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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 4 septembre 2021

23ème dimanche ordinaire B - 05 septembre 2021

 La foule demande, Jésus soupire.




(Icône trouvée sur le web)

            
Avez-vous remarqué ? Il y a un monde entre l’attente de la foule (elle amène un sourd et supplie Jésus de poser la main sur lui, comprenons bien publiquement, là, devant tous) et l’attitude de Jésus qui l’emmène à l’écart, loin de la foule… et qui soupire la parole de guérison. D’un côté, ceux qui veulent voir, être témoins de grandes choses ; de l’autre Jésus, qui veut garder secrète pour l’instant son identité véritable. Et plus Jésus s’obstine à cacher la chose, plus d’autres parlent pour lui. 

            Elle a quelque chose d’attachant, cette foule, et en même temps quelque chose d’énervant. Attachante, elle l’est quand elle amène les malades vers Jésus et manifeste ainsi sa sollicitude pour ceux qui ont eu moins de chance dans la vie. Enervante elle l’est, quand elle ne sait pas se taire, quand elle n’obéit pas à l’injonction au silence de Jésus. S’ils avaient connu les réseaux sociaux à l’époque, nul doute que Jésus, grâce à la foule et bien malgré lui, aurait fait le buzz. Pour quelqu’un qui veut juste remplir sa mission sans que la foule ne se méprenne sur lui, sans qu’elle ne soit induite en erreur, c’est raté. On peut la comprendre aussi. Elle a de la religion, cette foule ; elle connaît ses prophètes. Elle connaît les signes annonciateurs de la venue de Dieu au milieu de son peuple. La première lecture, tirée du prophète Isaïe, nous les rappelait fort à propos : Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Comment, voyant un sourd-muet partir avec Jésus et revenir un homme bien entendant et bien parlant, comment ne pourrait-elle pas être bluffée ? Comment pourrait-elle ne pas laisser exploser sa joie ? Ce que Jésus demande dans l’évangile de Marc, c'est-à-dire ne pas révéler ce qu’il fait, est juste impossible ! C’est tellement hors du commun ! Ce n’est tellement pas croyable que, forcément, on en parle ! 

            Si je me place dans cette foule, je vous dirai que Jésus aussi a quelque chose d’énervant. Enfin quoi, on lui amène un cas d’école, une mission quasi impossible. On veut voir, on veut savoir : comment il fait ? Quel est son vrai pouvoir ? D’où ça lui vient ?  Et tout ce que l’on obtient, c’est le résultat. Jésus part avec un sourd presque muet et on voit revenir un homme qui entend et qui parle correctement. Et bien croyez-moi, en matière d’entendre et de parler, il va vite rattraper le temps perdu, celui-là. Puisque Jésus ne montre rien, puisque Jésus ne dit rien, cet homme va le faire. Il l’a si bien fait que tous les détails nous sont parvenus : les doigts dans les oreilles, la salive sur la langue, le soupir de Jésus et la parole de guérison, la parole d’ouverture : Effata ! Ouvre-toi ! Ce « il soupira » m’intéresse. En consultant mon dictionnaire hier soir, j’ai pu lire deux sens qui peuvent nous éclairer. Soit il a respiré profondément, et donc nous pouvons comprendre qu’il a libéré le souffle de Dieu, l’Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle. Soit il manifeste ainsi qu’il désire vivement cette guérison pour l’homme qu’il a en face de lui ; c’est l’un des sens de soupirer. Il se rangerait ainsi du côté de la foule qui lui a amené cet homme en désirant vivement, en attendant avec impatience que Jésus fasse quelque chose pour lui. Les deux me vont. La première explication nous rappelle que Jésus est Fils de Dieu et qu’il agit dans la puissance de Dieu. La seconde nous signale que Dieu lui-même, en Jésus, en a assez du Mal qui envahit l’homme et qu’il désire vivement sa libération. Ce pourquoi Jésus est venu justement au milieu de nous. Même un soupir en dit long sur Dieu, sur son amour pour nous, sur son désir de salut pour nous. 

            Alors je me mets à rêver : si tous les baptisés (ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu) soupiraient ensemble, quel vent de l’Esprit nous pourrions libérer ! Si tous les baptisés (ceux qui ont reçu la certitude que Dieu les aime et aime tous les hommes, que Dieu les sauve et veut sauver tous les hommes) désiraient vivement le salut, avec impatience, quelle espérance nous pourrions faire fondre sur le monde de notre temps ! Si un soupir de Jésus a suffit pour guérir cet homme, je n’ose imagine ce qu’un soupir de tous les chrétiens pourraient faire, eux qui, par leur baptême, sont des autres Christ, participent à la vie du Christ. Libérons l’Esprit Saint reçu à notre baptême, et nous ferons des merveilles. Désirons vivement le salut, et il se réalisera. Dieu ne reste pas sourd à nos appels ; il entend et exauce même nos soupirs. Amen.

samedi 24 juillet 2021

17ème dimanche ordinaire B - 25 juillet 2021

 Le miracle du partage.





(Source internet)


                Il semblerait que Jésus et ses disciples aient enfin trouvé un peu de repos. Nous les retrouvons, assis sur la montagne. Pas d’enseignement donné ; juste un temps calme pour se retrouver entre amis, à l’écart. Un repos tout relatif pour Jésus, une foule nombreuse venant toujours encore à lui. Elle semble insatiable, cette foule. Nous pouvons avoir l’impression que plus Jésus s’occupe de la foule, plus elle grandit, plus elle a faim des gestes et des paroles que Jésus peut donner. C’est la faim, très terre à terre, l’estomac qui gargouille, qui va préoccuper Jésus : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? 

            Intéressons-nous un peu à cette question de Jésus. L’homme-Dieu semble être le seul à se préoccuper d’intendance. Cette foule qui se presse autour de lui semble avoir oublié le quotidien, le nécessaire même pour tenir toute une journée, à l’écart. Je ne sais pas pour vous, mais, pour ma part, j’essaie de penser à ce détail lorsque je pars pour toute une journée : où vais-je manger ? Trouverais-je quelque chose en chemin ? Vaut-il mieux que je prévois mon casse-croûte ? Ici, à part une maman qui s’inquiète pour son enfant et lui confie cinq pains et deux poissons, personne ne semble s’être préoccupé de cela. Ils sont tous partis de chez eux sans rien prendre. Est-ce que je me trompe en pensant que suivre Jésus ne signifie pas perdre son bon sens pour autant ? Mais passons, ce n’est pas la seule incohérence du texte. Jésus interroge Philippe alors même qu’il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Si tu as la réponse avant même de poser la question, pourquoi la poser ? Juste pour le mettre à l’épreuve ? Ce n’est pas très gentil, ça ! Mais bon, il fallait la réponse de Philippe pour montrer l’ampleur de la tâche à accomplir : le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. En même temps, cette réponse va permettre de mesurer la grandeur du miracle, puisque, nous l’avons entendu, non seulement tout le monde mangera à sa faim, mais en plus, il restera douze corbeilles pleines. Encore une incohérence du texte : qui s’en va en promenade sans prendre de repas, mais trimbale toute la sainte journée une corbeille vide ? Il faut bien qu’elles viennent de quelque part, ces corbeilles ! Mais passons aussi ce détail. Retenons qu’une grande foule suit Jésus et que Jésus est le seul à se rendre compte qu’ils vont avoir faim et qu’il faudra les nourrir. 

            Intéressons-nous alors à ce jeune garçon qui a cinq pains et deux poissons. Il pourra remercier sa maman d’avoir été prévoyante pour son enfant. Même si elle lui donne beaucoup :  cinq pains pour un enfant, c’est trop. Les deux poissons, suivant la taille, ça peut passer. Ce qui m’intéresse, chez ce garçon, c’est son absence d’égoïsme. Il a sans doute faim comme les autres, mais il donne tout à Jésus. Il n’en garde pas un morceau pour lui. Je ne peux m’empêcher de penser à cette parole de Jésus qui nous invite à être comme des enfants, à garder cette ouverture et cette générosité. Dites-vous bien que sans lui, sans son abnégation, il n’y a pas de miracle aujourd’hui. Le miracle fait par Jésus commence par ce geste simple de partage fait par un garçon, geste que Jésus va démultiplier au-delà du nécessaire puisqu’il y aura des restes après que tous auront mangé à leur faim. Ce geste posé innocemment par cet enfant entraîne le geste plus grand de Jésus. Un geste qui doit nous rappeler que Dieu ne peut rien sans nous, sans notre consentement. Dieu ne s’imposera jamais à l’homme, même pour le sauver. Celui qui ne veut pas être sauvé par Dieu, ne le sera pas. Il faudra toujours un premier geste, un premier mot de l’homme pour que Jésus puisse intervenir dans la vie des hommes. 

            Un autre détail doit alors nous interpeler : c’est Jésus lui-même qui distribue le repas aux convives, les disciples auront le droit de ramasser les restes. Je vous rappelle que les convives sont au nombre d’environ cinq mille hommes. Vous avez déjà essayé de servir cinq mille hommes, tout seul ? Cela a dû prendre du temps. Une manière de dire que Dieu sert l’homme en permanence, sans doute. Une fois que l’homme a consenti à Dieu, celui-ci veille sur l’homme, toujours. Le psalmiste nous l’a fait chanter : les yeux sur toi, tous ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. Cette permanence de Dieu auprès de l’homme avec qui il fait alliance est un incontournable des textes bibliques. Vous pouvez relire la Bible de sa première à sa dernière page, il n’est question que de cela. Si Jésus est venu dans le monde, c’est bien parce que Dieu porte le souci des hommes, le souci de leur salut. 

            Un dernier détail alors qui n’est sans doute pas un hasard et qui vient renforcer le fait que c’est bien Jésus, et non ses disciples, qui distribue la nourriture : tout cela se passe alors que la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Il faut revenir au livre de l’Exode pour trouver la première Pâque, cette nuit où Dieu, sous la conduite de Moïse, a libéré son peuple d’Egypte. Ce geste de salut a commencé par un repas pris à la hâte. Il faut alors nous souvenir que Jésus, lors de la dernière Pâque qu’il prendra avec ses Apôtres, au cours du repas, a donné un nouveau sens au partage du pain et du vin. Ce soir-là, que nous commémorons chaque année le Jeudi Saint, Jésus a dit que dans ce pain rompu et partagé, c’était lui-même qui s’offrait. Comment dès lors ne pas voir un avant-goût de ce don dans le fait que Jésus serve lui-même le pain à la foule nombreuse assemblée auprès de lui. Et je n’insisterai pas davantage sur le poisson, premier symbole chrétien, qui est devenu l’acronyme en grec de Jésus Christ, de Dieu le Fils Sauveur. Dans cette multiplication des pains, qui est la multiplication d’un geste de partage, Jésus annonce déjà le don qu’il fera de sa propre vie pour tous les hommes. Avec la foule, nous pouvons alors reconnaître que c’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. 

            Au-delà des incohérences, il reste donc un message fort qui peut devenir notre ligne de conduite : si Dieu peut tout pour toi (et je le crois réellement), il attend de toi que tu prennes ta part, que tu œuvres avec lui, à ton salut et au salut du monde entier. N’oublie jamais que c’est grâce à un jeune garçon que Jésus a pu multiplier les pains. Donne tout au Christ, et le Christ te le rendra, au centuple et bien davantage encore. C’est le miracle du partage. Amen.


samedi 17 juillet 2021

16ème dimanche ordinaire B - 18 juillet 2021

 De quoi parlons-nous ?



(Carte du pays de Jésus, trouvé sur le site des éditions AGORA)



            J’ai essayé, vraiment ! J’y ai passé une bonne partie de ma préparation d’homélie, mais j’ai échoué ! J’ai cherché à comprendre, cartes à l’appui, comment la foule a fait pour arriver, à pied, avant Jésus et ses disciples, de l’autre côté du lac de Tibériade encore appelé Mer de Galilée. C’est juste impossible. Si vous avez en tête une carte du pays de Jésus, vous avez une étendue de terre bordée au sud par la Mer Morte, au Nord par la Mer de Galilée et un autre lac plus au Nord encore, les deux mers reliées par le Jourdain, et la Mer de Tibériade et le lac plus au Nord, reliés aussi par un cours d’eau. Impossible de passer d’une rive à l’autre sans barque. Impossible aussi d’aller plus vite à pied, l’étendue d’eau étant nettement plus longue que large. La ligne droite étant le chemin le plus court entre deux points, c’est mathématiquement impossible. Puisque la topographie est une impasse, peut-être faut-il chercher ailleurs la vérité que Marc veut nous révéler en rapportant ce moment de la vie de Jésus. 

            Une fois admis qu’il ne s’agit pas d’une course entre Jésus et la foule, que nous reste-t-il ? Il nous reste l’empressement de la foule, sa soif d’écouter encore Jésus, et son besoin de quelqu’un qui lui redonne espérance, quelqu’un qui la guide. Nous pouvons comprendre cela à partir du dernier verset entendu ce matin : en débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans bergers. Alors il se mit à les enseigner longuement. Pour quelqu’un qui voulait se reposer et faire reposer ses disciples, c’est foutu ! Cela ne compte pas non plus. L’urgence, pour Jésus, ce n’est plus le repos de ses disciples (encore qu’ils peuvent se reposer pendant que Jésus enseigne) ; l’urgence, c’est la foule. N’est-ce pas pour cela aussi qu’il avait envoyé ses disciples en mission deux par deux ? Pour annoncer l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Salut, aux hommes en perte de sens ? Ne les a-t-il pas envoyés uniquement vers la Maison d’Israël, pour inviter son peuple à la conversion et à l’espérance, ce peuple qui connaît depuis trop longtemps la domination étrangère et le risque de perdre sa foi au Dieu unique et vrai, envahi qu’il est par des peuples aux dieux trop nombreux ? L’envoi en mission des disciples n’était donc pas une sorte d’exercice pour eux, en attendant le grand vent de Pentecôte qui les pousserait sur les routes de l’empire romain. L’envoi en mission était un moyen concret pour augmenter l’impact de la mission de Jésus, les disciples exerçant les mêmes pouvoirs de guérison et ayant la même autorité que Jésus sur les démons. Nous l’avons entendu dimanche dernier : Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. Depuis le début, toute cette histoire n’avait qu’un but : le Salut du peuple de Dieu et sa conversion. 

            Quand nous voyons l’empressement de la foule à suivre Jésus, quand nous imaginons ces regards que croise Jésus lorsqu’il débarque sur l’autre rive, nous comprenons que cette foule a besoin d’une parole, besoin d’un guide, besoin d’une espérance. Cette foule qui se presse, cette foule qui cherche, cette foule qui a besoin de sens, est l’image de l’humanité à travers l’Histoire. Ils sont nous ; nous sommes, aujourd’hui encore, comme eux. Et c’est particulièrement vrai, me semble-t-il, depuis le début de cette pandémie qui n’en finit pas de finir à force de mutation du virus. A nouveau, les hommes et les femmes de notre temps sont déboussolés, n’hésitant pas quelquefois à suivre les théories complotistes les plus farfelues, refusant le bon sens élémentaire devant ce virus qui perturbe la vie des hommes dans le monde entier. Un tiers des Français sont ainsi pris par des théories fumeuses qui leur font refuser un vaccin pourtant utile pour lutter contre les formes graves de la maladie. Même chez les chrétiens, ils s’en trouvent affairés à propager ses théories, quand bien même le pape François nous a largement appelé à ce geste simple pour protéger les plus fragiles, au nom de la doctrine sociale de l’Eglise, qui nous rappelle que le bien de tous passe avant ma liberté personnelle. La grande différence entre nous aujourd’hui et cette foule de jadis, c’est l’empressement à nous réunir autour du Christ. Il reste pourtant le berger véritable qui conduit son troupeau et prend soin de lui. Il est celui grâce à qui nous ne manquons de rien, il est celui qui nous mène par le juste chemin. il est celui qui a voulu réconcilier avec Dieu les Juifs et les païens en un seul corps par le moyen de sa croix. Comme la foule qui se pressait autour de lui, nous savons qu’avec lui, nous sommes entre de bonnes mains. 

            Voilà ce que nous révèle Marc dans cette page d’évangile invraisemblable. Il nous parle de Dieu qui veille sur nous. Il nous parle de Jésus qui enseigne. Il nous parle de la foule qui a plaisir à entendre Jésus et à le suivre, voire le poursuivre pour ne perdre rien de ce qu’il pourrait dire ou faire. Il nous montre Jésus qui préfère le bien de tous à son confort personnel : bien que fatigué, il enseigne encore plutôt que de se reposer. Le bien commun, il n’a pas attendu que l’Eglise le formule ; il l’a vécu en toutes choses, allant jusqu’à donner sa vie pour les hommes. Il accomplit ainsi la prophétie de Jérémie selon laquelle Dieu rassemblera son peuple et lui donnera des pasteurs justes, qui accompliront leur mission avec zèle. Avec la foule, laissons-nous enseigner par Jésus. Par Jésus et par les pasteurs qu’il nous donne, laissons-nous guider. Avec lui, plaçons le bien de tous au-dessus de notre liberté. Devenons davantage encore ses disciples. Amen.

samedi 13 avril 2019

Dimanche des Rameaux C - 14 avril 2019

Jésus entre à Jérusalem.





Et Jésus arrive à Jérusalem à l’approche de la fête de Pâques ! Il sait les événements qui ont s’y dérouler ; il sait les risques qu’il prend ; il sait que ce sera sa Pâque, son grand passage. Il choisit déjà de ne pas se dérober. Il entre au grand jour dans la ville, acclamé par les foules. C’est ce que nous racontait l’évangile de Luc entendu sur le parvis. 


Le texte est presque trop simple, trop beau. Tout se passe comme Jésus l’avait dit : le petit âne attaché à l’endroit indiqué, la question de ses maîtres lorsque les disciples le détachent. Un plan bien réfléchi, rondement mené. Tout est prêt pour l’entrée dans la ville. La scène n’a sans doute rien d’extraordinaire jusque-là. Un groupe d’hommes qui entrent dans la ville, l’un d’eux assis sur un âne, cela devait se voir tous les jours, plusieurs fois par jour. Pourquoi cette entrée est-elle perçue différente ? Pourquoi, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient-ils leurs manteaux sur le chemin ? Les réseaux sociaux n’existent pas à l’époque : personne pour twitter l’arrivée de Jésus à Jérusalem ; personne pour donner rendez-vous devant la bonne porte de la ville ! Cela ne vous semble pas étrange, ces gens sans grandes fortunes qui sacrifient un manteau sous les sabots d’un ânon ? Sans oublier la foule des disciples qui se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus et qui attribuent à Jésus la figure royale. Seule la remarque des pharisiens bouleverse la beauté de la procession : Réprimande tes disciples ! Autrement dit : fais-les taire ! 


Nous sentons bien là, la tension qui naît et qui va grandir tout au long de la semaine qui s’ouvre pour nous. Elle va grandir jusqu’à inverser la tendance. Aujourd’hui, ils sont nombreux à se réjouir et à chanter leur joie autour de Jésus et seuls quelques-uns viennent troubler le tableau. Demain, ils seront nombreux à crier : à mort ! et seulement quelques-uns à pleurer Jésus. C’est tout le mystère et le drame d’une humanité versatile qui se joue devant nos yeux. C’est tout le mystère de notre humanité, tantôt transportée par la foi, tantôt gagnée par la méfiance du religieux, qui est ici annoncée. C’est tout le drame de notre humanité tiraillée entre le bien qu’elle veut faire et le péché qu’elle veut éviter, sans toujours parvenir à accomplir l’un et refuser l’autre. Un constat s’impose : tout cela ne peut que mal finir !


Et Jésus, pendant ce temps, que fait-il ? En relisant la page d’évangile, nous constatons qu’il ne fait rien, si ce n’est répondre à l’interpellation des pharisiens. Il vit l’événement, tout simplement. Il se laisse guider par les pas de l’âne qui le mène à Jérusalem. Il consent à ce qui lui arrive. Comme l’annonçait Isaïe : il ne s’est pas dérobé. Il ne se dérobera pas davantage au moment de sa Passion. Il fait confiance à son Père, le Père des miséricordes que l’évangéliste Luc n’a cessé de nous présenter. Ce à quoi nous assistons, c’est de la miséricorde en acte. Entendez Jésus, sur la croix, lorsqu’il répond à l’un de ceux crucifiés avec lui : Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Le plus grand mal peut être pardonné si la repentance est sincère, si Jésus est reconnu pour qui il est : le Messie, le Christ. Même sur la croix, signe de l’injustice suprême, Jésus pardonne encore, Jésus aime encore ! Comme elle sonne vraie, la parole du Centurion à la mort de Jésus : Celui-ci était réellement un homme juste. 


Accompagnons Jésus et ses disciples tout au long de cette semaine ; découvrons la justice de Dieu à l’œuvre dans nos vies. Redisons-lui notre désir d’être avec lui ; qu’il se souvienne de nous quand [il viendra] dans [son] Royaume. Ainsi Dieu pourra achever en nous l’œuvre de salut qu’il a commencé. Amen.



(Icône copte Les Rameaux, de Nancy MIKAËL, publiée dans France catholique)


samedi 28 juillet 2018

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2018

Quand la foule a faim…





            On mangera et il en restera. Cette affirmation du Seigneur donnée par le prophète Elisée traduit tout l’amour de Dieu pour son peuple, sa grande bonté et sa générosité sans limite. C’est cette même générosité, cette même bonté, ce même amour qui sont à l’œuvre en Jésus, des siècles plus tard, lorsqu’il nourrit une foule immense avec seulement cinq pains et deux poissons. Un signe donné pour que le peuple comprenne que Dieu ne saurait ignorer ceux qui se tournent vers lui. Au-delà du signe que Jésus avait accompli, ce qui me frappe dans l’évangile de ce dimanche, c’est la faim de ce peuple qui se presse par milliers autour de Jésus. 

            Même si nous avons changé d’évangéliste, passant de Marc à Jean, le contexte reste le même. Souvenez-vous : dimanche dernier, Jésus avait invité ses disciples à l’écart à leur retour de mission. Déjà les foules se pressaient, au point qu’ils n’avaient même pas le temps de manger. Jésus avait embarqué avec les siens pour traverser le lac, mais la foule, comprenant leur intention, [courut] là-bas, sur l’autre rive et [arriva] avant eux. Peut-on souligner davantage la faim de cette foule d’une parole vraie ? Peut-on faire mieux pour dire l’impact de Jésus sur ces hommes et ces femmes qui courent après lui ? C’est de cette foule qu’il voulait éloigner ses disciples ; c’est cette foule qui les rattrape ; c’est cette foule qui en oublie jusqu’à l’essentiel (un casse-croûte pour la route) pour être avec Jésus. Il y a un lien fort entre cette foule et Jésus, et ce ne sont pas seulement les signes qu’il opère qui peuvent expliquer cela. Je pense qu’il y a plus ; il y a quelque chose de vital qui semble les attacher ainsi à la personne de Jésus. 

            A force de courir d’une rive du lac à l’autre, à force de ne plus prendre le temps de rentrer chez eux, il semble normal, au bout d’un moment que la faim se fasse sentir. Il y a là environ cinq mille hommes, et seulement cinq pains d’orge et deux poissons. André a bien raison d’interroger : qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Et pourtant, nous l’avons entendu, non seulement chacun mange à sa faim, mais il reste encore de quoi remplir douze paniers à la fin du repas. Comment ne pas entendre en écho la parole rapportée par le prophète Elisée : on mangera et il en restera ? Au temps de Jésus comme au temps d’Elisée, quand Dieu donne, il donne avec largesse, il donne au-delà du raisonnable. Dieu n’est pas radin en amour ; il ne donne pas sous condition. Il donne ce qu’il faut et même plus. La foule n’est pas dupe : à la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « c’est vraiment lui le prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. Les journées passées à courir après Jésus sont ici récompensées et reconnues comme un temps de grâce, un temps de rencontre avec celui que Dieu envoie. 

Chaque fois que j’entends cette page d’évangile, je ne peux empêcher une pointe d’envie de monter en moi : comme j’aurais aimé être de cette foule. Comme j’aurais aimé courir à la suite de Jésus pour l’écouter, le voir et goûter à ce pain partagé. Je me souviens alors que je peux encore le faire aujourd’hui. Je peux me presser autour de Jésus ; je peux le suivre ; je peux l’entendre me parler comme il a parlé à ces foules ; je peux même goûter ce pain partagé jadis sur la montagne. Il me suffit de venir à l’eucharistie. Ici, je rencontre Jésus ; ici Jésus me parle ; ici Jésus partage encore le pain. Mais ma faim de lui est-elle aussi grande que la faim de cette foule qui se pressait autrefois ? Irai-je courir de l’autre côté du lac pour cette rencontre ou est-ce que j’attends tranquillement qu’il vienne de ce côté-ci ? Mon lien à Jésus est-il traditionnel ? culturel ? personnel ? vital ? Est-ce que je rends grâce à Dieu comme la foule pour ce signe fondamental de notre foi ou est-ce que je considère cela comme normal ? Si je ne sais plus lire les signes que Dieu pose, comment pourrais-je rendre grâce à Dieu ? Comment pourrais-je me réjouir de ce que Dieu intervient encore dans la vie des hommes, dans ma vie ? 

Nous l’avons vu : quand la foule a faim, Jésus la nourrit ; mais il ne la nourrit pas seulement de pain, il la nourrit aussi de sa parole. Elle a faim des deux, la foule. Et moi, quelle est ma faim aujourd’hui ? Quel est mon désir de Jésus et comment le creuser encore ? Avec l’Eglise, nous pouvons redire cette prière qui a ouvert notre eucharistie : elle nous permet de confesser la sollicitude de Dieu qui donne plus que ce dont nous avons besoin en même temps que notre faim de lui et notre confiance en lui. Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi, rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Que cette prière de l'Eglise devienne authentiquement nôtre. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

samedi 1 août 2015

18ème dimanche ordinaire B - 02 août 2015

Première tension entre Jésus et la foule :
Les hommes demandent des signes, Jésus demande la foi !
 
 
 
 
Un seul miracle particulièrement impressionnant, et déjà commencent les tensions entre Jésus et la foule. Souvenez-vous : dimanche dernier, l’évangile nous faisait contempler Jésus nourrissant environ cinq mille hommes avec seulement cinq pains et deux poissons. A la fin de la journée, Jésus s’est retiré seul, dans la montagne. Suit un épisode que nous n’entendrons pas et qui nous montre Jésus et ses disciples traverser la mer, direction Capharnaüm. C’est pour cela que, la foule [voyant] que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. On pourrait se réjouir de ce désir de la foule d’être avec Jésus, s’il était le signe d’un réel attachement à sa personne, s’il traduisait une vraie communion avec celui qu’elle cherche. Mais voilà, tout l’évangile de ce dimanche nous montre la distance qui existe entre Jésus et la foule. 
 
La première distance concerne l’objet même du désir de la foule. La foule a mangé à satiété, sans se fatiguer, puisque Jésus a donné largement. Pourquoi ne pas continuer ainsi ? Jésus n’est pas dupe de cette fascination de la foule pour sa personne : vous me cherchez parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. En ce sens, ils ne diffèrent guère de leurs ancêtres qui ont suivi Moïse au désert. Celui-ci les a tirés d’Egypte sur ordre de Dieu ; il leur a rendu leur liberté, et voilà que déjà, ils ont oublié la puissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que les ventres sont vides, parce qu’ils ont faim. A la liberté retrouvée, ils préfèrent soudain les marmites de viande d’Egypte, même si elles étaient le signe de l’oppression et de l’esclavage. Comme la liberté semble soudain une chose vaine et futile ! Mieux vaut un ventre bien plein et des chaines, que la liberté et le ventre creux. Que ce soit au temps de Moïse ou au temps de Jésus, l’homme veut un ventre bien plein, sans effort si possible. Qu’importe le sacrifice à faire ! S’il faut retrouver les chaines d’Egypte pour avoir à manger, soit ! S’il faut suivre Jésus pour manger sans se fatiguer, cherchons-le ! Ce qui compte, ce n’est pas Moïse, ce n’est pas Jésus ; ce qui compte, c’est notre ventre bien tendu ! Ce qui compte, ce sont peut-être ces douze corbeilles de restes dont personne ne sait ce qu’elles sont devenues. 
 
La deuxième distance qui existe entre Jésus et la foule, c’est justement l’incapacité de cette dernière à comprendre Jésus. Ce que veut la foule, c’est un signe : Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Mais… elle vient d’en avoir un ! Ce repas gratuit, largement servi, n’est-il pas un signe suffisant pour que la foule comprenne que Jésus est comme un nouveau Moïse par qui Dieu nourrit son peuple ? Que faudra-t-il encore ? Quel signe pourrait convaincre l’humanité que Jésus est bien celui qui peut tout, qui donne tout, qui se donne tout entier pour la vie du monde ? Jésus a beau expliquer qu’il est le Pain de la vie, descendu du ciel, rien n’y fait ; la foule semble ne pas comprendre. Elle veut des signes ; elle veut voir, toujours et encore ; elle veut manger, toujours et encore !
 
Nous arrivons là à la troisième distance qui existe entre Jésus et la foule : la foule ne comprend pas que Jésus ne demande qu’une chose, et qu’une seule chose est nécessaire. Cette chose, c’est la foi. Elle seule peut combler la faim profonde des hommes ; elle seule peut faire discerner le pain vivant et vrai ; elle seule permet de bien comprendre qui est Jésus et quelle est sa mission. Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Il faut bien, comme la foule, venir à Jésus. Mais il faut venir à lui, vide de nos exigences, vide de notre désir de voir des choses. Il faut venir à Jésus comme on va vers une source vive et trouver en lui ce qui fait vivre vraiment. Celui qui vient vers Jésus, plein de revendications que Jésus se devra de contenter, n’est pas dans les bonnes dispositions. Jésus n’a pas à prouver qui il est par des signes particuliers. Il ne cesse de nous dire qui il est ; c’est à nous de le croire, sur parole. Il nous dit qu’il est le pain de la vie ? Approchons-nous de lui et goûtons à sa Parole, croyons ce qu’il nous dit, et notre faim sera rassasiée. Il vient nous donner le goût de la vie avec Dieu, après avoir partagé pour nous le pain. 
 
Ne nous contentons donc pas de manger à sa table en attendant le prochain service ; mais apprécions le moment présent. Il nous donne le Pain de sa Parole pour donner sens à notre vie ; il nous partagera le Pain de son Corps, rompu pour que nous goutions à la vie de Dieu. Il se donne tout à nous, en vrai Pain de la vie éternelle, non pas pour que nous nous recroquevillions sur nos assiettes, mais pour que nous allions à la rencontre de nos frères, pour leur partager ce pain et les inviter à cette table où Dieu se donne tout à tous. Allons vers Jésus avec le désir de croire en lui et nous comprendrons mieux que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France).
 
 

vendredi 24 juillet 2015

17ème dimanche ordinaire B - 26 juillet 2015

Quand Jésus s'occupe de la foule...





Nous avons changé d’évangéliste, parcourant pendant les cinq semaines à venir l’évangile de Jean, mais nous n’avons pas changé de décor. Nous sommes bien après la première mission des disciples ; à leur retour, Jésus les a invités à l’écart, mais la foule les a devancés sur l’autre rive. Jésus a enseigné la foule et vient le temps où les estomacs crient famine. Cela devait bien arriver : la foule ne fait que suivre Jésus ; cela fait un moment que les gens sont partis de chez eux ; nous sommes dans un endroit désert. Forcément il fait faim ! Que va faire Jésus ? 
 
La solution la plus raisonnable serait sans nul doute de renvoyer les gens chez eux. C’est bien de suivre Jésus ; mais initialement, il voulait quand même offrir un temps de repos à ses disciples. Et sans doute lui-aussi pourrait-il souhaiter quelques temps plus tranquille. C’est bien la foule, mais il y a des limites ! Oui, Jésus pourrait renvoyer chacun à sa maison, en rappelant au passage que, la prochaine fois, ce serait bien de penser au casse-croûte ! Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est ce que j’aurais fait. 
 
Mais voilà, Jésus n’est pas raisonnable à notre manière. Ces gens n’ont rien, ils sont comme des brebis sans berger. Il ne peut pas les renvoyer. Le problème, c’est que les disciples n’ont pas davantage de quoi nourrir toute cette foule. Souvenez-vous, ils reviennent de mission, ils voulaient se reposer un peu ! Il semble même qu’en traversant le lac, ils n’aient même pas pensé à jeter les filets ! Ils auraient au moins eu un peu de poisson. Mais là, rien ; même pas un quignon de pain rassis. La question de Jésus à Philippe oblige à ouvrir les yeux : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? André, sans doute un peu plus dégourdi, a rapidement fait le tour des popotes : il n’a trouvé que cinq pains d’orge et deux poissons qu’un jeune garçon a pensé à prendre ; à moins que ce ne soit sa maman qui ait pensé que son garçon aurait certainement faim à un moment de la journée. Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Même pas de quoi boucher une dent creuse pour chacun des cinq mille hommes présents. Et pourtant, chacun va manger à sa faim et il y aura même des restes : douze paniers sont remplis à la fin du repas. Comment cela a-t-il pu se faire ? 
 
Cela a pu se faire parce que Jésus était là, parce qu’il avait le souci de cette foule qu’il  a d’abord longuement enseigné. Comment aurait-il pu la renvoyer alors qu’elle vient à lui, reconnaissant en lui celui qui peut quelque chose pour elle ? Il ne la nourrit pas pour se mettre en avant, ni pour briller devant les hommes. Il nourrit cette foule parce que cette foule pourrait aller à sa perte s’il ne s’en occupait pas personnellement. Il nourrit cette foule pour lui faire découvrir qu’il y a un pain plus important encore qui peut nourrir les hommes à volonté et pour toujours : le pain de la Parole de Dieu. Il nourrit cette foule pour rappeler que Dieu s’occupe toujours de son peuple ; il l’a fait jadis du temps d’Elisée ; il le refait aujourd’hui par Jésus. Il le fait pour nous au cours de chaque eucharistie que nous célébrons. Avec Jésus, nous ne manquons de rien. Quand Jésus donne, il donne largement ; un jour, il donnera sa vie pour tous. C’est cela qui est annoncé par ce signe des pains multipliés : l’immense amour de Dieu pour nous et sa prévenance pour tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie. Cet amour de Dieu pour les hommes conduira Jésus sur la croix ; il sera alors pour  tous, et pour toujours, le pain rompu et partagé, donné pour la vie de tous les hommes jusqu’au jour où Dieu les recevra tous à sa table. Avec cette première multiplication des pains, Jésus nous invite déjà à la table de son Père, et Dieu lui-même sert aux hommes le pain qui donne la vie. La foule était comme des brebis sans berger ? Elle a trouvé en Jésus un pasteur qui prend soin d’elle, qui nourrit son esprit, qui nourrit son corps. L’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus nous fait vivre, tout simplement. Ces cinq pains et ces deux poissons partagés nous montrent ce que peut faire l’amour de Dieu pour nous ; il nous faut juste y consentir, comme ce jeune garçon a consenti à livrer ces pains et poissons à Jésus pour qu'il les distribue à tous. Et nous découvrons que, si Dieu nous aime, nous devons consentir à son amour pour que le miracle puisse avoir lieu. 
 
Quand Jésus s’occupe de la foule, elle ne manque de rien. Quand Jésus s’occupe de la foule, il lui dit l’immense amour de Dieu pour tous les hommes. Quand Jésus s’occupe de la foule, les cœurs sont bouleversés au point qu’un jeune garçon accepte de partager le peu qu’il a. Quand Jésus s’occupe de la foule, il rassasie avec bonté tout ce qui vit. Quand Jésus s’occupe de la foule et que les hommes consentent à le laisser faire, alors des merveilles sont possibles. C’était vrai hier ; c’est toujours vrai aujourd’hui. A nous d’ouvrir les yeux ; à nous de consentir à Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)