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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 26 février 2022

8ème dimanche ordinaire C - 27 février 2022

 Plus que jamais, il nous faut des cœurs bons en abondance.





            Est-ce de l’humour ? Est-ce du cynisme ? Je ne sais pas, je ne crois pas. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est que la prière d’ouverture de la liturgie de ce huitième dimanche du temps ordinaire ne manque pas de piquant. Je vous la relis, au cas où vous l’auriez oubliée. Nous t’en prions, Seigneur, accorde-nous de vivre dans un monde où les événements se déroulent selon ton dessein de paix, et où ton Eglise connaisse la joie de te servir dans la sérénité. Dans le contexte mondial actuel, avec le bruit des chars et des bombes en Ukraine, dans le contexte ecclésial français toujours alourdi par le rapport Sauvé, je reconnais qu’il faut oser une telle prière. Jamais le dessein de paix n’a été autant battu en brèche en Europe depuis la fin des conflits qui ont ravagé notre vieux continent ; jamais la sérénité n’a autant fait défaut à l’Eglise. Peut-être est-elle vraiment de circonstance alors, cette prière, mais que notre cœur n’y est pas vraiment ! 

            A quoi cela sert-il de prier pour la paix quand des hommes se battent pour assouvir je ne sais quel besoin de celui qui a lancé la guerre, alors qu’il jurait encore il y a quelques jours, grand Dieu, que ce n’était pas là son intention ? Des paroles de miel contredites par des actes menaçants la paix mondiale. Que nous dit l’évangile de ce dimanche ? Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre se reconnaît à son fruit. Je ne porte pas de jugement, mais il ne me semble pas que la guerre soit un bon fruit. Oh je sais bien que, même en France, certains pensent qu’il faudrait à nouveau une bonne guerre pour régler quelques problèmes. Peut-on honnêtement être dépourvu d’intelligence à ce point pour penser qu’une guerre peut être bonne ? Peut-on à ce point manquer de discernement pour croire qu’en opposant des peuples, on règle leurs problèmes ? Depuis quand la destruction, et la pauvreté qu’elle entraîne toujours dans son sillage, sont-elles considérées comme des choses bonnes et désirables pour que cela aille mieux ? L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Il n’y a pas besoin d’être philosophe ou théologien pour comprendre ce que nous dit Jésus. Si tu formules des paroles qui conduisent au mal, tu es un homme mauvais, le mal a envahi ton cœur. Pour être totalement clair, un cœur bon ne peut pas concevoir le mal ; un cœur bon ne peut pas laisser sa bouche dire du mal. 

            Au moment où nous commençons à réfléchir à celui ou celle qui nous gouvernera demain, voilà un bon critère de choix : est-ce une personne bonne ou une personne mauvaise ? Et la position que celles et ceux qui se présentent pour nous gouverner prennent par rapport à ce conflit en Ukraine, nous indique de quel côté penche leur cœur. Seul un cœur bon dénoncera le mal fait et les mensonges servis sans scrupule depuis quelques jours. Il nous faudra à tous un cœur bon pour ne pas mettre une personne mauvaise à la tête de notre pays. Il nous faudra un cœur bon pour résister aux appels à la haine qui se multiplient dans la plus grande indifférence. Il nous faudra un cœur bon pour reconnaître que chaque être humain a de la valeur, qu’il vienne de chez nous ou pas. Il nous faudra un cœur bon pour construire dès aujourd’hui un monde meilleur pour demain, où chacun a sa place, où chacun peut être libre, où chacun peut avoir une chance de réussir sa vie pour le bien de tous. Le temps du Carême qui s’ouvre cette semaine nous permettra de purifier notre cœur, de le rendre bon s’il ne l’était plus, meilleur encore s’il l’est déjà pour que nous puissions préparer un avenir bon pour nous et pour tous ceux qui viennent vivre chez nous. 

Plus que jamais, il nous faut un cœur bon pour oser une prière pour la paix, pour oser demander à Dieu de remettre de la paix dans le cœur des hommes. Il nous faut des cœurs bons en abondance pour lutter contre les cœurs mauvais qui poussent au Mal. Il nous faut des cœurs bons, assoiffés de justice, de paix et de vérité, pour garantir justice et paix à tous les peuples. Nous recevrons dans un instant le Corps du Christ, Corps livré pour le salut du monde. Accueillons-le au plus profond de notre cœur ; qu’il s’y établisse, et avec lui qu’il y établisse le désir de paix, le désir de justice, le désir de vérité, le désir de la fraternité entre tous les peuples. Demandons cela pour nous, demandons cela pour tous les hommes. Lorsque tous les cœurs déborderont de Dieu, et de Dieu seul, le Mal aura définitivement perdu, la paix aura définitivement gagné. Prions pour cela sans jamais nous lasser : notre monde en a besoin, notre avenir en dépend. Amen.

samedi 19 février 2022

7ème dimanche ordinaire C - 20 février 2022

 Un art de vivre conforme à l'amour de Dieu.



(David prend la lance et la gourde de Saül endormi, Gravure XVIIIème siècle, 
Source internet : artbiblique-hautetfort.com)


            Comment vais-je dire les choses ? Reconnaissons-le : il y a des évangiles plus sexy que celui que nous d’entendre ! Nous avons là un catalogue de choses à faire qui ne donne pas très envie. Qui a envie de faire du bien à ceux qui le haïssent ? Qui a envie de souhaiter du bien à ceux qui le maudissent ? Qui a envie de présenter l’autre joue à celui qui le frappe sur une joue ? Qui a envie de laisser sa tunique à celui qui lui prend déjà son manteau ? Qui ne réclame pas son bien à celui qui le lui a pris ? Ce que demande Jésus, c’est tout le contraire de ce que nous ferions de prime abord. Peut-on seulement encore l’écouter ? 

            Faisons un pas de côté et regardons cette autre histoire qui nous est racontée ce matin, cette tranche de vie du futur roi David. Nous sommes à un moment de son histoire où il a déjà été choisi par Dieu pour succéder à Saül, mais ce dernier est non seulement toujours vivant, mais en guerre ouverte contre le jeune David. Il cherche, une fois de plus, à tuer David dont il est jaloux. Il se passe cette chose étrange. David sait que Saül veut le tuer ; ce n’est pas la première fois qu’il cherche à l’éliminer. Or voilà que le traqueur, Saül, se trouve endormi au milieu de ses hommes, tous aussi endormis que lui. Abishaï, le compagnon de David, comprend : Aujourd’hui, Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup. Sans doute Dieu est-il favorable à David qu’il a choisi pour succéder à Saül ; le fait que celui-ci soit endormi avec l’élite d’Israël, est un signe de Dieu ; l’écrivain biblique ne le dément pas, lui qui précise un peu plus loin : Le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. Pour Abishaï, la solution est simple : l’ennemi est là, endormi : tuons-le ! C’est facile, efficace ; c’est la volonté de Dieu. Mais David dit à Abishaï : ‘Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ?’ Et David renonce à tuer celui qui pourtant cherche à faire de même pour lui. Il va même plus loin, puisqu’il en fait un acte théologique : le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. Pour David, ce n’est pas aussi simple que cela. Peut-être voit-il là une épreuve pour lui, pour vérifier sa fidélité à Dieu. Saül a été choisi par Dieu pour être le premier roi. David a été choisi par Dieu pour lui succéder, certes. Mais ce n’est pas à lui d’accélérer la marche de l’histoire. David sera fidèle à Dieu ; il sera roi au moment fixé par Dieu ; il ne commettra pas ce meurtre et ne permettra pas qu’il soit commis. Saül est toujours le messie du Seigneur. 

            Ce pas de côté nous permet alors de revenir à l’évangile de ce dimanche, parce que les situations qu’il évoque sont de même nature que l’histoire de David. Ce que Jésus nous demande de vivre, c’est ce que David avait compris devant Saül endormi : cet homme, son ennemi, est l’instrument de Dieu, il a été choisi par lui. Qui est-il, David, pour faire revenir Dieu sur son choix en supprimant celui qui cherche à le tuer ? Vaudrait-il mieux que Saül s’il se laissait aller à pareille extrémité ? Faites du bien à ceux qui vous haïssent, dira Jésus, des siècles plus tard, lui qui est de la descendance de David ! Et nous pouvons comprendre mieux alors les paroles de Jésus grâce à David, son ancêtre. Ce que Jésus nous demande, c’est un autre style de vie que celui de ceux qui nous veulent ou nous font du mal. Il ne s’agit pas de se faire avoir ou de se laisser maltraiter : il s’agit de montrer plus d’amour que ceux qui nous haïssent ; il s’agit de vivre d’amour véritable plutôt que de vivre comme eux de la haine. Il s’agit de faire triompher l’amour vrai, celui qui endure tout, supporte tout et ne fait rien de mal. Il s’agit de passer des belles phrases sur l’amour à un amour vécu, au quotidien, même quand ce quotidien peut sembler infernal, c'est-à-dire cerné par les forces du Mal. Et si le début de l’évangile de ce dimanche peut sembler difficile à entendre et à vivre, reconnaissons que Jésus n’a pas tort quand il dit qu’il n’y a pas de mérite à aimer ceux qui nous aiment déjà ; même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Jésus n’a pas tort non plus quand il dit qu’il n’y a rien d’extraordinaire à faire du bien à ceux qui nous en font ; même les pécheurs en font autant. Jésus n’a pas davantage tort quand il affirme qu’il n’y a pas d’exploit à prêter à ceux dont on espère recevoir en retour ; même les pécheurs prêtent aux pécheurs. Des gens bons, aimants, ça existe en-dehors des croyants, heureusement ! Si donc le croyant doit se démarquer par son art de vivre, il doit faire plus, il doit faire mieux que la
norme communément admise. Il aimera de l’amour même de Dieu qui est bon pour les ingrats et les méchants. Jésus le résume admirablement dans ce verset : Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Autrement dit, que votre art de vivre soit une Parole de Dieu ; que votre art de vivre reflète l’art de vivre de Dieu lui-même puisque vous vous dites fils du Très-Haut

            Voilà que cette page d’évangile prend une saveur nouvelle, en nous rappelant que notre baptême nous oblige à une vie conforme dans nos relations aux autres. Devenus fils et filles de Dieu, nous ne pouvons pas vivre autrement que Dieu, notre Père. Son amour offert doit devenir notre amour vécu pour celles et ceux qui croisent notre route. Puisse le Pain de l’Eucharistie nous donner la force de vivre de cette Parole de Dieu aujourd’hui entendue. Amen.

samedi 12 février 2022

6ème dimanche ordinaire C - 13 février 2022

 Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur !



       


(Sieger KÖDER, Les disciples d'Emmaüs)





        Très régulièrement, des enquêtes nous disent en quoi croient les Français, et parmi ceux-là en quoi croient encore les chrétiens. Et je suis toujours attristé de constater que la foi en la résurrection perd du terrain, y compris chez ceux qui se disent encore chrétiens. Avec Paul, je ne peux que leur redire : Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur. 

            La résurrection n’est pas juste un appendice de notre foi, un petit truc que l’on prendrait en plus de tout le reste. Non, la résurrection du Christ, et de là la nôtre, est le cœur même de notre foi et notre espérance la plus profonde. Nous ne croyons pas en Jésus parce qu’il est venu au monde dans une crèche entre un âne et un bœuf. Nous ne croyons pas davantage en Jésus parce qu’il a eu des paroles réconfortantes, pleines de sagesse. Nous ne croyons même pas en Jésus parce qu’il a fait des miracles, posé des signes extraordinaires. Nous ne croyons pas plus en Jésus parce qu’il nous a magnifiquement parlé de Dieu, ni parce qu’il l’appelait Père. Nous ne croyons pas en Jésus enfin parce qu’il est mort sur la croix. Non, nous croyons en Jésus parce qu’il a livré sa vie pour nous sur la croix, qu’il est mort pour nous, qu’il a été mis au tombeau et que trois jours après, il était vivant, ressuscité, vainqueur de la Mort et du Péché. Sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu, sa mort même n’ont de sens que dans l’événement de la Pâque ; sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu et sa mort n’ont de sens que parce qu’il est vainqueur de la mort, une fois pour toutes, qu’il est vivant, définitivement vivant auprès de son Père et présent à notre vie par son Esprit. Paul a raison de dire aux Corinthiens qui déjà doutaient de la résurrection que, dans ce cas, leur foi est sans valeur. Elle ne vaut même pas la salive que l’on utiliserait pour la proclamer. Si Jésus n’est pas ressuscité, notre foi, c’est encore moins que du pipi de chat. Nada ! Nichts ! Nothing ! Rien ! 

            Certains alors voudraient s’en sortir en disant que : « bon ben, je peux admettre que Jésus est ressuscité, mais cela ne change rien pour nous ; personne d’autre ne ressuscitera ; Jésus, c’est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle : il n’y a pas de résurrection ». Mais alors pourquoi est-il mort, Jésus ? Pourquoi a-t-il accepté l’humiliation et la souffrance de la croix, si c’était juste pour lui ? En avait-il besoin pour rentrer chez son Père ? Non, bien sûr ! Il a fait ce chemin pour nous, pour toi, pour moi ; pour que, à sa suite, nous puissions ressusciter, nous puissions vivre, dès maintenant et pour toujours, avec Dieu, en Dieu. Il nous rappelle ainsi que notre vie n’est pas faite pour ce monde, mais pour le Royaume où Dieu nous attend. Et ce Royaume est le Royaume de la vie en plénitude, de la vie qui ne finit jamais. Ce n’est pas la peine de se fatiguer à être chrétien si c’est juste pour être gentil ici-bas. Des personnes gentilles, ça existe, même chez les non chrétiens, heureusement ! Devenir chrétien, c’est choisir d’être tendu tout entier, dès maintenant, vers ce Royaume où Dieu nous veut avec lui lorsqu’il nous appellera à quitter cette terre. Les béatitudes, que ce soient celles de Matthieu que nous entendons en chaque fête de la Toussaint, ou que ce soient celles de Luc que nous proclamons en ce dimanche, nous orientent vers cet au-delà et nous rappellent que nous sommes fait pour plus grand qu’une vie sur cette terre. Si nous sommes invités à développer un style de vie conforme à l’Evangile, ce n’est pas parce qu’on vit mieux ainsi dès maintenant, mais bien pour nous exercer à la vie du Royaume, pour nous exercer à la vie avec Dieu. 

            Je reconnais que les béatitudes de Luc, mal comprises, pourraient laisser croire qu’il vaut mieux être pauvre et mal foutu pour entrer dans le Royaume. Pire, elles laisseraient croire qu’il vaut mieux souffrir ici-bas pour être heureux dans l’au-delà. C’est oublier un peu vite que ce ne sont pas tant des choses à réaliser à la lettre qu’un état d’esprit, un art de vivre qui met le frère au cœur de ma vie parce que le Christ est solidement ancré dans ma vie et présent dans le cœur de chacun. Alors une certaine dépossession au profit du plus grand nombre devient possible ; alors le partage devient une évidence ; alors la compassion est la seule voie vers un monde plus heureux. Le riche dénoncé par Luc, c’est tout homme, financièrement riche ou pas, qui s’accroche au peu qu’il a et qui ignore son frère qui est encore plus dans le besoin. Le repus dénoncé par Luc, c’est tout homme qui refuse de partager ou qui gâche sa nourriture ou s’accapare la nourriture et laisse mourir de faim son frère. Le rieur que dénonce Luc est celui qui se moque des autres parce qu’ils n’ont pas la même chance que lui et qui refuse de partager leur souffrance pour leur permettre de la dépasser. Le louangé que dénonce Luc, c’est celui qui ne sait parler que de lui, ne mettre en avant que ses propres mérites sans voir que d’autres y ont contribué, ignorant même la part qu’ils ont pu prendre à sa réussite. Tous ces portraits dénoncés par Luc sont les portraits des hommes et des femmes qui sont pleins d’eux-mêmes et n’ont pas de place, en leur vie, pour Dieu. Ils sont leurs propres dieux. Comment voulez-vous dès lors qu’un Dieu crucifié, même ressuscité d’entre les morts, puissent les intéresser et les sauver ? C’est mission impossible, même pour le premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. 

            La foi en la résurrection, si elle reste inexplicable en termes de comment cela va se passer, nous invite à être pleinement éveillés, dès maintenant, à être pleinement vivant, dès maintenant. Jésus, durant sa vie terrestre, nous a montré ce que signifie être pleinement vivant : c’est avoir à cœur le bien de l’autre avant le sien ; c’est avoir un cœur ouvert à la détresse de celles et ceux qui croisent notre route ; c’est avoir un cœur qui pleure avec ceux qui pleurent ; c’est avoir un cœur plein de Dieu, un cœur plein des autres en qui Dieu se révèle à moi. Soyons donc pleinement vivant, à la manière du Christ, dès maintenant, pour être pleinement vivants, ressuscités avec le Christ, lorsque nous quitterons ce monde pour le Royaume où Dieu nous attend. Apprenons aujourd’hui à être en état de ressusciter demain. Amen.

samedi 5 février 2022

5ème dimanche ordinaire C - 06 février 2022

 Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.




        Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. J’ai bien conscience, en ces temps qui suivent la publication du rapport Sauvé, qu’il peut-être ecclésialement et politiquement incorrect de relever cette affirmation de Paul pour la proposer à votre méditation. Pour certains, elle ferait partie de ces phrases qui ont permis la mise en place du cléricalisme, source de tous les abus. Ce serait pourtant gravement trahir la pensée de Paul que d’utiliser ce verset pour justifier une position de domination. 

            Paul ne tire aucune gloire de sa mission d’apôtre. Il se défendra toujours d’avoir été à la charge de quiconque. Jamais il ne s’est fait entretenir ; jamais il n’a usé de sa place dans la communauté pour exiger privilège ou attention particulière. Bien au contraire ; il l’exprime très bien quand il écrit aux Corinthiens : Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Il a conscience que son histoire avec Jésus avait plutôt mal commencé. L’attitude de domination, c’était avant, quand il ne connaissait pas encore le Christ, et qu’il avait exigé les pouvoirs nécessaires pour poursuivre et traquer les adeptes de cette nouvelle voie. Sa qualité d’Apôtre ne sera décidément jamais une occasion d’imposer un pouvoir, d’imposer une opinion. Saint Paul n’est pas un ‘self made man’, mais quelqu’un qui a été fait par Dieu à l’image d’un Isaïe dans la première lecture entendue, quelqu’un qui a été saisi par le Christ, à l’image de Pierre dont nous avons entendu l’appel dans l’Evangile. Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Il a conscience aussi qu’il a été saisi par le Christ pour une seule et unique chose : l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Ce n’est pas là la parole d’un homme de pouvoir, mais la parole de quelqu’un qui s’est mis au service d’un Autre pour les autres. Cette Bonne Nouvelle, il y avait urgence à l’annoncer, puisque sa réception conditionne le salut de ceux qui l’entendent. Paul a travaillé pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

            On pourrait objecter, à la vue de l’œuvre de Paul et de son influence dans la jeune communauté, qu’il a quand même pesé lourd. Il est le premier qui a explicité la foi chrétienne, précisé ce que cela voulait dire, dans le quotidien, d’être chrétien. Il l’a fait de manière systématique, répondant avec assurance aux questions que les jeunes communautés qu’il avait fondées lui adressaient. Certes, mais il ne l’a pas fait pour faire valoir une primauté quelconque, mais bien parce que Dieu l’avait saisi et travaillait avec lui, à travers lui. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Ce n’est pas là une belle phrase, mais bien l’expression de sa conscience d’être au service de Dieu. Il a conscience d’agir, selon la belle expression du Concile Vatican II in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le mot important dans cette phrase, c’est celui ajouté justement par le dernier Concile à une expression plus ancienne : le mot ‘Tête’. Ce mot rappelle qu’il n’est pas le Christ ; il est un instrument qui permet à la Tête du Corps qu’est l’Eglise d’agir dans son Eglise. Et cette tête, ce n’est jamais Pierre, Paul, François, ou qui sais-je encore ; cette tête, c’est toujours et exclusivement le Christ que les hommes comme Paul servent. 

Ceux qui servent ne peuvent jamais être celui qu’ils servent. L’œuvre de Paul, l’œuvre des Apôtres, l’œuvre des prêtres, c’est de permettre au Christ, et à lui seul, de guider, enseigner, nourrir, présider son peuple. Le prophète, l’apôtre, l’évêque, le prêtre, le diacre, mais aussi le catéchiste et toute personne investie dans l’Eglise, n’existent que par appel du Christ, appel adressé à eux par l’Eglise. Sans le Christ, sans l’Eglise, ils ne sont rien. Sans le Christ, ils n’ont personne à annoncer ; sans l’Eglise, ils n’ont personne à servir. Paul ne s’annonce pas lui-même, même quand il aura l’audace de dire : prenez-moi pour modèle ! Car aussitôt, il ajoute : mon modèle à moi, c’est le Christ ! In fine, le Christ doit être notre modèle à tous. Qu’il le soit à la manière d’un Paul ou d’un Pierre, importe peu. Il est et reste le modèle unique qu’un Paul ou un Pierre présentent avec ce qu’ils sont. Paul est plus que clair à ce sujet : Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze… et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Si même Paul a finalement été saisi par le Christ, combien plus chacun de nous peut être saisi par le Christ. Ce n’est pas Paul qui compte, c’est le Christ et son œuvre : Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. 

            Rien, dans ces grandes figures appelées par Dieu, ne justifie une prise de pouvoir ou un abus de quelque sorte que ce soit. Tout, dans leur vie, souligne la primauté du message sur le messager. Tout contribue à tourner notre cœur vers le Dieu unique et vrai, et pour les chrétiens que nous sommes, à mettre le Christ, et lui seul, au cœur de notre vie. Qu’il en soit donc ainsi ; il n’aurait jamais dû en être autrement. Amen.