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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


jeudi 14 août 2025

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie - 15 août 2025

 Il se souvient de son amour.





(Tableau de Francesco GRANACCI, Assomption de la Vierge Marie, 
réalisé entre 1517 et 1519, pour la chapelle des Médicis, 
église San Piero Maggiore, Florence)


 

            Chaque année, la fête de l’Assomption nous donne d’entendre le cantique de la Vierge qui chante l’œuvre de Dieu pour son peuple. Ce chant est repris par l’Eglise chaque jour dans l’office des vêpres. Il y a un verset qui m’intéresse particulièrement aujourd’hui alors que nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire de Dieu, parce qu’il nous souligne un aspect de l’œuvre de Dieu aussi bien qu’un aspect du caractère de Marie. Ce verset, c’est le suivant : il se souvient de son amour.

             Il suffit de lire l’intégralité du Magnificat pour découvrir l’œuvre de Dieu pour l’humanité et son amour privilégié pour les humbles, ceux qui le craignent et tout son peuple Israël. A qui voudrait approfondir cette découverte, il faudrait alors tourner les pages de la Bible pour découvrir les alliances successives de Dieu et comment toujours il se souvient de son amour. Même quand il décide de laver la terre à grandes eaux au moment du déluge, il se souvient encore de son amour et sauve Noé et les siens, ainsi que des représentants de toutes les espèces animales. Parvenu aux dernières pages de notre Bible, un chrétien ne pourrait que conclure qu’il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu pour nous et que toujours, vraiment, il se souvient de son amour. Même quand les hommes ont osé l’impensable, à savoir la mise en croix de l’Innocent, Dieu encore fait preuve d’amour, non seulement en ressuscitant son Fils Jésus, mais aussi en permettant que ce sacrifice serve au salut de tous, à la fois ceux qui étaient témoins de cette tragédie et ceux qui viendraient à la vie dans les siècles à venir. Et nous voici, au premier quart du vingt-et-unième siècle, à bénéficier toujours et encore de ce salut, par le sacrifice unique du Christ, dont nous faisons mémoire en cette eucharistie. La fête de l’Assomption de Marie n’est pas que le signe de l’amour de Dieu pour son humble servante, mais pour nous tous. Ce qui advient de Marie nous concerne effectivement puisque c’est une annonce claire de ce qui nous attend : une vie d’éternité dans le Royaume de Dieu, non pas parce que nous l’aurions mérité, mais parce que Dieu se souvient de son amour et nous offre de vivre auprès de lui, avec son Fils, avec Marie, et la foule nombreuse de ceux que nous appelons les saints.

             En cette fête de l’Assomption, nous pouvons décliner ce il se souvient de son amour au féminin. Parce que Marie, à l’image de Dieu, s’est toujours souvenu de l’amour que Dieu lui a manifesté quand il l’a choisie pour être la Mère de son Fils. Voyez dans l’évangile de Luc cette mention faite plusieurs fois : Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Elle ne perd rien de ce que l’amour de Dieu fait pour elle ; et elle s’en souviendra quand la jeune communauté croyante va grandir après Pâques. Elle transmettra ce qu’elle sait de son Fils, ce qu’elle a vécu avec lui pour que cela parvienne encore à nos oreilles aujourd’hui. Au terme de la vie terrestre de Marie, Dieu se souvient de son amour, se souvient de son humble servante, et l’appelle dans sa gloire sans qu’elle ait eu à connaître la dégradation du tombeau. Celle qui était sans péché et qui, par son oui, a rendu l’humanité capable d’accueillir Dieu, ne pouvait pas juste suivre le chemin ordinaire de notre humanité parvenue à son terme. Puisqu’elle a vécu toute sa vie dans le souvenir de l’amour de Dieu pour l’humanité, et qu’elle a permis à celle-ci de rencontrer face à face le Fils de Dieu, elle accèdera à la gloire de son Fils, sans passer par la tombe. Quand Dieu se souvient de son amour, de grandes choses sont possibles pour nous.

             Ce qui m’amène à vous proposer de faire un pas de plus. Nous avons vu qu’avec Marie, nous pouvions mettre cette phrase au féminin. Il nous faut maintenant envisager de la mettre aussi à la première personne : je me souviens de son amour. En tous les cas, nous devrions nous exercer à la vivre ainsi. Parce que si Dieu se souvient de son amour pour nous, il serait juste et bon que nous gardions mémoire de ce que l’amour de Dieu fait pour nous ; pas seulement en reprenant le Magnificat avec toute l’Eglise, mais en étant capables de l’illustrer par des moments de notre vie. Cela nous oblige à ne pas être des enfants ingrats qui profitent de l’amour de Dieu mais jamais n’en font mémoire. L’Eglise le fait à merveille dans sa prière, notamment à travers les préfaces qui ouvrent chacune de nos liturgies eucharistiques.  La préface, c’est cette prière que le prêtre dit au nom de l’assemblée et qui commence ainsi : Vraiment, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Si l’on prend les 74 préfaces proposées dans l’année, qu’on y ajoute celles des messes rituelles (ordinations, mariages, enterrements, les préfaces du missel des messes de la Vierge Marie) et quelques particulières, nous dépassons la centaine d’occasions de nous souvenir de l’amour de Dieu pour nous, puisque chaque préface nous fait chanter une merveille que Dieu fait pour nous par amour. Si la préface est réservée au prêtre pendant la messe, rien ne nous empêche de prendre l’habitude de prier avec ces beaux textes au long de l’année pour redire à Dieu que, s’il se souvient de son amour, nous aussi nous voulons nous en souvenir et le remercier de nous aimer autant.

             En prenant exemple sur Marie, qui chante les merveilles de l’amour de Dieu pour nous, apprenons à nous souvenir que Dieu nous aime. Apprenons à le remercier pour cet amour. Apprenons à noter les merveilles que Dieu fait concrètement pour nous. Cela ne fera peut-être jamais une préface officielle de la prière de l’Eglise ; mais ces souvenirs de ce que l’amour de Dieu fait pour nous aujourd’hui, constitueront notre part à la louange que nous devons à Dieu qui nous aime ainsi. En cette fête de l’Assomption, que monte au ciel avec Marie, notre merci pour tout ce que Dieu fait, lui qui nous appelle à partager sa gloire, simplement parce qu’il nous aime et non parce que nous l’aurions mérité. Amen.

mercredi 14 août 2024

Assomption - 15 août 2024

 Quand le peuple ouvre la voie.






 

            Le saviez-vous ? La fête de l’Assomption est célébrée depuis quatorze siècles lorsque, enfin – pourrait-on dire – le Pape Pie XII décide, le 01er novembre 1950, de proclamer le dogme de l’Assomption qui affirme ce que le peuple croyait et célébrait depuis longtemps, à savoir que Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Si c’est bien l’Eglise qui définit le dogme, c’est la foi de tout un peuple, répandu par tout l’univers, qui est ainsi entendue et validée. Selon les données du Saint Siège, entre 1854 et 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens. 1 332 évêques et 83 000 prêtres, religieux et religieuses viendront s’y ajouter. Probablement la plus grande démarche synodale organisée non pas par la tête, mais par le corps de l’Eglise. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher une telle foi ? Pour ma part, deux éléments contribuent à cette démarche. 

            Le premier élément, c’est la vie de Marie, et son humilité. Celle qui aurait pu gonfler des chevilles lorsque l’ange lui annonce qu’elle portera le Fils du Très-Haut, entre humblement dans la volonté de Dieu : Voici la servante du Seigneur ; que tout se fasse pour moi selon ta parole ! Et elle restera humble toute sa vie durant. L’Evangile de la Visitation que nous venons d’entendre, nous montre la même Marie ayant reçu le message de l’ange, partir avec empressement chez sa cousine Elisabeth pour se mettre à son service. Celle-ci, en effet, dans sa vieillesse, attendait son premier enfant, lui-aussi fruit de la promesse du Seigneur. Marie ne pérore pas, elle ne se vante pas davantage. Elle chante la grandeur de Dieu et sa bonté envers son humble servante. Elle ne tire pas avantage de sa situation, mais proclame que Dieu agira ainsi pour tous les petits, les humbles, les affamés, ceux qui le craignent, sans oublier Israël, son serviteur. Vous pourrez relire, en rentrant chez vous, tous les évangiles qui nous parlent de Marie (c’est assez vite fait, il n’y en a pas tant que cela), jamais vous ne la verrez ou entendrez s’élever, revendiquer, se mettre en avant. Toujours, comme à Cana par exemple, elle renvoie vers Dieu ou vers son Fils. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a bien raison de nous rappeler que nous allons à Jésus, par Marie. Pas seulement parce que c’est elle qui nous donne Jésus, mais parce que toute sa vie nous montre Jésus. Même sa mort, qui la fait entrer corps et âme en paradis, nous montre Jésus et nous dit que le chemin qu’il a été le premier à emprunter, lui premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis, est le chemin commun pour nous tous. Marie, en son Assomption, nous montre que Jésus a bien vaincu la mort, et que celle-ci n’est plus un obstacle, mais le passage vers la rencontre avec Dieu. 

            Et ceci m’amène au deuxième élément qui justifie, selon moi, cette démarche faite par le peuple de Dieu pour aboutir à la proclamation du dogme de l’Assomption. Nous avons besoin d’être rassurés sur notre avenir. Et la foi en l’Assomption fait juste cela. Bien sûr, nous savons et nous croyons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Paul nous l’a magnifiquement rappelé dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu. Mais c’est Jésus, quoi ! C’est le Fils de Dieu ! Avec Marie, nous avons quelqu’un de chez nous, totalement. Si elle, grâce à son humilité et sa vie totalement menée sous la conduite de l’Esprit Saint, parvient corps et âme en paradis, nous avons l’espérance, malgré notre péché, d’y parvenir nous aussi. Notre corps mortel sera livré à la tombe, mais notre âme pourra s’élever vers Dieu. Nous ne sommes pas que corps mortel ; nous sommes aussi spirituels, animés de l’Esprit Saint que nous avons accueilli au jour de notre baptême, et cette part de nous sera sauvée. Marie nous est donnée comme exemple de vie à mener dans le Christ sous la conduite de l’Esprit Saint ; elle nous est aussi donnée en exemple de ce qui est promis, à la fin de notre vie. Avec Jésus ressuscité, nous pouvions espérer ressusciter nous aussi et participer à sa gloire. Grâce à Marie, nous savons que cela est possible puisque la foi du peuple, avant la foi de l’Eglise, nous disait cela possible quand nous méditions le mystère de l’Assomption avant même qu’il ne fut un dogme. Quand Jésus nous dit qu’il donne sa vie pour nous, pour notre vie, nous pouvons le croire ; il dit vrai et sa mort en croix et sa résurrection d’entre les morts nous ouvrent le chemin vers la vie. Marie, en son Assomption, semble nous dire : comme moi, vivez selon la parole du Christ, et comme moi, vous parviendrez au Royaume où Dieu nous attend. Ne crains pas de croire ; ne crains pas d’être humble ; ne crains pas la mort. La vie éternelle est offerte à ceux qui croient ; la vie éternelle est offerte aux humbles ; la vie éternelle est offerte à ceux qui passent la mort avec le Christ. Il est notre salut, notre gloire éternelle. 

            Aujourd’hui, réjouissons-nous que le peuple de Dieu ait montré la voie à l’Eglise. Réjouissons-nous pour Marie qui entre dans la gloire de Dieu. Réjouissons-nous pour nous qui sommes appelés à cette même gloire. Et comme Marie, vivons de la Parole du Christ. Comme Marie, vivons de l’Esprit du Christ. Ainsi, comme Marie, nous parviendrons là où le Christ nous attend. Amen.

lundi 14 août 2023

Assomption - 15 août 2023

 Le Magnificat : hymne de la confiance que Marie met en Dieu.




 (Source : 15 août : Fête de l’Assomption (catholique.fr)

 

 



            Puisque nous ne sommes qu’au deuxième jour après dimanche, faisons le pari que nous avons encore en tête l’apostrophe de Jésus à ses disciples lorsque, le voyant marcher sur l’eau, ils eurent peur. Il leur disait alors (laisser aux gens le temps de répondre…) : Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! Confiance : c’est bien à cela que Jésus nous invite tous ; et la fête de l’Assomption vient justement mettre sous nos yeux le résultat de cette confiance : une vie pour toute éternité avec Dieu. Marie est bien celle qui a fait confiance, de manière absolue, et qui est appelée aujourd’hui à partager la gloire de son Fils, mort et ressuscité. 

            La plus belle expression de cette confiance réside, me semble-t-il, dans le Magnificat, le chant de Marie, lors de sa visite à sa cousine Elisabeth, que l’évangile de cette solennité nous a donnés de réentendre. Après avoir exprimée toute sa joie profonde (Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !), elle égrène les motifs de sa confiance : Il s’est penché sur son humble servante, le Puissant fit pour moi des merveilles ; sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Les premiers motifs de la confiance que nous devons avoir vis-à-vis de Dieu, c’est cette certitude qu’il intervient pour nous, qu’il ne nous laisse jamais seul. Son amour pour nous est si grand qu’il s’exprime en miséricorde, en capacité infinie à nous pardonner. Ceux qui ont confiance en Dieu savent que leur péché n’est que peu de chose face à l’immensité de l’amour miséricordieux du Père. 

Mais Marie ne s’arrête pas là : dans l’expression de sa confiance en Dieu, elle invite ceux qui jouent aux puissants à la conversion en les avertissant (il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, renvoie les riches les mains vides). Il nous faut entendre ces paroles comme un avertissement et non comme un jugement déjà prononcé, parce que la miséricorde s’étendra à eux aussi s’ils reviennent de cette conduite ; sa miséricorde est pour nous lorsque nous abandonnons des manières de vivre qui blessent la fraternité universelle que Dieu veut nous voir vivre. En même temps, Marie chante comment Dieu intervient pour les petits : il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il relève Israël son serviteur. Ceux dont l’art de vivre correspond au projet de Dieu, mais aussi ceux qui n’ont rien, Dieu ne les oublie pas ; il sait les récompenser, pas plus tard, mais dès maintenant. Tout le chant de Marie est au présent ! Dès le moment où, par Marie, il choisit d’entrer dans le monde, ce renversement s’effectue. L’homme blessé est sauvé, l’homme tombé est relevé ; l’homme suffisant, autocentré, est averti : s’il ne change pas, il sera défait. 

            Si l’Eglise a choisi de reprendre cette page d’Evangile au moment même où elle célèbre l’entrée dans la gloire de Marie, c’est peut-être bien pour nous redire le sens ultime de notre vie. Nous sommes faits pour la vie avec Dieu dès ici-bas et pour la vie en Dieu par-delà notre mort. Mais ce destin ne s’accomplit qu’au prix d’une conversion et d’une fraternité véritable. Marie entre dans la gloire de Dieu parce qu’elle a fait confiance, en toute chose, au projet inimaginable de Dieu pour tous les hommes ; en Jésus, il n’offrirait pas seulement son salut à son peuple, mais à tous les hommes. Marie entre dans la gloire de Dieu parce que, la première, elle a été véritablement disciple de celui qu’elle allait offrir au monde. Sans l’avoir encore vu, sans l’avoir encore entendu, elle a cru que l’enfant qui grandissait en son sein serait le Sauveur du monde, et dans le Magnificat, elle exprime déjà ce que sera le message de ce Fils à naître. Sa disponibilité à Dieu lui a fait entrevoir toute la richesse de la Bonne Nouvelle que son Fils annoncera. Elle ne l’a pas rêvée ; elle y a cru et elle nous l’a dit.  Dans sa prière, Marie nous donne toutes les raisons qu’elle a de croire en Dieu et de se mettre à son service. Tout ce qu’elle exprime, elle le tire de l’expérience de foi du peuple auquel elle appartient. 

Alors puisque chaque fête liturgique n’est pas seulement le souvenir d’un événement fondateur, mais une invitation à approfondir notre foi et à la vivre toujours mieux, il nous revient aujourd’hui de croire Marie quand elle exprime sa foi dans cette belle prière. A nous de suivre, comme Marie, ce chemin de confiance ; à nous maintenant de dire aux autres, au nom du Christ venu parmi nous, sa Bonne Nouvelle du Salut. A nous de vivre cette Bonne Nouvelle avec celles et ceux que Dieu met sur notre route. A nous maintenant, en prenant exemple sur Marie, de faire de notre vie, un chant de louange à la gloire de Dieu qui nous a donné Jésus. Aujourd’hui nous chantons avec Marie son cantique de louange, son cantique de confiance. Mais quelle parole contiendrait notre propre Magnificat ? Que dirions-nous aux autres de ce que Dieu fait pour nous ? N’ayons pas peur de composer notre propre Magnificat, forts de notre expérience de foi. Je n’ai nul doute que Marie chantera avec nous l’hymne de notre vie, l’hymne de notre confiance en Dieu lorsqu’il nous fera partager la gloire de son Royaume. Amen.

dimanche 14 août 2022

Assomption - 15 août 2022

 Une fête qui nous parle de Dieu et de nous.



Fra Angelico, Couronnement de la Vierge Marie
vers 1434-1435, Galerie des Offices, Florence, Italie


            De qui nous parle cette fête de l’Assomption ? De Marie, me répondrez-vous, car tout le monde sait encore à peu près que l’Assomption est une fête mariale. Je reposerai alors ma question avec plus d’insistance : de qui nous parle encore cette fête de l’Assomption ? La réponse est double, comme toujours avec les fêtes mariales : elle nous parle de Dieu, elle nous parle de nous. Si elle ne le faisait pas, elle n’aurait rien à nous dire, rien à nous apprendre, cette fête du milieu d’été. 

            La fête de l’Assomption nous parle donc d’abord de Dieu. De Dieu qui a toujours eu l’initiative dans la vie de Marie. Toute la théologie mariale en convient. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle était particulièrement sainte, mais parce que, dès sa conception, Dieu l’a préservée du péché. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle a dit oui ; elle a dit oui parce que Dieu l’avait approchée pour lui proposer de participer à son projet de salut en accueillant Jésus dans son sein. En ce jour où nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, n’oublions pas Dieu qui a l’initiative de cette originalité, par souci de continuité de son œuvre en faveur de celle qu’il a choisie depuis le commencement pour être la Mère de son Fils. Il n’eut pas été logique que Marie, à sa mort, soit dégradée par la mise au tombeau. La dégradation du tombeau est la conséquence de notre péché. Marie ayant été préservée du péché depuis sa conception, il eut été parfaitement incongru qu’elle soit subitement soumise à la loi de tous les pécheurs. Elle est donc élevée corps et âme auprès de Dieu, vivant sa Pâque dans la continuité de la Pâque de son Fils, elle qui a toujours vécu des grâces venant de son Fils. A moins de faire de Dieu un inconséquent, il ne pouvait pas en être autrement. Vous ne préservez pas tout au long d’une vie votre chef d’œuvre pour le détruire soudainement, en un instant, sans qu’il n’y ait aucune faute de sa part. L’Assomption nous prouve, si besoin était, la réalité de l’œuvre de Dieu en faveur de l’humanité, une œuvre bonne, une œuvre qui mène à la vie. Elle nous montre la cohérence de Dieu dans ses actions envers Marie. Elle nous redit enfin l’amour de Dieu en faveur de l’humanité tout entière que Marie représente. 

            C’est pour cela que la fête de l’Assomption nous parle aussi de nous. Certes, nous ne sommes pas créés sans péché à l’image de Marie. Mais nous sommes, par notre baptême, invités à rejeter le péché hors de notre vie, pour vivre une communion parfaite avec le Christ qui nous sauve. L’élévation dans la gloire de Marie nous annonce notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toujours ; nous sommes faits pour partager avec lui la gloire du Royaume. Ça n’ira peut-être pas aussi vite que pour Marie, mais c’est le but ultime de notre vie. Dieu nous veut avec lui pour toute éternité. Nous le savions depuis Pâques et la résurrection du Christ d’entre les morts. Avec l’exemple de Marie entrée dans la gloire de Dieu, nous savons désormais que ce n’est pas une promesse vaine, que ce n’est pas irréalisable par Dieu pour nous. Ce qui est immédiatement possible pour Marie sera notre avenir un jour. Nous serons appelés à vivre pour Dieu, en Dieu, avec Dieu ; que cela ne fasse pas l’ombre d’un doute dans notre esprit. Et à cet appel nous concernant, si notre esprit n’est pas totalement obscurci par le péché, nous répondrons Oui, comme Marie a toujours répondu Oui aux appels de Dieu. En suivant en toute chose la voie de son Fils, elle nous montre la voie à suivre pour parvenir où elle est désormais : cette voie, c’est suivre ce même Fils, en toute chose, tout au long de notre vie. Ainsi notre vie, petit à petit, deviendra un Oui, notre Oui à Dieu. Et Dieu pourra réaliser en nous les merveilles qu’il a réalisées pour sa servante qu’il accueille aujourd’hui dans sa gloire. 

            Alors chantez Marie aujourd’hui si cela vous plaît. Mais chantez surtout la grandeur et l’amour de Dieu pour les hommes, lui qui a offert son Fils pour nous faire entrer dans sa vie. Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour que nous puissions ressusciter à notre tour, forts de sa victoire sur le Mal, le Péché et la Mort. Marie, dans son Assomption, nous montre la réalité de cette œuvre. Elle a chanté cette réalité dans son Magnificat : Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. Que cette promesse devienne définitivement notre espérance et l’unique but de notre vie. Amen.


samedi 14 août 2021

Assomption - 15 août 2021

 Marie, l'huissier qui nous introduit auprès du Christ.



(Michel Sittow, Assomption, vers 1500, National Gallery of Art, Washington)



            L’assassinat du Père Olivier MAIRE a mis en lumière une congrégation peu connue en Alsace : les Montfortains. Elle regroupe des hommes et des femmes qui s’engagent à la suite du Christ, au service de l’Eglise, selon l’enseignement de St Louis-Marie Grignon de Montfort. Nous lui devons cette expression bien connue : A Jésus, par Marie. La fête de l’Assomption, fête de l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, est l’occasion toute trouvée pour méditer cette marque de la spiritualité des Montfortains. 

            Un reproche souvent fait aux personnes qui ont une trop grande dévotion à Marie est celui de croire qu’elle a plus d’importance que Jésus dans l’œuvre du salut. Or, il faut le redire avec force : seul Jésus sauve, par sa mort et sa résurrection. Mais Marie a joué un rôle éminent dans cette œuvre de salut : elle est celle qui a permis à Dieu de descendre sur terre en prenant vie humaine. Si donc Marie a permis à « l’ascenseur divin » de fonctionner dans un sens (la descente), elle doit aussi lui permettre de fonctionner dans l’autre sens, celui de la montée. En clair, si elle a pu permettre, par son Oui, à Dieu de descendre sur terre, ce même Oui de Marie doit permettre aux hommes de monter vers Dieu. Elle connaît le chemin qui y mène : celui de l’abandon total à la volonté de Dieu, qui se penche vers son humble servante. Le Magnificat décline alors les chemins à suivre et les chemins à éviter pour parvenir à Dieu. Ceux qui craignent Dieu, mais aussi les humbles et les affamés (comprenons les pauvres) sont les favoris de Dieu ; les superbes, les puissants qui écrasent, les riches qui s’enferment dans leurs richesses sont éloignés de Dieu. Spiritualité mariale et amour des pauvres vont de paires. Personne ne peut aimer la Vierge Marie et ignorer le service des pauvres. Nous avons entendu dans l’Evangile de cette fête, que Marie elle-même s’est mise au service de sa vieille cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean le Baptiste par faveur de Dieu. 

            A Jésus, par Marie peut donc s’entendre dans ce premier sens qui consiste à se rendre disponible comme Marie à la volonté de Dieu. On peut aller à Jésus, par l’exemple de Marie. Sa vie tout entière peut devenir notre chemin vers Dieu. Celui qui, comme elle, dit Oui à Dieu en tout ; celui qui, comme elle, se met au service de ceux qui ont en besoin ; celui qui, comme elle, est fidèle à la prière ; celui qui, comme elle, chante la bonté de Dieu, celui-là parvient au Royaume où Dieu attend ses enfants. Il n’y a pas d’autre risque à prendre Marie pour modèle que le risque de finir au paradis, avec elle et tous les saints, réunis autour du Christ qui nous sauve. La fête de l’Assomption doit achever de nous convaincre que c’est bien là notre destinée, puisque ce mystère que nous célébrons aujourd’hui, n’est rien d’autre que la contemplation de ce qui nous arrivera un jour si, comme Marie, nous disons résolument et fermement Oui à Dieu et que nous le servons dans nos frères et sœurs en humanité. 

            A Jésus, par Marie peut aussi s’entendre dans un second sens. Puisque Marie est désormais dans la gloire du Royaume, nous pouvons lui confier notre prière, sûrs que son Fils ne saurait rien refuser à cette Mère qu’il a élevé en son corps et son âme à la gloire du ciel. Celui qui penserait que le Christ est quelqu’un de trop grand pour lui, peut toujours s’adresser à sa Mère, véritable fille d’Eve, pour porter au Christ les demandes qu’il n’ose lui formuler directement. Marie ne nous égare pas loin du Christ, elle nous ramène sans cesse à lui. Ce qu’elle a si bien fait sur terre, c'est-à-dire nous orienter vers Jésus (Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs à Cana, et non pas faites ce que je vous dis), elle continue de le faire au ciel : c’est vers la gloire du Christ que nous renvoie la gloire de Marie. C’est au Christ qu’elle transmet toutes les demandes qui lui sont adressées, sûr qu’elle est que son Fils se plaira à plaire à cette Mère qui plaît même à Dieu au point de préserver de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté son propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Au ciel, Marie n’est pas devenue une déesse ; elle est et reste l’humble servante du Seigneur, l’humble servante de toutes les Elisabeth qui ont besoin d’elle. 

            Que l’on considère Marie dans sa vie terrestre ou que l’on considère Marie depuis son entrée dans la gloire, elle ne cesse jamais d’être comme l’huissier qui nous introduit auprès de son Fils, celle qui nous accueille sans nous retenir, mais qui toujours nous renvoie vers celui qu’elle a mis au monde. Sans Marie, Jésus ne serait pas venu sur terre. Sans Jésus, Fils de Dieu fait homme, on ne parlerait pas de Marie, sa Mère. C’est lui qui lui donne sa juste place ; c’est elle qui nous rappelle sans cesse son importance à Lui, le seul Sauveur, celui qu’il faut écouter, celui qu’il faut chanter, celui qu’il faut servir. Avec Marie, allons à Jésus, avec confiance et espérance. Ce qu’il accomplit pour sa Mère aujourd’hui, il est venu l’accomplir pour nous tous lorsqu’il s’est offert sur la croix. A lui notre reconnaissance et notre action de grâce pour les siècles des siècles. Amen.

vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


mercredi 14 août 2019

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2019

Comprenons mieux la fête à partir du Magnificat.







Faute de texte biblique parlant de l’Assomption de Marie, donc de sa mort et de sa montée aux cieux dans la gloire que le Père partage avec le Fils et l’Esprit Saint, la liturgie de l’Eglise nous fait entendre cette page d’évangile de la visitation comprenant le chant du Magnificat. Souvent présenté comme le chant-programme de l’enfant que Marie porte en elle, nous pouvons aussi le considérer comme le chant qui annonce le destin singulier de Marie, destin qui s’accomplit dans ce mystère de l’Assomption, et comme le chant qui annonce notre propre destinée.

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Le Magnificat commence par ces versets qui nous disent l’état d’esprit de Marie, sa joie et sa foi en Dieu, au moment où elle rencontre Elisabeth sa cousine, enceinte elle-aussi, malgré son grand âge. Toutes deux bénéficient d’une grâce spéciale de Dieu dans l’accomplissement de son projet de salut. Cette rencontre est la rencontre de deux mondes, la rencontre du Premier Testament – représenté par Elisabeth et Jean le Baptiste qui tressaille dans son sein – et le Nouveau Testament – représenté par Marie et Jésus qui grandit dans son sein – . Mais comment ne pas reconnaître aussi dans ces versets la joie de Marie au jour où elle est élevée au ciel sans connaître la dégradation du tombeau ? Cette joie immense de bénéficier d’une grâce de Dieu, qu’elle a connu dans sa jeunesse, voilà que Dieu la renouvelle pour elle, au terme de sa vie sur terre. Dans le ciel en fête, je ne doute pas que Marie ait proclamé à nouveau et sa joie et sa foi en Dieu qui sauve.

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse ! Ces autres versets s’accordent aussi parfaitement à la solennité du jour. En élevant Marie au ciel sans qu’elle connaisse la dégradation du tombeau, Dieu s’est penché à nouveau sur Marie, celle qui, humblement avait accepté de porter le Fils unique de Dieu. Si d’aucun, dès les premiers temps de l’Eglise, la reconnaissent bienheureuse pour le rôle qu’elle a joué au début de l’histoire de Jésus, je la reconnais plus volontiers bienheureuse d’avoir bénéficié de cette grâce particulière qui lui ouvre le ciel au moment de sa mort. Contrairement à nous, son corps ne connaîtra pas la dégradation, le pourrissement dans la terre. Elle entre dans la joie de Dieu, corps et âme, totalement intacte. Nous voyons bien là la permanence de la faveur de Dieu envers celle qui n’a été que oui à sa Parole, oui à sa volonté de salut. Comment imaginer que Dieu ne puisse pas récompenser ainsi celle qui a toujours servi cette volonté de Dieu de sauver tous les hommes ? Le Puissant fait pour elle aujourd’hui des merveilles ; Saint est son nom !


Si les premiers versets concernent donc Marie et son destin, les versets suivants nous concernent et nous rappelle que cette fête de Marie est pour nous un avant-goût de ce que Dieu prépare pour nous. Ecoutons bien : Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Certains commentateurs ont pu parler, à propos de ces versets, d’une sorte de discours programmatique de ce que sera l’œuvre de Jésus, le Fils unique de Dieu que Marie porte en son sein. En lisant les évangiles, nous sommes effectivement témoins, à de nombreuses reprises, de l’œuvre de salut entreprise par Jésus. Il guérit les malades, libère les possédés, nourris les foules affamées, il donne les enfants, humbles par excellence, en exemple, laisse partir le jeune homme riche qui ne peut se défaire de ses biens malgré son désir sincère de suivre Jésus. Mais ces versets dépeignent aussi parfaitement de nombreux retables et porches d’églises ou de cathédrales représentant le jugement dernier. Là nous voyons les humbles, les pauvres être accueillis dans le Royaume alors que sont renvoyés vers la gueule de l’enfer des gens riches, des têtes couronnées ou mitrées… Le Magnificat est bien le chant de la fête de l’Assomption parce que cette fête, au-delà de célébrer la gloire de Marie, annonce à chacun de nous notre propre destinée. Ce qui se passe pour Marie, à savoir partager la gloire de Dieu pour toute éternité à partir du moment de la mort, cela peut se passer pour nous, si nous renonçons à notre superbe, si nous renonçons à nos désirs de puissance sur les autres pour davantage nous mettre à leur service, si enfin nous renonçons à être riches en exploitant les autres ou en les dominant. Le Royaume de Dieu appartient aux humbles de la terre.


Les derniers versets du Magnificat confirment cela en rappelant les promesses de Dieu : il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. Comme ils sont beaux et pleins d’espoir pour nous ces derniers versets. Ils redisent la miséricorde de Dieu envers son peuple, peuple de Dieu mais peuple pécheur relevé par Dieu, pardonné par lui. Ils redisent la valeur des promesses de Dieu faites au long de l’histoire du salut ; ils redisent son désir exprimé à Abraham jadis : lui donner une descendance nombreuse, un seul peuple, totalement acquis à Dieu. Il nous faut désirer être de ce peuple, et vivre de son amour ici-bas pour partager cet amour par-delà la mort avec tous les humbles de la terre, avec tous ceux et celles qui formeront l’Israël véritable, le peuple que Dieu s’est acquis au prix du sang de son Fils unique. 


Il n’y avait pas de meilleur choix possible pour cette fête de la Pâques en plein été, Pâques de Marie notre Mère, annonçant notre Pâques, notre propre passage de la mort à la vie. Nous en connaissons maintenant mieux les conditions, le Magnificat nous les ayant rappelées. Avec Marie, réjouissons-nous, et exultons de joie en Dieu notre Sauveur. Amen.


(Luca della Robbia, La Visitation, 1445, Eglise San Giovanni Fuorcivitas, Pistoia, Italie)




mardi 15 août 2017

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2017

Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent !







La fête de l’Assomption bénéficie d’une messe de la veille au soir. C’est à cette liturgie que je puise le verset que je voudrais méditer avec vous. Vous le trouverez dans l’évangile de Luc au chapitre 11 : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! Cette béatitude nous vient de Jésus après qu’une femme se soit exclamée : Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! En cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie, fête mariale par excellence, un tel choix de lecture peut surprendre. Et pourtant ! 
 
Qui célébrons au juste aujourd’hui ? Marie qui monte au ciel ou Dieu qui manifeste sa justice en faisant entrer, corps et âme, Marie au paradis, là où son Fils l’a précédée ? Est-ce Marie, qui par la force de ses poignets qui se hisse jusqu’au paradis ? Ou est-ce Dieu qui reconnaît et proclame ainsi les mérites de sa servante, celle-là même qu’il a choisie pour donner corps à son Fils Jésus, envoyé dans le monde pour sauver les hommes ? A travers Marie, n’en déplaise à certains, c’est bien Dieu que nous célébrons et honorons aujourd’hui. A travers Marie, c’est bien la gloire de Dieu promise à tous ses fidèles qui est célébrée. L’auteur principal et premier du mystère de l’Assomption, c’est Dieu qui, en sa bonté, récompense celle qui a écouté la parole de Dieu et qui l’a gardé toute sa vie, méditant sans cesse ce qu’elle ne comprenait pas toujours. Elle est récompensée aujourd’hui parce qu’elle est cette femme de la béatitude prononcée par Jésus. Elle est la femme de toutes les béatitudes données par Jésus. La vie de Marie se confond avec la parole qu’elle a entendue et gardée. Pour vous en convaincre, relisez son cantique d’action de grâce entendue dans l’évangile de la messe du jour. Chaque verset est une référence à autant de passages de l’Ancien Testament, parole de Dieu donnée à nos Pères dans la foi et qui annonçait l’ultime parole de Dieu, le Christ, le Messie de Dieu, le Fils de Marie. Faut-il s’étonner de la récompense obtenue par Marie à la fin de sa vie ? Elle entre dans la gloire du ciel là où est son Fils, la Parole éternelle de Dieu. Elle l’a gardée de son vivant, en chair et en os comme Mère de Jésus. Elle l’a gardée, en disciple fidèle, dans les paroles prononcées par lui et les gestes posés par lui, autant de paroles de Dieu dispersées au vent de l’Histoire. Partout où il y aura un témoin de Jésus Christ, sa parole retentira. Partout où il y aura un disciple de Jésus Christ, sa parole pourra être entendue et gardée. 
 
A y regarder de près, nous constatons que la béatitude de Jésus reprend celle d’Elisabeth, sa tante, lorsque Marie va la visiter alors qu’elles sont enceintes toutes deux : Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Il n’y a pas que Dieu qui reconnaît les mérites de Marie. Une simple femme, enceinte dans sa vieillesse, reconnaît en Marie une femme toute donnée, toute consacrée à la Parole dite de la part du Seigneur. C’est donc bien une attitude fondamentale de Marie. Ce n’est pas une simple posture spirituelle ou intellectuelle, c’est la respiration même de Marie que d’écouter la parole de Dieu et d’en vivre. Avant même que Jésus ne parle et n’agisse, Marie suit cette parole, Marie respecte cette parole, Marie vit de cette parole. Une parole est prononcée par Dieu et Marie y engage toute sa vie, ne sachant pas tout ce que cette vie lui réservera. Oui, ce que Dieu récompense dans le mystère de l’Assomption, Elisabeth l’avait reconnu en accueillant une jeune fille promise en mariage. Comment ne pas être encouragé nous-mêmes à suivre son exemple ? Il ne s’agit pas tant d’imiter Marie : je ne crois pas à une spiritualité du perroquet qui nous ferait répéter simplement ce qu’on nous dit. Je crois à une spiritualité du disciple qui nous fait prendre au sérieux la parole de Dieu dans notre propre vie, qui nous fait croire que cette parole peut changer notre vie. Oui, il nous faut croire que cette parole apportera un changement profond et vrai à notre existence, pour notre plus grande joie. Personne n’a jamais été triste d’écouter la parole ! Personne n’a jamais été triste de garder cette parole ! Elle porte en elle la vie véritable. Elle porte en elle la vie éternelle à laquelle nous sommes destinés. L’Assomption de Marie annonce notre avenir de la même manière que l’annonçait déjà la fête de la Transfiguration. Nous sommes faits pour vivre, faits pour vivre avec Dieu, faits pour vivre de Dieu, faits pour vivre en Dieu. 

Rendons grâce à Dieu, par Marie élevée aujourd’hui dans la gloire, pour cet avenir que Dieu nous promet et qu’il réalise pour nous en Jésus. Rendons grâce à Dieu pour sa parole qui nous éclaire et nous fait vivre. Rendons grâce à Dieu qui nous a donné en Marie un exemple de vie à l’écoute de la parole de Dieu. Qu’à sa suite, nous chantions la louange de Dieu. Qu’à sa suite, nous devenions disciples d’une parole à vivre aujourd’hui et chaque jour jusqu’à la fin des temps. Amen.

(Dessin de Mr. Leiterer)

samedi 15 août 2015

Assomption - 15 août 2015

Marie, une exception ?





Au risque de paraître impertinent, interrogeons-nous : Marie, dans son Assomption, est-elle une exception ? Derrière cette question s’en cache une autre qui nous concerne davantage : avons-nous une chance de vivre quelque chose d’analogue à son Assomption ? Car enfin, reconnaissons-le : nous ne sommes pas tous comme Marie à garder jour et nuit la Parole de Dieu au cœur de notre vie et à la méditer sans cesse ; contrairement à Marie, nous sommes marqués par le péché des origines dès notre éveil à la vie. Alors oui, avons-nous une chance ? Et à quelles conditions ?
 
D’emblée, il nous faut rappeler que l’Assomption de Marie que nous célébrons aujourd’hui n’est pas une récompense pour ses vertus. D’ailleurs quelle vertu de Marie pourrions-nous mettre en avant pour justifier cette récompense ? Si l’on en croit la prière de l’Eglise, elle  été préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de Jésus (oraison de la fête de l’Immaculée Conception). La Tradition de l’Eglise comprend donc bien que Marie, dès sa naissance, a été préservée du sort du commun des mortels pour accueillir en son sein le Fils unique de Dieu, Jésus, notre Seigneur et Sauveur. D’une certaine manière, sa vie n’a rien de surprenant alors. Préservée par Dieu, non marquée par le péché, il semble facile de vivre conformément à la volonté de Dieu. Du moins le pensons-nous spontanément. 
 
Si l’Assomption n’est pas une récompense, comment la comprendre alors ? Il faut la comprendre comme l’aboutissement d’un long processus. Elle est rendue possible par l’incarnation du Fils de Dieu. Si Jésus n’était pas devenu homme pour que les hommes puissent devenir Dieu, nous ne pourrions pas célébrer l’Assomption comme l’annonce de notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre en Dieu pour toujours ! Sans l’incarnation, l’Assomption serait un coup d’exception, réservée à une femme d’exception, mais totalement hors de notre portée. Avec l’incarnation, c’est-à-dire avec le désir de Dieu de venir en ce monde pour changer la face de la terre et offrir le salut à tous, le résultat de l’Assomption (Marie dans la gloire du ciel) devient pour nous un motif d’espérance. Puisque Dieu vient à notre rencontre, nous pouvons devenir ses familiers. Peut-être avons-nous là la raison du choix de l’Evangile de cette fête : par le Magnificat, Marie chante bien toutes les merveilles que Dieu fait pour les hommes. Mais elle dit aussi le lien entre l’incarnation et l’assomption : Il s’est penché sur son humble servante (incarnation) ; désormais tous les âges me diront bienheureuse (assomption). L’un ne va pas sans l’autre. Pour que les enfants des hommes puissent espérer vivre en Dieu pour toute éternité, il faut un geste d’amour divin ; il faut que Dieu s’abaisse pour élever l’homme à sa hauteur. Marie a été la première à être élevée aussi haut pour nous rappeler notre avenir et donner à notre foi un peu de consistance. Elle a été la première parce qu’elle a totalement accueilli Dieu dans sa propre vie. Nous ne croyons pas en Dieu en vain ; nous ne proclamons pas un Dieu qui s’est fait homme juste pour son bon plaisir : il est devenu l’un de nous pour nous attirer à lui et nous sauver une fois pour toutes de tout ce qui nous retient loin de lui. 
 
Si l’Assomption est la conclusion triomphale de l’incarnation, n’avons-nous donc rien à apprendre de Marie ? Oh que si ! Nous avons à apprendre d’elle la fidélité  de Dieu à son projet d’amour et notre propre fidélité à ce projet. En préparant en Marie une demeure digne de son Fils, Dieu nous rappelle qu’il est fidèle à son projet d’amour : aucun péché des hommes ne saurait lui faire abandonner son désir de nous sauver. En entrant dans la gloire des enfants de Dieu, Marie nous rappelle qu’il nous faut entrer dans cette fidélité, à notre tour. Bien que préservée par Dieu, elle gardait sa pleine liberté et aurait pu refuser ce pour quoi elle avait été préparée. Mais elle a dit oui à l’ange, oui à Dieu, oui au salut que Dieu proposait à tous les hommes. Son Assomption nous rappelle que nous ne perdons pas notre temps à agir sur terre de manière à plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes. Comme Elisabeth a raison d’accueillir en Marie celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! C’est là son titre de gloire ; et le fait qu’elle ait été choisie par Dieu ne rend pas sa foi plus simple ou plus évidente. 
 
Aujourd’hui, Dieu accueille en sa présence Marie, fille d’Eve. Il nous redit à quelle vie il nous appelle. Il nous redit qu’il nous aime tellement qu’il nous veut avec lui pour toujours. Il nous a choisis au moment de notre baptême pour vivre avec lui. De Marie, apprenons à dire oui à Dieu en toutes choses et nous verrons nous-aussi les cieux s’ouvrir pour nous accueillir lorsque viendra le terme de notre vie, car l’amour de Dieu ne peut se détourner de ceux qui comptent sur lui. Laissons-nous aimer comme Marie, et nous aussi nous partagerons sa gloire. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, éd. Les Presses d'Ile de France)

mercredi 13 août 2014

Assomption - 15 août 2014

Marie, un exemple à suivre.




Je ne connais pas d’autre événement douloureux qui donne lieu à une telle fête que celui qui nous rassemble aujourd’hui. Car enfin, la première raison de notre rassemblement est quand même la mort de Marie, sa dormition comme disent nos frères orthodoxes. Celle qui a porté en son sein le Sauveur du monde est arrivée au terme de sa vie terrestre. Marie meurt et notre deuil se transforme en joie. Comment cela est-il possible ? 
 
La réponse nous vient de la liturgie elle-même. La préface de cette fête nous fait chanter : Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Il faut bien entendre ce que dit la prière de l’Eglise. Il ne dit pas que Marie ne meurt pas, mais qu’elle est préservée de la dégradation du tombeau. Contrairement à nous qui finirons dans une tombe, Marie, à sa mort, a été élevée à la gloire du ciel. Sitôt morte et déjà ressuscitée, déjà à partager la gloire de son Fils, Jésus Christ. Voilà pourquoi nous sommes tous à la joie, parce que cette mort la conduit à la résurrection. Par un mystère infini, Dieu a voulu que celle qui fut la Mère de son Fils soit la première à connaître la destinée de tout croyant, qui fut celle d’abord de son propre fils : vivre en ressuscité pour toujours ! Nous sommes réunis pour vivre la Pâque à échelle humaine, pour nous entraîner à connaître un jour cette joie. La fête de l’Assomption est comme l’exemple de ce qui nous attend. 
 
Comment cela est-il possible ? La question serait plutôt : pourquoi cela ne serait-il pas possible ? Car enfin, ce que nous savons de Marie justifie bien l’honneur qui lui est fait. Sa vie n’a-t-elle pas été un OUI constant à Dieu, depuis l’Annonciation jusqu’à la Résurrection ? Jamais Marie ne s’est soustraite à la volonté de Dieu pour elle ; jamais elle ne s’est opposée à Dieu. Toute sa vie, quelles que soient les épreuves traversées, elle a consenti au projet d’amour de Dieu pour elle et pour son Fils. Jamais elle ne s’est révoltée ; jamais elle n’a douté. Marie est bien celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur, même lorsque ces paroles l’ont conduite au pied de la croix, à contempler son Fils exécuté à cause du péché des hommes. Elle qui est sans péché a accepté que son Fils fut livré au péché des hommes. 
 
Si l’Eglise a attendu le 20ème siècle pour la proclamation du dogme de l’Assomption, il n’en a pas été ainsi pour la foi du peuple. Très tôt, les croyants au Christ ont cru à cette donnée de notre foi. Dieu ne pouvait pas laisser Marie pourrir dans une tombe. Si elle qui est sans péché depuis sa naissance ne partage pas immédiatement la gloire de son Fils, comment serait-il possible pour nous d’y prétendre, nous qui vivons encore sous la loi du péché ? En cela, la fête de l’Assomption nous ouvre une espérance : à la suite du Ressuscité, Marie est accueillie dans la gloire du ciel. Nous pourrons partager le même bonheur si, comme Marie, nous consentons en tout à la volonté de Dieu pour nous. Le chemin qui mène à la gloire du Royaume, Marie nous le montre aujourd’hui : c’est le Christ qu’il ne faut pas quitter du regard. Du début à la fin, Marie ne fait que montrer le Christ aux hommes. Sa parole aux serviteurs du mariage à Cana reste d’une grande actualité : Faites tout ce qu’il vous dira. Et la joie coulera comme le vin jadis à Cana. 
 
Au milieu de l’été, l’Assomption de Marie nous rappelle donc à quelle gloire nous sommes destinés. Et en nous montrant son Fils, elle nous indique la route à suivre. Elle reste l’humble servante qu’elle a toujours été. A l’Annonciation, elle a été l’humble servante de Dieu. Maintenant qu’elle partage la gloire de Dieu, elle est l’humble servante de l’humanité encore en marche, intercédant pour nous, nous invitant à la suivre dans l’obéissance à son Fils. Elle ne prend pas la première place aujourd’hui, elle reçoit sa juste place, sa juste récompense. Réjouissons-nous, et de Marie apprenons la voie du service : elle mène au salut, toujours. Amen.  

(Photo prise dans les environs d'Assise, Le Christ et sa Mère dans la gloire du ciel)

mardi 13 août 2013

Assomption - 15 août 2013

Quand se réalise le projet de Dieu pour l'humanité !




Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.  Ce cri d’Elisabeth, rencontrant sa cousine, résume bien le cri qui a pu, qui a dû accueillir Marie au moment de son Assomption. Ce cri traduit bien que toute la vie de Marie n’a été qu’un OUI à Dieu, un Oui à sa Parole, un Oui à son projet d’amour. Et c’est ce Oui perpétuel et permanent de Marie qui lui vaut la gloire de la résurrection sans avoir connu la dégradation du tombeau. Il aura fallu 20 siècles à l’Eglise pour reconnaître ce que la sagesse populaire avait compris depuis longtemps : celle qui a été préservé à sa naissance, celle qui a dit Oui à Dieu à l’annonciation, comment Dieu ne pourrait-il pas lui accorder d’emblée la gloire du Ressuscité ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : reconnaître en cette femme simple et humble, celle qui a donné au monde le Fils de Dieu, celle qui l’a laissé aller sur les routes de Palestine, celle qui l’a accompagné à la croix, celle qui a toujours été du côté de Dieu, parfaitement. Puisque, de son vivant, elle a mis la Parole de Dieu au cœur de sa vie, cette Parole lui rend la vie, lui ouvre la vie, au moment où elle s’endort dans la mort. Heureuse est Marie parce qu’elle partage la destinée de celui qu’elle a accueilli ; heureuse est Marie, parce qu’à la suite de son Fils, elle entre dans la gloire promise à celles et à ceux qui ont cru en Lui. 
 
Pour mieux comprendre encore cette fête, il nous faut sans doute, comme nous le faisons à l’occasion d’obsèques, relire toute la vie de Marie et plus particulièrement sa naissance, puisqu’un autre dogme nous enseigne à ce sujet ce qui  est notre foi. Si la vie terrestre de Marie s’achève sur l’Assomption, comment ne pas nous souvenir aujourd’hui que sa vie terrestre commence par l’Immaculée Conception. Ces deux dogmes nous rappellent que, de son origine à sa fin, la vie de Marie est marquée par Dieu et par son amour. L’Immaculée Conception nous dit en effet que Marie a été préservée de la dégradation du péché pour accueillir en son sein celui qui allait donner le salut au monde. En fait, elle a été sauvée par avance par celui qui donnerait le salut au monde, et qui grandit en son sein. Son Assomption que nous célébrons aujourd’hui n’est donc que la reconnaissance de ce salut, son officialisation en quelque sorte. Puisqu’elle n’a pas connu la dégradation du péché, elle ne peut pas connaître la dégradation du tombeau. Marie annonce ainsi à toute l’humanité ce qui l’attend si elle se libère, si elle se laisse libérer par le Christ de ce qui l’empêche de vivre. Marie annonce par sa naissance, par sa vie et par son Assomption, que l’humanité tout entière est appelée à se laisser libérer par Dieu, lui qui élève les humbles, lui qui comble les affamés, lui qui se souvient de la promesse de vie et de bonheur faite jadis aux Pères dans la foi. Si nous acceptons que le Christ réalise en nous son œuvre de salut, nous serons comme Marie, un Oui permanent à la volonté de Dieu, transparents à la grâce, ouverts à l’amour et à la vie que Dieu nous offre. Et nous connaîtrons sa gloire, celle qu’elle tient aujourd’hui de la mort et de la résurrection de son Fils. 
 
Nous comprenons alors mieux ce que Paul affirme dans sa première lettre aux Corinthiens, dont nous avons entendu un extrait en seconde lecture : Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. … c’est dans le Christ que tous revivront.  C’est ainsi que se réalisera la promesse faite aux Père ; c’est à cette gloire que nous sommes invités par notre baptême. Nous savons que cette promesse se réalisera puisque Marie en a été la première bénéficiaire. Sa Pâque, au cœur de l’été, nous ouvre à l’essentiel alors que nos vacances nous font souvent rechercher le superficiel. L’essentiel, c’est le Christ, mort et ressuscité. L’essentiel, c’est notre participation à son combat contre les forces de mort qui envahissent notre monde. L’essentiel, c’est que nous avons déjà, en espérance, notre part à la victoire du Christ. L’essentiel, c’est d’entrer finalement dans ce projet de salut, librement, joyeusement, comme Marie. Lorsque l’ange lui a annoncé qu’elle serait la Mère du Sauveur, elle ne s’est pas gonflée d’orgueil ; elle est allée se mettre au service de sa cousine, la vieille Elisabeth, qui enfantait, elle aussi, par grâce de Dieu. 
 
En cette fête de l’Assomption, que Marie nous guide sur le chemin véritable qui mène au Christ. Elle a su faire de sa vie une offrande agréable aux yeux de Dieu. Elle saura toucher nos cœurs et nous orienter vers l’unique nécessaire : son Fils, Jésus le Sauveur. Amen.
 
(Photo de la Dormition de Marie, Fresque de l'église orthodoxe de Zagreb)