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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 14 août 2022

Assomption - 15 août 2022

 Une fête qui nous parle de Dieu et de nous.



Fra Angelico, Couronnement de la Vierge Marie
vers 1434-1435, Galerie des Offices, Florence, Italie


            De qui nous parle cette fête de l’Assomption ? De Marie, me répondrez-vous, car tout le monde sait encore à peu près que l’Assomption est une fête mariale. Je reposerai alors ma question avec plus d’insistance : de qui nous parle encore cette fête de l’Assomption ? La réponse est double, comme toujours avec les fêtes mariales : elle nous parle de Dieu, elle nous parle de nous. Si elle ne le faisait pas, elle n’aurait rien à nous dire, rien à nous apprendre, cette fête du milieu d’été. 

            La fête de l’Assomption nous parle donc d’abord de Dieu. De Dieu qui a toujours eu l’initiative dans la vie de Marie. Toute la théologie mariale en convient. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle était particulièrement sainte, mais parce que, dès sa conception, Dieu l’a préservée du péché. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle a dit oui ; elle a dit oui parce que Dieu l’avait approchée pour lui proposer de participer à son projet de salut en accueillant Jésus dans son sein. En ce jour où nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, n’oublions pas Dieu qui a l’initiative de cette originalité, par souci de continuité de son œuvre en faveur de celle qu’il a choisie depuis le commencement pour être la Mère de son Fils. Il n’eut pas été logique que Marie, à sa mort, soit dégradée par la mise au tombeau. La dégradation du tombeau est la conséquence de notre péché. Marie ayant été préservée du péché depuis sa conception, il eut été parfaitement incongru qu’elle soit subitement soumise à la loi de tous les pécheurs. Elle est donc élevée corps et âme auprès de Dieu, vivant sa Pâque dans la continuité de la Pâque de son Fils, elle qui a toujours vécu des grâces venant de son Fils. A moins de faire de Dieu un inconséquent, il ne pouvait pas en être autrement. Vous ne préservez pas tout au long d’une vie votre chef d’œuvre pour le détruire soudainement, en un instant, sans qu’il n’y ait aucune faute de sa part. L’Assomption nous prouve, si besoin était, la réalité de l’œuvre de Dieu en faveur de l’humanité, une œuvre bonne, une œuvre qui mène à la vie. Elle nous montre la cohérence de Dieu dans ses actions envers Marie. Elle nous redit enfin l’amour de Dieu en faveur de l’humanité tout entière que Marie représente. 

            C’est pour cela que la fête de l’Assomption nous parle aussi de nous. Certes, nous ne sommes pas créés sans péché à l’image de Marie. Mais nous sommes, par notre baptême, invités à rejeter le péché hors de notre vie, pour vivre une communion parfaite avec le Christ qui nous sauve. L’élévation dans la gloire de Marie nous annonce notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toujours ; nous sommes faits pour partager avec lui la gloire du Royaume. Ça n’ira peut-être pas aussi vite que pour Marie, mais c’est le but ultime de notre vie. Dieu nous veut avec lui pour toute éternité. Nous le savions depuis Pâques et la résurrection du Christ d’entre les morts. Avec l’exemple de Marie entrée dans la gloire de Dieu, nous savons désormais que ce n’est pas une promesse vaine, que ce n’est pas irréalisable par Dieu pour nous. Ce qui est immédiatement possible pour Marie sera notre avenir un jour. Nous serons appelés à vivre pour Dieu, en Dieu, avec Dieu ; que cela ne fasse pas l’ombre d’un doute dans notre esprit. Et à cet appel nous concernant, si notre esprit n’est pas totalement obscurci par le péché, nous répondrons Oui, comme Marie a toujours répondu Oui aux appels de Dieu. En suivant en toute chose la voie de son Fils, elle nous montre la voie à suivre pour parvenir où elle est désormais : cette voie, c’est suivre ce même Fils, en toute chose, tout au long de notre vie. Ainsi notre vie, petit à petit, deviendra un Oui, notre Oui à Dieu. Et Dieu pourra réaliser en nous les merveilles qu’il a réalisées pour sa servante qu’il accueille aujourd’hui dans sa gloire. 

            Alors chantez Marie aujourd’hui si cela vous plaît. Mais chantez surtout la grandeur et l’amour de Dieu pour les hommes, lui qui a offert son Fils pour nous faire entrer dans sa vie. Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour que nous puissions ressusciter à notre tour, forts de sa victoire sur le Mal, le Péché et la Mort. Marie, dans son Assomption, nous montre la réalité de cette œuvre. Elle a chanté cette réalité dans son Magnificat : Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. Que cette promesse devienne définitivement notre espérance et l’unique but de notre vie. Amen.


samedi 18 décembre 2021

4ème dimanche de l'Avent C - 19 décembre 2021

 Avec Marie et Elisabeth, accueillir Celui qui vient.





            En ce dernier dimanche de l’Avent, nous croisons la route de Marie et de sa cousine Elisabeth, deux autres figures de ce temps de préparation à Noël. Marie, cela va de soi puisqu’elle a été appelée à être la Mère du Fils de Dieu ; que nous la rencontrions durant l’Avent n’a donc rien d’extraordinaire. Elisabeth, sa cousine, enceinte dans sa vieillesse de Jean le Baptiste, c’est déjà moins commun. Ni elle, ni le fils dont elle est enceinte, ne jouent un rôle prépondérant dans ce temps de gestation. La mission de Jean le Baptiste, personne n’y pense encore. Et pourtant… 

            Cette scène de la Visitation est comme un passage de témoin entre la vieille Elisabeth, la figure de la Première Alliance et Marie, la figure par qui la Nouvelle Alliance peut émerger. Cette rencontre pourrait s’appeler : quand l’Ancien Testament rencontre, par avance, le Nouveau Testament. Ces deux femmes, l’une jeune, l’autre vieille, toutes deux enceintes « miraculeusement », se rencontrent au moment précis où l’Histoire des hommes va basculer vers quelque chose de neuf. Luc ne s’y trompe pas quand il rapporte l’événement. Au-delà de la joie d’Elisabeth de rencontrer sa cousine, il y a une autre rencontre qui se joue déjà, celle entre les deux cousins : Jésus et Jean le Baptiste : Lorsque tes paroles de salutations sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Si les tableaux occidentaux représentent cette scène par deux femmes se saluant, les icônes de nos frères orthodoxes vont quelquefois jusqu’à représenter les deux cousins dans le sein de leur mère respective, Jean s’inclinant profondément devant le Christ. Au-delà de la visite de courtoisie, c’est une visite hautement théologique qui se déroule sous nos yeux. Le discours d’Elisabeth ne laisse aucun doute à ce sujet : D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?... Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Rappelons ici que Marie et Elisabeth ne se sont échangées ni appel téléphonique, ni sms pour se partager la bonne nouvelle. Et pourtant Elisabeth est capable de reconnaître et de reconstituer ce qui s’est joué à l’Annonciation : un ange envoyé par Dieu annonçant à Marie sa maternité prochaine et l’acceptation par celle-ci de ce projet divin. Elle a compris « instinctivement » ce que Joseph n’avait pas su comprendre quand il avait formulé le projet de répudier sa promise en secret.

            Cette visitation achève de rappeler aux hommes que le Maître de l’Histoire, c’est Dieu. Elle rappelle aux hommes que Dieu fait comprendre son dessein de salut à qui il veut bien le révéler. Elle nous dit aussi que chacun, quel que soit son âge, peut vivre une fidélité à Dieu telle, qu’il peut sans crainte entrer dans le projet que Dieu porte pour lui. Ni Marie, ni Elisabeth n’ont sans doute saisi d’emblée la portée de ce qu’elles étaient invitées à vivre, mais toutes deux ont accepté, toutes deux ont cru. Si l’on rapproche alors leur attitude de celle des époux, Joseph, le charpentier pour Marie et Zacharie, le prêtre, pour Elisabeth, on pourrait même en déduire que les femmes ont un avantage certain. Non pas qu’elles soient plus crédules, mais certainement plus attentives à la dimension spirituelle de notre existence. Elles semblent comprendre plus vite quand Dieu fait irruption dans leur vie. Cette Visitation nous rappelle enfin que Dieu accomplit ses promesses. Il tient parole. Il ne fait pas de promesse pour nous endormir ou nous rassurer ; quand Dieu promet, il s’engage ; quand Dieu promet, il réalise. Son projet de sauver tous les hommes, le moment est venu de le réaliser, et c’est ce Fils qui grandit dans le sein de Marie qui en sera l’acteur principal. Le temps de l’accomplissement a commencé. Marie l’incarne, Elisabeth le reconnaît et le proclame. 

            Au-delà du souvenir d’une visite ancienne pour nous, ce passage d’Evangile nous interroge forcément sur notre rapport à la promesse que Dieu nous fait de nous sauver. Sommes-nous dans la confiance comme Marie et Elisabeth ou remplis de doute comme Joseph et Zacharie ? Acceptons-nous, comme ces deux femmes, d’être des acteurs de la réalisation de ce salut, ou attendons-nous que les événements se passent, sans trop nous mouiller, juste assez pour être sauvés ? De Marie et Elisabeth, nous pouvons apprendre à accueillir dans la confiance Celui qui vient. Si l’on peut considérer qu’il vient bouleverser notre vie, nous pouvons aussi considérer qu’il vient la rendre plus belle : la joie de Marie et d’Elisabeth peuvent nous en convaincre. Avec elles, entrons dans le projet de Dieu ; avec elles, réjouissons-nous de celui qui vient. Il vient faire toute chose nouvelle ; il vient inaugurer un monde nouveau. Heureux sommes-nous de croire, nous aussi, à l’accomplissement des paroles qui furent dites aux hommes de la part du Seigneur. Amen.

dimanche 18 mars 2018

05ème dimanche de Carême B - 18 mars 2018

Connaître Dieu pour être sauvé.






Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. Telle est la promesse faite par Dieu lui-même à son prophète Jérémie. Telle est la promesse que nous pouvons voir s’accomplir pour nous alors que notre carême entre dans sa dernière ligne droite, avant la grande semaine qui nous fera revivre les derniers jours du Christ. Car si l’Eglise nous offre chaque année cinq semaines pour nous préparer aux fêtes pascales, c’est bien pour que nous puissions approfondir notre foi et ainsi mieux connaître celui en qui nous mettons notre confiance.  

Quand cette promesse est faite à Jérémie, le peuple que Dieu s’est choisi ne traverse pas la période la plus glorieuse de son histoire. Au contraire, après des années de décisions politiques désastreuses, combinées à des années d’éloignement progressif de Dieu, le prophète du Seigneur a annoncé la ruine de Jérusalem. Le peuple connaîtra la déportation en terre étrangère ; il ne restera rien de la grandeur passée ; Dieu lui-même semblera avoir oublié son peuple. Et pourtant, avant même que tout cela n’arrive, voici que Dieu fait une promesse : une nouvelle alliance, qui permettra à chacun de connaître Dieu personnellement et qui se traduira par le pardon des péchés. Le peuple de Dieu pourra vivre l’exil soit comme un désastre soit comme un temps de purification en vue du retour en grâce devant Dieu. Quand la colère de Dieu semble se déchainer, sa miséricorde n’est jamais loin, déjà à l’œuvre pour que l’homme puisse vivre encore, malgré tout !  

Voyez-vous, le salut de l’homme, c’est la grande affaire de Dieu, la seule qui doit l’empêcher de dormir, si tant est que Dieu dorme ! Il ne peut se satisfaire d’un homme qui s’en va à sa perte. N’oubliez pas que c’est lui qui a créé l’homme, à son image et à sa ressemblance. En lui donnant la vie, il s’est engagé envers lui. Toute l’histoire biblique en témoigne. Il a même offert son Fils unique, Jésus, pour que l’homme retrouve le chemin vers le cœur de Dieu. Jésus est celui qui réalise la nouvelle alliance en son propre sang : la prière d’ouverture de la messe de ce dimanche nous rappelait fort justement que le Christ a donné sa vie par amour pour le monde, et la lettre aux Hébreux qu’il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Il est celui que nous devons suivre. Il est celui que nous devons écouter. Il est le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte beaucoup de fruits. Pour reprendre encore la prière d’ouverture, il est celui dont nous devons imiter avec joie la charité 

N’est-ce pas là le meilleur moyen de connaître Dieu par le cœur : en imitant sa charité, en imitant l’amour débordant de son cœur ? Tout le carême tend vers cela ; nos attentions renouvelées aux autres, notre prière réveillée, une participation plus consciente aux sacrements, voilà les moyens pour connaître mieux notre Dieu, les moyens de remplir notre part de cette alliance nouvelle que Jésus a signé de sa vie. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous vivons de son amour, lorsque nous portons attention à celui qui croise notre route, lorsque nous sortons de nous-mêmes pour construire avec tous un monde plus juste et fraternel. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous nous engageons pour le respect de la vie à tous les stades de son évolution. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous nous engageons pour la sauvegarde de notre planète. Nous sommes les fruits nombreux qu’il porte lorsque nous faisons grandir en nous et autour de nous sa vie offerte.  

Ce n’est pas en vain que nous avons été invités à un renouvellement de la vie spirituelle : pour accueillir les grâces des fêtes pascales, il nous faut ce temps de préparation, ce temps de redécouverte de Dieu, de son amour pour nous, de la puissance de son pardon. Il en va de notre retour en grâce, du pardon de nos péchés, de notre vie avec Dieu, pour aujourd’hui et jusque dans l’éternité. Amen.


dimanche 12 mars 2017

02ème dimanche de Carême A - 12 mars 2017

A cause de son projet à lui et de sa grâce !




Reconnaissons-le : il y a, dans la présentation que certains peuvent faire du Carême, une notion qui peut nous décourager si elle est mal comprise, la notion d’effort à faire. Aussi loin que je me souvienne, chaque année, les catéchistes nous parlaient des efforts à faire, des choses dont il fallait se priver, d’un truc à trouver pour montrer vraiment que nous voulions être amis de Jésus. Le plus décourageant, c’est que, quel que soit l’effort choisi, il semblait ne jamais suffire, puisqu’il fallait sans cesse recommencer, en trouver un autre l’année suivante. Cela semblait un cercle infernal, sans fin. Est-ce mon effort qui n’est pas bon ou bien Dieu qui est difficile à satisfaire ? Comment sortir de cette impasse ? 
 
Cela m’aura pris du temps pour trouver une issue et laisser là les improbables efforts de Carême. Il aura simplement fallu que je comprenne que Jésus n’attendait pas tant de moi que je renonce à des choses, mais plutôt que je fasse le bon choix. Et le bon choix, c’est lui. Tant que vous regarderez ce que vous devez quitter pour plaire à Jésus, vous serez dans une impasse. Mais dès lors que vous regardez Jésus que vous gagnez, tout le reste ne vous semble que des balayures, des riens que vous laissez volontiers pour ce trésor qu’est l’amour du Christ pour vous. Autrement dit, et pour être vraiment clair, Dieu n’attend pas d’abord des preuves de notre amour pour lui, mais plutôt une preuve que nous nous laissons aimer de lui, que nous accueillons son amour dans nos vies. N’est-ce pas là ce qu’explique Paul à Timothée lorsqu’il écrit que Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ? Ce qui est premier, ce ne sont pas nos efforts, mais l’amour de Dieu pour nous, le projet d’amour que Dieu porte pour chacun. Quiconque a découvert ce projet pour lui ne peut résister ; il se laisse embarquer par Dieu, il se laisse saisir par son amour ; et ce qui semblait effort irréalisable auparavant, devient réponse amoureuse à un projet qui nous dépasse et qui nous conduit à la joie véritable. 
 
Regardez Abram lorsqu’il est choisi et appelé par Dieu. Nous ne savons rien de lui lorsque Dieu l’appelle, ni son âge, ni sa vie antérieure. Nous ne savons pas s’il a été bon, ni ce qu’il fait pour gagner sa vie. Nous ne savons même pas s’il connaissait Dieu, s’il avait l’habitude de converser avec lui. Nous savons juste que Dieu est à l’initiative d’une rencontre, à l’initiative d’un projet, et qu’Abram se lance, sans poser de question. Il ne sait pas où il doit aller, ni pourquoi la bénédiction de Dieu ne peut se réaliser que là-bas, ailleurs, au loin. Après tout, il aurait pu objecter que l’endroit où il vivait n’était pas mal non plus, et que si Dieu voulait le bénir, il pourrait bien le faire ici, où il a toute sa famille, toute sa parenté, toute sa vie. Mais voilà, quand Dieu saisit Abram, toute la vie de celui-ci est désormais en Dieu, et son bonheur ne pourra être que dans la réalisation du projet que Dieu porte pour lui. Et si pour cela il faut partir, eh bien Abram part. il renonce à tout son passé pour un avenir fait de promesses. 
 
C’est cela le temps du Carême : une mise en route par Dieu vers l’accomplissement d’une promesse. Et cette promesse n’est rien moins que notre vie, notre bonheur, notre avenir. En suivant Dieu, en nous laissant aimer de lui, nous ne quittons rien, nous ne perdons rien ; nous gagnons tout ! Et c’est cela qu’il nous faut comprendre. Dieu nous offre tout dès lors que nous répondons oui à son appel. Dieu nous offre sa vie dès lors que nous lui faisons une place dans la nôtre. En vivant avec Dieu, nous comprendrons vite  qu’il y a des choses d’avant qui ne sont pas à leur place, et nous les abandonnerons, volontiers et sans effort, parce que ce que nous gagnons est bien plus fort que ces choses, bien plus beau, bien plus apte à remplir notre vie et lui donner sens. 
 
N’est-ce pas l’expérience que font Pierre, Jacques et Jean au jour de la transfiguration ? Juste avant cet épisode, Jésus avait annoncé à ses disciples qu’il allait être livré et condamné à mourir. Il avait aussi annoncé à ses amis qu’il leur faudrait prendre à leur tour leur croix et le suivre (les fameux efforts à faire !). Peut-être les a-t-il senti désorientés, un peu perdu devant tant de choses à digérer. Alors, l’espace d’un instant, à trois d’entre eux, il se révèle tel qu’il est depuis toujours et tel qu’il sera pour toujours : dans la gloire de Dieu lui-même. A ceux à qui il vient de demander de prendre leur croix, il révèle le but, ce qu’ils ont à gagner à le suivre sur ce chemin certes exigeant : rien moins que la vie dans la gloire avec le Christ, leur maître. Je ne dis pas que cela rend la croix plus supportable, mais cela éclaire d’un jour nouveau le chemin à parcourir ; cela donne de la force et de l’espérance dans les difficultés. Cela redit le projet de Dieu pour tous et pour chacun et nous rappelle qu’il nous donne la grâce nécessaire pour le réaliser. 
 
Ne faisons donc pas des efforts de carême pour faire des efforts de carême ; mais faisons une place plus grande au Christ qui vient nous sauver. Accueillons sa grâce, accueillons sa vie en nous et nous n’aurons plus qu’une envie : lui laisser toute la place nécessaire pour que ce ne soit plus nous, ni le Mal, ni nos passions, mais lui qui vive en nous, aujourd’hui et toujours. Parce que tel est son projet à lui, tel est son amour pour nous. Amen.

dimanche 11 décembre 2016

03ème dimanche de l'Avent A - 11 décembre 2016

Il y a comme un parfum de joie...





Il y a comme un parfum de joie qui flotte sur la liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent. Il suffit de relire la prophétie d’Isaïe donnée en première lecture pour s’en convaincre. Il y a comme un parfum de joie qui nous rassemble ce matin en cette chapelle autour de Victor qui recevra dans un instant le sacrement du baptême. Ce parfum de joie est la trace du passage de Dieu au cœur de notre vie. 
 
Relisons le prophète Isaïe. La joie est présente dès le premier verset entendu : le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! Ce n’est pas à une petite joie qu’invite le prophète ; ce n’est pas à une joie passagère qu’il nous convie. C’est une vraie joie qu’il nous propose, une de ces joies qui ne vous quitte plus jamais. La cause de cette joie ? Le Seigneur qui vient pour faire œuvre de salut. Voici votre Dieu : il vient lui-même et va vous sauver. C’est tout l’avenir d’un peuple qui s’ouvre à nouveau. C’est toute l’espérance d’un peuple qui va être comblée. C’est tout ce qu’attendaient les hommes qui s’étaient imaginés que Dieu les avait abandonnés. Ils étaient réduits à néant, à n’être qu’un désert aride ; les voici promis à une nouvelle vie, à la beauté d’une rose qui refleurit. La promesse de salut faite par Dieu va se réaliser et elle se traduit non seulement par du mieux, mais d’abord par du neuf. Quand Dieu intervient en faveur des hommes, c’est pour leur rendre ce qu’ils avaient perdu et le magnifier encore. 
 
            C’est exactement ce qui va se passer pour Victor dans un moment. Par le sacrement du baptême, Dieu va l’adopter, en faire son fils et lui ouvrir une vie de sauvé ! L’encouragement donné par le prophète Isaïe (Soyez forts, ne craignez pas) s’adresse particulièrement à Victor ce matin. Sois fort, Victor et ne crains pas ; aujourd’hui Dieu notre Père entre dans ta vie ; rien ne pourra jamais te séparer de lui. Il vient te sauver, te libérer de cette capacité qu’ont les hommes à faire le mal. Avec lui, tu pourras vaincre ; avec lui, tu pourras vivre libre. L’eau du baptême va couler en toi comme une source vivifiante et l’huile du salut te donnera la force de l’Esprit Saint, seule capable de vaincre le Mal et la Mort même. Ta jeune vie prend un nouveau départ, une nouvelle dimension. Te voilà mis à la hauteur de Dieu lui-même. Ta joie est en lui ; ta vie vient de lui ; ton avenir est avec lui. Aujourd’hui accueille-le ; durant toute ta vie, découvre-le ! Sois un témoin de son amour pour tous les hommes et porte-leur la bonne odeur du Christ, seul Sauveur, seul avenir pour une humanité qui se divise et se déchire. Ce parfum de joie qui inonde notre liturgie, respire-le à pleins poumons ; qu’il devienne le signe par lequel les autres sauront que tu es à Dieu et que tu vis selon l’Evangile de son Fils. 
 
            Quant à nous qui sommes croyants de plus longue date, que ce baptême fasse resurgir en nous la source dans laquelle nous avons été plongés ; qu’elle nous redonne joie, confiance et espérance. Celui qui nous a appelés à la vie va venir ; Dieu l’a promis, il est fidèle à sa parole. Ne sentez-vous pas déjà la bonne odeur du Christ qui vient faire toute chose nouvelle ?

samedi 6 août 2016

19ème dimanche ordinaire C - 07 août 2016

La vie de foi, une vie en tension.






Nous reprenons, et pour quatre semaine, la lecture de la lettre aux Hébreux. Un écrit difficile à appréhender pour beaucoup, mais qu’il ne faudrait pas pour autant mettre de côté. Le passage que nous venons d’entendre en seconde lecture, est tout à fait fondamental ; il nous permet de comprendre ce qui fait l’unité de nos textes sacrés et la continuité de l’œuvre du salut entreprise par Dieu depuis l’appel d’Abraham jusqu’à son merveilleux accomplissement en Jésus Christ. 
 
Deux mots caractérisent la démarche d’Abraham : la promesse et la foi. La promesse, c’est l’engagement de Dieu envers ce vieillard qu’il appelle et met en route ; il aura une terre, il aura une descendance innombrable. Pourtant, nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, Abraham vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte. Bien qu’il soit arrivé au lieu promis, il vit dans l’attente constante d’un ailleurs encore à acquérir. Ce n’est pas un manque de foi qui l’empêche de reconnaître, dans cette terre où il arrive, la Terre promise. Il a bien conscience d’être sur la terre que Dieu lui a promise ; mais il sait aussi qu’elle n’est qu’une image de la vraie Terre promise qu’il attend encore. Sa foi lui fait donc entrevoir que ce bout de terre n’est qu’un avant-goût de la réalisation pleine et entière de la promesse faite par Dieu. C’est bien cela qui lui permet d’offrir son fils unique en offrande à Dieu lorsque le sacrifice d’Isaac est réclamé, parce qu’il sait, dans sa foi, que Dieu peut tout dans cette Terre attendue, même ressusciter les morts. Abraham montre bien ce qu’affirme l’auteur de la lettre au début du chapitre 11 : la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. A partir d’une promesse, Abraham s’est mis en route ; par sa foi, il a vu ce qu’il espérait et qu’il ne verrait que par-delà la mort (le Royaume de Dieu) ; son espérance lui a donné de vivre comme s’il y était déjà. 
 
Ce sont cette même promesse et cette même foi qui traversent tous les textes bibliques, l’Ancien et le Nouveau Testament et qui font leur unité. Abraham et sa descendance sont bien nos pères dans la foi. Matthieu ne s’y trompe pas, lui qui inaugure son évangile par la généalogie de Jésus, montrant bien ainsi la continuité entre la foi d’Israël et la foi chrétienne. Cette dernière ne se substitue pas à la première, elle la prolonge, et pour nous chrétiens, elle l’accomplit parfaitement. En Jésus, la promesse faite à Abraham, et toutes les promesses contenues dans le Premier Testament, sont accomplies, réalisées en ce fils unique, mort et ressuscité. Il reste maintenant à ces promesses de se réaliser dans nos propres vies. Avec Abraham, nous sommes héritiers des promesses ; comme Abraham, nous avons à vivre dans la foi et l’espérance de leur accomplissement. Certes, Jésus a déjà vaincu la mort et le péché une fois pour toutes ; mais nous vivons dans la tension que cette réalité s’accomplisse désormais en nous. Marqués par le péché et la mort, nous devons vivre dans la foi (posséder cette vie éternelle que nous espérons encore) pour que parvenions, nous aussi, au Royaume où Dieu nous attend. La victoire est à nous, en Jésus, premier-né d’entre les morts : c’est une certitude. Mais cela ne nous dispense pas de livrer le bon combat et participer ainsi pleinement à cette victoire. Nous ne sommes, nous aussi, que des étrangers et des voyageurs sur cette terre, en attendant de parvenir à la Jérusalem nouvelle où Dieu sera tout en tous. Comme Abraham, nous avons notre pèlerinage à accomplir sur cette terre. 
 
Notre foi, ce n’est pas d’abord quelques mots prononcés au cours de la messe ; notre foi, c’est d’abord un art de vivre, tendu vers un monde toujours à attendre, tendu vers un Christ toujours à accueillir, tendu vers des frères toujours à servir et à aimer. Toute notre eucharistie est vécue dans cette tension : nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. Un jour, nous la vivrons dans la gloire du Royaume. En attendant ce jour, vivons dans la certitude d’être sauvés, vivons en nous revêtant chaque jour de la bonne tenue : celle du service et l’amour de tous. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

jeudi 5 mai 2016

Ascension C - 05 mai 2016

Pâques : quand Jésus retourne chez son Père !





On l’aurait presque oublié avec tous ces récits d’apparition qui nous ont été donnés à méditer depuis Pâques : Christ n’est pas ressuscité pour revenir vivre sa vie dans ce monde ; il est ressuscité pour partager la gloire de son Père, pour être celui qui nous montre la voie vers cette Jérusalem nouvelle dont nous parle le livre de l’Apocalypse. Il fallait donc qu’il quitte ce monde où nous vivons pour entrer véritablement et définitivement dans le monde de Dieu.
 
On aurait presque oublié tout cela si la fête de l’Ascension qui nous rassemble ne venait nous le rappeler. Aujourd’hui, nous célébrons le Christ qui s’élève vers les cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu. C’est de là que, désormais, il veille sur nous ; c’est de là aussi qu’il enverra ce que son Père a promis (…), une puissance venue d’en-haut. Il faut bien comprendre ceci : le Christ ne nous abandonne pas, il réalise pleinement l’œuvre qu’il avait à accomplir. La résurrection n’était pas son retour sur terre, au milieu des siens ; elle est et sera pour toujours sa victoire sur les forces de morts qui nous empêchent de vivre libres ; elle sera le premier acte de l’accomplissement de notre salut. La Jérusalem nouvelle, ce n’est pas un rêve : c’est notre but. La vie avec Dieu pour toujours, ce n’est pas quelques mots gentils pour nous rassurer : c’est une promesse appelée à se réaliser. 
 
On l’aurait presque oublié, mais Jésus devait partir, quitter ce monde qui passe. Il nous l’avait annoncé, mais comme souvent, nous avions oublié. Il l’avait dit à Marie-Madeleine au jour de Pâques quand, l’ayant enfin reconnu, elle veut se saisir de lui : ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Pâques, mort et résurrection du Christ qui va vers le Père, met fin à notre prétention de vouloir posséder Dieu, à vouloir le garder pour nous seul. Garder le Christ au cœur de notre vie, ce n’est pas l’enfermer dans notre vie, mais garder vivant le souvenir de sa Parole, tenir pour acquise sa présence en nous depuis notre baptême par la puissance de son Esprit et vivre conformément à son enseignement. Pour découvrir le Christ véritable, il nous faut lâcher le Jésus de l’histoire, ne pas nous crisper sur ce que nous pensions savoir de lui quand il cheminait au milieu des hommes. Pour découvrir le Christ véritable, il nous faut passer avec lui de ce monde à son Père, en vivant dès ici-bas comme si nous étions déjà avec lui là-haut. 
 
On l’aurait presque oublié, mais la mort et la résurrection de Jésus, ce n’est pas une réincarnation ; ce n’est pas un éternel recommencement d’une vie insatisfaisante ou trop courte, mais bien une vie nouvelle qui est inaugurée pour nous tous, une vie qui n’aura jamais de fin, une vie en présence de Dieu pour toute éternité. Réjouissons-nous : l’Ascension atteste que cette vie éternelle existe, que le Royaume n’est pas une illusion et que notre vie a un sens : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, comme Jésus ressuscité. Nous sommes appelés à dépasser ce monde qui passe pour entrer dans le monde de Dieu. C’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire.
 
En cette fête de l’Ascension qui nous rappelle notre destinée, avec les disciples qui ont vu Jésus s’en aller vers son Père, soyons en grande joie ; avec les disciples, rendons gloire à Dieu et bénissons-le. Amen.
 
(L'Ascension, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

vendredi 25 mars 2016

Vendredi Saint - 25 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu par une vie donnée.





Un prêtre qui avait passé toute sa vie au service des plus pauvres, se dépensant sans compter, avait été interrogé par des journalistes sur le sens de sa vie et l’intérêt de faire le bien sans avoir de retour. Ne craignait-il pas d’avoir raté sa vie s’il venait à découvrir que Dieu, finalement, n’existait pas ? Sa réponse fut la suivante : si Dieu existe, comme je le crois, je tiendrai ma récompense de lui ; s’il n’existe pas, comme vous semblez l’affirmer, je n’aurai pas à regretter d’avoir fait le bien ; j’aurai fait preuve d’humanité, et c’est déjà bien assez. N’est-ce pas cela qui est en jeu au moment où nous nous retrouvons pour célébrer la passion de notre Seigneur Jésus Christ ? Savoir ce qui permet de dire qu’une vie est réussie, intéressante à vivre ? 
 
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur dans le livre du prophète Isaïe. Pourtant, ce qu’il décrit de son serviteur, c’est tout, sauf une réussite à vue humaine : il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme… il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance… nous l’avons méprisé, compté pour rien. Quelle est donc cette réussite qui réduit le serviteur de Dieu à néant ? 
 
Devant le Christ crucifié, la même question vaut : l’abandon, les railleries, la souffrance, la croix : sont-ce là les signes de la réussite de la mission de Jésus ? Devant la croix, devant tant de douleur, nous pouvons nous interroger : Jésus avait-il raison d’être juste, bon, miséricordieux, proche des hommes, désirant leur vie et leur liberté ? 
 
Le Vendredi Saint n’est qu’un grand paradoxe, je vous l’accorde. Mais comme souvent, pour ne pas dire toujours, les épreuves et les échecs permettent à la vie de grandir. Si nous nous plaçons à l’époque des disciples, ce vendredi est un jour sombre, la fin de l’histoire : nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël, mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé, confesserons deux disciples rentrant chez eux à Emmaüs. Comment ne pas les rejoindre dans leur sentiment d’échec, dans leur perte d’espérance en contemplant la croix dressée ? Que devient la promesse de réussite formulée par Dieu alors que tant d’hommes se sont prononcés contre lui : les chefs des prêtres, les pharisiens et les scribes, Hérode et Pilate, et même la foule : tous l’ont condamné à une mort infâmante, tous ont signé son échec. Même Dieu s’est tu !
 
Pourtant, la première parole de Dieu que la liturgie nous livre, c’est cette promesse de réussite, cette certitude formulée par Dieu lui-même que l’échec n’est pas possible pour celui qu’il envoie. Une vie donnée aux autres ne peut simplement être exclue du monde des hommes. Jamais on a vu Dieu abandonner un de ses serviteurs : pourquoi commencerait-il avec Jésus ? Cette vie crucifiée n’est-elle pas le résultat du service auquel Jésus nous invitait hier soir ? La gloire du service ne s’affirme-t-elle pas justement dans une vie offerte, librement, jusqu’à l’extrême ? Le chemin qui mène du monde des hommes au monde de Dieu, s’il passe par le service de tous, ne suppose-t-il pas une vie totalement donnée, totalement livrée à ceux que l’on sert justement ? Y avait-il une autre issue possible dès lors que le service de tout homme devenait la route à suivre ? Le service des hommes par Dieu lui-même aurait-il été total s’il n’avait pas été jusqu’à la croix ? Sur la croix, Dieu prouve, si besoin était, que rien ne l’empêcherait de servir l’homme pour que celui-ci soit vraiment libre et vraiment vivant. La croix signe l’immense amour de Dieu pour chacun de nous ; elle réaffirme son engagement total en faveur de l’homme. Devant la croix, l’homme ne pourra que proclamer : il nous a servis et aimés jusque-là, jusqu’au don ultime de sa vie. 
 
Oui, cette vie offerte semble bien avoir été une nécessité pour Dieu et pour les hommes. Pour Dieu, parce qu’elle signe son engagement absolu au service des hommes, acceptant même de s’anéantir totalement. Pour les hommes, parce que ce jour ne saurait être le dernier jour de leur histoire. Leur monde ne s’arrête pas de tourner ; leur Dieu n’arrête pas de les aimer, quand même. Mais cela, il leur faudra un peu de temps pour s’en rendre compte. Pour ceux qui croient en Jésus, il n’y a que cette promesse pour ne pas désespérer : mon serviteur réussira ! Devant la croix et la contradiction qu’elle apporte à cette promesse, souvenons-nous de cette autre promesse de Dieu : s’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière. Amen.  

(Crucifixion, Miniature...., reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

vendredi 25 décembre 2015

Sainte nuit de Noël - 24 décembre 2015

Il est là, celui que les prophètes ont annoncé !




Après avoir écouté les prophètes Jérémie, Baruc, Sophonie et Michée, voici que retentit en cette nuit sainte un oracle du prophète Isaïe : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière : et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Rassemblés au cœur de la nuit, nous pouvons comprendre la puissance de cette annonce. A qui ne connaît que les ténèbres, l’annonce du retour de la lumière est une grande joie. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est d’abord la paix retrouvée pour un peuple qui a connu trop longtemps la guerre. Cette lumière qui se lève est pour nous aussi. Depuis quelques mois, le mot de guerre a repris sa place dans notre vocabulaire ; le déploiement des forces de l’ordre et les consignes de sécurité sans cesse répétées nous rappellent cet état d’urgence que nous vivons parce que des fous veulent mener une guerre au nom d’un Dieu dont ils ignorent la tendresse, la bonté et la miséricorde. A l’échelle de nos familles, de nos paroisses, de nos engagements sociaux divers, nous pouvons vivre des petits conflits. Cette lumière qui se lève éclaire la nuit de nos conflits et nous permet de dépasser les oppositions, de faire la paix à une petite échelle afin que puisse naître la paix à une échelle plus grande. L’enfant qui naît en cette nuit est pour nous aussi le Prince de la Paix. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est aussi la joie d’une naissance. C’est à cette naissance que nous devons la paix ; c’est à cette naissance que nous devons l’espérance d’un monde meilleur. Les noms donnés à l’enfant (Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la Paix) sont un programme de vie. Ils identifient l’avenir de cet enfant et le nôtre. Gouvernés par un tel chef, comment ne pas se réjouir ? Comment n’être pas pleins d’espérance lorsqu’un avenir commun semble à nouveau possible ? 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est la manifestation de Dieu au cœur de la vie du monde. Ce Dieu qui avait été mis de côté, rangé aux oubliettes de l’Histoire, le voici qui se manifeste. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus beau : la naissance d’un enfant. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus fragile : un nouveau-né ! Nul besoin d’avoir été soi-même parent pour sentir la joie monter en nous devant un nouveau-né porteur de promesse de vie, de paix et d’espérance. Cet enfant nouveau-né n’est pas comme les autres enfants qui ont pu naître au même moment que lui. Cet enfant est Dieu, il est la présence et la réalité de l’amour de Dieu à l’œuvre. Comprenant cela, nous comprenons aussi que plus rien, ni personne ne pourra nous enlever cette joie ; plus rien, ni personne ne pourra détruire cette paix obtenue parce que c’est Dieu lui-même qui nous la garantit ; c’est Dieu lui-même qui nous l’offre. 
 
Un enfant nouvellement né, et c’est toute notre vie qui change. Le ciel lui-même se réjouit en cette nuit. Celui que les prophètes de l’alliance première ont annoncé, le voici, couché dans une étable. Une nouvelle ère s’ouvre avec lui ; une nouvelle alliance est proclamée. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de joindre nos voix à celles des anges pour chanter la gloire du Très-Haut. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de nous émerveiller devant cet enfant nouveau-né. Nous avons bien raison, en cette nuit, de nous être déplacé pour venir là et trouver, comme les bergers jadis, celui que Dieu lui-même nous envoie. La première des choses à faire quand Dieu vient à notre rencontre, c’est bien de nous laisser déranger, fût-ce pendant la nuit, pour aller à sa rencontre. Alors oui, regardez et contemplez : Dieu s’est fait homme pour que nous puissions devenir comme Dieu ! Dieu s’est enfermé dans les limites de notre humanité pour que notre humanité puisse se dilater à la mesure de sa divinité. Dieu se fait petit pour que nous puissions grandir ! 
 
Si Dieu se fait homme pour que nous puissions devenir Dieu, alors nos rapports humains changent, parce que désormais nous découvrons Dieu en chaque humain croisant notre route. Comment pourrions-nous vivre en paix avec Dieu alors que nous sommes en guerre avec tel frère qu’il nous donne à aimer ? Le mystère de cette naissance que nous célébrons, c’est le mystère de l’amour à l’œuvre. Dieu se fait enfant parce qu’il nous aime ; Dieu se fait enfant pour que nous comprenions que nous devons aimer à notre tour du même amour. Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement une lumière qui se lève ; Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement la paix se fait ; die use fait enfant, et ce n’est plus seulement la vie qui triomphe ; Dieu se fait enfant, et c’est l’amour qui désormais veut régner entre tous. 
 
Devant tant de promesses désormais réalisées, devant tant de promesses encore à venir, réjouissons-nous et remercions Dieu de nous aimer autant. Cette nuit, il frappe à notre porte. Ouvrons-lui, car il est enfin là, celui que les prophètes ont annoncé ; ouvrons-lui et accueillons-le pour notre plus grande joie et le salut du monde. Amen.

(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 204, décembre 2003, éd. Marguerite)

samedi 13 juin 2015

11ème dimanche ordinaire B - 14 juin 2015

Voici revenu le temps de l'espérance !



Depuis le mardi qui a suivi la Pentecôte, nous sommes rendus au temps ordinaire. Certes, nous avions encore deux dimanches festifs, qui pouvaient faire illusion. Mais avec ce dimanche, c’est sûr, la longue succession de fêtes depuis Pâques est achevée : nous sommes, dimanche compris, rendus au temps ordinaire, pour de bon et pour un moment. Les vêtements du prêtre sont passés du blanc (ou de l’or) couleur de la fête, au vert, couleur de l’espérance. Et les textes de ce 11ème  dimanche du temps ordinaire nous y invitent justement, à l’espérance. 
 
Voyez Ezéchiel. Vous aurez senti, à la lecture de sa prophétie, que le peuple d’Israël n’est pas vraiment à la joie. Il est cet arbre renversé dont parle le prophète. En fait, il ne reste rien d’Israël, si ce n’est ces habitants exilés. Plus de terre, plus de Loi, plus de Dieu : ce qui faisait la fierté d’Israël et sa grandeur, a été anéanti. Certains se demandent même où est Dieu ? A-t-il été vaincu comme eux ont été vaincus ? Est-il ce grand Dieu en qui leurs pères avaient foi ? Est-il ce grand Dieu qui jadis les avait libérés d’Egypte, terre d’oppression ? Et s’il l’est, comment se fait-il qu’Israël connaisse à nouveau l’oppression, et pire encore, la déportation ? On comprend alors mieux la force de la prophétie d’Ezéchiel. Il annonce un avenir possible, grâce à Dieu. Dieu va relever cet arbre renversé, il va replanter une jeune pousse et elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. Ce n’est pas une parole en l’air, ce ne sont pas des mots prononcés parce qu’il ne sait pas dire autre chose ; c’est une promesse de Dieu. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. Voilà sur quoi appuyer l’espérance d’Israël. Ezéchiel a foi en Dieu, il sait qu’il n’a pas abandonné son peuple ; il sait que Dieu fera revivre ceux qui sont comme morts. 
 
C’est à la même espérance que Jésus invite ses auditeurs. Et il le fait à partir d’une image de plantation. Un grain de blé, une graine de moutarde ; autant dire trois fois rien. Et pourtant, l’homme qui sème espère en la puissance de vie contenue dans ces petites graines. Une fois qu’il a planté la graine, il ne peut plus qu’espérer que la nature fasse son travail. Il ne peut plus rien faire, si ce n’est arroser et éviter les mauvaises herbes. Il a prise sur des choses extérieures, mais sur la graine, plus aucune. Dès qu’elle est semée, elle a sa propre vie. L’homme ne peut qu’espérer la fécondité de ce qu’il a semé. Et le grain de blé pousse, simple herbe, puis épi, puis grains plein l’épi. De même pour la graine de moutarde : un petit rien deviendra une grande plante potagère : elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. 
 
Avons cette espérance d’Ezéchiel ? Partageons-nous l’espérance du semeur en la force de vie contenue dans ces petites graines que Dieu plante en nos cœurs ? La semence que Dieu plante, c’est d’abord sa Parole de vie ; c’est aussi sa grâce, sa présence agissante en nous. Avons-nous assez confiance en Dieu pour espérer que, de sa grâce et de sa Parole, de grandes choses peuvent surgir dans nos vies ? Avec Ezéchiel, avec le semeur, croyons-nous suffisamment que Dieu n’abandonne pas ce qu’il a semé, qu’il veille sur nous, quelles que soient les épreuves de notre vie ? La foi et l’espérance vont de pair, si bien qu’il est impossible de les séparer. Une foi sans espérance n’est rien : à quoi bon croire s’il n’y a pas d’avenir ? Une espérance sans foi ne sert à rien : à quoi bon espérer si je ne crois pas que quelqu’un rendra mon espérance vraie ?
 
Avec le temps pascal, nous avons célébré le cœur de notre foi : un Dieu plus fort que la mort même et qui nous invite à partager sa vie. Durant ce temps ordinaire retrouvé, célébrons notre espérance en l’appuyant sur cette foi au Christ ressuscité. Et nous deviendrons capables de grandes choses ; et nous verrons de grandes choses advenir. Dans l’ordinaire de nos vies, laissons le Ressuscité grandir encore, laissons sa puissance de vie nous envahir, et nous porterons fruits dans l’attente du temps de la moisson. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 27 décembre 2014

Sainte Famille - 28 décembre 2014

Au cœur de la Sainte Famille, il y a la foi !




Qu’y a-t-il de commun entre le couple formé par Abraham et Sara et le couple formé par Marie et Joseph ? La question vous semble inintéressante ? Pourtant, si la liturgie de cette fête de la sainte Famille nous les présente tous deux, c’est bien qu’il y a quelque chose qui les rapproche malgré les siècles qui les séparent ! 
 
Abraham et Sara : deux vieillards, sans enfants, à qui Dieu fait une promesse : ils auront un fils dans leur vieillesse et ce fils sera le premier d’une multitude ! Dieu promet et Abraham croit. Sa foi lui vaut d’être le père de tous les croyants. Il est l’ancêtre de Jésus, le premier d’une longue lignée qui mène au Sauveur que nous avons accueilli dans la nuit de Noël. La généalogie de Jésus que nous lisons durant le temps de l’Avent en atteste. 
 
Marie et Joseph, un couple plus jeune, qui accueille l’enfant que Dieu se donne. Ils ont cru en la parole de Dieu, ils ont laissé Dieu agir dans leur vie. Et le Oui de Marie, renforcé par le Oui de Joseph, permet le miracle de Noël. Et Dieu lui-même se fait enfant. Aujourd’hui nous retrouvons Marie et Joseph et l’Enfant, au Temple, à Jérusalem, pour l’accomplissement des rites liés à la naissance. Leur foi les a poussés à accepter le projet d’amour de Dieu pour eux, et à travers eux, pour l’humanité tout entière. Leur foi aujourd’hui, les pousse à respecter la loi de Dieu et à offrir à Dieu le sacrifice prescrit. 
 
Au Temple, un autre couple entre en jeu : Syméon et Anne. Ils sont de cette longue famille initiée par Abraham et Sara ; ils représentent toutes celles et tous ceux qui attendent la consolation d’Israël. Ils ont des paroles mystérieuses qui annoncent le destin de cet Enfant venu de Dieu. Ils représentent celles et ceux qui se conforment à Dieu et sont ainsi capables d’accueillir son envoyé et de voir le salut que Dieu prépare pour toutes les familles de la terre. Ils croient tous deux les prophéties données par Dieu à travers l’histoire de leur peuple et ils reconnaissent, en ce nouveau-né, celui que Dieu envoie pour les accomplir. Syméon reconnaît qu’il est au seuil d’un temps nouveau : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller, en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face de tous les peuples. 
 
Abraham et Sara, Marie et Joseph, Syméon et Sara : trois couples qui ont au cœur de leur vie la foi au Dieu vivant et vrai. Ils sont tous de cette sainte famille que Dieu se construit à travers le temps et l’histoire. Et à notre tour, nous sommes invités dans cette sainte famille, invités à croire que Dieu peut tout, même l’impossible comme cela fut dit à Abraham et Sara, invités à croire que Dieu vient consoler son peuple comme le chante Syméon, invités à croire que Dieu seul est digne de louange comme le proclame Anne, invités à croire que Dieu entre dans nos vies en Jésus pour servir son peuple, pour sauver son peuple comme cela fut dit à Marie et Joseph. La fête de la sainte Famille ne renvoie à nos familles que pour en souligner la foi qui doit les unir, les faire grandir et vivre. Voulons-nous entrer dans cette sainte Famille et accueillir Dieu en chaque instant de notre existence ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et vivre le projet d’amour de Dieu pour nous ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et laisser Dieu être le tout de notre vie ? Alors redisons à Dieu notre oui, proclamons notre foi, à temps et à contre-temps, à l’exemple d’Abraham et Sara, de Syméon et Anne, de Marie et Joseph et accueillons le salut qu’il nous offre en Jésus, le seul Sauveur, le seul Seigneur, aujourd’hui et dans les siècles des siècles. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 21 décembre 2013

4ème dimanche de l'Avent A - 22 décembre 2013

Dieu promet un Sauveur.




A quelques jours de la fête de Noël, nous est révélé celui qui doit venir. A travers l'annonce faite à Joseph, nous voilà précisé le nom de Celui dont nous avons préparé le chemin au long de ce temps de l’Avent. Toute l’histoire de Joseph vient nous rappeler aujourd’hui qu’il ne faut pas nous tromper sur le Messie, sur ces origines et qu’il nous faut entrer dans l’histoire du salut en acceptant une part de mystère. Nous ne saurons jamais tout sur Dieu ! 
 
Joseph, que certains qualifient souvent volontiers de « pauvre », semble subir l’histoire plus qu’il ne la contrôle. Pourtant, en acceptant le destin de son épouse (porter le Fils du Très-Haut), en recevant de Dieu le nom de son enfant et  tout ce qu’il signifie (Dieu-sauve, Dieu-avec-nous), Joseph entre dans cette histoire, en acceptant à son tour de se placer (avec sa famille) sous le regard de Dieu. Il n’est pas un simple faire-valoir, un prête-nom, l’homme indispensable pour l’état civil de Jésus. Il devient, à travers son acceptation, un collaborateur de Dieu dans l’histoire du salut. Maintenant qu’il entre à son tour dans l’Histoire, il sait ce qu’il aura à dire et à faire quand l’enfant naîtra. 
 
Le nom de l’enfant que l’ange révèle à Joseph est lourd de sens : Jésus‑Emmanuel. D’avance, toute la vie, tout le ministère de l’Enfant sont révélés à son père. Jésus, Dieu-sauve, et déjà se profile pour les hommes une espérance nouvelle. Le monde attendait un Sauveur, Israël attendait un Sauveur et voici qu’est annoncé un enfant ! Emmanuel, Dieu-avec-nous, et voilà rappelée l’alliance jadis conclue avec le peuple juif au désert. Dieu avait dit à Moïse qui lui demandait son nom : Je suis qui je suis ; je suis qui je serai, annonçant ainsi sa présence aux côtés des hommes quelle que soit leur histoire ! En Jésus, Dieu redit sa promesse d’être un Dieu Sauveur pour tous les hommes, un Dieu au cœur de l’histoire des hommes. 
 
Comme au jour de l’annonciation avec Marie, le monde voit son espérance et son salut suspendus à la réponse d’un fils d’homme. Joseph est un homme juste, nous dit saint Matthieu. Avec humilité, comme Marie, son épouse, il entre dans une histoire qui le dépasse : il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, et prit chez lui son épouse. Les premiers temps de la vie de Jésus nous montreront un homme docile à l’Esprit Saint, comme Marie, sachant affronter les épreuves que cette naissance engendrera. Grâce à Joseph, Paul pourra annoncer aux Romains, et par-delà au monde, la Bonne Nouvelle de Jésus, selon la chair, né de la race de David. En acceptant ce don de Dieu aux hommes, Joseph inscrit l’enfant à naître dans cette longue histoire du peuple que Dieu s’est choisi ; il l’inscrit dans la lignée du Roi David qui devait porter le Messie ; il l’inscrit dans cette espérance, née de l’épreuve de l’exil, que Dieu enverra un Sauveur, qui pardonnera toutes nos fautes et nous mènera à la rencontre de Dieu. 
 
A la suite de Joseph, nous sommes invités à entrer dans l’histoire du salut en reconnaissant cet enfant comme celui que Dieu envoie, en acceptant que Dieu soit Dieu, non pas à la mesure de l’homme, mais à sa mesure. Avec Joseph, nous sommes  provoqués à accepter Dieu tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Et tant pis (ou tant mieux !) s’il ne correspond pas à ce que nous imaginions. Heureux Joseph qui sait reconnaître dans sa vie la trace du passage de Dieu !  Heureux Marie et Joseph qui savent tous deux se conformer à la parole de Dieu : ils sont les premiers parents d’un monde renouvelé en leur fils. Heureux sommes-nous d’être appelés par Dieu à participer à la vie de ce peuple saint : qu’il nous accorde la grâce de reconnaître et d’accueillir le Sauveur qu’il promet. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

dimanche 2 décembre 2012

1er dimanche de l'Avent C - 02 décembre 2012

Veillez !


A nouvelle année, nouveau parcours biblique ! Et ce parcours sera marqué cette année par l’évangile de Luc. Nous ne commençons pas sa lecture par le chapitre premier, mais par cet appel de Jésus à rester éveillé. Dès le début de cette nouvelle année liturgique, nous voici donc établit veilleur. Mais qu’est au juste cet état de veille dans lequel nous sommes censés demeurer ?

Jésus nous donne une première réponse dans l’évangile : veiller, c’est rester éveillé ! Nous pourrions dire, après quelques années de pratiques liturgiques, que nous savons tout sur tout, tout sur Dieu. Plus rien ne nous surprendrait ! Cette nouvelle année liturgique ne sera différente des autres : et de fait, elle va dérouler le même temps liturgique, dans le même ordre immuable : Avent, Noël, un bout de temps ordinaire avant que nous ne plongions dans le Carême, la Semaine Sainte pour en ressortir à Pâques. Nous vivrons alors un temps pascal sur sept semaines avant de revenir à l’ordinaire… Une succession de temps et de fêtes qui ne nous dérange pas plus que cela et qui rythme notre vie religieuse et civile. Rien de neuf sous le soleil comme dirait l’ecclésiaste. Et bien non, veiller, ce n’est pas subir ainsi le temps, comme si nous n’avions sur lui aucune prise. Veiller, selon Jésus lui-même, c’est justement regarder ce temps et le vivre en y repérant les signes que Dieu nous donnera, en guettant la venue de celui qui doit venir et être prêts à l’accueillir. Il ne faut donc pas subir le temps, mais nous y engager pleinement et sans cesse donner le meilleur de nous-mêmes.

Saint Paul nous livre alors une seconde piste pour veiller justement : grandir dans l’amour fraternel. Je ne veille pas pour moi tout seul, je veille aussi sur les autres. Il s’agit bien, pour Paul, de ne pas nous reposer sur nos lauriers : vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès. Nous n’aurons jamais fini de devenir chrétiens, nous n’aurons jamais fini de l’être toujours plus. Nous n’aurons jamais fini de grandir en sainteté. C’est un état permanent, dans lequel Dieu seul peut nous maintenir. Nous comprenons alors mieux l’importance de la prière soulignée par Jésus dans l’Evangile : priez en tout temps. Tout est lié : l’amour de Dieu manifesté par nos cœurs à cœur avec lui dans la prière et l’amour des frères manifesté par une vie conforme à l’enseignement des Apôtres. Veiller, dans un esprit chrétien, c’est bien tenir le tout ensemble, sans jamais ralentir, sans jamais laisser notre foi s’affadir. Si Benoît XVI a proclamé cette année, une année de la foi, c’est peut-être parce qu’il nous faut reprendre à frais nouveau ce que nous croyons savoir, ce que nous vivons déjà et ce que nous pouvons encore améliorer. Et ce n’est pas un hasard non plus qu’elle ait commencé par un synode sur l’évangélisation qui nous a redit avec force l’urgence de vivre notre foi sérieusement pour qu’elle soit remarquable et désirable par d’autres, par ceux qui ne connaissent pas encore le Christ. Si nous vivons notre foi comme de tristes sirs, comment d’autres pourraient-ils avoir envie de venir à la foi et de la partager avec nous ?

Quand cela est posé, nous pouvons alors relire le prophète Jérémie : il nous dit pour qui nous veillons ; il nous indique le but ultime. C’est bien sûr la venue du Sauveur promis par Dieu. Ce n’est pas une promesse en l’air, nous dit le prophète : elle se réalisera. C’est pour ce jour que nous veillons, c’est ce Germe de Justice que nous attendons dans la foi. Et quand il viendra, notre monde sera transformé : droit et justice seront exercés, et nous goûterons enfin ce bonheur après lequel nous courons si souvent. La seule venue du Messie comblera toutes nos soifs, toutes nos attentes, toutes nos espérances. Dieu ne viendra pas nous punir, il viendra nous rendre heureux. Ce bonheur mérite que l’on s’y prépare par notre veille incessante.

De l’invitation de Jésus à veiller, à prier sans cesse, du rappel de Paul que Dieu seul peut nous maintenir dans la sainteté que nous sommes appelés à vivre, il ressort que notre temps de veille sera un temps avec Dieu ou ne sera pas. C’est donc vers lui que je vous invite à vous tourner toujours, dans la prière. Vous pourrez le faire en reprenant les mots du psaume 24 que nous avons chanté ensemble (Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme). Je veux le faire maintenant en votre nom avec mes propres mots :

Au moment où nous commençons une nouvelle année liturgique, Seigneur, tu nous invites à entrer en veille. Non pas à nous éteindre ou à nous reposer, mais à t’attendre activement en scrutant les signes des temps. Accorde-nous, Seigneur, de veiller à ton retour avec toute l’ardeur nécessaire. Que ce temps de l’Avent soit pour nous l’occasion de nous rapprocher de toi, le Vivant pour les siècles des siècles. Amen.


(Dessin : Détail d'un Retable de Noël, site Prions en Eglise)

vendredi 3 juin 2011

Ascension de notre Seigneur - 02 juin 2011

L'Eglise vit de l'espérance en la venue du Christ en gloire.



Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller au ciel. Cette affirmation des messagers de Dieu aux Apôtres est aujourd’hui pour nous. L’espérance du retour du Christ nous concerne. Elle est nôtre. Et quel meilleur jour que celui de l’Ascension pour réaffirmer cette espérance ?




Jésus est parti : c’était quand même prévisible depuis les événements qui se sont déroulés à Jérusalem à la veille de la Pâque qui a vu la condamnation et la crucifixion du Galiléen. Que l’on se place du côté des bourreaux ou du côté des amis de Jésus, cette histoire ne pouvait plus continuer comme avant. Du côté des bourreaux, l’histoire de Jésus prenait un terme avec sa mort. C’est définitif et radical. Du côté des amis de Jésus, si pendant un temps il en fut de même (la mort de Jésus met un terme à leur espérance), voilà que la nouvelle qui court depuis le matin de Pâques leur redonne espoir : l’histoire de Jésus ne s’arrête pas avec sa mort. Dieu l’a rendu à la vie ; Dieu nous l’a rendu ! Mais différemment ! Il est le même (c’est bien Jésus) et en même temps il n’est plus comme nous ; il vit désormais de la gloire qui était sienne depuis toute éternité ; il vit désormais dans la gloire de Dieu. Avec sa résurrection, c’est un nouveau mode de relation qui s’établit avec Jésus. La fête de l’Ascension ne fait que consacrer ce nouveau mode. Les Apôtres doivent désormais découvrir la présence de Jésus autrement que par sa réalité physique. Ils doivent vivre de cette promesse qu’il leur a faite : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Son retour vers le Père ne signifie pas qu’il les abandonne, bien au contraire.

Jésus est parti et nous attendons son retour. Cela fait 20 siècles que nous attendons. Qu’est devenue sa promesse ? Elle tient toujours. Nous vivons toujours de cette espérance qu’il reviendra dans la gloire. N’est-ce pas ce que nous chantons au cœur de chacune de nos eucharisties : Tu es venu, tu reviendras, Seigneur Jésus, nous t’attendons ; tu étais mort, tu es vivant, Seigneur Jésus sois notre vie. L’anamnèse que nous chantons nous fait réaffirmer notre espérance de voir le retour du Christ. Elle nous oblige aussi à témoigner de ce Christ, mort et ressuscité pour nous et pour tous les hommes. Elle nous oblige à participer à la venue de ce règne de Dieu, de ce retour du Christ. Notre espérance ne nous enferme pas dans une passivité, mais nous ouvre un champ d’action, nous ouvre à un monde à évangéliser pour qu’il soit en mesure de reconnaître le Christ quand il viendra dans sa gloire. Ce temps d’attente, temps de l’Eglise, doit permettre à chacun de rejoindre ce corps du Christ, puisque l’Eglise est l’accomplissement total du Christ.

Le Christ est parti et nous attendons son retour. Si l’impatience nous gagne, souvenons-nous que nous sommes les héritiers du Christ, appelés à partager sa gloire. Soyons heureux de pouvoir partager un jour cet héritage avec le plus grand nombre ; soyons heureux et empressés de le faire découvrir à d’autres pour qu’eux aussi vivent de cette espérance d’être un jour totalement avec Dieu, pour toute éternité. Amen.

(Photo: Fresque de l'Ascension, église de La Petite Pierre - Alsace)