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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 31 mars 2024

Résurrection du Seigneur - 31 mars 2024

 Vous savez ce qui s'est passé...




(Anastasis - icône de la résurrection)


 

 

            Vous savez ce qui s’est passé… C’est ainsi que Pierre commence son discours dans la maison du centurion romain à Césarée. Il faut dire qu’à ce moment-là, beaucoup d’événements ont eu lieu, et Pierre lui-même a pu faire l’expérience de Jésus ressuscité, de son retour vers le Père à l’Ascension et du don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, cette force de Dieu qui a jeté les Apôtres sur les routes de Judée, Samarie, Galilée et au-delà pour annoncer à tous la joyeuse nouvelle qui a retenti au cœur de notre nuit : Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Avec Pâques, l’Alliance nouvelle et éternelle devient réalité puisque nous découvrons que l’histoire de Jésus n’est pas terminée. 

            Vous savez ce qui s’est passé… c'est-à-dire cette expérience radicalement nouvelle qui fait proclamer par les Apôtres au monde entier que celui qui était mort en croix, Dieu l’a ressuscité. La croix n’est pas le dernier mot de l’histoire de Jésus ; la croix est même le premier mot de l’histoire de celui que nous nous appelons Jésus et que nous confessons comme Christ et Seigneur. Et ce alors même que personne ne l’a vu entrain de ressuscité. Ce qui s’est passé, c’est que ses disciples ont fait l’expérience de la présence de Jésus au milieu d’eux alors même qu’ils étaient encore aveuglés par le chagrin immense qu’ils ont ressenti après la mort de Jésus en croix. Les récits sont nombreux, dans les évangiles, qui nous montrent ce fameux matin de Pâques que nous commémorons en chacune de nos eucharisties. Nous avons suivi ce matin Marie-Madeleine qui se rend au tombeau de grand matin. Elle ne peut se résoudre à la mort de cet ami qui lui a rendu sa dignité de femme, pardonnant sa vie compliquée et l’orientation mauvaise qu’elle avait suivi. Quelle ne fut pas sa surprise en approchant du tombeau : la pierre a été enlevée du tombeau. Une lecture attentive me fait dire qu’elle n’est même pas allée plus loin. Pour elle, pierre roulée, tombeau ouvert, cela ne peut signifier qu’une chose : quelqu’un a eu l’audace de voler le corps de Jésus. En toute hâte, elle va annoncer aux disciples la catastrophe. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Quand Pierre s’adresse ainsi à Corneille et à sa famille, se souvient-il qu’il savait tout, lui, ce fameux matin de Pâques, mais qu’il n’a pas su mettre les pièces du puzzle ensemble ? Jésus avait annoncé sa mort et sa résurrection par trois fois, pour préparer ses disciples à la folie de la croix. Leur tristesse légitime à la mort de leur Maître aura sans doute effacé l’espérance que Jésus leur avait annoncé : certes, il devait mourir, mais il ressusciterait ! Nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de l’annoncer pour que les auditeurs comprennent. Jésus lui-même n’avait pas, de son vivant, réussi à faire comprendre cela aux siens, qui pourtant étaient avec lui chaque jour. Au-delà d’une annonce, la résurrection de Jésus est une expérience à vivre. Regardez les deux disciples, Pierre et Jean, qui courent au tombeau après l’annonce de Marie-Madeleine. Pierre aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire roulé à part à sa place. Mais rien ne se passe encore pour lui. Jean lui, entre dans le tombeau, et, nous dit l’évangile, il vit et il crut. En entrant dans le tombeau, il entre dans ce mystère de la Rédemption. Il voit la même chose que Pierre, mais il va au-delà des signes ; l’Alliance nouvelle et éternelle dont Jésus parlait lors du dernier repas devient pour lui réalité, là, dans ce tombeau vide, soigneusement rangé. Il fallait ce signe du tombeau vide pour déclencher la foi. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Et d’ailleurs comment auraient-ils pu le comprendre sans en faire l’expérience. Jean sera le premier d’une longue liste d’hommes et de femmes convaincus que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant, ressuscité, vainqueur de la mort. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Cette parole est pour nous aussi. Nous avons tous appris au catéchisme que Jésus est mort et ressuscité. Nous l’affirmons chaque fois que nous proclamons notre foi. Mais sommes-nous, comme Jean, entrés dans la profondeur de ce mystère ? Le croyons-nous par la grâce de la méthode Coué : à force de le dire, on finit par y croire ? Ou le croyons-nous par la grâce d’une expérience, d’une rencontre personnelle avec Celui dont nous disons qu’il est le Christ, le Sauveur ? Oui, nous savons ce qui s’est passé, mais la connaissance des faits ne fait pas encore la foi. La foi naît de cette conscience de la présence réelle de Jésus en notre vie. La foi naît du témoignage, en mot et en geste, de ceux qui ont fait cette expérience avant nous et qui ont engagé leur vie pour que notre monde se transforme radicalement, et devienne, dès ici-bas, un avant-goût de ce monde nouveau que le Christ ressuscité veut construire pour nous, avec nous. Nous manifestons la puissance du Ressuscité quand nous vivons l’Evangile avec tous ceux que Dieu met sur notre route. Nous témoignons du Ressuscité quand nous faisons de nos communautés de vraies fraternités où il fait bon être ensemble. Nous témoignons du Ressuscité lorsque nous savons mettre les autres avant nous. Nous témoignons du Ressuscité quand nous répandons l’amour dont il nous aime largement autour de nous. Nous savons ce qui s’est passé… Maintenant, il nous faut en vivre. Chaque jour. Vraiment. Amen.

vendredi 29 mars 2024

Passion du Seigneur - 29 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Juste.





(Dali, Le Christ dit de Saint Jean de la Croix, Détail)



 

 

            Il est toujours impressionnant, le silence qui marque l’entrée en liturgie le Vendredi Saint, d’autant plus que nous vivons dans un monde de bruit qui a le silence en horreur, de rumeurs d’autant plus fortes qu’elles nient l’évidence de la vérité, et du bruit des canons dans tant de lieux de notre monde. Faire silence, se taire et contempler… voilà qui convient bien au moment où meurt en croix le Juste pour le salut des pécheurs. 

            Et pourtant, il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Quand le bruit est plus fort que la vérité, quand le mal triomphe du Juste, cette abomination dénoncée par le prophète Isaïe devient possible. Et l’homme qui cherche, l’homme qui essaie de comprendre, ne le peut plus. Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ? Même le Juste condamné garde le silence. N'y a-t-il rien d’autre à faire que de subir la force des forts, le mal des méchants ? A vue humaine, tout cela montre l’injustice triomphante contre laquelle nous nous sentons impuissants ; à vue humaine, tout cela montre que Dieu lui-même semble contre le petit et le Juste. Nous pourrions lister ici la longue litanie des injustices faites en notre monde, en ce vingt-et-unième siècle ; mais cela ne nous donnerait que le dégoût de notre humanité. 

            Puisque, à vue humaine, nous semblons être dans une impasse, peut-être faut-il alors changer notre regard ; peut-être nous faut-il consentir à entrer dans les vues de Dieu. A priori, cela ne change pas grand-chose : un innocent est tué à la place des coupables. Ce qui change, quand nous entrons dans les vues de Dieu, c’est l’intention derrière le geste. Aussi terrible que cela puisse paraître à énoncer, Dieu a permis cela pour que les hommes puissent vivre. Aussi terrible que cela puisse paraître à énoncer, Dieu a permis qu’un seul meurt pour tout le peuple. A vue humaine, nous assistons au triomphe du mal ; à vue divine, nous assistons à la destruction du mal lui-même ; à vue divine, nous assistons à la fin d’un monde et à la naissance de quelque chose de radicalement nouveau : une vie libérée du mal ; une vie qui n’a pas de fin ; une vie où la vérité triomphe. Pour l’heure, nous n’avons que la vision de la croix dressée ; mais cette vision est parcellaire. L’œuvre de Dieu pour le salut du monde, si elle passe par la mort en croix du Juste, ne s’arrête pas là. Dans le monde voulu par Dieu, le Juste triomphe. Dans le monde voulu par Dieu, le mal n’a plus de place. Dans le monde voulu par Dieu, la vie est éternelle. 

            Devant Jésus en croix, gardons le silence qui fut d’abord le sien lors de son procès. Rien ne sert de vouloir expliquer le mystère du salut ; il nous faut entrer dedans, à la manière de Jésus, dans l’obéissance à la volonté de Dieu qui est volonté de salut et de vie pour tous les hommes. Devant la croix, contemplons l’Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang du seul Juste, celui que Dieu lui-même a envoyé dans le monde, pour sauver ce monde livré au bruit, à l’injustice, à la fureur. Devant la croix, gardons le silence, mais souvenons-nous de ce que Jésus lui-même disait à ses disciples : il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite (Mc 8, 31). Une parole alors incomprise par ses amis. Nous, devant la croix dressée, nous comprenons que la première partie vient de s’achever ; rendez-vous dans trois jours, et nous comprendrons tout. Enfin ! Amen.

jeudi 28 mars 2024

Messe de la Cène du Seigneur - 28 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle qui nous invite à l'action de grâce et à la charité.





 

 

            Nous voici réunis au début de la nuit pour vivre avec Jésus la Cène, le repas de la Pâque juive qui, ce soir, va prendre une nouvelle dimension, une nouvelle signification. L’agneau immolé par nos frères ainés dans la foi en mémoire de la sortie d’Egypte cède la place à Jésus, l’Agneau immolé, Corps livré et Sang versé en rémission des péchés. Ce repas qui nous rassemble dans la joie devient le repas au cours duquel Jésus se livre à nous, devenant ainsi, par son obéissance, l’offrande parfaite, réalisée une fois pour toutes, pour le salut de tous les hommes, ceux du temps de la vie terrestre de Jésus, mais aussi la foule immense qui suivra dans le temps et l’Histoire. Ce soir, nous ne fêtons pas un anniversaire ; ce soir, Jésus nous invite à sa table, nous offrant le pain et le vin, signe de cette Alliance nouvelle et éternelle qu’il signe de sa vie. Ce soir, Jésus refait pour nous les gestes qui diront à jamais sa présence au monde et son salut offert à tous ceux qui croient en son Nom. 

            La première lecture de cette célébration unique nous a rappelé le contexte historique dans lequel Jésus inscrit son œuvre de salut. C’est bien la Pâque, c'est-à-dire le passage du Seigneur qui vient libérer son peuple, que nous célébrons. La deuxième lecture, plus ancien témoignage de l’institution de l’Eucharistie, nous a remis en mémoire les paroles de Jésus sur le pain et le vin, ainsi que son ordre clair : Faites cela en mémoire de moi. Nus ne pouvons pas faire autrement, si nous sommes disciples du Christ, que de célébrer, non seulement ce soir, mais chaque dimanche, ce sacrement, signe de la présence réelle de Jésus à son Eglise. Puisque ce soir Jésus se livre pour notre salut, puisque ce soir, il nous dit de refaire ces mêmes gestes en mémoire de lui, comment ne pas répondre à cette demande amoureuse par une présence réelle de notre part à ce sacrement, qui est la source et le sommet de notre foi. Source, puisque Jésus nous le donne pour inaugurer l’Alliance nouvelle – tout part de là ; sommet, parce qu’il n’y a rien de plus grand, pas d’amour plus grand que ce don que le Christ fait de sa vie, parce qu’il nous aime, parce qu’il nous veut avec lui, pour toujours – tout notre chemin à la suite de Jésus, nous mène à ce sacrement. A lui qui est réellement présent dans le Pain et le Vin partagé, soyons réellement présent, de tout notre être, pour lui dire que nous l’aimons comme il nous aime. L’Alliance nouvelle que Jésus inaugure ce soir nous invite à l’action de grâce et à la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous. 

            Reste l’évangile qui nous dit un autre moment de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, le lavement des pieds. Geste qui peut nous sembler étrange et dépassé, nos chaussures et nos routes goudronnées nous évitant la poussière du chemin. Il y a bien longtemps que nous n’accueillons plus nos hôtes en leur versant de l’eau sur les pieds pour les rafraîchir et nettoyer leurs pieds après une marche en sandales sur des chemins de terre. Comme pour le pain et le vin, Jésus donne un sens nouveau à ce geste ; le sens de l’amour gratuit, du service inconditionnel du prochain. Comme pour l’eucharistie, il nous dit : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. La charité n’est donc pas une option, un truc en plus à faire quand j’en ai le temps et/ou l’envie. La charité, c’est l’autre signe visible que nous sommes disciples du Christ qui s’est livré pour notre salut. L’eucharistie appelle la charité, en ce sens que nous recevons là le Christ vivant qui nous renvoie vers nos frères ; la charité prolonge l’eucharistie, en ce sens qu’elle transmet au monde par notre attention aux plus petits l’amour que le Christ nous porte. Coupée de l’eucharistie, la charité devient pur activisme sans lien avec l’amour premier, l’amour que Dieu porte à tous. Coupée de l’eucharistie, la charité se réduit à une simple solidarité, que je choisis de vivre ou pas. La charité n’est pas un choix, elle est un élan vital, une sortie de nous, poussée par l’eucharistie. 

            De Jésus à nous, l’Alliance nouvelle est invitation à l’action de grâce (c’est la traduction du mot Eucharistie) et à la charité. Le disciple de Jésus qui pense que parce qu’il va à la messe, il n’a pas besoin de s’occuper des pauvres a autant tort que celui qui pense que, parce qu’il s’occupe des pauvres, il n’a pas besoin d’aller à la messe. Au cours de la même nuit, au cours du même repas, Jésus nous a demander de faire les deux (eucharistie et charité) en mémoire de lui. C’est notre fidélité à Jésus qui se joue là ; c’est notre crédibilité de disciples de Jésus qui est challengé. Rencontrons Jésus là où il nous attend toujours : à sa table et auprès de ses frères. Amen.

samedi 23 mars 2024

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - 24 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle à découvrir.




                                                (Source : On célèbre aujourd'hui le Dimanche des Rameaux (rci.fm) )


 

 

            Durant les cinq dimanches de Carême, l’Eglise nous a fait relire les grandes alliances successives que Dieu a nouées avec son peuple : au temps Noé, au temps d’Abraham, au temps de Moïse, au temps de l’Exil, au temps de Jérémie annonçant la nouvelle Alliance. Et nous voici donc au seuil de cette grande semaine que nous appelons sainte pour entrer, jour après jour dans cette nouvelle alliance. Cette Alliance nouvelle n’est pas conclue aujourd’hui ; mais aujourd’hui est le premier jour d’une semaine qui va mener, étape par étape, à la réalisation pleine de cette Alliance d’un nouveau genre. 

            Jérémie nous l’annonçait dimanche dernier : cette Alliance nouvelle sera désormais inscrite dans nos cœurs. Autant dire qu’il nous faudra faire attention à ce que ce cœur va vivre au long de cette semaine. Et comment dire ? En ce premier jour, notre cœur balance, entre la joie de l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem et la tristesse au pied de la croix, dressée hors de Jérusalem, croix sur laquelle Jésus meurt. Chaque année, quand revient ce dimanche, je voudrais en rester à cette joie qui fut nôtre lorsque nous étions sur le parvis de l’église. Nous étions comme les foules, jadis, les rameaux à la main, acclamant celui que nous reconnaissons comme Sauveur, comme l’Envoyé de Dieu. Le dimanche des Rameaux devrait être une occasion de faire la fête, de nous réjouir de ce qu’un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants reconnaissent en Jésus Celui qui vient au nom du Seigneur. En ces temps où le nombre de chrétiens diminue, en tous les cas sur notre continent, cela nous ferait sans doute le plus grand bien de voir que nous ne sommes pas une exception, voire les derniers des mohicans. Nous partageons, avec les disciples jadis, cette fierté de voir Jésus acclamé par tant d’inconnus qui nous font comprendre que nous n’avons pas suivi Jésus en vain, que nous ne sommes pas de doux rêveurs perdus dans un monde trop rude pour qu’une parole d’amour et de pardon soit entendue. Malheureusement, la joie est de courte durée en ce dimanche. Sitôt la procession terminée, nous avons été confrontés à des textes rudes : Isaïe et ce serviteur outragé ; le rappel de l’abaissement de Jésus dans l’hymne aux Philippiens et le rappel de notre incapacité à nous sauver si Jésus ne meurt pas en croix, exposé comme le dernier des malfaiteurs et enfin la lecture de la Passion. Notre joie fut aussi courte que le temps qu’il a fallu à la foule pour passer des acclamations – Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! – aux vociférations – Crucifie-le ! – . 

            Penser que notre joie aurait pu durer un peu plus, c’est oublier que ce dimanche s’appelle en réalité : dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur. La foule n’a pas tort d’acclamer Jésus comme elle le fait ; il est bien celui que Dieu nous envoie. Mais elle a tort de le faire trop tôt ! elle a tort d’avoir raison trop tôt ! Cette acclamation ne sera véritablement vraie qu’après la Passion, trois jours après sa mort. Il nous faut comprendre ainsi et méditer ce bel hymne aux Philippiens que nous avons entendu en seconde lecture : oui le Christ Jésus, Dieu depuis toute éternité, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Oui, Jésus, celui que nous suivons, s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, c'est-à-dire l’un de nous. Oui, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort de la croix. Nous pourrions croire que c’était là la fatalité, un mauvais karma, une succession malheureuse d’événements qui auraient pu être évités. Mais non ! Il n’y avait pas d’autre chemin possible pour le Dieu fait homme, que celui qui est commun à tous les hommes, à savoir affronter un jour la mort. Et pour vaincre la mort dans toute son horreur, il fallait qu’il affronte cette mort dans toute son horreur.  Sans ce chemin douloureux, aucune langue ne pourrait proclamer : Jésus Christ est Seigneur ! Sans la mort dans toute son horreur, pas de vie dans toute sa splendeur. Sans la mort qui meurt, pas de vie qui dure pour toute éternité. Sans défaite absolue de la mort, pas de victoire absolue de la vie. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas en rester là, ni prolonger les viva de la foule quand elle accueille Jésus à Jérusalem. Nous nous tromperions sur Jésus ; nous nous tromperions sur sa mission qui n’est pas une mission pour ici-bas, à un moment donné de l’histoire des hommes, mais une mission pour l’au-delà, à travers le temps et l’histoire des hommes. Si nous en restons aux acclamations, rameaux à la main, nous réduisons Jésus à un personnage de l’Histoire des hommes ; si nous relions et relisons ces acclamations avec les événements qui vont suivre, jusqu’aux vociférations de la foule contre Jésus, nous laissons Jésus et le monde entrer dans une ère nouvelle, marquée par cette Alliance nouvelle dont parlait Jérémie. Ce n’est pas parce que nous l’acclamons comme Messie que Jésus devient le Sauveur. Mais c’est parce que Jésus s’offre librement et meurt en croix qu’il devient notre Sauveur, et que nous pouvons l’acclamer comme le Messie de Dieu, comme le Roi de l’univers. 

            Le dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur nous rappelle que nous pouvons acclamer Jésus comme le Messie attendu, mais que cela n’est avéré qu’au matin de Pâques, quand la mort elle-même est morte et que la vie devient éternelle par la résurrection de Jésus. Ce dimanche nous rappelle que beaucoup de gens sont prêts à reconnaître Jésus comme un grand homme, mais nous devons sans cesse redire qu’il est plus que cela. Les bons sentiments sur Jésus, c’est un bon début ; mais à en rester à cela, nous risquons forts d’avoir à nous enfuir nus, comme le jeune homme dans le récit de la Passion rapporté par Marc. Seul celui qui accompagne Jésus jusqu’au bout, jusqu’au pied de la croix, peut dire en vérité, avec le centurion : Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. De Jésus à nous, l’Alliance nouvelle est toujours à découvrir et à comprendre. Ce dimanche n’est qu’une étape ; accompagnons Jésus, tout au long de la semaine, jusqu’à la croix, jusqu’à l’infini et au-delà ! Amen.

samedi 16 mars 2024

5ème dimanche de Carême B - 17 mars 2024

 De Jérémie à Jésus : une Alliance nouvelle et éternelle.





 

 

 

            Il n’est pas possible de relire les grandes alliances du Premier Testament sans entendre le prophète Jérémie annoncer la nouvelle alliance que Dieu établira avec son peuple. Ce texte magnifique, qui est pour moi le plus beau, nous emmène aux portes du Nouveau Testament et de l’Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ. 

            Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. Nous l’oublions trop souvent, mais il n’y avait là rien d’évident quand ces mots ont été prononcés pour la première fois. Le peuple allait vers sa ruine et sa disparition pour les soixante-dix ans à venir. Jérusalem sera rasée, le peuple déporté. Il en faut, de l’espérance, pour proclamer une nouvelle alliance au moment même où le peuple sera anéanti. Tout comme il faut du courage pour dire à ce peuple que ce qui va arriver est entièrement de sa faute : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais plutôt que de tourner à nouveau le peuple vers son passé, Jérémie le tourne vers un avenir lointain que beaucoup de ses contemporains ne verront pas : Voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés. Nous sentons déjà, dans cette simple annonce, que rien ne sera plus comme avant, et que cette alliance sera nouvelle, non seulement parce qu’elle marquera un nouveau commencement, mais parce qu’elle portera en elle une nouveauté radicale. Et cette nouveauté, la voici énoncée : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. La Loi de Dieu ne sera plus extérieure à l’homme, inscrite sur des tables de pierre ; la Loi de Dieu sera notre intime, inscrite au fond du cœur de chacun. D’où cette idée que l’homme ne prendra plus ses grandes décisions avec sa seule raison, mais avec son cœur, c'est-à-dire avec Dieu qui réside au fond de son cœur. Et parce que Dieu établit désormais là sa demeure dans le cœur de tout homme, tous connaîtront le Seigneur, des plus petits jusqu’aux plus grands. Pour trouver Dieu, nul besoin de scruter le ciel : il suffit de rentrer en soi. Pour comprendre la volonté de Dieu, nul besoin de lire les entrailles d’animaux ; il suffit de regarder au fond de notre cœur. Dieu est là, qui attend d’être découvert ; Dieu est là, qui attend d’être écouté ; Dieu est là, qui attend d’être suivi. Cette alliance, nouvelle dans sa configuration, sera une alliance éternelle, parce que cette inscription de la Loi de Dieu dans le cœur de chacun, ne sera pas que pour une ou deux générations ; elle sera pour toujours. Tout humain qui vient au monde a cette Loi de Dieu inscrite en lui, aussi longtemps que le monde sera monde, aussi longtemps que Dieu sera Dieu. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Quand tu trouves Dieu en toi, au fond de ton cœur, il n’y a pas à douter de cette affirmation. 

            Des siècles plus tard, c’est en Jésus, mort et ressuscité, que cette Alliance nouvelle prendra toute la mesure de son éternité. Lui, le Fils de Dieu a pris sur lui non seulement notre humanité avec ce qu’elle a de plus beau et de plus noble, mais aussi notre humanité pécheresse, avec ce qu’elle a de plus sombre, de plus vil, pour que ce côté sombre soit anéanti alors même qu’il semblait triompher. L’auteur de la lettre aux Hébreux nous l’a fait entendre : le Christ offrit des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il a appris par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Parce qu’il a accepté d’être le grain de blé tombé en terre et qui meurt, il porte beaucoup de fruits, il porte le salut de tous ceux qui croient en lui. Jésus, le Fils unique du Père, marche vers sa mort avec la conscience de s’offrir en sacrifice pour tous, à travers le temps et l’Histoire. L’Alliance nouvelle est éternelle, parce que ce sacrifice est nouveau et posé une fois pour toutes. De même que le péché d’un seul a entraîné la chute de tous, de même le sacrifice d’un seul a entraîné le salut de tous : et moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre [sur la croix], j’attirerai à moi tous les hommes. D’où l’urgence pour l’Eglise d’annoncer le Christ, Jésus crucifié et mort pour tous, et Jésus ressuscité pour la vie éternelle de tous. Face à ce projet de salut pour tous les hommes, Jésus, le Fils unique du Père, ne peut se dérober. Il en va de la fidélité de Dieu à cette Alliance nouvelle annoncée jadis par Jérémie. Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! En Jésus, se joue le combat entre l’homme et Dieu, le combat de notre salut. Il fait le choix de Dieu, le choix de la vie, même pour ses bourreaux ; il a fait le choix de notre vie. En Jésus, Dieu est présent ; en Jésus, tous deux, l’homme et Dieu, ne font qu’un. C’est ce à quoi nous sommes appelés, nous-aussi, à ne faire qu’un avec le Christ, à ne faire qu’un avec Dieu. Comme le disait Jean le Baptiste à ses disciples : il faut qu’il grandisse et que je diminue. L’homme ne se perd pas en laissant Dieu grandir en lui ; au contraire, il trouvera là, dans cet envahissement de sa vie par Dieu, sa vie véritable, son salut, et sa gloire éternelle. 

            A huit jours de la Semaine Sainte, accueillons cette Alliance nouvelle et éternelle. Donnons à Dieu la place qui lui revient dans notre cœur, qu’il reconnaisse en nous sa demeure et qu’il y reste toujours. A la suite du Christ, devenons ses fils et ses filles, grains de blé jetés en terre d’humanité pour porter beaucoup de fruits. Amen.

samedi 9 mars 2024

4ème dimanche de Carême B - 10 mars 2024

Du temps de l'Exil à Jésus : une Alliance pour le salut de l'humanité.






(Le cylindre de l’édit de Cyrus II dont l’inscription en akkadien 
mentionne la possibilité aux exilés de retourner dans leurs pays, 
British Museum Londres.)  



  

 

            Nous aurions pu croire, qu’après Moïse et l’Alliance qu’il avait passée avec Dieu, notre fidélité au Dieu libérateur serait éternelle, et que désormais tout irait parfaitement bien dans le meilleur des mondes possibles. Le peuple était entré en Terre promisse, la Loi de Dieu guidait sa vie ; c’est le paradis sur terre, quoi ! C’était sans compter sur notre capacité à oublier Dieu quand tout va bien ; c’était sans compter notre désir d’autre chose qui nous fait regarder ailleurs et estimer que les autres ont plus de chances, que leur vie est meilleure, et qu’il n’y a pas de raison que nous n’y goûtions pas ! Quand la fidélité promise cède le pas à l’infidélité sans limite, il ne faut pas s’étonner que tout déraille. Pour le peuple choisi, c’est le temps de l’Exil : Soixante-dix ans selon la parole du Seigneur proclamée par Jérémie. Largement le temps de se refaire un peuple fidèle, un peuple qui suivra Dieu. 

            Avec l’Exil, tout est pris, tout est démoli, tout est ravagé. Il ne reste rien de la splendeur du Royaume d’Israël. Il ne reste rien de la gloire de David et de Salomon. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabuchodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils. A cause de leur manque de fidélité, ceux qui avaient tout, n’ont plus rien. Dieu, lui, est fidèle à sa Parole, et peut-être certains se souviennent-ils, un peu tard, de l’avertissement de Moïse quand il disait jadis : Aujourd’hui, choisis : la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur. Comprenons bien : la vie et le bonheur en étant fidèle à Dieu et à son Alliance ; la mort et le malheur, en faisant le choix des idoles. Le peuple saint savait ; le peuple saint a oublié ; le peuple saint a vécu. Fin de l’histoire ? Ce serait sans compter sur la miséricorde de Dieu et son amour, certes blessé, mais jamais retiré. Ce serait sans compter sur la capacité de l’homme à rebondir, à rentrer en lui-même au plus noir de sa vie, pour réfléchir et comprendre comment il en est arrivé là.  A ceux qui sont déportés et qui réfléchissent à la situation présente en relisant le passé, c'est-à-dire les grandes alliances avec Dieu comme nous le faisons en ce Carême ; à ceux qui sont déportés et qui réfléchissent le projet que Dieu porte pour son peuple, il est révélé, par les prophètes, qu’un Messie viendra de la part de Dieu. Lentement se fait jour la certitude que Dieu n’abandonne pas son peuple. Il le corrige à la mesure de ses crimes certes, mais il est, depuis toujours et pour toujours, le Dieu qui pardonne le cœur qui se reprend et se repent. Au bout de l’épreuve, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Il est celui qui va renverser Babylone et permettre le retour à Jérusalem, en Juda. Vous aurez noté au passage que ce premier messie est un étranger et un païen ; comme quoi ceux qui nous « envahissent » peuvent aussi être ceux qui nous sauvent et qui veulent notre bien ! 

            Des siècles plus tard, Jésus fait comprendre, par ses gestes et ses paroles, qu’il est le Messie, celui que Dieu a promis depuis toujours, et qu’il est le seul à sauver réellement l’humanité égarée. Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés, nous dit Paul dans sa lettre aux Ephésiens. Il relit notre histoire et notre foi à partir de la mort et de la résurrection de Jésus, et en conclut que c’est Dieu, et lui seul, qui nous sauve : cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Il rend clair ce que Jésus disait à ses disciples et qu’ils n’ont pas forcément compris sur le moment : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. L’Alliance établie dans le sang du Christ est une Alliance pour notre salut ; il n’y a pas à en douter. Dieu nous sauve réellement par le don de son Fils Jésus sur la croix. Le salut est là, sur la croix, offert à qui veut bien l’accueillir, offert à qui veut bien s’en saisir : De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Et un peu plus loin : Celui qui croit en lui échappe au Jugement. 

            Croire en Jésus : tout est là, tout est dit. Il est, selon sa propre parole, le chemin vers le salut, la vie de ceux qui ont accueilli le salut, la vérité quant au moyen d’être sauvé. Que ce Carême soit pour nous, comme jadis pour les déportés à Babylone, ce temps de retour à la source, ce temps de relecture de l’œuvre du salut. Que les semaines qui nous restent, nous permettent de comprendre que Jésus est notre vie, notre salut, notre gloire éternelle. Amen.


samedi 2 mars 2024

3ème dimanche de Carême B - 03 mars 2024

De Moïse à Jésus : une Alliance qui engage à la fidélité.




(Tableau de Chagall, Moïse recevant les tables de la Loi. 

 

 

 

 

            Il était inévitable, dans la relecture des grandes alliances que Dieu a passées avec l’humanité, de parler de l’Alliance faite avec Moïse. Le don de la Loi sur le Sinaï dépasse les alliances faites avec Noé et Abraham, au sens où cette nouvelle alliance ne concerne plus seulement une personne, mais tout un peuple. Une Loi fondamentale commune est bien un des marqueurs, avec la terre commune et un chef commun, de ce qui fait un peuple. 

Cette nouvelle alliance, si elle est formulée au singulier, concerne à la fois chacun pris dans son individualité, mais aussi chacun pris dans la totalité de ce peuple en formation. Le « Tu », c’est à la fois le peuple et chacun de ses membres. S’il y a une responsabilité individuelle devant la Loi que Dieu donne, il y a aussi une responsabilité collective. C’est déjà une manière de nous rendre responsable les uns des autres. Je ne peux pas simplement me dire : Je respecte la Loi de mon côté, je fais ma petite cuisine avec Dieu, mon petit salut à moi tout seul. Non, je fais partie d’un peuple, du peuple que Dieu s’est choisi, et à ce titre, je suis responsable aussi des autres et de leur manière de vivre avec Dieu. L’alliance que Dieu conclut avec Moïse s’étend à tout son peuple. C’est bien pour cela que Moïse, redescendant du Sinaï et constatant que le peuple avait fabriqué un veau d’or pour figurer ce Dieu libérateur, brisera les tables de la Loi plutôt que de les garder pour lui tout seul. C’est aussi pour cela que Moïse prendra si souvent la défense de ce peuple à la nuque raide alors que Dieu avait fait choix de le détruire en punition des trop nombreux péchés commis par le peuple et dans le peuple. Moïse avait bien compris, même si cela lui coûtait, que cette alliance engageait chacun individuellement et tous collectivement dans une fidélité envers Dieu. Au cœur de cette alliance, Dieu lui-même proclame sa fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et observent ses commandements. L’alliance avec Moïse, parce qu’elle est pour tous et pour chacun, suppose que je sois attentif à mon frère et que je sois en mesure, fraternellement, de le remettre sur le droit chemin s’il s’en écarte. Les nombreux prophètes qui avertissent le peuple d’une destruction possible s’il ne revient pas vers Dieu, en témoignent selon moi. 

C’est cette même fidélité à l’alliance que Jésus défend lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Il aurait pu se fendre d’une simple parole critique au sujet de la présence de ces marchands dans l’enceinte du Temple. Mais non ; au lieu de cela, il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple. Cela a dû marquer les esprits, pour sûr. Le geste qu’il pose ainsi, il ne le fait pas pour lui ; il le fait pour ces petits qui ne peuvent qu’être choqués par ces trafics ; il le fait pour rappeler à tous que le Temple, c’est la maison de Dieu, le signe de sa présence au milieu de son peuple. Le peuple doit en être conscient en tant que peuple choisi ; et chacun de ses membres doit en être conscient au point de se sentir concerné par ce qui se vit là. Tous ensemble, et chacun individuellement, auraient dû comprendre spontanément, pourquoi Jésus a posé ce geste violent. Mais force est de constater que certains s’accommodaient de ce trafic puisqu’ils interpellent Jésus : Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? Autrement dit, de quel droit fais-tu cela ? Il le fait au nom du droit qu’à chacun, dans le peuple de Dieu, de reprendre son frère quand il est dans l’erreur. Ce qui fait que chacun aurait pu, chacun aurait dû réagir, et depuis longtemps, comme Jésus devant cette présence incongrue des marchands dans le Temple. Quand collectivement le peuple admet quelque chose qui est mal, le juste, perdu dans ce peuple, ne peut se taire, ne peut accepter et doit dénoncer, sous peine de se rendre complice de ce mal. Il ne doit être étonnant pour personne que Jésus, le Juste parmi les justes, remette les choses dans l’ordre qui convient au lieu. Il est ainsi fidèle à sa mission qui est d’inviter tous et chacun à la conversion. 

En relisant ces textes, nous sommes interrogés sur notre fidélité à l’alliance que Dieu a conclue avec nous en Jésus, mort et ressuscité. Comme l’alliance avec Moïse, cette nouvelle Alliance en son sang, appelle une fidélité personnelle de chaque croyant, mais aussi une fidélité de l’Eglise à sa mission, Eglise dont nous sommes membres. Quand quelque chose ne me plaît pas dans cette Eglise, je ne peux pas juste dire que l’Eglise, c’est les autres, comprenez le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Je ne peux pas dire : Jésus, oui ; l’Eglise, non. Je suis attaché à Jésus par l’Eglise qui me le fait connaître et qui essaie, malgré l’imperfection de ses membres, de témoigner de Lui, de son amour et de sa miséricorde. Nous sommes l’Eglise, pour reprendre ce titre qu’un groupe de chrétiens s’est donné. Oui, mais nous sommes l’Eglise dans chacun de ses aspects, les bons comme les mauvais. Nous sommes l’Eglise sainte, parce que Dieu est Saint et nous appelle à partager sa sainteté. Mais nous sommes aussi l’Eglise pécheresse parce que, collectivement et individuellement, nous ne sommes pas encore parfaits comme Dieu est parfait. Que l’écoute renouvelée de la Parole de Dieu et la communion à son Eucharistie nous donnent d’approfondir notre fidélité à Dieu… qui nous est toujours fidèle, que nous soyons saints ou pécheurs. Amen.