Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Pauvres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pauvres. Afficher tous les articles

samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 16 février 2019

06ème dimanche ordinaire C - 17 février 2019

La vraie vie, le vrai bonheur.







En entendant aujourd’hui la version de Luc du texte des béatitudes, je me mets soudain à préférer celle de Matthieu que nous entendons chaque année à la Toussaint. Car Matthieu écrit son texte dans une perspective plus eschatologique que Luc ; il vise davantage les fins dernières alors que Luc, avec ses « maintenant » quatre fois répétés, nous plonge dans notre quotidien, dans l’aujourd’hui de notre existence. Reconnaissons-le : le texte de Luc devient ainsi plus difficile à écouter : nous n’avons pas vraiment faim maintenant, nous ne sommes pas vraiment pauvres maintenant ! Pour bien comprendre ce que Jésus veut nous dire, et à quoi il nous invite, il faut nous débarrasser alors de deux idées reçues et nous souvenir du projet de Dieu pour chacun de nous. 

Première idée reçue dont il faut nous débarrasser : Dieu ne promet qu’un bonheur pour l’au-delà. Autrement dit : souffrez aujourd’hui, vous serez heureux demain. C’est la pire des choses qu’un prédicateur puisse vous dire. C’est la plus grande hérésie qu’il faut combattre. Le bonheur que Dieu nous promet est un bonheur pour aujourd’hui, ici et maintenant. S’il est vrai que notre vie sur terre engage notre vie par-delà la mort, elle n’en est pas le négatif ou le contraire. Dieu promet un bonheur intégral, qui consiste à aimer et être aimé, véritablement. Être aimé non pour ce que l’on a, mais pour ce que l’on est : fils et fille de Dieu, frères et sœurs en Jésus Christ. Et ce bonheur nous est offert dès que nous marchons à sa suite, sur le chemin de l’amour de Dieu et de nos frères. 

Deuxième idée reçue dont il faut nous débarrasser : pour entrer dans le Royaume, il vaut mieux être pauvre et mal-foutu que riche et bien portant ! Cette affirmation aussi, vous pouvez la ranger au rayon des stupidités. Car nulle part, il n’a été prouvé qu’un pauvre avait plus de chance d’entrer au Royaume parce qu’il est pauvre ! La pauvreté, quand elle remplit l’homme de souci et de cupidité, le rend aussi inapte au Royaume que le riche plein de lui, amassant des trésors à en perdre la raison. Que tu sois riche ou pauvre, tu peux suivre la route que Dieu te propose, si tu sais être ouvert, vide de toi-même, vide de tout obstacle à la présence de Dieu. Il faut savoir accueillir et écouter celui qui parle au cœur. Il faut faire confiance à celui qui appelle à vivre pour lui et pour les autres. C’est bien le sens de la prophétie de Jérémie et du psaume premier que la liturgie nous a donné de méditer. Celui qui se range du côté de Dieu, qui écoute sa parole et la met en pratique, entre dans le bonheur véritable : Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. 

Et là, nous touchons du doigt le projet de Dieu : que l’homme vive libre et heureux. Le vrai bonheur, celui qui est annoncé dans toute l’Ecriture et que Jésus proclame à son tour, c’est d’être aimé et être capable d’aimer. C’est possible à celui qui sait s’abandonner à Dieu ; c’est possible à celui qui ne se laisse envahir par rien d’autre que la Parole et l’Amour de Dieu ; c’est possible dès aujourd’hui. Les béatitudes, qu’elles soient de Matthieu ou de Luc, ne sont pas des prescriptions à réaliser, mais le portrait de celui qui se met à l’école du Christ ressuscité. Seul le vrai disciple se sent solidaire de tous ; seul le vrai disciple peut connaître la joie profonde qu’il y a donner, y compris sa propre vie, pour que les autres puissent vivre mieux ; seul le vrai disciple est compatissant. Le Christ nous a montré le chemin en donnant sa vie par amour pour les hommes. Cet acte de salut nous a ouvert une voie vers la vraie vie. Nous pouvons placer notre confiance en Christ, non seulement pour la vie présente, mais aussi pour la vie qui est promise à tous ceux qui œuvrent avec lui pour un monde meilleur. 

A travers l’évangile des béatitudes, le Christ nous invite à ne pas nous tromper de vie, à ne pas nous tromper de bonheur. La vraie vie, c’est celle qui se donne ; le vrai bonheur, c’est celui qui se partage. Dès maintenant, chaque jour et pour toujours. AMEN.

 
 

 

dimanche 9 septembre 2018

23ème dimanche ordinaire B - 09 septembre 2018

A l'école de la Bienheureuse Mère Alphonse-Marie







          L’Eglise d’Alsace connaît aujourd’hui un jour de grande joie. Cet après-midi, en la cathédrale de Strasbourg, Elisabeth Eppinger, en religion Mère Alphonse-Marie, sera déclarée bienheureuse. Elle est la fondatrice de l’ordre des Sœurs du Très Saint Sauveur, congrégation locale dont le rayonnement est aujourd’hui mondial. Toute sa vie et son œuvre réalisent parfaitement la parole de l’Apôtre Jacques que nous avons entendu ce matin : n’ayez aucune partialité envers les personnes, et rendent contemporaine l’attitude de Jésus envers le sourd de l’évangile. 

          Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu’Elisabeth Eppinger est née au 19ème siècle, dans une famille simple. Elle est de santé fragile et a une authentique vie spirituelle dès son plus jeune âge. Sa fondation sera tournée vers les plus pauvres, les malades, les enfants abandonnés, les vieillards. Aujourd’hui encore, le médical, l’éducation et le social font partie du charisme de la communauté, en Inde par exemple. La spiritualité de la congrégation peut se résumer ainsi : une vie simple tournée vers les autres. Aucun effort, aucune peine, aucun sacrifice ne doit être de trop quand l’amour du prochain l’exige (Mère Alphonse-Marie). A la source de la pensée de Mère Alphonse-Marie, le Christ, et la méditation de sa Passion. 

          N’avoir aucune partialité envers les personnes. Cet appel de l’Apôtre Jacques, l’Eglise se doit de le vivre toujours et encore. Marqué personnellement par la figure de Mère Alphonse-Marie, à travers une grande tante et une tante engagées dans cette congrégation, j’ai essayé (et j’essaie toujours) de vivre cet appel. Il est dans l’ADN de l’Eglise, même si nous l’oublions parfois. Je peux témoigner qu’en vingt-sept ans de sacerdoce, ils furent nombreux ceux qui essayèrent de m’en détourner. C’est telle chorale liturgique qui ne chante qu’aux enterrements des membres de leurs familles ; c’est telle personne qui trouve incongrue qu’un baptême soit célébré pendant l’eucharistie si la famille est éloignée de l’Eglise, ce type de proposition devant être réservé aux meilleurs d’entre nous (celles et ceux que l’on peut montrer) ; c’est telle personne qui voulait me décourager de fréquenter une famille au prétexte que le père pourrait finir en prison… La liste est longue des chrétiens qui pensent aujourd’hui que l’Eglise doit se recentrer sur les meilleurs et laisser les autres de côté. 

          Or que nous montre la liturgie de ce jour ? Elle nous donne à voir un Dieu qui intervient en faveur de son peuple et qui donnera le salut à son peuple. Elle nous donne à méditer l’invitation à ne pas faire de différence entre les gens parce que tous ont besoin de la grâce de Dieu. Dieu ne détourne son regard d’aucune vie. Elle nous donne à contempler Jésus qui rend, au-delà de la parole et de l’ouïe, sa dignité à un homme frappé d’infirmité. Voilà la place de l’Eglise ; voilà ce que vivent aujourd’hui encore les sœurs du Très Saint Sauveur. Voilà ce que rappellera l’Eglise à travers la béatification de Mère Alphonse-Marie. Elle disait : J’aime les pécheurs comme les enfants de Dieu, comme mes frères. Je donnerai de bon cœur mon sang et ma vie pour leur salut. Elle ne fait que reprendre ce qu’elle a compris de la méditation de la Passion de son divin Maître. 

C’est en retournant nous aussi à la source du Sauveur (De fontibus Salvatoris, devise de la Congrégation) que nous puiserons l’eau d’une charité qui ne s’épuisera jamais. C’est en nous abreuvant à cette source que nous pourrons nous faire proche de tous et rendre à chacun sa dignité. C’est en revenant toujours à cette source que nous comprendrons mieux quelle est la volonté de Dieu pour nous ; nous pourrons puiser là, à la source du Sauveur, la force d’accomplir ce que Dieu nous demande, dans la joie et l’action de grâce. Amen.

 (Portrait de Mère Alphonse-Marie)

 

 

samedi 7 novembre 2015

32ème dimanche ordinaire B - 08 novembre 2015

Quand les pauvres nous évangélisent !



Il est gonflé, Elie, le prophète du Seigneur, quand, s’invitant chez une pauvre veuve, il insiste pour qu’elle lui fasse d’abord cuire une petite galette alors même qu’elle vient de lui signaler qu’il ne lui reste qu’un peu de farine et un peu d’huile pour elle et son fils. Après, ce sera la fin, comme dans tout le pays frappé par un temps de famine. 
 
Elle est obéissante et sans doute aussi un peu confiante, la veuve de Sarepta lorsqu’elle fait comme le prophète lui a dit. C’est vrai, Elie avait prophétisé que jarre de farine point ne s’épuisera et que vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. Mais avouez qu’il y a tant de faux prophètes ; à l’époque d’Elie, ils ne manquent pas. Pourquoi la parole de celui-ci serait-elle plus vraie ? Oui, il faut une bonne dose de confiance pour risquer le peu qu’il reste et croire que l’impossible est possible. Ce qu’Elie a annoncé se réalise, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. 
 
Elle doit être terriblement gênée, la pauvre veuve qui vient faire son offrande au Temple après que tant de riches aient donné de leur superflu. Elle n’a que deux piécettes, mais elle les offre. Nous ne savons pas ce qu’elle compte faire pour vivre encore, après ce don. Sans doute aurions-nous réagi, un peu gênés à notre tour, en disant : qu’elle les garde, ses deux petites pièces de monnaie. Tant pis pour son offrande ! Mais voilà, personne n’intervient pour lui dire de garder sa monnaie. Et certainement l’aurait-elle mal pris si on lui avait demandé de ne rien donner. C’est qu’elle a confiance en Dieu, cette veuve. Et Jésus ne s’y trompe pas quand il relève qu’avec ces deux pièces, elle a mis plus dans le trésor que tous les autres. Elle donne ce qui fait sa vie pour que d’autres puissent vivre, comme Jésus un jour donnera sa vie pour que nous puissions vivre. 
 
Avec ces deux veuves, pauvres toutes deux, nous comprenons que les pauvres nous évangélisent. Ils nous apprennent l’essentiel de la vie : la confiance, le partage, là où nous ne parlons que de crise, d’avenir à préserver, de placements à prévoir, au cas où ! Si nous attendons d’être riches pour être charitables, attentifs aux besoins des autres, nous risquons fort de ne jamais l’être ; nous ne nous considérerons jamais assez riches pour nous payer le luxe d’aider les autres. Il nous faudra toujours plus avant de nous décider de donner un peu de notre superflu. Aujourd’hui, des hommes et des femmes frappent à la porte de nos pays riches, chassés de chez eux par la guerre, la violence et la terreur. Et que voyons-nous ? Des murs qui se lèvent, des hommes et des femmes qui disent : trop, c’est trop ! Et ces pauvres exilés qui sont parqués dans des camps en attendant que nous sachions quoi en faire. Nous avons contribué à importer la guerre chez eux par des décisions politiques manquant de courage ; nous avons évité de nous mouiller de trop quand il était encore possible d’intervenir ; et aujourd’hui, nous faisons la sourde oreille et nous fermons les yeux. 
 
Certes, ce n’est pas nous qui prenons les grandes orientations politiques de notre pays ; nous pourrions nous dédouaner en disant que nous n’y pouvons pas grand-chose ! Mais est-ce si sûr ? N’avons-nous pas la possibilité d’influencer les politiques que nous élisons et qui nous représentent ? Les valeurs dont on nous rabat les oreilles depuis les attentats de Paris ne sont-elles qu’à usage interne ? Des valeurs françaises pour des gens bien français ? Et l’élémentaire charité chrétienne : ne s’applique-t-elle qu’aux chrétiens bien baptisés ? 
 
La veuve de Sarepta et la veuve de l’Evangile, qui ont donné ce qu’elles avaient pour survivre, doivent être bien tristes quand elles contemplent notre monde. Nous approchons de la fin de l’année, et déjà commencent à fleurir dans nos boites à lettre des demandes d’associations qui viennent en aide qui aux enfants, qui aux personnes âgées, qui a tels souffrants de telle catastrophe : les occasions ne manqueront pas de donner un peu de ce que nous avons pour contribuer à la vie de quelques-uns. Que ces deux veuves rencontrées aujourd’hui nous apprennent à ouvrir notre cœur et nos mains. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 11 juillet 2015

15ème dimanche ordinaire B - 12 juillet 2015

Quand Jésus envoie en mission...






Est-ce le contrecoup de son échec à Nazareth ? Sommes-nous témoins d’un moment de déprime ou de découragement de la part de Jésus ? Lorsque nous le retrouvons avec ses disciples en ce dimanche, c’est pour assister à un événement étrange : Jésus envoie ses disciples en mission. 
 
C’est étrange, parce que nous sommes bien toujours avant Pâques. Ils ne savent pas encore que Jésus est plus fort que la mort ; ils ne savent pas encore qu’il est près de son Père ; ils n’ont pas encore reçu la force de l'Esprit Saint. Et pourtant, sans autre formation que ces quelques temps de compagnonnage avec Jésus et des recommandations plutôt austères, les voici envoyés en mission, pour faire ce que Jésus seul a fait jusqu’ici : proclamer qu’il fallait se convertir, expulser beaucoup de démons, faire des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérir ! En clair, c’est Jésus à la puissance Douze ! Un petit stage de formation en somme, pendant que Jésus fait on ne sait trop quoi ! 
 
Il les envoie deux par deux. Pour une première fois, c’est plutôt rassurant. Les disciples ne sont pas livrés à eux-mêmes ; ils auront un compagnon de route. Se sont-ils choisis ou est-ce Jésus qui a fait les équipes ? Ce n’est pas dit. Nous savons juste qu’ils sont par deux. Cela permet de se soutenir, de ne pas se décourager, d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer. Etre deux oblige aussi à un vrai témoignage : les voilà en somme forcés de vivre entre eux ce qu’ils prêchent ; quel groupe, quel couple n’expérimente pas cette obligation de conversion au quotidien. Celui qui est seul fait ce qu’il veut ; ceux qui vivent ensemble ou travaillent ensemble, doivent s’entendre pour réussir. Ce n’est donc pas innocent si Jésus les envoie deux par deux. Pour réussir, ils doivent déjà se supporter ! 
 
Il les envoie comme des pauvres sur les routes de son pays. Ils ne peuvent prendre qu’un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Pas même de linge de rechange ! Pauvres de tout, les disciples ne seront riches que de la parole qu’ils auront à transmettre. Il n’y a rien qui pourra les distraire de leur mission. Il n’y aura rien non plus pour faciliter la conversion : pas de bling-bling, juste une parole que les personnes rencontrées accueilleront ou pas. Aucun artifice, aucun moyen de pression. Les hommes ne doivent pas se convertir parce que les Apôtres seraient riches, ou bien habillés, ou utilisant les dernières technologies à la mode pour convertir : non, rien qu’une parole et des signes posés. 
 
La seule concession, c’est le bâton. Ils ont l’air de petits Moïse, jetés sur les routes, un bâton à la main. A moins qu’ils ne ressemblent au peuple de l’Exode, qui a quitté l’Egypte en hâte, la ceinture aux reins, le bâton à la main, pour aller là où Dieu lui-même les guiderait. Le bâton, c’est le symbole de la marche nécessaire et jamais achevée pour aller à la rencontre de Dieu. Les disciples de Jésus, à l’exemple du peuple dont ils sont issus, sont des hommes en marche, en pèlerinage sur la terre des vivants.  Le bâton facilite la marche sur les routes escarpées et permet d’écarter le danger. Nous ne savons pas combien de temps ils sont partis ; nous savons juste qu’ils ont accompli ce que Jésus leur a demandé ; et ils semblent avoir plutôt réussi.
 
Il y a encore une recommandation : la précision donnée par Jésus sur la conduite à tenir selon qu’ils sont accueillis ou pas. Les disciples ne doivent s’arrêter que là où ils sont accueillis ! Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds. Les disciples ne doivent pas se fatiguer à évangéliser ceux qui ne veulent pas les recevoir. On ne discute même pas semble-t-il ! On va vers les périphéries tant que les périphéries veulent vous entendre. Si la parole des disciples ne trouve pas d’écho, il faut partir ailleurs. Comprenons cela comme le signe d’un respect envers ceux qui ne veulent pas se bouger. L’appel à la conversion est adressé à tous, mais il n’est accueilli que par quelques-uns. Cela devrait nous décomplexer aujourd’hui et nous enseigner surtout quand il nous semble que nous prêchons trop souvent dans le désert. N’est-ce pas aujourd’hui, les gens ne veulent plus de Jésus ; cela ne les intéresse plus. Et alors ? Ils ont le droit, le droit de refuser Jésus, le droit de ne pas répondre à son appel, le droit d’aller vers leur perte. Même Jésus ne sauvera pas tout le monde ; pourquoi voudrions-nous réussir mieux que lui ? Le salut est certes offert à tous ; mais tous ont-ils le désir d’être sauvé ? Jésus, par sa recommandation aux disciples, semble dire : essayez partout, mais ne vous mettez pas la rate au court-bouillon si vous n’êtes pas entendus ! Restez chez ceux qui vous accueillent ; quittez ceux qui ne veulent pas de vous ! Et laissez-leur même la poussière qui s’est collée à vos pieds en allant chez eux. En agissant ainsi, dans les deux cas, vous respecterez vos auditeurs. 
 
A l’heure où tous les diocèses mettent au point des stratégies missionnaires, renforcées par des outils d’évangélisation, l’évangile de ce dimanche semble nous dire qu’il faut juste se mettre en route au nom du Christ, redire son message, poser des gestes de fraternité et respecter celui que nous rencontrons. Oserons-nous miser sur cette simplicité ? Oserons-nous nous encombrer de rien si ce n’est le Christ pour aller à la rencontre de nos frères ? Si cela a fonctionné pour les disciples, pourquoi cela ne serait-il plus efficace aujourd’hui ? Osons la simplicité évangélique ; risquons une parole d’éternité et laissons l’Esprit faire le reste. Il ne nous revient pas de convertir, mais seulement d’annoncer, de témoigner et de vivre. Amen. 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 25 septembre 2010

26ème dimanche ordinaire C - 26 septembre 2010

De quoi nous parle-t-on dans cette parabole ?


Mais de quoi nous parle-t-on au juste dans cette parabole ? A lire trop vite, à croire que nous avons déjà entendu, nous risquons fort de passer à côté du message de la parabole de Jésus et surtout, plus grave, de croire qu’elle n’est pas pour nous.

Alors de quoi nous parle-t-on au juste ? Est-ce une parabole contre les riches qui profitent pleinement de leur argent, même honnêtement gagné, et qui font la fête alors que d’autres souffrent ? Elles ne seraient donc pas pour nous : nous ne sommes pas franchement riches, enfin toujours un peu plus pauvre que le voisin que nous envions tant. Et puis, nous ne faisons pas la fête tous les jours ; nous sommes des gens sérieux, nous !

La parabole de Jésus ne nous parle pas du riche pour condamner sa conduite, ni sa richesse. Jésus ne dit pas que les fêtes qu’il organise, c’est mal. Il n’est même pas dit que cet homme est malhonnête. Tout ce qu’on sait de lui, tient en deux phrases : il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Le riche mourut et on l’enterra. C’est peu de choses, reconnaissons-le ; nous ne connaissons même pas son nom. Une manière subtile de nous dire, qu’il peut avoir notre nom. Cet homme-là, ce pourrait être toi !

Par contre, si nous ne savons pas grand-chose de lui de son vivant, nous découvrons pleins de détails après sa mort : au séjour des morts, il était en proie à la torture… il a cinq frères qu’il voudrait bien protéger de pareille souffrance. Et nous découvrons qu’il est croyant : il reconnaît Abraham comme son père dans la foi ; mais non pratiquant, dirions-nous aujourd’hui : il n’a pas écouté les avertissements de Moïse et des prophètes, pas plus que ses frères, apparemment.
Voilà planté le premier personnage, mais nous ne savons toujours pas de quoi parle cette parabole puisqu’elle n’est pas une parabole contre les riches.

Serait-ce alors une parabole en faveur des pauvres ? Une parabole qui, bien avant l’heure, donnerait raison à Karl Marx, quand il dira que la religion est l’opium du peuple ? Souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux plus tard ? Est-ce là l’enseignement de la parabole ? Oh que non ! Certes il y a ce pauvre Lazare (tiens ! on connaît son nom, à lui !), ce pauvre Lazare qui a souffert et qui se retrouve, après sa mort, emporté par les anges auprès d’Abraham. Une belle fin pour quelqu’un qui le mérite sans doute. Mais la parabole n’est pas pour lui, ni pour ceux qui partagent sa condition. Elle n’est pas un enseignement à la patience pour celles et ceux qui souffriraient, ni un appel à la résignation : votre tour viendra ! Elle n’est pas une parabole pour plus tard, quand nous serons morts ; elle est un enseignement pour aujourd’hui, et pour nous, même si nous ne sommes pas vraiment riches, même si nous ne sommes pas dramatiquement pauvres.

Cette parabole nous parle de notre vie aujourd’hui, et de la manière dont nous la vivons, maintenant. C’est une parabole sur le regard que nous portons sur le monde et sur les hommes et les femmes que nous croisons. C’est une parabole qui veut nous ouvrir les yeux. Le riche n’est pas méchant, il est juste aveugle, aveuglé par sa richesse et les amis qu’elle lui procure au point de ne pas voir le pauvre Lazare devant sa porte. Que voulez-vous, ils ne sont pas du même monde ! L’un est fabuleusement riche alors que l’autre est affreusement pauvre ! Et si le riche n’a pas de nom, encore une fois, c’est parce qu’il peut avoir notre nom. Mais nous ne prendrons pas, dans cette parabole, la place du pauvre : le pauvre, c’est Lazare, il nous est connu, comme nous sont connus les pauvres de notre vie. N’avons-nous pas tous un Lazare que nous préférons ignorer, ne pas voir ? Ce n’est pas forcément quelqu’un qui est économiquement pauvre, juste quelqu’un qui est pauvre de notre manque de relation, de notre manque d’attention. Et nous savons que les pauvres de toutes sortes sont les préférés de Dieu, parce que Dieu porte attention à chacun et particulièrement à ceux dont personne ne se soucie. Il est donc juste que Lazare se retrouve auprès d’Abraham, non pas parce qu’il a souffert, mais parce que tous l’ignoraient, à commencer par le riche. Il ne comptait pour personne, sauf pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelle le psaume de ce dimanche ? Le Seigneur fait justice aux opprimés, il donne du pain aux affamés, il protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin…

Tout est question de regard, semble nous dire cette parabole. Si le riche avait vu Lazare, peut-être aurait-il eu un geste de compassion envers lui et désormais, après sa mort, Lazare pourrait en avoir un envers lui : envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue ! Mais il n’a rien vu, le riche, et donc rien fait ; et maintenant, c’est trop tard ! La sagesse populaire le dit : un bien fait n’est jamais perdu ! Il ne suffit pas que nous menions notre vie sans faire de mal aux autres ; il ne suffit pas de vouloir être bien avec tous. Paul le rappelle à Timothée : et maintenant, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Le commandement du Seigneur, c’est bien d’aimer les autres ! C’est son unique commandement ! Pas seulement nous abstenir de leur faire du mal, non, mais les aimer comme Dieu les aime, gratuitement, portant leur souci, intervenant en leur faveur. Vivre selon Dieu et aimer comme Dieu : c’est tout ce qui nous est demandé ; mais ce sont deux choses qu’il nous faut partager. Je ne vis pas seul ; je n’aime pas seul.

Si seulement le riche avait ouvert les yeux sur celui qui était à sa porte ! Pour lui, c’est trop tard, mais pour nous, nous qui avons Moïse et les prophètes, nous qui avons même mieux en Jésus, mort et ressuscité, souvenons-nous à temps de son enseignement et nous pourrons être sauvés. N’est-il pas celui qui a dit : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ? Ou pas. Amen.


(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)