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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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mercredi 22 février 2023

Mercredi des Cendres - 22 février 2023

 Revenez à moi de tout votre coeur !


(Source : Il y a dans le coeur de l’ Homme … | 1001 versets (la-bible.info)


 

 

            Ils étaient les premiers mots prononcés au début de cette liturgie ; ils vont nous accompagner durant tout notre Carême. Ecoutons-les à nouveau : Revenez à moi ! Et l’oracle du Seigneur de préciser : de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! N’est-ce pas paradoxal de formuler cette invitation ainsi ? 

            Dans une société dite de loisirs, une telle invitation risque de faire un flop monumental. Revenir au Seigneur, certes, mais dans le jeûne, les larmes et le deuil : on a vu plus joyeux et plus tentant comme expérience. Il faut le reconnaître : cela n’a rien d’attrayant ! C’est même plutôt rude. Faut-il donc renoncer à toute joie pour revenir au Seigneur ? Dieu serait-il contre la joie ? Beaucoup vous diront que ce n’est pas avec un tel programme que vous remplirez les églises. Et pourtant, il nous faut bien entendre et recevoir cette invitation du Seigneur au début de ce carême. 

            Le Carême est un temps que j’appellerais un temps sec, dur ; et c’est normal parce que c’est un temps de conversion. Le retour vers le Seigneur n’est pas le retour joyeux, mais le retour de celui qui sait qu’il s’est éloigné de Dieu, éloigné de sa Parole de vie, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à vivre, éloigné de l’idéal que Dieu l’invite à être. C’est le retour d’un humain qui sait qu’il s’est perdu lui-même, égaré hors de sa vie. Quelqu’un qui n’est plus que l’ombre de lui-même, spirituellement parlant. Ce n’est pas que nous n’aimons plus Dieu, mais la vie, avec ses grands soucis et ses petits bonheurs, nous a lentement éloignés de Lui, lentement éloignés de la meilleure version de nous. Quelquefois nous ne nous en rendons même pas compte. C’est comme la dérive des continents : cela se fait lentement, c’est à peine perceptible. Un jour, nous constatons que Dieu est devenu lointain, que nous sommes devenus étrangers à Dieu. Nous pensons à lui, comme nous pensons à cette vieille tante ou à ce vieil oncle que nous n’avons pas revu depuis si longtemps. Ils font leur vie, nous faisons la nôtre. La différence entre le vieil oncle et Dieu, c’est que Dieu ne souffre pas d’Alzheimer ; il ne nous oublie pas. Ce temps de Carême qui s’ouvre aujourd’hui, est un de ces temps où Dieu lui-même se rappelle à notre bon souvenir : Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. 

            Revenez à moi, parce que je vous attends, parce que votre vie est en moi, parce que votre bonheur est avec moi. Revenez vers moi parce que je fais pour vous des merveilles. Revenez à moi. 

            De tout votre cœur, pas seulement du bout des lèvres, pas seulement parce que vous y avez intérêt, mais parce que c’est  votre désir profond, parce que votre cœur sait où est son vrai repos. Souvenez-vous de ce beau refrain : Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. Nos soifs les plus profondes, Dieu seul sait les étancher. Revenir vers lui de tout notre cœur, c’est reconnaître cela. 

            Dans le jeûne, les larmes et le deuil, parce qu’ils sont les moyens sûrs et efficaces pour exprimer ce que le fond de notre cœur n’arrive pas toujours à faire parvenir jusqu’à nos lèvres. Le psalmiste a su le faire admirablement dans ce psaume 50 que nous avons antiphoné ensemble : Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Voilà exprimé avec des mots le jeûne, les larmes et le deuil. Un psaume à prier souvent en ce temps de Carême. 

            Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil. Nous comprenons bien que cela ne peut se faire la bouche en cœur et la fleur au fusil. Nous avons peut-être du mal à nommer clairement notre péché, mais nous avons la conscience claire de nous être éloignés de Dieu, lentement, mais sûrement. Le retour ne peut se faire avec tambours et trompettes parce que nous ne sommes pas fiers de nous. Mais nous sommes heureux de ce Dieu qui est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qu’est-ce qu’un temps de jeûne, que sont nos larmes, qu’est notre deuil de nous-mêmes, de notre orgueil, face à cet immense amour de Dieu pour nous ? Juste le signe de la sincérité de notre cœur. Nous ne revenons pas à lui parce que le calendrier et la liturgie nous disent de le faire, parce que c’est Carême ; nous revenons à lui parce que nous mesurons pleinement que notre vie loin de Lui n’est que peine et misère, cendres et poussières. 

            Hier, nous portions peut-être un masque de carnaval, jouant à être quelqu’un d’autre. Ne portons pas les cendres que nous allons accueillir comme un masque. Devant Dieu, nous ne pouvons pas jouer à être quelqu’un d’autres. Devant Dieu, nous nous présentons en vérité : et notre vérité, c’est que sans lui, nous ne sommes que cendres et poussières. C’est lui qui, en soufflant sur nous son Esprit, donne vie à nos cendres et poussières. C’est lui, et lui seul, qui nous fait vivre pleinement, réellement. Présentons-nous devant lui, marqués de ces cendres, marqués par les limites de notre existence. Il saura nous transformer, il saura nous fait vivre. Sa Parole nous fait vivre. Quarante jours nous sont donnés pour réapprendre à vivre de Lui. Revenons à lui de tout notre cœur. Amen.

samedi 30 mars 2019

04ème dimanche de Carême C - 31 mars 2019

Qui est Dieu pour nous ?







Qui est Dieu pour nous ? Cette question, pour banale qu’elle semble être, est bien la question que doivent affronter tous les catéchumènes qui demanderont le baptême au cours de la nuit de Pâques. Et nous-mêmes, croyants de longues dates, devons régulièrement reprendre cette interrogation puisque nous aussi, nous serons invités à renouveler la foi de notre baptême au cours de la grande nuit qui nous mènera au matin de Pâques. Il serait quand même dommage de ne répondre que par habitude aux questions qui nous seront posées dans trois semaines. La liturgie de ce dimanche nous apporte un élément de réponse, en affirmant avec force une marque essentielle du Dieu de l’Alliance : notre Dieu est miséricorde, autrement dit, il est un Dieu qui pardonne, toujours et encore par amour.


Qui est Dieu pour nous ? La parabole du fils prodigue répond avec une particulière finesse à cette question, en soulignant la fois la patience de Dieu, sa tendresse pour l’humanité pécheresse et sa capacité à dépasser le mal. Au fils qui revient après une vie de débauche, il ne fait aucun reproche. Au contraire, il lui remet des sandales aux pieds – signe qu’il est un homme libre – un anneau au doigt – lui rendant ainsi toute sa place dans la famille alors qu’il réclamait une place d’ouvrier – et un vêtement de fête – signe de la joie qu’il a, lui le Père, d’accueillir à nouveau son fils, revenu à la vie. Au fils aîné qui se révolte devant l’attitude de ce père qu’il ne comprend pas, il fait une invitation à entrer dans sa joie. Cette parabole est un petit bijou théologique, et vous aurez beau la relire ou la réentendre tous les ans, vous y découvrirez toujours plus combien Dieu aime, combien Dieu pardonne. 


Qui est Dieu pour nous ? Ayant entendu cette parabole, nous serions tentés de dire, peut-être un peu par habitude, que Dieu est celui qui pardonne à ceux qui se tournent vers lui. C’est vrai : mais je crois de plus en plus que Dieu pardonne même déjà avant le retour du fils. Je crois que le fils est pardonné dès le moment de son départ de la maison. Que voulez-vous ? Ce père aime, et il ne saurait tirer un trait sur l’existence de ce fils qui semble perdu, parti avec son héritage. Le retour du fils n’en devient pas pour autant moins nécessaire. Parce que si le Père pardonne dès le départ, il faudra que le fils rentre, revienne vers son père, pour éprouver la joie du pardon. Nous ne pourrons donc jamais faire l’économie du retour vers Dieu, pensant que de toute manière nous sommes pardonnés. Notre retour à Dieu nous permet d’accueillir ce pardon que Dieu offre sans cesse, avec largesse. A quoi cela servirait-il de croire en Dieu qui pardonne, si jamais je ne compte accueillir son pardon dans ma vie ? A quoi cela servirait-il que Dieu soit miséricordieux, si je n’ai pas besoin de sentir cette miséricorde à l’œuvre dans ma propre existence ? Le retour du fils nous permet de vérifier que la miséricorde de Dieu n’est pas une belle idée, mais une vérité à l’œuvre. Nous ne sommes pas dans la catégorie des belles histoires à raconter aux enfants, lorsque nous parlons de la tendresse, de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour chacun d’entre nous. Nous sommes dans la réalité de ce que Dieu est vraiment, authentiquement, pour nous.  Dieu ne saurait être Dieu s’il n’était pas miséricorde. 


Qui est Dieu pour nous ? Le développement de notre liturgie de ce dimanche nous apprend aussi que notre Dieu est un Dieu qui se révèle. Nous n’avons pas à chercher Dieu : il se montre à nous. Il est celui qui vient à notre rencontre. Dans la liturgie de l’Eglise, cela est bien manifesté par ce temps de parole où nous lisons les textes sacrés, l’histoire d’amour entre Dieu et son peuple dans le premier testament, mais aussi le don du Fils unique, et les conséquences pour nous d’un tel don dans le second testament. Il y a là, peut-être, la raison majeure de l’obligation dominicale que Benoît XVI avait rappelé en son temps dans son document sur l’eucharistie intitulé Le sacrement de l’amour. Nous sommes invités de manière pressente à participer au repas de l’amour chaque dimanche, justement parce que Dieu s’y révèle tel qu’il est. Beaucoup de nos contemporains pensent qu’il suffit de mener une vie droite et de prier dans le secret de son cœur pour être chrétien. C’est sans nul doute utile et nécessaire, mais c’est aussi absolument insuffisant. Répondre avec fidélité, semaine après semaine, à l’invitation de Dieu lui-même à le rencontrer avec d’autres, me permet de ne pas me tromper sur Dieu, m’évite de me faire de lui une fausse image, basée sur mon unique sentiment. En venant à la messe, j’entends Dieu me dire qui il est pour moi, et le nom de Dieu révélé à Moïse dans les lectures de dimanche dernier, prend alors tout son sens : Je suis qui je suis, disait la voix de Dieu dans le buisson ardent à Moïse. C'est-à-dire, je suis celui que je serai pour toi selon les circonstances de ta vie. Ou encore, je suis celui qui se révèlera à toi selon ce que tu auras besoin de savoir de moi. Nous sentons bien déjà que nous ne possédons pas Dieu, que nous ne connaissons, et que nous ne connaîtrons, jamais tout de lui avant de le rencontrer nous-mêmes, face à face dans la joie du Royaume. Dieu est celui qui est toujours à découvrir. Et si c’est bien du même Dieu que nous parlons tous, malgré nos âges et nos vies différentes, nous en parlons tous différemment, simplement parce que Dieu ne se révèle pas pareillement à des enfants qu’à des ados ou des adultes. Dieu respecte trop chacun de vous pour ne pas vous accompagner dans ce qui fait la particularité de votre vie. 


Qui est Dieu pour nous ? Si nous regardons bien les deux fils de la parabole, nous comprenons vite qu’il est celui qui nous invite à toujours dépasser ce que nous croyons de lui, à ne jamais nous installer dans une image préfabriquée. Dieu est celui qui nous attend sur la route, mais qui se révèle toujours différent. Et si vous croyez avoir mis la main sur lui, assurez-vous bien qu’il ne soit pas déjà ailleurs, vous invitant à avancer plus loin pour le découvrir encore. Le plus jeune fils, au moment où la faim le tenaille, ne voit en son père que celui qui peut le nourrir au prix de sa propre déchéance : Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers. Il n’imagine pas un instant qu’il puisse être pardonné sans dommage, pardonné simplement par amour, sans que le Père ne se venge. Quant au second fils, celui que tout le monde imagine gentil et bien disposé, il ne se rend pas compte qu’il a une relation faussée à son père.  Lorsqu’il s’adresse à lui, il ne lui parle pas comme un fils parle à son père, mais bien comme un ouvrier : Je n’ai jamais transgressé tes ordres ! Il se révèle momentanément incapable de partager la joie de son père, parce que sa relation à lui n’est pas basée sur des liens filiaux. Il ne se sait pas fils jusqu’au bout des ongles ! Il ne se sent plus frère de celui qui est parti dilapider la fortune familiale. Il n’a jamais rien fait d’autre que de travailler pour son père : comment pourrait-il se sentir fils ? Il faut toute la tendresse et tout l’amour du Père pour, peut-être, réussir à lui faire comprendre qu’il est aimé grandement et pareillement. La parabole n’est pas achevée : nous ne savons donc pas si ce deuxième fils a fait lui-aussi son retour vers son Père ! Nous ne pouvons que croire qu’il s’est laissé, lui-aussi, aimer d’un amour inconditionnel. 


Qui est Dieu pour nous ? Je ne peux pas répondre pour vous à cette question. Aucun croyant ne peut faire l’économie d’une bonne réflexion sur cette question, ancrée dans la prière. Notre liturgie nous dira encore que Dieu est bien ce Père miséricordieux que nous pouvons prier avec un cœur d’enfant et un esprit vraiment filial. Elle nous redira que notre Dieu veut notre bonheur et qu’il nous offre sa bénédiction chaque jour. Je peux simplement vous dire qu’il est celui qui vous attend, qui veut faire alliance avec chacun de vous, particulièrement. Je peux aussi vous dire que vous n’aurez jamais fini de le découvrir ; c’est pour cela que je vous encourage à le découvrir encore. Laissez-vous approcher de lui puisqu’il vient à votre rencontre en Jésus Christ ; laissez-le vous parler chaque dimanche dans l’Eucharistie ; laissez-le vous accompagner chaque jour dans votre vie. Prêtez l’oreille de votre cœur ; Dieu vous appelle, Dieu vous attend, Dieu vous envoie. Que ce dimanche vous donne le goût de poursuivre sa découverte, et que ces jours de carême vous permettent une vraie rencontre avec celui qui vous aime et vous relève. Amen.


(Giorgio de Chirico, Le fils prodigue, 1922, Museo del Novecento, Milan)

mercredi 10 février 2016

Mercredi des Cendres - 10 février 2016

Le carême, un temps  pour ré-enchanter notre foi !







L’oraison de la messe de ce mercredi des cendres peut laisser croire que ce temps est un temps difficile et rude : elle nous parle de jeûne et de combat spirituel, toutes choses peu réjouissantes pour le commun des mortels. Nous reconnaissons-là la marque des efforts à faire tant enseignés par le passé, au point qu’un évêque de France a parlé un jour du christianisme comme d’une religion qui sent la sueur. Qui s’est déjà réjoui de la venue du temps du carême ? Pourtant, ce temps privilégié n’est pas à vivre dans la tristesse ou dans l’affliction. Au contraire, c’est un moment joyeux, un temps favorable si l’on en croit les Ecritures entendues en cette célébration. 
 
Ecoutez à nouveau le prophète Joël : revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Ce qu’il annonce, c’est un retour en grâce ; ce qu’il prêche, c’est la conversion, c’est-à-dire un retour sincère vers Dieu pour le redécouvrir tel qu’il est. On ne le répètera jamais assez : il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Pas de quoi avoir peur donc, mais plein de raisons de se réjouir : Dieu s’est ému en faveur de son peuple, il a eu pitié de son peuple. En ce jubilé de la miséricorde, voilà une bonne nouvelle pour nous tous. Malgré notre péché, malgré nos manques de foi, Dieu est fidèle à sa Parole, Dieu est fidèle à son Alliance. Si nous avions oublié notre part dans cette Alliance que Dieu scelle avec nous au moment de notre baptême, lui se souvient : il s’est engagé envers nous ; sa faveur envers nous est pour toujours. Il nous suffit de lever nos yeux vers lui, et humblement de marcher à nouveau avec lui. 
 
Des siècles après Joël, l’Apôtre Paul nous adresse le même cri, la même supplication : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. En formulant ainsi sa demande, Paul nous redit bien que la réconciliation est d’abord l’œuvre de Dieu et de sa miséricorde. C’est lui qui en a l’initiative en son Fils Jésus qu’il a envoyé dans le monde pour notre salut. L’engagement de Dieu est total dans cette œuvre de salut ; il ne renonce à rien pour nous sauver. Il va jusqu’à identifier au péché celui qui n’a pas connu le péché, afin qu’en lui nous devenions juste de la justice même de Dieu. Voyez comme est grand l’amour dont Dieu nous aime ! A nous de savoir saisir l’instant, à nous de reconnaître Dieu à l’œuvre dans notre vie. C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut. Pas demain, pas la semaine prochaine. Aujourd’hui ! En ce moment-même ! C’est dire l’urgence de nous tourner vers Dieu pour bénéficier de sa miséricorde ! 
 
A la miséricorde de Dieu, doit répondre notre propre miséricorde, celle que nous accorderons à ceux qui nous entourent. Les œuvres de miséricorde que Jésus indique (prière, jeûne et charité) sont la réponse à l’appel de Dieu, la marque de notre désir de marcher avec Dieu. La miséricorde de Dieu envers nous ne s’est pas payée de mots ; il a livré son propre Fils pour notre vie. Notre réponse à Dieu ne peut se payer de mots ; elle doit se traduire en actes, en art de vivre qui témoigne de la miséricorde qui nous a été accordée et que nous devons propager. La miséricorde est un don à partager, largement, pour qu’il ne s’épuise pas. Comment pourrais-je n’être pas miséricordieux avec mon frère après que Dieu m’ait accordé sa miséricorde ? Mais notre miséricorde doit rester discrète, faite dans le secret. Il n’y a pas à en tirer gloire ; ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel ; c’est la réponse ordinaire et simple à la miséricorde dont nous bénéficions. Point. C’est tout. 
 
Pour vous permettre de vivre positivement ce temps de carême, je vous laisse pour finir un verbe qui est devenu le mot d’ordre dans l’Enseignement catholique. Il a été lancé par notre secrétaire général. Ce verbe, c’est ré-enchanter. Non pas pour faire des trucs en plus, mais pour reprendre ce que nous faisons déjà et peut-être pour le faire avec une conscience renouvelée. Ceci nous évitera au moins de croire que le jeûne, la charité et la prière sont des choses réservées au Carême, nos bons vieux efforts à ressortir une fois l’an et à bien ranger, lorsque nous serons rendus au temps de Pâques. Ré-enchanter notre vie de foi et ne pas faire des choses parce qu’il faut les faire, ne pas se servir des outils de la foi comme de prétextes, mais vivre en vérité les rites et les temps que propose notre foi ; voilà sans doute le chemin à faire pour que notre vie de foi questionne et ouvre un chemin de possible pour qui est non-croyant ou mal croyant ou croyant autrement. Avant de vouloir convertir, cherchons à vivre : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples, avertit le Christ. En ce temps de Carême qui commence aujourd’hui, accueillons-donc la miséricorde de Dieu et vivons ! Vivons et aimons largement ! Nous ferons ainsi grandir la vie pour la joie et le salut de tous. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 29 novembre 2014

01er dimanche de l'Avent B - 30 novembre 2014

Avec le psalmiste, implorons Dieu : Fais-nous revenir !




Dieu, fais-nous revenir ! Tel est le cri du psalmiste en ce premier dimanche de l’Avent. Il semble en contradiction avec le cri du prophète Isaïe entendu en première lecture : Reviens, à cause de tes serviteurs. Et pourtant, ne s’agit-il pas d’un seul et même cri ?
 
Le prophète Isaïe, lorsqu’il lance vers Dieu son cri : Reviens, veut redonner du courage à son peuple. Tous les malheurs se sont abattus sur ce peuple à la nuque raide à cause de son péché. Nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. En appelant Dieu à l’aide, le prophète veut faire comprendre au peuple que tout n’est peut-être pas fini. Ce peuple qui n’a plus voulu de Dieu, qui s’en est débarrassé en acceptant d’autres dieux, qui se retrouve incapable d’assumer les conséquences de ses actes, ce peuple donc se rend compte de qui est Dieu pour lui : c’est toi notre père, nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. Il  a conscience que Dieu s’est éloigné parce qu’il ne voulait plus de lui. N’aurions-nous pas fait pareil ? Reviens ! Ce cri du prophète est donc légitime. Nous avons l’habitude de l’entendre en temps de l’Avent. Oui, que Dieu revienne vers son peuple ; que Dieu habite à nouveau au milieu de son peuple ; et tout ira pour le mieux. 
 
Pourtant, si vous avez bien écouté le texte d’Isaïe, vous aurez pu entendre le prophète interroger Dieu en ces termes : Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Et plus loin, il affirme : Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Si Dieu s’est retiré, le peuple s’est aussi égaré loin de Dieu. Son péché l’a éloigné de la loi de Dieu comme le vent emporte au loin les feuilles mortes détachées de l’arbre. C’est donc à lui aussi de faire effort pour revenir vers Dieu. D’où le cri du psalmiste : Fais-nous revenir ! Celui qui pousse ce cri a bien conscience qu’il lui faudra toute la puissance de Dieu pour qu’il puisse se convertir. Ce psaume 79, dont nous chantons un extrait en ce dimanche, rappelle tout ce que Dieu a fait pour son peuple : il en a pris soin comme on prend soin d’une vigne, il l’a sorti d’Egypte, l’a planté en bonne terre où il a pu s’épanouir. Mais un jour, Dieu a percé sa clôture. Désormais, tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage, les bêtes des champs la broutent. Peut-on dire mieux que cela qu’elle n’est plus rien, cette vigne de Dieu ? Le psalmiste reprend le cri du prophète : Dieu de l’univers, reviens, et le double d’un second cri, qui lui est semblable : Dieu, fais-nous revenir. Si Dieu doit à nouveau porter le souci de son peuple, il faut aussi que le peuple porte à nouveau le souci de son Dieu. On pourrait dire : Dieu et l’homme, même combat. Dieu aime son peuple ; il l’a maintes fois démontré dans le passé ; et le peuple aime son Dieu, même si quelquefois l’homme se montre ingrat. Dieu et l’homme, c’est une histoire d’amour sans cesse chahutée, sans cesse recommencée. Pour qu’elle soit solide, chacun doit revenir vers l’autre : le peuple doit revenir vers Dieu et Dieu doit revenir vers son peuple. Le cri du psalmiste : Fais-nous revenir, est touchant parce que l’homme y dit sa faiblesse, son incapacité à revenir vers Dieu par ces propres forces si Dieu ne le fait pas revenir par sa puissance. C’est un peu comme si nous disions à Dieu : aime-nous fort pour que nous puissions t’aimer un peu. Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l’homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! Comment dire mieux que l’homme tient tout de Dieu ? 
 
Reviens, et fais-nous revenir ! Ce cri en deux mouvements est notre cri en ce temps de l’Avent. Au début d’une nouvelle année liturgique, il nous permet de redire notre confiance en Dieu, notre désir de conversion, notre volonté de nous attacher à ce Dieu qui nous aime et qui vient toujours rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de lui en suivant ses chemins. Il n’est pas de meilleur moyen de nous préparer à accueillir celui que Dieu envoie. Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! Puisse notre demande devenir notre réalité. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)
 

samedi 7 juin 2014

Pentecôte - Messe de la Veille au soir - 07 juin 2014

Comment Dieu tourne le coeur des hommes vers lui.




Comme nous l’avons fait au cours de la nuit pascale, nous avons relu, en cette veille de la Pentecôte, l’histoire du salut, l’histoire des alliances sans cesse répétées entre Dieu et les hommes. Si au début du temps pascal, toutes les lectures nous tournent vers la figure du Christ Sauveur, en cette nuit, nous venons d’entendre comment Dieu, lentement mais sûrement, par la puissance de son Esprit Saint, tourne le cœur des hommes vers lui.
La première lecture entendue (l’histoire de Babel) a de quoi surprendre le lecteur non averti. En effet, il semble que tout va bien. Pour une des rares fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes s’entendent ; ils parlent tous la même langue. N’est-ce pas le rêve ? Pourtant, que lisons-nous ? Que Dieu lui-même vient semer le trouble. Pour le lecteur trop hâtif, Dieu ressemble à un enfant gâté qui vient semer la discorde pour se préserver. Or c’est tout le contraire qu’il faut comprendre. L’intervention de Dieu, qui vient rétablir la diversité des langues qui existaient après l’alliance avec Noé, pose un acte sauveur. Il sauve l’humanité de la folie de la tyrannie. Parler une seule langue, marcher au même pas, n’avoir qu’une seule pensée : voilà bien les leviers du pouvoir tyrannique. De plus, avec la construction de cette tour qui devait monter jusqu’au ciel, les hommes sont repris par ce désir, toujours mal maîtrisé, d’être leur propre Dieu : une tour dont le sommet soit dans les cieux, n’est pas faite pour rencontrer Dieu, mais pour prendre sa place ! L’homme veut construire sa gloire et sa renommée contre Dieu. En attendant de donner une réponse définitive au désordre de Babel, Dieu disperse les hommes. Sa réponse définitive sera donnée au jour de Pentecôte, comme nous l’entendrons demain matin : dans la nouvelle alliance, les hommes n’auront pas une seule langue, mais chacun, dans sa langue, entendra les merveilles de Dieu.
Dispersant les hommes à la surface de la terre, mettant la confusion dans leur langage, Dieu va devoir se choisir un peuple particulier, un peuple qu’il établira lumière pour les nations. Un peuple grâce auquel il montrera aux autres les avantages de l’alliance qu’il propose à tous. C’est le temps de Moïse, le temps du don de la Loi qui permet à un groupe particulier de devenir le peuple de Dieu : Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons ! Belle promesse, maintes fois oubliée, maintes fois bafouée. Seule la patience de Dieu pourra vaincre les réticences de l’homme ; seule l’amitié vraie entre Dieu et Moïse sera signe de cette alliance possible, de cette vie plus grande possible.
Quand le péché domine le cœur de l’homme, Dieu se fait lointain ; non pas qu’il abandonne l’homme, mais parce que l’homme s’éloigne de Dieu. La patience de Dieu est mise à rude épreuve. Et pourtant, par ses prophètes, il annonce le retour en grâce, il annonce ce jour où les hommes reviendront à la vie véritable. Par l’Esprit, les ossements desséchés revivent. Dieu le promet : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ! La nouvelle alliance se précise. Les promesses de Dieu ne sont pas des paroles en l’air. La Pentecôte sera la réalisation parfaite de cet oracle du prophète Ezéchiel. Par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revivre ; par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revenir à lui. Par l’Esprit Saint qui nous fait invoquer le nom du Seigneur, Dieu nous sauve. Le prophète Joël nous l’a redit dans cet autre oracle : Je répandrai mon esprit sur toute créature… Alors, tous ceux qui invoqueront le Nom du Seigneur seront sauvés.
Cette promesse, renouvelée de prophète en prophète, Jésus la reprend à son compte : il va la mener à son achèvement. L’Esprit Saint sera donné quand le Christ sera glorifié par le Père. Pâques et Pentecôte sont irrémédiablement liées. Sur la croix, le Christ remet son esprit au Père ; il meurt et retourne chez son Père. C’est cet Esprit qui est donné, partagé aux disciples, après sa résurrection, au soir de Pâques dans l’Evangile de Jean. C’est cet Esprit qui est donné à tous au jour de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. C’est cet Esprit dont nous vivons encore aujourd’hui ; c’est cet Esprit qui nous entraîne sur les chemins du salut, à la suite du Christ ressuscité.
Ayant lui-même été saisi par l’Esprit du Ressuscité, Paul peut témoigner de l’œuvre de l’Esprit en nous : il vient au secours de notre faiblesse… il intervient pour nous… Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. Si c’est bien le Christ qui nous obtient le salut par son sacrifice sur la croix, c’est l’Esprit qui nous permet de comprendre cette œuvre de salut en vérité et qui nous permet d’y consentir pour notre propre vie. Nous pouvons répondre à cette Alliance nouvelle que Dieu nous propose dans le sang de son Fils grâce à l’Esprit qui nous donne l’intelligence de cette œuvre de salut. Avec le Christ, Dieu nous a tout donné puisqu’il s’est donné lui-même ; avec l’Esprit, il nous donne la possibilité de faire le choix de Dieu, le choix de la fidélité à cette œuvre de salut. Dans l’Esprit, l’homme peut répondre à Dieu et consentir à l’Alliance nouvelle.
Demander l’Esprit Saint et l’accueillir, ce n’est pas demander et accueillir un truc en plus : c’est consentir à l’œuvre de Dieu en nous, c’est consentir à être sauvé par le Christ. Demandons à Dieu, sans nous lasser, la grâce de son Esprit Saint, pour qu’il agisse en nous et nous sauve. Amen.
 
(Logo du pèlerinage international des servants d'autel à Rome en 2006)

vendredi 30 août 2013

22ème dimanche ordinaire C - 01er septembre 2013

Quand vous êtes venus vers Dieu...


Frères, quand vous êtes venus vers Dieu… Ainsi commence la seconde lecture que nous avons entendue. Elle est extraite de l’Epître aux Hébreux, une lettre envoyée à des chrétiens qui ont besoin d’être encouragés dans leur foi. Vous le savez sans doute déjà : dans notre vie de foi, il en va comme de bien d’autres engagements : il y a la ferveur des débuts, puis l’installation dans une routine qui conduit souvent à un certain découragement, voire à un abandon. Personne n’est à l’abri de cet enchaînement ; tous, nous avons besoin d’être encouragé dans notre foi pour que nous n’oubliions pas les merveilles que Dieu fait pour nous, par Jésus, son Fils.
 
Quand vous êtes venus vers Dieu, il en a sans doute été pour vous comme pour les destinataires de la lettre : pas de grand miracle, pas de grand signe, pas de buisson ardent… Vous souvenez-vous seulement du jour où vous êtes venus vers Dieu ? Etait-ce au moment du baptême ? Etait-ce déjà avant ? Ou longtemps après ? Pourquoi avons-nous tant de mal à définir le moment où nous sommes venus vers Dieu ? Ces questions nous font bien comprendre pourquoi il est nécessaire d’être encouragé dans notre foi, pourquoi nous devons être responsables les uns des autres, dans la foi. Les destinataires de la Lettre aux Hébreux avaient là un avantage certain sur nous : ils ont choisi un jour d’aller vers Dieu. Ils ont choisi un jour de devenir chrétiens et ils ont fait cette démarche en connaissance de cause, à une époque où être chrétien n’allait pas de soi, et pouvait avoir des conséquences fâcheuses : devenir chrétien aux premiers temps de l’Eglise, c’était accepter le risque d’être découvert, traduit en justice et exécuté ! 
 
Aujourd’hui, alors que nous baptisons encore tant d’enfants qui ne savent même pas parler, le baptême est le sacrement qui marque leur entrée dans la communauté, et leur adoption par Dieu. Mais est-ce vraiment le moment où ils viennent vers Dieu ? Comme je le dis souvent lorsque je baptise un tout petit, il lui faut maintenant grandir, et découvrir par lui-même ce Dieu qui l’appelle à la vie. Il faudra qu’il fasse sien le moment où il viendra vers Dieu. Sinon, il y a fort à parier qu’il n’y reviendra jamais. Nul ne peut vivre toute une vie de foi sur le seul engagement de ses parents et de ses parrains-marraines. Un engagement plus personnel est nécessaire, et il marquera le moment où, en connaissance de cause, le jeune chrétien confirmera le choix qui a été fait pour lui à l’origine de sa vie. Ce moment sera le moment où, jeune adulte, il choisira lui-même d’aller vers Dieu. Plus que le jour même d’une célébration, ce sera le jour où, dans l’intime de sa vie, il aura accepté que Jésus soit son Sauveur, que Dieu soit son Père et que l’Esprit soit celui qui guide et oriente sa vie. 
 
Comment puis-je être encouragé dans ma vie de foi pour aller vers Dieu en vérité ? En participant à la vie de l’Eglise. N’est-elle pas le lieu de rassemblement de tous ceux qui viennent vers Dieu ? A l’époque où la lettre aux Hébreux est écrite, il y a certainement déjà des chrétiens qui ont pris pour habitude de ne plus participer aux rencontres de la communauté. L’auteur de la lettre leur rappelle que quand ils sont venus vers Dieu, ils sont aussi venus vers la Jérusalem céleste, vers l’assemblée des premiers-nés. On ne peut venir vers Dieu et rejeter l’Eglise. On ne peut vouloir s’approcher de Dieu et refuser de rencontrer les frères dans la foi. L’Eglise n’est sans doute pas parfaite, mais elle est composée de ces hommes et de ces femmes, imparfaits comme moi, qui cherchent à vivre humblement avec Dieu. Personne n’y réussira seul. Et choisir d’aller seul vers Dieu, sans les frères, c’est déjà échouer puisque, en Jésus, Dieu a lié sa vie à celle de tous les hommes.
 
Venir vers Dieu, c’est donc venir vers cette assemblée de frères. C’est aussi venir vers Jésus. Il est celui qui établit dans sa chair la nouvelle alliance qui unit le ciel et la terre, la nouvelle alliance qui redéfinit les liens entre Dieu et les hommes. Ses nombreux appels à vivre selon sa parole sont autant de chemins pour venir vers Dieu sans oublier les frères. Il a rappelé à tous la nécessaire humilité pour s’approcher de Dieu en vérité. Lorsque je viens vers Dieu et que je reconnais Jésus comme celui qui me sauve et me révèle le vrai visage de Dieu, j’entre dans une relation dont je ne suis pas le centre. Dieu peut vraiment prendre la place qui lui revient dans la vie de tout croyant. Et je deviens vraiment son disciple, celui qui marche à sa suite, celui qui écoute et apprend, celui qui reçoit tout de la main de son maître.
 
Venir vers Dieu, c’est toujours venir vers quelqu’un qui nous appelle, vers quelqu’un qui se révèle à nous, vers quelqu’un qui nous encourage et qui veille sur nous. Faire le choix de venir vers Dieu, c’est un choix à refaire quotidiennement, parce que chaque jour il y a tant d’occasion de renoncer, d’abandonner. La prière de l’Eglise l’a bien compris, elle qui nous a fait prier ainsi au début de notre célébration : Dieu tout-puissant, de qui vient tout don parfait, enracine en nos cœurs l’amour de ton nom ; resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir. Au moment où nous allons reprendre nos activités pastorales, que cette prière devienne nôtre pour faire grandir encore cette communauté de paroisses que Dieu nous appelle à faire vivre. Puissions-nous aller tous ensemble vers Dieu, le Dieu de notre joie et de notre salut. Amen.

vendredi 14 juin 2013

11ème dimanche ordinaire C - 16 juin 2013

Quand rien ne va plus, il reste le pardon !


Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous et malgré cela,  il y a des hommes et des femmes qui ont tant de mal à bien vivre une démarche de pardon. Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous, et pourtant, il est encore des prédicateurs pour ne parler que du péché de l’homme, des efforts toujours insuffisants qu’il fait pour obtenir le pardon de Dieu. Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous, et nous avons toujours tant de mal à vivre en frères et en sœurs réconciliés par l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous. Tout a été dit et écrit. Avec les lectures de ce dimanche, revenons une fois de plus à ce qui a été dit et écrit à ce sujet dans nos textes sacrés. 
 
Commençons dans l’ordre chronologique avec David, le grand roi que Dieu lui-même a choisi et placé sur son trône. Il avait tout eu de Dieu et aurait eu encore plus s’il l’avait demandé. Il était tout pour Dieu et Dieu devait être tout pour lui. Il s’est laissé entraîner par ses passions ; et le résultat est désastreux : une femme entraînée à l’adultère, un homme tué sous les coups de l’ennemi, et pour David et sa maison un avenir sombre. Tout cela pour satisfaire les désirs d’un seul. Vous me direz : il n’a rien fait contre Dieu, il a juste pris la femme de son voisin, un étranger qui plus est ! Bien justement, en méprisant l’étranger, David a méprisé Dieu ; en s’en prenant à l’étranger, il s’en est pris à Dieu. La réaction de Dieu, c’est Nathan qui la livre : L’épée ne cessera plus de frapper ta maison. Les yeux de David s’ouvrent, son cœur se repend : J’ai péché contre le Seigneur. Et Dieu pardonne. Voilà une première chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : il faut reconnaître son péché, le confesser, pour être pardonné. Avec le psalmiste et le roi David, nous pouvons reprendre le psaume 31 et chanter : Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts… Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse, de chants de délivrance tu m’as entouré. 
 
Vient alors la rencontre de Jésus avec la femme pécheresse chez Simon, le Pharisien. Une histoire que les enfants de nos paroisses qui se préparent au sacrement du pardon avec le livret Brise-chagrins connaissent bien. Elle est une des rencontres de Jésus qu’ils travaillent pour découvrir ce qui se passe quand, dans notre vie, rien ne va plus. Parce que, reconnaissons-le, quand nous nous laissons aller à faire le Mal, rien ne va plus dans notre vie, rien ne va plus selon le désir de Dieu. Si c’est le désir de Dieu qui anime notre existence, il n’y a pas de place pour le Mal dans celle-ci ; si nous étouffons le désir de Dieu, alors le Mal s’installe, le Mal se fait, et oui, rien ne va plus. Que faire alors ? Se laisser à nouveau rencontrer par Jésus, ou comme la femme de l’Evangile, aller à sa rencontre. Quand Jésus passe dans la vie de cette femme que les autres ont vite fait de taxer de pécheresse, tout change. Elle vient, mouille les pieds de Jésus de ses larmes, les couvre de baisers et les parfume. Des gestes bien étranges pour nous mais qui disent bien son désir d’accueillir Jésus dans sa vie. Normalement, c’est Simon, celui qui a accueilli Jésus dans sa maison, qui aurait dû se préoccuper de lui laver pieds et lui offrir le parfum en signe d’accueil. Visiblement, les coutumes se perdaient déjà à l’époque. Mais cette femme, qui n’est pas de la maison, s’en souvient. Elle ne parle pas à Jésus, elle agit pour lui. Comme l’écrivait Giovanni Papini dans son Histoire du Christ, la pécheresse qui entre dans la maison de Simon avec son vase de nard n’est plus une pécheresse. Avant ce jour elle a vu, elle a connu le Christ… Elle n’est plus la femme d’autrefois. Sans ces prémisses, on ne peut entendre l’histoire qui suit. La pécheresse sauvée veut donner à son Sauveur un témoignage de gratitude. Et elle prend une des choses les plus précieuses qui lui sont restées : un vase scellé plein de nard… Elle voudrait encore parler à Jésus… Mais où trouverait-elle les mots qu’elle devrait dire ?... Alors ses yeux parlent et non sa bouche : ses larmes tombent rapides et chaudes sur les pieds de Jésus comme autant de muettes offrandes de sa reconnaissance. Voilà une autre chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : lorsque nous venons vers Jésus, confesser notre péché, avant même d’ouvrir notre bouche, nous sommes déjà pardonnés. Parce que Jésus n’attend que cela ; que nous revenions vers lui. Il a offert sa vie dans ce seul but ! Cela n’enlève rien à la première chose que je vous invitais à retenir : la nécessité de confesser son péché. Au contraire, cela lui donne toute sa force. En reconnaissant mon péché tout en me sachant déjà pardonné, je vais au bout de ma démarche ; ce que j’exprime avec mon corps en me déplaçant à la rencontre de Jésus, je le confesse avec ma bouche pour que cela soit expulsé de moi. Avec le psalmiste et la pécheresse pardonnée, nous pouvons reprendre ces autres versets du psaume 31 : Heureux l’homme dont la faute est enlevée et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude. 
 
Il reste alors l’enseignement de Paul qui reconnaît la grandeur du sacrifice du Christ et son importance dans notre vie. C’est parce que Jésus s’est livré que nous sommes pardonnés ; c’est parce que Jésus a été jusqu’à la croix que nous sommes libérés. En effet, avec le Christ, je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Et le Christ, nous le confessons, est vainqueur du Mal. Il a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du salut, aux captifs, la délivrance ; aux affligés, la joie (Prière eucharistique n° 4). Voici une troisième chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : lorsque nous confessons notre péché, nous confessons en même temps l’amour que nous lui portons en reconnaissance de ce qu’il a fait pour nous, de ce qu’il ne cesse de faire pour nous. Avec le psalmiste et saint Paul, nous pouvons reprendre ces derniers versets du psaume 31 chanté ce matin : J’ai dit : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés… L’amour du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui. Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse ! 
 
Confesser son péché pour être pardonné ; venir vers Jésus en se sachant déjà pardonné ; confesser notre péché en même temps que l’amour de Dieu : voilà qui devrait nous libérer de nos scrupules et de nos peurs. Voilà ce que l’Eglise nous propose de vivre lorsqu’elle célèbre le sacrement de la réconciliation. Sans doute pourrions-nous dire et écrire encore plus ; d’autres le font mieux que moi. Je reste pour ma part convaincu que cela est suffisant et permettra à chacun d’expulser de sa vie le Mal qui quelquefois le ronge. Si quelquefois dans ma vie, rien ne va plus, j’ai la certitude qu’en venant vers Jésus pour reconnaître mes torts, je suis libéré, recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu, car auprès du Seigneur est la grâce, près de lui la pleine délivrance. Aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin extrait de Brise-chagrins, Vers le sacrement de la réconciliation, éd. Centurion - Cerf, Paris, 1999, p.27)

mercredi 13 février 2013

Mercredi des Cendres - 13 février 2013

Croire, avec Joël, c'est revenir vers Dieu.



Voilà un carême qui aura un goût étrange. Il sera un temps de transition à plus d’un titre. Temps de transition parce qu’il nous mène du temps ordinaire que nous laissons ce soir au temps de Pâques que nous inaugurerons à la fin du mois prochain. Temps de transition encore puisqu’il nous permettra d’accueillir un nouveau successeur sur le siège de Pierre alors même que notre pape actuel est encore vivant. De quoi y perdre son latin. Il sera temps de transition aussi pour notre vie spirituelle si nous le vivons dans l’esprit annoncé par le prophète Joël : l’esprit de conversion, l’esprit d’un retour vers Dieu. En cette année de la foi, année qui veut nous faire redécouvrir ce qui fait notre foi, nous voici donc invités à revenir vers Dieu pour mieux croire.

Pourquoi revenir vers Dieu ? L’aurions-nous quitté ? Et quand ? Si l’appel du prophète Joël nous surprend, peut-être nous sommes-nous habitués à la présence de Dieu, habitués au point de ne plus le voir, de ne plus sentir le besoin de venir le voir, pour le rencontrer, lui parler, l’écouter. Nous comprenons alors le texte de Raymond DEVOS qui a ouvert notre célébration : l’homme existe, je l’ai rencontré. Quand l’homme s’habitue trop à Dieu au point de l’oublier, Dieu peut-il semblablement oublier l’homme qui ne le visite plus, qui ne lui parle plus, qui ne l’écoute plus ? Pouvons-nous perdre le goût de Dieu ? Dieu peut-il perdre le goût de l’homme ?

Certes, le mal que nous commettons nous éloigne de Dieu ; nous l’avons tous appris au catéchisme. Cela nous inquiète-t-il ? Cela nous dérange-t-il ? Ou est-ce simplement devenu quelque chose de normal ? Pire, quelque chose que nous ne croyons plus ? Il y aurait Dieu d’un côté, notre vie de l’autre, et entre les deux, un gouffre que rien ne peut combler ! Le temps du Carême que nous inaugurons ce soir vient nous redire que ce fossé peut être comblé, que Dieu nous attend toujours et qu’il jette sur les décombres de notre péché le pont de sa miséricorde : alors ce fossé qui nous tenait éloigné de lui devient pont de l’alliance, pont de la miséricorde, pont du retour vers Dieu. Le début de notre foi !

N’est-pas là, en effet, que commence la foi ? Lorsque, regardant ma vie et tout ce qui l’encombre, je fais le choix radical de me retourner vers celui qui ne me quitte jamais, m’attend toujours et espère le meilleur pour moi ? L’acte de croire commence par ce choix premier de remettre Dieu au cœur de ma vie. Aucune distance ne sera trop longue, aucun fossé trop profond, aucun péché trop grand au point de m’empêcher de revenir vers celui qui attend mon cœur contrit, mon désir sincère de vivre avec lui et pour lui. La conversion est toujours possible et ce temps du Carême se veut un temps privilégié pour effectuer ce retour, pour reprendre contact avec celui qui est la source de notre vie. Oui, Dieu nous attend, Dieu croit en l’homme qui croit en lui. Dieu espère l’homme qui espère en lui. Dieu accueille l’homme qui retourne vers lui. Rien ne pourra empêcher cette rencontre, si l’homme la désire.

Pour favoriser ce retour, trois chemins nous sont proposés par Jésus dans l’évangile : la prière, le jeûne et le partage. Non pas trois efforts à faire, mais trois moyens puissants pour combattre ce qui résiste en nous à l’amour de Dieu, ce qui résiste en nous aux appels de Dieu. La prière, conversation amoureuse avec la source de tout amour ; le jeûne, privation volontaire pour purifier notre corps et notre cœur et les rendre aptes à la rencontre avec Dieu ; le partage avec ceux qui ont moins de chance que moi pour retisser les liens d’une humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dieu nous offre ces moyens pour manifester notre désir de Lui, notre désir de rétablir des relations filiales vraies et sincères. Dieu nous donne tout quand il se donne à nous ; à nous de lui donner notre cœur et notre vie.

Dire : « Je crois », c’est donc accepter ce retour vers Dieu annoncé par le prophète Joël. Sans crainte, nous pouvons répondre à son appel, Dieu ne nous attendant pas pour nous juger, mais pour nous pardonner : il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. Posons ce soir le premier pas d’une foi renouvelée en revenant vers Dieu et nous pourrons témoigner que Dieu existe, puisque nous l’aurons rencontré, et nous nous serons laissé aimer de lui. Joyeux retour vers Dieu à toutes et à tous. Amen.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, Presse d'Ile de France)