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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 26 octobre 2024

30ème dimanche ordinaire B - 27 octobre 2024

 Que veux-tu que je fasse pour toi ?





 



          Que veux-tu que je fasse pour toi ? La question est surprenante, n’est-ce pas, lorsque nous l’entendons dans l’évangile de ce dimanche ! Que pourrait bien vouloir Bartimée de la part de Jésus ? Pourquoi crier au bord du chemin : Fils de David, Jésus, prend pitié de moi ? Son insistance, quand beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, indique sa détermination. Il veut quelque chose de Jésus, et il ne se taira pas tant qu’il ne l’aura pas ! Quand on sait que Bartimée était un aveugle qui mendiait, il ne faut pas avoir fait de grandes études pour deviner. Est-ce que je me trompe ? Pourtant, la première parole de Jésus est bien cette question : Que veux-tu que je fasse pour toi ? 

          La réponse de Bartimée jaillit, claire et assurée : Rabbouni, que je retrouve la vue !  Tu m’étonnes ! Quelqu’un ici aurait imaginé une autre demande ? Nous sommes tous d’accord qu’il n’y avait pas vraiment d’autre réponse possible, surtout quand on sait que c’est son handicap physique, et non sa pauvreté, qui l’excluait de la communauté humaine et religieuse. Si, dans sa pauvreté, il espérait devenir riche, il lui fallait d’abord être guéri. Alors pourquoi cette question qui peut sembler un peu bête ? Parce que même si nous pensons que Dieu sait tout et qu’il peut tout, il nous faut exprimer devant lui notre attente, notre désir profond. Dieu sait ce qu’il nous faut, je n’en doute pas ; mais est-ce que je désire bien ce que Dieu veut me donner ? Et est-ce que je crois qu’il peut le faire ? Exprimer clairement sa demande, c’est poser un acte de foi en la capacité de Jésus de faire ce que Bartimée lui demande. D’ailleurs Jésus le confirme quand il répond à Bartimée : Va, ta foi t’a sauvé. Au-delà de la guérison physique qu’il espérait, il reçoit en plus le salut. Il nous faut donc bien comprendre que ce qui est en cause, c’est la foi ! Rappelez-vous cette autre parole de Jésus : si vous avez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : “Transporte-toi d’ici jusque là-bas”, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible (Mt 17, 20). Cette page d’évangile nous invite donc à examiner deux choses. 

          La première : est-ce que je sais ce que j’attends de Dieu ? Si Dieu venait nous visiter en nous demandant ce qu’il peut faire pour nous, là, maintenant, aurions-nous la spontanéité de Bartimée, un cri du cœur, ou serions-nous comme Aladdin devant le génie de la lampe à nous gratter la tête pour savoir ce que nous pourrions bien lui demander ? Que demander qui ne soit ni présomptueux, ni totalement hors de question pour Dieu ? Cette question en cache une autre que j’exprimerais ainsi : est-ce que je connais suffisamment Dieu pour oser lui demander ce que je sais qu’il peut m’accorder ? Je suis convaincu que la réponse de Bartimée à la question de Jésus vient du fait qu’il connaît Jésus. Il a entendu parler de lui, de tout ce qu’il a déjà fait ; et Bartimée connaît bien Dieu. Il sait les signes avant-coureurs qui permettraient aux hommes de découvrir que le Messie est bien là, au milieu d’eux. Le prophète Isaïe en a donné quelques-uns : Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie (Is 35, 4-6). Tous ces signes posés par Jésus, Bartimée en aura entendu parler. Avant de le rencontrer et de s’égosiller pour être entendu par Jésus, il aura entendu que Jésus a déjà guéri un lépreux, un paralytique, un homme à la main desséchée, qu’il a chassé des démons en nombre, rendu à la vie la fille de Jaïre, guéri un sourd-bègue, un aveugle et un épileptique. Il ne lui en faut pas plus pour donner à Jésus le titre de Fils de David, l’un des noms annoncés par Jérémie : Voici venir des jours – oracle du Seigneur–, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice (Jr 23,5). La foi de Bartimée est grande ; bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) les signes dont il entend parler. Bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) en Jésus le Messie attendu. Il sait que Jésus peut pour lui ce qu’il a déjà fait pour d’autres. Il s’est préparé. Sommes-nous prêts à rencontrer le Christ ? 

La deuxième grande question que cet évangile nous pose découle de tout ce que je viens de dire : avons-nous suffisamment la foi aujourd’hui ? Savons-nous reconnaître la présence de Jésus au milieu de nous, aujourd’hui encore ? Car enfin, c’est la grande promesse du Ressuscité au jour de l’Ascension : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! Dans ce monde qui semble avoir chassé Dieu, sommes-nous encore capables de voir le Christ à l’œuvre ? Ou nous lamentons-nous que ce n’est plus comme autrefois, quand tout le monde allait de l’église ? Et surtout, à travers notre vie, donnons-nous le Christ à voir aux autres ? Sommes-nous assez croyants pour vivre en authentiques disciples du Christ, même si cela peut sembler plus difficile quand la foi n’est plus autant partagée qu’autrefois ? Osons-nous nous affirmer chrétiens, c'est-à-dire disciples de ce Christ qui s’est livré pour notre salut ?  Et partant de là, avons-nous bien conscience d’être déjà sauvé par le sacrifice en croix de Jésus ? Vivons-nous de ce salut que Jésus nous offre dès notre baptême ? 

Bartimée est un exemple pour nous. De lui, apprenons la puissance de la foi. De lui, apprenons qui est Dieu pour nous et ce qu’il peut pour nous. Avec lui devenons disciples de Jésus et suivons-le sur le chemin de notre vie, jusqu’au royaume où il nous invite. Amen.

samedi 14 septembre 2024

24ème dimanche ordinaire B - 15 septembre 2024

 Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.





(Dessin de Deligne)



 

            Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche, sévère, est fait par Jésus à Pierre, alors qu’il a quelques temps auparavant, fait profession de foi en reconnaissant que Jésus était le Christ. Il nous montre que même les Apôtres de Jésus ne sont pas à l’abri de se méprendre sur lui. Ils le fréquentent, ils le suivent, ils l’écoutent, mais le connaissent-ils vraiment ? Et surtout, le comprennent-ils bien ? Car tout est là, me semble-t-il dans cette page d’évangile, dans la compréhension qu’ils ont, que nous avons, de Jésus et de sa mission. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Si même les plus proches de Jésus peuvent ne pas saisir le sens de sa mission, nous devons admettre alors que ce reproche de Jésus, adressé à Pierre, nous est adressé à tous. Même si nous avons les évangiles, même si des siècles de théologie nous parlent de Dieu et de son Christ, le connaissons-nous vraiment mieux que ceux qu’il a lui-même appelés à le suivre ? Souvent, nous nous faisons de belles idées sur Dieu, sur ce qu’il devrait être, sur ce qu’il devrait faire. Lorsque nous traversons une épreuve, il peut arriver que nous en voulions à Dieu, n’est-ce pas ? Nous ne cherchons pas un Dieu à servir, mais un Dieu à asservir à notre cause. Dieu doit être de notre côté, nécessairement. Il doit répondre à nos critères, à nos envies. Que Dieu puisse avoir un grand projet pour l’homme, c’est bien ; mais il devrait avoir un projet plus grand encore pour nous. Bref, nous voulons un Dieu à notre mesure, un doudou divin qui nous ferait du bien, un animal de compagnie qui nous obéirait au doigt et à l’œil. Telles sont, quelquefois, les pensées des hommes. Ce n’est pas grave en soi ; il faut juste en être conscient si nous voulons rencontrer le vrai Dieu, le vrai Jésus. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce que ce reproche a de bon pour nous, c’est qu’il nous rappelle que Dieu n’est pas juste une idée, voire une belle idée de l’homme, mais que Dieu a sa propre réalité. Il nous rappelle aussi que, si Dieu a sa propre réalité et n’est donc pas une invention humaine, il a sa propre vie et ses propres projets. Et quand l’homme accepte cela, quand il accepte que Dieu est plus grand que lui et qu’il a un projet de vie pour l’homme, ce que la théologie appelle une Alliance à proposer à l’homme, alors celui-ci peut entrer dans les pensées de Dieu. Nous ne sommes pas condamnés à n’avoir que de belles idées sur Dieu ; nous pouvons rencontrer Dieu en vérité ; nous pouvons entrer en Alliance avec lui ; nous pouvons entrer dans son projet. Le psalmiste l’a bien compris quand il nous fait chanter : Le Seigneur défend les petits : j’étais faible, il m’a sauvé. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Il nous fait comprendre que le projet de Dieu pour l’homme est un projet de salut. L’Alliance que Dieu nous propose est une Alliance pour la vie, pour notre vie. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche fait à Pierre et à nous, est une invitation à entrer dans le projet de Dieu, à la condition fixée par Dieu. Cette condition ne nous concerne pas d’abord ; elle concerne Dieu. Il veut nous sauver au prix de son propre Fils. Il veut tellement nous sauver, nous qui avons montré à travers les âges que nous étions incapables de nous sauver nous-mêmes, qu’il a décidé, Dieu, de nous donner son Fils et de le livrer à notre ennemi commun : le mal jusque dans ce qu’il a de plus abject, la mort d’un innocent. C’est quand je mesure ce grand prix payé par Dieu, que je comprends la réaction de Pierre et les vifs reproches qu’il adresse à Jésus. Car qui peut accepter qu’un innocent meurt pour lui ? Qui peut accepter qu’un autre homme paye pour ses crimes ? Pour quiconque a un sou de conscience et de morale, c’est inacceptable. Mais pour Dieu, c’est la seule solution ; il le sait bien, lui qui a tout essayé avant d’en arriver à cette conclusion. S’il veut sauver l’humanité, il devra y aller lui-même. C’est pour cela qu’il fait de son Fils unique un homme comme nous, pour que par son sacrifice, nous puissions devenir Dieu comme lui. Il n’est pas comme ses faux dieux qui font leur fond de commerce en exigeant chaque année la vie d’hommes et de femmes offerts en sacrifice sanglant. Il s’offre lui-même en sacrifice, une fois pour toutes, pour que l’Ennemi, victorieux sur le bois, fût à son tour vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur. C’est ce que chantait hier la préface de la fête de la Croix glorieuse. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ne nous offusquons pas de ce reproche de Jésus. Prenons-le pour ce qu’il est réellement : une invitation à mieux connaître Dieu, une invitation à mieux entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, telle qu’il nous la propose. Nous saurons ainsi que Dieu est définitivement pour notre vie et pour notre salut. La croix dressée en est le signe visible à tout jamais. Amen.  

samedi 10 août 2024

19ème dimanche ordinaire B - 11 août 2024

 Nous connaissons bien ses parents ; et alors ?






 

            Nous le sentions venir, le vent mauvais qui souffle aujourd’hui sur l’évangile. Jésus, celui-là même qui a multiplié les pains et les poissons, a eu une parole énigmatique : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel, et voilà que ceux qui le cherchaient pour faire de lui leur roi (voir 17ème dimanche), récriminent contre lui. Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : « Je suis descendu du ciel ? 

            C’est un vieux réflexe de l’humanité ! Quand quelqu’un dérange, dépasse du lot, ose une parole originale, pose des gestes hors du commun, il faut lui couper la tête. Dans le rang, et vite ! Pour qui se prend-t-il ? Nous connaissons bien sa famille. Ce qu’il dit tranche avec ce que l’on sait, ou ce que l’on croit savoir. Le problème de cette vilaine manie, c’est qu’à partir de ce moment-là, les gens n’écoutent plus vraiment. Jésus pourra bien donner toutes les explications possibles, ses auditeurs sont enfermés dans leurs propres réflexions ; ils ne peuvent s’ouvrir à rien de neuf, tellement ils sont sûrs de connaître, de savoir tout de lui. Et Jésus ne va même pas essayer de les détromper. Il ne leur dit pas : souvenez-vous de ma naissance. Il ne les renvoie pas vers Marie et Joseph pour qu’ils expliquent ce qui s’était passé avant la naissance de Jésus, comment Dieu avait approché Marie… Non, Jésus poursuit simplement le discours qu’il a commencé avant les récriminations, en l’embrouillant sans doute encore un peu plus en parlant de son Père, non pas Joseph, mais l’autre, celui qui l’a envoyé dans le monde, Dieu ! La formule utilisée par Jésus – Je suis – aurait pourtant dû leur mettre la puce à l’oreille. C’est la formule utilisée jadis par Dieu, quand il a révélé son nom à Moïse : Je suis qui je serai, c'est-à-dire Je suis celui dont tu auras besoin. Eh bien là, Jésus dit, après la multiplication des pains : Je suis le pain descendu du ciel. Tu avais faim, tu avais besoin de pain, je me suis fait pain pour toi, je t’ai permis de manger à satiété. 

            Savoir quelque chose sur Dieu, et reconnaître cette chose lorsqu’elle se présente, ce sont deux réalités bien différentes. Comme si l’homme demandait quelque chose, l’espérait, mais était incapable de le reconnaître quand cela lui est enfin donné. Il ne fait pas le lien entre ce qu’il a espéré, voire demandé, et ce qu’il reçoit. Comme s’il était impossible que Dieu se rende présent selon ce dont l’homme a besoin. N’est-ce pas, nous voyons Dieu tellement grand, tellement différent, tellement tout, que nous ne le reconnaissons pas, ou que nous ne le reconnaissons plus, quand il vient à nous différent de ce que nous croyons savoir de lui, et surtout dans une chose aussi simple que du pain . Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, cela voudrait dire que Dieu entend les hommes et qu’il intervient bien en leur faveur ? Si Jésus est bien celui qu’il affirme être, serait-ce à dire que Dieu est bien venu chez nous ? Non, Dieu il est ailleurs, nous sommes ici, et tout va bien. Chacun chez soi et les pains et les poissons partagés sont justes des pains et des poissons partagés et non pas le signe que Dieu intervient dans la vie des hommes, par un homme en particulier, Jésus. D’ailleurs, si Dieu devait intervenir, pourquoi ne le fait-il au Temple, par l’intermédiaire du grand prêtre ? Il est payé pour ça, le grand prêtre, non ? Mais voilà, Jésus persiste et signe : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Vous comprenez l’énormité. Le Je suis n’ayant pas été compris, Jésus enfonce le clou. Quand je parle, c’est Dieu qui parle. Et si vous ne comprenez pas, et ne venez pas à moi, c’est que le Père ne vous attire pas. 

            Et nous sommes passé de : Nous connaissons ses parents à Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Puisqu’ils récriminent contre Jésus, ils n’ont pas entendu le Père, ils ne reçoivent pas son enseignement, ils ne peuvent pas comprendre. Pour rencontrer Dieu, pour entendre Dieu, il faut sortir de ses certitudes, il faut oser une rencontre nouvelle, il faut accueillir un enseignement nouveau : Jésus lui-même ! C’est la première étape, nécessaire. Sinon, tous ses discours nous resteront obscures, incompréhensibles. Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’arrivons pas à dépasser Jésus, fils de Joseph et de Marie ? Comment reconnaître Jésus comme le pain qui est descendu du ciel, si nous n’écoutons pas ce qu’il dit de lui et de son Père ? Il nous reste encore deux dimanches pour essayer de comprendre. Ne récriminons pas à notre tour. Accueillons Jésus pour ce qu’il dit être ; reconnaissons en lui le Père à l’œuvre dans le monde. Mangeons de ce pain en y discernant la présence de Jésus, et nous vivrons éternellement. Amen.

samedi 20 avril 2024

4ème dimanche de Pâques B - 21 avril 2024

 Jésus est ressuscité ; il nous donne le salut.





 

            C’est une des vérités de notre foi : par sa mort et sa résurrection, Jésus nous donne le salut. Mais cela veut dire quoi au juste ? Les lectures de ce dimanche nous aident à y voir plus clair. 

            Ecoutons Jean dans l’évangile. Ce passage du chapitre dix, consacré à la figure du bon Pasteur, nous parle du salut. Il le fait à travers deux figures : le berger mercenaire et le bon berger. Le berger mercenaire est celui abandonne les brebis et s’enfuit, s’il voit venir le loup.  Il n’a le souci que de lui-même, pas du troupeau, et c’est bien normal parce que les brebis ne sont pas à lui ; les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Le bon berger, au contraire, donne sa vie pour ses brebis. Elles comptent plus pour lui que lui-même. C’est cela être sauvé : compter davantage pour Jésus, le bon pasteur, que Jésus ne compte pour lui-même. Ou, pour prendre un autre mot du même évangile : être sauvé, c’est être connu de Jésus et connaître Jésus. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Nous sommes sauvés dès lors que Jésus nous connaît ; et nous accueillons ce salut dès lors que nous connaissons Jésus. Connaissant Jésus, nous pouvons démasquer les bergers mercenaires, ceux pour qui nous ne comptons pas. Connaissant Jésus, nous ne sommes plus soumis au mal, et lorsque le mal croise notre vie, nous avons la capacité à le rejeter. Etant connus de Jésus, nous sommes protégés par lui qui veille sur nous. Cela ne signifie pas que nous ne rencontrerons jamais ni le mal, ni les épreuves ; mais cela signifie que nous ne sommes plus seul désormais pour affronter le mal et les épreuves. Nous connaissons Jésus et Jésus nous connaît : il vit avec nous, il combat pour nous ; en faisant ainsi, il nous sauve, il nous libère. 

            Dans sa première lettre, Jean nous fait faire un pas de plus puisqu’il nous assure que nous sommes enfants de Dieu. Non seulement nous sommes connus par Jésus, mais Dieu lui-même, le Père éternel, nous identifie à son Fils, nous rend semblables à son Fils. C’est le baptême, c'est-à-dire notre participation à la mort et à la résurrection de Jésus, qui nous fait enfants de Dieu. C’est le signe que nous sommes vraiment sauvés. Etant de la famille même de Dieu, nous n’avons plus rien à craindre. Rien ne pourra nous atteindre ! Il nous faut ici relire la lettre de Paul aux Romains (Rm 8) quand il écrit : Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. Connaissant Jésus, nous connaissons Dieu ; connus par Jésus, nous sommes connus de Dieu, lui qui a ressuscité son Fils. Puisque son Fils, le bon berger, a donné sa vie pour nous, le Père qui a redonné la vie à son Fils, nous fait partager la même vie, nous qu’il reconnaît comme ses enfants. La guérison de l’infirme dans les Actes des Apôtres, est une illustration, un avant-goût de ce que sera la vie de tout homme qui connaît Jésus. Pierre ne l’a pas guéri grâce à quelques herbes ou gestes magiques ; il lui a donné le nom de Jésus et il a été guéri : Au nom de Jésus Christ, le Nazaréen, lève-toi et marche. Le résultat nous est connu ; l’homme a été sauvé, libéré du mal qui le rongeait depuis sa naissance (Ac 3). Pierre, quand on lui demande d’expliquer cette guérison, a raison d’affirmer haut et fort : En nul autre que lui (Jésus), il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. Personne d’autre n’a fait, et personne d’autre ne fera jamais, ce que Jésus a fait quand il a donné sa vie pour nous.

            Ne cherchons pas ailleurs ce qui nous a été donné à grand prix. Ne cherchons pas un autre que celui qui a donné sa vie pour nous et qui nous a prouvé ainsi qu’il portait le souci de nous, de notre vie. Jésus nous connaît, et nous le connaissons par le témoignage des Apôtres et par l’Evangile prêché par l’Eglise. Comme il nous connaît, connaissons-le ! Jésus nous a aimés à en mourir ; aimons-le à en vivre chaque jour que Dieu nous donne. Amen.

samedi 13 janvier 2024

2ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2024

Comment connaître Dieu ?



(Jean le Baptiste et l'Agneau, Détail du retable d'Issenheim - Musée Unterlinden - Colmar)




 

 

 

            Qu’ont en commun le jeune Samuel et les deux disciples de Jean le Baptiste qui vont se mettre à la suite de Jésus, à part bien sûr le fait d’être du même peuple que Dieu s’est choisi ? Ils vont chacun faire la connaissance de quelqu’un qui va bouleverser leur vie : Dieu pour le jeune Samuel, Jésus, le Christ, pour les deux disciples de Jean le Baptiste. Ils vont, à des siècles d’intervalle, connaître Dieu qui se révèle à eux. Connaître Dieu : n’est-ce pas notre désir, à nous qui nous rassemblons chaque dimanche pour écouter sa Parole et recevoir de lui les dons qu’il veut nous faire ? Mais concrètement, comment cela est-il possible ? Comment connaître Dieu ? 

            Pour le jeune Samuel, nous l’avons entendu en première lecture, Dieu lui-même l’a appelé. Mais cela ne rend pas les choses simples pour autant. Nous avons vu Samuel courir trois fois auprès du vieux prêtre Eli, pensant que c’était lui qui l’appelait et qui avait besoin de ses services. Il nous manque quelques versets que la liturgie dominicale n’a pas retenu pour comprendre la méprise de Samuel. En effet, dit le texte biblique manquant, la parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue. Comment Samuel, encore enfant, aurait-il pu identifier Dieu, puisque Dieu lui-même parait peu ? Le même texte dit, un peu plus loin (cela, nous l’avons entendu) : Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. Il n’y a donc pas de faute de la part de Samuel. La présomption qu’il fait : c’est Eli qui m’appelle, est totalement justifiée. Le vieux prêtre Eli aurait-il pu savoir ? Sans doute ; d’ailleurs il finira par comprendre que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et c’est lui qui donnera à Samuel la bonne réponse à apporter si jamais il entendait encore quelqu’un l’appeler : Va te recoucher et s’il t’appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Quand on ne connait pas Dieu, quand on n’a jamais entendu la voix de Dieu, il faut quelqu’un pour nous aider à comprendre que c’est Dieu qui nous parle. Il faut quelqu’un pour nous apprendre à répondre à Dieu. Et ce qui vaut pour Samuel, vaut pour chacun de nous : nous devons être attentifs à la Parole du Seigneur, et être prêts à lui répondre. 

            Pour les disciples de Jean le Baptiste, la démarche est un peu différente. Ils sont déjà croyants en Dieu ; ils suivent Jean le Baptiste dont ils ont reçu le baptême. Avec leur maître, ils attendent celui qui doit venir. Ils ne savent pas qui, ni quand, mais ils font confiance à leur maître. Aussi, quand Jean leur annonce, en voyant Jésus : Voici l’Agneau de Dieu, ils ne se posent pas beaucoup de questions. Ils se mettent en route, ils suivent Jésus. Il a suffi d’une parole mystérieuse de Jean pour qu’ils suivent Jésus. Remarquez leur prudence toutefois. Ils ne s’élancent pas vers Jésus ; ils ne l’apostrophent pas : attends-nous ! Ils ne font même pas comprendre à Jésus qu’ils le suivent. Je crois qu’ils sont surtout curieux ; ils suivent, quelques pas en arrière. C’est Jésus qui remarque qu’il est suivi et qui les interroge. C’est Jésus qui les invite à faire un pas de plus : Venez, et vous verrez. Et de ce jour, ils ne le quitteront plus : ils restèrent auprès de lui ce jour-là. L’un d’eux, André, le frère de Simon-Pierre, va encore plus loin après ce premier jour. Il trouve Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amena son frère à Jésus. Qu’a-t-il vu auprès de Jésus pour comprendre qu’il est le Christ, et pour risquer son frère dans l’aventure ? Nous ne saurons jamais. Mais cela nous dit quelque chose de notre rôle à nous aujourd’hui : nous avons, comme André, à témoigner de ce que nous trouvons auprès de Jésus. Il n’y a pas de réponse unique que je pourrais vous donner maintenant et qu’il suffirait de répéter. Non, c’est l’expérience personnelle de chacun, sur une parole de foi donnée (Voici l’Agneau de Dieu), qui nous permet de mieux connaître Jésus et de le faire connaître. Si Jean le Baptiste n’avait rien dit, il ne se serait rien passé. Si Jean le Baptiste avait retenu ses disciples, il ne se serait rien passé ce jour-là. Si André n’avait pas suivi et vu quelque chose en Jésus, il n’aurait pas appelé son frère. Ça ne veut pas dire que Simon ne serait jamais venu à Jésus ; ça veut juste dire que cela se serait fait autrement. Ne sous-estimons pas le rôle que nous avons à jouer auprès de nos familles, de nos amis, dans nos quartiers. Si personne ne parle de Dieu au monde d’aujourd’hui, comment ce monde connaîtra-t-il l’amour et la miséricorde de Dieu ? 

            Nous sommes tous le André de quelqu’un qui nous révèle un peu plus Jésus ; nous sommes tous le André de quelqu’un qui a besoin de notre parole pour lui révéler Jésus et l’amener à lui. Nous avons tous à connaître toujours mieux Jésus, à être curieux de lui ; nous avons tous à témoigner de lui, à la mesure de ce que nous connaissons, à la mesure de ce que nous vivons avec lui. C’est ainsi que nous connaîtrons Dieu ; c’est ainsi que nous le faisons connaître. Car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour parler de lui ; Dieu a voulu avoir besoin de nous pour témoigner de lui et mener nos frères en humanité à lui. En faisant ainsi, l’humanité retrouvera le goût de Dieu, le goût d’une vie plus grande. Quand Dieu lui parlera, elle deviendra la servante qui écoute. Commençons et le monde suivra. Amen. 


samedi 12 mars 2022

2ème dimanche Carême C - 13 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour le découvrir mieux et l'écouter.



(Gustave Doré, La Transfiguration)


            Nous poursuivons notre route avec Jésus. Il nous emmène, à travers Pierre, Jean et Jacques, sur la montagne pour prier. Mesurent-ils, ces trois-là, la chance qu’ils ont d’être là avec lui, pour cet acte éminemment intime d’un fils conversant avec son père ? Vous aurez beau trouver la prière un brin ennuyeuse, voir Jésus prier, ça doit être quelque chose. C’est la seule fois, me semble-t-il, dans l’évangile que Jésus emmène quelqu’un avec lui pour prier. Il y aura bien, au soir du jeudi saint, le passage au Mont des Oliviers, mais Jésus s’éloignera de ses disciples pour prier. Ici, ils sont présents, ils assistent à tout, ce qui nous vaut la restitution de cet événement de la transfiguration. 

            Au-delà du côté peu banal de la scène, ce récit nous permet de mieux connaître Jésus. C’est la première raison de notre marche à sa suite. Jésus, on ne le connaît jamais assez. Et je crois bien qu’une vie entière ne suffit pas à le connaître parfaitement bien. A mesure que j’avance dans mon sacerdoce, je me rends bien compte que j’apprends encore, que je découvre encore qui est Jésus pour moi, qui est Jésus pour les hommes. Et ce n’est pas forcément parce que je suis lent à comprendre. Année après année, j’approfondis ma connaissance de celui que je reconnais comme Christ et Sauveur, parce que Jésus se révèle progressivement, dans les méandres de mon histoire personnelle.  Dans ce récit de la transfiguration, Jésus se révèle à nous tel qu’il est, réellement, dans toute sa gloire. Nous comprenons, là, que Jésus n’est pas qu’un homme, si d’aventure nous l’avions oublié. Nous comprenons, là, grâce à Moïse et Elie apparus dans la gloire, que Jésus vient accomplir la Loi et les Prophètes ; il vient réaliser les promesses que Dieu a faites à son peuple. Nous comprenons que Jérusalem sera le lieu de cette réalisation : ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Nous comprenons qu’ils parlent ensemble de sa Passion parce que nous avons le recul du temps. Mais la parole est suffisamment vague pour que les disciples ne fassent pas le lien immédiat avec la première annonce de la passion que Jésus leur a faite peu de temps avant dans l’évangile de Luc. 

Cette transfiguration n’est pas un événement qui doit effrayer ; c’est un de ces événements à garder au fond du cœur, et dont il faudra se souvenir au temps sombre de la Passion et de la mort de Jésus. La gloire resplendissante sera alors anéantie par le corps torturé, humilié, exposé du Serviteur souffrant sur la croix. Mais c’est le même corps, aujourd’hui et demain, qui sera donné à voir à ses disciples. Le corps du Christ Sauveur, resplendissant de la gloire de Dieu, est aussi le corps douloureux, le corps portant en lui toutes les souffrances de l’humanité persécutée, humiliée, déchirée. En assumant totalement notre humanité, jusque dans ces aspects les plus sombres, Dieu la fait resplendir de sa gloire et nous ouvre le salut. Si Moïse et Elie apparaissent, c’est bien pour rappeler le projet d’amour de Dieu, son unique projet révélé par la Loi et la Parole des Prophètes : que l’homme vive ! Dieu n’a d’autre projet pour nous que de nous vouloir vivants, pleinement. Jésus, dans sa transfiguration, vient nous dire que la vie en plénitude, c’est la vie éclairée par la gloire de Dieu, la vie transfigurée. 

A ceux qui pensent que cette vie n’est que pour après, la voix du Père apporte un démenti radical. Il ne dit pas grand-chose, Dieu le Père, mais quand il parle, il vaut qu’on se donne de la peine pour bien l’écouter. Ce qu’il dit, c’est ceci : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Cette parole fait partie de l’événement qu’il faut garder au fond de notre cœur. Elle confirme ce que nous pressentions, à savoir que Jésus n’est pas qu’un homme ; déjà il est rempli de la gloire de Dieu. Mais cette parole nous dit surtout comment nous pouvons à notre tour être transfiguré, resplendir de la gloire de Dieu : en écoutant Jésus, la parole vraie du Père. Ce n’est qu’en marchant à sa suite, en écoutant sa Parole et en la vivant comme lui, que nous resplendirons de la gloire de Dieu qui a établi sa demeure en nous. Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu par notre baptême ? Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu en Jésus, mort et ressuscité pour nous ? Sa gloire est notre salut ; le salut qu’il nous apporte est notre gloire. N’est-ce pas ce qu’affirme Paul aux chrétiens de la ville de Philippes ? Nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux 

Faisant route avec Jésus au long de ce carême, nous avons pu contempler, durant un instant, la gloire de Jésus, sur cette montagne, en présence de Moïse et d’Elie. A celui qui veut mieux connaître Jésus, nous n’avons pas d’autre chemin à offrir que celui de l’écoute de Jésus et celui de sa contemplation. Rien ne vaut l’enseignement de Jésus en parole et en acte pour nous faire entrer dans son intimité, pour nous faire entrer dans sa réalité. N’oublions pas non plus le témoignage de Moïse et des Prophètes : en relisant ce que Dieu leur avait révélé déjà, nous comprendrons mieux encore que Jésus est celui qui vient au nom du Seigneur. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

vendredi 19 avril 2019

Vendredi Saint - 19 avril 2019

Qui cherchez-vous ?




           Qui cherchez-vous ? Cette question de Jésus aux soldats venus l’arrêter dit bien la particularité de la Passion de Jean. Nous y découvrons un Jésus qui ne subit pas les événements, mais les dirige, souverainement. Ce ne sont pas les soldats qui arrêtent Jésus ; c’est Jésus qui se livre à eux, en se révélant lui-même, en révélant sa nature profonde. Regardez comme les soldats tombent à la renverse lorsque Jésus leur affirme : C’est moi, je le suis. Il redit, et par deux fois, qu’il est de Dieu, puisqu’il utilise pour lui le nom que Dieu avait révélé jadis à Moïse au buisson ardent. Quand Jésus se livre, c’est Dieu lui-même qui se livre aux hommes. Quand Jésus marche vers sa mort, c’est Dieu lui-même qui, dans un acte fou, organise le salut des hommes. 


Qui cherchez-vous ? C’est peut-être pour n’avoir pas à répondre à la question que le Sanhédrin n’est pas réuni dans l’évangile de Jean. Il n’y a pas vraiment besoin de procès, la décision de faire mourir Jésus ayant été prise il y a longtemps. Jésus est interrogé par Hanne, le beau-père de Caïphe, le grand-prêtre de cette année-là. Il se montre curieux de l’enseignement de Jésus et de son groupe de disciples. Mais l’interrogatoire semble tourner court. Et Jésus est emmené au Prétoire, c’est-à-dire livré au pouvoir de l’occupant romain, le seul à être habilité à prononcer la peine capitale.


Qui cherchez-vous ? Cette question initiale de Jésus pourrait être adressé à Pilate qui semble ne pas trop savoir pourquoi on l’embarque dans cette galère et qui cherche à se débarrasser du problème : Jugez-le suivant votre Loi. Il sous-estime l’opiniâtreté des ennemis de Jésus pour qui il doit disparaître. Et Pilate cherche alors à savoir mieux qui est Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Alors, tu es roi ? On ne sait pas ce que cherche Pilate, mais il cherche : il n’a que des questions à renvoyer à Jésus. Et plus Jésus répond, plus Pilate questionne. Alors Jésus se tait. Et Pilate est trop faible pour résister à la déferlante qui vient du dehors du Prétoire. Ils ne veulent peut-être pas juger Jésus eux-mêmes, mais ils veulent en finir une fois pour toutes avec lui. A mort ! Crucifie-le ! Pilate, par faiblesse, laisse faire. Pouvait-il faire autrement puisque Jésus s’était lui-même déjà livré? Dans un sursaut d’intelligence, Pilate fait écrire sur la croix : Jésus le Nazaréen, roi des juifs. Désormais, tous ceux qui lèveront les yeux vers la croix sauront qui ils trouvent ici. Plus besoin de s’interroger sur celui que tout le monde a tant cherché tout au long de l’évangile de Jean. Il est là, crucifié, élevé, exposé. 


Qui cherchez-vous ? Joseph d’Arimathie et Nicodème sont les derniers à qui nous pouvons poser cette question. Qui cherchent-ils quand ils demandent à prendre le corps de Jésus ? Un ami ? Un Maître en religion ? Le Fils de Dieu fait homme qui s’est livré à la mort ? Ils ont chacun une histoire secrète avec Jésus, ils ont cherché à savoir par le passé. Nicodème était venu trouver Jésus pendant la nuit. Il ne voyait pas très clair, mais il sentait bien que Jésus était différent. Quand il porte le corps de Jésus au tombeau, a-t-il eu toutes les réponses à ses questions ? A-t-il quitté sa nuit pour venir à la lumière qu’est Jésus ? 


Qui cherchez-vous ? Cette question, il nous faudra nous la poser, chacun. Qui cherchons-nous quand nous venons célébrer la Passion de Jésus ? Sommes-nous un membre de cette foule, manipulable et manipulée, venu par hasard parce qu’il n’y avait pas mieux à faire aujourd’hui ? Sommes-nous aux côtés de Marie et de Jean, au pied de la croix, pleurant le Fils ou l’ami perdu ? Qui verrons-nous quand nous lèverons les yeux vers la croix qui s’avancera au milieu de nous tout à l’heure ? Vers qui viendrons-nous quand nous nous approcherons de la croix pour vénérer ce corps livré et meurtri ? Serons-nous comme les gardes, venus avec des torches et des armes, pris de stupeur et tombant à terre ? Serons-nous comme Joseph d’Arimathie et Nicodème, venant avec les aromates de notre foi, pour honorer celui qui s’est livré pour notre salut ? 


Qui cherchez-vous ? Vous comprendrez bien que la réponse est à vous. Je peux juste témoigner que vous trouverez ici Celui que Dieu, qui a tant aimé le monde, nous a donné, livré, pour qu’il soit notre salut. Vous trouverez ici votre vie, votre paix, votre salut : Jésus, le Nazaréen, le Crucifié. Ne cherchez pas plus loin ; ne cherchez pas plus haut. Il est Dieu qui s’est mis à hauteur d’homme, Dieu élevé de terre pour que les hommes puissent grandir à la hauteur de Dieu. Amen.


(Tableau d'Antonio CISERI, Ecce homo, 1880-1891, Galerie d'Art Moderne, Palais PITTI, Florence).


dimanche 26 août 2018

21ème dimanche ordinaire B - 26 août 2018

Plutôt mourir que d'abandonner le Seigneur ?





            Nous terminons aujourd’hui la méditation du chapitre six de l’Evangile selon saint Jean avec cette profession de foi de Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. Pourtant, cette finale ne doit pas nous cacher les difficultés rencontrées.

            Depuis quelques temps, nous avions souligné d’abord l’incompréhension grandissante, puis l’opposition naissante face au discours de Jésus. Cette incompréhension et cette opposition atteignent aujourd’hui leur paroxysme avec le départ de nombreux disciples. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de membres du groupe des Douze, choisis Jésus. Il s’agit bien de la désaffection de ceux qui, ayant vu Jésus poser des signes ou ayant entendu son enseignement, l’avaient un temps suivi. Mais là, pour eux, le dernier enseignement de Jésus, c’était trop ! Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? La réaction ne tarde pas : à partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Sans même chercher à comprendre, sans même laisser à Jésus une seconde chance, certains quittent le navire. C’est assez moderne comme comportement : observez aujourd’hui toutes les stars des réseaux sociaux. Tant qu’elles font le buzz, on les suit ; un mauvais tweet, une réaction pas à la hauteur des followers, et tout s’écroule. Le peuple brûle aujourd’hui ceux qu’ils adoraient hier. 

            Mais revenons à Jésus, à son enseignement, et à nous face à Jésus, parce que c’est bien cela qui est en cause. Voulez-vous partir, vous aussi ? La question de Jésus vaut pour nous, et notre réponse est attendue. Alors prenons le temps de la réflexion : n’avons-nous pas déjà abandonné ? Plus fondamentalement, se pose la question de notre rapport à Jésus et à son enseignement. Sommes-nous radicales comme ces disciples qui s’en vont : dès que cela ne plaît plus, nous tournons les talons et adieu la compagnie ? Sommes-nous pragmatiques, et choisissons-nous ce qui nous plaît, ignorant au passage ce qui pique, ce qui nous dérange, ce qui invite au changement ? Un peu de spiritualité ne peut pas faire de mal, mais point trop n’en faut ? Ou sommes-nous capables de cette fidélité des Douze qui, dans l’adversité, se recentrent et se resserrent autour de Jésus ?

Seigneur, à qui irions-nous ? J’entends, dans cette question de Pierre, à la fois le désarroi de Pierre et en même temps sa pleine confiance. C’est comme si, parlant plus vite qu’il ne réfléchit – ce qui, en passant, est la marque de fabrique de Pierre – il s’interrogeait sur lui-même (si tu n’es pas celui que je crois que tu es, aurai-je perdu du temps à te suivre ? Puis-je simplement revenir à ma vie d’avant ?) tout en s’extasiant sur Jésus : Tu as les paroles de la vie éternelle, autrement dit : je n’ai pas perdu mon temps à t’écouter, quelque chose a bougé en moi et j’ai besoin de te suivre encore même si je ne comprends pas tout, même si je n’accepte pas tout. La réponse n’est pas dans l’abandon et la fuite, mais dans le fait de demeurer auprès de toi et de te suivre encore, toujours. Je sais, sans pouvoir me l’expliquer, que je ne me suis pas trompé en te suivant, et que tu ne m’as pas trompé en m’enseignant. Pierre se rend compte qu’il n’y a rien d’autre que Jésus qui vaille la peine. Et même si certains sont déçus, et même si certains sont choqués, lui restera fidèle, lui reconnaît que sa vie, et la vie de ses compagnons, n’a de sens qu’auprès de Jésus. Il sait ce qu’il a vu et entendu et il choisit de suivre encore, de faire confiance encore à Jésus d’abord. Tout ce qu’il a vu faire par Jésus, tout ce qu’il a entendu dire par Jésus a plus de poids que ces interrogations et peut-être ses doutes. C’est cela avoir foi en quelqu’un ! 

Nous pouvons réentendre alors et comprendre mieux la réponse du peuple à Josué, qui l’interrogeait : Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! Rien ne vaut face à la tendresse de Dieu ! Rien ne vaut face à la miséricorde de Dieu ! Rien ne vaut face à la puissance de Dieu ! Rien ne vaut face à l’amour de Dieu ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Egypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru… Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Oubliées les épreuves traversées ; oubliées les révoltes maintes fois commencées ; oubliée l’odeur des marmites d’Egypte ; ne seule chose compte : la foi au Dieu d’Israël, l’attachement à celui qui vraiment nous rend libres même si quelquefois nous l’oublions, même si quelquefois nous préférons d’autres dieux. Un seul vaut qu’on le suive : celui qui a tout fait pour nous, celui qui sans cesse nous ouvre à la vie. 

A la fin de notre parcours avec saint Jean, prenons le temps de cette eucharistie pour mesurer les merveilles que Dieu fait pour nous en Jésus Christ. Et si nous avions quelques doutes encore, en rentrant, prenons notre missel et relisons simplement l’une ou l’autre préface : chacune chante, à sa manière, tout ce que Dieu fait pour nous par son Fils Jésus. Et après cela, reprenons la question de Jésus : veux-tu partir, toi aussi ? Qui, mieux que lui, peut remplir et combler notre vie ? Qui, mieux que lui, peut nous mener à la vie véritable ? Amen.

 

 

mercredi 9 mai 2018

Ascension de notre Seigneur - 10 mai 2018

Jésus s'en va ; et nous, que devenons-nous ?






Nous laissons temporairement la lecture continue de la première lettre de Jean au bénéfice de cet extrait de la lettre de Paul aux Ephésiens que la liturgie affecte à cette fête de l’Ascension. En treize versets, Paul parle de nous, du contenu de la foi, du Christ, des dons qu’il nous a faits et de notre mission. Ce passage vaut la peine que nous nous y arrêtions un peu. 

Lorsque Paul écrit cette lettre, il est en prison à cause du Seigneur. Et son souci, ce n’est pas lui, sa vie ou son avenir. Son souci, c’est ce que vivent les chrétiens d’Ephèse. Il les exhorte à vivre selon l’enseignement du Seigneur : dans l’humilité, la douceur, la patience, l’amour, l’unité et la paix. Rien d’autre finalement que ce que Jean n’a cessé de nous répéter durant les cinq dimanches que nous avons vécu depuis Pâques. Il décline à sa manière l’art de vivre du croyant au Christ. Ce que Jean résumait dans : Aimez-vous les uns les autres, Paul le précise : l’amour des autres nous rend humbles, doux, patient ; il nous pousse à rechercher en toutes choses l’unité et à vivre en paix. Là où il y a l’amour, il ne saurait y avoir rien de Mal. Jean l’avait bien compris et l’Eglise à sa suite n’a cessé de nous le redire depuis Pâques : notre vie prend sa valeur dans l’amour. Rappelez-vous ce que nous disait Jean dimanche : celui qui aime connaît Dieu ; et qu’est-ce que connaître Dieu sinon être pleinement vivant ? 

Cet art de vivre, Paul l’appuie sur la foi. Les fidèles du Christ ne peuvent vivre que dans l’amour parce qu’ils sont appelés à ne former qu’un seul Corps vivant dans un seul Esprit. On ne partage pas le Christ, on ne sépare pas le Christ. Fidèles du Christ, nous sommes son Corps visible, nous vivons de son Esprit, cet Esprit qu’il a remis sur la croix afin que tout soit accompli. Nous ne formons qu’un corps parce qu’il n’y a qu’un seul Seigneur (le Christ), qu’une seule foi, qu’un seul baptême (qui nous unit au Christ et nous fait membre de son Corps), qu’un seul Dieu et Père de tous. Tout se tient, tout doit se tenir ou tout s’écroule. Et l’Histoire nous a montré ce que donnait la vie des hommes lorsque les chrétiens ne sont pas unis par la même charité, ni soucieux de l’unité et de la paix. Cela n’a jamais rien donné de bon. Ils se sont tous éloignés de Dieu, le revendiquant pour leur groupe contre les autres. Ne pas vivre cette unité dans la paix, c’est comme refuser l’œuvre du Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes.
 
Paul rappelle alors la grandeur de cette œuvre vécue en deux temps : il est d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre, puis il est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. C’est ce mystère que nous célébrons en ce jour. Dieu, en Jésus, s’est abaissé pour nous élever avec le Christ auprès de lui. Dieu n’a pas sauvé l’homme de l’extérieur ; il s’est fait homme pour faire monter l’homme vers Dieu. Il a rendu l’homme capable de Dieu. L’Ascension est une déclinaison du mystère de Pâques. Dans la résurrection est contenu déjà ce retour vers le Père ; c’est un même mouvement. Et nous serons appelés à vivre nous aussi ce même mouvement lorsque nous serons appelés à vivre définitivement auprès de Dieu. C’est toujours la joie de Pâques qui se prolonge dans la fête de ce jour.  
 
Que le Christ retourne vers son Père, voilà qui semble plutôt bien donc. Mais nous, dans tout cela, que devenons-nous en attendant ? La réponse est donnée par Paul : Il a fait des dons aux hommes. Il ne nous laisse ni seuls, ni désorganisés. Il a tout donné pour que se construise le Corps du Christ : Apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs, enseignants. La parole du Christ n’est pas tue depuis qu’il est retourné vers son Père. Il a envoyé ses disciples en mission pour qu’ils soient ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous sommes faits témoins de celui qui est ressuscité des morts et retourné vers son Père. Par notre art de vivre souligné au début de l’extrait de la lettre aux Ephésiens, nous devons édifier ce Corps du Christ vivant. Il ne s’agit pas seulement de l’entretenir en essayant d’en perdre le moins possible, mais de le faire grandir. Il s’agit bien que tous les hommes, de toute la terre, reconnaissent en Jésus le Messie Sauveur, le Fils unique de Dieu venu sur terre pour sauver tous les hommes. Comme le dit si bien Paul, nous devons parvenir tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Nous devons grandir dans notre foi. Nous avons notre part à prendre dans l’œuvre du Christ pour qu’il soit tout en tous. Le retour du Christ dans la gloire de son Père marque le début de notre envoi en mission. La feuille de route nous est donnée, l’horizon est indiqué.

Le Christ retourne vers son Père et nous confie la terre qu’il a recréée dans sa mort et sa résurrection. Nous nous retrouvons dans la position d’Adam jadis au jardin de la Genèse : co-créateurs avec Dieu, responsables de son œuvre, responsables les uns des autres pour qu’ensemble nous parvenions là où Dieu nous attend, là où le Christ aujourd’hui nous précède. Apprenons des erreurs d’Adam, vivons de l’exemple du Christ ! Et préparons-nous à recevoir le don déjà promis, la force de l’Esprit Saint. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 6 mai 2018

06ème dimanche de Pâques B - 06 mai 2018

Se laisser aimer pour aimer mieux.





A lire la première lettre de Jean, nous pouvons avoir l’impression d’une répétition sans fin autour du verbe aimer. Dimanche dernier déjà, il y avait une invitation pressente à aimer en acte et en vérité. Et voici que la liturgie de ce dimanche recommence notre lecture suivie sur ce même commandement : aimons-nous les uns les autres. N’aurait-il rien de plus à nous dire, Jean, dans son épître ? Ce serait lire les différents extraits proposés un peu trop vite, sans mesurer vraiment les progrès qu’ils nous font faire de dimanche en dimanche.

Il faudrait relire les différents extraits à la suite les uns des autres pour mesurer combien jean nous fait approfondir cette notion de l’amour. Petit à petit, il nous emmène plus loin, plus profond dans la compréhension de l’amour véritable. Nous avons découvert progressivement le lien entre la foi en Dieu et l’amour ; que cet amour que nous portons à Dieu devait se vérifier dans l’amour des frères ; que notre propension à pécher n’était pas un obstacle à l’amour que Dieu nous porte et que Jésus avait livré sa vie pour nous en libérer. Nous avons compris aussi que notre filiation divine n’était pas une récompense pour plus tard, mais notre réalité, dès aujourd’hui. Enfin, nous était rappelé l’urgence du devoir d’aimer : l’amour du prochain n’est pas une option, c’est un devoir impératif ; c’est la marque du disciple authentique. Voilà pour le chemin parcouru jusqu’à ce jour. Qu’est-ce que Jean pourrait alors nous dire de plus ?

Il nous dit d’abord que la source de notre amour n’est à chercher nulle part ailleurs qu’en Dieu : aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu. L’origine de l’amour dont nous devons aimer, c’est Dieu seul. L’amour n’est donc pas un vague sentiment reposant sur des données sensibles (la beauté d’une personne, ses qualités ou que sais-je encore !) ; l’amour que nous portons aux autres est une prolongation de l’amour que Dieu nous porte. Et en ce sens, il est un amour solide ; en ce sens, il est un amour pour toujours ; en ce sens, il est un amour qui ne dépend ni de mon humeur, ni des expériences bonnes ou mauvaises que j’ai pu avoir avec les autres. Quand bien même j’aurais l’impression qu’aucun humain ne m’aime, je serais toujours invité à aimer, puisque l’amour vient de Dieu. Il dépasse largement toutes les limites que je pourrais mettre à mon amour, parce qu’il m’invite toujours à poser sur les autres le regard même de Dieu. Portant sur le monde le regard que Dieu lui-même porte, je ne peux qu’aimer ce monde malgré ses faiblesses, malgré ses zones d’ombre, malgré ses fragilités. Cet amour qui vient de Dieu est un amour inconditionnel. Dieu n’a pas attendu que les hommes soient parfaits pour les aimer ; mais peut-être les aime-t-ils pour qu’ils deviennent parfaits comme lui est parfait. Peut-être nous aime-t-il pour que nous aimions comme lui aime et qu’enfin notre monde vive en paix, qu’enfin les hommes partagent une même fraternité.

Jean nous révèle ensuite qu’aimer, c’est connaître Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Nous avions déjà appris au quatrième dimanche de Pâques que par amour, Dieu faisait de nous ses enfants. Nous apprenons aujourd’hui qu’en aimant à notre tour, nous avons la certitude de ne pas nous tromper sur Dieu : nous le connaissons vraiment. Et il insiste, par la négative, pour être bien sûr que nous comprenions : Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Si l’amour que nous portons aux autres est la marque du disciple (5ème dimanche de Pâques), l’amour est aussi la marque que nous connaissons Dieu véritablement. Quand nous faisons les choses par amour, nous ne nous trompons pas sur Dieu, nous ne nous trompons pas sur ce que Dieu attend de nous. Cela signifie aussi que nous ne pouvons pas faire le Mal et le revendiquer au nom de Dieu. Si l’amour vient de Dieu, si l’amour est le signe que je connais Dieu, alors je ne peux pas, en même temps, revendiquer que je fais le Mal au nom de Dieu. Ce n’est pas le projet de Dieu que les hommes fassent du Mal ; ce n’est pas le projet de Dieu que les hommes se fassent la guerre ; ce n’est pas le projet de Dieu que ses fidèles exterminent ceux qui ne croient pas, ni ceux qui croient autrement. Le projet de Dieu, c’est que nous nous aimions les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu, et que l’amour est le signe que nous connaissons Dieu. Ne rejetons pas sur Dieu notre capacité à nous laisser entraîner au Mal. Ne répandons pas dans l’esprit des gens une fausse image de Dieu. Dieu est amour, ne cesse de nous redire Jean.

Enfin, Jean nous révèle en ce dimanche en quoi consiste l’amour véritable. il répond à la grande question de beaucoup de nos contemporains : c’est quoi aimer ? Et la réponse est surprenante : Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Voilà la réponse de Jean à la grande question des hommes. Aimer, c’est se laisser aimer de Dieu, c’est accueillir cet amour premier de Dieu pour nous, et accepter d’être pardonné par le sacrifice du fils unique. L’amour, ce n’est pas quelque chose à faire ; l’amour, c’est quelque chose à accueillir. Pour aimer les autres, accepte que Dieu t’aime le premier et te pardonne tes péchés. Puisque l’amour vient de Dieu, il est un don offert avant même que nous ne choisissions d’aimer Dieu. Avant même que nous n’ayons seulement l’idée que nous pourrions aimer Dieu, Dieu nous aime déjà et nous a déjà pardonné le Mal que nous pouvions faire avant de nous sentir aimé. Laisse-toi aimer, et tu sauras aimer. Laisse-toi aimer, gratuitement, totalement. Laisse Dieu être ton Maître en amour et tu dépasseras le sentimentalisme qui ne te fait aimer que partiellement, imparfaitement. Laisse-toi aimer de Dieu pour que son amour puisse déborder de toi e toucher tes frères à travers toi. Laisse-toi aimer de Dieu ; ne sois pas un obstacle à son amour.

Croyez-vous toujours que nous tournons en rond en lisant l’épître de Jean ? Jean est le disciple que Jésus aimait ; il a fait l’expérience de cet amour inconditionnel. Il sait ce que cet amour a changé dans sa vie et il nous transmet son expérience afin qu’à notre tour, nous nous laissions aimer pour mieux aimer en retour. Accueillons son enseignement et nous aimerons mieux parce que nous aurons appris de lui à mieux nous laisser aimer de Dieu. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

dimanche 18 mars 2018

05ème dimanche de Carême B - 18 mars 2018

Connaître Dieu pour être sauvé.






Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. Telle est la promesse faite par Dieu lui-même à son prophète Jérémie. Telle est la promesse que nous pouvons voir s’accomplir pour nous alors que notre carême entre dans sa dernière ligne droite, avant la grande semaine qui nous fera revivre les derniers jours du Christ. Car si l’Eglise nous offre chaque année cinq semaines pour nous préparer aux fêtes pascales, c’est bien pour que nous puissions approfondir notre foi et ainsi mieux connaître celui en qui nous mettons notre confiance.  

Quand cette promesse est faite à Jérémie, le peuple que Dieu s’est choisi ne traverse pas la période la plus glorieuse de son histoire. Au contraire, après des années de décisions politiques désastreuses, combinées à des années d’éloignement progressif de Dieu, le prophète du Seigneur a annoncé la ruine de Jérusalem. Le peuple connaîtra la déportation en terre étrangère ; il ne restera rien de la grandeur passée ; Dieu lui-même semblera avoir oublié son peuple. Et pourtant, avant même que tout cela n’arrive, voici que Dieu fait une promesse : une nouvelle alliance, qui permettra à chacun de connaître Dieu personnellement et qui se traduira par le pardon des péchés. Le peuple de Dieu pourra vivre l’exil soit comme un désastre soit comme un temps de purification en vue du retour en grâce devant Dieu. Quand la colère de Dieu semble se déchainer, sa miséricorde n’est jamais loin, déjà à l’œuvre pour que l’homme puisse vivre encore, malgré tout !  

Voyez-vous, le salut de l’homme, c’est la grande affaire de Dieu, la seule qui doit l’empêcher de dormir, si tant est que Dieu dorme ! Il ne peut se satisfaire d’un homme qui s’en va à sa perte. N’oubliez pas que c’est lui qui a créé l’homme, à son image et à sa ressemblance. En lui donnant la vie, il s’est engagé envers lui. Toute l’histoire biblique en témoigne. Il a même offert son Fils unique, Jésus, pour que l’homme retrouve le chemin vers le cœur de Dieu. Jésus est celui qui réalise la nouvelle alliance en son propre sang : la prière d’ouverture de la messe de ce dimanche nous rappelait fort justement que le Christ a donné sa vie par amour pour le monde, et la lettre aux Hébreux qu’il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Il est celui que nous devons suivre. Il est celui que nous devons écouter. Il est le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte beaucoup de fruits. Pour reprendre encore la prière d’ouverture, il est celui dont nous devons imiter avec joie la charité 

N’est-ce pas là le meilleur moyen de connaître Dieu par le cœur : en imitant sa charité, en imitant l’amour débordant de son cœur ? Tout le carême tend vers cela ; nos attentions renouvelées aux autres, notre prière réveillée, une participation plus consciente aux sacrements, voilà les moyens pour connaître mieux notre Dieu, les moyens de remplir notre part de cette alliance nouvelle que Jésus a signé de sa vie. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous vivons de son amour, lorsque nous portons attention à celui qui croise notre route, lorsque nous sortons de nous-mêmes pour construire avec tous un monde plus juste et fraternel. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous nous engageons pour le respect de la vie à tous les stades de son évolution. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous nous engageons pour la sauvegarde de notre planète. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous faisons grandir en nous et autour de nous sa vie offerte.  

Ce n’est pas en vain que nous avons été invités à un renouvellement de la vie spirituelle : pour accueillir les grâces des fêtes pascales, il nous faut ce temps de préparation, ce temps de redécouverte de Dieu, de son amour pour nous, de la puissance de son pardon. Il en va de notre retour en grâce, du pardon de nos péchés, de notre vie avec Dieu, pour aujourd’hui et jusque dans l’éternité. Amen.