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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 24 mai 2026

Pentecôte - 24 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous donne son Esprit.



 

 




            Nous voici donc au terme du temps pascal avec la solennité de la Pentecôte qui nous fait célébrer non pas l’Esprit Saint, mais le don de l’Esprit à la jeune communauté qui croit en Jésus mort et ressuscité. Tout au long du temps pascal, nous avons vu ce que Dieu fait pour nous pour nous dire son amour. Au terme de ce parcours, Dieu nous dit son amour en nous donnant son Esprit. Et ce n’est pas juste un détail de l’Histoire ; c’est un moment fondateur.

             Quand Dieu donne son Esprit, il nous dit d’abord qu’il est avec nous toujours, l’Esprit Saint étant sa manière d’être présent à notre monde depuis que son Fils est retourné auprès de son Père. Ce don est la suite logique de toute l’histoire de Jésus, venu dans le monde redire aux hommes la proximité de Dieu et son attention à notre monde. C’est une ancienne habitude de Dieu de regarder notre monde et de se rendre présent à la vie de ceux qui croient en lui. L’Alliance avec Moïse n’avait-elle pas commencé par cette parole de Dieu : J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris sous les coups des gardes. Avec Jésus, Dieu lui-même est entré dans le monde, s’est fait proche comme jamais en prenant notre humanité. Le Christ ressuscité étant entré dans sa gloire, l’Esprit Saint nous est donné pour que cette présence soit ininterrompue. Dieu ne peut pas abandonner l’humanité qu’il a sauvé par la mort de son Fils. Il s’est lié à nous pour toujours et le don de l’Esprit est comme le sceau de cette union. Avec la force de l’Esprit, nous sommes rendus capables d’assumer la présence de Dieu, de la laisser nous transformer, de nous attacher à Jésus et de vivre son Evangile. L’Esprit reçu nous rend capable de discerner la volonté de Dieu, de le reconnaître comme notre Père et de reconnaître Jésus comme notre Seigneur. Personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint.

            Le don de l’Esprit est aussi le signe que Dieu veut l’Eglise comme le lieu où le salut en Jésus est annoncé. Le fait que les peuples nombreux, rassemblés à Jérusalem pour la fête juive de la Pentecôte, entendent chacun dans son propre dialecte les Apôtres qui parlaient, témoigne bien que le salut n’est pas réservé aux Apôtres et à ceux qui se convertissent à Jérusalem, mais qu’il est bien pour tous. Le don de l’Esprit fait exploser les frontières naturelles de l’Eglise (le peuple juif dont Jésus est issu) pour englober tous les peuples de la terre. En ce sens, nous pourrions dire que la mission d’un Paul de Tarse vers les nations païennes est déjà présente en germe dans cette Bonne Nouvelle entendue et comprise par chacun dans sa langue propre. Tous nous entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. En Dieu, par le ministère de Jésus et par le don de l’Esprit Saint, il n’y a plus d’étrangers, il n’y a que des frères et des sœurs rachetés par le Christ, invités à vivre avec tous la Bonne Nouvelle. Accueillir l’Esprit revient à accueillir l’humanité dans sa totalité et refuser de ne parler et ne vivre qu’avec ceux et celles qui ont les mêmes origines que nous. Le don de l’Esprit Saint, sans rien enlever à ce qui fait de nous êtres uniques, nous rend pourtant semblables en ce sens qu’il nous fait frères et sœurs en Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous. Et c’est l’honneur de l’Eglise d’être le lieu qui rassemble les enfants de Dieu dispersés.

             La merveilleuse séquence de la Pentecôte nous a fait chanter l’œuvre de l’Esprit dans notre vie. Il est celui qui nous dispense les dons de Dieu, la lumière de nos cœurs, notre consolateur, notre repos, notre réconfort. Il est celui qui lave en nous ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guérit ce qui est blessé. Nous retrouvons ici l’affirmation de Jésus dans l’Evangile : A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis. Il n’est pas de vie chrétienne qui ne soit une vie dans la force de l’Esprit Saint. Ce serait nous illusionner gravement que de croire que nous pouvons, par nos seules forces et notre seule volonté, marcher à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu, sans l’aide de l’Esprit Saint. Il est à notre vie croyante ce que l’oxygène est à notre vie humaine : indispensable, parce qu’il est le souffle de Dieu qui nous anime et nous fait vivre. Il est celui qui nous fait respirer Dieu à chaque instant. Il est le don ultime de qui vont jaillir toutes les grâces et toute la connaissance de Dieu. Il nous pousse à faire le bien et à rejeter le mal. Nous devons tout à ce don.

            En ce jour de la Pentecôte, demandons à Dieu de renouveler en nous ce don de l’Esprit, pour que notre baptême en reçoive une nouvelle jeunesse ; qu’il creuse en nous la soif de Dieu et le désir de vivre avec lui aujourd’hui et toujours. Amen.


samedi 14 mars 2026

4ème dimanche du carême A - 15 mars 2026

Il n'a rien demandé, mais il a tout eu.







 

            Les miracles de Jésus, dans les évangiles, se suivent et ne se ressemblent pas, quand bien même c’est la même maladie qui est traitée. L’aveugle-né, dont Jean nous relate la rencontre avec Jésus, n’a rien demandé, mais a tout reçu : la guérison, les soucis, la révélation. Et tout cela à cause d’une question des disciples qui interrogent Jésus : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?

Un mot rapide sur le côté provocateur de la question et sur la représentation qu’elle donne de Dieu ! D’abord, quand cet homme aurait-il pu pécher puisqu’il est aveugle de naissance ? Si sa santé est le résultat d’un acte de sa part, il l’aurait donc commis dans le sein maternel, peut-être en jouant trop avec le cordon ombilical ? Ou alors dès sa naissance, en dilatant trop le col de l’utérus ? Messieurs les Apôtres, soyons sérieux un instant ; il n’a pas pu pécher pour être aveugle de naissance ! Quant à ses parents, depuis les prophètes Jérémie et Ezéchiel, nous savons que chacun est responsable de ses propres actes ; le proverbe qui affirme que les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées, n’a plus cours. S’ils ont péché, Dieu ne se venge pas sur leur fils ! Quelle horreur cela serait d’ailleurs. Quiconque agirait ainsi ne mériterait pas d’être appelé Dieu ! Ceci étant précisé, revenons à cet homme.

La première chose que je note, c’est qu’il n’a rien demandé. Sans doute ne sait-il même pas que Jésus passe devant lui. Jean écrit ceci, et seulement ceci : En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. S’engage le dialogue avec ses disciples puis : Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé ». L’aveugle y alla donc (comment, on ne sait pas), et il se lava ; quand il revient, il voyait. Quel contraste avec la guérison de Bartimée qui crie vers Jésus à en casser les oreilles de la foule ! Cet homme ne sait pas que Jésus est là, il ne crie pas, il n’attend rien. Il est juste là, comme tous les jours, probablement, sauf que ce jour-là, Jésus passe et le voit, et le guérit, sans rien lui demander, pas même la permission ! Jésus passe au milieu des hommes en faisant le bien, parce qu’il est le Bien incarné, envoyé par Dieu. C’est simple, c’est efficace. Et c’est là que les ennuis commencent !

Le premier souci qui se pose est de savoir si c’est bien lui ou pas.  Les uns disaient : « c’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » De tout le récit rapporté par Jean, cet homme n’a d’ailleurs pas de nom. Il est successivement un homme aveugle de naissance, puis l’aveugle, ensuite celui qui se tenait là pour mendier, ou après sa guérison l’ancien aveugle, votre fils, son disciple, et enfin celui qui est tout entier dans le péché depuis sa naissance. Mais son nom n’est pas mentionné. Il est chacun de nous qui un jour rencontre Jésus et voit sa vie chamboulée, éclairée d’un nouveau jour. Oui, cet aveugle de naissance, c’est chacun de nous lorsque nous réalisons que Jésus a traversé notre vie, sans que nous n’ayons rien demandé. Et lorsque nous nous laissons faire par Jésus, nous sommes le même qu’avant, et plus vraiment le même, au point que les autres peuvent vérifier dans notre vie la réalité de cette rencontre : nous étions aveugles, loin de Jésus, et soudain, nous voyons et nous le confessons : Je crois, Seigneur. 

Le second souci vient des autres, de ceux qui croient croire, qui croient tout savoir sur Dieu, mais qui à la fin des fins, sont incapables de reconnaître que Dieu est passé au milieu de son peuple. Voilà bien qui est étonnant : vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux… Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. La réponse de ceux-là à l’homme guérit est cinglante : ils le jetèrent dehors. Ils sont incapables de se réjouir pour lui ; ils sont incapables de rendre grâce à Dieu pour ce signe dont les prophètes eux-mêmes disaient qu’il signerait la venue du Messie. C’est jour de sabbat, et le jour de sabbat, Dieu ne se déplace pas au milieu des hommes, même pour faire le bien ; le jour du sabbat, Dieu se repose, c’est bien connu ! Quand l’esprit est à ce point fermé, les hommes voyants deviennent aveugles. 

            C’est une rencontre singulière que celle de l’aveugle de naissance avec Jésus. Elle est riche d’enseignement et d’avertissement. Dieu passe, toujours et encore, dans la vie des hommes. Dieu fait, toujours et encore, le bien pour les hommes. Mais ce ne sont pas toujours ceux qu’on pense les plus religieux qui le reconnaissent en premier, ou qui sont seulement capables de le reconnaître. Que ce temps du carême lave notre regard, qu’il nous apprenne à voir à nouveau la présence de Dieu au milieu des hommes ; qu’il nous donne de lui rendre grâce pour son œuvre de salut. Nous ne voudrions pas passer à côté de la croix sans le voir et le reconnaître. Nous ne voudrions pas être jetés dehors au moment même où il nous ouvre son Royaume. Amen.   

samedi 10 janvier 2026

Le baptême du Seigneur A - 11 janvier 2026

C'est toi qui viens à moi !




(Source : Pinterest)



 

            Le temps de Noël touche à sa fin avec cette fête du baptême de Jésus. Demain, c’est le temps ordinaire qui reprend ses droits. En attendant, ce baptême de Jésus nous vaut une réflexion de Jean le Baptiste, intéressante pour notre vie spirituelle et qui, à la sortie des fêtes, nous encourage à accueillir Jésus.

            Nous imaginons facilement la scène du baptême. Jean le Baptiste se tient au bord du Jourdain, les foules viennent à lui ; et voilà que, dans ce groupe, il reconnaît son jeune cousin, Jésus, qui vient lui aussi se faire baptiser, prenant ainsi de manière très concrète le chemin de notre humanité. Comme nombre de ses contemporains, il manifeste que notre humanité a besoin de Dieu, besoin de cette proximité avec celui qui est la source de notre existence. Le baptême que propose Jean est le signe de cette humanité qui revient à Dieu, le signe de cette humanité qui est pleinement humaine quand elle marche humblement avec Dieu. C’est un baptême de conversion, un baptême de retour à Dieu. Jésus n’en avait nul besoin pour lui, puisqu’il est le Fils de Dieu. La voix qui se fait entendre après son baptême en témoigne : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dieu est heureux de ce Fils qui prend le chemin de notre humanité pour accomplir sa volonté, c'est-à-dire son projet de salut pour toute l’humanité. Il montre ainsi que le salut est impossible par les seules forces humaines. Si Dieu n’intervient pas, l’homme s’épuise et se perd loin de Dieu. Et c’est peut-être ce que Jean le Baptiste n’avait pas tout-à-fait compris.

            Ecoutez-le, dans l’évangile de Matthieu, quand il reconnaît Jésus : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! L’étonnement de Jean le Baptiste est salutaire pour notre vie spirituelle. Il nous dit, me semble-t-il, deux choses. La première, c’est que Jean était persuadé qu’il suffisait que les gens se convertissent, reviennent à Dieu, pour que tout aille bien, voire mieux pour eux. Je reprends ma vie en main et je décide d’aller vers Dieu, avec foi et espérance, et de toutes les forces dont je suis capable. Ce n’est pas inutile de le faire, entendez-moi bien ! Il y a toujours un moment où l’homme doit décider de prendre sa foi au sérieux et d’aligner ainsi son agir avec ce qu’il dit de Dieu. Nous avons entendu la prédication vigoureuse de Jean durant le temps de l’Avent. La conversion est nécessaire parce qu’elle marque ce moment où je fais le choix de Dieu. Mais elle ne suffit pas. Et c’est la deuxième chose que nous dit l’étonnement de Jean. Dieu n’attend pas que nous réussissions, il vient vers nous, il vient nous chercher, il vient nous séduire parce qu’il sait que pour l’humain, changeant au gré du souffle des vents, c’est là affaire difficile. Il nous faut entrer dans la puissance de l’étonnement de Jean : et c’est toi qui viens à moi !

Oui, en Jésus, Dieu, le tout patient, manifeste qu’il a comme perdu patience face à l’impossibilité de l’homme de se sauver par ses propres forces et de se maintenir dans cette attitude de sauvé ! En Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’homme ; il reprend l’initiative du salut là où l’homme avait échoué et revenait sans cesse à son péché. Dans un monde où, malgré le fait que chaque culture ait un et même généralement plusieurs dieux, rien ne permettait de croire que Dieu pouvait réellement vouloir assumer notre humanité sans se jouer de nous comme le font les dieux de l’Olympe par exemple. Non, le Dieu qui se révèle en Jésus, a de la joie à croiser l’homme, à aller vers l’homme, à sauver l’homme. L’humanité n’est pas le jouet de Dieu ; et Dieu n’est pas le doudou de l’humanité. Dieu et Homme sont appelés à vivre ensemble, à s’assumer, à se rencontrer. Cela s’appelle l’Alliance. Jean le Baptiste avait appelé les hommes à revenir vers Dieu ; Jésus va leur monter que Dieu s’approche d’eux. Et la rencontre devient possible ; et le salut devient possible. Pour tous. Cette double démarche (nous préparer à aller vers Dieu et accueillir celui qui vient) est essentielle parce qu’elle permet à l’homme de prendre Dieu au sérieux en se préparant pour lui ; et elle permet à Dieu de redire qu’il prend l’homme au sérieux en venant à sa rencontre pour une Alliance nouvelle et éternelle que le Fils va sceller dans son sang. L’homme n’attend pas que Dieu le sauve malgré lui. Dieu n’attend pas que l’homme réussisse enfin à venir vers lui. Chacun fait seulement mais totalement ce qui lui revient. Et le chemin du Royaume de Dieu est enfin ouvert ; et le salut que Dieu propose est enfin accessible.

Le baptême de Jésus et l’étonnement de Jean le Baptiste nous font comprendre que la joie de l’homme et la joie de Dieu sont parfaites quand les deux marchent ensemble. Jésus en est l’illustration, lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu. En lui je trouve ma joie, dit Dieu quand Jésus est baptisé. En nous aussi, Dieu veut trouver sa joie. C’est pour cela qu’il vient vers nous, vers Jean, pour assumer notre humanité, y compris dans sa part la plus sombre. Toute notre vie peut se noyer dans l’amour de Dieu qui vient vers nous. Allons vers lui et préparons nos cœurs à l’accueillir et toute justice sera accomplie. Amen.

 

  

mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 29 novembre 2025

1er dimanche de l'Avent A - 30 novembre 2025

Bonne nouvelle année liturgique ! 





 

            Bonne nouvelle année liturgique à toutes et à tous ! Ben oui, quoi. Si dimanche dernier, la fête du Christ Roi clôturait l’année liturgique, c’est ce dimanche que commence la nouvelle. Pas lundi dernier, mais ce premier dimanche après le Christ Roi. Parce que c’est bien le dimanche qui compte pour les chrétiens, ce jour où nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ. Nous ouvrons à nouveau le livre de la Parole de Dieu, avec d’autres extraits et surtout un autre évangile, celui de Matthieu. Certains pourraient se dire : j’étais déjà là, il y a trois ans. J’ai été fidèle tout au long de cette année-là. L’évangile de Matthieu, je l’ai entendu. Ai-je vraiment besoin de recommencer ? Une fois que j’ai vécu un cycle liturgique, j’ai tout fait ; pourquoi revenir ?

            La raison première, c’est qu’en trois ans, les choses ont changé. Oh, pas la Parole de Dieu, ni l’Ancien Testament, ni le Nouveau. Personne n’a réécrit l’Evangile de Matthieu en en modifiant fondamentalement le sens. Il n’y a pas eu de découverte qui ferait dire : nous nous sommes trompés dans l’interprétation des textes de Matthieu ; il faut tout reprendre. Non rassurez-vous, personne ne nous a changé la Bible. Mais quelque chose a bien changé, ou plutôt quelqu’un, et je ne parle pas ici de notre nouveau curé. Non, celui qui a changé, c’est toi, toi, et elle, et lui, et moi. Nous avons tous trois ans de plus, et donc de la sagesse en plus, de l’expérience en plus. Et à cause de cela, la manière dont nous entendrons à nouveau les mêmes textes qu’il y a trois ans, peut changer. Et j’en suis même certain, si nous avons pris au sérieux les paroles venues de Dieu, entendues au cours des trois dernières années. Parce que j’ai l’intime conviction que la Parole de Dieu nous change, nous fait grandir, nous fait relire le monde et ses événements différemment. Chacun de nous sait ouvrir une Bible ; il n’y a aucun exploit dans cette chose. Chacun de nous sait lire un texte biblique ; il n’y aucun exploit dans cette chose non plus. Quiconque sait lire une BD ou un journal, sait lire la Bible. Cependant, ce que chacun ne sait pas forcément faire tout seul, c’est bien comprendre ce qu’il lit. C’est pour cela aussi que nous nous rassemblons chaque dimanche ; pas uniquement pour recevoir le Corps du Christ, mais pour faire vivre ce Corps du Christ qu’est l’Eglise, donc un peu chacun de nous, à la lumière de la Parole proclamée et expliquée.

Dans cette Parole entendue, Dieu est présent et se révèle, en fonction de ce que chacun est capable de comprendre et d’assimiler. Il a une manière simple de le vérifier : il suffirait à la fin de chaque messe de vous réunir à quelques-uns pour échanger rapidement ce que vous avez compris des lectures du jour ; il y aura forcément des différences entre vous. Et il y a une méthode très simple pour que chacun puisse vérifier personnellement que sa manière de comprendre les lectures du dimanche change ; il suffirait de tenir un petit journal en y transcrivant après la messe, ce qu’il a compris des lectures et de faire cet effort sur six ans, c'est-à-dire deux cycles liturgiques complets et de comparer lors du deuxième cycle, ce que vous avez écrit avec ce que vous aviez relevé lors du premier cycle. La différence ne sera pas seulement due au changement de prédicateur, mais bien à cette présence agissante de Dieu dans votre vie, qui vous fait grandir dans son amitié et dans son amour. Plus nous allons à la rencontre du Seigneur, plus nous grandissons dans la connaissance de sa Parole et de l’alliance qu’il veut nouer avec chacun de manière particulière. Paul a bien raison de nous rappeler que le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Cela est vrai parce que le temps s’écoule lentement mais sûrement vers la récapitulation de l’histoire en Christ ; mais cela est vrai aussi parce que notre fréquentation de la Parole de Dieu nous la rend plus familière, plus facile d’accès et que nous comprenons mieux ce salut que le Christ nous propose.

Jésus l’affirme avec force dans l’évangile de ce dimanche : Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. La Parole de Dieu nous assure juste que ce retour aura lieu. Et si l’histoire de Noé nous semble bien vieille et bien lointaine, la situation n’a pas beaucoup changé. Il y a ceux qui seront sauvés et il y aura les autres. Parce que même si le projet de Dieu est de sauver tout le monde, il ne sauvera personne malgré lui ou contre lui. Veiller, ce n’est donc pas rester tranquillement chez soi en attendant ce jour, en limitant les risques de mal faire, mais c’est vivre activement, dans notre monde, à l’âge qui est le nôtre, à toujours mieux connaître ce Christ qui vient à notre rencontre, à toujours mieux faire sa volonté, à toujours être davantage frères et sœurs de celles et ceux que Dieu met sur notre route. Ne faisons pas à notre tour l’erreur de nos ancêtres au temps de Noé. En cette nouvelle année liturgique, je forme le vœu que l’écoute attentive de la Parole de Dieu, et sa compréhension approfondie par l’expérience acquise, nous garde éveillés, dans l’attente joyeuse de la venue de notre Seigneur. Amen. 

samedi 25 octobre 2025

30ème dimanche ordinaire C - 26 octobre 2025

C'est lui qui était devenu un  homme juste.



(Source : Icône La Parabole du Publicain et du Pharisien - icônes religieuses)



 

 

            En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes… Jésus dit la parabole que voici. Vous l’aurez remarqué, j’ai volontairement omis le passage qui parle du mépris des autres pour que nous ne puissions pas dire que nous ne sommes pas comme ça, nous. Nous ne méprisons personne, nous sommes tous des gens de bien, ce qui nous fait croire que nous avons notre place auprès de Dieu assurée. Le Dieu juste et bon ne pourra pas nous la refuser. C’est là qu’il nous faut bien comprendre le sens de cette parabole du pharisien et du publicain. Et particulièrement la conclusion qu’en tire Jésus.

            La « morale » de l’histoire, Jésus la formule ainsi : Je vous le déclare : quand ce dernier (c'est-à-dire le publicain qui se tenait à distance) redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste. Que s’est-il passé ? Il s’est passé que Jésus a regardé les deux personnages de son histoire, celui qui se croit juste parce qu’il n’est pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères – alors que lui jeûne deux fois par semaine et verse le dixième de tout ce qu’il gagne. Il fait des choses bonnes, forcément, il est bon, forcément il est juste. L’autre, le publicain, lui se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel (il n’ose pas regarder Dieu en face), mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Il reconnaît qu’il a besoin de Dieu. Et Dieu, fidèle à son habitude, le reconnaît juste. Ecoutez Ben Sirac le Sage : La prière du pauvre traverse les nuées. Ecoutez le psaume 33 qui a répondu à la première lecture : Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre… Pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge. Nous avons beau faire quantité de choses que nous estimons belles et bonnes ; il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas à nous d’estimer qu’elles nous ouvriront les faveurs de Dieu. Dieu seul est juge ; Dieu seul voit le fond des cœurs. Lui seul rend juste, non pas à cause de nos actes, mais à cause de ce qu’il y a au fond de notre cœur.

            Cette parabole nous remet devant cette évidence. Dieu juge selon sa justice, qui n’est pas – heureusement – celle des hommes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire de bien et de bon. Mener une vie bonne, selon l’évangile, est utile pour nous et pour le monde. Parce que cela rend le monde plus beau, plus fraternel, et qu’il en a bien besoin le monde, en ce moment, de gens fraternels qui aiment le beau et le bien. Ce que cette parabole veut nous dire, c’est qu’il ne faut pas nous reposer sur ces choses bonnes que nous faisons, mais sur Dieu seul. C’est à lui seul qu’il faut faire confiance, et non pas à nos actes. C’est sur lui seul que nous pouvons compter, et non pas sur nous-mêmes. Si nous comptons sur nos propres forces, nous n’irons pas bien loin ; nous n’irons surtout pas au paradis. Nos petits poignets, même musclés, n’ouvriront aucune porte. Seul l’amour présent en nos cœurs peut ouvrir une porte. Seul notre désir de voir Dieu malgré notre faiblesse, malgré nos limites, peut nous ouvrir la porte qui mène au Père. Seul notre attachement au Christ et à sa Parole de vérité nous conduira sûrement là où Dieu nous attend. Les « J’ai fait ceci, donc j’ai droit à cela » ne nous mèneront nulle part. Reconnaître que nous avons souvent échoué à aimer comme Dieu le demande et compter encore sur sa miséricorde, voilà qui saura parvenir au cœur de Dieu ; il exercera la miséricorde que nous attendons de lui, il aimera encore et nous délivrera de ce qui nous retient loin de lui.

            La parabole que Jésus raconte est au fond une parabole qui nous invite à faire confiance absolument et uniquement au jugement de Dieu. Surtout quand nous portons sur nous un jugement sévère. Laissons Dieu nous regarder avec ses yeux et son cœur et non pas avec nos yeux et notre cœur. Osons croire en sa miséricorde ; osons faire confiance à son amour de toujours. Il ne nous en aimera que davantage. C’est cela le salut ; être aimé infiniment par Dieu quand bien même nous estimons ne plus être aimables. C’est ce que Paul explique dans sa lettre aux Romains et que je vous laisse en méditation (Rm 8, 31-35.37-39) : Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. Que cette parole reste gravée en nous et renforce en nous l’espérance du salut offert par Dieu. Amen.

  

samedi 13 septembre 2025

La Croix glorieuse - 14 septembre 2025

 Une expression paradoxale ou une réalité ?





(Tableau d'Arcabas)



 

            La croix glorieuse : n’est-ce pas là une curieuse expression, voire un paradoxe ? Comment un instrument de torture et de mort peut-il être appelé « glorieux » ? Aurions-nous perdu le sens de la décence la plus élémentaire ? A vue seulement humaine, la question se pose effectivement ; mais pour celui qui croit au Christ, mort et ressuscité, cette expression a du sens, et la croix, source d’humiliation et de mort dans l’empire romain, devient source de vie éternelle.

             La liturgie de cette fête nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Seigneur Dieu, tu as voulu qu’en acceptant la croix, ton Fils unique sauve l’humanité ; nous t’en prions : fais qu’ayant connu dès ici-bas ce mystère, nous obtenions au ciel les fruits de la rédemption. En une seule phrase tout est dit, tout devient clair. Et d’abord que c’est un grand mystère ! Pouvons-nous comprendre que quelqu’un accepte de mourir en croix pour notre salut ? Quelqu’un qui ne nous a pas connu, comme nous pouvons nous connaître les uns les autres ! Ne faudrait-il pas, pour comprendre réellement ce mystère, nous acceptions nous-mêmes de mourir douloureusement pour des étrangers, pour des gens qui nous auraient reniés, trahis ? Aurions-nous fait ce que le Christ a accepté de faire pour nous ? Je n’en suis pas sûr. Mais ce que dont je suis sûr, c’est que le Christ l’a fait pour moi, pour vous, pour la multitude comme le disent les paroles de la consécration. Jésus, le Fils unique de Dieu, a accepté la croix pour nous sauver. Réaliser cela, c’est réaliser aussi combien il nous a aimés à ce moment-là, et combien il nous aime toujours. Parce que voyant cette humanité, pour le salut de laquelle il est mort, continuer à se battre, à vivre loin de lui, à lui rendre si mal l’amour qu’il nous a donné, il n’est jamais revenu sur son désir de nous sauver. Jamais il ne nous a dit : dis donc, j’ai accepté la croix pour que tu sois sauvé, et c’est en vivant ainsi que tu me remercies ? Son amour livré sur la croix nous reste acquis à jamais ! C’est pour moi un mystère encore plus grand, moi à qui il arrive de regretter le bien fait. Cet amour livré un jour pour toutes les générations passées, présentes et à venir, ouvre le ciel à ceux qui croient un tel amour possible, à ceux qui croient en l’œuvre de salut accomplie par Jésus.

             La préface de la fête, au début de la prière eucharistique, « enfoncera le clou » si j’ose dire, en chantant l’œuvre que Dieu accomplit par son Fils. Il a permis que, de ce drame d’un fils livré et mort en croix, la vie surgisse à nouveau là où la mort a pris naissance. A ceux qui pourraient s’interroger sur ce que Dieu a fait au moment où son Fils acceptait la croix, la réponse jaillit dans la prière. Nous rendrons grâce à Dieu aujourd’hui car il a attaché au bois de la croix le salut du genre humain permettant ainsi par le Christ, que l’Ennemi, victorieux sur le bois [comprenons de la croix], fût à son tour vaincu sur le bois. Dieu a laissé faire son amour et a poussé cet amour jusqu’au bout. Puisque Jésus a accepté la croix, il transformera la croix en y faisant mourir l’Ennemi avec son Fils. Ainsi quand il rendra justice à l’amour du Fils pour son peuple en le ressuscitant, le monde sera délivré de l’Ennemi, définitivement vaincu sur le bois de la croix. Là où l’Ennemi semblait triompher, l’amour s’est montré plus rusé, plus puissant, définitivement vainqueur. Aucune manifestation d’amour ne sera jamais plus définitivement effacée par l’Ennemi. En Jésus, mort et ressuscité, l’Amour est vainqueur, l’Amour est plus fort. C’est peut-être la grande leçon pour nous de cette fête de la croix glorieuse. Ce signe de mort, devenu, par l’amour d’un seul pour tous, signe de vie, nous indique que la vraie vie est dans l’amour seulement. Celui qui veut vivre vraiment, qu’il commence par aimer simplement. Alors le Christ pourra le conduire à la gloire de la résurrection puisqu’il l’a racheté par le bois de la croix qui fait vivre. Nous vivons tous grâce à la croix du Christ ; nous aimerons tous à cause de la croix du Christ. Comme il nous a aimés, nous devons aimer ; c’est le commandement qu’il a laissé à ceux qui se disent ses disciples. Est-il seulement possible de ne pas répondre à un amour qui s’est livré tout entier, jusqu’à la mort, pour notre vie ? Est-il seulement possible de ne pas aimer à notre tour quand nous sommes aimés ainsi ?

             A ceux qui s’interrogeraient encore pour savoir qui est Dieu pour nous aimer ainsi, il n’est donné que le signe de la croix du Christ. Là réside la preuve que Dieu nous aime. Là réside la puissance de son amour. Là réside notre vie pour toute éternité. Elle est glorieuse, la croix qui nous sauve par l’obéissance du Fils et par l’amour de Dieu. Elle a vaincu la mort, elle nous ouvre les portes de la vie grâce à celui qui l’a acceptée pour nous dire son amour absolu. Levons les yeux vers elle et contemplons le prix versé pour notre salut. Amen.

samedi 23 août 2025

21ème dimanche ordinaire C - 24 août 2025

 Une question restée sans réponse ?






 

            N’aurait-il pas pu répondre simplement à la question qui lui était posée ? N’aurait-il pas pu répondre clairement surtout à cette question qui agite, semble-t-il, beaucoup d’esprits ? Pourquoi encore deux paraboles – celle de la porte étroite et celle du maître de maison qui ferme sa porte - qui compliquent tout et ne répondent pas directement à l’énigme posée ? Avait-il besoin d’être jésuite avant l’heure, Jésus, quand il a répondu à la question de cet inconnu ?

            La question était pourtant simple : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Un oui ou un non aurait fait l’affaire ; un nombre aurait donné davantage d’éclairage. Certains, au cours des siècles suivants, s’y sont d’ailleurs essayés. Je pense aux témoins de Jéhovah qui croient toujours que seuls 144000 pourront vivre au ciel avec le Christ ! Ce n’est pas la réponse de Jésus. Ce qui me fait dire que ce n’est pas le nombre qui importe. D’ailleurs le livre de l’Apocalypse parle d’une foule innombrable. Or 144000, c’est quand même ultra bien dénombré ! Cela représente 12 fois 12000, soit 12000 sauvés pour chacune des 12 tribus d’Israël. C’est plus facile à compter, par paquets de 12. Et puisque j’en suis à ce que Jésus ne dit pas, il me faut préciser ici que Luc ne fait pas dire à Jésus que les derniers seront premiers et les premiers seront derniers, mais bien : il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. Ce n’est quand même pas tout-à-fait la même chose ! Si, au paradis, sont appliquées nos règles de bienséance, les hommes entreront en premier et les femmes en dernier, comme au restaurant. Est-ce à dire que vous seriez moins importantes ? Bien sûr que non ! Et si donc il n’y a pas de grand renversement magique, c’est que la position, ni le sexe d’ailleurs, ne change grand-chose. Et si ce n’est ni le chiffre, ni la position, ni l’identité sexuelle qui comptent, qu’est-ce qui est alors important pour être sauvé ? C’est cela, la vraie question. Pour y répondre, nous devons nous intéresser aux paraboles que Jésus nous livre.

         Celle de la porte étroite nous invite à l’humilité, à ne pas vouloir jouer les grands seigneurs. Je vous propose une relecture de cette courte histoire pour comprendre mon propos : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer par la grande porte et n’y parviendront pas. La porte étroite, c’est la porte de service, la porte des domestiques. Et c’est assez cohérent avec l’enseignement continu de Jésus sur la nécessité pour les disciples du Christ de se faire serviteurs de leurs frères et sœurs en humanité. Relisez dans l’évangile de Jean ce que Jésus leur dit au soir du jeudi saint, après qu’il leur a lavé les pieds. Donc oui, il vaut mieux se faufiler par la porte des domestiques en acceptant de servir, plutôt que de vouloir entrer par la porte du maître et de ses familiers.

La deuxième parabole confirme cette interprétation. Ecoutez plutôt : lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte en disant : « Seigneur, ouvre-nous », il vous répondra : « Je ne sais pas d’où vous êtes. » Alors (et c’est là que cela devient intéressant) vous vous mettrez à dire : « Nous avons mangé et bu en ta présence (ce que font les familiers du maître et non les domestiques !), et tu as enseigné sur nos places. » Il vous répondra : « Je ne sais pas d’où vous êtes. » La porte de service est plus facile à franchir que la porte par laquelle entre le maître. Servir est plus important que d’être reçu à la table du maître. Il faut d’ailleurs entendre la fin de la réponse du maître. Elle s’énonce ainsi : Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. Et voilà le grand critère pour être sauvé : ne pas commettre d’injustice. Et le service semble être le remède à ce travers. Celui qui sert n’a pas le temps d’être injuste. Il sert, tout simplement. Celui qui mange à la table du maître peut être injuste, ne serait-ce qu’envers ceux qui le servent et dont il ne remarque même pas la présence tant leur service est efficace. Il pense que, parce qu’il mange à la table du maître, il peut ignorer ou maltraiter les serviteurs du maître. Manger à la table du maître n’est pas une garantie, une assurance. Manger à la table du maître doit plutôt entrainer un art de vivre, une vigilance, une lutte contre l’injustice, ce qui nous montre déjà que le maître est bon, puisqu’il ne supporte pas les arrogants qui se croient tout permis, ni ceux qui pratiquent l’injustice.

 Il y a un dernier détail à prendre en compte ; c’est la temporalité. C’est quand ceux qui auront mangés à la table du maître auront été triés (les premiers qui resteront premiers, et les premiers qui seront chassés) que les portes s’ouvrent pour les autres, venus d’ailleurs, de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, bref du vaste monde. La parabole parle bien d’abord des pleurs et des grincements de dents de ceux qui auront été jetés dehors, avant de préciser : Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Ceux que l’on n’attendait pas (les derniers) entreront à leur tour, et seront comme les premiers qui étaient déjà là. Les places rendues vides seront attribuées à ceux qui, hors du cercle habituel du maître, n’auront pas commis d’injustice et auront servi les autres. Dieu est le Dieu de tous les hommes, ceux qui croient en lui et ceux qui ne croient pas en lui. Il récompense la justice et le service de ceux qui croient en lui comme de ceux qui ne croient pas en lui, de même qu’il rejette l’injustice de ceux qui croient en lui comme de ceux qui ne croient pas en lui. Il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. Ceci nous rappelle que, croyants en Dieu, nous ne sommes pas meilleurs que les autres qui, parce qu’ils ne sont pas croyants comme nous, seraient pires que nous. La justice, le sens du service sont pareillement présents chez les croyants et les non croyants, comme le sont l’injustice et la capacité à faire le mal. Croyants, nous avons une force en nous, celle de l’Esprit Saint reçu à notre baptême, pour nous aider à résister au mal et à vivre en serviteurs de Dieu et de l’humanité. C’est un don qu’il nous faut accueillir et dont il nous faut vivre.

Nous ne saurons jamais si nous serons nombreux ou pas à être sauvés. Et nul ne peut dire avec certitude qu’il sera sauvé. Mais nous pouvons décider, par notre art de vivre, de prendre le chemin qui mène au salut. Ce chemin s’appelle service et justice pour tous ceux qui croisent notre route. Dieu voit le chemin que nous suivons ; son amour pour les humbles, les serviteurs et les justes n’oubliera pas de nous appeler si c’est la voie que nous avons choisie de suivre ici-bas. C’est là notre seule certitude, car les paraboles du jour nous le rappellent : nous n’irons pas tous au paradis par magie. Amen.

samedi 5 juillet 2025

14ème dimanche ordinaire C - 6 juillet 2025

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté.







            Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Il n’y a pas à dire, Paul a le sens de la formule. C’est une manière surprenante de faire comprendre aux Galates que rien d’autre n’a d’importance dans sa vie, rien ne lui est plus précieux que le mystère de la croix. Quand il écrit ces mots, la communauté qu’il a fondée dans cette ville traverse une crise profonde qui pourrait affecter toutes les autres communautés et remettre en cause l’Evangile du Christ. Si Paul n'arrive pas à les convaincre, la communauté chrétienne des Galates sera perdue et reviendra au temps d’avant.

 

             Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Cette affirmation de Paul laisse entendre que les Galates se sont détournés de l’Evangile proclamé par Paul. Cet Evangile, c’est que le Christ seul nous sauve et nous rend libre. C’est cela la fierté de Paul : être sauvé par grâce, être sauvé sans qu’il ait fait quelque chose pour, juste parce qu’il a accueilli le Ressuscité dans sa vie et que désormais il en vit chaque jour. Les Galates se sont détournés de cet Evangile en acceptant de passer à nouveau par la case circoncision, signe de l’Alliance mosaïque. Pour Paul, si la circoncision (c'est-à-dire un acte posé par l’homme) devient obligatoire pour être sauvé, alors la croix de Jésus ne sert à rien, l’Evangile proclamé devient inutile. Paul ne mettra pas sa fierté dans les actes qu’il peut poser, mais dans la croix de Jésus. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde, s’empresse-t-il de rajouter. Il affirme ainsi que les séductions du monde n’ont pas de prise sur lui ; il n’est attiré que par le Christ. Paul dénonce déjà la fameuse mondanité que le Pape François n’aura eu de cesse de fustiger durant son pontificat. Un chrétien ne peut pas se compromettre avec le monde pour être confortable ou accepté.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Il faut comprendre le monde à l’époque de Paul. Il est bien placé pour savoir que les chrétiens ne sont pas les bienvenus. Il a fait l’expérience, durant ses voyages, de la persécution par ceux qui considèrent que cette voie nouvelle est un danger : un danger pour les Juifs dont les premiers Apôtres et Paul sont issus. S’ils ont du succès, les synagogues vont se vider ; ce n’est pas bien, ça ! Ils sont un danger pour l’empire romain dont ils ne reconnaissent pas l’empereur comme un Dieu. Les motifs de les poursuivre sont nombreux et les chrétiens savent qu’ils peuvent risquer gros. Pour Paul d’ailleurs, si certains prônent le retour à la circoncision, ce n’est pas tant par amour de la Loi de Moïse que pour éviter justement la persécution. Un petit arrangement entre amis ; en cas de soupçon, je peux montrer dans ma chair que je ne suis pas chrétien.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Vous comprenez alors que cette dissimulation est insupportable à Paul. Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par accommodement avec le monde, nous cacherions notre appartenance au Christ ? Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par confort personnel, nous ferions comme si de rien n’était. Quand la situation devient difficile pour l’Eglise, nous oserions dire : le Christ ? non, désolé, je ne connais pas !  Sur la croix, Jésus nous a tout donné, et nous, par crainte d’être stigmatisés ou moqués, nous cacherions nos croix et notre appartenance au Christ ? Pour Paul, cela reviendrait à redevenir esclave du monde alors que le Christ nous en a libéré justement. Si tu veux vivre libre, il ne faut pas cacher le Christ, il faut affirmer qu’il est ta fierté.

 

Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Et nous nous rendons compte alors que cette vieille lettre aux Galates a un discours très moderne, et que ce discours nous concerne et concerne l’Eglise de notre temps. Il est évident que l’Eglise traverse un moment de tempête. La préconisation récente dans un rapport parlementaire de la suppression du secret de confession, l’affirmation d’un homme politique français accusant les chrétiens de jeter de l’huile sur le feu en faisant (au 21ème siècle encore) la promotion du Christ, comme s’il était désormais incongru voire interdit d’en parler pour préserver la paix sociale, les attaques répétées contre l’Enseignement catholique et son Secrétariat général, tout cela participe d’une déstabilisation de l’Eglise. Et de nombreux chrétiens se font dès lors discrets, quand ils ne se mettent pas à crier encore plus forts, pour qu’on les exonère de leur caractère chrétien et qu’on leur fiche la paix. La croix du Christ fait leur fierté dans l’intimité de leur chambre peut-être, mais dans la rue, dans le monde, il ne faut surtout pas le faire remarquer. Et tant pis si leur liberté d’expression en prend un coup ; et tant pis si leur liberté de s’associer en est diminuée ; et tant pis si on fait disparaître l’Eglise confessante. Je me débrouille avec Jésus comme je me débrouille avec le monde ; ni vu, ni connu, ni embêté. La paix, quoi ! Paul nous redit aujourd’hui, comme il l’a dit aux Galates : Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. L’est-elle pour nous, aujourd’hui, ici rassemblés ?             


Monseigneur Elchinger, qui avait aussi le sens de la formule, avait dit que l’Evangile n’est pas une tisane pieuse à boire le soir au coin du feu, mais c’est de la dynamite ! Il fait exploser les cadres étroits de notre existence pour mettre le Christ au cœur de notre agir, au cœur de notre pensée. En ces temps de crise, puissions-nous garder la croix de notre Seigneur Jésus Christ comme seule fierté. Si nous l’avions fait dans le passé, l’Eglise ne serait pas en crise aujourd’hui et serait resté pour tous le phare qui illumine le monde et lui rend sa liberté en toute chose. En remettant le Christ au cœur de notre vie publique, nous pourrons voir à nouveau Satan tomber du ciel comme l’éclair ; nous pourrons voir à nouveau nos noms inscrits dans les cieux. Amen. 

jeudi 17 avril 2025

Jeudi Saint - 17 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a l'Eucharistie, sacrement de l'amour offert.



(Photo personnelle)



Le triduum pascal s’ouvre avec cette célébration qui nous rassemble au soir de ce jeudi pour commémorer l’institution de l’Eucharistie, sacrement de l’amour offert par Jésus à ses disciples pour la première fois. Nous sommes-nous trop habitués à ce sacrement pour en mesurer toute la grandeur et toutes les implications dans notre vie quotidienne ?

Il peut paraître surprenant que, pour nous parler de l’institution de l’Eucharistie, l’Eglise n’ait pas fait le choix de prendre le début du texte de la Passion. Elle a préférée nous faire entendre le témoignage le plus ancien que nous ayons dans les Ecritures, celui de Paul, qui rapporte aux chrétiens de Corinthe son expérience. Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ce seul fait me fait comprendre que pour donner le goût de l’Eucharistie à quelqu’un, il faut que les chrétiens en témoignent, qu’ils puissent dire à quelqu’un qui veut le devenir, que l’Eucharistie n'est pas juste un rite de l’Eglise, mais bien quelque chose que le Christ nous a laissé et demandé de refaire en mémoire de lui. Cette expérience est tout, sauf machinale. Elle est une expérience vivante, qui fait vivre parce qu’elle nous entraîne dans une proximité, une intimité jamais égalée avec le Christ. C’est tout Jésus qui est offert, donné, livré pour notre vie. Ce n’est pas un souvenir, mais un viatique, une nourriture pour notre route quotidienne à la rencontre du Christ et des frères et sœurs en humanité qu’il met sur notre route. Celui qui participe pleinement à l’Eucharistie est comme saisi dans une communion qui va au-delà de ce qui est imaginable. Là, dans le geste du pain et du vin partagés, je reçois le Christ et avec lui, je reçois l’humanité entière comme autant de frères et sœurs. Ma communion au Corps et au Sang du Christ m’oblige à une communion avec celles et ceux qui font le même geste que moi. Celui qui reçoit le Christ ne peut rester indifférent au sort de celles et ceux qui croisent sa route. La vie du Christ que j’accueille, me renvoie vers la vie de mes frères et sœurs en humanité auprès desquels je dois témoigner de celui qui me fait vivre en offrant sa vie. Le Christ me rend participant à son repas, certes, mais aussi à son sacrifice pour le salut du monde. A cause de cela, je ne peux pas garder le Christ pour moi.

Et c’est là que nous pouvons comprendre pourquoi l’Evangile de ce soir est celui du lavement des pieds, parce que justement il nous renvoie les uns vers les autres. Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. C’est une variation du : Faites cela en mémoire de moi. Il n’y a pas que la communion sacramentelle au Corps et au Sang du Christ qui est chemin de notre Salut, notre autoroute vers le ciel comme se plaisait à l’appeler Carlo ACUTIS. Il y a aussi le service concret du frère et de la sœur que je ne choisis pas, mais que Dieu met sur ma route, qui est chemin de mon salut. Rappelez-vous ce que dit Jésus dans la parabole du jugement dernier : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Venez, les bénis de mon Père… De même que nous ne pouvons pas renoncer à l’Eucharistie, signe de l’amour livré pour les hommes, nous ne pouvons pas renoncer au lavement des pieds, signe de l’amour continué et partagé concrètement dans notre vie. Il fait aussi grandir l’Eglise parce qu’il la rappelle à son essentiel : elle est fondée pour servir le Christ et servir les hommes. Nous n’avons pas à choisir entre célébrer l’Eucharistie et servir nos frères et sœurs en humanité. C’est une seule et même réalité. Communier à l’Eucharistie sans nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité, reviendrait à confisquer le don de Dieu pour notre petite personne. Servir les frères sans nous nourrir de l’Eucharistie reviendrait à nous priver de la source même de notre action et transformerait l’Eglise en organisation humanitaire sans référence à l’amour livré sur la croix. Dans les deux cas, c’est le salut du monde qui est compromis car l’amour du Christ ne serait plus offert à tous. 

Au cœur de cette nuit, retrouvons le goût de ce sacrement fait par l’Eglise et qui fait l’Eglise. Il est l’aliment du salut offert pour que nous soyons forts dans le Christ, lui qui a su admirablement servir son Père et servir l’humanité qu’il a embrassée dans sa propre vie. Soyons des témoins de ce sacrement de l’amour offert pour tous. Accueillons le salut qu’il nous offre et osons le proposer au monde qui cherche un sens à l’existence. Faisons cela en mémoire de Jésus qui donne sa vie pour tous. Amen. 


samedi 4 janvier 2025

Epiphanie du Seigneur - 5 janvier 2025


 Soyons de ces étoiles qui se lèvent.




(Les mages suivant une étoile, image trouvée sur internet)




Le mystère de Noël, qui célèbre la révélation de Jésus à son peuple, représenté par les bergers, peuple qui attendait un Messie Sauveur, se poursuit aujourd’hui avec cette solennité de l’Epiphanie du Seigneur. Un moment tout à fait important pour nous, parce que ce mystère d’un Dieu fait homme se double d’un autre mystère que Paul nous explique dans sa lettre aux Ephésiens.

Frères, écrit-il, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère… Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. La naissance de Jésus, qui a eu lieu à un moment précis de l’histoire des hommes, de l’histoire d’un peuple, géographiquement et historiquement bien situé, cette naissance donc ne concerne pas que le peuple à qui il s’est révélé en premier. Il concerne tous les hommes, à travers le monde entier, et à travers le temps et l’Histoire. Jésus n’est pas venu pour sauver seulement ceux qui habitaient la Judée, la Galilée et la Samarie, quand l’empereur Auguste gouvernait à Rome et que Quirinius était gouverneur de Syrie. Non, cet événement de la naissance de Jésus allait concerner toute la terre et tous les temps. Nous sommes concernés par cette naissance au point que nous pouvons dire, plus de deux milles ans plus tard que Jésus est né pour nous sauver aujourd’hui. C’est cette réalité que nous célébrons en cette fête de l’Epiphanie. Jésus n’est pas juste un personnage remarquable du passé ; il a ou peut avoir un impact dans notre vie. Il vient pour nous, aujourd’hui ; il vient nous redire à nous aussi, comme jadis à ses compatriotes, que Dieu nous aime infiniment, que nous pouvons changer notre vie en mieux, que nous sommes sauvés par le sacrifice unique du Christ. Il vient nous dire à nous, aujourd’hui, que rien n’est jamais fini de l’espérance des hommes et que la grâce de sa naissance et de son incarnation s’étend jusqu’à nous, comme elle s’étendra demain aux hommes et aux femmes qui nous suivront. Quand Dieu entre dans le monde, ce n’est pas pour le petit monde d’une époque précise ; quand Dieu entre dans le monde, c’est pour aider ce monde à parvenir à son accomplissement. Et il accompagnera cet accomplissement tant qu’il le faudra. Dieu ne nous laisse plus seul en ce bas monde ; il est venu à notre rencontre en Jésus ; il continue de nous accompagner de son Esprit, jusqu’à la fin des temps, c'est-à-dire jusqu’à ce que nous le voyions tous dans la gloire de son Royaume. 

Dans l’Evangile, cette révélation de la naissance du Sauveur à tous les hommes se fait par la venue et l’adoration de ces mages venus d’Orient. Ils ont vu son étoile à l’orient et sont venus se prosterner devant lui. Les hommes de sciences embrassent la foi et adorent Celui qui leur a été mystérieusement révélé. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, mais qui se vivent. Ils entrent dans un mystère qui leur est étranger, avec joie et confiance. Ils font une longue route pour se prosterner devant lui. C’est le long chemin de la foi que nous sommes invités à faire. Ils n’ont vu qu’un signe lointain, une étoile se lever dans le ciel ; mais ils ont compris, derrière ce signe, que quelque chose de neuf venait de se produire. Leur longue route traduit leur espérance et leur foi. Comme eux, nous n’avons que des signes de la venue du Seigneur. C’est le témoignage de la foi de celles et ceux qui nous ont précédés, l’annonce de la Bonne Nouvelle faite par l’Eglise à travers les siècles, le témoignage de la charité de tant de saints qui ont donné leur vie à cause de Jésus. Tous ces signes nous mettent-ils en route comme eux ? Les mages ont vu une étoile, et cela a suffi. Que nous faut-il aujourd’hui ? Nos contemporains, qui ne croient pas encore ont ces mêmes signes et ils peuvent voir des communautés croyantes ; cela suffit-il à les convertir, à leur donner envie de se prosterner devant Jésus ? Nous pouvons tous être l’étoile de quelqu’un, par nos paroles, par notre témoignage de vie, par notre joie d’être au Christ. Soyons de ceux qui se lèvent pour que d’autres puissent croire et se mettre en route à la rencontre de Celui qui vient dans le monde des hommes pour leur apporter le Salut et la Paix. L’Epiphanie est leur fête, la fête de celles et ceux qui ne croient pas encore, mais qui peuvent se sentir inviter à marcher à la rencontre de Jésus. Ils peuvent aussi en lui, adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur (Préface de la Messe de la Vierge Marie à l’Epiphanie). Il y a encore tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent quelqu’un qui peut leur redonner de l’espérance et de la joie. Jésus est celui-là, mais en sommes-nous convaincus au point d’en témoigner toujours ? 

Si la fête de Noël est passée, l’esprit de cette fête ne peut s’éteindre, car Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Que cette fête de l’Epiphanie nous donne de reconnaître Jésus comme Dieu et Rédempteur à frais nouveau ; qu’elle nous donne d’être des signes, des étoiles qui se lèvent, pour que le monde puisse croire, se convertir et devenir meilleur. Amen.