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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


lundi 25 décembre 2023

Jour de Noël - 25 décembre 2023

 De commencement en commencement...


(Source internet : ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE: LA NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST (har22201.blogspot.com)



 

 

 

            Comme la nuit laisse place au jour, le merveilleux laisse la place à la réflexion, à l’approfondissement de ce que nous avons vécu au cœur de notre nuit : la naissance d’un Sauveur, la naissance du Sauveur attendu depuis des siècles. La relation de la naissance de Jésus, située historiquement, cède la place à une réflexion profonde sur le sens de cette venue. 

            La réflexion de Jean nous ramène au commencement, quand il n’y avait encore rien, quand il n’y avait que Dieu, l’Esprit et le Verbe de Dieu. Autant dire que la fête de Noël, qui nous fait célébrer le Verbe fait chair, s’inscrit dans ce commencement, ce projet initial de Dieu. C’est même un seul et même projet. Au commencement, par son Verbe, Dieu crée le monde ; au commencement de la venue du Verbe dans la chair, Dieu recrée le monde. Noël est bien la fête d’un nouveau commencement. Quelque chose de neuf advient dans cette incarnation du Verbe de Dieu dans notre chair. Ce qui est neuf, ce n’est pas que Dieu parle ; cela, nous le savions, puisque c’est par sa parole que tout fût créé : le Verbe (la Parole) était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Ce qui peut être nouveau, c’est la manière dont Dieu parle. Au commencement de la création, nous pourrions dire que Dieu commande : Que la lumière soit, et la lumière fut, dit sobrement le texte biblique. Avec ce nouveau commencement de l’incarnation, Dieu ne commande plus, Dieu se propose à l’homme, Dieu prend le risque de l’homme, le risque que l’homme l’écoute… ou pas ! Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Et Dieu ne se fâche pas ; il ne menace même pas ceux qui ne l’ont pas reçu.  

            Avec ce nouveau commencement, Dieu tourne son regard vers ceux qui l’ont reçu et il les récompense : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ce commencement de l’incarnation marque le commencement de notre salut : nous sommes déjà, par cette incarnation du Verbe de Dieu mit à sa hauteur : nous aussi, nous sommes nés de Dieu. Le Verbe fait chair nous rend capables de Dieu, capables de l’accueillir, capables de l’écouter, capables de le suivre, capables de l’aimer, capables de le faire aimer. Le Verbe fait chair habite parmi nous. Quand Dieu vient dans le monde en Jésus, sa Parole faite chair, il ne vient pas pour commander en maître, il vient entrer en alliance nouvelle avec nous. Entendons-nous cette parole que Dieu nous adresse ? Laissons-nous cette parole retentir en nous ? Suivons-nous cette Parole dans tous les aspects de notre vie ? Notre rencontre avec le Verbe fait chair marque-t-elle un nouveau commencement pour nous, pour notre vie ? 

            Une conséquence de cette nouvelle manière que Dieu a de nous parler, c’est que, puisqu’il ne commande plus, nous n’avons plus à obéir ; s’il se propose à nous, nous avons à écouter. Et l’attitude n’est plus la même, et le rapport n’est plus le même. Je deviens responsable d’une part de mon salut. Rassurez-vous : c’est toujours Dieu qui nous sauve, mais j’ai à désirer ce salut, à l’accueillir. Quand Dieu ne commande plus mais se propose, j’ai à choisir de devenir son ami, ou son fils pour parler comme Jean. Personne n’est obligé de croire ; personne n’est obligé de suivre ; personne n’est obligé d’écouter. Mais si je fais le choix de croire, si je fais le choix de suivre, si je fais le choix d’écouter, alors je dois accepter les conséquences de ce choix. Soit je prends la proposition du salut faite par Dieu au sérieux, et je vis en conséquence, soit je laisse cette proposition à d’autres. L’Alliance que Dieu me propose oblige Dieu envers moi et m’oblige envers Dieu. Nous sommes égaux, Dieu à ma hauteur et moi à la hauteur de Dieu. Puisque Dieu nous prend au sérieux, prenons Dieu au sérieux à notre tour. 

            Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Cette forme passée du verbe " habiter " n’est pas un passé dépassé ; c’est un passé qui se renouvelle de génération en génération, de telle sorte que nous pouvons dire qu’aujourd’hui le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, comprenons : il est venu chez nous, il est venu s’installer dans nos vies. Puisse ce désir de Dieu de nous rencontrer être source de notre joie profonde ; puisse ce désir devenir nôtre et nous habiterons chez Dieu aussi sûrs qu’il a habité et habite encore au milieu des hommes. Amen.

dimanche 24 décembre 2023

Nuit de Noël - 24 décembre 2023

 C'est tous les ans pareils !





 

 

 

 

            C’est tous les ans pareil, s’exclamait une petite fille en CE 2 lorsque sa maîtresse leur a annoncé qu’ils allaient préparer Noël. Je sais déjà tout, poursuivait l’enfant, ça fait depuis la maternelle qu’on en parle. Au-delà de l’anecdote réelle, ne sommes-nous pas souvent dans le même esprit ? Que pouvons-nous apprendre encore de Noël que nous ne sachions déjà ? Chaque année, ce sont les mêmes lectures, les mêmes traditions… Qu’avons-nous encore à apprendre de Noël ? 

            Je n’ai pas la prétention, dans cette homélie, de vous faire des révélations inédites sur la fête qui nous rassemble. Cette année encore, Jésus est couché dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Cette année encore, il naît de Marie, au moment du recensement ordonné par l’empereur Auguste. Cette année encore, ce sont des bergers à qui la bonne nouvelle de cette naissance est annoncée. Cette année encore, des cohortes d’anges chantent la louange de Dieu : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. Et cette année encore, la paix semble plus difficile que jamais à atteindre. Comme je voudrais que ce chant devienne réalité pour toute la terre. 

            Ce que je voudrais, par contre, c’est nous faire réfléchir à la réalité de ce qui advient avec la naissance de Jésus. Si ce soir, ce n’est pas son anniversaire que nous célébrons, mais bien sa naissance parmi nous, aujourd’hui, qu’est-ce que cela nous fait ? En-dehors de la joie de la fête, bien légitime, avons-nous bien conscience de cet aujourd’hui du salut qui nous est proposé ? Nous sommes, ce soir, ces bergers, à qui la naissance de Jésus est annoncée. Nous sommes ceux qui recevons la bonne nouvelle du salut. Et ça vous fait quoi ? ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? 

Quand en Jésus, Dieu se fait enfant, faible parmi les faibles, comment ne pas en être impactés ? Quand Dieu, en Jésus, se fait enfant et vient dans notre vie, comment ne pas changer, ne pas en être transformés ? Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie pour nous que Dieu se mette à notre hauteur, qu’il s’a
baisse, s’anéantisse, pour partager notre vie ? C’est assurément un grand mystère, et s’il est vrai que le Salut ne sera réalisé qu’à Pâques, dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, comment ne pas être bouleversé par cette naissance qui porte déjà en elle ce salut qui peut nous sembler lointain ? Si c’est bien le mystère de la Croix qui est au cœur de notre foi, le mystère de la naissance de Jésus n’en est pas moins important. Ce soir, Dieu s’engage envers nous, à nous faire vivre avec lui. Ce soir le Tout-Puissant se fait le Tout-Faible, pour que nous n’ayons pas peur de l’approcher et de l’accueillir. Nous savons que nous n’avons rien à craindre d’un nouveau-né, fût-il le Fils de Dieu. Un bébé reste un bébé. C’est petit, mignon, sans force, ça dépend de nous, les grands. Ce soir, en Jésus, fils nouveau-né de Marie, Dieu se met entre nos mains ; il prend le risque de se livrer, impuissant. Pensons-y quand nous nous approcherons de la crèche pour le contempler. Ce petit, c’est Dieu livré. Ce petit, c’est Dieu offert, attendant déjà de s’offrir pour notre Salut. 

En cette nuit très sainte, recueillons-nous et contemplons Dieu qui vient dans notre vie ; chacun peut dire : il vient dans ma vie. Que cette naissance nous rende heureux d’avoir été trouvés dignes du salut que Dieu offre par amour de l’humanité. Qu’elle nous rende conscients de la responsabilité qui est la nôtre : lui permettre de grandir, le faire connaître, l’aimer et le faire aimer. Ainsi, le monde sera sauvé. Et rien ne sera plus pareil. Amen.


samedi 23 décembre 2023

4ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2023

 Est-ce toi qui me bâtiras une maison ?



 

 

 

            Au terme de notre Avent, à quelques heures de célébrer dans la joie la naissance du Sauveur, il nous est bon d’entendre l’échange entre le roi David et le prophète Nathan. Il nous dit quelque chose d’essentiel de notre rapport au Dieu qui vient. Tout est résumé admirablement dans cette question : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? C’est Dieu qui parle ainsi à David par son prophète. 

            Tout part du constat que David fait sur sa situation comparée à celle de l’arche de l’Alliance : J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Sa réaction est simple : puisque Dieu a tout fait pour moi (Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient), je vais faire à Dieu une maison digne de lui. Je ne doute pas un instant de la sincérité de David ; mais je ne peux m’empêcher d’être partagé entre prétention et naïveté. Prétention, parce que David ferait à Dieu quelque chose que Dieu ne saurait se faire lui-même, et il le ferait mieux que lui ? Personne n’a songé un instant que cela pouvait plaire à Dieu d’habiter sous une tente, comme jadis, lors de la longue traversée du désert ? Naïveté, parce qu’il se croit à la hauteur de la tâche ! Remarquez : le prophète Nathan se laisse prendre lui-aussi au jeu : Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. C’est dans la nuit suivante que Dieu parle à son prophète pour qu’il interroge David : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? 

            Derrière cette question, se cache une tentation très humaine qui se présente à tous à un moment ou à un autre de notre vie spirituelle : l’envie de faire quelque chose pour Dieu. Devant tout ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous, nous pensons qu’il est temps que c’est à nous de faire quelque chose pour lui. C’est la porte ouverte aux très bonnes résolutions qui, sitôt prises sont aussitôt abandonnées, parce que, comprenez-vous, la vie n’est pas simple, il y a tant de choses à faire, … Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; je ne dis pas qu’il ne faut pas se bouger pour lui en menant une vie selon sa volonté. Quand nous vivons simplement notre foi, nous ne faisons rien pour Dieu ; nous montrons juste que nous ne sommes pas des enfants ingrats qui ont tout reçu et ne savent pas dire merci. Vivre notre foi, nous le faisons pour nous. Nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons à cause de Dieu, parce que sa grâce nous a touchés. Non, les choses que nous voulons faire pour Dieu, c’est cet extra, ce truc en plus dont on pense qu’il fera plaisir à Dieu, sans vraiment savoir, une espèce de radicalité qui nous prend après un événement, une retraite, une épreuve dont on sort grandi.  C’est de l’ordre de la tentation, parce qu’elle ne rentre pas vraiment dans ce que Dieu attend de nous. Nous voulons juste faire plus, pour lui montrer qu’on est bien, nous ; et surtout meilleur que les autres ! 

            L’histoire de David, et bien plus tard, l’histoire de Marie, nous montre au contraire que la seule chose à faire pour Dieu, pour ceux qui tiennent absolument à faire quelque chose pour lui, c’est de répondre à sa volonté, ni plus, ni moins. Le vieux principe liturgique qui affirme que chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, s’applique aussi en matière de vie spirituelle. Faire seulement, mais totalement, la volonté de Dieu ! C’est déjà pas mal, croyez-moi ! Cela m’oblige, non pas à imaginer ce qui ferait plaisir à Dieu, mais à écouter Dieu qui me dit ce qu’il attend de moi. Je ne pars pas de moi ; je pars de Dieu. Lui seul sait ce dont je suis capable ; lui seul me propose le vrai chemin pour parvenir à lui ; lui seul peut conduire ma vie au bonheur véritable. Entendons bien Marie quand l’ange lui a tout expliqué. Elle ne dit pas : j’ai compris, je sais ce que vais faire, comment je vais le faire, quand je vais le faire… Elle dit simplement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Et pas un jour ne passera sans qu’elle n’habite cette volonté. Jusqu’au bout, jusqu’à la croix de son Fils, c’est la volonté de Dieu qui guidera sa vie. 

            Renoncer à vouloir faire quelque chose pour Dieu pour mieux entrer dans sa volonté : voici à quoi nous sommes appelés. Nous ne bâtirons rien pour Dieu ; mais lui bâtira notre vie et notre avenir. Ecoutons-le, suivons-le, mais avant tout, accueillons-le. Amen.

samedi 16 décembre 2023

3ème dimanche de l'Avent B - 17 décembre 2023

 Jean le Baptiste, le prophète passeur.



 (Jean le Baptiste prêchant dans le désert, Gustave Doré)

 

 

 

            Qui es-tu ? Je peux comprendre, devant la personnalité et l’œuvre de Jean le Baptiste, que certains s’interrogent, sans doute avec crainte. L’insistance de ceux qu’ils envoient vers Jean pour obtenir une réponse à leurs questions, prouvent qu’ils n’ont pas la conscience tranquille. S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, comment se fait-il que les prêtres et les lévites ne l’aient pas reconnu ? S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, nul doute qu’il ne doit pas être très content. Ça pourrait chauffer pour leur matricule ! 

            Qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Voilà Jean le Baptiste mis en demeure de « communiquer », non pas sur son œuvre, mais sur sa personne. Il redit à peu près ce que nous avions déjà découvert dimanche dernier : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur ! Entendez bien ce qu’il dit : Je suis la voix de celui qui crie. Il est le porte-parole d’un autre. Il n’est pas celui qui crie, il en est juste la voix. Jean le Baptiste se révèle un passeur. Ce n’est pas lui qui compte, mais celui dont il est la voix et qui vient derrière lui. Ce qu’il dit, il ne le dit pas de lui-même ; ce qu’il fait, baptiser, un autre, celui qui vient derrière lui, le fera aussi, différemment. Jean ne s’attribue rien ; Jean ne revendique rien. Il fait, pour un autre, au nom d’un autre. Il révèle un autre. Cet autre, c’est celui dont parle le prophète Isaïe dans la première lecture. Isaïe n’annonce pas Jean le Baptiste dans ce passage, mais il annonce bien un messie à venir. Et pour Jean, celui dont parle Isaïe et celui dont il est la voix ne font qu’un. 

Pour nous, chrétiens, c’est bien Jésus qui est envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Il suffit de relire les évangiles et la longue liste des signes posés par Jésus, et la non moins longue liste de tous ses discours, pour faire le parallèle entre le serviteur annoncé par Isaïe et Jésus. Jean le Baptiste, le passeur de Dieu, indique le chemin qui mène à Jésus. C’est pour cela qu’il est une figure incontournable de notre temps de l’Avent. Revenir vers Jean le Baptiste nous permettra de repartir sur le bon chemin, ce chemin que nous aurons aplani pour le Messie attendu. Ne soyons pas comme ceux qui s’interrogent sur Jean au lieu d’écouter ce qu’il dit ; ne soyons pas comme ceux qui l’interrogent et qui le regardent lui, alors qu’il renvoie vers un autre. La mission de Jean le Baptiste est importante ; mais plus important sera le Messie et son œuvre. Venons vers Jean, convertissons-nous à sa parole, et nous pourrons reconnaître avec lui, en Jésus, le Messie attendu. 

Le hasard du calendrier fait que, cette année, nous sommes déjà dans la toute dernière semaine de notre Avent. Il nous faut hâter notre préparation, il nous faut hâter notre compréhension du message prophétique pour ne pas rater la venue de Celui qui vient au nom du Seigneur. Relisons les prophètes, entendons bien Jean le Baptiste, et plutôt que de nous interroger sur lui, découvrons Celui dont il est la voix qui se fait entendre, et la voie qui conduit au plus grand, au Christ, dont nous sommes tous indignes de défaire la courroie de sa sandale. Ne soyons pas comme imbécile à regarder le doigt ou la personne de Jean le Baptiste alors que tout en lui nous oriente et nous montre le Christ. C’est lui que nous attendons, c’est lui que nous accueillerons. Amen.

 

samedi 9 décembre 2023

2ème dimanche de l'Avent B - 10 décembre 2023

 Préparez le chemin du Seigneur !




(Il Perugino, Le prophète Isaïe)

 

 

 

 

            S’il est une certitude qui doit nous habiter en ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est bien celle de la venue du Seigneur ! Tant le prophète Isaïe, que Jean le Baptiste à quelques siècles de distance, le proclament : Il vient !  Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ! Nous suffit-il donc d’attendre, de veiller comme nous y invitait l’Evangile de dimanche dernier ? Sans rien enlever à l’exigence de la veille, ce dimanche nous invite toutefois à faire un pas de plus, à la rencontre de Celui qui vient : il nous invite à préparer le chemin du Seigneur. 

            C’est sans doute le prophète Isaïe qui est le plus clair à ce sujet. Le crime de Jérusalem étant expié par le trop long temps de l’Exil, voici le temps de la consolation, du retour en grâce : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. A ceux qui croyaient qu’ils devraient vivre soumis aux dieux étrangers, est rappelé qu’ils ont un Dieu, et que ce Dieu, malgré qu’ils l’aient rejeté, veille sur eux. Le temps du retour est venu. Mais ce retour ne va pas sans travail : Préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Autant dire que c’est un travail au bulldozer qui est demandé ! Si le travail est topographique, il est presqu’impossible à réaliser. Mais puisque Dieu invite son prophète à parler au cœur de Jérusalem, nous pouvons comprendre que ce travail est d’abord intérieur, d’ordre spirituel. Après des années à vivre sans Dieu, Jérusalem est invitée à faire place nette pour Lui. Aucun obstacle ne doit empêcher la venue du Seigneur. Les pièges du péché dans lesquels l’homme était tombé, il faut les combler. Les montagnes de péchés accumulées doivent être abaissées. Dieu doit pouvoir passer ; Dieu doit pouvoir aller à la rencontre de Jérusalem sans effort. Après tout, ce n’est pas Lui qui s’était détourné de sa vile ; c’est elle qui avait accumulé les fautes contre Dieu. Celui que les hommes avaient rejeté, deviendra à nouveau le berger de son peuple : Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur. Pouvait-on trouver plus belle image que celle-ci pour dire l’amour de Dieu pour son peuple ? Il le porte sur son cœur ! 

            Si le temps de l’Avent prend tout son sens pour nous aujourd’hui, c’est ce même travail qu’il nous faut faire. Nous devons préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur. Si Noël qui approche n’est pas pour nous l’anniversaire de Jésus, c'est-à-dire le souvenir heureux d’un événement lointain, il nous faut nous préparer, et préparer nos cœurs, à accueillir Celui qui vient à notre rencontre, dans l’aujourd’hui de notre vie. Nos temps liturgiques successifs ne nous invitent pas à la nostalgie de jours heureux, mais à croire que c’est pour nous, aujourd’hui, que le mystère du Salut est déployé. Quand nous relisons le passé, avec Isaïe, avec Jean le Baptiste, avec l’évangéliste Marc pour cette nouvelle année liturgique, ce n’est pas seulement pour commémorer de lointains événements, mais bien pour nous faire comprendre que cela, non seulement peut nous arriver, mais que cela arrive véritablement pour nous. Dieu, qui est déjà venu à la rencontre des hommes, ne cesse de venir à notre rencontre. Il l’a fait au temps d’Isaïe, il l’a fait au temps de Jean le Baptiste, il le fait à notre temps. Ne croyons pas, parce que les temps sont difficiles, que Dieu nous a abandonné ! Ne croyons pas que nous ne pouvons rien pour hâter sa venue. Comme annoncé par les prophètes, nous pouvons combler les ravins des pièges du péché dans notre vie par l’écoute et la méditation de la Parole Dieu. Nous pouvons faire disparaître les montagnes de fautes, les murs de nos incompréhensions, de nos divisions, de nos anathèmes, et ouvrir ainsi de larges vallées de fraternité, des plaines de rencontres et de compréhensions mutuelles. Rencontrer Dieu suppose d’une part que Dieu veuille venir à nous : cela est une certitude que nous pouvons faire nôtre depuis le jour où nos premiers parents, s’étant cachés dans le jardin après la découverte de leur nudité, ont été cherché par Dieu : Homme, où es-tu ? Mais rencontrer Dieu suppose aussi que nous désirions le rencontrer, que nous désirions l’accueillir dans notre vie, aujourd’hui. Le veux-tu vraiment ? Alors abats les murs, comble les fossés, abaisse les montagnes qui te retiennent de le voir venir. 

Aujourd’hui peut devenir pour toi le commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu, inscrit dans ta vie, un évangile vivant qui te fait devenir disciple de Celui qui vient pour te sauver, un évangile qui te parle au cœur. Entendons ce que disait Pierre : Voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu. Vous qui attendez : c’est bien la veille à laquelle nous étions invités dimanche dernier ; vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu : c’est bien notre participation à la prophétie d’Isaïe de ce dimanche. Alors préparons le chemin du Seigneur, avec la certitude qu’il vient à notre rencontre pour nous sauver. Notre siècle a besoin de nous pour ouvrir la route ; notre siècle a besoin d’être rencontré par Dieu si nous ne voulons pas que l’humanité aille à sa perte. Amen.  

samedi 2 décembre 2023

1er dimanche de l'Avent B - 03 décembre 2023

 Avec les prophètes, préparons la venue du Messie : 1. Laissons-nous faire par Dieu ! 





(Le prophète Isaïe, Vitrail de la cathédrale de Senlis)


 

 

            Quand les prophètes de l’Ancien Testament parlent du Messie, ils ne parlent pas, à leur époque, de Jésus. Ils annoncent un Messie qui allait libérer le peuple juif de ses ennemis, à court ou moyen terme. Ils annoncent un Messie pour leur temps. Chrétiens, en relisant ces textes anciens de la foi juive, nous y reconnaissons l’annonce de Jésus, celui que Dieu envoie dans le monde pour le salut de l’humanité. Il me semble donc intéressant et approprié de vous proposer de vivre ce temps de l’Avent en entrant dans l’intelligence de ces prophètes anciens, et comprendre en quoi ils peuvent être pour nous prophètes pour aujourd’hui, prophètes qui nous conduiront, au soir de la Nativité, à reconnaître en Jésus le Messie annoncé, le Messie pour notre temps. 

            Le passage du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture est tiré de la dernière partie du livre. Celui qui parle est le prophète qui a accompagné le retour d’Exil et dont le souci principal est de reconstruire une communauté croyante digne de Dieu. Il constate avec amertume sans doute que le temps de l’Exil qui a pris fin comportait le risque d’éloigner définitivement de Dieu ce peuple qui a erré hors des chemins de son Dieu, ce peuple au cœur endurci qui ne craignait plus Dieu. Le prophète a conscience que sans Dieu, ce peuple n’est rien et il supplie Dieu de déchirer les cieux et d’aller à nouveau à la rencontre de son peuple : Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Reviens à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage… Quelle belle conscience du rapport vital entre Dieu et son peuple le prophète exprime ainsi ! Avec lui, nous sommes appelés à retrouver cette conscience que sans Dieu, nous ne sommes rien, ni collectivement, ni individuellement. C’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui constitue son peuple ; c’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui sauve son peuple. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous préparer à changer pour Dieu, à changer par Dieu. 

            Que s’est-il passé au temps du prophète ? Ce que le peuple attendait, à savoir une manifestation de la puissance de Dieu en faveur de son peuple, s’est accompli : Voici que tu es descendu. Est-ce que cela a changé quelque chose ? Que nenni ! Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés… Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Dieu est venu, Dieu est intervenu, mais l’homme n’a rien changé ! Il y a quelque chose de désespérant dans ce constat, et une grosse interrogation :  que faudra-t-il que Dieu fasse pour que l’homme change, pour que l’homme plaise à nouveau à Dieu, en pratiquant avec joie la justice ? Le jugement du prophète sur son peuple est sans appel et d’une sévérité rare : tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Avec le prophète, nous devons prendre conscience de cette distance qui nous sépare de Dieu et faire grandir en nous le désir d’être à nouveau à Dieu : Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous laisser faire, nous laisser transformer par Dieu en un cœur que Dieu puisse aimer. 

            Pour notre première semaine d’Avent, voici donc fixé le cap : osons demander à Dieu de nous façonner ; apprenons à faire confiance à Dieu et à nous laisser faire par lui. Ce que Dieu veut pour nous ? Notre bonheur et notre salut. Ce que Dieu attend de nous ? De nous laisser faire à son image et à sa ressemblance. Cela ne relève pas de notre capacité ; cela ne relève pas de notre force. Comme le prophète Isaïe, nous devons être convaincu que Dieu seul pourra refaire un peuple digne de lui. Cela ne signifie pas que nous n’avons rien à faire ! Ce n’est pas parce que Dieu nous sauve, que rien n’est attendu de nous. Pour que Dieu puisse nous façonner, il nous faut entrer dans ce projet, accepter que Dieu puisse tout là où nous ne pouvons rien. Pour que le Messie puisse être connu et reconnu, nous devons laisser Dieu « nettoyer notre cœur », y déposer déjà l’image de son Messie pour que nous le reconnaissions lorsque nous le verrons. En fait, ce que nous avons à faire, c’est de prendre Dieu au sérieux, et croire que ce que nous lui demandons (la conversion des cœurs), il nous le donnera. Amen.

samedi 25 novembre 2023

Christ, Roi de l'univers - 26 novembre 2023

 L'Amour vaincra ! L'Amour sauvera !


(Source internet)


 

 

            Il est bon d’avoir entendu le prophète Ezéchiel ouvrir la liturgie de la Parole de notre Eucharistie dominicale. Il nous donnait une parole apaisante et rassurante : La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. En cette période difficile que traverse notre monde, il est bon d’entendre que quelqu’un a le souci de nous, que quelqu’un a le souci des pauvres, des blessés de la vie, … mais aussi le souci de ceux qui ne souffrent de rien : Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Dieu veille sur tous, affirme le prophète, mais Dieu, par ce même prophète, dans la même prophétie, annonce aussi un jugement, pour tous : Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. 

            C’est bien cette image que Jésus reprend dans la parabole dite du jugement dernier, dans l’Evangile de Matthieu. Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Comprenons d’emblée que brebis et boucs n’a rien à voir avec le sexe ; il ne dit pas les femmes à droite, les hommes à gauche. La différence brebis / bouc est une différence « morale », la parabole faisant vite comprendre que les brebis, ce sont les bons, ceux qui seront sauvés, et les boucs, les moins bons, ceux qui seront condamnés. Puisqu’elle est d’ordre « morale », il faut préciser aussi que la différence brebis / bouc n’équivaut pas à la différence pauvre / riche, sous-entendant que seuls les pauvres seraient sauvés, et les riches condamnés. Il y a des bons chez les pauvres comme chez les riches ; il y a des mauvais chez les pauvres comme chez les riches. Les artistes lointains qui ont transposé cette parabole en tableaux ou retables, ne s’y sont pas trompés, mettant autant de riches et de pauvres du côté de ceux qui entraient au Paradis que du côté de ceux qui étaient précipités dans les flammes de l’enfer.  Notre salut n’est pas lié à notre condition sociale. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont pauvres et qui souffrent ici-bas seront récompensés, et se verront riches et bien-portants dans l’au-delà. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont riches et bien-portants ici-bas se verront pauvres et malheureux dans l’au-delà. A ceux qui le penseraient, je rappellerai que nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ! 

            Sur quoi portera alors le jugement ? La parabole est claire : sur notre manière d’agir (ou pas) avec ceux que la vie met sur notre route et qui sont moins bien lotis que nous. Le jugement portera sur notre agir vis-à-vis des grands besoins de l’homme qui a faim ou soif, qui est étranger, nu, malade ou en prison. Nous pouvons comprendre que le jugement portera sur notre capacité de relation et notre mode de relation. Suis-je capable de porter un intérêt à celui qui est différent de moi, parce qu’il est plus pauvre, parce qu’il est étranger, parce que sa vie relationnelle est entravée par la maladie ou la prison ? Est-ce que je fais quelque chose pour soulager la faim et la soif des autres, y compris dans ma propre manière de consommer ? Est-ce que je fais quelque chose pour l’étranger, à part le charger de tous les maux de notre société ? Est-ce que je fais quelque chose pour celui qui est malade ou en prison, à part plaindre le premier et dire du second qu’il l’a bien cherché ? A bien réfléchir, je me rends bien compte qu’il ne s’agit pas seulement de donner de l’argent ou de partager, mais bien de cette capacité à entrer en relation avec l’autre, moins chanceux, différent… Peut-être, pour comprendre, faut-il ici réentendre Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lorsqu’il affirme : J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. Ecoutons alors à nouveau Jésus dans sa réponse, à l’étonnement des brebis comme des boucs : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait (ou pas) à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). 

            Il nous donne là un indice sur la bonne manière d’agir avec celles et ceux qui croisent notre route ; je peux l’exprimer ainsi : agis avec chacun comme tu voudrais agir si tu croisais le Christ lui-même ! Il y a, dans cette manière de comprendre et de faire, l’affirmation que nous avons compris pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans notre monde. En agissant avec chacun comme on agirait avec le Christ, nous affirmons comprendre ce qu’est la fraternité universelle qu’il prêche, et qu’il est Celui qui fonde cette fraternité. En prenant figure humaine en Jésus, Dieu se fait non seulement proche de chacun, mais il nous dit aussi que désormais chacun porte au fond de lui le visage du Dieu qui s’est fait homme. L’artiste qui a réalisé le dernier vitrail de la cathédrale de Strasbourg l’a bien compris, lui qui a composé le visage du Christ avec les photos des visages des hommes et des femmes qui travaillent, visitent et font vivre la cathédrale. Depuis l’incarnation, nous sommes tous des « Christo-phores », des porteurs du Christ ; et cette page d’évangile nous le confirme : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Chaque fois… cela veut bien dire que chaque humain porte le Christ en lui. Pour le dire encore autrement, le Christ s’incarne aujourd’hui, pour nous qui ne le voyons plus de nos yeux de chair, dans l’humain qui croise ma route. Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas l’accueillir alors ? Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas le servir ? Comment, si je suis un disciple du Christ, puis-je seulement songer à le rejeter ? 

            Ce dernier dimanche de l’année liturgique nous fait célébrer le Christ comme Roi de l’univers. Ce titre redit notre espérance de le voir régner un jour sur tous. Chrétiens, disciples de Jésus, nous pouvons hâter la réalisation de ce Règne attendu par notre art de vivre dans le monde et notre art de servir ceux qui y vivent. À ceci, nous a dit Jésus, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Seul l’amour du Christ pour les hommes vaincra le Mal ! Seul l’amour que nous aurons pour tous nous sauvera ! Amen.

samedi 18 novembre 2023

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2023

 Risquer avec Dieu.




 (La Parabole des Talents, Andrei MIRONOV)

 

 

 

          

            Comme aurait dit Coluche en son temps : c’est l’histoire d’un mec qui part en voyage… Nous n’allons pas la refaire ; nous n’allons pas la réécrire ; la parabole de Jésus, nous l’avons tous entendu. Elle peut laisser un goût amer, faisant l’éloge de ceux qui réussissent, sans trop d’effort en apparence et condamnant celui qui n’a rien fait… de mal. Car enfin, à part une peur avouée doublée d’un peu de paresse, nous ne pouvons pas lui reprocher grand-chose. Il nous ressemble tellement, n’est-ce pas. 

            Comme lui, nous ne faisons rien de mal, en tous les cas, pas le mal dans ses grandes largeurs, pas le mal qui se poursuit devant les tribunaux. Mais est-ce suffisant de ne pas faire de mal pour être quelqu’un de bien ? La parabole répond, me semble-t-il, assez clairement : non ! Il ne suffit pas de ne pas faire de mal, sauf à prendre Dieu pour un comptable ! Tu m’as donné tant, je te dois donc tant : Voici. Tu as ce qui t’appartient ! Si nous prenons Dieu pour un comptable, ne nous étonnons pas qu’il réagisse en comptable : il fallait mettre l'argent à la banque ! Si nous prenons Dieu pour un surveillant, ne nous étonnons pas qu’il se comporte comme un garde-chiourme, éternellement insatisfait de notre comportement. A la fin des temps, nous rencontrerons le Dieu que nous nous serons construits ! Si tu veux rencontrer le Dieu de tout amour, commence par comprendre qu’il ne suffit pas de ne pas faire de mal pour être un gars ou une fille bien. Commence par comprendre qu’entre faire le mal et faire le bien, il y a toute une gamme d’actions, tout un champ de possibles. Ne pas faire le mal ne signifie pas encore que je fais bien ; cela signifie juste que j’ai renoncé au mal. Mais Jésus nous demande plus : il nous demande de viser le bien, pour nous et surtout pour les autres. Et cela demande plus que juste renoncer au mal ; cela demande de s’engager, cela demande de risquer, cela demande de se bouger. Cela demande de vivre ! 

            Dans la parabole, c’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs, ceux qui avaient reçu une somme de cinq talents pour le premier, et une somme de deux talents pour le deuxième. Nous ne savons pas ce qu’ils ont fait pour doubler chacun la somme qui leur a été donnée ; nous savons juste qu’ils les ont risquées et qu’elles ont doublé. Ce qu’ils ont fait, comment ils s’y sont pris, n’a que peu, voire pas d’importance. Ce qui importe, c’est qu’ils ont osé ; ce qui importe, c’est qu’ils ne se sont pas senti les gardiens du dépôt qui a été fait chez eux ; ils l’ont considéré comme leur appartenant. Cela leur a permis, je pense, de prendre quelques risques. Ils ont risqué ce qu’ils ont considéré leur bien, ils ont gagné. A son retour, le maître donne raison à cette interprétation. Il ne demande pas à ses serviteurs de rendre ce qu’ils ont reçu ; il leur demande juste de rendre compte de leur gestion. Il ne reprend rien, il laisse tout, et promet plus encore : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en donnerai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. Le seul à qui il reprend, c’est le troisième, qui se voit qualifier de serviteur mauvais et paresseux, lui qui s’est contenté de creuser la terre et cacher l’argent de son maître. Et ce que le maître reprend, il le donne à celui qui a déjà beaucoup : Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. A ne rien risquer, nous ne gagnerons rien ; à ne rien risquer, nous perdrons tout. Certes, il n’a rien fait de mal ; mais il a fait pire en ne faisant rien ; il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait confié son bien. Il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait fait confiance, à la mesure de ses possibilités. Il n’a eu qu’un seul talent non parce que son maître le pensait incapable ; il n’a eu qu’un talent parce que son maître savait que cela, un talent, il saurait le gérer, cela correspondait à ses capacités. En ne faisant pas confiance au maître qui lui faisait confiance, en ne se faisant pas confiance à lui-même, il s’est abîmé lui-même, il s’est jugé lui-même. Il a caché son talent dans les ténèbres de la terre, au fond d’un trou ; il finira dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Sa peur lui fera grincer des dents ou claquer des dents éternellement. 

             La leçon de cette parabole est double, selon moi. Elle est d’abord un appel à ne pas imaginer Dieu à notre mesure, à ne pas fantasmer Dieu ; c’est le meilleur moyen de nous tromper sur lui. Il est temps de quitter nos représentations de Dieu qui surveille, de Dieu qui note, de Dieu qui se venge. Si nous ne le faisons pas, comme je l’ai déjà dit, c’est ce Dieu-là que nous rencontrerons. Mais si nous comprenons enfin que notre Dieu est Dieu de miséricorde et d’amour, alors quand bien même nous aurions perdu une part de ce qu’il nous a confié, son amour sera plus grand que notre perte, sa miséricorde plus large que nos erreurs. Ce qui nous mène à la deuxième leçon de la parabole : nous pouvons risquer les talents que Dieu nous confie parce que lui-même risque en misant sur nous. Il risque avec nous, il risque pour nous en livrant son Fils sur la croix. Puisque Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Puisque Dieu prend le risque de compter sur nous, prenons le risque de compter sur son amour et sur sa miséricorde. Quand Dieu est compris comme celui qui aime infiniment et pardonne infiniment, il ne peut pas décevoir l’homme ! Dieu est amour ; Dieu est miséricorde : il est temps que nous le comprenions pour que nous puissions vivre notre vie, forts de cet amour, sûrs de ce pardon. Amour et miséricorde sont chemins de vie et de joie éternelle. Amen. 

samedi 11 novembre 2023

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2023

 C'est quoi, l'erreur des insouciantes ?



(Les vierges prévoyantes et les vierges insouciantes, Enluminure copte, 
Evangéliaire copte-arabe, réalisé au Caire en 1250, Bibliothèque de Fels, ICP - Paris)



 

 

 

            Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Ainsi commence la parabole que Jésus nous offre en ce dimanche. Elle commence plutôt bien ; elle a même un côté sympathique, parce qu’être invité à un mariage, c’est quand même plutôt bien. Qui n’aime pas être invité à un événement où tout respire la joie et le bonheur ? Mais voilà : cette histoire qui commence bien, et qui nous mettait le cœur en joie, tourne au vinaigre car, précise Jésus, cinq d’entre elles étaient insouciantes et cinq étaient prévoyantes, et s’achève dramatiquement pour les insouciantes qui resteront à la porte de la salle des noces, s’entendant dire : Je ne vous connais pas, alors qu’elles avaient été invitées ! Comment en est-on arrivé là, et surtout, quelle est l’erreur fondamentale de ces insouciantes ? 

            L’erreur fondamentale, ce n’est pas qu’elles se soient endormies, ni même qu’elles aient été tête en l’air et n’aient pas prévu assez d’huile.  On ne peut pas vraiment le leur reprocher. Voyez-vous :  l’époux était en retard à ses noces ! Et pas qu’un peu, semble-t-il ! C’est à se demander s’il avait vraiment envie de se marier, celui-là ? Sa dulcinée, dont personne ne parle au demeurant, n’a pas dû être très contente, mais passons. L’époux tarde donc, et ce qui devait arriver, arriva :  les jeunes filles s’endorment, toutes, les prévoyantes comme les insouciantes, en oubliant au passage d’éteindre leurs lampes. Au réveil, un seul constat s’impose : il n’y a plus assez d’huile pour les insouciantes, et les prévoyantes refusent de partager ce qu’elles avaient prévues. Je ne parlerai pas du manque de solidarité, ce n’est pas le sujet ici. Ce qui est dérangeant, c’est finalement que l’époux, lui qui était grandement en retard, reproche aux insouciantes de n’avoir pas été prêtes lorsqu’il a enfin daigné venir ! S’il avait été à l’heure, rien de tout cela ne se serait produit, et la joie aurait été totale. S’il s’était agi d’un mariage ordinaire, toutes ces remarques auraient été justifiées. Mais voilà, il ne s’agit pas de cela. 

            Il nous faut comprendre que cette parabole de Jésus parle de quelque chose de plus grand, de plus important, qu’un mariage ordinaire. Elle nous parle des noces de l’Agneau, comme dit la liturgie avant la communion, ces noces qui unissent l’humanité, sauvée et pardonnée, avec le Christ, mort et ressuscité, dans la gloire du Royaume, à la fin des temps. Jésus l’a bien indiqué au début de sa parabole : Le royaume des cieux sera comparable à… Si l’époux tarde à venir, c’est parce qu’il veut laisser à l’humanité le temps de se préparer, de se convertir. Et c’est là que nous pouvons comprendre l’erreur (ou le péché) de ces jeunes filles insouciantes. Non pas qu’elles aient manqué d’huile, mais elles ont manqué de confiance. Au moment où l’époux arrivait enfin, réalisant leur manque d’huile et l’impossibilité des autres à partager, elles s’en vont voir ailleurs pour trouver ce que seul l’époux aurait pu leur donner : l’huile de sa miséricorde. Elles seraient allées vers l’époux avec des lampes à demi éteintes, elles seraient entrées avec lui dans la salle du banquet. Elles n’ont pas cru que seul l’époux pouvait quelque chose pour elles. Et cela explique du même coup pourquoi les prévoyantes ne pouvaient pas partager leur réserve. Ce n’est pas par égoïsme ou par peur de manquer ; elles ne pouvaient pas partager parce que l’huile de leur amour pour l’époux ne se partage pas. L’amour que vous avez pour le Christ, vous ne pouvez pas le diviser pour en donner à quelqu’un qui en manque ; vous ne pouvez pas donner l’huile de votre confiance en Christ à celui qui n’a pas confiance en lui. Plutôt que d’envoyer les insouciantes vers les marchands, elles auraient dû, les prévoyantes, emmener avec elles les insouciantes, pour qu’elles se laissent remplir de confiance et d’amour par l’époux. Il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de l’amour qui nous manque ; il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de la confiance qui nous fait quelquefois défaut. Cela ne s’achète pas, et surtout pas ailleurs, chez des marchands quelconques. Non, personne ne peut acheter l’amour ; personne ne peut acheter la foi (même racine que la confiance). Notre manque d’amour, notre manque de foi, cela se confesse à la source de l’amour, à la source de la foi, Jésus, l’époux qui vient à notre rencontre. 

            Le devoir de vigilance auquel Jésus nous invite est double, selon moi. Comme l’indique la parabole, nous ne savons ni le jour ni l’heure. C’est le premier devoir de vigilance : attendre le retour du Christ, sans savoir quand il viendra, et être prêt à l’accueillir. Mais la parabole nous indique un deuxième devoir de vigilance, qui consiste à ne pas nous tromper sur le Christ. Il est le seul qui peut tout pour nous, parce qu’il nous aime infiniment. Il n’attend pas de nous que nous soyons parfaits ; il attend de nous que nous ayons assez d’amour et assez de confiance pour nous approcher de lui, malgré notre indigence. Quand il viendra, ne cherchons pas ailleurs l’amour et la foi qui pourraient nous faire défaut ; ayons assez de simplicité pour nous jeter dans les bras de Jésus pour lui confesser notre manque d’amour, notre manque de foi ; il saura nous combler au-delà de toute mesure. Et nous serons les heureux invités au repas des noces de l’Agneau. Amen.

samedi 4 novembre 2023

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2023

 Quand la parole de Dieu se fait difficile...



(Tableau d'Arcabas)


  

  

            Il y a des dimanches où la Parole de Dieu peut nous sembler sévère, difficile à entendre, parce qu’elle a été écrite dans un contexte de crise, à une époque lointaine dont la plupart d’entre nous n’ont que trop peu entendu parler pour en apprécier toute la portée. Et si nous lisons ces textes aujourd’hui en les prenant au pied de la lettre, nous risquons des raccourcis dramatiques. Ainsi la première lecture pourrait nous pousser à dire : les prêtres, tous pourris ; et l’évangile pareillement, mais cette fois-ci des intellectuels et des cathos trop catholiques pour certains (nos scribes et pharisiens modernes). Il n’est jamais bon de sortir un texte de son contexte, même et surtout quand ce texte est Parole de Dieu.  La question qui se pose alors est la suivante : comment ces textes sévères peuvent-ils être parole de Dieu qui fait grandir et vivre ? 

            La première piste que je vous propose, ce sera d’éviter de faire de la religion une morale. Ce sont là deux disciplines distinctes. Et si ma foi, prise au sérieux, entraine une modification de mon comportement envers les autres, elle ne s’en réduit pas pour autant à un ensemble de règles morales à observer. Dieu n’est pas le gendarme de nos vies, même s’il veille sur nous ; il est celui qui veut principalement entrer en relation, en Alliance d’amour, avec nous. La question n’est donc pas de savoir quelle règle je dois observer, mais comment je fais pour aimer mieux. L’évangile de dimanche dernier nous le rappelait à sa manière : tout est accompli de ce que Dieu veut, dès lors que j’aime comme Dieu aime, d’un amour désintéressé, qui met Dieu et l’autre au cœur de mon agir. Et, pour en rester au texte du prophète Malachie, Dieu mérite que les hommes, et les prêtres en premier, célèbrent le culte de telle manière que celui-ci soit à la hauteur de la gloire de Dieu. Pour le dire autrement, et ayant lu la totalité du livre du prophète, les prêtres doivent célébrer correctement, et les fidèles montrer plus de zèle quand ils vont au Temple. 

            La deuxième piste intéressante est de se souvenir toujours de ce que Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique et qui leur vaut ses félicitations : ils ont accueilli la parole de Dieu pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre dans les croyants. Nous pouvons ne pas toujours la comprendre ; certains passages de la parole de Dieu ne s’éclaireront peut-être qu’avec le temps, à force de les méditer : elle reste cependant parole de Dieu qui agit, donc parole qui veut le meilleur pour nous, parole qui veut pour nous la vie avec Dieu. La comprenant ainsi, nous ne mettrons pas de côté ce qui ne nous convient pas ; nous ne nous fabriquerons pas une petite bible à usage personnelle ; mais nous entrerons progressivement dans cette parole, retenant ce que nous comprenons immédiatement, approfondissant toujours davantage ce qui nous interpelle, nous interroge voire nous scandalise. Il nous est interdit d’ignorer la parole de Dieu ; il nous est recommandé de la travailler pour la comprendre mieux dans le monde et l’époque où nous vivons. Nous entendons la même parole que les Thessaloniciens de l’époque de Paul, mais nous ne l’interprétons peut-être pas toujours de la même façon, parce que notre époque n’est pas, et n’est plus, l’époque des Thessaloniciens à qui Paul écrit. Mais ce qu’il leur a écrit, peut encore interroger notre époque ; ce qu’il leur a écrit peut encore éclairer notre époque, peut-être avec des accents différents. La parole de Dieu ne change pas ; ce qui change, c’est le monde dans lequel nous avons à la vivre ; ce qui peut changer, c’est donc notre manière de la vivre aujourd’hui. Si nous figeons la parole de Dieu dans l’époque à laquelle elle a été écrite, elle sera juste une collection intéressante de paroles venant d’un passé de plus en plus lointain, et un éclairage sur un modèle de société donné. Mais si nous la travaillons, la méditons avec ferveur, elle sera une parole authentique de Dieu pour le monde d’aujourd’hui. 

            La dernière piste que je vous propose nous vient du bref psaume 130 (131) qui nous a permis de répondre à l’extrait du prophète Malachie. Il nous rappelle l’attitude qui convient lorsque nous nous présentons devant Dieu : une juste humilité (je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux) et une grande confiance en Celui qui vient à notre rencontre (Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais). Je comprends de cela que je dois laisser Dieu être Dieu comme il veut l’être, comme il a promis jadis à Moïse de l’être toujours. Je suis celui que tu auras besoin que je sois selon les étapes de ta vie, dit-il en substance quand Moïse lui demande son nom et qu’il répond :  Je suis qui je suis ou je suis qui je serai. Nous pouvons dès lors ne jamais avoir peur de Dieu, et lui garder la confiance primordiale, celles des enfants vis-à-vis de leurs parents : Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Quand nous abordons avec cet esprit la parole de Dieu, qu’elle soit sévère comme aujourd’hui ou plus encourageante, nous reconnaîtrons toujours en elle Dieu qui nous invite à le suivre et nous prévient des dangers de la route, dangers dans lesquels nous nous mettons tout seul quelquefois. Rendre à Dieu la gloire qui lui est due, c’est aussi reconnaître et confesser qu’il est Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous, nous appelant toujours à une vie plus grande et nous donnant de la réaliser. 

            Puisse notre eucharistie toujours nous redonner le goût de la parole de Dieu. Puisse-t-elle toujours nous permettre de le célébrer dignement, d’un culte qui soit à sa hauteur. Puisse-t-elle nous apprendre à toujours nous rapprocher de Dieu qui est notre vie et qui veut pour notre vie le meilleur ; il gardera notre âme dans la paix, près de lui, ici, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.


mardi 31 octobre 2023

Toussaint - 01er novembre 2023

Tous saints, vraiment ?



(Détail d'un tableau d'Arcabas)

 

 

 

            Avec encore en tête l’évangile de dimanche dans lequel Jésus nous rappelait que ce qui donne sens et beauté à notre vie, c’est l’amour de Dieu et des autres, toujours, indéfectiblement liés, nous abordons cette fête de la Toussaint avec appréhension, car reconnaissons-le, nous n’aimons pas pleurer ; nous ne voulons pas faire partie des doux, des miséricordieux et des artisans de paix, si cela signifie être considérés par le monde comme faibles et prompts à se laisser marcher sur les pieds ; nous voulons bien nous battre pour la justice à condition qu’elle soit en notre faveur, mais certainement pas être persécutés en son nom ; et nous préférons nous cacher d’être chrétien plutôt que d’être insultés à cause du Christ et de son Eglise. Puisque ce sont là les critères de sainteté, nous en sommes loin soudain, notre amour lui-même n’étant pas à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous. Et nous pouvons donc nous interroger : tous saints, vraiment ? 

            Si nous considérons la sainteté comme un état de perfection, alors oui, nous sommes à plaindre, parce que peu y parviendront. Pour célébrer la Toussaint sereinement, il nous resterait alors à la considérer comme une fête pour les autres, ceux qui étaient avant nous, ceux qui vivaient dans ce monde merveilleux du passé, où selon certains, tout était mieux, bien mieux qu’aujourd’hui ; mais cela nous apporterait quoi ? Si elle est bien la fête de celles et ceux qui nous précèdent dans le Royaume et dont l’Eglise reconnaît la vie comme un modèle, un chemin pour nous, la Toussaint est aussi une fête pour nous rappeler à quoi nous sommes appelés. Et peut-être tout est-il dans ce verbe : être appelé. Il nous rappelle que notre sainteté est une vocation. J’ai en moi le désir d’être saint, parce que c’est ce à quoi Dieu m’appelle. Et s’il m’y appelle, il me donne les moyens de réussir. Dieu ne nous appelle pas à quelque chose qui serait hors de notre portée. Arrêtons de voir les saints comme des gens qui ont réussi là où nous échouons sans cesse ; regardons-les comme des gens qui ont suivis amoureusement le chemin que Dieu leur avait préparé, et qui l’ont suivi jusqu’au bout. Dieu les a choisis au jour de leur baptême, comme il nous a tous choisis. Parce que Dieu les a choisis, ils ont choisi Dieu, à travers les joies et les difficultés de leur vie, ils ont choisi de lui rester fidèles, ils ont choisi de toujours croire en lui, même quand cela semblait difficile. Certains l’ont fait spontanément, d’autres après bien des péripéties. Ce choix, nous pouvons le faire aussi. Et nous pouvons le refaire autant de fois que nécessaire. 

            Si la sainteté est un appel de Dieu, elle est aussi un don de Dieu. Il nous rend saint en son Fils Jésus, lui qui s’est livré pour nous, pour notre vie, pour notre salut. Notre vie, avec ses joies et ses épreuves, nous ne l’affrontons pas seuls. Le Christ est présent avec nous, jusqu’à la fin des temps, et c’est lui qui nous permet de passer la grande épreuve dont parle l’Apocalypse. C’est par le sang de l’Agneau qu’ils ont blanchi leurs robes, ceux qui se tiennent debout devant le Trône et devant l’Agneau. Sans le Christ, la sainteté est impossible ; avec le Christ, elle est un don que Dieu fait à tous les hommes. Notre baptême nous a rendus saints, il nous a faits enfants de Dieu, et nous le sommes, nous assure saint Jean. La sainteté resplendit en nous depuis notre baptême. Il faut donc la considérer, non pas comme une récompense à gagner, mais comme un cadeau toujours à accueillir, toujours à utiliser. Notre sainteté ne s’use que si nous ne nous en servons pas. Ne soyons pas comme des enfants gâtés qui ont tout reçu, mais qui n'utilisent jamais leur cadeau ! En nous donnant l’Esprit Saint, tout nous a été donné. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons pleurer avec ceux qui pleurent sans être abattus et sans espérance ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être doux, miséricordieux et artisans de paix sans nous sentir faibles ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons avoir faim et soif de justice pour tous, et même accepter d’être persécutés pour elle ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être fiers d’être au Christ, sans ressentir le besoin de nous cacher parce que son Eglise est imparfaite et pécheresse. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons cultiver cette sainteté que Dieu nous offre sans risque de la perdre. Ne la considérons pas comme un talent à cacher en terre et à restituer le jour venu ; considérons-la comme un talent à risquer dans le monde où nous sommes. Ce n’est pas l’échec qui nous tiendra loin du Royaume ; c’est de n’avoir pas osé essayer ! 

            En cette fête qui nous fait célébrer nos amis les saints et les saintes de Dieu, n’oublions pas de célébrer la sainteté qui est en nous. Que notre eucharistie ravive en nous le désir d’être saints, de vivre avec Dieu chaque jour de notre vie, pour partager un jour, la joie de son éternité. Alors, nous serons tous parfaitement saints, parce que nous lui serons semblables éternellement. Amen.