Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est abaisser. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est abaisser. Afficher tous les articles

samedi 23 novembre 2019

Christ Roi de l'univers - 24 novembre 2019

Roi sur la croix, Roi pour la Vie.






En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise récapitule toute l’histoire de Jésus dans cette belle solennité du Christ Roi de l’univers. Elle nous permet de reprendre tout ce que nous avons vécu durant cette année de compagnonnage avec Jésus. Des quatre textes entendus, deux sont particulièrement significatifs de cette récapitulation de l’histoire : la deuxième lecture et l’Evangile. En cette année, nous clôturons ainsi les dimanches avec la relecture d’un extrait de la Passion selon Luc (Jésus en croix entouré des deux larrons) et ce bel hymne de l’épître aux Colossiens. 

Il peut sembler surprenant de finir l’année liturgique par un épisode de la Passion. Certains peuvent penser que, célébrant le Christ Roi, la puissance de la résurrection eut mieux convenu. Un roi ne se doit-il pas d’être puissant, majestueux, imposant respect et crainte à ses sujets ? Jésus en croix n’est ni majestueux, ni puissant (il va mourir), ni sujet d’un grand respect de la part de ceux qui sont au Calvaire, à regarder l’événement. Cloué en croix, Jésus ne fait plus peur à personne ; il suffit d’observer les réactions de tous ceux qui ont contribué à ce moment de l’histoire de Jésus : Les chefs tournaient Jésus en dérision… les soldats aussi se moquaient de lui… un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le respect dû à un roi en prend un coup ! Et j’ose à peine mentionner le fait que Jésus est suspendu en croix, nu comme un ver ! Le déshonneur est total, l’abaissement à son comble ! En matière d’irrespect, l’homme ne peut tomber plus bas. Pourtant, nous dit la liturgie, c’est là sur la croix, que Jésus se révèle le mieux le roi de l’univers. Si pour ces adversaires, sur la croix, Jésus meurt, pour nous qui avons une vue plus globale de l’histoire, sur la croix, Jésus combat le Mal ; sur la croix, Jésus se bat pour les hommes ; sur la croix, se dessine déjà le royaume à venir. Le second larron semble l’avoir saisi mystérieusement, lui qui reprend son complice dans le crime : Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. Et s’adressant à Jésus, il ajoute : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Ça ne s’invente pas ! Soit vous avez la révélation de Dieu du mystère qui se joue, et avec celui que la tradition appelle désormais le bon larron, vous reconnaissez sur la croix déjà la gloire à venir de Jésus ; soit vous n’avez pas de révélation, et avec les chefs, les soldats et l’autre larron, vous vous moquez de Jésus. Il n’y a pas d’autre voie possible. 

Si vous appartenez à ceux qui reconnaissent déjà la gloire du Christ lorsqu’il est en croix, alors vous rejoignez tous ceux qui, depuis Paul, chantent l’hymne de l’épître aux Colossiens. Elle récapitule la foi chrétienne qui est louange au Père et au Fils sous la conduite de l’Esprit Saint qui a fait comprendre à Paul le mystère de la rédemption. Paul reconnaît l’œuvre du Père, qui par son Fils, offre le salut à tous les hommes. Notre rédemption renvoie à la coutume du rachat qui, dans la tradition juive, oblige un homme, au nom des liens du sang, à se porter garant de la liberté d’un membre de sa famille, qui se trouve dans une situation d’endettement ou d’esclavage. C’est bien la situation des hommes lorsqu’ils vivent sans Dieu. Ils sont endettés par le péché, réduit par lui en un esclavage dont ils ne peuvent se sortir eux-mêmes. Jésus, par sa croix, nous rachète à grand prix. Il se porte garant de nous, affirmant ainsi que nous sommes de son sang, de sa famille. Il se fait notre frère en humanité, lui qui est l’image du Dieu invisible. L’hymne s’achève par le rappel de la grandeur de Jésus, sa royauté, puisque toute la création trouve en lui son origine : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre… en lui tout est réconcilié… en lui, par le sang de sa croix, la paix est faite, sur la terre et dans le ciel. N’est-ce pas là ce que devrait être l’œuvre d’un roi : assurer la vie et la paix de ses sujets ? Tout cela Jésus le fait par l’offrande de sa vie. La préface de ce jour le chante admirablement : Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la croix en victime pure et pacifique pour accomplir les mystères de notre rédemption. Il n’y a pas, pour Jésus, d’autre manière d’être roi que de se faire le serviteur du salut de tous par la croix. Celui qui, avant sa mort, invitait ses disciples au service par le signe du lavement des pieds, leur donne, sur la croix, l’exemple du service parfait, le service qui sauve le monde, l’amour donné jusqu’au bout. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Là est la vraie royauté, la vraie dignité d’un homme. 

Toute notre année liturgique nous aura conduit là, à la découverte que Jésus veut régner sur nos vies, non à la manière d’un tyran, mais à la manière d’un serviteur qui veut le meilleur pour nous : il devient ainsi notre vie, notre sainteté, notre paix, et nous pouvons vivre dans sa grâce, dans sa vérité, dans sa justice et dans son amour largement répandu. Après tant d’amour manifesté pour nous, nous aurions mauvaise grâce à ne pas le célébrer aujourd’hui comme Roi de l’univers. Réjouissons-nous d’être de la famille d’un tel roi et proclamons au monde les merveilles qu’il a faites pour le salut de tous les hommes. Amen.




samedi 3 mars 2018

03ème dimanche de Carême B - 04 mars 2018

Oser dire Dieu.





Puis-je parler de Dieu sans risque ? Puis-je poser une parole sur celui qui aime l’homme et entre en relation avec lui en lui donnant tout ? Puis-je parler de Dieu sans en faire « Mon Dieu » ? C’est-à-dire sans risquer de mettre trop vite la main sur lui et l’enfermer dans mes idées ? Tout prédicateur doit, un jour ou l’autre, affronter ces questions qui ne lui sont pas réservées. En effet, tout croyant qui veut témoigner de sa foi honnêtement se heurte nécessairement à ces mêmes questions. Car il s’agit bien, pour tout croyant quel que soit son statut, de parler de Dieu aux hommes de la manière dont Dieu lui-même se présente à eux. Que dit Dieu de lui-même ? Que laisse-t-il découvrir de lui ? Les lectures de ce troisième dimanche de Carême nous donne des éléments de réponses. 

            Le passage du Livre de l’Exode nous permet de reconnaître en Dieu celui qui vient libérer l’homme : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Voilà bien posé le cadre des relations entre l’homme et Dieu ; voilà bien posé le cadre de tout discours sur Dieu. Ce cadre, c’est celui de l’Alliance conclue jadis avec le peuple lors de la libération de l’esclavage. Le Dieu en lequel nous croyons est ce Dieu qui a manifesté à l’homme son amour en lui redonnant confiance, en le faisant sortir d’une vie impossible et indigne de l’homme. Quand notre Dieu parle de lui, il vient nous redire qu’il veut notre bonheur et notre vie. Le Dieu vivant veut que l’homme vive à son tour, de la même vie !  

            Mais ce passage vient aussi nous apprendre que notre Dieu est le Dieu fidèle. Ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Autant dire toujours ! Quand Dieu parle de lui, il fait donc référence à cette alliance conclue avec l’humanité, alliance qu’il s’engage à respecter et dans laquelle il nous engage ! Cette fidélité fait que jamais Dieu ne pourra revenir sur sa volonté de faire vivre l’homme, et de le faire vivre libre et heureux. Il semble important à Dieu lui-même, lorsqu’il se communique et lorsqu’il communique sa loi, de rappeler ces deux points en préalable. Une manière de dire : je te propose une loi à respecter, certes ; mais cette loi n’est pas injuste, cette loi n’est pas autoritaire. Elle est simplement la suite et la conséquence logique de l’amour que j’ai pour toi, amour que je t’ai manifesté dans le passé, amour que je te manifesterai encore dans le futur.  

Ce Dieu libérateur et fidèle, Jésus continue de le révéler par toute sa vie. J’avoue que dans l’Evangile de ce matin, il le fait de manière curieuse, pour ne pas dire violente. Ce nettoyage en règle du Temple dit son attachement jaloux à Dieu. Il lui est insupportable que l’homme réduise l’alliance avec Dieu à un marchandage commercial : je t’offre un bœuf ou une brebis, en échange tu me donnes… Il chasse les marchands du Temple pour que l’homme retrouve avec Dieu une relation « humaine » vraie. Entre Dieu et les hommes, il ne saurait être question d’argent ou de cadeaux. Entre Dieu et les hommes se joue la vérité d’une vie. Jésus se situe bien dans la ligne de quelques prophètes qui avaient déjà annoncé que la fumée des sacrifices, Dieu les avait en dégout. Relisez le psaume 50 : Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. Ce que Dieu attend de nous, c’est que notre cœur soit à lui. Il est le Dieu des cœurs à cœurs, le Dieu des relations profondes. Il exige tout de nous parce qu’il nous donne tout, en Jésus. Paul nous le rappelait dimanche dernier déjà dans sa lettre aux Romains.  

Ce même Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lue en ce dimanche, achève de nous dérouter dans nos discours sur Dieu. Il nous invite à le découvrir là où nous ne l’attendions pas. Il rappelle que Dieu ne se trouve ni dans des signes miraculeux, ni dans une sagesse. Dieu n’est ni un miracle, ni un système de pensée. Dieu s’est révélé en Jésus. Paul en a fait l’expérience sur le chemin de Damas. Et désormais et pour toujours, la figure de Jésus sera la pierre d’achoppement : scandale pour ceux qui voient dans la croix un abaissement inadmissible de la part de Dieu ; folie pour ceux qui ne s’appuient que sur la raison, refusant toute transcendance, niant l’existence de Dieu parce que non vérifiable scientifiquement. A croire Paul, notre Dieu serait un Dieu fou si nous l’évaluions à mesure humaine. Ce qu’il a fait pour l’homme, personne ne l’a jamais fait auparavant. Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, cela peut sembler pure folie que d’avoir donné son fils et d’avoir permis qu’il soit crucifié, mis à mort pour le salut des hommes. C’est pourtant ce qu’il a fait, une fois pour toutes, pour tous et pour chacun. Parler de Dieu aux hommes, c’est parler de ce don inouï. Parler de Dieu, quand on est chrétien, c’est parler de l’alliance qu’il a conclu avec les hommes en Jésus, mort et ressuscité. En lui réside désormais la vie de l’homme ; en lui, réside désormais le salut de l’homme. 

Oser parler de Dieu, c’est finalement oser parler de notre expérience avec lui. En quoi Dieu est-il mon libérateur ? De quoi me suis-je senti délivré par lui ? Comment est-il mon Sauveur ? Ce n’est sans doute pas un hasard si la Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient d’envoyer un courrier aux évêques rappelant ce qu’est le salut apporté par Jésus Christ : non pas un bien-être intérieur, ni plus de richesses, mais la communion réelle et plénière avec Dieu. Le document nous rappelle fort justement que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine. Lorsque nous parlons de Dieu, que ce soit toujours dans cet unique but : permettre à notre auditeur de se découvrir sauvé, appelé à la vie avec Dieu. AMEN.

(Dessin de M. LEITERER) 

 

 

samedi 29 octobre 2016

31ème dimanche ordinaire C - 30 octobre 2016

Zachée, celui qui s'étant élevé a été abaissé, et s'étant abaissé a été élevé.




Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé. Qui ne connaît pas cette affirmation de Jésus. Elle n’est certes pas prononcée aujourd’hui, mais elle est mise en œuvre dans cette rencontre entre Zachée et Jésus, dans les deux sens. Voilà une rencontre que nous ne connaissons que trop. Et parce que nous ne la connaissons que trop bien, nous risquons bien de ne l’écouter plus qu’à moitié.  Je vais donc la relire à l’aune de cette citation de Jésus.

 Qui s’élève sera abaissé. C’est vrai pour Zachée, dans sa vie quotidienne. Il s’est élevé socialement en devenant chef des collecteurs d’impôts. Ah, ce n’est pas n’importe qui ! Aux yeux de l’Etat, il compte, le petit Zachée. Il n’est peut-être pas très grand par la taille, mais son travail, ce n’est pas rien. Il travaille au service de la puissante Rome. Il commande ces collaborateurs ; ceux qui l’ont embauché ont reconnu en lui les qualités d’un chef et d’un homme de confiance. Il manipule l’argent qui revient à l’empereur. Non, décidément, il n’est pas rien, Zachée. Le seul problème, c’est que ces contemporains, ceux issus du même peuple que lui, ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il est un traître, un collabo, un pécheur public. Et certainement, pensent-ils tous, il en profite pour les dépouiller sous couvert d’impôts à prélever. Zachée qui voulait s’élever est rabaissé bien violemment par ses compatriotes. Pour eux, il est sans intérêt. Ce n’est pas le genre de personnes qu’on fréquente quand on est quelqu’un de bien, quelqu’un de pieux, quelqu’un de droit. 
 
Qui s’élève sera abaissé. La vie de Zachée va prendre un nouveau tournant, sans qu’il s’y attende, à cause de Jésus. Il est de passage à Jéricho. Tous veulent voir Jésus, Zachée aussi. Et ce n’est ni la rumeur publique à son sujet, ni sa petite taille qui vont l’en empêcher. Comme personne ne lui fait de place, le voici qui grimpe dans un arbre. Pas très sérieux pour un chef des collecteurs d’impôts. Mais peut-être le signe que le Royaume n’est pas loin pour Zachée. Jésus n’a-t-il pas dit que le Royaume de Dieu est aux petits enfants et à ceux qui leur ressemblent ? En grimpant aux arbres malgré son âge, Zachée manifeste là une curieuse disposition pour le Royaume. Dans cet homme bat un cœur d’enfant, curieux de Jésus au point d’oublier qui il est et de grimper aux arbres. A moins que ce ne soit encore sa manie de vouloir s’élever, d’être au-dessus des autres et de tout contrôler. Il voulait voir Jésus, et voilà que c’est lui qui est vu par Jésus. Vu et appelé : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Et le voilà « abaissé » par Jésus, obligé de quitter son arbre. 
 
Qui s’élève sera abaissé. Il nous faut remarquer ici que Zachée n’est pas le seul à être abaissé. Il y a la foule de tous ceux qui récriminent. Ils se croyaient meilleurs que Zachée, plus dignes que lui d’inviter Jésus pour un repas. Se comparant à Zachée, ils se sont élevés au-dessus de lui. En ne s’invitant pas chez eux, les bien-pensants, les bien-vivants, les bien-pratiquants, Jésus remet tout le monde à sa place, et lui le premier. Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Voilà qui ressemble étrangement à cette autre parole de Jésus, prononcée dans des circonstances assez similaires (un repas avec des publicains et des pécheurs) : Je ne suis pas venu pour les bien-portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs. Et toc pour ceux qui voulaient une place d’honneur ! 
 
Qui s’abaisse sera élevé. Ça a dû lui faire tout drôle, à Zachée, d’entendre quelqu’un s’inviter chez lui, devant tout le monde. Sait-il seulement à quand remonte la dernière fois que quelqu’un, que les autres tiennent pour important, s’est invité chez lui, publiquement ? Tout se passe alors très vite, et il reçoit Jésus avec joie. Je suis toujours impressionné par l’absence totale d’hésitation de la part de Zachée. A moins qu’il ne soit déjà « contaminé » par l’absence d’hésitation de Jésus : c’est chez Zachée qu’il doit aller aujourd’hui. A croire qu’il n’est venu à Jéricho que pour cette rencontre. C’est sûr ; avec toute cette histoire, avec cette priorité brûlée aux gens qui se croient bien, la cote de popularité de Zachée ne va pas remonter : les autres récriminent déjà. Déjà, on ne parle plus que de cela ! On peut déjà imaginer la une du Pharisien libéré : Jésus se commet avec un pécheur ! Et c’est là que l’incroyable se produit. Zachée ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne joue pas à celui qui a reçu Jésus chez lui. Mais devant l’amour manifesté par Jésus, Zachée s’abaisse : Voici, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Ce qui lui vaut cette indulgence plénière de la part de Jésus : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. Le Fils de l’homme ne se commet pas avec des pécheurs pour le plaisir d’être avec des pécheurs, mais pour assouvir son désir de sauver tous les hommes. Il manifeste ainsi qu’il est bien de Dieu, né du vrai Dieu, celui-là seul qui aime passionnément l’homme au point de le sauver, toujours. Nous pouvons alors comprendre que ce désir est profond en Dieu, bien ancien puisque déjà chanté par l’auteur du livre de la Sagesse quand il médite, au regard de l’histoire d’Israël, sur qui est Dieu et comment il agit avec son peuple. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres… En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. 
 
Qui s’abaisse sera élevé. C’est l’effet de la miséricorde divine, et il ne se dément jamais. Ce qui était vrai jadis de Zachée est vrai de nous aujourd’hui. Si nous reconnaissons nos limites, nos faiblesses, notre péché, si nous prenons la résolution de changer parce que nous avons accueilli Jésus dans notre vie, nous serons sauvés, nous serons élevés pour vivre à la hauteur de Dieu, pour vivre de son amour et dans son amour pour toujours. Réveillons le Zachée qui dort en nous, laissons-nous visiter par Jésus et avec empressement, accueillons-le dans la joie. Osons nous abaisser devant sa tendresse et nous serons élevés par son amour. Amen.

jeudi 24 mars 2016

Jeudi Saint - 24 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu : la gloire du service.





Souvenez-vous de ce que je vous disais dimanche : à la suite de Jésus, nous sommes invités à passer du monde des hommes au monde de Dieu. Toute la vie de Jésus n’a que ce seul but : nous entrainer avec lui à la rencontre de Dieu. C’est bien ce monde de Dieu qu’il a annoncé quand il parlait du Royaume. C’est bien à la hauteur de Dieu que Jésus veut élever l’homme. Ce soir, il nous indique la voie royale pour parvenir à ce monde. 
 
Le geste que Jésus pose envers ses disciples est un geste surprenant pour eux et proprement scandaleux. La réaction de Pierre est totalement justifiée. Mais pour le comprendre, il faut nous placer à cette époque et oublier un instant que nous vivons dans un monde différent aujourd’hui. Pour Pierre, Jésus, qui dépose son vêtement, prend un linge qu’il se noue à la ceinture et se met à laver les pieds des disciples, Jésus donc prend une place qui est indigne de lui, la place d’un esclave qui devait nettoyer les pieds de son maître quand il rentrait chez lui, ou des visiteurs qui arrivaient. Jésus s’abaisse bien au-dessous de sa condition. Pour Pierre, le disciple, voir son maître s’abaisser ainsi, est insupportable. C’est une humiliation qu’il ne comprend pas et n’accepte pas. Il faudra l’insistance de Jésus pour qu’il se laisse faire sans trop comprendre ce que fait Jésus : plus tard, tu comprendras. Et ce plus tard, ce n’est pas les quelques mots d’explication que Jésus livre immédiatement après ; ce plus tard, ce sera après Pâques, quand ce moment présent et surtout les moments encore à venir prendront sens. Là, immédiatement, ce n’est que le geste d’un fou qui ignore sa vraie place. S’abaisser jusqu’à prendre la dernière place, ce n’est quand même pas très glorieux. 
 
Or, c’est justement là que Jésus veut emmener ses disciples : à comprendre qu’il y a gloire à servir. L’homme n’est grand pour Jésus que lorsqu’il se met au service des autres, ces autres étant d’abord et avant tout les plus petits. Car comprenez bien qu’il ne s’agit pas pour Jésus de se mettre au service des puissants qui pourront le récompenser en conséquence des services rendus. Le service dont parle Jésus, c’est le service de ceux qui ne peuvent rien rendre, le service de ceux qui vous seront toujours éternellement redevables. Ce sont ceux-là que Jésus nous invite à servir. C’est bien la dernière place, la place du plus humble, la place du plus petit, qui est la nôtre, qui est celle de tout disciple du Christ. Pour Jésus, le service est le chemin vers la gloire ; le service du frère pauvre, malade, prisonnier, étranger, exclu… est le chemin vers le monde de Dieu. Gardez toujours en mémoire l’évangile de saint Matthieu : ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! 
 
Au moment où nous accompagnons Jésus qui marche vers sa croix, laissons-nous faire par Jésus et apprenons de lui la gloire du service. Qu’à son exemple, nous ayons assez d’humilité pour passer le vêtement du service. Notre récompense, nous ne l’aurons pas des hommes, nous la tiendrons de Dieu quand il nous invitera à la joie du Royaume. Ce soir, contemplons et apprenons la gloire du service de notre Maître et Seigneur qui se fait petit pour nous attirer vers son Père. Amen.

(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330, reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

vendredi 12 septembre 2014

Fête de la Croix glorieuse - 14 septembre 2014

La croix, signe de l'amour de Dieu pour nous.



Il y a quelque chose de paradoxale dans le titre de la fête de la croix glorieuse, et c’est son titre : la juxtaposition du mot croix, qui nous renvoie immanquablement au Vendredi Saint, à la Passion et à la mort du Christ,  et du mot glorieuse, comme si la mort injuste de l’innocent et l’instrument de sa torture avait quelque chose de glorieux. Pourtant, c’est bien à une fête que nous sommes convoqués aujourd’hui. 
 
Pour bien comprendre ce paradoxe, la liturgie nous a donné trois lectures que nous venons d’entendre. Je voudrais en retenir une, l’hymne aux Philippiens de Paul, Apôtre des païens. Ce passage est utilisé dans la prière de l’Eglise à l’occasion de quelques offices de vêpres. La traduction utilisée alors met mieux en valeur cette hymne de Paul. Elle retentit ainsi : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, il l’a doté du nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. J’en conviens ; il n’y a que peu de différence avec le texte entendu, mais lorsqu’on chante ces mots, quelle beauté pour exprimer l’amour de Dieu pour nous. 
 
Pour Paul, cet amour de Dieu, c’est en Jésus qu’il s’exprime. Non pas dans la naissance de Jésus, qui est un événement heureux en soi, mais plutôt dans l’abaissement de Jésus. Ce Jésus donc qui vient dans notre monde ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est abaissé. La grandeur de l’amour de Dieu, c’est qu’il s’abaisse jusqu’à venir à nous, sans atour, sans gloire. Dieu se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir Dieu. Et comme cela ne suffit pas, ce Fils, ce Dieu fait homme, ce Dieu abaissé, va encore plus loin : jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est bien là, devant la croix, que se mesure le mieux la conséquence de l’incarnation, la conséquence dramatique de l’abaissement de Dieu, la conséquence de l’amour dont nous sommes aimés. C’est parce que nous sommes aimés par Dieu d’un amour unique que Dieu s’abaisse ; c’est parce que nous sommes aimés d’un amour unique de Dieu que son Fils va jusqu’à la mort ; c’est parce que nous sommes aimés ainsi par un Dieu qui n’est pas jaloux de sa divinité, que nous sommes sauvés. Désormais, au nom de Jésus, tout genou fléchit. Comment ne pourrait-il pas fléchir d’ailleurs devant tant d’amour exprimé de manière aussi forte, aussi dramatique, aussi définitive ! 
 
L’abaissement du Fils unique aura pour nous valeur d’élévation. Lorsque Dieu s’abaisse à être homme, l’homme finit par s’élever jusqu’à être en Dieu. Voilà ce que voulait faire l’amour de Dieu ; voilà ce qu’il a fait, en Jésus, sur la croix. Si le Vendredi Saint nous mesurons surtout l’abaissement du Fils et sa mort, aujourd’hui, nous sommes invités à mesurer pleinement ce que cet amour vaut pour nous. L’abaissement du Fils est notre vie ; l’abaissement du Fils est notre salut ;  l’abaissement du Fils est notre grandeur. Dieu étant venu jusqu’à nous en Jésus, nous pouvons désormais aller jusqu’à Dieu en Jésus. Venu de Dieu chez les hommes, pour les hommes, il retourne à Dieu avec les hommes. Voilà pourquoi nous nous réjouissons aujourd’hui. 
 
Ce que Jésus a vécu, ce que Paul a chanté, nous sommes tous appelés à le vivre. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu ; nous sommes destinés à vivre en Dieu. Certains d’entre nous sont invités à le vivre à l’extrême, comme Jésus, comme Paul, c’est-à-dire jusqu’à la mort, jusqu’au don total du martyr. Suprême témoignage de tendresse et d’amour, la croix glorieuse du Christ devient croix glorieuse pour ces hommes et ces femmes qui, au cours de l’histoire, et malheureusement encore aujourd’hui en certains pays, versent leur sang à cause de l’amour de Dieu pour nous, à cause de l’amour qu’ils vivent pour chacun et pour Dieu en particulier.
 
Mais sans aller jusqu’au martyr, nous sommes tous appelés à vivre de cette croix. Le signe de la croix est le premier geste fait sur nous, lorsque nous sommes présentés au baptême. D’emblée, à l’aurore de notre vie, la croix devient notre signe de ralliement, notre signe de reconnaissance. Elle ne dit pas nos souffrances futures, mais l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Alors même que nous ne savons pas ce que l’enfant à baptiser va devenir, nous lui disons qu’il est déjà infiniment aimé de Dieu, et qu’il le sera toujours. Nous lui disons que c’est pour lui aussi que le Christ a vaincu la croix, pour qu’à son tour, il soit capable de suivre le Christ, en prenant sa croix. 
 
Les croix de nos vies peuvent quelquefois nous sembler lourdes, inhumaines à porter ; mais souvenons-nous qu’elles aussi sont croix glorieuses si elles sont portées à la suite du Christ, par amour. Sur le chemin de sa Passion, sur le chemin de son amour pour tous les hommes, il a pris sur lui nos croix, et dans sa mort et sa résurrection, il les a transfigurées en croix de lumière, en croix glorieuses. Quelles que soient les épreuves de nos vies, nous sommes destinés à vivre, libres et heureux. La croix n’est pas un obstacle au bonheur, elle en est le passage. Quelle puissance pourrait nous retenir sur nos croix si le Christ lui-même nous prend avec lui, dans sa gloire ? Aucune.
 
Célébrer la croix glorieuse, c’est donc célébrer aussi notre espérance. Le Dieu de Jésus Christ est le Dieu de la vie pour celles et ceux qui croient en lui et marchent à sa suite. Son amour ne fera jamais défaut à quiconque crie vers lui. Sa croix plantée en terre est, à tout jamais, l’arbre de notre vie, de notre bonheur, de notre espérance, car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.

(Photo prise en Flandres, Tyne Cot Cemetery, Cimetière anglais de soldats tombés en 1914-1918)

vendredi 28 octobre 2011

31ème dimanche ordinaire A - 30 octobre 2011

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé !




Il existe, dans l’évangile, des versets dangereux, dangereux pour notre vie. Jésus lui-même nous en donne un aujourd’hui. Il est dangereux parce que mal compris, il pourrait mener à des impasses dont l’Eglise aura du mal à sortir. Dans l’Evangile de ce dimanche, c’est le dernier verset du passage d’évangile que nous avons entendu : Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Plutôt que de le supprimer, essayons de mieux le comprendre.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. A priori, il n’y a rien de méchant dans cette phrase, même si elle sonne comme un avertissement. Et c’est peut-être là son premier danger. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette citation peut entraîner une certaine paresse humaine ou spirituelle. N’est-ce pas, si je ne fais rien, je ne fais rien de travers et donc je ne risque rien. Or, Jésus ne nous demande pas de ne rien faire ; il nous demande de veiller à la manière dont nous faisons les choses. Ce que Jésus met en cause, ce ne sont pas les personnes qui agissent, qui commandent, qui ont en charge une responsabilité qui les place aux avant-postes. Non, ce que Jésus met en cause, c’est la manière dont elles s’acquittent de cette charge. Pour Jésus, tout commandement, toute fonction à la tête d’une organisation, d’une cité, d’une Eglise, est d’abord un service à rendre à tous. Il s’agit de ne pas se gonfler d’orgueil ; il s’agit de ne pas se transformer en petit chef, exigeant avec les autres et très peu pour soi. Monter en première ligne parce qu’il y a un service à rendre et non pour briller ou pour écraser les autres. L’exercice de l’autorité est toujours un service de la communauté humaine ou spirituelle à laquelle j’appartiens.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase, mal comprise, peut aussi en inciter certains à ne jamais se reconnaître de mérite, à refuser toute promotion, à refuser toute ambition. C’est un second danger. Refuser tout ce qui pourrait être risqué pour moi mais utile pour les autres. Surtout ne pas se faire remarquer. Pour vivre heureux, vivons cacher. N’est-ce pas, si les autres ne me voient pas, je ne risque rien ! Elémentaire, mon cher Watson ! Ce genre de compréhension a été fatal, me semble-t-il, dans certains milieux. L’ambition était toujours suspectée, la réussite mal vue. Or une saine ambition est nécessaire et même souhaitable. Sans cela, notre société n’évoluerait pas, et chacun resterait sagement à sa place, sans mettre en œuvre les talents que Dieu lui a confiés. Ce serait aussi reconnaître que l’homme ne peut pas progresser et nous aurions tôt fait de séparer le monde en classes auxquelles nous appartiendrions par notre naissance et jusqu’à notre mort. Les riches sont condamnés à rester riches et les pauvres à rester pauvres ; qu’ils n’essaient même pas de s’en sortir. L’affirmation de Jésus ne vise pas le désir de changer le monde. Au contraire, nous devons tous nous engager pour élever l’humanité, lui permettre de grandir et d’offrir à tous les mêmes chances, un même bonheur, une même fraternité. Non vraiment, Jésus ne s’oppose pas à une saine ambition au service d’un mieux être pour tous.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase de Jésus est peut-être d’abord une invitation à l’imiter. Lui qui, tout en restant l’image même de Dieu n’a pas voulu revendiquer d’être pareil à Dieu. Au contraire, il s’est anéanti, devenant l’image même du serviteur et se faisant semblable aux hommes… Il s’est abaissé, et dans son obéissance, il est allé jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout (Ph 2). Dans l’agir de Jésus, la seule ambition est le salut des hommes ; dans l’agir de Jésus, la seule autorité est celle de l’amour offert ; dans l’agir de Jésus, la seule priorité c’est l’autre. Quand il en sera devenu ainsi pour nous, nous n’aurons plus besoin de cet avertissement de Jésus, car nous tiendrons notre juste place, celle où Dieu nous veut, pour transformer avec lui le monde, pour changer avec lui le cœur des hommes.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Dangereuse si mal comprise, cette affirmation de Jésus est une invitation à toujours mieux servir, à toujours mieux être attentif à ce que Dieu attend de nous pour un meilleur service des autres. En nous mettant à l’école du Christ, notre seul Maître, nous pourrons progresser dans notre vie humaine, sociale et spirituelle sans craindre d’être un jour abaissé. Loin d’être un encouragement à la paresse ou à la peur du risque, elle est plutôt encouragement à aimer mieux, à servir mieux, à accueillir mieux la sainteté que Dieu lui-même nous offre. Il n’y a pas de mal à mieux aimer ; il n’y a pas de mal à mieux servir ; il n’y a pas de mal à être plus saints. Bien au contraire ! Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)