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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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vendredi 10 avril 2020

Vendredi Saint - 10 avril 2020

Dieu nous apprend sa faiblesse.







            Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. Ce verset, tiré de la deuxième lettre aux Corinthiens (12, 10), nous le comprenons souvent pour nous. Et Paul l’emploie bien dans ce sens. Il redit à ses amis que, quelle que soit la situation angoissante qu’il traverse, dans sa faiblesse, il est fort de l’amour que Dieu lui porte. En ce vendredi saint, je ne peux m’empêcher de penser que ce verset s’applique aussi au Christ. Voyez-vous, j’en suis convaincu, en livrant son Fils bien-aimé, Dieu nous apprend sa faiblesse. 

            Nous avons tellement l’habitude de parler de Dieu tout-puissant que nous en venons à oublier cette réalité : devant l’homme, Dieu est faible. Il a limité sa toute puissance en donnant à l’homme sa liberté. Car l’homme est libre d’accepter Dieu ou de le refuser. Et dans ce dernier cas, Dieu ne pourra rien. En ces fêtes pascales où nous disons que le Christ, par sa mort et sa résurrection, nous ouvre le ciel, il nous faut être plus que jamais conscient que n’iront au Paradis que ceux qui le désireront. Des deux larrons crucifiés en même temps que Jésus, il ne sera dit qu’à un seul : Aujourd’hui, tu seras avec moi en paradis. Dans ces mots, dans toute la Passion, c’est toute la faiblesse de Dieu qui s’exprime. 

            La première faiblesse de Dieu, c’est l’Homme, l’Homme qu’il a créé, désiré, avec lequel il veut faire alliance. Pour cet Homme, Dieu est prêt à tout. Il suffit de relire l’histoire biblique pour s’en rendre compte. D’alliance proposée par Dieu en rupture d’alliance provoquée par les hommes, Dieu ne peut consentir à se défaire de l’Homme. C’est sans doute le prophète Osée qui nous fait approcher du plus près cette faiblesse de Dieu pour l’Homme. Bien que les hommes se prostituent devant d’autres dieux, le Dieu de l’Alliance n’a de cesse de séduire et de conquérir à nouveau son peuple, les hommes qu’il a créés, choisis, sauvés… Que nous le voulions ou non, que nous le reconnaissions ou non, il y a un lien indéfectible entre Dieu et l’Homme. 

            Et c’est la seconde faiblesse de Dieu, son amour de toujours pour cette humanité. Le geste de la Passion est d’abord un acte d’amour pour tous les hommes que Dieu veut sauver une fois pour toutes. Et c’est en Jésus, obéissant jusqu’à la mort, que l’amour de Dieu trouve son expression la plus forte, la plus parfaite. Nous pouvons alors réentendre le verset de Paul donné en introduction : Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. Y a-t-il plus grande faiblesse que d’être cloué injustement en croix ? Y a-t-il plus grande faiblesse que d’être livré par ceux-là mêmes que vous comptiez sauver ? Sur la croix, l’histoire semble s’arrêter, le match est joué et perdu par Dieu. Son fils meurt, rejeté, abandonné, humilié. Les hommes ont signifié qu’ils n’en voulaient pas. Et pourtant, sur la croix, les plus grandes faiblesses de Dieu (l’Homme et l’Amour) vont devenir la force de Dieu. Nous avons pour nous le recul de l’Histoire et le témoignage de la foi. Nous savons que la croix, si elle est le dernier mot des hommes, n’est pas le dernier mot de Dieu. Certes, nous pouvons dire que Dieu meurt en Jésus ; et notre humanité meurt avec lui. Mais nous savons aussi que sur la croix, la Mort elle-même meurt, parce qu’elle avait oublié qu’on ne peut faire mourir l’Amour. C’est encore Paul qui l’exprimera le mieux dans l’hymne à la charité : l’Amour ne passera jamais. 

            Les hommes ont oublié que la faiblesse que Dieu avait pour eux, c’était un Amour incommensurable, indestructible. Devant la croix, il semble mis en sourdine, comme jadis au temps de l’exil. Mais justement, l’exil nous apprend que l’Amour de Dieu pour les hommes s’est renforcé dans l’épreuve jusqu’à faire revivre l’amour des hommes pour Dieu. En ce vendredi saint, les hommes ont exilé le Fils de Dieu dans un sombre tombeau, bien gardé. Mais nous pouvons bien exiler Dieu hors de nos vies, Dieu ne peut s’exiler loin de nous. La lourde pierre du tombeau ne saurait résister longtemps à la puissance de son Amour. Devant le tombeau fermé, gardons le silence. Devant la croix, mesurons à quel point Dieu nous aime. Si Dieu est faible devant l’Homme qu’il aime, l’Homme devient fort par cet Amour quand il accepte Dieu dans sa vie. Mais ça, c’est déjà une autre histoire. Elle ne commencera qu’au matin de Pâques pour ceux qui auront su entrer dans la faiblesse de Dieu pour être forts avec Lui. Amen.




(Tableau d'Arcabas, Crucifixion, trouvé sur internet)

samedi 7 juillet 2018

14ème dimanche ordinaire B - 08 juillet 2018

Ma grâce te suffit !





Qu’y a-t-il de commun entre Ezéchiel, Jésus et Paul de Tarse ? Ils vivent à des époques différentes, ne se sont jamais rencontrés, et pourtant, ils partagent la même réalité : à un moment ou à un autre de leur mission, bien qu’envoyés par Dieu, ils ont échoué. Les hommes ne les ont pas suivis ; les hommes ne les ont pas écoutés. Il serait alors facile d’accuser les autres, ceux qui n’ont pas voulu écouter. Pour Ezéchiel, accuser le peuple, sourd à toute parole venant de Dieu ; pour Jésus, accuser ceux de son village qui ne l’accueillent pas comme il se doit ; pour Paul, accuser les chrétiens de Corinthe qui contestent son autorité. Nous pourrions le faire, mais cela nous amènerait quoi, à nous qui écoutons ces textes des siècles plus tard ? Et pourquoi la liturgie nous fait-elle lire ces récits d’échecs ? 

La réponse se trouve dans la deuxième lecture. C’est le Christ qui parle à Paul : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Paul nous invite ainsi à nous tourner d’abord vers le Crucifié, signe suprême de la faiblesse humaine. Là sur la croix, il ne peut plus rien ! Et pourtant, c’est bien là, sur la croix, que Dieu va manifester sa puissance. Il se sert de cet échec apparent pour faire triompher la vérité. Celui qui est crucifié, exposé aux moqueries, celui-là est plus puissant que la mort même. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas le Dieu des forts et des puissants, il est le Dieu des humbles, le Dieu chanté par Marie dans le Magnificat ; il est le Dieu qui prend en pitié l’humanité pécheresse pour lui faire découvrir son amour, son pardon et la puissance de sa bonté. 

Ma grâce te suffit ! Voilà qui vaut encore pour nous aujourd’hui. C’est une invitation à découvrir que le salut est un don qui nous est fait et non le résultat de nos vertus, de nos efforts, de nos prières. Si la grâce de Dieu suffit, si le salut est offert, alors il nous faut accueillir cette grâce, nous ouvrir au don du salut. Il n’y a pas d’orgueil à en tirer. Accueillir la grâce, s’ouvrir au salut, c’est reconnaître que j’ai besoin d’être sauvé ! Reconnaître que, sans l’aide de Dieu, je suis faible, démuni. C’est reconnaître, comme Paul, notre faiblesse. Accueillir le salut, accueillir la grâce de Dieu, c’est accepter de n’être pas parfait et d’avoir besoin de Dieu : une attitude à mille lieux de ce que prône notre société moderne. 

Ma grâce te suffit ! Dans sa grande bonté, Dieu a disposé dans son Eglise les sacrements qui la font vivre et progresser dans la connaissance de Dieu. Le sacrement qui dit le mieux la nécessité pour l’homme d’accueillir la grâce de Dieu, est certainement le sacrement de la réconciliation. N’est-ce pas dans la confession que je reconnais le mieux mes limites, mes travers, mes manques ? N’est-ce pas dans la confession que je reconnais ce que Dieu fait pour moi, jour après jour ? N’est-ce pas dans la confession que je m’ouvre le mieux à cette grâce qui vient me remplir de Dieu pour laver en moi ce qui était souillé par le péché et rétablir en moi l’image et la ressemblance de Dieu que le péché avait obscurci ? La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer encore alors que, sans cesse, nous nous éloignons de lui ! La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer à cause de notre péché. Parce que, sans lui, nous risquons de nous soumettre aux forces du Mal qui nous traversent, Dieu vient nous dire son amour au cœur même de notre détresse, au cœur même de nos faiblesses, pour que, même là, sa puissance puisse agir en nous. 

Ma grâce te suffit ! C’est aussi cette parole que nous devons garder à l’esprit lorsque les difficultés de la vie semblent s’acharner sur nous. Aucune épreuve ne peut nous écraser si nous la vivons avec Dieu ! Sa grâce, c’est justement de veiller sur nous en tout temps : si nous affrontons nos épreuves avec lui, nous trouverons en lui notre victoire puisque, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu a vaincu tous les obstacles qui nous tenaient éloignés de lui. Même notre mort n’est plus un obstacle à la rencontre avec Dieu si nous la vivons dans la foi au Christ crucifié et ressuscité. Rien ne peut plus nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus. 

Ma grâce te suffit ! En ces temps difficiles où nous sommes, il nous est bon d’entendre Dieu nous dire qu’il est ainsi toujours avec nous. Nous n’avons pas à craindre nos échecs, ni les difficultés de la vie, mais à redécouvrir, à l’école de Paul, que notre force est en Dieu. Comme lui, nous pouvons reconnaître que c’est lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! Amen.