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samedi 7 janvier 2023

Epiphanie - 08 janvier 2023

 C'est quoi, ces cadeaux offerts à Jésus ?



(Adoration des mages, Crèche de Mittelschaeffolsheim, Bas-Rhin)



           Dans une France qui perd toujours plus sa culture religieuse, j’ai fait, pour préparer cette homélie, un petit exercice que font beaucoup de nos contemporains quand ils sont face à une question à laquelle il leur est malaisé de répondre : j’ai tapé dans mon moteur de recherche : quel est le sens des cadeaux offerts à Jésus ? J’imagine bien des parents attachés par tradition à Noël être désarçonnés par la question du petit dernier : « c’est quoi, ces cadeaux faits à Jésus ? », faire la même démarche. Voyons donc ce que dit internet, dieu de la connaissance et de la science absolue. Voici le résultat de mes recherches. 

            La première réponse vient d’un site fait pour des enfants de 8 à 12 ans en Suisse (Trampoline). Il reprend l’enseignement de la tradition de l’Eglise. Je le cite : A sa naissance, Jésus a reçu de drôles de cadeaux pour un bébé : de l’or, de la myrrhe (une plante dont on enrobait les cadavres) et de l’encens (un parfum). Pourtant, ses parents avaient sûrement besoin de draps et de vêtements pour lui ! Alors pourquoi les rois mages, ces savants de l’époque qui ont fait un grand voyage pour voir Jésus, ont-ils apporté ces trois cadeaux ? En fait, ces cadeaux avaient une signification spéciale : L’or indiquait que Jésus était un roi ; la myrrhe indiquait qu’il allait être mis à mort ; l’encens indiquait que Jésus était digne d’être adoré. Et c’est ce qui est arrivé. Devenu grand, Jésus a été appelé le « Roi des Juifs » (or). Il a été tué par les Romains (myrrhe), et quand il est revenu à la vie, ses amis ont compris qu’il était vraiment le Fils de Dieu (encens). Pour des parents un peu perdus, voici au moins une réponse claire, simple, facile à comprendre pour un enfant.

 

            Un site français (Tête à modeler), agréé par le journal Ouest France, excusez du peu, apporte la précision suivante, digne d’un vrai travail de journaliste : Balthazar offrit de l'or à Jésus, symbolisant la royauté de celui-ci. Melchior apporta avec lui de l'encens dont on se sert pour honorer Dieu, symbolisant ainsi la divinité du petit Jésus. Le dernier, Gaspard, quant à lui, présenta la myrrhe, un parfum servant à embaumer les morts dans l'antiquité. La symbolique de ce présent revêt donc deux significations : celle de l'humanité, car Jésus reste un homme, et celle de la prophétie, indiquant la mort prochaine de ce dernier. Il faudra quand même attendre une trentaine d’année pour que la prophétie se réalise. Mais qu’est-ce cela au regard de l’éternité ? Nous aurons appris deux choses que l’évangile ne dit pas : le nom des mages et qui a offert quoi ! Si on n’en est pas sûr, cela ne fait pas de mal. La réponse a même quelque chose de terriblement humain, personnel : les visiteurs ne sont pas simplement des savants venus de pays lointains ; ils ont un nom, une identité. Pour répondre à une question d’enfant, cela peut être sympathique. Mais la réponse va encore plus loin quand on passe les publicités qui garnissent l’article. Il dit cette chose que j’ignorais : En offrant ces trois présents, les Rois Mages mirent Jésus à l'épreuve essayant d'en diagnostiquer sa vraie nature. On dit alors que s'il choisit l'or, il deviendra roi, s'il choisit l'encens, il deviendra prêtre, et s'il choisit la myrrhe, il deviendra médecin. Les trois mages furent déconcertés à la vue du petit Jésus choisissant les trois présents. Eh oui, Jésus échappera toujours à nos étiquettes et à nos représentations ; il est au-delà de ce que nous pouvons imaginer de lui. Il ne choisit pas d’être l’un ou l’autre ; il assume toutes les conséquences de son incarnation : il est Roi, il est Dieu, il mourra un jour. Ne réduisons pas Jésus à l’enfant de la crèche ; ne réduisons pas Jésus à un aspect de sa personnalité au risque de ne pas comprendre ou de ne pas entendre la totalité de son message pour l’humanité. Nous pouvons légitimement être déconcertés par cet Enfant-Dieu venu dans le monde pour le salut de tous les hommes. Il nous faut entendre Paul dans sa lettre aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus. Les cadeaux sont importants pour ce qu’ils disent de l’Enfant ; mais le fait que les mages viennent de loin, soient des étrangers, est pareillement important. Cela dit quelque chose de la catholicité de la foi en Jésus Christ, Fils de Dieu venu dans le monde, offert sur la croix par amour de toute l’humanité, ressuscité pour conduire cette même humanité au Royaume où Dieu son Père nous attend.

 

Un dernier site consulté (Aleteia) donne une réponse davantage orientée vers les adultes et l’approfondissement de leur foi. Il nous dit que les cadeaux faits à Jésus sont le symbole de toute vraie prière, qui est royale au sens où, je cite, elle célèbre les fastes de ce Dieu qui est notre roi. Elle se fait louange, gloire rendue. La prière décentre, elle nous invite à nous occuper de Dieu plutôt que de nous. Et nous savons bien que, dès que nous nous occupons de lui (lui qui ne cesse de s’occuper de nous), nous nous portons mieux. L’explication se poursuit ainsi : La prière est un encens. L’encens est un aromate qui brûle en s’élevant vers le ciel. Notre prière se fait imploration du soir et, si elle part en fumée, c’est droit vers le ciel, en sentant bon. Oui, la prière est fumée : elle est une activité gratuite, improductive, qui ne sert qu’à aimer. Elle est donc indispensable. Enfin, nous dit-on encore, la prière est comme la myrrhe. La prière n’est pas une distraction, une occupation innocente, une activité qui n’engage pas. Quiconque pénètre dans les sentiers de la prière passe par une certaine mort : mort au vieil homme, à soi-même, à ce qui ne met pas Dieu à la première place. La prière ne se contente pas de méditer sur la Passion du Christ. Elle conduit à la vivre soi-même. A nous de voir quel cadeau nous offrons à Jésus dans notre prière. Ce sera tantôt l’un, tantôt l’autre. L’essentiel est de lui offrir un cadeau.

 

Ce qui m’amène à une interprétation toute personnelle de ces cadeaux. La tradition de l’Eglise, reprise plus ou moins par les sites dont je viens de parler, rapporte les cadeaux à Jésus en insistant sur ce qu’ils nous disent de lui. Je voudrais donner un autre sens à ces cadeaux, un sens qui dise quelque chose de nous. Si je me retrouve bien dans l’explication des cadeaux comme symbole de notre prière, ces cadeaux doivent alors dire aussi quelque chose de nous qui offrons ces cadeaux. Je verrai bien l’or comme l’offrande à Dieu de ce qui va bien dans ma vie, grâce à lui, une action de grâce de toutes les richesses qu’il me permet de vivre : richesse des amitiés, richesse de mes connaissances, richesse des chances qui s’offrent à moi de progresser. Il est bon de ne pas croire que nous nous faisons tout seul, à la seule force de nos poignets ou de notre intelligence ; je crois que Dieu, par l’amour qu’il me porte, est pour quelque chose dans ce que je deviens, dans ce que je vis de bien. Lui offrir l’or de ma vie, le meilleur de ma vie, c’est lui rendre grâce de sa présence à cette vie, lui rendre un peu de ces talents qu’il a placé en moi et que j’essaie de faire fructifier. Mais parce que mes jours ne sont pas toujours que des jours heureux, parce que mes jours sont quelquefois sombres et lourds, je lui offre aussi la myrrhe de ma vie, ce qui me pousse vers la mort pour qu’il accueille mes faiblesses, mes défauts dans ma cuirasse et les transforme ; je lui dis ainsi que je compte sur sa miséricorde pour que de ces petites morts, il en tire une vie plus forte, plus belle. Enfin, je lui offre l’encens de ma vie, cette part divine qu’il a déposée en moi au jour de mon baptême pour qu’il m’aide à en faire plus que de la fumée et qu’il m’aide à dégager cette bonne odeur de sainteté que je suis invité à dégager. Et je ne peux que m’interroger alors sur le peu de fois que nous utilisons l’encens. Est-ce parce que l’encens nous gratte la gorge ? Ou est-ce que l’encens gratte autre chose dans notre vie, et nous fait tousser quand nous est rappelé que nous portons Dieu en nous, quand nous est rappelé que nous devons donner Dieu à voir et à sentir par toute notre vie ? Le refus de l’encens, au motif que c’est un truc d’autrefois, n’est-ce pas un peu le refus de grandir dans cette sainteté, cette divinité que Dieu nous offre ? Comme l’encens peut nous gratter la gorge et nous faire tousser, vivre de la sainteté de Dieu peut nous gratter et nous faire tousser dans un monde à la laïcité triomphante et mal comprise, dans un monde qui met la compétition en avant, dans un monde où certains pensent qu’il vaut mieux écraser qu’être écrasé. Vivre selon l’Evangile n’a jamais été et ne sera jamais facile. C’est pour cela qu’il nous faut sans cesse offrir à Dieu, dans notre prière, l’encens de notre vie pour qu’il nous fasse sentir bon et fasse de nous des témoins authentiques de sa gloire et de son amour pour tous les hommes.

 

Offrons à Dieu ces cadeaux insolites que sont l’or, l’encens et la myrrhe. Offrons-les comme les mages pour reconnaître qui il est. Mais offrons-les aussi comme les signes de ce que nous vivons ou voulons vivre avec lui. Une vie bonne, libérée de la mort, orientée vers la sainteté. Il recevra ces cadeaux et nous fera toujours plus à son image et à sa ressemblance. Plus nous nous offrirons à lui, plus nous découvrirons les autres chemins qu’il nous appelle à vivre pour toujours le rencontrer mieux. Amen.

samedi 2 janvier 2021

Epiphanie - 03 janvier 2021

 D'étonnement en étonnement ! 


(Arcabas, L'adoration des mages, source internet)


Bouleversé, étonné : telle est donc l’attitude d’Hérode en ce jour. Mais qu’est-ce qui bouleverse Hérode ? Est-ce le fait que des mages venus d’Orient se présentent devant lui ? Est-ce le fait qu’ils interrogent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Est-ce le fait que des étrangers en sachent plus que lui sur ce qui se passe dans son pays ? La suite du texte apporte la réponse puisqu’il réunit ses savants pour leur demander où devait naître le Christ. Et là permettez-moi de m’étonner à mon tour alors : comment fait-il le lien entre « le roi des Juifs » et le « Christ » ? Comment Hérode sait-il déjà que cet Enfant que recherchent les mages est plus qu’un fils de roi humain ? Cette fête de l’Epiphanie nous fait aller d’étonnement en étonnement.  

Dans votre recherche de la juste réponse, faites toutefois attention au piège grossier soudainement tendu ! Ne répondez surtout pas que c’est là le résultat de la prédication de Jean le Baptiste, car celui-ci n’a que six mois au moment de la naissance de Jésus ! Il ne vit donc pas encore dans le désert, ne porte pas encore un vêtement de poils de chameau, ne mange pas encore de sauterelles et surtout ne parle pas encore ! Sa naissance est peut-être miraculeuse, mais son enfance, tout comme celle de Jésus, ne sera rien d’autre que très ordinaire. De l’étonnement d’Hérode naît notre propre étonnement sur son interprétation d’un événement somme toute banal : des gens demandent à voir le roi des Juifs qui vient de naître. Hérode a peut-être eu des bâtards, mais là, dans l’immédiat, il est surpris : il ne s’en connaissait pas un nouveau. Pour une fois, ce n’est pas sa faute. Et pour une fois, il comprend plutôt vite les conséquences de ce que ces hommes lui annoncent. 

Un autre étonnement est le sort que Hérode réserve secrètement à cet Enfant : il ne sait encore rien de lui, à part le fait qu’il est né, et déjà il veut le supprimer. A-t-il donc tant à craindre de celui qu’il reconnaît, sans le connaître encore, comme le Christ ? Et si Hérode a raison de penser que cet Enfant est le Christ, a-t-il bien raison de vouloir s’opposer à Dieu ? Parce que tout le monde sait, en Judée, Samarie et Galilée que le Christ, c’est Dieu qui le suscite. Plutôt que de chercher à le supprimer, ne devrait-il pas rechercher sa faveur pour, avec lui, le moment venu, chasser les Romains de son pays ?

Un autre sujet d’étonnement est justement la venue de ces mages : ils ne sont pas du coin, ils ne sont pas Juifs, mais ils sont venus, de pays lointains, pour se prosterner devant le roi des Juifs qui vient de naître. Ils savaient, bien avant sa naissance qu’il viendrait au monde et se sont mis en route. Pas en avion, ni en TGV, mais en caravane, avec leurs chameaux ou dromadaires. C’est un peu plus lent ! Ils ont eu l’esprit suffisamment ouverts pour risquer un long voyage, dangereux pour aller à la rencontre d’un inconnu alors que dans son propre pays cet inconnu n’était ni attendu, ni reconnu. Et c’est là qu’on croise la trace de Dieu : puisque cet Enfant est le sien, il a semé des traces de son passage dans la vie des hommes et des femmes de ce temps. Ces mages ont su lire ces signes, comme ils sauront lire encore l’opposition d’Hérode à cet Enfant et le danger qu’ils lui feraient courir s’ils repassaient par le palais de ce dernier. Dieu n’est pas entré dans le monde des hommes par hasard ; il ne l’a pas fait subitement. La naissance de Jésus n’est pas une divine apparition, mais une inscription dans le temps des hommes. Ces mages l’ont reconnu ; ces mages en ont été bouleversés au point de se mettre en route. Rien n’était plus important que d’aller à la rencontre de Celui qui entrait ainsi dans le monde.

A nous qui vivons à deux millénaires de ces événements, il revient de tirer les leçons de ces étonnements. S’ils ont interrogé la foi des gens de l’époque, ils interrogent encore la nôtre et doivent nous mettre en route. Dans cet Enfant de la crèche, il nous faut bien reconnaître Dieu qui est entré dans le monde des humains, Dieu qui a envoyé son Christ, Celui dont toute l’Ecriture témoigne qu’il sera le Sauveur. Par cet Enfant, né dans une étable, il nous faut accueillir la Gloire de Dieu révélée aux hommes, et reconnaître son actualité : ce que Dieu a fait à un moment particulier de l’Histoire des hommes, il le fait encore ; il vient, toujours et encore dans notre monde ; il envoie toujours et encore son Christ pour notre salut. Puisque les mages sont premiers représentants de l’Eglise issue des nations (donc les nôtres), nous sommes engagés, à leur suite, à nous mettre en route et à témoigner de ce que nous avons vu. Nous ne pouvons pas juste « consommer la religion » ; notre foi est à vivre, à proclamer et à célébrer. Elle engage tout notre être ; elle engage toutes nos relations. De l’étonnement d’Hérode et avec ses savants, nous pouvons apprendre à toujours approfondir notre foi et à interroger ce que nous croyons savoir de lui : Dieu nous attend toujours là où ne l’espérions plus.

Les mages, devant l’Enfant, ont offert de l’encens, de l’or et de la myrrhe, adorant ainsi leur Dieu, acclamant leur Roi et reconnaissant leur Rédempteur. Avec les mages, reconnaissons en cet Enfant celui qui est au cœur de notre foi, de notre espérance et de notre vie. Avec eux, laissons-nous dérouter par ce Dieu qui entre dans notre monde au point de se faire l’un de nous. Dans ces mages, reconnaissons celles et ceux, différents de nous mais qui pourtant nous révèlent Dieu ; ils sont les signes annonciateurs du Salut que Dieu offre à tous les hommes. Amen.


samedi 4 janvier 2020

Epiphanie - 05 janvier 2020

Et si les mages n'étaient pas venus ?




            Et si les mages n’étaient pas venus ? Ne vous êtes-vous jamais posés la question de savoir si cela changerait quelque chose à l’histoire de Noël ? Nous manqueraient-ils, les mages venus d’Orient ? Si les mages n’étaient pas venus, cela changerait-il quelque chose à l’histoire du Salut ? Notre foi en serait-elle affectée ? Ce sont les questions qui m’ont travaillé au moment où il a fallu réfléchir l’homélie de ce jour. Je vous livre mes réponses. 

            Si les mages n’étaient pas venus, cela changerait-il quelque chose à l’histoire de Noël ? Oui et non. Non, parce que l’Enfant Dieu est né sans eux. Il est l’Enfant de la promesse faite à Marie et à Joseph que Dieu leur donnerait son Fils, Jésus – Emmanuel, pour dire son salut à son peuple, pour dire sa proximité avec son peuple. L’histoire de Noël en elle-même, si nous la limitons à la naissance de Jésus, à une époque donnée, dans un lieu donné, dans une famille donnée, n’a pas besoin des mages venus d’Orient pour être une belle histoire. Des enfants qui naissent, même pauvrement, il y en a eu avant lui ; des enfants qui naissent, même pauvrement, il y en a encore aujourd’hui. Et malgré les difficultés que peut engendrer la naissance d’une bouche de plus à nourrir, c’est toujours plutôt un heureux événement, au moins pour la femme qui accouche, et pour le père, s’il est présent. Tenir entre ses mains le fruit de ses entrailles, le fruit de son amour, ce n’est pas rien. 

            En même temps, si les mages n’étaient pas venus, cela changerait quand même tout à l’histoire de Noël. Elle aurait un côté moins dramatique, qui est réel, même si la nuit de Noël nous semblons tous l’oublier. Si les mages n’étaient pas venus, Hérode n’aurait pas été informé de cette naissance et le massacre des Saints Innocents n’aurait pas eu lieu. Ils n’en sont pas responsables, ils ne l’ont ni commandé, ni recommandé, ce massacre. Mais leur visite au palais a éveillé la peur et la méfiance d’Hérode, au point qu’il en fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui, comprenons tout ce que Jérusalem compte de gens puissants et importants. Un temps de scrutation des Ecritures plus tard, voilà qu’Hérode, en secret, les renvoie avec une consigne qui peut sembler normale : Quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. Mais Hérode est un animal politique qui ne souffre pas de concurrence. Dieu l’a bien compris, lui qui fait rentrer les mages dans leur pays par un autre chemin. 

            Si les mages n’étaient pas venus, cela changerait-il quelque chose à l’histoire du Salut ? Cela affecterait-il notre foi ? Je crois bien que cela changerait tout, et peut-être même que nous ne serions pas ici ce matin, ni aucun autre dimanche. Parce que cette venue des mages venus d’Orient nous concerne, nous tout particulièrement. Ah, nous sommes tellement habitués à être chrétiens que nous ne nous en rendons plus compte. Mais sans les mages, comment aurions-nous su que la foi au Dieu d’Israël nous concernait ? Comment aurions-nous su que le Dieu qui a libéré son peuple d’Egypte, que le Dieu qui s’est donné un peuple particulier sur une terre particulière, assez éloignée de nous, comment aurions-nous su donc que ce Dieu s’intéressait aussi à nous qui n’étions alors que des païens ? Comment aurions-nous su que cette naissance ne concernait pas que Marie et Joseph ? Comment aurions-nous su que cette naissance ne concernait pas que les pauvres de Judée, dont les bergers sont les représentants ? Comment aurions-nous su que cette histoire allait changer l’Histoire même des hommes, de tous les hommes, parce que désormais ils ont tous accès au Salut que Dieu propose. Par leur venue, par leurs cadeaux, ils nous enseignent beaucoup. Ils nous disent d’abord, par leurs dons, qui est cet Enfant qui vient de naître pauvrement, dans une mangeoire. Avec l’or, ils nous rappellent que cet enfant est roi ; par l’encens, ils nous disent qu’il est Dieu ; par la myrrhe ils nous font comprendre que, tout en étant tout cela, il n’en est pas moins totalement homme et qu’il connaîtra donc la mort et la sépulture.  

Si les mages n’étaient pas venus, comment aurions-nous compris qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ ? (Pape François, Admirabile Signum, 01er déc. 2019) Ce qui compte peut-être encore plus que leur venue, c’est le chemin qu’ils ont parcouru pour venir à Bethléem. Peut-être n’avaient-ils jamais entendu parler du Dieu d’Abraham, mais ils se sont mis en route à la vue d’un signe dans le ciel. Ils sont des chercheurs de Dieu et viennent nous dire qu’il n’est jamais trop tard pour se mettre en route ; ils viennent nous dire que nous ne sommes jamais trop éloignés de Dieu pour décider de nous mettre en route. Avec eux, tous les peuples de la terre peuvent aider à l’accomplissement du destin d’Israël : être la lumière vers laquelle marcheront les nations (voir Isaïe). Nos ancêtres étaient de ces nations ; nous étions des étrangers pour ce Dieu. Et pourtant, en envoyant son Fils dans le monde, il se rend proche, non seulement de son peuple, mais de tous les peuples. Il se fait proche de nous pour nous dire qu’il désire être notre Dieu à nous aussi, et qu’il veut nous sauver, nous aussi, même si nous ne faisions pas originellement partie du peuple élu. Désormais nous sommes intégrés à ce peuple : toutes les nations sont associées au même héritage, écrira Paul aux Ephésiens après la mort et la résurrection de Jésus. Les mages venus d’Orient nous le disent dès la crèche, dès la naissance de Jésus. Notre foi en a été affectée parce que notre foi, à nous païens Gaulois, Celtes, Germains ou Romains, en a été rendue possible. 

Au-delà du côté traditionnel et gastronomique de la fête de l’Epiphanie, il nous faut considérer son aspect spirituel, et son importance pour nous. Les mages venus d’Orient sont chaque homme qui décide un jour d’aller à la rencontre de ce Dieu qui a libéré son peuple d’Egypte il y a très longtemps ; ils sont chaque homme qui se met en route vers ce Dieu qui s’est incarné en Jésus pour sauver tous les hommes ; ils sont chaque homme qui découvre un signe de ce Dieu dans sa vie et qui laisse tout pour aller à sa rencontre. Aujourd’hui, avec eux, nous qui n’étions pas Juifs de naissance, nous sommes venus et nous sommes les bienvenus dans cette crèche. Aujourd’hui, nous pouvons plier genou devant cette mangeoire et reconnaître en Jésus notre Roi, notre Dieu, notre Frère en humanité. Offrons-lui notre vie, à lui qui nous offre celle de Dieu. Amen.



(Enluminure de Frère Jacques)

samedi 5 janvier 2019

Epiphanie - 06 janvier 2019

Avons-nous le droit de célébrer l'Epiphanie ?









L’actualité de cette fin de semaine est marquée, pour moi, par cette lettre anonyme hideuse adressée à un député de la Nation, à qui le ou les destinataires promettent la mort parce qu’il n’est pas blanc et qu’il serait venu profiter des avantages du pays (la France) ! Le reste de la lettre est encore plus abject et ne mérite pas qu’on le relaie. Je découvre cela au moment où je m’apprête à rédiger l’homélie de la fête de l’Epiphanie ; et je m’interroge : avons-nous le droit de célébrer encore cette fête quand des français, blancs apparemment, élevés sans doute au lait du christianisme, en arrivent à écrire pareilles horreurs ! Avons-nous le droit de célébrer l’Epiphanie, quand des responsables politiques, soucieux pour une fois d’installer une crèche dans les espaces publics, en retirent toutefois Melchior au motif qu’il est noir ?

La fête de l’Epiphanie, rappelons-le, nous fait célébrer la révélation du Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait (oraison de la solennité). Dieu lui-même convoque ainsi tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines, à reconnaître en l’Enfant de la crèche le Fils qu’il a envoyé pour sauver tous les hommes qu’il a créés ! Ce faisant, c’est bien lui, Dieu, qui appelle tous les hommes à une fraternité universelle ; c’est bien lui, Dieu, qui nous oblige à reconnaître en tout homme un frère à accueillir, un frère à aider, un frère à aimer. Ceux que Dieu convoque ainsi dans la maison commune de notre humanité, puis-je moi les renvoyer au prétexte qu’ils n’ont pas la bonne couleur ? Ceux que Dieu aime d’un amour unique, puis-je moi les haïr au prétexte qu’ils me prendraient quelque chose qui me reviendrait de droit ? Ceux que Dieu a créés dans son unique amour, puis-je moi les anéantir au prétexte que je ne m’en reconnais pas le frère ? Comment puis-je seulement servir un tel Dieu qui semble faire tout son possible pour me contrarier ? Vous comprendrez bien, sœurs et frères en Christ, que c’est à celui qui refuse le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes de changer et de se convertir, et non à Dieu de changer de projet. Vous comprendrez bien que c’est celui qui refuse ce projet d’amour qui doit s’ouvrir aux autres, et non aux autres de se retirer de sa présence. La terre que Dieu nous donne ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de l’humanité. La France ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de tous ceux et celles qui veulent vivre dans la liberté, la fraternité et l’égalité, d’où qu’ils viennent au départ, quelles que soient leurs opinions, leur foi ou leur non foi. Le refus de l’autre jusqu’à le menacer de mort n’est pas une opinion. Et notre pays devrait s’en souvenir, particulièrement après les camps de la mort que nos grands parents ont connu. 

Aujourd’hui, des étrangers viennent à la rencontre du Fils de Dieu, à l’invitation de Dieu lui-même. Aujourd’hui, nous sommes invités par Dieu lui-même à nous reconnaître tous frères, en ce Christ qu’il nous offre. Les lectures de cette fête nous montrent bien que ce n’est pas une nouvelle idée de Dieu : c’est un projet ancien, c’est l’unique projet de Dieu depuis les commencements. C’est l’unique projet de Dieu depuis qu’il s’est choisi un peuple particulier pour être lumière pour toutes les nations : les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore, prophétisait Isaïe. Et Paul, approfondissant l’enseignement reçu du Christ par les Apôtres, affirme aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Puisque l’Evangile est Bonne Nouvelle, nous ne saurions accepter des propos qui en réduisent la portée, ni des actes contraires à son enseignement. Regardons ce que ces étrangers nous apportent au lieu de ne voir que ce qu’ils seraient susceptibles de nous prendre. Regardons et apprécions l’or, l’encens et la myrrhe de ces rencontres avec celui qui nous est différent mais non indifférent, de celui qui nous est autre mais non hostile. Rejetons de notre vie les germes d’Hérode qui ira jusqu’à massacrer les nouveau-nés d’Israël, parce qu’incapable de s’ouvrir à la nouvelle d’un Dieu fait homme, d’un nouveau Roi pour l’univers. Cultivons le message des anges reçu à Noël et amplifié par cette Epiphanie : ils chantaient la gloire de Dieu et la paix pour tous les hommes que Dieu aime ! 

Pouvons-nous encore célébrer l’Epiphanie aujourd’hui, interrogeais-je en début d’homélie ? Nous le pouvons et nous le devons, pour toujours nous souvenir de l’unique projet de Dieu et le rendre toujours plus actuel, toujours plus réel. Ce que Dieu a accompli en Jésus Christ, poursuivons-le et vivons-le intensément. Ainsi nous participerons à construire ce monde où tous les hommes vivent en frères, par la grâce de Dieu et la volonté de son peuple. Amen.


(Jérôme BOSCH, L'adoration des Mages, vers 1510)

dimanche 7 janvier 2018

Epiphanie - 07 janvier 2018

La visite des mages : une leçon pour une vie meilleure.





           Elle est bien jolie, cette histoire des mages venus d’Orient qui cherchent l’endroit où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître ! Elle est connue la stupéfaction d’Hérode qui entraîne un désir malsain de tout connaître et de tout contrôler. Mais en quoi nous concerne-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle change dans votre vie ? Qu’est-ce qu’elle provoque dans votre vie ? Car enfin, la Parole de Dieu n’est pas qu’une belle histoire pour enfants sages. Elle doit remuer notre vie, entraîner une conversion, susciter un désir plus grand ! Si non, pourquoi la lire encore ? Je crois, pour ma part, que cette visite est et sera pour toujours, une invitation à vivre plus grand, à l’image de ces mages. Relisons leur histoire et comprenons mieux. 
 
            Cette histoire commence non pas avec l’arrivée de ces personnages à Jérusalem, mais bien des mois plutôt lorsqu’ils sont chacun dans leur lointain pays. Un jour, ils ont vu une étoile à l’orient qui annonçait la naissance d’un nouveau roi des Juifs. Ceci n’est pas qu’un détail ; c’est l’élément déclencheur de tout ce remue-ménage au palais d’Hérode. Ils ont vu une étoile : cela signifie qu’ils ne vivaient pas repliés sur eux-mêmes ; ils n’avaient pas la vue basse. Ces hommes scrutaient le ciel, ne se contentant pas de ce qu’ils avaient, ni de ce qu’ils savaient. Première leçon de vie : ne reste pas à regarder le sol, ni la pointe de tes chaussures : tu n’y trouveras rien, si ce n’est de la poussière ! Pour faire des rencontres qui marqueront ta vie, il te faut lever les yeux, il te faut t’interroger, il te faut chercher des réponses. Ne vis pas petit ; tu es fais pour de grandes choses, pour de belles rencontres. Sors de toi-même, scrute le ciel, scrute ta vie et laisse-toi surprendre. C’est ce qu’ont fait ces hommes. Hérode, lui, s’en montre incapable. Même quand il est averti de cette naissance, il ne cherche pas lui-même ; il fait chercher. Par les savants de son pays d’abord – il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ – par les mages ensuite : Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi-aussi, me prosterner devant lui. Lui, le grand du royaume d’Israël, vit petit, inquiet de lui-même et de son avenir, incapable de se réjouir de la nouveauté, incapable de sortir de lui. 
 
            Il ne suffit pas qu’une histoire commence pour qu’elle se déroule ensuite. Les mages ont vu une étoile, ils ont compris que quelque chose de neuf allait arriver. Ils auraient pu en rester là. Ils auraient pu dire : cela ne nous concerne pas, nous ne sommes pas juifs ! Ils auraient pu rester chez eux, faire une note sur wikipédia s’il avait existé pour que d’autres apprennent la nouvelle ; ils auraient pu se contenter d’envoyer un courrier très diplomatique par dromadaire pour féliciter le roi Hérode. Mais non, ils ont décidé de se mettre en route, de suivre l’étoile et d’aller à la rencontre de ce nouveau roi. Deuxième leçon de vie : ne t’enferme pas, sors de chez toi et tu vivras plus grand. N’aie pas peur de l’aventure ; n’aie pas peur de la route. Bouge-toi ! Bouge-toi pour les autres ! Bouge-toi pour Dieu ! Et les autres se bougeront pour toi, et Dieu se bougera pour toi. Quelle est l’étoile qui illumine ta vie ? Quelle est l’étoile qui te mettra en route ? Il est évident que si tu ne lèves pas les yeux de tes chaussures, tu ne verras rien et donc tu ne te bougeras pas. Or la rencontre de Dieu est à ce prix ; la rencontre des autres est à ce prix. 
 
            L’histoire se poursuit : les mages arrivent à la crèche. Eux des grands de royaumes étrangers se pressent autour d’un enfant né sur un peu de paille, hors d’un palais, hors d’une maison convenable. Et pourtant, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils ne sont pas seulement contents, ni même juste joyeux ; ils sont super méga heureux ! Pas une once de déception. Troisième leçon de vie : réjouis-toi de ce qui t’est donné ; réjouis-toi de ce que tu trouves ; réjouis-toi de ce qu’il t’est donné de vivre. Sache te réjouir de choses simples et reconnais Dieu quand il se présente à toi. Ne l’attends pas en super-héros qui résoudra tous tes problèmes et les grandes crises de notre monde. Reconnais-le tel qu’il se présente à toi : bien plus souvent comme cet enfant couché dans une crèche, ou comme cet homme crucifié entré en agonie, attendant la mort comme une délivrance. Ne cherche pas Dieu dans l’exceptionnel, ni dans le grandiose : ouvre les yeux sur le monde et adore Dieu présent dans le frère, dans le petit, dans l’exploité, dans l’oublié, dans l’immigré. Offre-lui l’or de ton amour, l’encens de ta charité, la myrrhe de ton espérance. Sois toi-même une offrande à ton Dieu ! Là se trouve la plénitude de ta vie ; là se trouve le bonheur parfait. 
 
            Cette belle histoire a une fin dans l’évangile de Matthieu, mais elle ne se finit pas en vérité. Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. C’est la fin de ce passage d’Evangile, mais ce n’est pas la fin de l’histoire : d’ailleurs on ne la connaît pas. Qu’ont-ils fait, une fois revenus chez eux ? Comment cette histoire a-t-elle bouleversé leur vie d’après ? Ont-ils juste tourné la page ? Cherché une autre étoile ? Un nouveau roi ? Ne pas retourner chez Hérode, rentrer par un autre chemin : c’est un même mouvement, la dernière leçon de vie : ne te retourne pas, va toujours de l’avant. Tu ne peux pas vivre de grandes choses et ensuite revenir chez toi comme s’y de rien n’était. C’est pour cela que j’affirme que l’histoire n’est pas finie. Elle ne peut pas s’arrêter. Personne ne rencontre Dieu en vérité pour retourner après regarder le bout de ses souliers. Personne ne se met en route pour finir confortablement installé dans un fauteuil. D’ailleurs, avec un Christ qui naît dans une étable et finit cloué sur une croix, je vois mal comment tu pourrais finir dans un fauteuil à attendre qu’il vienne. Tant de chemins différents s’ouvrent devant toi. Tant d’hommes sont à rencontrer, à réconforter, à offrir à Dieu dans la prière. Tant de choses sont à faire pour que grandisse le Royaume inauguré par la naissance de cet Enfant, vrai Dieu et vrai homme, que nous confessons Christ et Sauveur. 
 
            Trois mages venus d’orient à la recherche d’un enfant, et toute notre vie est chamboulée. Laissons-nous prendre à leur jeu : osons lever les yeux, osons nous mettre en route, osons nous réjouir de ce que la vie nous offre, osons progresser. La vie que Dieu nous promet, la vie que Dieu nous offre demande quelque effort mais elle nous procure aussi une très grande joie. Amen.

(Lorenzo MONACO, L'adoration des mages, Huile sur bois, vers 1420-1422, Galerie des Offices, Florence)

samedi 7 janvier 2017

Epiphanie - 08 janvier 2017

Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?




Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Voilà une question bien innocente, posée par des étrangers au roi Hérode. Ils ont vu une étoile se lever, annonçant la naissance de ce roi, et ils viennent naturellement au palais d’Hérode. Mais cette question simple a l’art de mettre en émoi tout le palais, et tout Jérusalem avec lui. Elle appelait une réponse simple a priori ; mais voilà, quand Dieu entre dans le monde, rien n’est jamais simple. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? A cette question simple, Hérode ne sait répondre que par un bouleversement intérieur, l’ancienne traduction liturgique disait avec inquiétude. Et on le comprend ! Il sait bien qu’il n’a pas eu d’enfant récemment. Qui est ce roi dont parle ces étrangers ? Et que peut-il attendre d’Hérode ? Qu’il lui rende le trône ? Hérode ne peut être que fermé à cette question ; il ne veut pas l’entendre, et il ne veut pas trop en connaître la réponse, même s’il en fait chercher une par ses savants. Ce qu’il veut, l’histoire nous le dira, ce n’est pas tant entrer dans la démarche des mages que détruire ce roi nouveau-né, avant qu’il ne prenne trop d’importance. Pour lui, il n’y a qu’un roi des Juifs et c’est lui ! Il n’a pas vraiment l’intention de se prosterner devant ce nouveau-né. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Les mages apporteront eux-mêmes une réponse à leur question lorsqu’ils entreront dans la crèche. Ils n’hésitent pas une seconde quand ils voient l’enfant avec Marie, sa mère ; tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Il y a là un grand mystère : des étrangers, qui ne connaissent pas le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, des étrangers qui ne sont pas du peuple de l’Alliance, voit un enfant dans les bras de sa mère, dans une pauvre demeure, et comprennent, instantanément, que c’est lui qu’ils ont cherché, lui dont ils ont vu l’étoile se lever. Qu’ont-ils de plus que les autres ? Qu’ont-ils de plus qu’Hérode et tous ses savants ? Ils ont juste un cœur ouvert à la nouveauté absolue que représente l’irruption de Dieu dans la vie des hommes. Là où d’autres n’auraient vu qu’un enfant comme tant d’autres, eux voient un roi. Là où Hérode voyait une menace, eux voient l’espérance d’un monde nouveau. Là où tant d’hommes et de femmes ne se sont pas laissés déranger, eux ont tout quittés pendant des semaines pour suivre une étoile. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Cette question est pour nous aujourd’hui, car nous aussi devons répondre et nous positionner. Cherchons-nous notre salut dans notre travail, dans nos possessions, dans nos petits pouvoirs ? Ou acceptons-nous que notre salut nous soit offert par un autre, par cet enfant nouveau-né que Marie présente au monde ? Sommes-nous, comme les mages, émerveillés, réjouis d’une grande joie ? Ou sommes-nous, comme Hérode, remplis d’inquiétude ? Notre monde ne manque pas d’Hérode qui veulent faire mourir ce nouveau-né qui dérange trop. Pas de place pour lui dans l’espace public ; qu’il soit enfermé dans des espaces privés, là où personne ne le voit. Qu’on ne parle pas de lui en public, qu’on ne s’exprime pas à son sujet, ni en son nom en public. Gare au prosélytisme ! Evacuons la crèche, évacuons l’espérance qu’elle représente. Heureusement qu’il y a eu les mages jadis, comme il y a des mages aujourd’hui qui cherchent Dieu et son amour, et savent se réjouir des signes pauvres qui annoncent cette grande joie : l’homme est appelé à la vie par Dieu et Dieu s’engage en faveur de cette vie, Dieu s’engage en faveur du salut des hommes. La crèche, comme la croix d’ailleurs, dira pour toujours cette présence de Dieu à notre monde. La crèche, comme la croix, dira toujours l’amour de Dieu pour les hommes et son attention particulière aux petits. Remarquez la pédagogie de Dieu qui se révèle d’abord aux petits, à travers les bergers puis aux sages et aux savants, à travers ces mages venus de loin. Notre monde a plus que jamais besoin de chercheurs de Dieu, d’hommes et de femmes qui acceptent de se mettre en route, à la suite d’une étoile, à la suite de la lumière. En reconnaissant en Jésus celui qu’ils ont cherché, les mages nous indiquent où se trouve la vraie lumière, où se trouve le vrai sens de notre vie : en Jésus, et en lui seul.
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Lorsque nous venons à la crèche, ne regardons pas d’abord un décor, une œuvre d’art, mais apprenons toujours à trouver là celui qui est notre vraie lumière, celui qui est venu donner espoir et vie aux hommes. Ce qu’il a fait jadis, il le refait toujours et encore pour nous. Son amour n’a pas de limite, sa présence au monde n’est pas pour un temps donné, elle est pour toujours, pour tous les peuples, pour tous les temps. Devant l’enfant de la crèche, reconnaissons Jésus, le Sauveur de tous les hommes. Et réjouissons-nous, comme les mages, de trouver en lui celui qui comble notre espoir. Amen.

(Giotto, L'adoration des mages, fresque de la Chapelle des Scrovegni, Padoue)