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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 15 mars 2025

2ème dimanche de Carême C - 16 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, le Christ qui se révèle à nous.



(Luca GIORDANO, La Transfiguration, 1685, Gallerie degli Uffizi, Florence, Italie)




Un autre grand classique du Carême, quelle que soit l’année liturgique : l’évangile de la Transfiguration de Jésus. Celui qui avec nous et pour nous combat le mal, se révèle à nous dans toute sa gloire. La version que donne Luc de cet épisode comporte quatre différences par rapport à la relation de l’événement par Matthieu et Marc. 

La première originalité de Luc, c’est le contexte : Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Cette précision de la prière ne se trouve qu’en Luc. Là où l’on pourrait penser en Matthieu et Marc que Jésus emmène trois de ces disciples pour en faire les témoins de cette transfiguration, Luc nous dit que le but premier, c’était d’aller prier sur la montagne. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre… La révélation de Jésus, tel qu’il est dans toute sa gloire, se fait dans la prière. C’est donc possible pour nous aussi, de contempler la gloire du Christ lorsque nous prions. Mieux, c’est quand nous prions que nous approchons du Christ dans toute sa gloire. Ce lieu de contact qu’est la prière, nous permet de mieux comprendre qui est Jésus en réalité. 

La deuxième particularité de Luc, c’est de nous dire de quoi Jésus parlait avec Moïse et Elie. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Est-ce là, dans cette rencontre sur la montagne de la Transfiguration, que Jésus puisera les explications qu’il donnera aux disciples d’Emmaüs, au soir de Pâques quand, sur la route, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ? Rien ne le dit, rien ne le contredit ! Et j’aime à croire que là, dans cette révélation de sa gloire, auprès de Moïse et d’Elie, Jésus puise aussi le courage qui lui sera nécessaire pour affronter cette dernière étape de sa vie terrestre : les événements de Jérusalem qui conduiront à sa mise en croix et à sa mort. Cela me rend Jésus moins romantique et plus humain : tout Fils de Dieu qu’il est, il a besoin d’être fortifié, renforcé par ces figures de la foi que sont Moïse et Elie, pour affronter l’ultime combat, celui pour lequel il est venu dans le monde. Cet échange singulier entre Jésus, Moïse et Elie, nous fait comprendre aussi que nous ne pouvons pas rejeter ce que nous appelons l’Ancien Testament au prétexte que Jésus est venu et qu’un Nouveau Testament a été écrit. Jésus se révèle aussi à nous dans la lecture et la méditation de ces textes plus anciens qui portent en germe sa présence au milieu des hommes.

La troisième particularité de Luc, c’est que ce sont les disciples qui font le choix de garder le silence sur ce qu’ils ont vu et entendu et en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu. Ils nous montrent ainsi qu’ils ont saisi par eux-mêmes qu’il faudra attendre le bon moment pour parler de cette expérience unique aux autres ; aujourd’hui n’est pas ce moment. Ils ont aussi mesuré la confiance que Jésus leur a fait quand il les a emmenés pour ce temps si particulier. Ils nous apprennent à nous tous qu’il n’est pas toujours bon d’exposer à la vue et au su de tous, les expériences spirituelles que nous pouvons faire. Jésus se révèle quelquefois à nous dans des moments particuliers de notre histoire, et ces moments n’appartiennent qu’à nous. Si Jésus n’a emmené que Pierre, Jean et Jacques, c’est peut-être qu’il a estimé que ceux-là étaient en mesure de comprendre et de garder pour eux ce qu’ils ont vécu avec lui. 

Peut-être que c’est en cela que réside alors la dernière différence de Luc. Lorsque vous lisez la version de Matthieu et de Marc, vous comprenez que lorsqu’il ne reste plus que Jésus seul, avec eux, ils redescendent immédiatement rejoindre les autres. C’est dans cette descente que Jésus leur Jésus leur impose le silence. Chez Luc, il vous faudra ouvrir votre bible (parce que ce n’est pas dit dans le texte entendu aujourd’hui) pour découvrir qu’ils ne redescendent de la montagne que le lendemain. Ils ont eu non seulement une expérience spirituelle unique, mais ils ont eu toute la nuit pour en parler avec Jésus. Vous imaginez cela ? Toute une nuit pour discuter de ce qu’ils viennent de vivre ? Peut-être Pierre avait-il finalement dressé des tentes comme il le suggérait au moment où Moïse et Elie s’éloignaient de Jésus. Je vois là un rappel qu’il nous faut profiter de ces moments où Jésus se révèle à nous, et ne pas trop vite passer à autre chose. Ceux qui ont déjà vécu une semaine de retraite ou d’adoration au Mont Sainte Odile, savent de quoi je veux parler. Il y a, dans les dernières heures de ces moments, une douce euphorie, un grand contentement de ce qui a été vécu et le désir que cela se poursuive. Il nous faut toujours redescendre dans la vie ordinaire, mais doucement, sans précipitation. 

Au cœur de toute vie chrétienne, il y a le Christ qui se révèle à nous et qui nous appelle à prendre du temps avec lui, à l’écart, sur la montagne, dans la prière. Ce temps de carême est un temps privilégié pour faire une retraite au cœur même de notre vie quotidienne pour approfondir notre relation avec lui, pour fréquenter davantage les Ecritures et comme le dit la voix qui se fait entendre, pour l’écouter. Puissions-nous nous préparer à la rencontre avec le Ressuscité en relisant nos Ecritures Saintes et en comprenant mieux celui qu’elles nous révèlent : le Fils que [Dieu s’est] choisi. Amen.


samedi 11 janvier 2025

Baptême du Seigneur C - 12 janvier 2025

Le baptême de Jésus, une fête pour nous.







Avec le baptême du Seigneur, nous terminons le cycle des révélations ou des épiphanies de Jésus, Dieu fait homme. A Noël, il était révélé aux petits de son peuple ; à l’Epiphanie, les peuples du monde le découvraient, humble et caché, et l’adoraient. Aujourd’hui, Dieu le Père révèle Jésus à lui-même avec cette parole : Tu es mon Fils bien-aimé. Nous sommes bien loin de la crèche, le temps a passé, Jésus est adulte, il va commencer sa mission. L’évangéliste Luc poursuit sobrement le passage entendu par ces mots : Quand il commença, Jésus avait environ trente ans ; il était, à ce que l’on pensait, fils de Joseph, fils d’Éli, et se poursuit alors la généalogie de Jésus jusqu’à la mention fils d’Adam, fils de Dieu. Matthieu commençait son évangile par cette généalogie en partant d’Abraham ; Luc conclut toute la partie qui préparait Jésus à sa mission, depuis l’annonce de la naissance de Jean le Baptiste jusqu’à sa prédication dans le désert et le baptême de Jésus, par cette généalogie remontant le temps jusqu’au commencement. Il s’agit, dans l’un et l’autre cas, de bien inscrire Jésus dans l’histoire de son peuple. 

Peut-être faut-il rapidement rappeler ici que le baptême que Jésus reçoit de son cousin ne fait pas de lui un chrétien. Le baptême donné par Jean est un baptême de conversion, qui marque le désir de celui qui le reçoit de revenir vers Dieu. Nous en avons eu l’écho durant le temps de l’Avent, au deuxième et troisième dimanche. Jésus reçoit ce baptême, non pas parce qu’il a besoin de se convertir ; il reçoit ce baptême pour confirmer la mission de Jean. Ainsi, ceux qui sont venus vers lui peuvent être assurés d’avoir fait le bon choix, et que c’était la chose à faire pour se préparer à ce que Jésus va révéler aux hommes de Dieu, de sa miséricorde et de son amour. Jésus, en venant à Jean, reçoit la révélation de la part de Dieu, son Père, que ce qu’il a pu découvrir de lui est vrai. Souvenez-vous : c’est Luc déjà qui nous donnait à contempler Jésus au Temple au milieu des docteurs de la Loi, et affirmant à ses parents qu’il devait être chez son Père. Si entre temps cette pensée s’était estompée, Dieu vient lui redire qui il est et ce qu’il attend de lui. 

Mais si le baptême de Jésus n’est pas le baptême chrétien, pourquoi avoir invité aux différentes messes les familles qui ont célébré un baptême dans l’année écoulée ? Parce que le baptême de Jésus inaugure un temps nouveau et que nous entrons dans ce temps par notre baptême. Le baptême que nous recevons commence à faire de nous des chrétiens, des disciples qui appartiennent au Christ ; il nous identifie au Christ. Paul le rappelle à son ami Tite, dans l’extrait entendu en deuxième lecture : Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. En renaissant et en étant renouvelés, nous recevons cette dignité nouvelle de fils et de filles de Dieu, et nous devenons en espérance héritiers de la vie éternelle. Cela veut dire que la vie éternelle, qui est la vie même de Dieu, est déjà en nous depuis notre baptême, mais pas totalement. Parce que si elle était totalement en nous, nous vivrions comme Dieu et Jésus, c'est-à-dire non marqués par le péché et la mort. Nous serons totalement dans cette vie éternelle, totalement plongés en lui, lorsqu’il nous appellera à partager sa gloire, grâce à son amour et à sa miséricorde. Paul le redit aussi à Tite : Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. C’est Dieu qui fait de nous ses enfants, par grâce, en exerçant sa miséricorde, et non parce que nous serions particulièrement bons ou gentils. Notre vie ici-bas consiste donc à vivre toujours plus, toujours mieux, cette vie qui nous vient de Dieu. Quand Dieu se fait homme en Jésus Christ, il nous redit que le chemin vers lui, c’est notre humanité, mais notre humanité marchant à la suite de Jésus ; notre humanité se laissant aimer par Dieu totalement ; notre humanité entendant l’appel à devenir, comme Jésus l’était depuis le commencement, son Fils bien-aimé ; notre humanité en qui Dieu trouve sa joie. Il n’y a pas d’autre chemin pour devenir saint que celui qui passe par une humanité qui cherche toujours plus et toujours mieux à s’accomplir telle que Dieu la veut. Le baptême qui fait de nous des disciples du Christ ne nous évade pas de notre condition humaine ; il nous y plonge pour que nous la menions à sa perfection en suivant Jésus et en accueillant la miséricorde de Dieu. 

En reprenant ce matin le rite de l’aspersion en mémoire de notre baptême, en proclamant dans un instant notre foi avec le credo baptismal, nous voulons marquer l’importance de ce jour où nous avons été appelés à la vie avec Dieu, et demander à Dieu de renouveler ainsi en nous la grâce de notre baptême. Qu’en cette fête du baptême de son Fils, il nous accorde de nous redécouvrir ses enfants, et nous donne une ferveur renouvelée pour marcher à la suite de Jésus, en qui il trouve sa joie. Que la joie de Dieu d’avoir Jésus pour Fils devienne notre joie de marcher avec ce Fils à la rencontre de notre Père commun. Amen.


 

samedi 13 janvier 2024

2ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2024

Comment connaître Dieu ?



(Jean le Baptiste et l'Agneau, Détail du retable d'Issenheim - Musée Unterlinden - Colmar)




 

 

 

            Qu’ont en commun le jeune Samuel et les deux disciples de Jean le Baptiste qui vont se mettre à la suite de Jésus, à part bien sûr le fait d’être du même peuple que Dieu s’est choisi ? Ils vont chacun faire la connaissance de quelqu’un qui va bouleverser leur vie : Dieu pour le jeune Samuel, Jésus, le Christ, pour les deux disciples de Jean le Baptiste. Ils vont, à des siècles d’intervalle, connaître Dieu qui se révèle à eux. Connaître Dieu : n’est-ce pas notre désir, à nous qui nous rassemblons chaque dimanche pour écouter sa Parole et recevoir de lui les dons qu’il veut nous faire ? Mais concrètement, comment cela est-il possible ? Comment connaître Dieu ? 

            Pour le jeune Samuel, nous l’avons entendu en première lecture, Dieu lui-même l’a appelé. Mais cela ne rend pas les choses simples pour autant. Nous avons vu Samuel courir trois fois auprès du vieux prêtre Eli, pensant que c’était lui qui l’appelait et qui avait besoin de ses services. Il nous manque quelques versets que la liturgie dominicale n’a pas retenu pour comprendre la méprise de Samuel. En effet, dit le texte biblique manquant, la parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue. Comment Samuel, encore enfant, aurait-il pu identifier Dieu, puisque Dieu lui-même parait peu ? Le même texte dit, un peu plus loin (cela, nous l’avons entendu) : Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. Il n’y a donc pas de faute de la part de Samuel. La présomption qu’il fait : c’est Eli qui m’appelle, est totalement justifiée. Le vieux prêtre Eli aurait-il pu savoir ? Sans doute ; d’ailleurs il finira par comprendre que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et c’est lui qui donnera à Samuel la bonne réponse à apporter si jamais il entendait encore quelqu’un l’appeler : Va te recoucher et s’il t’appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Quand on ne connait pas Dieu, quand on n’a jamais entendu la voix de Dieu, il faut quelqu’un pour nous aider à comprendre que c’est Dieu qui nous parle. Il faut quelqu’un pour nous apprendre à répondre à Dieu. Et ce qui vaut pour Samuel, vaut pour chacun de nous : nous devons être attentifs à la Parole du Seigneur, et être prêts à lui répondre. 

            Pour les disciples de Jean le Baptiste, la démarche est un peu différente. Ils sont déjà croyants en Dieu ; ils suivent Jean le Baptiste dont ils ont reçu le baptême. Avec leur maître, ils attendent celui qui doit venir. Ils ne savent pas qui, ni quand, mais ils font confiance à leur maître. Aussi, quand Jean leur annonce, en voyant Jésus : Voici l’Agneau de Dieu, ils ne se posent pas beaucoup de questions. Ils se mettent en route, ils suivent Jésus. Il a suffi d’une parole mystérieuse de Jean pour qu’ils suivent Jésus. Remarquez leur prudence toutefois. Ils ne s’élancent pas vers Jésus ; ils ne l’apostrophent pas : attends-nous ! Ils ne font même pas comprendre à Jésus qu’ils le suivent. Je crois qu’ils sont surtout curieux ; ils suivent, quelques pas en arrière. C’est Jésus qui remarque qu’il est suivi et qui les interroge. C’est Jésus qui les invite à faire un pas de plus : Venez, et vous verrez. Et de ce jour, ils ne le quitteront plus : ils restèrent auprès de lui ce jour-là. L’un d’eux, André, le frère de Simon-Pierre, va encore plus loin après ce premier jour. Il trouve Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amena son frère à Jésus. Qu’a-t-il vu auprès de Jésus pour comprendre qu’il est le Christ, et pour risquer son frère dans l’aventure ? Nous ne saurons jamais. Mais cela nous dit quelque chose de notre rôle à nous aujourd’hui : nous avons, comme André, à témoigner de ce que nous trouvons auprès de Jésus. Il n’y a pas de réponse unique que je pourrais vous donner maintenant et qu’il suffirait de répéter. Non, c’est l’expérience personnelle de chacun, sur une parole de foi donnée (Voici l’Agneau de Dieu), qui nous permet de mieux connaître Jésus et de le faire connaître. Si Jean le Baptiste n’avait rien dit, il ne se serait rien passé. Si Jean le Baptiste avait retenu ses disciples, il ne se serait rien passé ce jour-là. Si André n’avait pas suivi et vu quelque chose en Jésus, il n’aurait pas appelé son frère. Ça ne veut pas dire que Simon ne serait jamais venu à Jésus ; ça veut juste dire que cela se serait fait autrement. Ne sous-estimons pas le rôle que nous avons à jouer auprès de nos familles, de nos amis, dans nos quartiers. Si personne ne parle de Dieu au monde d’aujourd’hui, comment ce monde connaîtra-t-il l’amour et la miséricorde de Dieu ? 

            Nous sommes tous le André de quelqu’un qui nous révèle un peu plus Jésus ; nous sommes tous le André de quelqu’un qui a besoin de notre parole pour lui révéler Jésus et l’amener à lui. Nous avons tous à connaître toujours mieux Jésus, à être curieux de lui ; nous avons tous à témoigner de lui, à la mesure de ce que nous connaissons, à la mesure de ce que nous vivons avec lui. C’est ainsi que nous connaîtrons Dieu ; c’est ainsi que nous le faisons connaître. Car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour parler de lui ; Dieu a voulu avoir besoin de nous pour témoigner de lui et mener nos frères en humanité à lui. En faisant ainsi, l’humanité retrouvera le goût de Dieu, le goût d’une vie plus grande. Quand Dieu lui parlera, elle deviendra la servante qui écoute. Commençons et le monde suivra. Amen. 


dimanche 16 janvier 2022

2ème dimanche ordinaire C - 16 janvier 2022

 Le signe de Cana, signe des noces éternelles.


(Arcabas, Les noces de Cana, source internet)




        Quel curieux mariage que celui-ci ! Tout se passe comme si les époux n’étaient pas à la fête. On ne sait rien d’eux, ils ne nous ont pas été présentés, et à la fin de l’histoire, ce ne sont même pas eux les héros de l’histoire ! Tout tourne autour d’un invité qui semble là par hasard et de sa mère. Ils accaparent à eux deux toute l’histoire, comme si ce mariage était le leur ! Choquant ? 

            Pas vraiment quand on relit le prophète Isaïe qui avait déjà utilisé l’image des noces pour parler de l’Alliance entre Dieu et son peuple :  Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « l’Epousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur (littéralement celui qui t’a fait) t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. N’est-ce pas justement ce que vit Marie depuis le jour de l’Annonciation où elle a dit Oui au projet de Dieu pour elle et pour l’humanité ? 

Pas vraiment choquant non plus quand on sait qui est cet invité (Jésus) et qui est sa mère (Marie donc), celui que Dieu a envoyé dans le monde et celle par qui cette entrée dans le monde a été possible. Une fois de plus, Marie semble enfanter ce Fils de Dieu venu sur terre sauver tous les hommes. C’est grâce à Marie qu’il semble là, à la noce : La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Curieusement, nulle trace de Joseph : comme à l’Annonciation, il est le grand absent. 

Pas vraiment choquant non plus quand on se souvient que cet épisode n’est rapporté que par Jean, l’évangéliste qui nous invite à une hauteur de vue différente. Derrière ce mariage, qui semble n’être qu’une mise en scène, il y a l’entrée dans le monde de Jésus, la révélation de sa gloire : Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Par cette simple conclusion, Jean nous redit ce qui est essentiel : non pas que ces époux à Cana s’aiment, mais que Jésus soit révélé, que ses disciples croient en lui, que nous croyions en lui. C’est cela qui compte : la foi en Jésus de ceux qui ont vu ce premier signe. Il nous faudra garder en mémoire ce premier signe pour ne pas nous tromper ni nous décourager lorsque nous serons au pied de la croix, quand l’Heure de Jésus sera finalement venue et qu’il livrera son dernier signe terrestre : le vin de son sang répandu largement pour le salut du monde. Ne nous trompant pas sur ce dernier signe, nous pourrons interpréter de manière juste le premier signe des temps nouveaux : le signe du tombeau ouvert au matin de Pâques, signe de la joie de Dieu qui a sauvé les hommes, signe de la vie qui ne finit jamais, signe que les noces éternelles de l’Agneau de Dieu ont commencé. S’il est vrai qu’il ne faut pas rater son entrer dans le monde, reconnaissons qu’avec ce signe de l’eau changée en vin, signe annonciateur des noces éternelles entre Dieu et son peuple, Jésus réussit pleinement à capter l’attention : ses disciples crurent en lui. 

            Ce signe de Cana nous invite à voir plus loin et à comprendre que nous sommes l’Epouse du Christ, celle qu’il a choisie, celle qu’il aime depuis toujours et pour toujours. Nous le comprenons à la manière dont Jésus répond à sa mère quand elle lui indique qu’ils n’ont plus de vin : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. Elle est bien l’Epouse du Christ, celle qui sera invitée, à l’heure de Jésus, au pied de la croix, à accueillir de nouveaux fils, à savoir tous les disciples de Jésus. Parmi les dernières paroles de Jésus en croix, n’entendons-nous pas ceci : Femme, voici ton fils ? Si chacun de nous est fait fils de Marie, nous sommes collectivement, en Eglise, l’Epouse bien-aimée pour laquelle Jésus a livré sa vie. Pour nous, jamais ne manquera le vin de l’amour de Dieu. Pour nous, jamais ne manquera la joie que procure la célébration de ces noces éternelles. En entrant dans le monde, en livrant sa vie, en manifestant sa gloire, Jésus fait le choix de nous aimer, immensément ; il fait le choix de veiller sur nous, toujours. 

            Ses disciples crurent en lui. C’est la parole qui conclut cette révélation de Jésus. C’est ce à quoi sont invités celles et ceux qui entendent cette histoire, qui méditent ce premier signe que Jésus accomplit. Au long de cette année, goûtons ensemble le bon vin de la Bonne Nouvelle : et nous croirons au Fils de Dieu, nous vivrons de la joie qu’il vient porter au monde. Amen.  


dimanche 9 janvier 2022

Baptême du Seigneur - 09 janvier 2022

C’est dans un cœur à cœur que le Père se révèle à son Fils.





        Il faut le rappeler ici et maintenant : le premier Noël, celui de la venue effective de Jésus au monde, au temps du recensement de toute la terre, ordonné par l’empereur Auguste, ce premier Noël est bien loin, oublié sans doute de tous au moment où nous croisons la route de Jean le Baptiste et de Jésus. Il est loin le chant des anges, ils sont loin les bergers et les mages. Certains des témoins de cette nuit sont peut-être même déjà morts. A part Dieu et Marie et Joseph, qui se souvient encore que Dieu est entré dans le monde et qu’il a un nom et un visage, celui de Jésus ? Sans doute personne !  

            Nous pouvons donc comprendre que le peuple, venu auprès de Jean le Baptiste, était toujours en attente. La promesse de Dieu faite par les prophètes d’envoyer son Messie, son Christ, cette promesse était vive au cœur du peuple opprimé par l’envahisseur romain. Cet homme, Jean le Baptiste, homme à la parole libre, au tempérament de feu, ne serait-il pas le Christ ? On comprend aussi que le baptême de conversion qu’il propose, rencontre un franc succès. Une parole forte, un geste fort pour marquer notre appartenance renouvelée au peuple de l’Alliance : il n’en faut pas plus pour additionner le tout et dire : c’est lui, c’est le Christ ! Et pourtant, Jean renvoie inlassablement vers un autre : Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Il n’en profite pas, Jean, pour jouer à la vedette ; il n’en profite pas pour jouer au Messie. Il reste à sa juste place. Il baptise ceux qui viennent à lui et, quand ils l’interrogent, il les renvoie vers cet autre qu’il ne semble pas connaître plus que ceux qui le questionnent. 

C’est tellement vrai que, dans l’évangile de Luc, nous venons de l’entendre, nous n’assistons même pas au baptême de Jésus. La scène bien connue et souvent représentée par des œuvres d’art de Jésus devant Jean le Baptiste, recevant de lui l’eau du baptême, n’existe pas chez Luc. Nous savons juste que l’événement a eu lieu. Ce à quoi nous assistons, c’est à un de ces moments privilégiés que connaît Jésus : un moment de prière, un moment d’intimité avec celui qu’il nous présentera comme son Père. Luc écrit : Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. C’est dans le cadre d’un moment de prière que Dieu, le Père, se révèle à son Fils, Jésus. La révélation est adressée à Jésus, seul : l’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu se révèle à celui qu’il envoie en mission. C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu nous parle. Dans l’évangile de Luc, ce moment marque la fin de la vie cachée de Jésus. Désormais, il va affronter l’Adversaire, le Diable, et parcourir les routes de Judée, Samarie et de Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume. 

Il a beau s’appeler Jésus et venir de Nazareth ; cela ne suffit pas pour en faire le Fils de Dieu. Il faut cet appel conscient, reçu dans ce cœur à cœur pour confirmer Jésus dans sa mission. Nous ne savons pas ce que Marie lui a dit durant son enfance au sujet de sa naissance ; nous ne savons pas la conscience qu’il avait d’être Fils de Dieu. Mais nous savons que Dieu révèle ainsi Jésus à lui-même. Il le lui dit, clairement. Si Jésus pouvait en douter en grandissant, désormais il ne le peut plus. Il est le Fils dont Dieu est heureux : en toi, je trouve ma joie. En cela, bien que membre de ce peuple particulier que Dieu s’est choisi, Jésus est différent. Il n’est pas comme ces fils désobéissants, peuple à la nuque raide, qui ne court vers Dieu que quand tout va mal. Il est ce Fils, envoyé par Dieu, ce Fils qui entre en conversation avec Dieu, et qui reçoit de lui sa mission. 

Quand bien même le baptême de Jean n’est pas le baptême que nous avons reçu ; quand bien même, au jour de notre baptême, le ciel ne s’est pas ouvert, nous sommes pourtant, devant Dieu, en Jésus, ces mêmes fils et filles en qui Dieu trouve sa joie. Notre baptême, reçu au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous configure à Jésus, mort et ressuscité ; il nous identifie à lui ; il fait de nous des autres Christ. Nous sommes donc appelés, comme Jésus, à faire la joie de notre Dieu ; nous sommes appelés, comme Jésus, à travailler à l’œuvre de salut du Père. La fête du baptême de Jésus nous renvoie nécessairement à la conscience de notre propre baptême. Et si tel n’était pas le cas, peut-être ne serions-nous déjà plus concernés par Jésus. Peut-être que déjà, pour nous, Jésus ne serait qu’un étranger, un homme à la parole forte, mais juste un homme, mais pas le Messie de Dieu, pas son Christ. 

Il nous faut revenir sans cesse à la conscience de notre baptême, à ce que ce baptême signifie pour nous, signifie pour Dieu, signifie pour l’Eglise. A chacun de nous Dieu a dit : Tu es mon enfant bien-aimé, en toi je trouve ma joie. Comprenons bien que le seul fait que nous existions, procure de la joie à Dieu. En ces temps moroses et difficiles, voilà une certitude à laquelle nous raccrocher ; voilà une certitude qui donne de la puissance et de la grandeur à toute vie humaine. Souvenons-nous en et rendons gloire à Dieu qui nous aime ainsi. Amen.

samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

samedi 2 janvier 2016

Epiphanie - 03 janvier 2016

une fête avec un message simple : Dieu est pour tous les hommes !





J’aime l’Epiphanie. Savez-vous pourquoi ? Parce que tout est simple aujourd’hui. Il n’y a pas à se creuser la tête pour comprendre le sens de la fête. C’est un mystère immédiatement accessible. Tout est dit dans la prière que l’Eglise fait monter vers Dieu. 
 
Cela commence avec la prière d’ouverture de cette messe : Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait. On pouvait difficilement faire plus simple. En une phrase, nous apprenons que tous les peuples sont concernés par Jésus et que ces mêmes peuples sont attirés vers lui : une étoile les guidait. La foi ne tombe pas du ciel ; elle est le résultat d’un double désir : le désir de Dieu de se faire connaître aux hommes, et le désir des hommes de se mettre en route, à la suite d’un signe. Ce signe peut être très variable : un échange avec quelqu’un, une lecture, une rencontre, une étoile dans le ciel… Qu’importe, mais quelque chose, un jour, met l’homme en route, à la recherche de Dieu. Cette mise en route est une première étape nécessaire. Elle sera renforcée par l’écoute des Ecritures. Les mages, passant chez Hérode, se font préciser le lieu probable de la naissance à partir des Ecritures : les grands prêtres et les scribes répondirent : A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. Nous ne pourrons jamais faire l’économie de l’Ecriture, même et surtout quand elle n’est pas à l’origine de notre mise en route. Elle vérifiera notre désir et le renforcera. 
 
La liturgie continuera d’éclairer le sens de la fête avec la préface, en particulier. Nous entendrons aujourd’hui celle tirée du Missel des Messes de la Vierge Marie, plus précisément celle de la messe à Marie à l’Epiphanie du Seigneur. Elle est de toute beauté : Quand ton humble servante, le Vierge Marie, portait dans ses bras Jésus, son enfant, tu as attiré tous les peuples à la foi de l’Evangile : prémices de l’Eglise venue d’Israël, les bergers de Bethléem, enveloppés de ta clarté et avertis en songe par la voix des anges, reconnaissent dans cet enfant le Christ Sauveur. Premiers représentants de l’Eglise issue des nations, les mages venus d’Orient, poussés par ta grâce et guidés par l’étoile, entrent dans une pauvre maison et, dans l’enfant qu’ils trouvent avec Marie sa Mère, ils adorent leur Dieu, acclament leur Roi et reconnaissent leur Rédempteur. Nous comprenons l’unité du temps de Noël : Noël et l’Epiphanie, c’est une même fête au point que nous pouvons dire, avec nos frères orthodoxes : c’est aujourd’hui Noël. Les bergers et les mages sont chacun les représentants d’une partie des peuples de la terre qui s’unissent dans l’Eglise : Israël pour les bergers, les autres peuples pour les mages. Et les gens venus d’Israël comme les gens venus des nations lointaines, viennent reconnaître en l’Enfant celui qui les sauve. Nous comprenons pourquoi l’oraison de cette fête commençait, comme celle de Noël, par aujourd’hui : c’est une même réalité qui est célébrée et qui, si elle a eu lieu jadis, reste valable pour nous. Nous ne sommes pas dans le souvenir, mais dans l’actualisation, dans la commémoration de ce mystère unique d’un Dieu qui se révèle à tous les hommes, donc à nous aujourd’hui. Dieu ne s’est pas seulement révélé autrefois, à ceux qui avaient la chance de vivre alors ; il se révèle toujours et encore aux hommes, à tous les hommes, sans distinction d’origine, de culture, de religion. Dieu se révèle à tous, à travers le temps et l’histoire, parce qu’il veut faire de tous les peuples un seul corps, en son Fils Jésus. C’est bien ce qu’annonçait Paul aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Et c’est bien par la grâce de Dieu que cela est possible. Ce ne sont pas les hommes qui ont décidés cela ; c’est Dieu qui a choisi de faire aux hommes le cadeau de cette unité, le cadeau de cette fraternité en Jésus. Pour reprendre un discours contemporain, il n’y a pas à chercher dans une loi les valeurs qui unissent les hommes ; elles sont données par Dieu, n’en déplaise aux laïcistes de tous bords. Personne ne peut donc s’appuyer sur Dieu pour justifier ce qui sépare les hommes, ni pour mettre en place des lois qui créent des sous-catégories parmi les hommes. Encore une fois, le message de Dieu est simple : Dieu veut tous les hommes unis en Jésus Christ ! Dieu est pour tous les hommes ! 
 
C’est la bénédiction solennelle qui achèvera de préciser en quoi cette fête nous concerne et ce qu’elle nous apporte. Elle le fera en trois points. Premièrement, puisque par la révélation de Jésus à tous les hommes, nous sommes entrés dans la lumière de Dieu, cette fête nous obtient un surcroît de foi, d’espérance et de charité. Et la bénédiction demandera à Dieu de les faire grandir encore et surtout de leur permettre de donner leurs fruits. Si tous les peuples de la terre sont concernés par la révélation de Dieu, je ne peux plus me contenter de mon cercle étroit de relations. Ma charité surtout doit prendre en compte tous les hommes de la terre que Dieu appelle. Je ne peux donc rester indifférent à la misère des hommes. Deuxièmement, puisque le Christ est la lumière qui dissipe les ténèbres, nous sommes invités à marcher à sa suite et surtout à être lumière pour guider les frères sur leurs chemins. Je ne peux me taire, ni cacher cette révélation de Dieu à tous les hommes. Croyants au Christ, nous avons à témoigner de lui devant tous les hommes pour qu’eux aussi parviennent à la lumière, à la connaissance du Christ. Troisièmement, puisque notre marche est orientée vers le Royaume, nous avons la certitude de voir un jour celui que les mages ont cherché et trouvé. Nous verrons nous aussi le Christ face à face et nous vivrons dans sa lumière pour toute éternité. Si cette fête nous rappelle le projet de Dieu d’être connu de tout homme, elle nous rappelle aussi notre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu et le contempler face à face dans son Royaume. Sans doute est-ce là cet autre chemin qu’il nous faudra prendre pour rentrer chez nous : non plus le chemin des hommes, mais le chemin qui mène à Dieu pour toujours. 
 
Dans cette attente, vivons notre foi, ouverts à tous les hommes et proclamons sans fin que Dieu est Dieu pour tous, qu’il est venu en Jésus pour tous et qu’il nous attend tous, unis dans son Royaume d’amour et de paix. Ne compliquons pas une fête au message si simple, mais si riche de sens. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse n° 205, janvier 2004, éd. Marguerite)

samedi 10 janvier 2015

Le baptême du Seigneur - 11 janvier 2015

Jean le Baptiste, Jésus et nous : le même baptême ?
(Homélie donnée au collège saint Etienne de Strasbourg, à l'occasion du baptême de 4 élèves).




Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se bouscule aux portes du baptême aujourd’hui. Il y a Jean le Baptiste et les foules qui viennent vers lui ; il y a Jésus qui vient demander un baptême dont il n’a pas vraiment besoin ; et aujourd’hui, il y a Louison, Jules, Raphaël et Hervé qui demandent eux-aussi un baptême. Mais parlons-nous toujours de la même chose ? 
 
Le baptême de Jean, d’abord, ou, pour être plus juste, le baptême que donne Jean. Ce n’est pas un sacrement au sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un signe efficace de la grâce ; ce n’est pas davantage une entrée dans l’Eglise, et pour cause : l’Eglise n’existe pas encore ! Alors qu’est-ce que ce baptême ? Ce baptême est un signe de conversion du cœur et d’humilité. Ceux qui s’approchent de Jean pour recevoir son baptême, viennent dire leur désir de revenir vers Dieu, de changer de vie. Ils croient qu’un autre monde est possible. C’est d’abord une démarche personnelle qui n’engage qu’eux. C’est un signe de changement de vie que les pécheurs se donnent à eux-mêmes et donnent à la société dans laquelle ils vivent. Ils sont si nombreux à venir vers Jean que les autorités religieuses s’inquiètent et envoient des gens à eux se renseigner. Que se passe-t-il là, au bord du Jourdain ? Jean le Baptiste, nous l’avons entendu dans l’Evangile, reconnaît que le baptême qu’il donne n’est pas le signe ultime ; un autre viendra qui baptisera dans l'Esprit Saint. Il a conscience que son geste n’est que transitoire. Il prépare à la venue d’un autre, plus fort que lui. 
 
C’est ainsi que Jésus vient vers Jean. Il vient lui aussi recevoir ce baptême. Ce baptême que Jésus reçoit est donc d’abord le baptême que donne Jean. J’avoue que j’aurais aimé voir la tête de Jean, en voyant Jésus venir vers lui. D’autres évangélistes soulignent cette surprise. Jean sait bien que Jésus n’a pas besoin de conversion. Et pourtant, il demande ce baptême. Il signifie ainsi publiquement que Dieu se fait vraiment homme, passant par les mêmes chemins que lui, l’accompagnant sur la route de sa misère pour le conduire à la conversion vraie. D’ailleurs, même si c’est bien le baptême donné par Jean que Jésus reçoit, on peut s’interroger : est-ce bien le même baptême que les autres ? Parce que, pour Jésus, il se passe quelque chose d’unique quand il remonte de l’eau. Là où les autres étaient simplement mouillés et avaient peut-être le cœur en paix, quand Jésus remonte de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. Voilà qui donne un surcroit de sens au baptême que reçoit Jésus. Ce n’est plus seulement un signe de conversion, mais le signe que Dieu est bien avec cet homme particulier ; mieux encore, le signe que cet homme particulier est Dieu ! Au moment de son baptême, Jésus est révélé à lui-même après avoir été révélé aux pauvres à travers les bergers, et au monde à travers les mages, au moment de sa naissance. Une manière de dire que, si en grandissant Jésus s’était imaginé se faire un film en pensant que Dieu l’envoyait vers les hommes pour les sauver, désormais, il pouvait avoir la certitude d’être dans le vrai. Dieu trouve sa joie en Jésus ; il trouve en ce Fils engendré il y a quelques années maintenant, celui qui lui correspond et lui répond totalement. Dès le début de sa vie publique, rien ne sépare le Fils du Père. On peut même dire, en lisant les évangiles, que plus Jésus se révèle Dieu, plus Dieu se révèle homme. La prière de l’Eglise dit : il a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché. En Jésus, Dieu traverse nos vies, leur ouvrant un avenir. Rien ne sera plus comme avant. Il y a bien un avant Jésus et un après Jésus. Jamais plus le monde ne sera pareil. 
 
Et nous voici donc aujourd’hui à répondre à la demande de Louison, Jules, Raphaël et Hervé. Ils demandent à leur tour le baptême, comme Jésus demandait jadis le baptême à Jean. Demandent-ils la même chose ? Si le monde, après Jésus, n’est plus tout-à-fait pareil à avant, le baptême n’est plus, lui aussi, tout-à-fait pareil. Nous prenons toujours de l’eau, comme Jean le Baptiste ; il dit toujours notre conversion, comme du temps de Jean le Baptiste. Mais il dit plus que cela. Le baptême que nous recevons dit aussi notre attachement à Jésus. Nous recevons ce baptême conformément à l’ordre de Jésus ressuscité à ses disciples : Allez dans le monde entier, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. En répondant à la demande de Jésus, nous faisons entrer vos camarades dans une grande famille, celle que Jésus a libéré une fois pour toutes du Mal et de la Mort. Louison, Jules, Raphaël et Hervé, comme nous-mêmes au jour de notre baptême, deviendront dans un instant des disciples de Jésus Christ, témoins de sa résurrection, témoins de sa puissance de vie répandue par toute la terre. Avec saint Jean, le disciple que Jésus aimait, le disciple qui nous a laissé un évangile et des lettres, nous pouvons même affirmer que le baptême nous rend identique à Jésus puisqu’il fait de nous des enfants de Dieu. Nous ne le verrons pas et nous ne l’entendrons pas comme Jésus l’a vu et entendu sur les bords du Jourdain, mais aujourd’hui, je puis vous l’assurer, l’Esprit va descendre sur vos camarades et le Père va reconnaître en eux ceux en qui il trouve sa joie. Parce qu’il y a de la joie chez Dieu quand des garçons et des filles demandent à faire partie de sa famille. Le baptême que vous allez recevoir marquera bien votre adoption par Dieu. Désormais, vous serez frères et sœurs de Jésus ; vous deviendrez aussi nos frères et sœurs. Votre vie ne sera plus tout-à-fait la même après que vous serez passés par les eaux du baptême. Oh, vous serez encore vous ; vous aurez les mêmes qualités et sans doute les mêmes défauts. Mais quelque chose aura quand même changé. Vous-mêmes et ceux qui vous connaissent ne le remarquerez peut-être pas tout de suite, mais … vous aurez changé et vous serez appelés à toujours changer. 
 
En effet, devenir chrétien ce n’est pas l’œuvre d’un jour, c’est l’œuvre d’une vie. D’une vie placée sous le regard de Dieu ; d’une vie ouverte au désir de Dieu de vivre pour toujours avec vous. Devenir chrétien, c’est accepter de devenir toujours plus comme Dieu : saint parce qu’il est saint. Cela ne s’apprend pas en un jour ; cela se travaille toute une vie. Etre chrétien, c’est un art de vivre. La longue liste de celles et de ceux que l’Eglise reconnaît officiellement saints vous montre que les chemins de sainteté sont nombreux et variés. Mais tous ont un point commun : la vie à la suite du Christ. En suivant Jésus, vous ne vous tromperez jamais. En suivant Jésus, vous apprendrez les subtilités de cet art de vivre. En suivant Jésus, vous réussirez votre vie. 
 
Aujourd’hui, certains veulent nous faire croire que tout cela (le baptême et tout le reste), c’est une perte de temps, une survivance du passé appelée à disparaître. Ils ont le droit de le croire. Mais nous avons le droit de leur montrer qu’ils se trompent. On ne perd pas son temps à développer ses qualités ; on ne perd pas son temps à cultiver une véritable relation avec Jésus qui veut notre bonheur ; on ne perd pas son temps à essayer de nous rendre meilleur ; on ne perd pas son temps à essayer de rendre le monde meilleur ; on ne perd jamais son temps à aimer comme Jésus aime. On ne perd jamais son temps quand on a fait le bon choix. Et quel meilleur choix l’homme peut-il faire, si ce n’est le choix de la vie plus forte que la mort ? Quel meilleur choix l’homme peut-il faire, si ce n’est le choix de l’amour plus fort que la haine ? Quel meilleur choix l’homme peut-il faire, si ce n’est le choix du pardon plus fort que la vengeance ? 
 
On a vu, ces derniers jours et de manière dramatique, ce que cela donne quand l’homme vit avec une image déformée de Dieu. La fête du baptême de Jésus, marquée par l’attestation du Père que Jésus est bien le sujet de sa joie, nous redit que nous avons fait le bon choix, et que le chemin que nous suivons est le chemin véritable qui mène à Dieu, à la suite de Jésus son Fils. Louison, Jules, Raphaël et Hervé, soyez toujours fiers du choix que vous faites aujourd’hui. Soyez toujours sûrs que Dieu marche avec vous. Soyez toujours certains de n’être jamais seuls puisque l’Eglise vous accueille aujourd’hui. Soyez toujours fidèles à Dieu qui vous reconnaît comme ses enfants. Et vous qui les entourez aujourd’hui, soyez toujours à leur côté : notre foi construit la leur ; leur foi naissante rend plus sûre la nôtre. Puissions-nous ensemble donner de l’Eglise et du Christ un visage toujours plus vrai. Alors le monde saura combien il est aimé de Dieu. Dieu trouvera en lui sa joie ; et le monde trouvera en Dieu sa vie et son avenir. Amen.

(Tableau du Baptême de Jésus peint par Sieger KÖDER)

samedi 23 août 2014

21ème dimanche ordinaire A - 24 août 2014

Quand Dieu révèle à Pierre qui est Jésus !

 

Et si vous aviez été à la place de Pierre, qu’auriez-vous répondu alors à Jésus ? Entendez bien ma question : qu’auriez-vous dit alors et non pas que diriez-vous aujourd’hui. La différence peut sembler minime, mais elle est essentielle : qu’auriez-vous répondu à la place de Pierre en sachant ce que Pierre sait à ce moment-là ? Ce n’est quand même pas la même chose que de répondre après deux mille ans de christianisme et surtout après l’événement de Pâques, cœur de notre foi. 
 
Pour vous mettre dans la peau de Pierre, il faut pendant un instant oublier ce que vous avez  appris de Jésus et faire un effort de mémoire. Un jour, vous (à la place de Pierre) êtes appelés à suivre un inconnu. Vous laissez tout : famille, travail pour suivre quelqu’un qui vous aborde par hasard alors que vous êtes en plein travail. Qui est cet homme ? Un beau parleur, un prédicateur qui déplace des foules venues l’écouter. Il donne une grande prédication sur la montagne : il redéfinit le bonheur à travers un texte que les générations futures appelleront béatitudes. Mais cela, pour l’instant, vous l’ignorez. Il redéfinit la loi : vous avez appris… et bien moi je vous dis… Il appelle d’autres encore à le suivre, dont un publicain, Matthieu. Il parle d’un Dieu de miséricorde, venu pour les pécheurs plus que pour les justes. Vous êtes envoyés en mission avec pouvoir d’expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité. Vous entendez Jésus parler de Dieu comme de quelqu’un qui veille sur chacun. Et puis il y a des paroles un peu plus mystérieuses : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi, qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera ; ou encore : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Après cela, vous digérer encore quelques discours en paraboles auxquels vous n’aviez pas compris grand-chose, puisque Jésus lui-même a dû tout réexpliquer en privé. Si cela vous chagrine que nous la sachions, je peux juste vous dire que c’est Matthieu qui a cafté ! Après cela, vous vous retrouvez avec une foule immense qui a bien pensé à suivre Jésus, mais qui en a oublié l’essentiel : un casse-croûte, au cas où l’enseignement se prolongerait. Ce qui n’a pas manqué d’arriver. Que faire ? Jésus vous l’a dit : donnez-leur vous-mêmes à manger ! J’aurai donné cher pour voir votre tête. Mais bon, vous avez fait ce que vous avez pu, et vous avez fini par trouver cinq pains et deux poissons pour plus de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants !  Heureusement, Jésus était là ; il ne vous lâche jamais. Tous ont pu manger à leur faim ; il y avait même des restes. La nuit qui suivi, vous avez connu une petite frayeur : Jésus a marché sur l’eau, et devant votre étonnement, vous a invité à faire de même. Comme souvent, vous n’avez pas résisté à la tentation de fanfaronner : Jésus appelle, vous courez ! Je ne vous demanderai pas si l’eau était bonne ! Pour finir, Jésus exauce votre prière et guérit une cananéenne qui vous casse les oreilles. Ayant vécu tout cela, que répondez-vous à la question de Jésus qui vous interroge : et pour vous, qui suis-je ? 
 
Certes, vous avez bien quelques indices pour peu que vous ayez bien écouté votre rabbin à la synagogue le jour du sabbat. Avec un peu d’imagination, vous pouvez faire un lien entre Jésus et Moïse : les deux ont permis à Dieu de nourrir son peuple, Moïse par le don de la manne, Jésus en multipliant les pains et les poissons. Vous pouvez accentuer le même lien grâce à la Loi : Moïse est celui par qui Dieu a donné la Loi à son peuple ; Jésus est celui qui l’a menée à sa perfection, notamment en vous invitant à aimer votre ennemi. Son enseignement en parabole le rapprocherait de quelques prophètes et les miracles que vous avez constatés le place quelque part près de Dieu. Mais auriez-vous dit de vous-mêmes, sur votre simple expérience, qu’il est le Messie, le Fils du Dieu vivant ? Une telle pensée n’aurait même pas traversé votre esprit. C’est au-delà de toute imagination ! N’en voulez donc pas à Pierre, (ni aux autres d’ailleurs), de n’avoir pas su, et de n’avoir trouvé la bonne réponse que parce que quelqu’un la lui a soufflé. Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. 
 
Nous retrouvons ici l’enseignement donné par Jésus lui-même quand il disait : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. La foi de Pierre, et notre foi, est d’abord une foi révélée. Nous ne l’avons pas inventée, nous ne l’avons pas déduite de quelques théorèmes ou de quelques démonstrations magiques. Dieu se révèle à nous. Dieu nous révèle son Fils comme il l’a jadis révélé à Pierre et aux autres Apôtres. Cela n’exclut pas que les Apôtres aient besoin de signes pour asseoir leur foi, surtout après la mort en croix de Jésus. Mais la révélation par Dieu permet  de donner sens. Dieu révèle à Pierre qui est Jésus ; Jésus, à son tour, révèle aux hommes qui est Dieu. Ainsi Jésus n’est pas qu’un homme avec de super pouvoirs, capable de ressusciter les morts, de guérir lépreux et handicapés de toutes sortes ; il n’est plus un beau parleur ou l’un des prophètes : il devient l’ultime parole de Dieu pour les hommes. De même, par Jésus, Dieu n’est plus celui qui se fâche contre les hommes qui ne suivent pas sa Loi ; il n’est pas avec nous dans un rapport de marchandage ; il se révèle un Dieu qui prend soin de nous, qui nous donne la nourriture en temps voulu ; bref, il est un Père pour nous, un Père aimant, un Père pardonnant. 
 
L’importance de cette révélation du Fils par le Père et du Père par le Fils, nous la constatons aujourd’hui. S’il suffisait de lire les évangiles pour croire, nous devrions être nombreux, vu que la Bible est le livre le plus vendu dans le monde. On peut donc supposer aussi qu’il est le livre le plus lu ! Pourtant, beaucoup d’hommes et de femmes ont lu et ne croient toujours pas. Il ne suffit donc pas d’assister aux miracles, ni même d’entendre les discours de Jésus ; il faut encore un cœur ouvert à Dieu, ouvert à la révélation qu’il veut nous faire de son Fils. En lisant la Bible à la maison, en entendant les textes bibliques lorsque la communauté se rassemble, il nous faut avoir conscience que c’est bien Dieu qui nous parle, Dieu qui se dit à nous à travers ces textes. Sinon, ils ne sont que beaux textes, éventuellement dignes d’être lus et commentés, mais sans grande différence avec les œuvres de quelques grands philosophes ou humanistes. Si nous n’avons pas conscience que Dieu se dit et se révèle à nous, Jésus n’est qu’un grand homme de plus, qui aura perdu sa vie pour rien d’autres que pour ses idées. Or Jésus n’a pas donné sa vie pour ses idées, mais pour nous ; sa vie est bien livrée en rançon pour notre vie. 
 
Quand Dieu révèle à Pierre qui est Jésus, c’est l’humanité tout entière qui peut se laisser approcher de Dieu et l’entendre nous révéler le nom de son Fils. Quand Jésus établit Pierre pour être la pierre de fondation de son Eglise, c’est l’humanité tout entière qui peut découvrir qui est Dieu et comment il refonde le peuple de son alliance. Remercions Pierre d’avoir laissé Dieu parler à travers lui et imitons-le lorsque nous proclamerons notre foi, dans un instant. C’est toujours Dieu qui, à travers nous, dit au monde  qui il est, qui est Jésus et ce dont l’homme est capable par son Esprit Saint. Comme Pierre, soyons les relais de Dieu. Amen.  
 
(Photo prise en la cathédrale de Tours)

vendredi 4 janvier 2013

Epiphanie - 06 janvier 2013

Aujourd'hui, Seigneur !

Tout ceci, tout ce que nous célébrons en ce temps de Noël, ne sont-ce que de belles histoires ? N’y aurait-il donc pas quelque vérité cachée dans cette belle histoire d’hommes venus de loin, suivant une étoile dans le ciel, cherchant le roi qui vient de naître dans le palais d’Hérode avant de finalement s’agenouiller devant un enfant humble, né dans une étable ? La naissance de Jésus, son Epiphanie : belles histoires pour enfants sages ? C’est chaque année, pratiquement, que revient ce questionnement, parce que chaque année, il y a au moins un enfant inscrit au catéchisme qui finit par avouer, qu’à la maison, maman ou papa lui a dit que ce n’était pas vraiment sérieux ; et voilà le petit Jésus rangé avec Blanche Neige et Cendrillon, dans le même livre ! C’est à se demander si les gens ne font pas simplement plaisir au curé et aux catéchistes à Noël en venant aux diverses célébrations : vous comprenez, ce sont les seuls à y croire encore : on ne va pas les décevoir, à leur âge !

Et pourtant, n’est-ce pas vrai que Dieu, en Jésus, s’est fait l’un de nous ? Ne savons-nous plus lire les signes qui nous sont donnés, comme jadis ces mages, venus d’Orient, ont su lire un signe dans le ciel (une étoile qui se levait) et se mettre en route pour voir et comprendre ? Il ne nous est donné rien de plus que jadis : un enfant couché dans une mangeoire dans lequel nous sommes invités, à la suite des mages,  à adorer notre Dieu, acclamer notre roi et reconnaître notre Rédempteur ! Un enfant que nous avons à accueillir dans notre vie, à laisser grandir pour qu’il puisse nous élever au rang même de Dieu. Cet enfant, en qui même les païens peuvent reconnaître leur Sauveur, est venu pour le salut de tous : pour le salut de son peuple, pour le salut de tous les peuples représentés par ces étrangers. La prophétie d’Isaïe (les nations marcheront à ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore) est réalisée. Autour de cet enfant, l’humanité peut retrouver son unité, chacun peut reconnaître en l’autre, en l’étranger, un frère à aimer parce qu’aimé de Dieu même. Ce n’est pas une belle histoire ; c’est l’histoire réelle de l’alliance entre Dieu et l’humanité. Et cette alliance, en Jésus, est pour tous et pour tous les temps.

Si nous acceptons que toutes ces histoires ne sont pas seulement de belles histoires, il nous faut alors faire un pas de plus, et affronter une autre question : tout ceci, tout ce que nous célébrons en ces jours, ne serait-ce qu’un anniversaire alors ? Ne célébrons-nous que des événements du passé, comme nous célébrons la victoire de telle ou telle bataille, la fondation de notre république ou que sais-je encore ? Bref, Noël, l’Epiphanie, une belle page de l’Histoire de l’humanité dont nous nous souvenons simplement. Il n’y aurait nul besoin de croire ; c’est une commémoration. On ne nous demande pas de croire à la révolution pour célébrer le 14 juillet ! C’est un événement marquant de notre histoire. De même, Jésus, du moment que l’on admet son historicité, ne serait alors qu’un grand homme dont nous pouvons sans honte nous souvenir. Nul besoin de croire en lui pour reconnaître l’héroïcité de sa vie, pour reconnaître qu’il a marqué l’histoire de l’humanité.

Pourtant, l’essence même de la liturgie, c’est de nous faire participer, non pas à un anniversaire des événements que nous célébrons, mais bien à l’aujourd’hui de cette histoire, à l’aujourd’hui de la naissance de Jésus, à l’aujourd’hui de son Epiphanie. La prière d’ouverture le souligne bien : Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations ! La bénédiction solennelle le redira avec force : Aujourd’hui, le Christ s’est manifesté au monde. Aujourd’hui ! Un petit mot qui change tout. Un petit mot qui nous situe dans cette alliance avec Dieu ; un petit mot qui nous place, avec les mages, dans ce peuple d’étrangers qui reconnaît Jésus comme Dieu, Sauveur et Rédempteur ! Non, ce n’est pas une belle histoire pour enfant sage ! Non, ce n’est pas qu’une histoire du passé ! Noël, l’Epiphanie, c’est notre salut qui se joue aujourd’hui ! C’est pour notre temps, notre vie, notre salut d’aujourd’hui, que Dieu prend chair et se révèle à tous, nous y compris. Ce n’est ni notre passé qui est célébré, ni notre avenir qui est projeté : ce qui se joue, c’est notre aujourd’hui avec Dieu. Dieu n’est ni du passé, ni pour l’avenir seulement ! Dieu, c’est aujourd’hui qu’il choisit de vivre avec nous ; c’est aujourd’hui qu’il choisit de se montrer à nous et à tous ; c’est aujourd’hui qu’il se propose de conduire notre vie vers un à venir. C’est donc aujourd’hui qu’il me faut lui répondre. Je peux choisir Dieu aujourd’hui, fort de ce que je sais de notre passé, de ces alliances sans cesse reproposées par Dieu ; je peux choisir Dieu aujourd’hui, les yeux fixés vers l’avenir qu’il me promet : voir Jésus, le Christ, au terme de ma route ici-bas ; contempler enfin celui que j’aurai cherché et accueilli dans cet enfant.

Ne cantonnons pas Dieu dans un passé qui serait révolu ; ne l’enfermons pas dans un avenir lointain : c’est aujourd’hui qu’il vient à nous ; c’est aujourd’hui qu’il nous sauve ; c’est aujourd’hui que nous devons le chercher, le trouver et le suivre. Amen.

(icône de l'église orthodoxe de Zagreb, Croatie)

samedi 1 janvier 2011

Epiphanie du Seigneur - 02 Janvier 2011

Notre foi est ouverture : nous célébrons un Dieu qui se révèle à tous les hommes.

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ. Voici en quels termes la deuxième lecture de ce dimanche nous introduit à la fête de ce jour. Révélation et mystère : deux mots majeurs en cette fête de l’Epiphanie. Le long voyage de ces étrangers vers la crèche, vers le Christ Rédempteur, n’est suscité que par ces deux mots. Le mystère d’une étoile apparue dans le ciel et la révélation (l’épiphanie) de ce qui était jusqu’alors tenu caché : un Dieu qui vient dans le monde des hommes.

Lorsque nous sommes habituellement confrontés au mot mystère, reconnaissons d’emblée que notre seul désir est d’en connaître le ressort. Le mot mystère entraîne des réactions de curiosité quelquefois, de crainte souvent. Est qualifié de mystérieux ce que l’homme ne peut appréhender avec sa raison ou ce qui est volontairement caché à quelqu’un, soit dans le but de le préserver soit dans le but de le dominer, de mieux le soumettre.

Lorsque Paul parle de mystère, il ne parle pas de forces maléfiques, ni de secret à garder jalousement pour mieux dominer. Quand Paul parle de mystère, il parle du mystère de Dieu qu’il se doit d’annoncer ! C’est une joyeuse nouvelle que ce mystère qui lui est révélé. Le mystère dont il parle, et que nous célébrons justement aujourd’hui, c’est que Dieu est venu dans le monde pour tous les hommes. Si, au début de l’histoire sainte, Dieu s’est d’abord adressé à un peuple particulier, Israël, désormais, en Jésus, Dieu nous parle à tous, Dieu se montre à tous. Il devient donc nécessaire de propager ce mystère, d’annoncer cette Bonne Nouvelle afin que tous les peuples de la terre puissent découvrir le Christ et parvenir au Père par lui.

L’Epiphanie du Seigneur, c’est-à-dire sa révélation à tous les hommes signifiés par ces étrangers venus de loin, doit nous faire rendre grâce à Dieu pour l’action de tant d’hommes et de femmes qui, à travers le temps et l’histoire, ont annoncé la Bonne Nouvelle du salut de sorte qu’elle soit parvenue jusqu’à nous, en ce jour, en ce lieu. Si nous sommes rassemblés ce matin autour de la crèche avec les mages, c’est parce que nous avons entendu cette Bonne Nouvelle qui était pour nous comme une étoile dans la nuit, nous guidant vers la lumière sans déclin.

L’Epiphanie du Seigneur doit aussi nous rappeler que nous avons chacun, par notre baptême, à approfondir notre connaissance de ce mystère de Dieu, et à contribuer à le répandre. Ayant entendu et compris ce que Dieu voulait pour nous, à savoir notre salut, notre bonheur, nous ne pouvons et ne devons nous résoudre à nous taire. Comme Paul, nous devons sentir l’urgente nécessité de proclamer que Dieu veut le salut de tous. Comme les mages, nous devons nous mettre en route pour venir toujours plus près de ce Dieu et lui faire l’offrande de notre vie.

De nombreux signes liturgiques manifestent notre désir de connaître toujours plus le Christ Sauveur. Ils sont le témoignage d’une communauté unie autour de son Seigneur et Sauveur. Le signe de la croix dont nous nous marquons, la Parole de Dieu que nous écoutons, notre rassemblement dimanche après dimanche, manifestent à tous que ce mystère d’un Dieu qui veut notre bonheur et qui nous sauve par son Fils, venu dans le monde et offrant sa vie pour nous sur la croix, que ce mystère donc peut encore intéresser une vie aujourd’hui ; qu’il n’est pas venu le temps de taire cette Bonne Nouvelle. Tous n’ont pas encore reconnu le Messie Sauveur. Je dirais volontiers que tous les mages ne sont pas encore arrivés : certains cherchent encore l’étoile qui illuminera leur vie et la transformera. Avons-nous suffisamment conscience que notre manière de vivre la foi peut devenir pour d’autres l’étoile qui les guidera au Christ Sauveur ? Avons-nous conscience d’être interrogés par l’humanité sur ce qui nous pousse à croire et à vivre ? Nous pouvons entendre la question des mages : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?, comme une question sur le sens de notre foi et de notre existence. Où est-il, dans ta vie, ce roi des Juifs qui vient de naître ?

En chaque Eucharistie, il nous est donné l’occasion de témoigner de notre foi et de notre attachement à Dieu. Et cela ne se fait pas seulement au moment de la proclamation de la foi, mais aussi, plus curieusement, au moment de l’envoi, de l’ancien ite missa est, selon la formule latine consacrée. Allez, la messe est dite : c’est cela que la liturgie rénovée a traduit par : allez dans la paix du Christ. Le diacre ou le prêtre nous dit : « C’est le moment de rentrer chez vous ; c’est le moment de rejoindre vos frères et sœurs en humanité ; c’est le moment de leur partager ce que vous avez vécu ». Nous témoignons de notre attachement au Christ en allant justement le porter à d’autres qui n’ont pas pu, pas su, pas voulu nous rejoindre. Nous le leur portons en témoignant auprès d’eux en quoi il nous est important, en quoi le Christ est intéressant pour nous. Repartir de l’Eucharistie avec au cœur ce désir de dire à d’autres ce que nous vivons entre nous, voilà qui devrait illuminer nos vies. Voilà la mission qui nous est confié pour que le monde sache qui est celui qui vient à la rencontre de toute l’humanité. A l’Epiphanie, à travers les mages, c’est l’humanité qui rencontre son Dieu venu la visiter. A la fin de chaque eucharistie, c’est nous qui pouvons permettre à l’Epiphanie de se poursuivre, et au monde de rencontrer celui qui est notre vie, notre espérance, notre avenir. Je forme le vœu en cette année nouvelle que chacun se sente responsable de cette belle mission de faire venir les hommes au Christ, de leur permettre cette rencontre unique qui changera leur vie durablement et les ouvrira à la joie du Royaume. Le mystère du Christ que nous confessons n’est pas fait pour être caché ; il est fait pour être célébré et annoncé, à tous. Amen.


(Photo : détail crèche de Holtzheim)