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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

samedi 27 juin 2026

Solennité des Saints Pierre et Paul - 28 juin 2026

 Nos saints patrons nous obligent, mais à quoi ?

(ce dimanche, je prêche la fête des Apôtres Pierre et Paul à Pfaffenhoffen)




(Saint Pierre et Saint Paul)

 

 



            Chacune de nos paroisses porte le nom d’un ou plusieurs saints. La vôtre a été placée par vos ancêtres sous le patronage des Saints Pierre et Paul, les colonnes de l’Eglise. Je ne sais pas s’il reste une trace dans vos archives qui explique ce choix, mais je sais que le choix de ce patronage vous oblige. Autrement dit, ce n’est pas neutre de placer votre communauté sous le patronage de Pierre et de Paul. Comme nous savons avec certitude que ni Pierre, ni Paul n’ont leurs origines à Pfaffenhoffen, ni n’ont évangélisé ici, il nous faut comprendre à quoi vous oblige un patronage aussi prestigieux. Intéressons-nous donc à chacun de vos patrons.

            J’ai toujours trouvé la figure de Pierre intéressante. Il fait partie des premiers à suivre Jésus avec son frère André. Et, dans l’évangile de Jean, c’est André qui vient annoncer à Pierre qu’il a trouvé le Messie et qui le conduit à Jésus. Ceci nous montre que Pierre est capable d’écoute et d’action. Son écoute le conduit à croire son frère et à le suivre. Il aurait pu ne pas écouter (au sens de comprendre) ce que disait André. Il aurait pu écouter et décider de ne pas suivre son frère. Il aurait pu écouter et suivre André, mais sans s’attacher à Jésus, juste par curiosité, juste pour surveiller André, un réflexe de grand frère, quoi. Non, il écoute, suit et reste. Le pape Léon disait cette semaine aux cardinaux que c’est celui qui écoute qui détient la primauté et donc la mission de guider les autres. L’évangile de la solennité ne dit pas autre chose. La profession de foi de Pierre ne lui vient pas d’une intelligence supérieure aux autres Apôtres, mais de son écoute. Jésus le lui affirme : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Pierre sait écouter les hommes ; Pierre sait écouter Dieu. C’est pour cela que Jésus bâtira sur lui son Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. C’est parce qu’il sait écouter qu’il devient le premier et le guide de la communauté croyante après la Pentecôte. Pierre nous oblige à apprendre à écouter et à faire confiance. Dans le gouvernement de l’Eglise, que ce soit à l’échelle internationale ou à l’échelle locale, l’écoute et la confiance sont primordiales. Celui qui prétend guider doit savoir écouter et faire confiance à ceux qu’il écoute ; en échange, la communauté sait qu’elle peut faire confiance à son guide parce qu’elle se sait écoutée par lui. Savoir écouter, c’est plus que savoir entendre. Ecouter suppose de laisser descendre dans le cœur, lieu des grandes décisions, ce qui nous est dit ; écouter, suppose de se laisser transformer par ce que l’on nous a dit ; écouter signifie que je suis capable de changer d’opinion, d’orientation, de direction. Celui qui n’écoute pas, s’expose à guider un navire qui n’est plus qu’une coquille vide, parce que tous auront tiré la seule conclusion possible : il ne nous écoute pas, il n’a pas besoin de nous. Pourquoi aurions-nous besoin de lui ?

            La figure de Paul, c’est ma grande faiblesse. J’ai, depuis toujours, une vraie vénération pour l’Apôtre des Nations. Il est passé d’ennemi du Christ à Apôtre infatigable, parcourant le monde pour annoncer le Christ, et fixant dans ses lettres la théologie chrétienne. Il est le premier à expliquer la foi chrétienne, à démontrer que Jésus accomplit toutes les promesses de la Première Alliance. L’ardeur qu’il avait mise à éradiquer la foi naissante, il la mettra, après sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, à propager la foi chrétienne et à la rendre intelligible. Ses lettres sont les premiers écrits chrétiens, certaines, avant même les évangiles ! La parole la plus audacieuse de Paul est celle qui fait écho à la profession de foi de Pierre : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! (Ph 1, 21). Tout est dit de la foi chrétienne : le Christ au cœur de la vie des hommes, source de la vie des hommes. Et parce qu’il est cette source, Paul peut décrire alors l’art de vivre chrétien dans ce bel hymne à la charité de sa première lettre aux Corinthiens : Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ! Paul est l’Apôtre qui nous oblige à revoir nos priorités, à être capable de changer notre manière de voir et de comprendre les choses. Il nous oblige à approfondir notre foi, à la réfléchir. L’événement de Damas n’est pas tant une conversion, puisque Paul ne change pas de Dieu, mais une vocation, un appel de Dieu à le suivre. Certes, en suivant Dieu, il changera son cœur ; mais l’appel de Dieu est premier ! Là où Pierre nous apprend à écouter, Paul nous apprend à écouter autrement. Il était bien convaincu d’accomplir la volonté de Dieu quand il poursuivait les chrétiens ; mais il a su écouter Dieu autrement et se rendre compte qu’il faisait fausse route. Paul nous oblige à accepter de nous être trompé ; il nous invite à écouter mieux pour suivre mieux. Voyez-vous : Paul, avant et après Damas, c’est le même caractère, juste réorienté. Sa priorité n’est plus de détruire les disciples du Christ, mais de construire avec eux l’Eglise que le Christ a confié à Pierre. Cela n’ira pas sans conflit ; mais cela passera toujours par la capacité à écouter Dieu, à écouter les autres, à trouver la voie la meilleure à suivre. La grande œuvre de Paul devrait être celle de tout chrétien : remettre sans cesse sur le métier le travail d’approfondissement et d’éclaircissement de la foi chrétienne pour l’annoncer à tous.

            Mesurez bien la chance que vos ancêtres vous ont donné en vous plaçant sous le double patronage de Pierre et de Paul. En vous mettant à leur écoute, en méditant leurs écrits et leur vie, vous deviendrez des fidèles du Christ toujours plus attentifs à Dieu et aux autres. Ecouter Dieu sans changer notre relation aux autres, c’est juste spiritualiser notre vie. Être attentif aux autres sans fonder cette attention sur l’écoute de Dieu, c’est transformer l’Eglise en ONG activiste, améliorant la vie de ceux dont elle prend soin certes, mais incapable d’apporter l’espérance qui transforme durablement une vie et le monde. Montrez-vous de dignes héritiers de vos saints patrons, vous écoutant les uns les autres, écoutant Dieu, comprenant chaque jour mieux votre foi, ne renonçant jamais à la proposer sans l’imposer. Pierre et Paul étaient des disciples libres ; soyez libres à la suite du Christ et rendez les autres libres de choisir le Christ, ou pas. Le travail de tout chrétien est de témoigner ; décider revient à ceux qui les écoutent. Amen.


samedi 6 septembre 2025

23ème dimanche ordinaire C - 7 septembre 2025

 L'enseignement du billet à Philémon





Onésime retourne auprès de Philémon avec la lettre de Paul entre ses mains - 
Lettrine médiévale -The British Library  © Creative Commons



 


            Aurait-il pu faire mieux ? Aurait-il pu faire plus ? Celui dont je parle, c’est Paul, l’Apôtre des nations qui écrit à son ami Philémon au sujet d’Onésime, un esclave en fuite qui lui appartenait. Pourrions-nous faire mieux ? Pourrions-nous faire plus aujourd’hui ? Car enfin, c’est la même question qui se pose pour Paul et pour nous : quel impact avons-nous, ou voulons-nous avoir sur notre société ?

            De nombreux commentateurs ont estimé par le passé que Paul aurait dû condamner l’esclavage et militer pour sa suppression, au nom de sa foi. Aurait-il pu le faire ? Non. Il se serait ridiculisé, et aurait ridiculisé la foi chrétienne naissante en essayant de le faire. Ce n’est pas, de sa part, un manque de courage politique, c’est juste du réalisme. Dans un monde où l’esclavage participe au système économique et social non seulement de l’empire romain mais de toutes les sociétés antiques, il n’est pas possible de faire déjà ce que la France ne fera que définitivement au 19ème siècle ! Paul le sait, il connaît trop bien son monde. Mais ce qu’il ne peut faire à un niveau global, il ne renonce pas à le faire à un niveau plus personnel dans un premier temps et au niveau ecclésial dans un second temps. C’est tout l’enjeu de ce petit billet à Philémon. En effet, cet esclave en fuite, il en fait son frère bien-aimé (comprenons bien qu’il l’a baptisé) parce que pour Paul, par le baptême, il n’y a plus d’esclave ou d’homme libre, car tous ne font plus qu’un en Christ (Ga 3, 28). Mais il ne s’arrête pas là ; il va au bout de ce qu’il peut faire. Le « propriétaire » de cet esclave est un chrétien, baptisé par Paul, lui aussi, et qui plus est son ami. Il lui renvoie donc Onésime avec ce petit billet pour qu’à son tour Philémon considère désormais cet homme non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé. Ce sera pour Paul et Philémon, le signe de leur communion. Grâce à Paul, les chrétiens de son temps auront appris que la foi au Christ entraine un changement de comportement, y compris dans les rapports sociaux. Nous ne savons pas l’impact de ce billet et de cette attitude fraternelle, mais je n’ai pas de doute qu’elle a fait des émules au sein de la communauté croyante. Quand tu ne peux pas changer le monde, commence par changer toi ; et peut-être que le monde changera.

            Je vous parle de cela, parce que cette semaine, le journal La Croix publiait un article sur la présence des chrétiens dans le monde politique. A l’approche des mouvements de protestation promis pour cette semaine, il interrogeait sur l’engagement des chrétiens dans leur cité. La question vaut pour chacun de nous, que nous ayons prévu de nous lancer dans une carrière politique ou pas. Nous ne vivons pas en vase clos, nous participons à ce monde. Est-ce en voyeur ? en spectateur ? Sommes-nous attentifs à ce que vivent nos contemporains ? Sommes-nous responsables quand il nous est demandé un bulletin de vote ? Il est si facile de démolir, de hurler avec la meute ; mais qui pense à construire encore ? Qui pense encore à cette belle notion de « bien commun » ? D’un côté de l’échiquier politique est refusée une participation légèrement accrue aux finances publiques de ceux qui ont nettement plus que tous les autres et qui ont largement profité des crises sanitaires et sociales. De l’autre côté, on ne parle que de révolte, de renverser la table, voire de violence. Comment construire un vivre ensemble dans ces conditions ? Chrétiens, n’avons-nous pas une voie originale à proposer, faite d’écoute, d’un vrai respect, d’une envie de vivre ensemble sans que les uns aient trop pendant que les autres n’ont même pas le nécessaire pour vivre décemment ? Comme Paul à son époque, nous ne pesons plus bien lourds, mais nous pouvons commencer chez nous, entre voisins, entre frères en Christ. Sommes-nous propriétaires de logements que nous louons ? Avons-nous pensé à faire du loyer social pour réaffirmer que le logement est un droit plutôt que de nous aligner sans cesse sur des loyers élevés ? Sommes-nous patrons d’une entreprise ? Le bien-être de nos employés nous tient-il plus à cœur qu’un chiffre d’affaires très élevé ? Je ne dis pas qu’il faut négliger l’économique ; une entreprise en faillite n’aide personne ! Je dis juste que l’humain doit être notre première attention. Sommes-nous à un poste de responsabilité quelconque ? Ne faisons-nous du bien et ne veillons-nous que sur ceux qui nous apprécient, qui chantent nos louanges, ou savons-nous aussi veiller sur ceux qui ne partagent pas notre point de vue et reconnaître leurs capacités et leurs apports professionnels ?

Dans son petit billet à Philémon, Paul nous dit clairement que le bien que nous ne pouvons pas faire au niveau collectif parce que le monde n’est pas prêt, nous pouvons le faire à un niveau personnel, là où nous avons le pouvoir de changer les choses. Cela commence dans nos familles, dans notre travail, dans nos relations avec nos voisins, dans nos communes. Petit pas après petit pas, nous pouvons insuffler un esprit nouveau, une autre manière de regarder le monde, une autre manière de considérer les hommes et les femmes de notre temps. Il ne s’agit pas de refaire le monde chrétien ; il s’agit de montrer au monde que les chrétiens ont une voie à proposer, qui ne repose ni sur l’humiliation des adversaires, ni sur la destruction du monde dans lequel nous vivons, mais sur sa conversion. Cette réalité porte un beau nom qui vient de notre foi et que le monde politique s’est réapproprié sous la deuxième république mais sans jamais hélas proposer un moyen de la vivre. Cette réalité porte le beau nom de Fraternité. Elle seule peut humaniser notre monde ; elle seule peut nous éviter le chaos ; elle seule peut changer les cœurs ; elle seule peut permettre aux croyants de vivre une vraie sainteté. Avec le psalmiste, osons le redire : Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! (Ps 132,1) Amen. 


samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 22 juin 2024

Fête de Saint Pierre et Saint Paul - 23 juin 2024

 Pierre et Paul, le coeur et la raison.

(Je célèbre ce dimanche dans une petite communauté qui n'a pas souvent la messe dans son village. Nous en profitons pour célébrer leur fête patronale. D'où cette homélie sur Pierre et Paul).




(Source : Icône de Saints Pierre et Paul (Réf. IC_9156) - Vente d'icônes religieuses (traditions-monastiques.com)





 

            Fêter Pierre et Paul ensemble ! Il fallait tout l’humour de Dieu, je pense, pour mettre ensemble, sur le calendrier, ces deux Apôtres que rien ne destinait à se rapprocher, si ce n’est Jésus Christ. Pierre, celui qui a connu Jésus et qui l’a suivi ; Paul, celui qui a persécuté Jésus à travers ses disciples et qui est tombé dans une connaissance renouvelée de sa foi qu’il croyait menacée. Quel beau jour que celui de cette solennité qui nous donne de les célébrer ensemble ! 

            Si je devais qualifier d’un mot Pierre, je dirais qu’il est le cœur. Toujours un peu trop rapide à parler, il a une vraie admiration pour Jésus. Sans doute ne comprend-t-il pas tout ce que Jésus dit, mais il est volontaire, franc. C’est quelqu’un sur qui on peut s’appuyer. Ce n’est pas pour rien que Jésus le choisit pour être le gardien de ses frères et la pierre sur laquelle Jésus bâtira son Eglise. Solide comme un roc, mais terriblement humain. Capable des plus grandes déclarations comme cette profession de foi entendue dans l’Evangile : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! et capable aussi d’avoir peur et de renier Jésus parce qu’il n’a pas vraiment compris les implications de sa profession de foi. Bref, tellement comme nous ! 

            Comme Pierre, nous déclarons notre attachement à Jésus et notre foi en sa personne. Et comme Pierre, nous tombons devant l’adversité, prenons peur devant les difficultés ; mais, au fond de nous, nous savons Jésus présent. Nous comptons sur cette Eglise fondée sur Pierre pour nous conduire toujours plus au Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous comptons sur Pierre pour faire de nous de meilleurs disciples, des amoureux de Jésus, comme il l’a été. 

            Si Pierre est le cœur, Paul est la raison. C’est la raison qui l’a mis en chasse de ces hommes et femmes qui, d’après lui, mettaient la foi de ses pères en danger. Mais c’est la raison aussi qui l’a emporté, et qui lui fera réfléchir et mettre par écrit les grands principes de la foi chrétienne. Il a raison de dire qu’il a mené le bon combat. D’abord le combat intérieur qui lui fera reconnaître son erreur et embrasser la foi en Jésus Christ. Puis le combat de l’évangélisation de l’empire romain, traversé du sud au nord et d’ouest en est. Combien de lieux lui doivent la foi ? Combien d’hommes et de femmes, aujourd’hui encore, lui doivent une foi plus profonde, plus riche après la lecture et l’étude de ses lettres. J’ai pour lui une tendresse particulière, parce que la profondeur de sa pensée me touche à chaque fois. Oui, Paul est la foi raisonnée, réfléchie, sans cesse reprise pour corriger les erreurs, faire grandir la foi, l’espérance et la charité de celles et ceux à qui il écrit. Plutôt que de révolutionner le monde, il préfère indiquer une voie supérieure, une autre manière de vivre. Voyez comment il a réglé le cas d’Onésime. Il était l’esclave de Philémon. Celui-ci l’a-t-il prêté à Paul ou était-il en fuite ? Qu’importe ! Ce qui compte, c’est ce qu’il écrit à Philémon quand il lui renvoie Onésime. Il ne lui dit pas que c’est mal d’avoir des esclaves ; il lui dit simplement qu’il a baptisé Onésime, et donc qu’il en a fait un frère pour Philémon. Il espère bien que c’est ainsi qu’il sera traité désormais ; mieux, il espère que Philémon l’accueillera comme s’il accueillait Paul en personne. 

            Comme Paul, ne cessons pas d’approfondir notre foi, de la réfléchir pour mieux la comprendre, et l’ayant mieux comprise, pour mieux la vivre. Parce que c’est la seule chose qui compte pour Paul : que notre foi soit bien vécue ; elle est une loi de liberté qui met loin de nous notre péché. Comme Paul, laissons-nous transformer par notre rencontre avec le Ressuscité ; comme Paul, annonçons à temps et à contre-temps celui qui nous rend libre ; comme Paul, propageons l’amour du Christ en aimant celles et ceux qu’il met sur notre route. Comme Paul, notre caractère sera adouci par Celui qui a livré sa vie par amour pour nous. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. Finalement, l’Eglise a bien raison de nous les faire célébrer ensemble car que serait le cœur sans la raison, c'est-à-dire sans la foi réfléchie ? Un vague humanisme, et l’Eglise une ONG parmi tant d’autres. Et que serait la raison sans le cœur, sans une foi simplement vécue dans l’ordinaire d’une vie ? Un système de pensée, une idéologie de plus et l’Eglise, un vague parti qui voudrait convaincre les autres qu'elle seule a la vérité. 

            Pierre et Paul, le cœur et la raison. En les définissant ainsi, je ne dis pas que Pierre ne sait pas réfléchir (il y a deux lettres dans le NT qui montrent le contraire), ni que Paul ne sait pas aimer (il y a quatre lettres à ses amis pour prouver le contraire). Cœur et raison sont une dominante de leur caractère respectif qui, j’aime à le croire, leur ont permis de se retrouver et sans doute de s’apprécier. Qu’ils se retrouvent en nous comme ils ont su se retrouver jadis, à Jérusalem, dépassant leurs craintes et leurs oppositions. Avec eux deux, nous pourrons encore faire grandir l’Eglise, le Corps unique du Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 4 mars 2023

2ème dimanche de Carême A - 05 mars 2023

 Revenez à moi : vivez de ma Parole !




            Notre marche vers Pâques se poursuit, toujours avec ce désir de répondre à l’appel de Dieu relayé par le Prophète Joël : Revenez à moi ! En ce deuxième dimanche, Dieu lui-même nous donne une clé pour emprunter le chemin du retour. Il nous dit : Vivez de ma Parole. La liturgie nous donne deux exemples de croyants qui ont vécu ce conseil : Abram et Paul. 

            Puisqu’il est le tout-premier à s’être mis à l’écoute de Dieu, commençons par Abram. Au moment où Dieu s’adresse à lui, il est déjà âgé et pourtant, à l’écoute de la promesse du Seigneur, il s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit. Je n’arrive pas à me défaire de la surprise qui est la mienne quand je lis ce passage de l’Ecriture. Comment un homme qui a déjà bien vécu peut-il, sur la parole d’un inconnu, tout laisser pour un autre pays ? En effet, à parcourir les chapitres précédents, rien ne prédestinait Abram à cette aventure. Il est certes de la descendance de Noé, mais quand même à la onzième génération ! Et la Bible ne dit rien de toutes ces familles sinon les mariages et les enfants. Pas un mot de leurs relations avec le Seigneur. Aussi, vous comprendrez mon étonnement lorsqu’après autant de temps, Abram se met en route à l’appel d’un Seigneur qui ne s’est plus manifesté depuis le déluge ! En tout cas, la Bible n’en garde pas de trace ; nous pouvons en déduire qu’il n’y a rien eu de mémorable à relever en-dehors des successions familiales. Cela fait peu pour engager sa famille dans un voyage vers l’inconnu. Car force est de constater qu’Abram ne connaît pas, à son départ, le pays d’arrivée : Va vers le pays que je te montrerai ! Comme si Dieu lui-même cherchait encore la terre où il allait établir ce qui deviendra son peuple. Est-ce un rêve de grandeur qui le met en route ? Je ferai de toi une grande nation, je rendrai grand ton nom ? Est-ce la voix de Dieu qui avait quelque chose d’enchanteur ou de séducteur qui fait qu’il s’est mis en route ? Nous n’en saurons jamais rien. La seule certitude qui nous est donnée, c’est qu’Abram prit la route, avec sa famille. 

Vivez de ma parole : cette invitation est pleine de surprises. Elle est invitation à la confiance, invitation à se déplacer peut-être d’abord intérieurement. Le chemin à faire n’est pas tant topographique que spirituel. Comme Abram, nous sommes invités à cette mise en route intérieure qui nous fait accorder notre confiance à un Dieu qui nous parle certes, mais que nous ne voyons pas de nos yeux. Nous n’avons de lui que le témoignage de ce qu’il a réalisé pour tant d’autres avant nous. C’est bien sur parole que nous le croyons ; c’est bien sur cette Parole fidèlement transmise depuis Abram que nous engageons notre vie. Et nous pouvons engager notre vie sur cette Parole, mieux qu’Abram parce que nous avons des exemples nombreux qu’il n’avait pas. Nous savons que, comme pour Abram, cette Parole sera une parole de bénédiction. Car Dieu veut notre bonheur, il veut pour nous la vie.  

            Si Abram est parti à l’aventure à l’appel de Dieu, Paul s’est engagé lui, sur un même appel, celui du Christ, à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus, mort et ressuscité pour nous. Sa réponse à l’appel du Christ s’est concrétisée dans ses voyages missionnaires, mais aussi dans sa présentation méticuleuse et ordonnée de ce qui est aujourd’hui notre foi. Vivant de la Parole de Dieu, il a su trouver les mots qui ont convaincu tant d’hommes et de femmes à accorder leur foi à un homme mort à Jérusalem comme un criminel. Il n’avait rien d’extraordinaire face à tous les dieux païens, juste cette certitude que celui qui s’est adressé à lui, s’est maintenant manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Evangile. En vivant de la Parole du Christ, Parole de Dieu faite chair, Paul a eu une connaissance approfondie des mystères de Dieu. 

Comme lui, en vivant de cette Parole, nous pouvons entrez dans une compréhension plus profonde du projet de Dieu pour nous. Cette Parole méditée, réfléchie, approfondie, révèle à chacun de nous la voie à suivre pour vivre toujours plus et toujours mieux le projet que Dieu porte pour nous, personnellement ! Vivre de la Parole de Dieu, c’est faire le choix de vivre notre vie pleinement, avec la bénédiction de Dieu. Paul nous montre aussi qu’une vie vécue dans la grâce de cette Parole de Dieu, permet d’affronter toutes les épreuves que les hommes ne manqueront pas de placer sur notre route. 

            Comme Pierre, Jacques et Jean jadis sur la montagne de la transfiguration, écoutons la voix de Dieu qui nous dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! Mais ne l’entendons pas comme un ordre de Dieu, mais bien comme une invitation à trouver nous-aussi notre joie en Jésus, lui qui rend la grâce de Dieu visible par toute sa vie. Revenez à moi : vivez de ma Parole est donc une invitation au bonheur, une invitation à la vie en plénitude, ne invitation à suivre le Christ. N’est-ce pas là une Bonne Nouvelle pour nous  et pour les hommes qui cherchent un sens à leur vie ? Avec Abram, prenons la route ; avec Paul, répandons la Bonne Nouvelle : Dieu est avec nous, il nous donne son Fils pour notre vie, pour notre joie. Amen.

samedi 14 mai 2022

5ème dimanche de Pâques C - 15 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour construire nos communautés.






            La lecture du livre des Actes des Apôtres est intéressante parce qu’elle nous montre, par le détail, comment ce qui n’était qu’un tout petit groupe au sein de la religion juive, va peu à peu se développer jusqu’à devenir une entité à part, ce qui n’était pas du tout le dessein originel des Apôtres. Fonder une nouvelle religion n’était pas dans leur projet. Leur projet, c’était l’annonce de la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Et de l’annoncer comme l’accomplissement de la foi de leurs pères. 

Nous avons compris, dimanche dernier, que cette annonce devait se faire ; il y a une sorte d’impératif qui fait que les disciples de Jésus ne peuvent se taire. Puisque leurs frères dans la foi ne veulent pas les entendre, ils se tournent donc vers les païens. Le premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé est l’exemple même de la manière dont les disciples de Jésus sont peu à peu poussés vers le monde païen. Nous avons entendu aujourd’hui la fin de ce premier voyage et nous constatons que partout où Paul et Barnabé ont passé, des communautés ont été fondées. Le voyage de retour vers Antioche de Syrie d’où ils sont partis, leur fait revisiter ces communautés et les installer dans la durée en désignant des Anciens pour les conduire. Quelque chose qui n’était pas prévu va naître. A côté de la synagogue, lieu de rassemblement des Juifs, naissent des Eglises (des communautés de croyants au Christ) qui rassembleront les disciples du Ressuscité. Paul et Barnabé vont accompagner ce mouvement et organiser ces Eglises. Il ne suffit pas d’annoncer Jésus Christ, mort et ressuscité ; il faut aussi donner aux convertis les moyens de rester fermes dans la foi. Il y a là déjà la conscience que nul ne peut être chrétien tout seul ; nul ne peut demeurer chrétien tout seul. L’Eglise devient un marqueur pour ces hommes et ces femmes qui se convertissent. La mise en place de ces Eglises ne se fait pas non plus par hasard ; la fonction d’Ancien n’a pas forcément quelque chose à voir avec l’âge de ceux qui sont choisis. On ne choisit pas non plus forcément le plus grand, le plus beau, le plus intelligent. Ce n’est pas un pouvoir qui leur est confié ; c’est un service qu’ils doivent accomplir. Tout ce que Paul et Barnabé mettent en place se fait dans le jeûne et la prière, une manière de dire que la barque, c’est Dieu qui la mène. Vous pourrez vérifier par vous-mêmes lorsque vous entreprendrez la lecture continue de ce livre : rien ne se fait hors de Dieu ; la prière est omniprésente. D’ailleurs la finale du passage entendu aujourd’hui ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Luc écrit : Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait pour eux et comment il (au singulier) avait ouvert aux nations la porte de la foi. L’œuvre des disciples, c’est de laisser Dieu agir ; l’œuvre de l’Eglise, c’est d’être ouverte aux appels de Dieu. 

Dans nos communautés aujourd’hui, nous ne pouvons pas agir différemment. Si nous voulons bien construire nos communautés à l’exemple de ces premières Eglises, nous n’avons pas d’autre choix que de laisser là nos belles idées pour nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous. Pour le dire autrement, tout groupe qui se construirait en-dehors de ce lien profond au Christ mort et ressuscité, annoncé par les Apôtres et leurs successeurs, ne serait pas vraiment Eglise. Un groupe de chrétiens qui prétendrait agir au nom de l’Eglise sans jamais prier ensemble pour se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint et de la volonté de Dieu, ne serait pas vraiment Eglise. Tout individu ou groupe qui prétendrait vivre sa foi en-dehors de toute communauté établie par les Apôtres et leurs successeurs, ne seraient pas vraiment d’Eglise. Faut-il rappeler que nos paroisses n’existent pas par notre volonté propre, mais parce qu’elles ont été voulues, autorisées par un évêque, successeur des Apôtres, qui en a établi le territoire et la mission ? En fondant les Eglises dans le bassin méditerranéen, Paul et Barnabé n’ont pas fait ce qu’ils voulaient, mais ce que l’Esprit de Dieu attendait d’eux. Nous avons confirmation de cela ailleurs dans les Actes quand Paul veut se rendre quelque part, mais que l’Esprit Saint s’y oppose. Et Paul obéira et ira où le pousse l’Esprit. C’est ainsi que se construit l’Eglise ; c’est ainsi que nous refondrons nos communautés : en étant, comme Paul et Barnabé, attentifs à ce que l’Esprit dit aux Eglises, pour reprendre le langage du livre de l’Apocalypse. 

Nos plus belles idées, nos plus grandes envies, si elles ne sont pas inspirées par l’Esprit Saint, ne resteront que de belles idées, de grandes envies. Leur fécondité vient de l’Esprit Saint qui nous les aura soufflées. Sans lui, rien ne porte de fruits. Pour construire des communautés solides et fécondes, mettons-nous en prière avant d’agir, à l’exemple des Apôtres. Et soyons conscients que Dieu travaille avec nous et que lui seul peut susciter la foi. Amen.  

samedi 7 mai 2022

4ème dimanche de Pâques C - 08 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour devenir missionnaires.



(Paul et Barnabé, fondateurs d'Eglise, 
Source internet : B.8. Retour à Antioche - Saint Paul apôtre (paroisse-immaculee-conception.fr)




A suivre les Apôtres durant le temps pascal, il devient vite évident qu’il est impossible de devenir chrétien juste pour soi. Depuis Pâques, nous avons vu comment les Apôtres eux-mêmes se sont lentement faits à la radicale nouveauté de la résurrection du Christ et de ce que cet événement allait changer en eux. C’est toute leur vie qui s’en trouve bouleversée, et par-delà, la vie de tous les hommes. Nous l’avions constaté dès le jour de Pâques dans l’extrait de la prédication de Pierre chez le centurion Corneille. Si nous reprenons le chemin parcouru depuis Pâques, nous devons nous rendre à l’évidence aujourd’hui : l’événement de Pâques ne nous fait pas seulement découvrir que l’impossible devient possible ; l’événement de Pâques ne nous propose pas seulement de nous attacher à ce Christ, vainqueur de la mort ; l’événement de Pâques ne nous demande pas seulement de témoigner du Christ vivant auprès de ceux qui ont du mal à entrer dans cette nouveauté ou qui la refuse. Non, l’événement de Pâques nous pousse à devenir missionnaire, réellement. Christ ne ressuscite pas pour que je le garde pour moi, mais bien pour que je l’annonce par ma vie et par mes mots à tous les hommes, qu’ils soient de mon clan, de ma religion ou pas. 

Voyez Paul et Barnabé. Nous les croisons lors de leur premier voyage missionnaire. Ils arrivent à Antioche de Pisidie et selon leur habitude, le jour du sabbat, ils entrèrent dans la synagogue et prirent place. C’est ce qu’ils ont toujours faits ; c’est ce qu’ont fait tous les premiers chrétiens, Pierre et les autres en tête. Issus du milieu Juif, ils annoncent Jésus, mort et ressuscité, à leurs coreligionnaires, en leur montrant comment Jésus, par sa mort et sa résurrection, accomplit les promesses faites par Dieu à leurs Pères dans la foi. Et nous voyons bien, ici à Antioche, qu’ils ne cherchent pas à les détourner de leur foi juive : Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Ni Paul, ni Barnabé, ni Pierre, ni aucun autre disciple du Seigneur, n’a l’impression d’avoir changé de religion en proclamant que Christ, celui qui était mort, est désormais vivant, auprès de Dieu. Pour eux, c’est l’accomplissement normal de leur foi initiale. Le Dieu des Pères a (enfin) accompli les promesses faites depuis Abraham, Moïse et les Prophètes. Le problème, si problème il y a, ne vient donc pas d’eux, mais bien de certains auditeurs. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. C’est comme si aujourd’hui, ceux qui se plaignent de nos églises vides le dimanche, entraient en colère si, à l’occasion de la venue d’un prédicateur brillant, les églises devenaient d’un coup, trop petites ! Et Paul est le mieux placé pour leur répondre. Souvenez-vous qu’il n’y a pas si longtemps encore, il s’excitait lui-même contre ceux qu’il qualifiait de secte dangereuse pour la pureté de la foi juive. Entre ces jours sombres où il poursuivait les adeptes de cette nouvelle voie et ce jour à la synagogue d’Antioche de Pisidie, il y a sa rencontre personnelle avec le Christ sur la route vers Damas. Cette rencontre était nécessaire et décisive pour qu’il comprenne l’accomplissement du projet de Dieu pour les hommes en son Fils Jésus, mort et ressuscité. 

Devant l’opposition des Juifs d’Antioche, Paul se rend compte de la nécessité de la mission. Elle ne saurait être arrêtée ou entravée par une quelconque opposition. Paul l’explique lui-même ainsi : C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Si vous relisez les douze chapitres précédents du livre des Actes, vous constaterez par vous-mêmes que c’est ce que les Apôtres ont toujours fait jusqu’à présent : annoncer le Christ ressuscité à leurs frères dans la foi juive. Mais, poursuit Paul, puisque vous la rejetez (…) nous nous tournons vers les nations païennes. Le message de la résurrection est tellement important que, si ceux à qui il était destiné au départ n’en veulent pas, il faut le passer à d’autres. Aucun disciple de Jésus, ayant fait l’expérience du Christ ressuscité, ne peut garder cette nouvelle pour lui, quand bien même ceux à qui ce message était destiné, n’en veulent pas. Il faut le transmettre, à tout prix. Et Paul de préciser pourquoi il va désormais agir ainsi : C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. La raison de l’impérieuse nécessité de la mission n’est pas philosophique ; elle n’est pas davantage une espèce de punition ou de vengeance (tu n’en veux pas, c’est pas grave je donnerai à un autre) ; non, la raison est théologique : c’est la réponse normale à l’ordre de Dieu lui-même. Le salut, que le Christ réalise par sa mort et sa résurrection, est pour tous les hommes ; Israël, dès le départ, a été voulu par Dieu comme son peuple particulier, non pas pour qu’il confisque Dieu à son seul profit, mais pour que toutes les nations parvienne à sa lumière. 

Ce qui était vrai du temps de Paul, reste vrai pour nous aujourd’hui. Le pape François n’a cessé de le rappeler depuis son élection. Pour reprendre son vocabulaire : nous devons aller aux périphéries. Sa demande ne s’adresse pas aux prêtres seulement, mais à toute l’Eglise, c'est-à-dire à chaque baptisé. Aucun de nous ne peut faire l’économie d’une démarche missionnaire authentique. Il ne s’agit pas comme Paul de parcourir le monde ; il s’agit de commencer dans sa famille, dans son quartier, auprès des hommes et des femmes que nous croisons. Et si l’art de la prédication n’est pas donné à tout le monde, l’art de vivre chrétien est notre lot commun. C’est d’abord par notre vie, par notre qualité de relation avec tous, que nous serons missionnaires, ou pas ! Avec les Apôtres, devenons missionnaires pour que le monde croit que Dieu veut le meilleur pour lui. Alors à nouveau les hommes seront dans la joie et rendront gloire à la parole du Seigneur. Amen.

samedi 5 février 2022

5ème dimanche ordinaire C - 06 février 2022

 Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.




        Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. J’ai bien conscience, en ces temps qui suivent la publication du rapport Sauvé, qu’il peut-être ecclésialement et politiquement incorrect de relever cette affirmation de Paul pour la proposer à votre méditation. Pour certains, elle ferait partie de ces phrases qui ont permis la mise en place du cléricalisme, source de tous les abus. Ce serait pourtant gravement trahir la pensée de Paul que d’utiliser ce verset pour justifier une position de domination. 

            Paul ne tire aucune gloire de sa mission d’apôtre. Il se défendra toujours d’avoir été à la charge de quiconque. Jamais il ne s’est fait entretenir ; jamais il n’a usé de sa place dans la communauté pour exiger privilège ou attention particulière. Bien au contraire ; il l’exprime très bien quand il écrit aux Corinthiens : Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Il a conscience que son histoire avec Jésus avait plutôt mal commencé. L’attitude de domination, c’était avant, quand il ne connaissait pas encore le Christ, et qu’il avait exigé les pouvoirs nécessaires pour poursuivre et traquer les adeptes de cette nouvelle voie. Sa qualité d’Apôtre ne sera décidément jamais une occasion d’imposer un pouvoir, d’imposer une opinion. Saint Paul n’est pas un ‘self made man’, mais quelqu’un qui a été fait par Dieu à l’image d’un Isaïe dans la première lecture entendue, quelqu’un qui a été saisi par le Christ, à l’image de Pierre dont nous avons entendu l’appel dans l’Evangile. Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Il a conscience aussi qu’il a été saisi par le Christ pour une seule et unique chose : l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Ce n’est pas là la parole d’un homme de pouvoir, mais la parole de quelqu’un qui s’est mis au service d’un Autre pour les autres. Cette Bonne Nouvelle, il y avait urgence à l’annoncer, puisque sa réception conditionne le salut de ceux qui l’entendent. Paul a travaillé pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

            On pourrait objecter, à la vue de l’œuvre de Paul et de son influence dans la jeune communauté, qu’il a quand même pesé lourd. Il est le premier qui a explicité la foi chrétienne, précisé ce que cela voulait dire, dans le quotidien, d’être chrétien. Il l’a fait de manière systématique, répondant avec assurance aux questions que les jeunes communautés qu’il avait fondées lui adressaient. Certes, mais il ne l’a pas fait pour faire valoir une primauté quelconque, mais bien parce que Dieu l’avait saisi et travaillait avec lui, à travers lui. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Ce n’est pas là une belle phrase, mais bien l’expression de sa conscience d’être au service de Dieu. Il a conscience d’agir, selon la belle expression du Concile Vatican II in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le mot important dans cette phrase, c’est celui ajouté justement par le dernier Concile à une expression plus ancienne : le mot ‘Tête’. Ce mot rappelle qu’il n’est pas le Christ ; il est un instrument qui permet à la Tête du Corps qu’est l’Eglise d’agir dans son Eglise. Et cette tête, ce n’est jamais Pierre, Paul, François, ou qui sais-je encore ; cette tête, c’est toujours et exclusivement le Christ que les hommes comme Paul servent. 

Ceux qui servent ne peuvent jamais être celui qu’ils servent. L’œuvre de Paul, l’œuvre des Apôtres, l’œuvre des prêtres, c’est de permettre au Christ, et à lui seul, de guider, enseigner, nourrir, présider son peuple. Le prophète, l’apôtre, l’évêque, le prêtre, le diacre, mais aussi le catéchiste et toute personne investie dans l’Eglise, n’existent que par appel du Christ, appel adressé à eux par l’Eglise. Sans le Christ, sans l’Eglise, ils ne sont rien. Sans le Christ, ils n’ont personne à annoncer ; sans l’Eglise, ils n’ont personne à servir. Paul ne s’annonce pas lui-même, même quand il aura l’audace de dire : prenez-moi pour modèle ! Car aussitôt, il ajoute : mon modèle à moi, c’est le Christ ! In fine, le Christ doit être notre modèle à tous. Qu’il le soit à la manière d’un Paul ou d’un Pierre, importe peu. Il est et reste le modèle unique qu’un Paul ou un Pierre présentent avec ce qu’ils sont. Paul est plus que clair à ce sujet : Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze… et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Si même Paul a finalement été saisi par le Christ, combien plus chacun de nous peut être saisi par le Christ. Ce n’est pas Paul qui compte, c’est le Christ et son œuvre : Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. 

            Rien, dans ces grandes figures appelées par Dieu, ne justifie une prise de pouvoir ou un abus de quelque sorte que ce soit. Tout, dans leur vie, souligne la primauté du message sur le messager. Tout contribue à tourner notre cœur vers le Dieu unique et vrai, et pour les chrétiens que nous sommes, à mettre le Christ, et lui seul, au cœur de notre vie. Qu’il en soit donc ainsi ; il n’aurait jamais dû en être autrement. Amen.

samedi 12 juin 2021

11ème dimanche ordinaire B - 13 juin 2021

 Notre ambition, c'est de plaire au Seigneur.




        Il arrive qu’on m’interroge sur le choix du sujet de mon homélie. Qu’est-ce qui me guide ? Pourquoi telle approche plutôt qu’une autre ? Je ne saurais répondre. Quelquefois c’est un texte, quelquefois un mot, quelquefois une situation qui me guide, voire me saisit. Pour aujourd’hui, j’ai eu beau relire les textes de ce dimanche et quelques anciennes homélies, c’est toujours le même verset qui revenait au-devant. Il est tiré de la seconde lecture et résume bien Paul qui l’a écrit : notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. 

            Vous pouvez examiner l’œuvre de Paul avant sa vocation ou après son appel par le Christ, c’est cette unique ambition qui l’anime. Qu’il persécute les chrétiens ou qu’il prêche le Christ, il ne le fait pas pour lui-même, ni pour plaire aux hommes, mais pour plaire au Dieu qu’il sert. Il nous faut nous rendre à cette évidence : même quand il pourchassait ceux dont il ne savait pas encore qu’ils allaient devenir ses frères, ce n’était pas par haine, mais par souci de préserver la foi, par souci de défendre le Dieu de ses pères. Il est et sera toujours animé d’un zèle authentique pour Dieu. Il peut humblement écrire : mon ambition, c’est de plaire au Seigneur, parce qu’il n’y a rien de plus vrai. C’est pour cela qu’il se laisse guider en toute chose par l’Esprit Saint. Nous avons pu le vérifier durant le temps pascal quand était proposé à notre méditation le livre des Actes des Apôtres. Plusieurs fois, il a accepté que l’Esprit Saint lui barre le chemin, l’empêche de se rendre en tel lieu pour aller là où Dieu lui-même l’attendait. 

            Plaire au Seigneur. Qui s’en soucie encore aujourd’hui ? Beaucoup, j’ose l’espérer quand même. Mais voulons plaire au Seigneur d’abord, par-dessus tout ? Ou cherchons-nous d’abord à plaire aux hommes en espérant que cela plaira aussi à Dieu ? Plaire aux hommes, nous savons que cela a un côté partisan, un peu intéressé. Je cherche à plaire à ceux qui peuvent quelque chose pour moi. Nous le voyons bien en ce moment alors que s’approchent deux scrutins. Des hommes et des femmes cherchent à nous plaire pour obtenir notre suffrage et le pouvoir qui va avec. Ce n’est pas condamnable ; c’est une bonne chose en démocratie. A condition que ce soit le bien commun qui les guide et non un quelconque esprit de revanche ou une soif de pouvoir. Et même si nous vivons dans un pays laïc, j’aimerais croire que certains d’entre eux se présentent à nous, non pour nous plaire, mais pour plaire au Seigneur. Ceux-là auraient vraiment le bien commun chevillé au corps ; ceux-là ne risquent pas d’oublier qu’ils sont choisis pour servir les hommes. 

            Plaire au Seigneur devrait être l’ambition de chacun de nous, rassemblés ce matin. Ce devrait être l’ambition de chaque croyant pour que resplendisse la communauté à laquelle il appartient. Dans de trop nombreuses communautés croyantes, il y en a encore qui se déchirent dans des luttes pour un pouvoir d’un autre âge ; trop de gens veulent encore être applaudis, mille fois remerciés pour avoir mis leur talent au service de tous. Il y avait, dans notre diocèse, un prêtre qui faisait régulièrement applaudir tout le monde : « elle a bien lu ; applaudissons-la ! Ils ont bien chanté ; applaudissons-les ! Le fleurissement est splendide : applaudissons ! » Pour les gens, cela avait un côté amusant et bon enfant au début, mais dimanche après dimanche, quel intérêt ? Dieu saura récompenser ce que nous aurons fait de bien pour le service de tous bien mieux que ne le feraient nos applaudissements. A moins que nous ne recherchions que la gloire qui vient des hommes ! Mais celle-là est passagère, alors que la gloire qui vient de Dieu est éternelle. 

            Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Ce qui me semblait, à la première lecture, une ambition démesurée, m’apparaît alors comme la manifestation d’une grande humilité. Celui qui est habité par cette ambition, à l’exemple de Paul, se laisse totalement guider par l’Esprit Saint et n’attend rien des hommes. Son seul désir est de servir Dieu à travers ses frères. Sa récompense viendra lorsqu’il apparaîtra à découvert devant le tribunal du Christ. C'est-à-dire quand il ne pourra plus rien changer à ce qu’était sa vie, lorsque tout sera remis au Christ et que nous ne pourrons plus que mendier sa miséricorde. C’est en cherchant à plaire au Seigneur en toute chose que nous ferons grandir le règne de Dieu mystérieusement semé dans notre monde. Ce que nous faisons pour plaire au Seigneur peut ressembler à une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences ; une fois semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères. 

            Tel est le pouvoir de cette ambition saine de vouloir plaire au Seigneur. Elle nous fait faire des choses toutes simples souvent, de rares fois des choses exceptionnelles, mais qui sont, comme la graine semée, invisible aux yeux des hommes. Mais toutes font grandir le règne de Dieu ; toutes permettent aux hommes et aux femmes de notre temps de pouvoir être saisis à leur tour par cette Parole de Dieu qui transforme les cœurs et change le monde en mieux. Que notre unique ambition soit toujours de ne plaire qu’au Seigneur pour le bien de tous. Amen.

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.