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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 29 octobre 2022

31ème dimanche ordinaire C - 30 octobre 2022

 Quand Zachée, celui qui voulait voir, est regardé par Jésus.




(La conversion de Zachée)



            Qu’attend-t-il, Zachée, de Jésus, du haut de son arbre ? Pourquoi veut-il voir Jésus ? Est-ce un effet de simple curiosité ? Qu’a-t-il entendu ou qu’imagine-t-il à propos de Jésus, qui le pousse à faire l’enfant et à grimper sur un sycomore ? Nous ne le saurons jamais, mais cela peut nous faire réfléchir, et constater qu’il n’est pas le seul qui se contente de voir là où il aurait fallu regarder. Car ce qui se joue là est plus qu’un simple jeu de Pas vu, pas pris

            Je n’y ai pas vraiment été attentif auparavant, mais il y a bien une différence entre l’attitude de Zachée et de la foule d’un côté et celle de Jésus de l’autre. Reprenons l’histoire pour bien comprendre. Jésus passe par Jéricho ; il n’y a là rien d’extraordinaire. Des villes et des villages, il en aura parcouru quelques-uns durant son ministère. Et souvent, comme à Jéricho, une foule se presse autour de lui. Nous pouvons comprendre que Zachée ne veuille pas rater l’événement. Jésus est connu maintenant ; ses gestes, ses paroles en ont intrigué plus d’un. Et puis après tout, ce passage de Jésus devait être un événement pour beaucoup, vue la foule qui se pressait là. Ma question tient pourtant toujours, concernant Zachée : pourquoi veut-il voir Jésus ? Jésus, il faut l’entendre pour être bouleversé par son enseignement ; Jésus, il faut l’approcher pour espérer un geste, une attention, une guérison. Mais Zachée, qu’attend-t-il à vouloir juste, mais absolument, voir Jésus ? Que peut-il espérer à se cacher ainsi ? Il me fait penser à ces enfants qui vont se cacher la nuit de Noël, espérant voir le Père Noël déposer des cadeaux, mais cependant pas assez courageux pour aller vers lui. L’homme peut-il se contenter de juste voir Dieu qui passe dans sa vie ?  Zachée serait alors l’archétype de l’humanité qui veut voir sans plus s’engager. Voir, même de loin, c’est bien assez. 

            A ce petit jeu qui ne demande aucun engagement, la foule se débrouille très bien aussi. Certes, elle approche Jésus. Elle le voit bien, mais elle ne l’entend pas, elle ne le comprend pas. Quand Jésus s’invite chez Zachée, que fait-elle ? Luc nous le rapporte sans fioriture : Voyant cela, tous récriminaient : Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. La foule aussi se contente de voir. Elle s’arrête aux faits, sans chercher à comprendre, sans chercher à se laisser toucher, ni impressionner. Pourquoi se presse-t-elle autour de Jésus si c'est pour récriminer dès qu’il fait quelque chose qui peut surprendre ? Elle serait donc comme Zachée, juste intéressée par l’événementiel ? La foule serait alors l’archétype de ces hommes et de ces femmes, intéressés par la figure de Jésus, un homme extraordinaire en son temps, mais qui ne sont absolument pas intéressés par son message, par le fait qu’il soit Fils de Dieu, et qu’il invite tous les hommes à la conversion. Des lecteurs de Voici, Gala ou Closer, plutôt que de La Croix ou Le Monde. Plus intéressés par l’anecdote, le sensationnel, que par la réflexion, la prise de recul et l’analyse. 

            Entre les deux, il y a Jésus, qui lève les yeux et dit : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Il lève les yeux : c’est plus que voir ; quand on lève les yeux sur quelqu’un ou quelque chose, c’est pour le regarder, vraiment. Cela signifie que nous allons prendre du temps. Cela est renforcé par l’auto-invitation de Jésus chez Zachée. Il ne dit pas : il faut que je passe chez toi, comme en coup de vent, mais bien demeurer dans ta maison, qui suppose qu’il veut y prendre du temps. Là où les hommes ne veulent que voir, en vitesse, Jésus veut poser son regard et demeurer. Jésus ne passe pas dans nos vies pour nous voir, mais pour nous rencontrer, pour nous bouleverser, pour nous gagner à lui. Zachée ne s'y trompe pas, lui qui descend vite et reçoit Jésus avec joie. Il voulait juste voir ; eh bien il va voir ce qu’il va voir, et les autres aussi. Le fait que Jésus veuille prendre du temps avec lui, chez lui, fait ressortir le meilleur de Zachée, ce que personne n’avait osé imaginer, ce que personne n’a jamais voulu voir. Il est un homme, pécheur sans doute, comme les autres, mais un homme chez qui Jésus se plaît à aller ; il est un homme qui change dès lors que Jésus le regarde et s’intéresse à lui. Le regard de Jésus sur lui change du regard des autres sur lui, et de ce fait change le regard que Zachée lui-même porte sur lui. Il n’est plus obligé de se cacher dans un arbre ; il peut recevoir Jésus dans sa vie et avec lui, recevoir l’enseignement de Jésus qui change une vie, qui change sa vie. Voici Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Nous pouvons comprendre mieux alors la réponse de Jésus : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. 

En nous apprenant à regarder plutôt qu’à voir, Jésus nous apprend à dépasser nos jugements vite formulés. En nous apprenant à regarder plutôt qu’à voir, Jésus nous apprend à être encore mieux ses disciples. Pour regarder les autres, pour nous regarder en vérité, regardons d’abord Jésus et découvrons en lui celui qui est notre salut. Nous pourrons alors être de ceux qui révèlent ce regard de salut à celles et ceux que Dieu place sur notre route. Notre monde a plus que jamais besoin d’entendre que le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Donnons-lui à regarder des hommes et des femmes qui vivent déjà de cette espérance, et le monde se convertira. Amen.

dimanche 3 novembre 2019

31ème dimanche ordinaire C - 03 novembre 2019

Zachée, Jésus et les autres ! 






Il a un côté attachant, Zachée, à vouloir faire à tout prix ce que les autres lui refusent, voir Jésus. On ne sait rien de sa motivation profonde ; est-ce juste un peu de curiosité ? L’envie de ne pas être, encore une fois, à l’écart des autres au moment où est annoncée la venue de Jésus ? La réputation de ce prédicateur de Galilée le précède, si bien que, ne pas être sur le bord du chemin qu’il doit emprunter, ce serait être has been ! C’est l’événement mondain qu’on ne saurait manquer, Zachée encore moins que les autres. Après tout, il n’est pas n’importe qui ; il est le chef des collecteurs d’impôts, pas très aimé, pas fréquentable mais important !  S’il lui faut faire l’enfant et grimper dans un arbre, qu’à cela ne tienne. Il verra Jésus, et mieux que les autres ! 

Il a un côté surprenant Jésus, à être toujours là où on ne l’attend pas, à faire ce que les autres jugent scandaleux et à enrober le tout d’une leçon théologique pour débutants. Il est celui que Zachée voulait voir ; il est celui qui voit Zachée. Personne ne lui demandait rien, à Jésus ; il devait juste passer là, et voilà qu’il s’arrête et parle à un arbre ! Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. On dirait qu’il s’adresse à un vieux copain qu’il n’a pas vu depuis longtemps et avec qui il a hâte de prendre un repas. Comme des retrouvailles après une trop longue absence. On dirait que Jésus avait prévu tout cela : aujourd’hui il faut que… Rien d’autre à l’agenda que cette rencontre. C’est dire l’urgence et l’importance de la rencontre ; si Zachée, perché dans son sycomore, n’était pas invité à en descendre, on aurait pu parler de rencontre au sommet. Descends vite marque bien l’urgence qui est celle de Jésus. C’est l’urgence du salut de Zachée qui est ainsi exprimée par Jésus. Un peu comme s’il disait : c’est aujourd’hui ou jamais ! Quand Dieu passe dans ta vie, tu ne peux pas toujours te cacher comme jadis Adam et Eve au Paradis, après avoir transgressé l’ordre de Dieu ! Ce qui se joue ici avec Zachée, c’est le grand drame de Dieu qui passe dans la vie des hommes, et qui quelquefois échoue à les rencontrer, à les approcher, parce qu’ils sont trop bien cachés, parce qu’ils sont trop sourds à ses appels. Notre salut passera par nos oreilles et notre capacité à entendre la voix du Seigneur. Zachée en est la preuve ! 

Ils ont un côté énervant, ces éternels râleurs, jamais satisfaits de ce que fait Jésus. Voyant ce qui se joue sous leurs yeux ébahis, tous récriminaient. Pas quelques-uns, pas uniquement des scribes et des pharisiens, ses éternels contradicteurs ; non, souligne Luc : tous. Tout une ville contre un seul homme ! Et on mesure soudain la solitude qui doit être celle de Zachée à Jéricho. Pas un pour se réjouir de ce qui se passe pour lui ! Pas un pour se réjouir de voir Zachée appelé à faire partie à nouveau de la communauté humaine, de la communauté croyante. Pas un pour se dire : il en a de la chance, Zachée. Non, tous récriminent ! L’homme sait le faire, et bien le faire. C’est toujours l’autre qui a de la chance ; c’est toujours l’autre qui profite de tout ; c’est toujours l’autre qui … Ils ne se rendent même plus compte qu’ils sont avec Jésus, eux-aussi. Ils ne se rendent pas compte de ce que cela signifie pour eux le fait que Zachée, sans doute le plus grand pécheur reconnu de Jéricho, s’entende ainsi appelé par Jésus. Si Jésus appelle le plus grand des pécheurs et se réjouit d’être avec lui, ne se réjouit-il pas aussi de la présence de tous les autres ? Ils ne veulent voir que le scandale là où il n’y a que grâce ! Ils ne veulent voir que le scandale là où il n’y a qu’amour gratuit. C’est sûr, ce n’est pas la charité qui les étouffe ! 

Elle a un côté rassurant, cette rencontre entre le pécheur Zachée et le Juste Jésus. Elle nous redit que nous pouvons compter toujours sur la miséricorde de Dieu. Elle nous dit que le désir de voir Jésus qui nous anime rencontrera toujours le désir de nous sauver qui anime Jésus. Là, sur un chemin poussiéreux, sous un arbre, se joue la rencontre entre l’humanité en manque d’amour et Jésus, signe de l’immense amour de Dieu pour nous. Cette rencontre a lieu alors que Jésus se rend à Jérusalem pour y être livré, condamné et crucifié. Jéricho ne serait donc pas qu’une étape sur la route, mais un signe donné aux hommes qu’ils peuvent toujours et encore se convertir ; ils peuvent toujours et encore se réjouir avec Jésus. Le temps approche où il sera enlevé ; le temps approche où il sera trop tard. Zachée l’a compris ; les autres récriminent encore ! Pourtant, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Réjouissons-nous pour Zachée, réjouissons-nous pour nous. Ce qui est advenu pour lui peut devenir notre réalité si nous savons entendre la voix de Jésus qui nous appelle : eh toi, descends vite ; aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi ! Amen.






samedi 16 mars 2019

02ème dimanche de Carême C - 17 mars 2019

Et nous, quand verrons-nous Jésus transfiguré ?




Il y a des moments où je regrette de n’avoir pas vécu à la même époque que Pierre, Jacques et Jean. Et même des moments où je regrette même de n’avoir pas été l’un d’eux. Imaginez : être choisi par Jésus pour vivre un moment unique comme celui de la transfiguration ! Quelle chance ! Comment ne pas sentir sa foi en Jésus être renforcée ? Comment ne pas redescendre de la montagne heureux et fort ? Mais bon, vous comme moi, c’est en 2019 que nous vivons et cet épisode est loin maintenant. Nous en gardons le souvenir par les évangélistes qui ont rapporté ce que ces trois-là leur ont confié plus tard. Alors, sommes-nous définitivement privés de voir la gloire de Dieu de notre vivant ? 

Certains affirmeront : ça va venir, mais plus tard, sous-entendant que cette expérience est unique et ne se fera pour nous que par-delà la mort. Selon eux, nous ne pouvons pas, ici-bas, contempler la gloire de Dieu. S’il est vrai que nous ne connaîtrons Dieu parfaitement que lorsque nous serons appelés à vivre pleinement auprès de lui, il n’est pas vrai de dire ou de croire qu’une expérience comme celle que font Pierre, Jacques et Jean n’est pas pour nous, dès ici et maintenant. Au contraire, il n’y a pas de meilleur moment, ni de meilleur lieu que celui où nous sommes, pour vivre justement la même expérience. 

A chaque eucharistie, en effet, Jésus nous emmène, comme jadis Pierre, Jacques et Jean, sur la montagne, pour prier, c'est-à-dire pour faire une rencontre avec Dieu. L’espace sacré du chœur est ce lieu de la montagne où Dieu se révèle à nous dans sa parole lue et commentée ; il se révèle à nous également dans le pain et le vin de l’Eucharistie où sa gloire se donne en partage pour notre salut. Nous y sommes invités par le Christ, pour prier. Non pas pour faire nos dévotions personnelles, mais pour prier de la prière même de Jésus, la prière de l’Eglise qui s’unit au Christ pour rendre à Dieu la gloire qui lui revient. Au cours de la messe, nous rencontrons Dieu, seul et en Eglise. Quelquefois nous sommes comme Pierre, Jacques et Jean, accablés de sommeil, ne comprenant pas bien ce qui se passe ; mais quelquefois, nous sommes aussi comme Pierre et ses compagnons, résistant pour rester éveillé, et comprenant que quelque chose d’extraordinaire et de grandiose se joue ici. 

Oui, ici et maintenant, nous pouvons contempler la gloire du Christ ; oui, ici et maintenant, nous pouvons rencontrer Dieu lui-même qui nous redit comme jadis : celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Et lorsque nous prenons à cœur d’écouter cette parole, nous pouvons nous sentir transportés, proches de Dieu lui-même. N’avez-vous jamais eu chaud au cœur en entendant telle parole d’Evangile qui vous rejoignait particulièrement dans votre existence ? N’avez-vous jamais eu l’envie de prolonger ce cœur à cœur avec Dieu alors que tous quittaient l’église pour s’en retourner chez eux ? Je ne dis pas que cela se produit à chaque fois, mais de temps en temps, quand je suis bien disposé, bien attentif, quand je me laisse guider par le Christ lui-même ; alors sa parole me touche, alors sa parole me concerne, alors sa parole me convertit.

Oui, comme je comprends Pierre qui veut prolonger ce moment à contempler la gloire de Dieu ! Comme je comprends son envie de rester là, en dressant des tentes : on est si bien auprès de Dieu. Mais nous le savons, la gloire de Dieu nous est révélée pour que nous en témoignions. Les disciples devaient garder le silence parce que cette expérience ne prendra sa pleine force qu’après Pâques, quand le Ressuscité se manifestera pour raffermir ses disciples. Au moment de la Transfiguration, ils ont un avant-goût de ce que sera la gloire du Christ, après son passage par la croix et son retour vers le Père. Mais nous qui vivons en 2019, nous n’avons pas à nous taire ; au contraire, il nous faut témoigner de ce Jésus, mort et ressuscité pour notre vie, mort et ressuscité pour la vie du monde. Comment ne pas partager ce que nos cœurs croient, ce que nos yeux voient de la gloire du Christ à l’œuvre dans notre monde. Je veux bien admettre qu’en ces temps qui sont les nôtres, où des révélations sordides succèdent à d’autres toutes aussi sordides, nous ayons du mal à contempler cette gloire ; mais je veux admettre aussi que le péché de quelques-uns ne saurait ternir la fidélité des autres, bien plus nombreux. L’Eglise reste sainte quand bien même les pécheurs y seraient les plus nombreux. 

En sortant de cette église, nous ne serons peut-être pas tous transportés par ce qui aura été vécu ici, mais tous, nous pourrons avoir la certitude que Dieu lui-même nous a approchés, qu’il nous a parlés et qu’il nous a nourris. De tous, il a fait des citoyens des cieux appelés à une vie plus grande, plus belle. Puissions-nous ne pas être accablés de sommeil, mais garder au cœur ce que nous aurons vu et entendu, en fidèles ouvriers de l’Evangile. Amen.


(Dessin de Coolus, Le lapin bleu, Blog en lien)



samedi 24 septembre 2016

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2016

Nous irons tous au paradis : quand l'évangile contredit Polnareff.





On ira tous au paradis, même moi, chantait Michel Polnareff, …à tort. Non pas qu’il n’ira pas au paradis, il ne me revient pas de me prononcer sur ce fait, mais après avoir entendu l’évangile de ce dimanche, il est bien clair qu’il a oublié de méditer cette parabole de Jésus ; à moins qu’il l’ait tout bonnement mise de côté comme nous le faisons souvent avec les textes qui ne disent pas ce que voulons, ou qui disent justement ce que nous ne voulons pas entendre. On aime tous Jésus quand ce qu’il fait ou ce qu’il dit nous fait chaud au cœur. Mais quand il nous fait comprendre que la vie avec Dieu est exigeante, quand il nous dit qu’on ne peut pas vivre n’importe comment, il est bien gentil, mais enfin, comme le disait une syndicaliste lors d’un entretien professionnel, « ce que vous allez dire, je ne veux pas l’entendre ! »
 
S’il avait tort sur le principe, il n’avait pas tout à fait tort quant à l’esprit de la chose. Il est une certitude pour moi : nous sommes tous destinés au paradis. Le projet de Dieu, c’est bien que tout homme vive d’une vie marquée du sceau de l’éternité. Si Jésus a quitté la droite de Dieu pour s’incarner dans notre monde, se faisant l’un de nous, c’est bien pour que nous puissions tous parvenir à ce monde de Dieu ; et pour nous ouvrir une voie royale, Jésus a livré sa vie sur la croix. Son sacrifice est notre vie ; son anéantissement est notre délivrance du péché et de la mort. Avec Jésus, nous sommes bien destinés à passer de la mort à la vie, à passer de cette terre à la Jérusalem nouvelle pour une vie avec Dieu, pour toujours. 
 
Mais destinée n’est pas destination ! Nous ne sommes pas arrivés, et Jésus nous dit même que certains pourraient ne jamais arriver ! Et cela ne dépend pas de Jésus, ça ne dépend pas de Dieu, ça dépend de nous, de nous seuls, et de ce que nous aurons fait de notre vie. Et surtout ne réduisons pas cela à un combat entre les bons et les méchants ; le riche n’est pas un méchant homme, il est même capable de se préoccuper du sort de ses frères, mais trop tard ! Il n’a pas été méchant avec le pauvre Lazare ; il ne l’a tout simplement pas vu ! Et c’est bien là le problème, notre problème ; savons-nous regarder le monde, savons-nous regarder nos frères avec suffisamment de tendresse et d’amour pour voir en eux la trace de Dieu et de son passage dans nos vies ? Savons-nous servir Dieu en servant nos frères ? Savons-nous aimer Dieu en aimant nos frères, tous nos frères ? Aujourd’hui, Lazare est le nom de ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe. Lazare est le nom de ces hommes et de ces femmes qui attendent un peu d’affection, un peu d’attention, un peu de place pour reconstruire leurs vies détruites par la guerre, pour redonner sens à leurs vies anéanties par notre indifférence, notre égoïsme, notre peur. Le fossé que nos sociétés creusent entre eux et nous aujourd’hui risque bien d’être le fossé qui nous séparera d’eux lorsqu’ils seront accueillis dans le sein d’Abraham. Il sera alors trop tard, pour nous. 
 
Aujourd’hui, il n’est pas encore trop tard. Il est encore temps de faire quelque chose ; il est encore temps d’ouvrir nos yeux ; il est encore temps d’écouter Moïse et les prophètes ; il est encore temps d’écouter Jésus nous redire cette parabole du riche et du pauvre Lazare. Aujourd’hui, il est encore temps de réagir ; il est encore temps d’aimer, d’agir et de vivre selon ce que nous aurons compris de l’enseignement du Christ. Laissons là la bande des vautrés qui n’existera plus ; soyons de la bande des vivants, de ceux qui vivent aujourd’hui et qui vivront demain et toujours. Soyons de ceux qui iront au paradis ! Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les presses d'Ile de France)

vendredi 23 décembre 2011

Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2011

Accueillir celui qui vient et voir plus loin.






Alors, il te plaît, ton cadeau ? Combien d’enfants, voire d’adultes, ont entendu cette phrase après le grand déballage de cette nuit ? N’est-ce pas, lorsque nous offrons un cadeau, nous attendons au moins cette lueur dans le regard qui, à défaut de mots, sonne comme un assentiment et un remerciement : tu as bien choisi, c’est bien ce que je voulais. La même question vaut pour nous tous, ce matin. Sommes-nous heureux du cadeau que Dieu nous a fait en cette nuit ? Sommes-nous heureux d’accueillir cet enfant ou sommes-nous déçus devant la taille du cadeau ? Après tout, nous attendions un Sauveur et tout ce que nous avons, c’est un bébé, c’est-à-dire moins d’un mètre de chair, qui braille comme tous les nouveau-nés, et qui n’a même pas eu la bonne idée de naître dans une famille bien comme il faut. Pensez donc : père célibataire, mère enceinte d’un autre. Pas très catho tout ça ! Alors, il vous plaît, le cadeau ?

La messe du jour de Noël a ceci de particulier qu’elle nous fait voir plus loin, plus haut. Autrement dit, elle ne nous fait pas seulement nous intéresser au cadeau, mais à ce que ce cadeau est réellement et à ce que ce cadeau va devenir. Le merveilleux de la nuit (un enfant qui naît à l’écart de tous, avec comme chorale la cohorte des anges et comme visiteurs les bergers du coin), ce merveilleux donc cède la place à la réflexion spirituelle et philosophique. Que voulez-vous ? Il y a un temps pour s’extasier et un temps pour méditer. Et qu’apprenons-nous alors ce matin que nous ne savions déjà cette nuit ? Des choses surprenantes, en fait !

D’abord, nous apprenons sa fonction : il est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu ! Cet enfant que nous avons admiré en cette nuit, il nous faudra un jour l’écouter. Nous ne pouvons donc pas nous contenter d’une visite à la crèche et nous en retourner chez nous. Si nous venons voir cet enfant, c’est pour nous intéresser à lui, maintenant, mais aussi à l’avenir. Comme tous les enfants, il va grandir ; et c’est à ce moment-là qu’il deviendra intéressant pour nous. Il est depuis toute éternité et pour toute éternité la Parole de Dieu, désormais incarnée. Il aura donc des choses à nous dire.

Nous apprenons aussi qu’il n’est pas si nouveau que cela, ce nouveau-né, puisqu’il était au commencement avec Dieu, et qu’il était Dieu. Ce qui est nouveau, par contre, c’est qu’il vient en notre monde. Un des mots importants de la liturgie de Noël, c’est justement aujourd’hui. Aujourd’hui vous est né un Sauveur. C’est bien maintenant que cela se passe, même si l’histoire des relations entre Dieu et les hommes est une vieille histoire ; cette naissance nous renvoie aujourd’hui au commencement. En fait, aujourd’hui devient un commencement. Avec cet enfant, avec cette Parole livrée aux hommes, c’est un nouveau départ dans notre relation à Dieu. L’auteur de la lettre aux Hébreux le souligne bien : Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères… mais dans les jours où nous sommes (autre manière de dire aujourd’hui) il nous a parlé par un Fils qu’il a établi héritier de toutes choses. Il est peut-être né dans une étable, à l’écart de tous, il n’en n’est pas moins le premier de tous, puisqu’il est l’héritier ! Il va compter plus qu’on ne le devine devant cette mangeoire.

Nous apprenons encore que ce nouveau-né est la lumière, la vraie lumière, précise Jean. Pas seulement celle qui nous permet de marcher dans la nuit, mais la lumière qui révèle, la lumière qui fait advenir les choses qui seraient restées dans le noir, inconnues de nous. Il aura des choses à nous dire et des choses à nous montrer, ce petit d’homme. Par lui, lumière venue éclairer les hommes, nous verrons l’amour de Dieu à l’œuvre et nous comprendrons mieux à quel point nous sommes aimés de Dieu ; et nous comprendrons mieux comment nous devons aimer à notre tour.

Et puis nous apprenons surtout que ce petit d’homme nous permet à tous de devenir fils de Dieu ! A ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. S’il est venu chez nous et si nous sommes venus à lui, c’est pour que s’opère ce magnifique échange : Dieu se fait homme et nous pouvons devenir Dieu. Et c’est encore par cet enfant que cet échange s’effectue. Nous ne le voyons peut-être pas encore là, sur la paille et le bois de la crèche, mais nous le mesurerons pleinement lorsqu’il sera élevé de terre, sur le bois de la croix. Ce petit d’homme donne Dieu à voir, à entendre et à suivre.

Alors, il vous plaît, votre cadeau ? Si vous en êtes encore au merveilleux de cette nuit, acceptez désormais de faire un pas de plus. Si vous trouvez le cadeau trop petit, attendez qu’il grandisse et reprenez-le, suivez-le, écoutez-le. Il ne vous décevra jamais ; il ne vous ennuiera jamais. Il ne se démodera pas. Il ne s’abimera que sur la croix pour mieux vous recréer et vous mener à Dieu en son Royaume. Alors, si vous trouviez la joie de cette nuit un peu courte, vous la retrouverez à nouveau, pour toute éternité. Car c’est pour partager cette joie qu’il est venu ; c’est pour que vous connaissiez cette joie toujours qu’il s’est fait le cadeau de Dieu pour vous. Amen.








(Photo crèche privée)

samedi 25 septembre 2010

26ème dimanche ordinaire C - 26 septembre 2010

De quoi nous parle-t-on dans cette parabole ?


Mais de quoi nous parle-t-on au juste dans cette parabole ? A lire trop vite, à croire que nous avons déjà entendu, nous risquons fort de passer à côté du message de la parabole de Jésus et surtout, plus grave, de croire qu’elle n’est pas pour nous.

Alors de quoi nous parle-t-on au juste ? Est-ce une parabole contre les riches qui profitent pleinement de leur argent, même honnêtement gagné, et qui font la fête alors que d’autres souffrent ? Elles ne seraient donc pas pour nous : nous ne sommes pas franchement riches, enfin toujours un peu plus pauvre que le voisin que nous envions tant. Et puis, nous ne faisons pas la fête tous les jours ; nous sommes des gens sérieux, nous !

La parabole de Jésus ne nous parle pas du riche pour condamner sa conduite, ni sa richesse. Jésus ne dit pas que les fêtes qu’il organise, c’est mal. Il n’est même pas dit que cet homme est malhonnête. Tout ce qu’on sait de lui, tient en deux phrases : il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Le riche mourut et on l’enterra. C’est peu de choses, reconnaissons-le ; nous ne connaissons même pas son nom. Une manière subtile de nous dire, qu’il peut avoir notre nom. Cet homme-là, ce pourrait être toi !

Par contre, si nous ne savons pas grand-chose de lui de son vivant, nous découvrons pleins de détails après sa mort : au séjour des morts, il était en proie à la torture… il a cinq frères qu’il voudrait bien protéger de pareille souffrance. Et nous découvrons qu’il est croyant : il reconnaît Abraham comme son père dans la foi ; mais non pratiquant, dirions-nous aujourd’hui : il n’a pas écouté les avertissements de Moïse et des prophètes, pas plus que ses frères, apparemment.
Voilà planté le premier personnage, mais nous ne savons toujours pas de quoi parle cette parabole puisqu’elle n’est pas une parabole contre les riches.

Serait-ce alors une parabole en faveur des pauvres ? Une parabole qui, bien avant l’heure, donnerait raison à Karl Marx, quand il dira que la religion est l’opium du peuple ? Souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux plus tard ? Est-ce là l’enseignement de la parabole ? Oh que non ! Certes il y a ce pauvre Lazare (tiens ! on connaît son nom, à lui !), ce pauvre Lazare qui a souffert et qui se retrouve, après sa mort, emporté par les anges auprès d’Abraham. Une belle fin pour quelqu’un qui le mérite sans doute. Mais la parabole n’est pas pour lui, ni pour ceux qui partagent sa condition. Elle n’est pas un enseignement à la patience pour celles et ceux qui souffriraient, ni un appel à la résignation : votre tour viendra ! Elle n’est pas une parabole pour plus tard, quand nous serons morts ; elle est un enseignement pour aujourd’hui, et pour nous, même si nous ne sommes pas vraiment riches, même si nous ne sommes pas dramatiquement pauvres.

Cette parabole nous parle de notre vie aujourd’hui, et de la manière dont nous la vivons, maintenant. C’est une parabole sur le regard que nous portons sur le monde et sur les hommes et les femmes que nous croisons. C’est une parabole qui veut nous ouvrir les yeux. Le riche n’est pas méchant, il est juste aveugle, aveuglé par sa richesse et les amis qu’elle lui procure au point de ne pas voir le pauvre Lazare devant sa porte. Que voulez-vous, ils ne sont pas du même monde ! L’un est fabuleusement riche alors que l’autre est affreusement pauvre ! Et si le riche n’a pas de nom, encore une fois, c’est parce qu’il peut avoir notre nom. Mais nous ne prendrons pas, dans cette parabole, la place du pauvre : le pauvre, c’est Lazare, il nous est connu, comme nous sont connus les pauvres de notre vie. N’avons-nous pas tous un Lazare que nous préférons ignorer, ne pas voir ? Ce n’est pas forcément quelqu’un qui est économiquement pauvre, juste quelqu’un qui est pauvre de notre manque de relation, de notre manque d’attention. Et nous savons que les pauvres de toutes sortes sont les préférés de Dieu, parce que Dieu porte attention à chacun et particulièrement à ceux dont personne ne se soucie. Il est donc juste que Lazare se retrouve auprès d’Abraham, non pas parce qu’il a souffert, mais parce que tous l’ignoraient, à commencer par le riche. Il ne comptait pour personne, sauf pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelle le psaume de ce dimanche ? Le Seigneur fait justice aux opprimés, il donne du pain aux affamés, il protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin…

Tout est question de regard, semble nous dire cette parabole. Si le riche avait vu Lazare, peut-être aurait-il eu un geste de compassion envers lui et désormais, après sa mort, Lazare pourrait en avoir un envers lui : envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue ! Mais il n’a rien vu, le riche, et donc rien fait ; et maintenant, c’est trop tard ! La sagesse populaire le dit : un bien fait n’est jamais perdu ! Il ne suffit pas que nous menions notre vie sans faire de mal aux autres ; il ne suffit pas de vouloir être bien avec tous. Paul le rappelle à Timothée : et maintenant, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Le commandement du Seigneur, c’est bien d’aimer les autres ! C’est son unique commandement ! Pas seulement nous abstenir de leur faire du mal, non, mais les aimer comme Dieu les aime, gratuitement, portant leur souci, intervenant en leur faveur. Vivre selon Dieu et aimer comme Dieu : c’est tout ce qui nous est demandé ; mais ce sont deux choses qu’il nous faut partager. Je ne vis pas seul ; je n’aime pas seul.

Si seulement le riche avait ouvert les yeux sur celui qui était à sa porte ! Pour lui, c’est trop tard, mais pour nous, nous qui avons Moïse et les prophètes, nous qui avons même mieux en Jésus, mort et ressuscité, souvenons-nous à temps de son enseignement et nous pourrons être sauvés. N’est-il pas celui qui a dit : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ? Ou pas. Amen.


(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)