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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 29 juillet 2023

17ème dimanche ordinaire A - 30 juillet 2023

 Tout est don, et nous sommes appelés à témoigner de ces dons.


 

 



 


            Il existe encore un malentendu concernant la foi ; il consiste à croire que, pour être sauvés, il nous faut faire des choses pour Dieu, comprenez : il nous faut être gentil avec lui pour qu’il soit gentil avec nous. Ce malentendu a permis le développement de ce que l’on peut appeler « la théologie de la sueur », comprenez des efforts sans cesse à faire pour plaire à Dieu. Et plus vous fournissez des efforts, plus on vous fera comprendre que ce n’est pas encore assez, et donc plus vous continuerez à faire des efforts, jusqu’au jour où soit vous serez découragés et enverrez tout valser, soit vous aurez compris que Dieu n’agit pas envers nous comme un maître tyrannique, jamais satisfait de nous et qui exige toujours plus de nous. Vous entrerez alors dans une relation renouvelée avec ce Père que Jésus ne cesse d’annoncer et qui nous invite à la joie dans son Royaume. 

            N’est-ce pas ce que Paul nous dit dans la deuxième lecture entendue ? Pour parvenir à la gloire du Royaume, Paul ne nous dit pas ce qu’il nous faut faire ; il nous explique tout ce que Dieu fait pour nous. Ecoutons-le à nouveau : Ceux qu’il a destinés d’avance [à être ses fils], il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire. Le sujet de toutes ces actions, ce n’est pas l’homme, c’est Dieu ! C’est Dieu qui fait de nous ses fils et ses filles en Jésus, le premier-né d’une multitude de frères. Et il le fait d’avance, c'est-à-dire que cela fait partie de son projet depuis toujours. Dieu ne veut pas que l’homme se perde loin de lui ; Dieu ne veut pas la mort de l’homme. Il veut sa vie, et pour lui gagner cette vie, il offre Jésus. Pour que l’homme parvienne au Royaume, Dieu prend les devants, et fait tout ce qui est nécessaire pour que l’homme parvienne là où Dieu l’attend. Il nous appelle à être ses fils (ce que le baptême réalise effectivement), il fait de nous des justes (des hommes et des femmes capables de vivre selon la justice de Dieu), il nous a donné sa gloire (c’est quelque chose que nous possédons déjà). Vivre dans la gloire de Dieu, cela commence dès ici-bas, dès notre baptême. Tout ce que Dieu veut pour nous, il l’a déjà fait pour nous ; il nous a déjà tout donné, en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre vie. Il faudra bien un jour que cela rentre dans nos têtes peut-être trop petites pour tout l’amour que Dieu déverse sur nous ! 

            Mais alors, me direz-vous, il n’y a donc pas d’efforts à faire ? Ben non, en fait, non. Ce qu’il convient de faire, c’est de répondre à l’amour que Dieu déverse sur nous. Quand vous êtes tombés amoureux, avez-vous eu des efforts à faire pour dire et vivre votre amour ? Il n’y a pas d’efforts à faire, il y a un amour à accueillir dans un premier temps ; pour être clair, il nous faut reconnaître cet amour de Dieu pour nous et l’en remercier. Et dans un second temps, il faut témoigner de cet amour, c'est-à-dire partager aux autres que nous sommes tous aimés infiniment par Dieu. Et comment fait-on cela ? Pas d’abord par des mots, mais en vivant de manière amoureuse, pas seulement avec Dieu, mais aussi avec tous ceux et celles qu’il met sur notre route. Témoigner de l’amour de Dieu dont nous bénéficions, c’est d’abord répandre cet amour autour de nous par une vie conforme à cet amour. Je redonne plus loin l’amour qui m’est donné ; je le partage largement parce que je l’ai reçu largement ! L’amour de Dieu pour nous ne s’épuise pas, tant qu’il se partage, tant qu’il se répand ; bien au contraire, plus je le partage, plus j’en reçois. Et cela, ce n’est pas un effort à faire, c’est juste une reconnaissance à avoir. Tu m’aimes, Seigneur ; avec ton amour, je peux aimer à mon tour. Et quand nous vivons ainsi, nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons pour nous, parce que reconnaissons-le, c’est quand même plus gratifiant, plus équilibrant, plus libérateur que de vivre en aimant les autres grâce à l’amour de Dieu, que de vivre en nous défiant des autres, en les critiquant, en ne les aimant pas. Nos mauvaises humeurs, nos déprimes, nos colères ne viennent jamais d’un excès d’amour, mais d’un manque d’amour. Ces choses qui nous rongent viennent de ce que nous ne reconnaissons pas ou ne reconnaissons plus combien nous sommes aimés pour ce que nous sommes, tels que nous sommes ; ces mauvaises choses viennent de ce que nous ne transmettons plus l’amour dont nous bénéficions. Nous en avons déjà tous fait l’expérience : c’est quand nous n’aimons plus ou que nous ne nous sentons plus aimés, que nous broyons du noir. Quiconque aime, est dans la joie ; quiconque aime, sait ouvrir son cœur aux autres parce que sa joie, il veut la partager. 

            Avec Paul, passons d’une « théologie de la sueur pour gagner l’amour de Dieu » à une « théologie de la reconnaissance que Dieu nous aime par grâce ». Accueillons ces dons qu’il a préparé pour nous et répandons-les autour de nous. Dieu aime la multitude des hommes d’un amour égal ; il ne nous aimera pas moins parce qu’il en aimera d’autres. Son amour est pour tous, de la même manière, parce que nous sommes tous appelés à devenir fils et filles de Dieu, dans cet immense amour que Dieu porte aux hommes qu’il a créés. Nous aimons Dieu quand nous reconnaissons l’amour qu’il nous porte ; et quand nous aimons Dieu, lui-même fait tout contribuer à [notre] bien, parce que Dieu ne peut pas ne plus aimer. Que cette bonne nouvelle soit pour nous source d’une vraie joie. Amen.

 

 


dimanche 12 mars 2017

02ème dimanche de Carême A - 12 mars 2017

A cause de son projet à lui et de sa grâce !




Reconnaissons-le : il y a, dans la présentation que certains peuvent faire du Carême, une notion qui peut nous décourager si elle est mal comprise, la notion d’effort à faire. Aussi loin que je me souvienne, chaque année, les catéchistes nous parlaient des efforts à faire, des choses dont il fallait se priver, d’un truc à trouver pour montrer vraiment que nous voulions être amis de Jésus. Le plus décourageant, c’est que, quel que soit l’effort choisi, il semblait ne jamais suffire, puisqu’il fallait sans cesse recommencer, en trouver un autre l’année suivante. Cela semblait un cercle infernal, sans fin. Est-ce mon effort qui n’est pas bon ou bien Dieu qui est difficile à satisfaire ? Comment sortir de cette impasse ? 
 
Cela m’aura pris du temps pour trouver une issue et laisser là les improbables efforts de Carême. Il aura simplement fallu que je comprenne que Jésus n’attendait pas tant de moi que je renonce à des choses, mais plutôt que je fasse le bon choix. Et le bon choix, c’est lui. Tant que vous regarderez ce que vous devez quitter pour plaire à Jésus, vous serez dans une impasse. Mais dès lors que vous regardez Jésus que vous gagnez, tout le reste ne vous semble que des balayures, des riens que vous laissez volontiers pour ce trésor qu’est l’amour du Christ pour vous. Autrement dit, et pour être vraiment clair, Dieu n’attend pas d’abord des preuves de notre amour pour lui, mais plutôt une preuve que nous nous laissons aimer de lui, que nous accueillons son amour dans nos vies. N’est-ce pas là ce qu’explique Paul à Timothée lorsqu’il écrit que Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ? Ce qui est premier, ce ne sont pas nos efforts, mais l’amour de Dieu pour nous, le projet d’amour que Dieu porte pour chacun. Quiconque a découvert ce projet pour lui ne peut résister ; il se laisse embarquer par Dieu, il se laisse saisir par son amour ; et ce qui semblait effort irréalisable auparavant, devient réponse amoureuse à un projet qui nous dépasse et qui nous conduit à la joie véritable. 
 
Regardez Abram lorsqu’il est choisi et appelé par Dieu. Nous ne savons rien de lui lorsque Dieu l’appelle, ni son âge, ni sa vie antérieure. Nous ne savons pas s’il a été bon, ni ce qu’il fait pour gagner sa vie. Nous ne savons même pas s’il connaissait Dieu, s’il avait l’habitude de converser avec lui. Nous savons juste que Dieu est à l’initiative d’une rencontre, à l’initiative d’un projet, et qu’Abram se lance, sans poser de question. Il ne sait pas où il doit aller, ni pourquoi la bénédiction de Dieu ne peut se réaliser que là-bas, ailleurs, au loin. Après tout, il aurait pu objecter que l’endroit où il vivait n’était pas mal non plus, et que si Dieu voulait le bénir, il pourrait bien le faire ici, où il a toute sa famille, toute sa parenté, toute sa vie. Mais voilà, quand Dieu saisit Abram, toute la vie de celui-ci est désormais en Dieu, et son bonheur ne pourra être que dans la réalisation du projet que Dieu porte pour lui. Et si pour cela il faut partir, eh bien Abram part. il renonce à tout son passé pour un avenir fait de promesses. 
 
C’est cela le temps du Carême : une mise en route par Dieu vers l’accomplissement d’une promesse. Et cette promesse n’est rien moins que notre vie, notre bonheur, notre avenir. En suivant Dieu, en nous laissant aimer de lui, nous ne quittons rien, nous ne perdons rien ; nous gagnons tout ! Et c’est cela qu’il nous faut comprendre. Dieu nous offre tout dès lors que nous répondons oui à son appel. Dieu nous offre sa vie dès lors que nous lui faisons une place dans la nôtre. En vivant avec Dieu, nous comprendrons vite  qu’il y a des choses d’avant qui ne sont pas à leur place, et nous les abandonnerons, volontiers et sans effort, parce que ce que nous gagnons est bien plus fort que ces choses, bien plus beau, bien plus apte à remplir notre vie et lui donner sens. 
 
N’est-ce pas l’expérience que font Pierre, Jacques et Jean au jour de la transfiguration ? Juste avant cet épisode, Jésus avait annoncé à ses disciples qu’il allait être livré et condamné à mourir. Il avait aussi annoncé à ses amis qu’il leur faudrait prendre à leur tour leur croix et le suivre (les fameux efforts à faire !). Peut-être les a-t-il senti désorientés, un peu perdu devant tant de choses à digérer. Alors, l’espace d’un instant, à trois d’entre eux, il se révèle tel qu’il est depuis toujours et tel qu’il sera pour toujours : dans la gloire de Dieu lui-même. A ceux à qui il vient de demander de prendre leur croix, il révèle le but, ce qu’ils ont à gagner à le suivre sur ce chemin certes exigeant : rien moins que la vie dans la gloire avec le Christ, leur maître. Je ne dis pas que cela rend la croix plus supportable, mais cela éclaire d’un jour nouveau le chemin à parcourir ; cela donne de la force et de l’espérance dans les difficultés. Cela redit le projet de Dieu pour tous et pour chacun et nous rappelle qu’il nous donne la grâce nécessaire pour le réaliser. 
 
Ne faisons donc pas des efforts de carême pour faire des efforts de carême ; mais faisons une place plus grande au Christ qui vient nous sauver. Accueillons sa grâce, accueillons sa vie en nous et nous n’aurons plus qu’une envie : lui laisser toute la place nécessaire pour que ce ne soit plus nous, ni le Mal, ni nos passions, mais lui qui vive en nous, aujourd’hui et toujours. Parce que tel est son projet à lui, tel est son amour pour nous. Amen.