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samedi 27 juin 2026

Solennité des Saints Pierre et Paul - 28 juin 2026

 Nos saints patrons nous obligent, mais à quoi ?

(ce dimanche, je prêche la fête des Apôtres Pierre et Paul à Pfaffenhoffen)




(Saint Pierre et Saint Paul)

 

 



            Chacune de nos paroisses porte le nom d’un ou plusieurs saints. La vôtre a été placée par vos ancêtres sous le patronage des Saints Pierre et Paul, les colonnes de l’Eglise. Je ne sais pas s’il reste une trace dans vos archives qui explique ce choix, mais je sais que le choix de ce patronage vous oblige. Autrement dit, ce n’est pas neutre de placer votre communauté sous le patronage de Pierre et de Paul. Comme nous savons avec certitude que ni Pierre, ni Paul n’ont leurs origines à Pfaffenhoffen, ni n’ont évangélisé ici, il nous faut comprendre à quoi vous oblige un patronage aussi prestigieux. Intéressons-nous donc à chacun de vos patrons.

            J’ai toujours trouvé la figure de Pierre intéressante. Il fait partie des premiers à suivre Jésus avec son frère André. Et, dans l’évangile de Jean, c’est André qui vient annoncer à Pierre qu’il a trouvé le Messie et qui le conduit à Jésus. Ceci nous montre que Pierre est capable d’écoute et d’action. Son écoute le conduit à croire son frère et à le suivre. Il aurait pu ne pas écouter (au sens de comprendre) ce que disait André. Il aurait pu écouter et décider de ne pas suivre son frère. Il aurait pu écouter et suivre André, mais sans s’attacher à Jésus, juste par curiosité, juste pour surveiller André, un réflexe de grand frère, quoi. Non, il écoute, suit et reste. Le pape Léon disait cette semaine aux cardinaux que c’est celui qui écoute qui détient la primauté et donc la mission de guider les autres. L’évangile de la solennité ne dit pas autre chose. La profession de foi de Pierre ne lui vient pas d’une intelligence supérieure aux autres Apôtres, mais de son écoute. Jésus le lui affirme : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Pierre sait écouter les hommes ; Pierre sait écouter Dieu. C’est pour cela que Jésus bâtira sur lui son Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. C’est parce qu’il sait écouter qu’il devient le premier et le guide de la communauté croyante après la Pentecôte. Pierre nous oblige à apprendre à écouter et à faire confiance. Dans le gouvernement de l’Eglise, que ce soit à l’échelle internationale ou à l’échelle locale, l’écoute et la confiance sont primordiales. Celui qui prétend guider doit savoir écouter et faire confiance à ceux qu’il écoute ; en échange, la communauté sait qu’elle peut faire confiance à son guide parce qu’elle se sait écoutée par lui. Savoir écouter, c’est plus que savoir entendre. Ecouter suppose de laisser descendre dans le cœur, lieu des grandes décisions, ce qui nous est dit ; écouter, suppose de se laisser transformer par ce que l’on nous a dit ; écouter signifie que je suis capable de changer d’opinion, d’orientation, de direction. Celui qui n’écoute pas, s’expose à guider un navire qui n’est plus qu’une coquille vide, parce que tous auront tiré la seule conclusion possible : il ne nous écoute pas, il n’a pas besoin de nous. Pourquoi aurions-nous besoin de lui ?

            La figure de Paul, c’est ma grande faiblesse. J’ai, depuis toujours, une vraie vénération pour l’Apôtre des Nations. Il est passé d’ennemi du Christ à Apôtre infatigable, parcourant le monde pour annoncer le Christ, et fixant dans ses lettres la théologie chrétienne. Il est le premier à expliquer la foi chrétienne, à démontrer que Jésus accomplit toutes les promesses de la Première Alliance. L’ardeur qu’il avait mise à éradiquer la foi naissante, il la mettra, après sa rencontre avec le Ressuscité sur la route de Damas, à propager la foi chrétienne et à la rendre intelligible. Ses lettres sont les premiers écrits chrétiens, certaines, avant même les évangiles ! La parole la plus audacieuse de Paul est celle qui fait écho à la profession de foi de Pierre : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! (Ph 1, 21). Tout est dit de la foi chrétienne : le Christ au cœur de la vie des hommes, source de la vie des hommes. Et parce qu’il est cette source, Paul peut décrire alors l’art de vivre chrétien dans ce bel hymne à la charité de sa première lettre aux Corinthiens : Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien ! Paul est l’Apôtre qui nous oblige à revoir nos priorités, à être capable de changer notre manière de voir et de comprendre les choses. Il nous oblige à approfondir notre foi, à la réfléchir. L’événement de Damas n’est pas tant une conversion, puisque Paul ne change pas de Dieu, mais une vocation, un appel de Dieu à le suivre. Certes, en suivant Dieu, il changera son cœur ; mais l’appel de Dieu est premier ! Là où Pierre nous apprend à écouter, Paul nous apprend à écouter autrement. Il était bien convaincu d’accomplir la volonté de Dieu quand il poursuivait les chrétiens ; mais il a su écouter Dieu autrement et se rendre compte qu’il faisait fausse route. Paul nous oblige à accepter de nous être trompé ; il nous invite à écouter mieux pour suivre mieux. Voyez-vous : Paul, avant et après Damas, c’est le même caractère, juste réorienté. Sa priorité n’est plus de détruire les disciples du Christ, mais de construire avec eux l’Eglise que le Christ a confié à Pierre. Cela n’ira pas sans conflit ; mais cela passera toujours par la capacité à écouter Dieu, à écouter les autres, à trouver la voie la meilleure à suivre. La grande œuvre de Paul devrait être celle de tout chrétien : remettre sans cesse sur le métier le travail d’approfondissement et d’éclaircissement de la foi chrétienne pour l’annoncer à tous.

            Mesurez bien la chance que vos ancêtres vous ont donné en vous plaçant sous le double patronage de Pierre et de Paul. En vous mettant à leur écoute, en méditant leurs écrits et leur vie, vous deviendrez des fidèles du Christ toujours plus attentifs à Dieu et aux autres. Ecouter Dieu sans changer notre relation aux autres, c’est juste spiritualiser notre vie. Être attentif aux autres sans fonder cette attention sur l’écoute de Dieu, c’est transformer l’Eglise en ONG activiste, améliorant la vie de ceux dont elle prend soin certes, mais incapable d’apporter l’espérance qui transforme durablement une vie et le monde. Montrez-vous de dignes héritiers de vos saints patrons, vous écoutant les uns les autres, écoutant Dieu, comprenant chaque jour mieux votre foi, ne renonçant jamais à la proposer sans l’imposer. Pierre et Paul étaient des disciples libres ; soyez libres à la suite du Christ et rendez les autres libres de choisir le Christ, ou pas. Le travail de tout chrétien est de témoigner ; décider revient à ceux qui les écoutent. Amen.


dimanche 26 juin 2022

13ème dimanche ordinaire C - 26 juin 2022

 La radicalité de l'appel & la liberté humaine.







Il y a quelque chose d’impressionnant, je trouve, dans les récits de vocations que la Bible nous propose régulièrement, parce que ces récits conjuguent à la fois la radicalité de cet appel et la liberté humaine. Dieu appelle qui il veut, et c’est son droit. Et quand il appelle, c’est pour une mission précise, un projet précis que Dieu porte ; et c’est encore son droit, à Dieu, d’avoir des projets. Mais qu’en est-il de l’appelé ? Quels sont ses droits à lui ? Peut-il résister à l’appel de Dieu ? Que devient sa liberté ? Peut-il ne pas accueillir le projet de Dieu sans risquer les foudres divines ? C’est ce que nous découvrons dans les lectures de ce dimanche.

Concentrons-nous sur l’évangile puisqu’il contient tout. Le passage entendu commence avant Pâques, quand Jésus se dirige vers Jérusalem avec ses disciples. Sans doute fatigué par la route, Jésus envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Certains pensent peut-être que nous nous égarons. Le récit de vocation, c’était la première lecture avec le choix d’Elisée pour succéder à Elie. Au sens strict, ils ont raison. Mais l’appel de Dieu n’est pas nécessairement un appel à le servir ministériellement, comme prophète ou comme Apôtre. L’appel premier de Dieu, adressé à tous les hommes, c’est de l’accueillir. C’est notre vocation première. Dans l’Eglise, la vocation baptismale est plus fondamentale d’ailleurs que la vocation ministérielle parce que c’est justement cette première qui nous met en contact avec le Christ. Toutes les autres vocations plus précises vont s’appuyer sur cette première vocation. Nous en sommes bien là quand Jésus veut se rendre dans ce village. La demande d’hospitalité est un appel adressé à ce village qui la refuse. Je comprends la stupeur, voire la colère de Jacques et Jean ; leur réaction est à la hauteur de ce qu’ils pensent de Jésus et de ce refus de l’accueillir : veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? Nous comprenons bien que c’est exagéré, qu’ils ont mal compris la notion de radicalité de l’Evangile ; et Jésus le leur fait bien comprendre puisqu’il les réprimanda. Mais la prochaine fois que nous aurons envie de coller quelqu’un au mur parce qu’il nous aura déplu et énervé, souvenons-nous de cette réprimande ; parce qu’elle vaudra pour nous aussi. Ce que nous apprenons ici est fondamental : on ne risque rien à refuser Jésus dans sa vie ; on ne risque pas d’être dévoré tout cru par un feu tombant du ciel. Il y a le projet de Dieu ; il y a la liberté des hommes. Et ni la toute-puissance de Dieu, ni la toute grandeur de ses projets ne viennent écraser ou supprimer la liberté de l’homme. 

La radicalité de l’appel de Dieu ne doit pas écraser l’homme ; nous ne sommes pas des marionnettes entre les doigts de Dieu. Quand on parle de radicalité de l’appel, comprenons que c’est un appel qui s’inscrit à la racine de notre existence pour nous transformer de l’intérieur. Parce qu’un projet de Dieu, librement accueilli, transforme toujours d’abord celui à qui l’appel est adressé. Même quand cet appel le pousse vers les autres, il doit d’abord se laisser saisir et transformer par lui. C’est bien parce que je suis saisi profondément (radicalement) par l’appel du Christ que je peux laisser des choses, abandonner certains rêves. Ma liberté n’est pas supprimée, elle est transformée ; elle me transforme pour me rendre apte à vivre cet appel, que cet appel soit baptismal ou ministériel. Par le baptême, nous dit Paul dans sa lettre aux Galates, le Christ nous a libérés pour que nous soyons libres. C’est bien ce que réalise le baptême pour nous. Quand l’eau coule sur notre front, le péché en nous est vaincu, pardonné : nous sommes libérés, délivrés… vous connaissez la chanson. Le baptême, c’est un appel à la liberté vis-à-vis de toute forme de mal. Nous comprenons alors l’insistance de Paul : Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. La radicalité de l’appel à suivre le Christ par le baptême ne supprime pas notre liberté ; elle fait grandir cette liberté et la transforme en liberté d’aimer, en liberté pour le service de ceux et celles qui croiseront notre route. Tout appel de Dieu est radical parce qu’il s’adresse à notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il nous invite à faire grandir notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il transforme notre liberté en liberté d’aimer et de servir davantage. Et ceci se joue dès l’appel au baptême, puisque celui ou celle qui devient chrétien est appelé à développer cet appel dans un art de vivre conforme. Cet art de vivre est accompli dans l’unique parole que voici : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La réponse juste à la radicalité de l’appel est un amour radical pour chacun, possible lorsque nous nous laissons conduire par l’Esprit. 

N'ayons pas peur d’être radical dans notre foi. La racine de notre foi, c’est bien d’aimer et non d’exclure ; la racine de notre foi, c’est d’écouter Dieu pour construire avec lui ; la racine de notre foi, c’est d’exercer notre liberté et non contraindre celle des autres. Cette radicalité de notre foi s’exprime dans le respect de tous, y compris de ceux qui ne croient pas comme nous ou qui ne croient pas du tout. La radicalité de notre foi nous oblige à vivre librement un amour à l’image de l’amour du Christ pour nous. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de l’amour. Comprenons-le et vivons-le une fois pour toutes. Amen. 


samedi 24 avril 2021

4ème dimanche de Pâques B - 25 avril 2021

 Dimanche des vocations : tout commence avec le baptême.





(Mosaïque du Bon Pasteur - Ravenne - 5ème siècle)


            Chaque année, depuis cinquante-huit années, ce quatrième dimanche de Pâques est celui consacré à la prière pour les vocations. L’évangile du Bon Pasteur, en saint Jean, dont nous entendons un extrait différent chaque année, est l’occasion de nous inviter à prier pour que Dieu donne à son Eglise les pasteurs dont elle a besoin. Certains ont fini par dire qu’il fallait demander des saints prêtres ; mais n’est-ce pas déjà douter de la bonté de Dieu que ce besoin de lui rappeler que nous voulons des saints prêtres ? Peut-il donner autre chose que des saints prêtres ? Au cas où, permettez que je nous rappelle à tous ce qu’il faudrait pour que Dieu ne nous donne que des saints prêtres. 

            Il faudrait d’abord que nous soyons tous convaincus que la question des vocations, c’est l’affaire de tous, c’est l’affaire de chaque communauté croyante. A un maire catholique qui se plaignait que sa ville n’aurait plus de prêtre résident, j’ai osé renvoyer la question de ce qu’il a fait concrètement pour que l’Eglise, et pas seulement la paroisse de sa ville, ne manque jamais de prêtres. Avait-il osé interroger ses fils sur la possibilité de donner leur vie au Christ et aux hommes ? Bien sûr que non ! Et c’est là le premier souci. Personne n’y pense ; peu de parents osent rêver pour leur fils une vocation sacerdotale ou pour leur fille une vocation religieuse. Non, vous comprenez, nos enfants feront quelque chose de sérieux de leur vie ! Une journée de prière pour les vocations, c’est bien ; mais nous pouvons mieux faire. Sans aucun doute. 

            Puisque les vocations particulières ne tombent pas du ciel, il nous faut donc plus que juste nous sentir concernés et prier une fois l’an pour les vocations. Il faut aussi des familles saintes. Des familles dans lesquelles la figure du prêtre est honorée (je n’ai pas dit ‘adorée’) pour qu’un jeune homme puisse se sentir à l’aise quand il perçoit quelque chose d’un appel à suivre le Christ, et que cet appel ne soit pas immédiatement étouffé par les réactions familiales. Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour que cela te tombe dessus ? Regarde un peu plus les filles et cela te passera ! Dans une famille sainte, peut-être que le prêtre fait aussi partie du paysage familial. Dans mon enfance, j’en ai connu un certain nombre qui passait à la maison. Le prêtre était toujours le bienvenu. Il est certain que d’avoir vu des prêtres heureux, des prêtres acceptés dans mon entourage, a aidé à répondre à l’appel à devenir prêtre. Vous rajoutez à cela deux religieuses dans la famille, et Dieu a presque déjà gagné. 

            Des familles saintes donc ; mais comme elles non plus ne tombent pas du ciel, il nous faut à tous nous rappeler notre vocation première, commune à tous les membres de l’Eglise. Elle est à la source de toutes les autres vocations, qu’elles soient sacerdotales, religieuses, matrimoniales, ou que sais-je encore ! C’est l’appel premier qui nous est adressé à tous : celui à être nous-mêmes saints à l’image du Dieu Saint qui nous a appelés à la vie, appelés à être ses enfants. Tout part de là : de notre prise au sérieux de notre baptême, notre première vocation parce que c’est le jour premier où Dieu s’est adressé à nous. Dieu donnera toujours de saints prêtres, de saintes sœurs, des saintes familles, s’il trouve en chaque baptisé un saint.  Oui, nous devons montrer que nous sommes des baptisés heureux de croire en Dieu, heureux d’avoir Dieu dans leur vie ; des baptisés capables de reconnaître la trace de Dieu dans leur vie ; des baptisés attentifs aux appels de Dieu et du prochain. Si nous renonçons à croire que le baptême change la vie de celui ou celle qui le reçoit, nous avons déjà perdu. Si nous renonçons à croire que le baptême n’est que le premier appel que Dieu nous adresse, nous sommes déjà sourds à tous les autres appels qu’il pourra nous adresser. Si nous renonçons à croire que le baptême fait de nous des saints dès maintenant, nous avons déjà renoncé à avoir de saintes familles, desquelles pourront jaillir de saintes vocations particulières. 

            Oui, tout commence avec le baptême. Et c’est pour cela qu’il me semble particulièrement important de répondre à cette demande de l’Eglise pour le temps pascal : de préférer le rite de l’aspersion à tout autre rite pénitentiel pendant ces jours qui vont de la nuit de Pâques à la Pentecôte. Parce que notre baptême trouve sa source là, dans ce temps particulier durant lequel nous célébrons plus intensément encore la mort et la résurrection de Jésus. Si le baptême fait de nous des saints, dès que l’eau coule sur notre front, c’est parce que nous plongeons dans la mort avec Jésus pour revivre avec lui, toujours. Et un saint, ce n’est rien d’autre que cela : quelqu’un qui choisit de vivre avec le Christ, chaque jour de sa vie. Un saint n’est rien d’autre que quelqu’un qui reconnaît le Christ comme son seul vrai berger, celui qui le guide sur les chemins de la Vie éternelle. Notre vocation première, c’est d’être saint parce que Jésus est saint, parce que Dieu est saint. Tout le reste n’est qu’une mise en œuvre de cette sainteté, c'est-à-dire le chemin le meilleur que nous aurons discerné, dans la force de l’Esprit Saint, pour toujours suivre au mieux le Christ qui veut notre bien, qui veut notre vie. Soyons saints et l’Eglise ne manquera jamais de rien, en tous les cas elle ne manquera jamais d’hommes et de femmes acceptant de donner leur vie pour le Christ et pour leurs frères. Amen.

vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


samedi 21 avril 2018

04ème dimanche de Pâques B - 22 avril 2018

Nous sommes enfants de Dieu !






         Chaque année, au quatrième dimanche de Pâques, l’Eglise nous invite à prier pour les vocations. Nos communautés sont invitées à se tourner vers Dieu pour lui demander les prêtres, les religieux et les religieuses dont elles ont besoins. Cette journée devrait être l’occasion, dans nos familles, d’oser la question : et toi, répondras-tu à l’appel que le Seigneur t’adresse ? Car, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : être les relais de Dieu pour que son appel à le servir et à servir les frères soit entendu. La teneur de notre seconde lecture nous oblige alors, cette année, à nous interroger tous et à découvrir que tous, nous sommes appelés par Dieu à quelque chose de grand.

            Laissez-moi vous relire le début de cette lecture : Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. La grandeur de l’homme, c’est d’être reconnu enfant de Dieu. C’est notre vocation commune. C’est pour réaliser ce grand dessein que Dieu a livré son Fils unique sur la croix. L’ancienne tradition liturgique était encore plus précise à mon sens lorsqu’elle proclamait : voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. C’est le désir profond de Dieu que nous soyons ses enfants ; c’est son désir profond d’appeler tous les hommes à partager sa vie. C’est le désir profond de Dieu que l’homme réussisse sa vie en la plaçant sous son regard à lui, qui nous aime passionnément. Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie d’être enfant de Dieu ? Nous le sommes tous par notre baptême ; ce n’est pas une parole en l’air ; c’est notre réalité. Appelés enfant de Dieu, partageant désormais sa vie, nous devenons pour les autres le miroir de cette vie divine. En nous voyant vivre, ils devraient pouvoir contempler cette vie divine, la désirer et enfin la partager à leur tour. C’est vraiment la vocation commune à tous les hommes ; c’est vraiment la raison du sacrifice de Jésus sur la croix. A travers nous, Dieu se donne un peuple. A travers le Christ, il veut attirer à lui les peuples de la terre. 
 
Bon, il est vrai que ce n’est pas toujours évident à reconnaître. La vie divine qui devrait rayonner en nous, nous la cachons bien. Jean précise que le monde ne nous connaît pas parce qu’il n’a pas connu Dieu. Il est gentil, Jean, quand il nous dit ainsi que cette filiation divine ne peut se reconnaître en quelqu’un que lorsque celui qui regarde connaît lui-même Dieu. Et pour une part, il a raison. Comment puis-je nommer la présence de Dieu en quelqu’un si j’ignore qui est Dieu ? Il faut connaître Dieu pour le reconnaître en quelqu’un. Mais il faut aussi que celui qui porte Dieu soit conscient de qui il porte, de ce qu’il est. Cela facilite quand même grandement les choses. Je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui, chaque croyant ait bien conscience de la grandeur qui est la sienne. Nous préférons, par confort, cacher ce que nous sommes ; que voulez-vous, on nous a tellement dit que dans une République laïque, ce qui relève de la foi devait rester personnel et confidentiel ! Mais Dieu ne nous a pas appelé pour rester entre nous ! Il nous appelle à vivre selon sa Parole, comme ses enfants, pour le bien commun, devant et au milieu de tous les hommes ! Enfants de Dieu, ne sommes-nous pas sel de la terre et lumière du monde ? 

Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, dit encore saint Jean. Il faut bien entendre le « dès maintenant ». La filiation divine est un don fait à chaque croyant dès son baptême. Ce n’est pas pour plus tard, quand nous serons morts et en paradis ! Il y a urgence à nous souvenir de cela et à vivre en enfants de Dieu, à témoigner du Christ mort et ressuscité. Le pape François, dans son exhortation Gaudete et exsultate rappelle bien que la sainteté (l’autre nom de la filiation divine) est à vivre au quotidien : Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels (n°14). C’est bien dans l’aujourd’hui de notre vie que nous avons à nous reconnaître comme enfant de Dieu, à grandir en sainteté. Le pape François rappelle encore que le défi, c’est de vivre son propre engagement de façon à ce que les efforts aient un sens évangélique et nous identifient toujours davantage avec Jésus-Christ (n°28). Nous sommes enfants de Dieu, identifiés à Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, pour vivre de plus en plus comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux autres. Certains vivent cet appel dans une vocation plus particulière, dans un style de vie plus particulier ; mais cela n’enlève rien au fait que chaque croyant doit vivre en témoignant de Celui qui le fait vivre, en témoignant de Celui qui donne sens à sa vie et à son action. 
 
          En ce dimanche des vocations, prions pour que nous devenions toujours plus conscients de notre vocation fondamentale et première : nous sommes enfants de Dieu. Sans cette conscience bien ancrée et bien vécue par tous, comment pouvons-nous imaginer que des vocations particulières puissent naître ? Si nous manquons à notre être profond d’enfants de Dieu, nous manquerons aussi de pasteurs pour nous guider. Mais si se lève un peuple nombreux, conscient de sa vocation profonde, Dieu ne restera pas sourd à ses appels et lui donnera les pasteurs dont il a besoin. J’en suis convaincu. Amen.
 
(Dessin de M. Leiterer)
 

samedi 2 juillet 2016

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2016

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux !





La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. En cette année qui ne voit aucune ordination sacerdotale dans notre diocèse, cette parole de Jésus mérite que nous nous y arrêtions un peu, et que nous nous interrogions : est-ce grave, docteur ? Est-ce grave qu’il y ait ce gouffre entre le travail à accomplir et le nombre d’ouvriers ? Que faut-il faire pour augmenter le nombre d’ouvriers ? Les années fastes, qu’a pu connaître notre diocèse, vont-elles revenir ? Faut-il seulement qu’elles reviennent ? 
 
A bien lire l’Evangile, on peut dire que ce problème du nombre d’ouvriers est récurrent, puisqu’il est déjà réalité au commencement, au temps de Jésus. Que sont 72 hommes envoyés par deux pour évangéliser le monde entier, dont leur nombre est le symbole ? Qu’est-ce que si peu pour tant de peuples ? Et pourtant, Jésus lui-même n’augmente pas le nombre de ses troupes, mais donne une consigne claire : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. La moisson que les disciples entreprennent n’est pas la leur ; elle est la moisson de Dieu. C’est à son œuvre qu’ils participent. Et qui pourrait croire que Dieu ne se donnerait pas les moyens de réussir son œuvre ? Qui pourrait croire que Dieu se contenterait d’un sous-effectif ? C’est peut-être que la solution est ailleurs ! La solution doit être dans la confiance qu’ils mettent en Dieu justement. D’ailleurs regardez de plus près encore : non seulement ils ne sont pas nombreux à être envoyés, mais en plus les consignes données pour le voyage ne sont guère encourageantes : Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales. Nous comprenons que la tâche sera ardue, risquée (des agneaux au milieu des loups), mais encore qu’ils ne peuvent compter sur rien, sur aucun artifice pour la mission : aucune richesse pour appuyer leur démarche ; pauvres de tout, ils doivent être riches de Dieu, c’est tout. A travers eux, c’est bien Dieu que les gens doivent pouvoir rencontrer ; à travers eux, c’est bien Dieu qui marche sur la route des hommes. 
 
Avec pour seule arme une confiance absolue en Dieu qui peut tout et juste un autre disciple pour compagnon, voici donc les disciples envoyés. Leur stratégie : trouver bon accueil dans une maison, guérir les malades de la cité et annoncer le règne de Dieu. Et même s’ils ne sont pas accueillis, quand même annoncer que le règne de Dieu s’est approché. On ne sait jamais, il en restera toujours quelque chose. 
 
Luc ne dit pas combien de temps aura duré cette mission : nous savons juste qu’ils sont partis et revenu, tout joyeux. La mission a été un succès, le Mal a été combattu. Mais leur joie ne doit pas venir de là, mais de la certitude que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Ces noms inscrits ne sont-ils que ceux des disciples envoyés en mission ? Pour prendre une image plus compréhensible aujourd’hui, n’y a-t-il que les noms des religieux, religieuses, prêtres, laïcs engagés en pastorale à être inscrits dans les cieux ? Que deviennent alors les autres, les vôtres ? Il nous faut écouter Paul dans l’épître aux Galates pour bien comprendre. Il invite les croyants à se réjouir d’être une création nouvelle. Si tous les croyants au Christ sont créature nouvelle, alors leurs noms sont nécessairement inscrits dans les cieux. Et voilà que le chiffre 72 prend un sens nouveau : s’il représente bien la totalité des peuples connus à l’époque, nous pouvons affirmer qu’il représente aussi la totalité du peuple de Dieu. La mission à laquelle Jésus invite ses disciples n’est donc pas réservée à une élite consacrée ; elle concerne tout le peuple que Dieu se donne. Chaque baptisé est invité à témoigner de sa foi, à annoncer le règne de Dieu par sa vie, à oser parler du Christ. Et nous découvrons alors que si chaque chrétien tenait sa place, les ouvriers ne manqueraient pas, alors que si on limite les ouvriers envoyés aux seules personnes consacrées, le problème est réel. L’invitation à la prière de Jésus ne concerne donc pas exclusivement la prière en faveur des vocations sacerdotales et religieuses, bien que cette prière soit vitale et nécessaire. Mais cela est aussi la prière adressée à Dieu pour que chaque baptisé prenne au sérieux sa vocation, pour que chaque baptisé vive selon l’esprit de son baptême. Le premier témoignage à donner aux hommes est bien le témoignage d’une vie placée sous le signe de l’Evangile, le témoignage d’une vie modelée par la parole du Christ vivant et vrai qui invite tous les hommes à une vraie fraternité. 
 
La question des vocations sacerdotales et religieuses ne trouvera pas sa solution si les chrétiens dans leur ensemble ne prennent pas au sérieux leur vocation baptismale. Les personnes consacrées ne tombent pas du ciel ; cela se saurait. Elles naissent et grandissent dans des communautés croyantes vivantes, conscientes de l’importance de la place et du témoignage de chacun. Là seulement peuvent naître des vocations particulières soutenues par tous les croyants. Ce n’est que dans des communautés prenant la parole du Christ au sérieux que peuvent naître des serviteurs de la Parole pour que le peuple ne manque jamais des pasteurs indispensables. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il envoie des ouvriers pour sa moisson. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il fasse de nous tous des témoins crédibles de sa vie donnée et offerte à tous. Amen.  
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 10 mai 2014

04ème dimanche de Pâques A - 11 mai 2014

Un dimanche pour accepter l'appel de Dieu.





Il les appelle chacune par son nom. C’est par ce détail que Jésus définit le vrai Pasteur, celui qui conduit ses brebis, celui que les brebis acceptent de suivre parce qu’il n’est pas, comme les autres, un bandit ou un voleur. Ce détail souligne d’abord qui est Dieu pour nous qui croyons en lui. Il est celui qui nous appelle, qui nous connait par notre nom et dont nous connaissons la voix
 
Cette voix de Dieu qui nous appelle est un élément essentiel pour notre vie de foi. En effet, la foi ne vient pas de nous, ni d’efforts que nous aurions fait. Elle est un don de Dieu ; elle est une réponse à son appel. Car Dieu appelle tous les hommes. Pierre le  redit dans son discours, le jour de la Pentecôte : c’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. Le non-croyant n’est pas un non-appelé ; il est un non-répondant, voire un non-entendant volontaire. Quand Dieu appelle, l’homme a le choix : écouter ou ne pas écouter, répondre ou ne pas répondre. 
 
A celui qui répond, est proposé le baptême d’abord, comme signe de son désir de suivre le Christ, comme réponse à l’appel de Dieu à grandir dans sa famille. Ce baptême l’introduit dans une communauté au sein de laquelle il va désormais vivre. Elle est le relais de l’appel de Dieu tout au long de ma vie. Car Dieu continue d’appeler, même ceux qui sont déjà baptisés ! Quand une communauté est vivante, ouverte et attentive à ce que Dieu veut lui dire, alors des vocations peuvent naître en son sein. Que ce soit des vocations à la vie matrimoniale, vécues comme le don de soi à la personne aimée, dans la fidélité et pour la vie ; ou des vocations sacerdotales et religieuses, vécues comme le don de soi à Dieu et aux frères pour que la Parole de Dieu puisse toujours être entendue et que l’Eglise reste fidèle à sa propre vocation : annoncer aux hommes les merveilles que Dieu réalise pour eux. Chacun est appelé par Dieu à une vie conforme à la foi, dans la charité et dans l’espérance de son retour. 
 
Vous pouvez tourner les choses comme vous le souhaitez, vous reviendrez toujours à cette notion fondamentale : la vie de l’homme est la vie d’un appelé par Dieu. L’homme est  appelé à la vie, appelé à la foi, appelé à un style de vie. Sa liberté, l’homme l’exerce par sa réponse. Il reste cependant une certitude concernant l’appel que Dieu nous adresse ; il est appel à plus de vie, appel à plus de joie, appel à plus de vérité. Dieu ne nous appelle pas au malheur, ni à la tristesse, ni à une vie étriquée. Ce qu’il veut, c’est le meilleur pour nous, le meilleur pour ceux qu’il met sur notre route. Voilà qui devrait nous aider à répondre toujours favorablement aux appels de Dieu. Ce à quoi il nous appelle, il nous donne de l’accomplir ; jamais Dieu ne nous charge d’un poids impossible à remuer. Avec le psalmiste, nous pouvons chanter en confiance : le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… si je traverse le ravin de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure. 
 
Puisque ce dimanche est la journée mondiale de prière pour les vocations, prions, certes, pour que Dieu envoie des ouvriers pour sa moisson ; mais prions aussi pour que nous soit donné le courage de répondre favorablement à l’appel de Dieu, quand il s’adresse à nous et compte sur nous. En ce dimanche, osons écouter l’appel de Dieu ; osons aussi y répondre. Amen.

 (Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 25 avril 2010

4ème dimanche de Pâques C - 25 avril 2010

Puisque vous ne voulez pas la Parole de Dieu !


La jeune communauté croyante d'après Pâques a bien du mal à se faire accepter. La difficulté, qu'elle a elle-même eu, pendant un temps, à reconnaître la résurrection de Jésus, s'étend au peuple dont elle est issue et se tranforme en hostilité de la part de ceux qui ont fait condamner Jésus. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi : supprimer donc quelqu'un de votre vie, et il y a fort à parier que vous ne voudriez pas non plus que, sans cesse, on vous reparle de lui.N'est-ce pas, le problème est réglé, on tourne la page, on passe à autre chose. C'est dans ce contexte que nous retrouvons Paul et Barnabé au cours de leur mission. De là, va naître une véritable stratégie missionnaire en deux temps.

Premier temps : s'adresser aux frères dans la foi. Avant d'être chrétiens, Paul et Barnabé sont Juifs. Ils sont de ce peuple de l'Alliance que Dieu lui-même a établi pour être la lumière des nations, c'est-à-dire le peuple particulier de Dieu qui guidera tous les autres vers la vérité tout entière ; le peuple qui attirera à Dieu tous les autres peuples. Fidèles à cette conviction, Paul ne cessera pas de s'adresser d'abord à ses frères et soeurs dans le judaïsme. Puisque sa mission vient de Dieu, puisqu'il a été chargé d'annoncer la Parole de Dieu aux hommes, il commencera toujours d'abord par ceux à qui cette Parole s'est adressée en premier. Il ne le fera pas par provocation (vous avez tué Jésus, je vais vous montrer que vous aviez tort !) ; non, il le fait par fidélité à ce Dieu de l'Alliance qui annonce à son peuple qu'il est sauvé malgré son péché, malgré son éloignement de Dieu. Combien de fois, par le passé, des hommes ont-ils ainsi été envoyés par Dieu pour dire à ce peuple la fidélité de Dieu à son Alliance, pour dire à ce peuple qu'il est sauvé ? Tout les livres de la Première Alliance en témoignent. Et Paul n'a d'autre ambition que de se situer dans la lignée de ces hommes et de ces femmes que Dieu a ainsi mandatés.

Dans ce peuple, il y a des gens qui écoutent et qui accueillent favorablement l'annonce de Paul. Il y en a qui se convertissent : les Actes des Apôtres en témoignent. La Parole de Dieu touche les coeurs ; la Parole de Dieu convertit. Ce n'est pas une parole vaine. Mais cette même Parole de Dieu rencontre aussi toujours des obstacles, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Pourquoi une parole qui n'est qu'amour et paix est-elle ainsi rejetée ? Pourquoi une parole qui dit le salut des hommes devient-elle, pour certains, inaudible ? Sans doute touchons-nous là du doigt le mystère de la relation à Dieu. Devant celui qui ne veut pas se laisser approcher de Dieu, devant celui qui refuse de l'écouter, Dieu se retire ; il ne s'impose jamais. Paul en fera donc autant. C'est à vous, nécessairement, qu'il fallait d'abord annoncer la Parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.

Voici le deuxième temps de sa stratégie : aller vers celles et ceux qui, sans être nécessairement du peuple de la Première Alliance, ont envie d'entendre Dieu et de le suivre. Rien ne doit arrêter la Parole de Dieu. Et si ceux à qui elle était destinée n'en veulent pas, il y en a d'autres qui pourraient être intéressés. La Parole de Dieu ne s'arrête pas à des considérations d'origine ou de religion. Le psalmiste le reconnaissait-il pas déjà lorsqu'il chante dans le psaume 99 : Acclamez le Seigneur, terre entière, servez le Seigneur dans l'allégresse, allez à lui avec des chants de joie !

Cette Parole que Paul a entendu sur le chemin de Damas, cette Parole qui semble le brûler de l'intérieur, il ne peut la retenir, il ne peut l'étouffer. Il sera donc l'Apôtre des Nations, l'Apôtre de celles et ceux qui attendent cette Parole, l'Apôtre de celles et ceux qui ont besoin et envie d'être sauvés. Il en est convaincu : Jésus, sur la croix, s'est offert pour tous. Jésus, sur la croix, offre à tous le pardon de Dieu et la vie éternelle. Il faut donc laisser résonner cette promesse de telle sorte que tous puissent l'entendre.

Cette décision n'a pas dû être simple pour Paul ; mais elle s'est imposée à lui. Elle ne simplifiera pas les choses pour autant. Lui-même égrènera un jour tout ce qu'il a souffert à cause de cette Parole ; mais jamais il ne regrettera sa décision ; jamais il ne se soumettra à la facilité. Il sera obligé de fuir devant ses adversaires qui veulent faire taire cette Parole libre de Dieu.

Nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, la journée de prière pour les vocations. Notre première vocation, celle de notre baptême, est de faire résonner cette Parole de Dieu dans notre vie d'abord en nous conformant à elle ; mais nous avons aussi à la faire résonner dans le monde, c'est-à-dire autour de nous, pour que d'autres puissent ainsi découvrir qu'ils sont aimés de Dieu, attendus par Dieu et sauvés par lui. Notre témoignage peut être source de vocation pour d'autres. Si nous éteignons cette Parole en nous, si nous refusons de la faire retentir pour les autres, qui marchera encore sur les pas du Christ ? Qui aura le courage de la faire entendre ? Qui aura la folie d'affronter l'épreuve au nom du salut de tous ?