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samedi 29 octobre 2016

31ème dimanche ordinaire C - 30 octobre 2016

Zachée, celui qui s'étant élevé a été abaissé, et s'étant abaissé a été élevé.




Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé. Qui ne connaît pas cette affirmation de Jésus. Elle n’est certes pas prononcée aujourd’hui, mais elle est mise en œuvre dans cette rencontre entre Zachée et Jésus, dans les deux sens. Voilà une rencontre que nous ne connaissons que trop. Et parce que nous ne la connaissons que trop bien, nous risquons bien de ne l’écouter plus qu’à moitié.  Je vais donc la relire à l’aune de cette citation de Jésus.

 Qui s’élève sera abaissé. C’est vrai pour Zachée, dans sa vie quotidienne. Il s’est élevé socialement en devenant chef des collecteurs d’impôts. Ah, ce n’est pas n’importe qui ! Aux yeux de l’Etat, il compte, le petit Zachée. Il n’est peut-être pas très grand par la taille, mais son travail, ce n’est pas rien. Il travaille au service de la puissante Rome. Il commande ces collaborateurs ; ceux qui l’ont embauché ont reconnu en lui les qualités d’un chef et d’un homme de confiance. Il manipule l’argent qui revient à l’empereur. Non, décidément, il n’est pas rien, Zachée. Le seul problème, c’est que ces contemporains, ceux issus du même peuple que lui, ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il est un traître, un collabo, un pécheur public. Et certainement, pensent-ils tous, il en profite pour les dépouiller sous couvert d’impôts à prélever. Zachée qui voulait s’élever est rabaissé bien violemment par ses compatriotes. Pour eux, il est sans intérêt. Ce n’est pas le genre de personnes qu’on fréquente quand on est quelqu’un de bien, quelqu’un de pieux, quelqu’un de droit. 
 
Qui s’élève sera abaissé. La vie de Zachée va prendre un nouveau tournant, sans qu’il s’y attende, à cause de Jésus. Il est de passage à Jéricho. Tous veulent voir Jésus, Zachée aussi. Et ce n’est ni la rumeur publique à son sujet, ni sa petite taille qui vont l’en empêcher. Comme personne ne lui fait de place, le voici qui grimpe dans un arbre. Pas très sérieux pour un chef des collecteurs d’impôts. Mais peut-être le signe que le Royaume n’est pas loin pour Zachée. Jésus n’a-t-il pas dit que le Royaume de Dieu est aux petits enfants et à ceux qui leur ressemblent ? En grimpant aux arbres malgré son âge, Zachée manifeste là une curieuse disposition pour le Royaume. Dans cet homme bat un cœur d’enfant, curieux de Jésus au point d’oublier qui il est et de grimper aux arbres. A moins que ce ne soit encore sa manie de vouloir s’élever, d’être au-dessus des autres et de tout contrôler. Il voulait voir Jésus, et voilà que c’est lui qui est vu par Jésus. Vu et appelé : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Et le voilà « abaissé » par Jésus, obligé de quitter son arbre. 
 
Qui s’élève sera abaissé. Il nous faut remarquer ici que Zachée n’est pas le seul à être abaissé. Il y a la foule de tous ceux qui récriminent. Ils se croyaient meilleurs que Zachée, plus dignes que lui d’inviter Jésus pour un repas. Se comparant à Zachée, ils se sont élevés au-dessus de lui. En ne s’invitant pas chez eux, les bien-pensants, les bien-vivants, les bien-pratiquants, Jésus remet tout le monde à sa place, et lui le premier. Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Voilà qui ressemble étrangement à cette autre parole de Jésus, prononcée dans des circonstances assez similaires (un repas avec des publicains et des pécheurs) : Je ne suis pas venu pour les bien-portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs. Et toc pour ceux qui voulaient une place d’honneur ! 
 
Qui s’abaisse sera élevé. Ça a dû lui faire tout drôle, à Zachée, d’entendre quelqu’un s’inviter chez lui, devant tout le monde. Sait-il seulement à quand remonte la dernière fois que quelqu’un, que les autres tiennent pour important, s’est invité chez lui, publiquement ? Tout se passe alors très vite, et il reçoit Jésus avec joie. Je suis toujours impressionné par l’absence totale d’hésitation de la part de Zachée. A moins qu’il ne soit déjà « contaminé » par l’absence d’hésitation de Jésus : c’est chez Zachée qu’il doit aller aujourd’hui. A croire qu’il n’est venu à Jéricho que pour cette rencontre. C’est sûr ; avec toute cette histoire, avec cette priorité brûlée aux gens qui se croient bien, la cote de popularité de Zachée ne va pas remonter : les autres récriminent déjà. Déjà, on ne parle plus que de cela ! On peut déjà imaginer la une du Pharisien libéré : Jésus se commet avec un pécheur ! Et c’est là que l’incroyable se produit. Zachée ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne joue pas à celui qui a reçu Jésus chez lui. Mais devant l’amour manifesté par Jésus, Zachée s’abaisse : Voici, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Ce qui lui vaut cette indulgence plénière de la part de Jésus : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. Le Fils de l’homme ne se commet pas avec des pécheurs pour le plaisir d’être avec des pécheurs, mais pour assouvir son désir de sauver tous les hommes. Il manifeste ainsi qu’il est bien de Dieu, né du vrai Dieu, celui-là seul qui aime passionnément l’homme au point de le sauver, toujours. Nous pouvons alors comprendre que ce désir est profond en Dieu, bien ancien puisque déjà chanté par l’auteur du livre de la Sagesse quand il médite, au regard de l’histoire d’Israël, sur qui est Dieu et comment il agit avec son peuple. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres… En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. 
 
Qui s’abaisse sera élevé. C’est l’effet de la miséricorde divine, et il ne se dément jamais. Ce qui était vrai jadis de Zachée est vrai de nous aujourd’hui. Si nous reconnaissons nos limites, nos faiblesses, notre péché, si nous prenons la résolution de changer parce que nous avons accueilli Jésus dans notre vie, nous serons sauvés, nous serons élevés pour vivre à la hauteur de Dieu, pour vivre de son amour et dans son amour pour toujours. Réveillons le Zachée qui dort en nous, laissons-nous visiter par Jésus et avec empressement, accueillons-le dans la joie. Osons nous abaisser devant sa tendresse et nous serons élevés par son amour. Amen.

vendredi 28 octobre 2011

31ème dimanche ordinaire A - 30 octobre 2011

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé !




Il existe, dans l’évangile, des versets dangereux, dangereux pour notre vie. Jésus lui-même nous en donne un aujourd’hui. Il est dangereux parce que mal compris, il pourrait mener à des impasses dont l’Eglise aura du mal à sortir. Dans l’Evangile de ce dimanche, c’est le dernier verset du passage d’évangile que nous avons entendu : Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Plutôt que de le supprimer, essayons de mieux le comprendre.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. A priori, il n’y a rien de méchant dans cette phrase, même si elle sonne comme un avertissement. Et c’est peut-être là son premier danger. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette citation peut entraîner une certaine paresse humaine ou spirituelle. N’est-ce pas, si je ne fais rien, je ne fais rien de travers et donc je ne risque rien. Or, Jésus ne nous demande pas de ne rien faire ; il nous demande de veiller à la manière dont nous faisons les choses. Ce que Jésus met en cause, ce ne sont pas les personnes qui agissent, qui commandent, qui ont en charge une responsabilité qui les place aux avant-postes. Non, ce que Jésus met en cause, c’est la manière dont elles s’acquittent de cette charge. Pour Jésus, tout commandement, toute fonction à la tête d’une organisation, d’une cité, d’une Eglise, est d’abord un service à rendre à tous. Il s’agit de ne pas se gonfler d’orgueil ; il s’agit de ne pas se transformer en petit chef, exigeant avec les autres et très peu pour soi. Monter en première ligne parce qu’il y a un service à rendre et non pour briller ou pour écraser les autres. L’exercice de l’autorité est toujours un service de la communauté humaine ou spirituelle à laquelle j’appartiens.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase, mal comprise, peut aussi en inciter certains à ne jamais se reconnaître de mérite, à refuser toute promotion, à refuser toute ambition. C’est un second danger. Refuser tout ce qui pourrait être risqué pour moi mais utile pour les autres. Surtout ne pas se faire remarquer. Pour vivre heureux, vivons cacher. N’est-ce pas, si les autres ne me voient pas, je ne risque rien ! Elémentaire, mon cher Watson ! Ce genre de compréhension a été fatal, me semble-t-il, dans certains milieux. L’ambition était toujours suspectée, la réussite mal vue. Or une saine ambition est nécessaire et même souhaitable. Sans cela, notre société n’évoluerait pas, et chacun resterait sagement à sa place, sans mettre en œuvre les talents que Dieu lui a confiés. Ce serait aussi reconnaître que l’homme ne peut pas progresser et nous aurions tôt fait de séparer le monde en classes auxquelles nous appartiendrions par notre naissance et jusqu’à notre mort. Les riches sont condamnés à rester riches et les pauvres à rester pauvres ; qu’ils n’essaient même pas de s’en sortir. L’affirmation de Jésus ne vise pas le désir de changer le monde. Au contraire, nous devons tous nous engager pour élever l’humanité, lui permettre de grandir et d’offrir à tous les mêmes chances, un même bonheur, une même fraternité. Non vraiment, Jésus ne s’oppose pas à une saine ambition au service d’un mieux être pour tous.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Avertissant d’un changement de mentalité nécessaire, cette phrase de Jésus est peut-être d’abord une invitation à l’imiter. Lui qui, tout en restant l’image même de Dieu n’a pas voulu revendiquer d’être pareil à Dieu. Au contraire, il s’est anéanti, devenant l’image même du serviteur et se faisant semblable aux hommes… Il s’est abaissé, et dans son obéissance, il est allé jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout (Ph 2). Dans l’agir de Jésus, la seule ambition est le salut des hommes ; dans l’agir de Jésus, la seule autorité est celle de l’amour offert ; dans l’agir de Jésus, la seule priorité c’est l’autre. Quand il en sera devenu ainsi pour nous, nous n’aurons plus besoin de cet avertissement de Jésus, car nous tiendrons notre juste place, celle où Dieu nous veut, pour transformer avec lui le monde, pour changer avec lui le cœur des hommes.

Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Dangereuse si mal comprise, cette affirmation de Jésus est une invitation à toujours mieux servir, à toujours mieux être attentif à ce que Dieu attend de nous pour un meilleur service des autres. En nous mettant à l’école du Christ, notre seul Maître, nous pourrons progresser dans notre vie humaine, sociale et spirituelle sans craindre d’être un jour abaissé. Loin d’être un encouragement à la paresse ou à la peur du risque, elle est plutôt encouragement à aimer mieux, à servir mieux, à accueillir mieux la sainteté que Dieu lui-même nous offre. Il n’y a pas de mal à mieux aimer ; il n’y a pas de mal à mieux servir ; il n’y a pas de mal à être plus saints. Bien au contraire ! Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)