de salut. De même que Dieu avait formé son projet originel de Création en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Adam et Eve, de même a-t-il formé son projet de rédemption en appelant à collaborer avec lui le couple formé par Marie et Joseph. Nous comprenons là que Dieu ne fait rien sans l’humanité qu’il a désirée et créée. Nous comprenons, pour notre propre vie spirituelle, que Dieu ne fera rien sans nous. Il ne nous obligera jamais à faire ou vivre ce que nous ne voulons pas. Comme Adam et Eve, nous avons le pouvoir de résister à Dieu et de lui dire non ; comme Marie et Joseph, nous avons le pouvoir de collaborer avec Dieu et de lui dire oui. Le Oui de Joseph n'est pas verbal, puisqu’il dort quand l’ange du Seigneur lui apparut en songe. Le oui de Joseph se traduit par un acte clair sans aucun délai : quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Sans un mot, sans une question, sans regret. 

            Nous comprenons là que Joseph est un homme attaché à Dieu, comme son épouse d’ailleurs. Nous comprenons que sa justice réside dans cet attachement. Joseph devient le modèle du croyant qui fait confiance à Dieu, sans questionner le bien-fondé de sa méthode ou de son action. Dieu veut avoir besoin de lui ? Joseph se donne, dès lors qu’il a bien discerné que c’est là ce que Dieu attend de lui. Qu’il nous apprenne à entrer dans le projet que Dieu forme pour nous ; qu’il nous apprenne à agir sans délai quand Dieu a besoin de nous. Comme Joseph, ne craignons pas d’entrer dans le projet que Dieu porte pour nous : il est toujours projet de salut pour nous et pour tous les hommes. Amen.

samedi 10 décembre 2022

3ème dimanche de l'Avent A - 11 décembre 2022

 Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !




(Jean le Baptiste s'interrogeant sur Jésus dans sa prison, Tableau de Simao Rodrigues, 1620, Portugal)




            Je ne cesse d’être surpris par la Parole de Dieu et par la manière dont elle m’accompagne et se révèle à moi. Ce qui hier était une phrase sans importance peut soudain travailler ma mémoire au point que je me demande pourquoi jamais auparavant tel verset ne m’avait interrogé. C’est comme si un verset semblait avoir été ajouté à un texte que je croyais connaître. En plus de trente années de sacerdoce, j’ai pourtant lu dix fois au moins chaque évangile de chaque dimanche. Et pourtant, je m’aperçois encore que des mots de Dieu m’étaient jusqu’à ce jour inconnus. Ainsi en est-il de ce verset de l’évangile de ce dimanche que je voudrais commenter : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            C’est la dernière parole de Jésus aux envoyés de Jean le Baptiste qui, du fond de sa prison, s’interroge : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?  Jean le Baptiste devient ainsi un modèle pour tout croyant qui s’interroge aujourd’hui, alors que l’Eglise ne parvient pas à sortir de la crise qui l’ébranle profondément : ai-je misé sur le bon cheval ? N’ai-je pas tort de croire alors qu’il y a un tel fossé entre ce que je vois et ce que je crois ? Il faut se souvenir de la manière dont Jean le Baptiste parlait de la venue du Messie. Nous l’avons entendu dimanche dernier : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Reconnaissons qu’il est, dans son annonce, plus proche du grand nettoyeur que du grand guérisseur. Quand vous parcourez l’évangile de Matthieu pour contempler les débuts de la mission de Jésus, une fois passée la prédication de Jésus des chapitres cinq à sept, vous voyez Jésus guérir un lépreux, le serviteur d’un centurion romain, la belle-mère de Pierre, de nombreux malades et possédés qui viennent à lui, deux démoniaques au pays des Gadaréniens, un paralysé, une femme ayant des pertes de sang, deux aveugles, un possédé muet et je n’oublie pas qu’il a redonné vie à la fille d’un notable. Nous sommes quand même plus proche d’un hôpital de campagne que d’une société de nettoyage ! Jean le Baptiste se serait-il trompé ? 

            Dans sa réponse, Jésus, plutôt que de rappeler par le menu détail la longue liste que je viens de dresser, renvoie au prophète Isaïe qui donnait les signes concrets du salut réalisé par Dieu : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, ls lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Jean le Baptiste ne s’est pas trompé sur la personne de Jésus : il est celui qui apporte le salut puisqu’il réalise tous les signes de la prophétie du prophète Isaïe. Jean s’est juste trompé sur la méthode. Là où il attendait un grand chambardement avec des colères et des jugements secs, il y a le chemin du salut proposé par Dieu qui consiste à accueillir sa grâce, à se laisser guérir par Dieu de ce qui fait obstacle à la vie, à reconnaître que la mort n’est pas le dernier mot de l’histoire des hommes. A la place d’un feu qui détruit, il y a une parole qui sauve, qui redonne confiance, qui oriente la vie et le regard des hommes vers Dieu. Jésus lui-même confirme aux foules que Jean le Baptiste est bien son précurseur quand il affirme : c’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Et Jean le Baptiste a fait le job : il a des disciples qui le suivent, il y a des gens qui se sont convertis à son appel. Reste à Jean le Baptiste à se convertir lui-aussi à la méthode de Dieu, au projet de Dieu pour les hommes : il n’est pas celui qui détruit, il est celui qui sauve ! C’est ainsi que je comprends cette béatitude que je n’avais jamais remarqué auparavant : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            Jésus affirme que c’est bien autour de sa personne que s’opèrera le jugement. Jean le Baptiste, comme tout un chacun, doit se décider pour ou contre Jésus. Je n’ai pas de doute que la réponse qu’il aura reçue de ses envoyés l’aura réconforté et qu’il aura gardé son espérance dans la venue du jour du Dieu. Ce passage nous montre que chacun peut, à un moment donné de son histoire, se trouver confronté au doute. Plutôt que d’abandonner, cherchons comme Jean une réponse à nos doutes, en nous faisant aider par d’autres quand notre doute nous retient prisonnier ; avec eux, relisons l’œuvre de Jésus et confrontons-la, non pas à nos attentes, mais aux promesses que Dieu a faites à nos Pères dans la foi. Nous trouverons en Jésus, dans son enseignement et dans ses œuvres, la lumière nouvelle qui redonnera à notre foi sa force et à notre espérance son horizon : le Seigneur vient nous sauver, il n’abandonne personne. Il n’y a pas de prison assez sombre qui ne puisse être traversée par sa lumière. Avec Jean le Baptiste, réjouissons-nous de ce Dieu qui vient prendre soin de nous ; réjouissons-nous de ce Dieu qui vient nous offrir son salut. Amen.

samedi 26 novembre 2022

1er dimanche de l'Avent A - 27 novembre 2022

 Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts !




(source : https://www.guyane.catholique.fr/)


        
        En ce premier dimanche de l’Avent, premier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise, par sa liturgie, nous rappelle trois attitudes fondamentales de toute vie de foi, qui tiennent en ces mots entendus  dans nos lectures : Venez, veillez et tenez-vous prêts ! Ces trois attitudes peuvent sembler contradictoires, mais en réalité elles sont plutôt trois facettes d’un unique nécessaire : devenir disciple du Christ. 

            Venez ! Beaucoup pensent que la foi résulte d’un mouvement de Dieu qui vient vers l’humanité. Ils n’ont pas tout-à-fait tort, puisque c’est le sens du cri de l’homme vers Celui que Dieu envoie. De nombreux chants de ce temps de l’Avent en témoigne ; je ne citerai que « Viens, Emmanuel, viens nous sauver ! » par exemple. C’est aussi le cri du croyant chrétien qui attend le retour du Christ, le cri qui conclut toute la Bible : Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Pourtant, il ne nous faut pas oublier que la foi est aussi réponse à ce Dieu qui vient, et qu’il nous faut aller vers lui. Nous sommes en route vers lui, vers le Royaume où il nous attend. Si Dieu vient vers nous, c’est pour que nous venions à la foi. La foi passe par les pieds, par un mouvement de tout le corps. Quand Dieu vient à la rencontre des hommes, nous ne pouvons rester statiques, assis confortablement chez nous ! Souvenez-vous de Zachée dont nous avons entendus il y a quelques temps la rencontre avec Jésus : ayant appris que Jésus passait par Jéricho, il s’est mis en route pour le voir, et comme il était de petite taille, il a grimpé sur un arbre. Il ne s’attendait pas à la suite, mais c’est sa mise en route qui a provoqué sa conversion. S’il n’était pas sorti de chez lui, s’il ne s’était pas mis en route, personne sans doute n’aurait conduit Jésus à Zachée. Il suffit de voir leur réaction lorsque Jésus s’invite chez lui.  

            Veillez ! Cette deuxième attitude peut sembler contradictoire avec la première. La veille, c’est ce que nous faisons chez nous. Nous attendons, nous restons éveillés pour ne pas rater celui qui doit venir. Nous retrouvons dans cette invitation l’importance de la prière qui nous met en état de veille. Scrutant les Ecritures, entrant dans un cœur à cœur avec Dieu, nous entrons dans cette veille. Mais veiller est aussi nécessaire lorsque nous décidons de venir vers Dieu. Il s’agit alors de ne pas nous tromper en chemin, de discerner ce que Dieu attend de nous, pour que nous soyons des disciples selon son cœur. Cela signifie que je ne cours pas vers Dieu les yeux fermés, mais je veille à mettre mes pas dans les pas de Dieu. Il est facile de se tromper, il est facile de tomber en chemin. Il faut une vigilance accrue lorsque l’on décide d’aller à la rencontre du Seigneur. La parabole des jeunes filles invitées à la noce et qui attendent l’époux qui tarde à venir, est riche d’enseignement. Celles qui ont manqué d’huile, ont manqué de vigilance ! Ce qui nous amène au troisième terme. 

            Tenez-vous prêts ! Que Dieu vienne à notre rencontre, c’est une certitude. Que le Christ revienne un jour, c’est tout l’horizon de notre foi. Si nous ne croyons pas qu’il reviendra dans sa gloire, nous sommes les plus à plaindre des hommes. Notre foi s’appuie sur cette espérance, fondée elle-même sur la promesse de Jésus : Je pars, mais je reviendrai vous prendre avec moi, et là où je suis, vous y serez aussi ! Nous ne pouvons pas perdre cette espérance. Nous ne pouvons pas vivre comme si Jésus ne revenait pas. Notre mise en route à la rencontre de celui qui vient, notre vigilance sur le chemin doivent se concrétiser dans cet appel de Paul aux chrétiens de Rome : Revêtez-vous du Seigneur Christ ! Voilà sans doute l’aboutissement le plus parfait de l’injonction à nous tenir prêts. Nous serons prêts à accueillir le Christ, nous serons prêts pour le Royaume, lorsque nous serons totalement configurés au Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Jésus et nous, même combat ! 

            Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts ! Vous comprenez mieux pourquoi le message de ce premier dimanche de l’Avent est si riche. Nous ne pouvons pas séparer ces trois attitudes les unes des autres. C’est le mouvement qui me met en route qui me fait être vigilant et qui témoigne que je suis prêt à être disciple. Je ne suis sans doute pas parfait, mais plus je suis vigilant, plus je serai prêt à revêtir le Christ et à marcher vers lui et le Royaume où je me sais attendu et aimé. Invitons-nous les uns les autres, au cours de cet Avent ; n’hésitons pas à proclamer ce : Venez ! Veillez ! Tenez-vous prêts ! Et n’oublions pas que s’il compte pour les autres, il compte aussi et d’abord pour nous. Amen.