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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 1 août 2026

18ème dimanche ordinaire A - 2 août 2026

 Apportez-les moi.





(Icône trouvée sur le net, Source : Multiplication des Pains – Monastère Saint-Gény)


 

            Je suis toujours surpris par ces foules qui suivent Jésus, qui devinent où il va aller et y arrivent avant lui, si bien que quand Jésus débarque, il [voit] une grande foule de gens. Ce qui me surprend encore, c’est que cette foule se met en route sans prévoir l’intendance minimum : une boisson et un petit casse-croûte ou de quoi faire quelques courses en cours de route. Lorsque nous rencontrons Jésus aujourd’hui, la foule est nombreuse et trop peu ont pensé à prendre de quoi manger. Il n’y a là que cinq pains et deux poissons. La proposition des disciples semble la plus raisonnable : Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! 

            La proposition est raisonnable, mais Jésus ne l’est pas, pas à la manière des disciples, pas à la manière des hommes. Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. J’imagine un instant la tête des disciples. Même s’ils ont pensé à prendre à manger pour 13 (les Douze + Jésus), la grande foule de gens dont parle Matthieu resterait très largement sur sa faim. Les disciples ne tardent pas à le faire remarquer à Jésus : nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. Autant dire rien pour autant de monde, à savoir cinq mille sans compter les femmes et les enfants. Autrement dit, le nombre peut vite au moins doubler, si ce n’est plus. Jésus va-t-il se raviser ? Non, il prononce trois mots qui vont tout changer, mais qui pourtant semblent dérisoires à vue humaine : Apportez-les moi. Une bénédiction et quelques fractions plus tard et toute la foule mange à sa faim ; il y a même des restes, et pas que les arêtes des poissons : douze paniers pleins !

            Ne cherchons pas à comprendre mathématiquement comment la chose fut possible. Ne cherchons pas la taille des pains et des poissons pour vérifier si la chose fut possible. Attardons-nous à la signification profonde de ce miracle. Elle tient dans ces trois mots prononcés par Jésus : Apportez-les moi. Ils valent pour la situation à laquelle les disciples sont confrontés au bord du lac. Ils valent pour toutes nos situations. Nous devons comprendre que face aux difficultés de nos existences, il nous faut oser apporter à Jésus le peu que nous avons comme solution. Il nous faut oser lui faire confiance, même si cela semble impossible et irréalisable à vue humaine. Plus c’est irréalisable, plus il nous faut ce courage d’apporter le peu que l’on a à Jésus pour qu’il l’augmente, pour qu’il donne sa pleine puissance à nos petits actes. Nous pouvons avoir l’impression de n’être qu’un petit colibri apportant une goutte d’eau ; Jésus saura la transformer en océan s’il le faut. Le premier acte de ce miracle, c’est que quelqu’un a accepté de donner ces cinq pains et ces deux poissons. Le deuxième acte, c’était de reconnaître devant Jésus, que cela n’est rien face au besoin. Le don du peu et l’acceptation de nos limites humaines, c’est tout ce qu’il faut pour que Jésus puisse quelque chose. Car il peut tout, là où nous ne pouvons plus rien ! Il peut tout quand nous acceptons de risquer pour d’autres le peu que nous avons pour nous ! Le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée, c’est d’abord le miracle du partage et de la confiance absolue en Jésus. 

            Ce miracle qui permet à Dieu de nourrir son peuple se renouvelle en chaque eucharistie. Là Jésus se donne en nourriture pour notre vie. Il est le pain livré et rompu, donné pour la vie des hommes. Il est la réserve inépuisable de la grâce de Dieu pour son peuple. Là où certains ont pensé qu’en faisant mourir Jésus en croix, ils s’en débarrasseraient, Jésus lui-même vient dire que plus on le rompt, plus il se donne ; plus il se donne, plus les hommes vivront par lui. Apportez-les moi. C’est cette même invitation que Dieu nous adresse à propos du pain et du vin au cœur de la célébration de notre eucharistie. Apportez-les moi et j’en ferai le Corps livré et le Sang versé de mon Fils unique ; il sera votre nourriture, il sera votre vie, pour toujours. Le miracle de ce dimanche est un avant-goût de ce miracle permanent en chaque eucharistie où le Christ est donné en nourriture pour la multitude. Jamais il ne manquera à celui qui a faim de lui, faim de la vraie vie, faim de Dieu. 

            Apportez-les moi. Il nous faut aussi entendre dans cette invitation de Jésus, une invitation à nous approcher de lui. Car en effet, comment lui apporter quelque chose, si nous restons loin de lui ! Jésus n’a pas dit : envoyez-les moi, mais bien apportez-les moi. Sans ce déplacement physique et spirituel, rien n’est possible. D’ailleurs, aucun miracle n’est possible quand l’homme reste éloigné du Christ. Et dans ce déplacement auquel nous consentons, nous pouvons emporter avec nous quantité de personnes qui sont éloignés de Dieu, qui n’osent plus s’approcher de lui, qui n’osent plus croire en lui. C’est pour cela, qu’avant de nous approcher de la table eucharistique, nous confions à Jésus nos prières pour nos frères et sœurs en humanité. Nous ne les confions pas par paresse, parce que nous ne voulons rien faire pour eux ; nous les confions par nécessité, parce que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien pour eux, mais que lui, Jésus, peut encore tout. Il y a chaque dimanche, les demandes « officielles », celles qui sont faites au micro, au nom de notre communauté. Mais n’oublions pas que nous pouvons lui confier aussi nos demandes plus personnelles, lui apporter telle personne, telle situation, pour laquelle nous ne pouvons plus rien, mais attendons de lui sa grâce et sa miséricorde. N’oublions pas de formuler nos prières dans le secret de notre cœur pour que Jésus puisse les prendre avec lui et les offrir avec lui à son Père et notre Père.

            Apportez-les moi. Trois mots tout simples, mais qui comportent une profondeur spirituelle et qui peuvent porter devant Dieu la multitude pour laquelle Jésus s’est offert sur la croix. Rien, ni personne n’est trop petit pour Jésus ; son attention, son amour et sa miséricorde sont pour tous. Ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet de nous approcher de lui ; ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet d’approcher de lui les hommes et les femmes de notre temps qui ne trouvent pas, qui ne trouvent plus le chemin vers le Christ. Et le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée pourra se poursuivre longtemps. Amen.

samedi 14 décembre 2024

3ème dimanche de l'Avent C - 15 décembre 2024

 Que devons-nous faire ?



(Pieter Brueghel le Jeune, La prédication de Jean le Baptiste, Musée des Beaux-Arts, Valenciennes, Source internet : d'après d'Enfer Brueghel Pieter Brueghel, le Jeune | Prédication de saint Jean-Baptiste | Images d’Art)



Ils sont surprenants, tous ces gens qui viennent à Jean le Baptiste, comme vers un sage avec cette question unique : Que devons-nous faire ? Que ce soit la foule, ou les publicains ou des soldats : tous sont habités par la même inquiétude : que dois-je faire ? Est-ce que dans ce que je vis il m’est possible d’aller à la rencontre de Celui qui vient ? Parce que c’est bien cela le message de Jean le Baptiste, nous l’avons entendu la semaine dernière : Préparez le chemin du Seigneur ?

S’ils me semblent inquiets pour eux-mêmes, je les trouve plutôt rassurants avec leur question. Rassurants, parce qu’ils nous montrent qu’ils attendent le Seigneur et qu’ils veulent être prêts à l’accueillir, prêts à aller à sa rencontre. Leur question traduit leur envie de bien préparer le chemin du Seigneur. Ils nous montrent par là que la prédication de Jean le Baptiste, même si elle est faite dans le désert, ne reste pas lettre morte, ni ne se perd dans les sables. Jean le Baptiste est entendu ; Jean le Baptiste est consulté. Sa prédication rejoint le cœur des hommes et des femmes de son temps ; elle interroge les cœurs ; elle provoque à la réflexion ; elle entraîne à la conversion. Que devons-nous faire ?

Nous pourrions dire que les réponses de Jean le Baptiste correspondent au catéchisme classique : partage avec celui qui a moins que toi ; ne prends pas plus que ce qui est dû ; ne sois pas violent, même si tu exerces le métier des armes. Toutes ces réponses se résument à celle-ci : sois attentif à ceux qui sont autour de toi et ne leur fais pas de tort. Au contraire, quand tu le peux, fais-leur du bien. Respecte-les, parce qu’ils sont humains comme toi ! Le pauvre ne vaut pas moins que toi ; il n’est pas moins humain que toi. Quand tu peux partager, fais-là ! C’est la réponse de Jean le Baptiste à la foule. Aux collecteurs d’impôts, il rappelle de ne pas être plus gourmand que l’Etat qu’ils servent : n’encaisse que ce qui est juste, pas plus ! Aux soldats, ne profitez pas de votre force, n’abusez pas de l’autorité que vous confère votre tenue. Quand on voit aujourd’hui encore comment se comportent certains hommes en arme en Ukraine, dans la bande de Gaza, en Afghanistan, aux Etats-Unis, et même quelquefois dans nos quartiers sensibles, on se dit que Jean le Baptiste devrait rugir à nouveau pour imposer le respect de cette consigne. 

Que devons-nous faire ? Nous ne pourrons jamais nous soustraire à cette question. Elle vaut pour chacun de nous, comme elle valait pour ceux qui venaient vers Jean en son temps. Elle ne sera jamais passée de mode, comme ne seront jamais passées de mode les indications qu’il donne. Avec une pauvreté qui augmente, même chez nous, le partage est toujours d’actualité. Si les collecteurs d’impôts aujourd’hui ne peuvent plus prélever plus que ce qui est dû, la question de l’impôt s’inverse peut-être. Ne fraude pas, prends ta part à l’effort commun, de manière juste. A ceux qui ont choisi le métier de armes, il est bon de redire qu’ils ne sont ni gros bras, ni cow-boy, que l’usage de la force doit rester raisonné et que l’uniforme quel qu’il soit, n’est pas une autorisation à toute sorte d’abus ; le respect légitime qui est dû à ceux qui nous protègent, suppose un respect plus grand encore envers ceux qu’ils protègent. La remarque vaut pour tous ceux et celles qui, à un moment ou à un autre, sont en position d’autorité. Le seul fait d’occuper un poste qui donne autorité, ne donne pas le respect, si celui-ci n’est pas d’abord manifesté envers ceux sur qui l’autorité s’exerce. 

Que devons-nous faire ? Je me demande si le principe de notre liturgie qui affirme que chacun doit faire seulement mais totalement ce qui lui revient ne serait pas une bonne ligne de conduite pour toute vie humaine. En faisant seulement ce qui me revient, je ne marche sur les plates-bandes de personnes ; en faisant totalement ce qui me revient, je ne me repose pas sur les autres pour faire ce que je n’ai pas envie de faire. Il fut un temps où nous parlions volontiers de devoir d’état. Eh bien, c’est un devoir d’état pour tous de veiller sur ceux qui ont moins ; c’est un devoir d’état pour tous, de participer au bien commun ; c’est un devoir d’état pour tous de ne jamais abuser ou profiter de la situation qui est la sienne dans la société, et ce quelle que soit la position qui est sienne. Ce serait une bonne nouvelle pour le monde si chacun s’y tenait, si chacun s’y mettait. Amen. 


samedi 27 juillet 2024

17ème dimanche ordinaire B - 28 juillet 2024

 Sans tambour ni trompette.







 

            Sans tambour, ni trompette ! C’est, me semble-t-il, un bon résumé de l’action de Jésus, et particulièrement des signes puissants qu’il opère. Quand bien même il sait au fond de lui qu’il va intervenir, il ne fait pas faire le silence, il ne fait pas battre le tambour comme au cirque. Tout est fait discrètement. C’est la foule qui donnera l’éclat au geste accompli. Jésus n’a besoin ni de publicité, ni de louange ; il fait ce qu’il doit faire pour que l’œuvre de Dieu soit manifestée et manifeste pour tous. 

            Regardez le geste de ce jour. Jésus a cherché à se retirer avec ses disciples, mais la foule les rattrape bientôt. On sent le besoin de cette foule à son empressement. On sent qu’elle n’est rien sans Jésus. On sent qu’elle attend beaucoup de lui. Elle ne lui laisse aucun repos. A force de suivre Jésus partout, elle en oublie de veiller sur elle-même. A trop attendre des autres, nous pouvons oublier le bon sens ordinaire. Le bon sens ordinaire aurait voulu que cette foule, qui se presse continuellement vers Jésus, n’en oublie pas pour autant ses besoins essentiels comme boire et manger. C’est Jésus qui en fait la remarque : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? Ne négligeons pas la réalité de la question en la spiritualisant trop vite : comprenez, Jésus ne parlait pas de la nourriture terrestre, mais de cette nourriture qu’il opposait jadis au diable, lorsqu’il fut tenté au désert (l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu). Cette fois-ci, c’est bien du pain du boulanger qu’il parle à Philippe. Il est sans doute le seul qui a remarqué que cette foule qui le suit, a oublié le nécessaire vital ; à un moment donné, il faudra manger et nous sommes sur une montagne ! La puissance de Jésus, manifestée par ses actes, ne l’empêche pas d’être réaliste et conscient qu’il y a une vie ordinaire et simple, avec ses besoins propres. Tout ne se résume pas à un miracle ! Que faire ? Philippe lui-même répond à Jésus que sa question n’est pas simple : le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. Non seulement il faudrait travailler beaucoup, mais chacun n’aurait qu’un peu, et probablement pas assez pour manger à sa faim. 

Sans doute n’est-ce pas un hasard que ce soit un jeune garçon qui possède la clé du mystère à résoudre. Jésus n’a-t-il pas encouragé ses disciples à rester comme des enfants ? Derrière ce jeune garçon, j’aime à penser qu’il se cache une maman ; elle avait le souci de son fils ; elle lui a donné cinq pains d’orge et deux poissons. Elle a fait pour son fils ce que chaque membre de cette foule aurait dû faire pour lui-même : prendre un en-cas pour la journée. Un, sur plus de cinq mille hommes, qui avait trois fois rien pour lui. Le jeune garçon ne semble pas se poser de question quand Jésus, ou un de ses disciples, lui demande de donner ce qu’il a. Un adulte aurait probablement essayé de négocier ; il aurait raisonné comme un grand en disant que cela ne sert à rien de partager. André lui-même n’interroge-t-il pas :  qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Une manière de dire : on ne va le déranger, ce serait cruel de lui demander de donner ce peu qu’il a. Et pourtant, le jeune homme donne, et c’est à partir de ce peu que tous vont manger autant qu’ils en voulaient ; c’est à partir de ce peu qu’il y aura douze paniers remplis de restes. Ce jeune homme partage pour toute éternité avec Jésus la réalisation du miracle. S’il ne donne pas, Jésus ne peut rien. Parce qu’il donne, Jésus peut tout ; il peut multiplier à l’infini le peu qui est donné et tout le monde en profite. Comme au début du ministère de Jésus dans l’évangile de Jean (souvenez-vous du signe de Cana), tout commence par une mère attentive, passe par un jeune fils, et se termine par un geste de Jésus qui se tourne vers son Père. Le vrai miracle, ce n’est pas tant que les gens mangent à leur faim ; le vrai miracle, c’est toujours, au départ, la relation entre les personnes, et la relation entre Jésus et son Père ; c’est cela qui fait que tout devient possible. De tout temps, Dieu a voulu avoir besoin de nous pour réaliser son projet d’amour. Ce jeune homme qui partage, nous rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour collaborer avec Jésus. Et le tout s’est fait sans tambour, ni trompette, ni de la part de Jésus, ni de la part du jeune homme dont personne n’a retenu le nom ! S’il s’en était vanté, nous le connaîtrions aujourd’hui encore. 

Cette absence de nom nous est bénéfique, à nous qui méditons cet événement. C’est comme si Jean nous disait que nous pouvons chacun faire la même chose que ce garçon et coopérer à l’œuvre de salut de Jésus. Je rappelle que dans l’Evangile de Jean, il n’y a pas de Sainte Cène, mais que ce chapitre six tient lieu d’enseignement sur Jésus qui se donne en nourriture. Revenez les dimanches du mois d’août ; vous l’entendrez de la bouche même de Jésus. L’absence du nom du jeune homme, c’est une manière de nous dire : Faites ainsi, vous aussi, en mémoire de moi. Acceptez de donner, acceptez de partager pour que le Christ puisse encore s’offrir au monde. Il suffit de très peu – cinq petits pains et deux poissons – pour que tous aient ce qu’il faut, par les mains de Jésus. Si Jésus n’a rien à se mettre sous la main, nous n’aurons rien à nous mettre sous la dent. Le miracle, aujourd’hui encore, commence avec nous, unis à Jésus, lui-même unit à son Père. Serons-nous ce jeune homme qui permet à Jésus d’accomplir son signe ? La réponse est au fond de chacun de nous, sans tambour, ni trompette. Amen.

samedi 29 juin 2024

13ème dimanche ordinaire B - 30 juin 2024

 Partage ou repli sur soi ?





 

 

            Dieu ne cesse de m’étonner ! En ce premier dimanche où nous sommes appelés à choisir nos députés, ceux qui nous représentent et font les lois, voilà que nous entendons cet extrait de la deuxième lettre aux Corinthiens qui parle d’un don généreux fait par les Corinthiens pour les chrétiens de Jérusalem. Voilà qui doit nous interroger et nous apprendre à discerner encore avant de glisser un bulletin dans une urne. 

            Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul parle du don. Il rapproche nos gestes de partages du don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il donne à notre sens du partage une dimension théologique. Ce que nous faisons pour les plus pauvres, pour ceux qui ont besoin de nous, rejoint ce que le Christ a fait pour chacun de nous. Nos gestes de partage prolongent le geste de salut que le Christ a fait en s’incarnant, en devenant l’un de nous alors qu’il était Dieu. Il a tout laissé de sa vie pour que nous puissions tout avoir ! Voilà un premier point de discernement. 

            Paul n’est pas un doux rêveur, il a le sens des réalités. Ecoutez plutôt : Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins. La rencontre avec l’autre, le différent, l’étranger, n’est jamais source d’appauvrissement, même si cela nous demande de partager ce que nous avons. La rencontre avec l’autre est toujours source d’enrichissement réciproque. De nouveaux mondes, de nouvelles perspectives s’ouvrent quand nous ne nous refermons pas sur nous-même. Et Paul parle bien d’égalité. Pourquoi aurions-nous tout quand d’autres n’ont rien ? 

            Je n’oublie pas plus que Paul le principe de réalité. Je sais que la vie est difficile et que tout augmente. Mais ce n’est pas en désignant l’étranger comme responsable que notre vie sera plus facile. Aujourd’hui, la riche Europe et la riche France – parce que oui nous sommes encore un pays riche – accueille moins que certains pays réellement pauvres du continent africain. Même si, en partageant, nous nous appauvrissons un peu, nous serons toujours plus riches que beaucoup d’hommes et de femmes dans le monde. Désigner le différent, l’étranger comme bouc émissaire de toutes nos difficultés, ne les fera pas disparaître. Par contre, se retrousser les manches avec les autres, pour trouver ensemble des solutions qui nous rendrons plus égaux, voilà qui est prometteur. Si mon unique solution à mes difficultés est de trouver un bouc émissaire, je risque fort un jour d’être celui d’un autre qui estimera que j’ai trop, que je profite trop, et que sans moi, la vie serait plus facile pour lui. Nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ; nous sommes tous l’étranger de quelqu’un ; nous sommes tous le responsable des maux des autres et la victime de leurs maux. Préférer l’entre-soi n’a jamais enrichi personne. Préférer l’entre-soi n’a jamais réglé les difficultés que nos sociétés occidentales connaissent. Ce dont nous parle Paul, c’est d’égalité, de justice et donc de paix. Il n’y a pas de paix possible sur des demi vérités. Il n’y a pas de paix possible sur le rejet des différences. Il n’y a pas de paix possible quand l’autre est vu comme le problème et jamais comme la solution.

Après quinze jours d’incertitudes et d’angoisses, le moment est venu pour nous de faire un choix. Pas d’abord le choix d’hommes ou de femmes pour nous représenter. Non, il s’agit d’abord de choisir dans quel monde nous voulons vivre aujourd’hui et faire vivre nos enfants demain. Il nous faut choisir entre ouverture pour tous, nous y compris, ou fermeture pour tous, nous y compris. Nous ne pouvons pas estimer que nous valons mieux que les autres et que nous avons droit à plus et à mieux que les autres. C’est une question d’égalité ! C’est une question d’honnêteté. Nos plus anciens ont connu un monde dans lequel un homme estimait que lui et les siens valaient plus que tous les autres. Est-ce vraiment ce monde que nous voulons reproduire ? A l’Est de l’Europe, il y a un homme qui estime que lui et les siens valent mieux que nous et qu’ils sont le salut du monde ; demandez à l’Ukraine si c’est bien vrai et si elle vit mieux depuis ! Que la sagesse de Paul nous inspire de désirer un monde où l’égalité est recherchée et le partage promu, pour le bien de tous, nous y compris. Amen.  


samedi 6 novembre 2021

32ème dimanche ordinaire B - 07 novembre 2021

 Leçon de morale ou leçon de vie ?


(Icône de l'obole de la veuve, source internet, Site http://dominicainsmontpellier.fr/)


            Grâce à Jésus, l’histoire de cette femme, veuve, qui mit deux petites pièces de monnaie dans la salle du trésor du Temple, est connue de tous. Elle tranche radicalement avec celle du jeune homme riche, entendue il y a quatre semaines. Souvenez-vous : il était venu vers Jésus pour savoir ce qu’il lui faudrait faire pour être sûr d’avoir en héritage la vie éternelle. Jésus l’avait invité à vendre ce qu’il avait et à le donner aux pauvres, puis à le suivre. Mais il n’a pas pu ; au contraire, il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Cette pauvre veuve ne vend rien, elle ne veut s’assurer de rien, elle ne suit pas davantage Jésus, mais elle donne tout, tout ce qu’elle avait pour vivre. Est-ce une leçon de morale grandeur nature donnée à tous ? Je ne le crois pas, parce que Jésus a mieux à faire que de nous donner des leçons de morale. Jésus est venu nous parler de Dieu ; Jésus est venu nous parler de notre salut.

            Combien de personnes ont vu cette femme, ce jour-là ? Combien ont remarqué son geste ? A part Jésus, sans doute personne. Elle n’a rien fait non plus pour être remarquée. Elle n’a pas de vêtements d’apparat, elle n’a pas droit aux salutations sur les places publiques, ni aux sièges d’honneur dans les synagogues, ni aux places d’honneur dans les dîners. Elle est pauvre, veuve, et n’a que deux petites pièces de monnaie. Elle n’est rien aux yeux de beaucoup parce qu’elle n’a rien. Elle n’a même pas de nom qui permettrait de perpétuer sa mémoire dans l’histoire. Existe-t-elle seulement ? Jusqu’à ce que Jésus en parle et la cite en exemple, sans doute personne n’avait-il vraiment fait attention à elle. Et sans doute aurait-elle été gênée si elle avait entendu Jésus parler d’elle et de son offrande ! Elle ne demande rien, ne cherche rien, si ce n’est à vivre sa vie, simplement, selon la Loi du Dieu auquel elle croit. Cela lui suffit ! 

            Cette histoire pourtant, nous enseigne beaucoup, et beaucoup plus que ce que Jésus lui-même tire de ce qu’il a observé. Ce que dit Jésus de cette femme et de son offrande est important ; cela nous rappelle que nous ne serons jamais assez pauvre pour nous dispenser d’aider les autres à notre mesure. Si nous avons quelquefois l’impression de n’avoir pas assez, d’être le pauvre de ceux à qui nous nous comparons, Jésus vient nous dire que nous sommes aussi le riche d’un autre, qui a encore moins que nous. La charité n’est pas une question de moyens, c’est une question de cœur. Et cette femme, dans sa pauvreté, a un grand cœur au point que Dieu la voit. Si les hommes ignorent cette femme qui n’a rien pour se faire remarquer, Dieu la voit. Avec Dieu, un bienfait ne passe jamais inaperçu, même si ce bienfait est invisible aux yeux des hommes. C’est cela aussi l’enseignement de cette rencontre. Nous devons apprendre à voir comme Dieu voit, à accorder de l’importance à ce qui est essentiel. Le partage, la solidarité, ce ne sont pas des trucs en plus pour les gens qui en ont les moyens ; le partage et la solidarité sont des marqueurs d’humanité, et pour le croyant que je suis, des marqueurs de cette sainteté de Dieu que je me dois d’accueillir dans ma vie. Il y a quelque chose de l’esprit des béatitudes dans l’attitude de cette pauvre veuve. 

            Ce n’est pas une leçon de morale que nous livre Jésus en nous rendant attentifs au geste de cette femme. Il ne dit pas que ce qu’elle fait est bien et qu’est mal ce que font les autres. Non, mais il nous dit de bien regarder et d’estimer à sa juste valeur chaque acte, même le plus petit, même le plus insignifiant. En fait, c’est une leçon de vie divine qu’il nous donne en nous invitant à voir comme lui voit. Car au terme de notre vie, seul comptera le regard de Dieu sur notre vie. Ne négligeons pas les petites choses que nous pouvons faire pour le bien de tous ; ce n’est pas parce que personne ne les voit qu’elles ne valent rien. Ce sont peut-être elles qui nous vaudront notre salut. Amen.


samedi 24 juillet 2021

17ème dimanche ordinaire B - 25 juillet 2021

 Le miracle du partage.





(Source internet)


                Il semblerait que Jésus et ses disciples aient enfin trouvé un peu de repos. Nous les retrouvons, assis sur la montagne. Pas d’enseignement donné ; juste un temps calme pour se retrouver entre amis, à l’écart. Un repos tout relatif pour Jésus, une foule nombreuse venant toujours encore à lui. Elle semble insatiable, cette foule. Nous pouvons avoir l’impression que plus Jésus s’occupe de la foule, plus elle grandit, plus elle a faim des gestes et des paroles que Jésus peut donner. C’est la faim, très terre à terre, l’estomac qui gargouille, qui va préoccuper Jésus : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? 

            Intéressons-nous un peu à cette question de Jésus. L’homme-Dieu semble être le seul à se préoccuper d’intendance. Cette foule qui se presse autour de lui semble avoir oublié le quotidien, le nécessaire même pour tenir toute une journée, à l’écart. Je ne sais pas pour vous, mais, pour ma part, j’essaie de penser à ce détail lorsque je pars pour toute une journée : où vais-je manger ? Trouverais-je quelque chose en chemin ? Vaut-il mieux que je prévois mon casse-croûte ? Ici, à part une maman qui s’inquiète pour son enfant et lui confie cinq pains et deux poissons, personne ne semble s’être préoccupé de cela. Ils sont tous partis de chez eux sans rien prendre. Est-ce que je me trompe en pensant que suivre Jésus ne signifie pas perdre son bon sens pour autant ? Mais passons, ce n’est pas la seule incohérence du texte. Jésus interroge Philippe alors même qu’il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Si tu as la réponse avant même de poser la question, pourquoi la poser ? Juste pour le mettre à l’épreuve ? Ce n’est pas très gentil, ça ! Mais bon, il fallait la réponse de Philippe pour montrer l’ampleur de la tâche à accomplir : le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. En même temps, cette réponse va permettre de mesurer la grandeur du miracle, puisque, nous l’avons entendu, non seulement tout le monde mangera à sa faim, mais en plus, il restera douze corbeilles pleines. Encore une incohérence du texte : qui s’en va en promenade sans prendre de repas, mais trimbale toute la sainte journée une corbeille vide ? Il faut bien qu’elles viennent de quelque part, ces corbeilles ! Mais passons aussi ce détail. Retenons qu’une grande foule suit Jésus et que Jésus est le seul à se rendre compte qu’ils vont avoir faim et qu’il faudra les nourrir. 

            Intéressons-nous alors à ce jeune garçon qui a cinq pains et deux poissons. Il pourra remercier sa maman d’avoir été prévoyante pour son enfant. Même si elle lui donne beaucoup :  cinq pains pour un enfant, c’est trop. Les deux poissons, suivant la taille, ça peut passer. Ce qui m’intéresse, chez ce garçon, c’est son absence d’égoïsme. Il a sans doute faim comme les autres, mais il donne tout à Jésus. Il n’en garde pas un morceau pour lui. Je ne peux m’empêcher de penser à cette parole de Jésus qui nous invite à être comme des enfants, à garder cette ouverture et cette générosité. Dites-vous bien que sans lui, sans son abnégation, il n’y a pas de miracle aujourd’hui. Le miracle fait par Jésus commence par ce geste simple de partage fait par un garçon, geste que Jésus va démultiplier au-delà du nécessaire puisqu’il y aura des restes après que tous auront mangé à leur faim. Ce geste posé innocemment par cet enfant entraîne le geste plus grand de Jésus. Un geste qui doit nous rappeler que Dieu ne peut rien sans nous, sans notre consentement. Dieu ne s’imposera jamais à l’homme, même pour le sauver. Celui qui ne veut pas être sauvé par Dieu, ne le sera pas. Il faudra toujours un premier geste, un premier mot de l’homme pour que Jésus puisse intervenir dans la vie des hommes. 

            Un autre détail doit alors nous interpeler : c’est Jésus lui-même qui distribue le repas aux convives, les disciples auront le droit de ramasser les restes. Je vous rappelle que les convives sont au nombre d’environ cinq mille hommes. Vous avez déjà essayé de servir cinq mille hommes, tout seul ? Cela a dû prendre du temps. Une manière de dire que Dieu sert l’homme en permanence, sans doute. Une fois que l’homme a consenti à Dieu, celui-ci veille sur l’homme, toujours. Le psalmiste nous l’a fait chanter : les yeux sur toi, tous ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. Cette permanence de Dieu auprès de l’homme avec qui il fait alliance est un incontournable des textes bibliques. Vous pouvez relire la Bible de sa première à sa dernière page, il n’est question que de cela. Si Jésus est venu dans le monde, c’est bien parce que Dieu porte le souci des hommes, le souci de leur salut. 

            Un dernier détail alors qui n’est sans doute pas un hasard et qui vient renforcer le fait que c’est bien Jésus, et non ses disciples, qui distribue la nourriture : tout cela se passe alors que la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Il faut revenir au livre de l’Exode pour trouver la première Pâque, cette nuit où Dieu, sous la conduite de Moïse, a libéré son peuple d’Egypte. Ce geste de salut a commencé par un repas pris à la hâte. Il faut alors nous souvenir que Jésus, lors de la dernière Pâque qu’il prendra avec ses Apôtres, au cours du repas, a donné un nouveau sens au partage du pain et du vin. Ce soir-là, que nous commémorons chaque année le Jeudi Saint, Jésus a dit que dans ce pain rompu et partagé, c’était lui-même qui s’offrait. Comment dès lors ne pas voir un avant-goût de ce don dans le fait que Jésus serve lui-même le pain à la foule nombreuse assemblée auprès de lui. Et je n’insisterai pas davantage sur le poisson, premier symbole chrétien, qui est devenu l’acronyme en grec de Jésus Christ, de Dieu le Fils Sauveur. Dans cette multiplication des pains, qui est la multiplication d’un geste de partage, Jésus annonce déjà le don qu’il fera de sa propre vie pour tous les hommes. Avec la foule, nous pouvons alors reconnaître que c’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. 

            Au-delà des incohérences, il reste donc un message fort qui peut devenir notre ligne de conduite : si Dieu peut tout pour toi (et je le crois réellement), il attend de toi que tu prennes ta part, que tu œuvres avec lui, à ton salut et au salut du monde entier. N’oublie jamais que c’est grâce à un jeune garçon que Jésus a pu multiplier les pains. Donne tout au Christ, et le Christ te le rendra, au centuple et bien davantage encore. C’est le miracle du partage. Amen.


samedi 15 décembre 2018

03ème dimanche de l'Avent C - 16 décembre 2018

Que devons-nous faire ?





Dans notre vie, nous rencontrons quelquefois des hommes et des femmes qui ont sur nous une influence réelle. Nous aimons les écouter, leur demander conseil. Ils sont même parfois à l’origine de choix radicaux qui ont réorienté toute notre vie. Jean Baptiste était de ceux-là. Les foules nombreuses qui l’ont rencontré, celles et ceux qui l’interrogeaient en témoignent. De cet homme émanait un je-ne-sais-quoi qui ne laissait personne indifférent, qui transformait une vie. Pas étonnant alors qu’ils venaient nombreux vers lui. Pas étonnant qu’ils l’interrogeaient ainsi : Que devons-nous faire ? Son bon sens, sa connaissance de l’homme, sa proximité avec Dieu lui permettaient de répondre en trois verbes : partagez, faites votre devoir d’état, recherchez le Christ. 

Partager : un mot à la mode de nos jours. Plus que jamais nous sommes sollicités pour venir en aide aux nécessiteux de toutes sortes. En ces fêtes de fin d’année, nos boites aux lettres sont inondées de demande d’organismes respectables, qui attendent notre soutien. Deux attitudes sont possibles : classer verticalement (pourquoi vais-je aider des gens que je ne connais pas ou qui ne m’aident pas ?) ou choisir entre différentes possibilités, parce qu’on ne peut pas aider tout le monde). Cette invitation au partage est toujours d’actualité. St Jean-Paul II nous a souvent rappelé que la charité couvrait une multitude de péchés, et qu’elle était donc un bon moyen de se réconcilier avec Dieu. L’acte de partage avec les plus pauvres est un moyen d’exprimer notre volonté de répondre à l’amour de Dieu en faisant preuve d’amour envers celles et ceux qui n’ont pas autant de chance que nous. Quand nous parlons de partage, souvenons-nous aussi qu’il n’y a pas que l’argent à partager : nous pouvons et devons aussi partager notre temps avec ceux et celles qui ont besoin d’être écoutés, accompagnés. Nous pouvons et devons partager notre travail pour faire reculer le spectre du chômage. Nous pouvons et devons partager nos responsabilités pour éviter de cumuler les engagements : à vouloir trop faire, on ne fait plus rien de bien ! Les occasions de partage et les choses à partager ne manquent pas, pour que chacun puisse apporter un peu de sa richesse humaine à qui en a besoin. 

Faire son devoir d’état : c’est ainsi que je comprends la réponse de Jean le Baptiste aux soldats qui l’interrogeaient. En les invitant à refuser la violence gratuite, en les invitant à se contenter de leur solde et donc à ne pas se livrer au pillage, il leur indique une voie honnête pour accomplir le métier difficile qui est le leur. Soldats, ils auront à se battre ; mais cela ne comprend pas les exactions auxquelles ils se livraient parfois. Faire son devoir d’état, c’est donc faire simplement, et de notre mieux, ce que nous avons à faire chaque jour. Que ce soit au travail, en famille, à l’école, dans nos loisirs. Faire son devoir d’état, c’est-à-dire faire simplement ce que j’ai à faire, sans en rajouter pour en imposer aux autres, sans rien retrancher pour ne pas écraser les autres de tout ce que je ne veux pas faire. La liturgie a un adage qui correspond bien à cela : Que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Pour un chrétien, cela va au-delà de bien mener sa vie. Pour un chrétien, cela comprend bien sûr le respect des commandements de Dieu (aime Dieu, aime l’autre, aime-toi comme je t’aime !) mais aussi une recherche toujours plus grande de la sainteté à laquelle nous sommes appelés. En nous regardant vivre, ceux qui ne nous connaissent pas devraient reconnaître notre qualité de chrétien. Ils devraient voir briller en nous la lumière que le Christ est venu apporter au monde.

Rechercher le Christ : autrement dit : ne pas confondre le messager avec celui qui est annoncé. Je ne suis pas le Messie, répète Jean le Baptiste à qui veut l’entendre. Il n’est que celui qui précède le Messie, celui qui le montre, celui qui nous prépare à l’accueillir. Parce que la réponse ultime à la question de la foule est bien celle-ci : préparez-vous à accueillir le Messie que Dieu envoie ! Le partage, la réalisation du devoir d’état ne sont que des moyens de se préparer à cet accueil. Il faut travailler notre regard sur le monde, notre regard sur les hommes qui nous entourent pour découvrir la trace du passage de Dieu au cœur de notre vie. Nos années liturgiques nous sont données pour redécouvrir toujours mieux ce Sauveur que Dieu a envoyé dans le monde. Loin de revivre toujours les mêmes fêtes, les mêmes temps, nous avons une année de plus pour approfondir nos motifs de croire, d’espérer et d’avancer à la rencontre du Christ, le même hier, aujourd’hui et toujours. Une année entière pour redire : Je crois Jésus que tu es mon Sauveur, que tu donnes ta vie pour racheter la mienne ; je crois que tu me donnes ton Esprit pour reconnaître en Dieu, mon Père, et en chaque homme, mon frère.

En ces temps troublés, qui ont une fois de plus été marqués dans notre région par la violence aveugle et la folie meurtrière d’une idéologie nauséabonde, ce sont ces mêmes conseils qui nous sont donnés pour parvenir à la joie du salut. Il peut sembler paradoxal de parler de joie alors que notre semaine a commencé dans la souffrance et les larmes. Et pourtant, n’est-ce pas là le vrai remède pour changer le cœur des hommes ? Apporter la joie du salut : non pas une joie béate, mais la joie véritable que seule donne la foi en Dieu qui veut le meilleur pour l’homme ; la joie véritable qui ne se réjouit pas de la mort du coupable, mais qui toujours cherche, avec tous les hommes, des chemins d’entente et de paix, pour que jamais plus quelqu’un puisse profaner le nom de Dieu en semant la mort. 

Que devons-nous faire ? Prier me semble une autre réponse adéquate pour que le Seigneur lui-même nous montre le chemin du salut et de la paix pour tous. Prier, pour remettre notre vie entre les mains de Dieu. Lui seul peut donner sens à notre existence ; lui seul peut donner la joie parfaite ; lui seul peut faire advenir la paix entre tous ceux qui se réclament de lui. Plus nous lui serons proche, plus nous leur serons proches. Plus nous recevrons de lui la paix et la joie, plus nous pourrons les vivre et les partager avec tous nos frères et sœurs en humanité. Que notre liturgie, en ce temps de l’Avent, nous tourne vers lui et nous donne de l’accueillir vraiment. Amen.

(Gustave DORE, Jean le Baptiste prêchant dans le désert)

samedi 30 juin 2018

13ème dimanche ordinaire B - 01er juilet 2018

Nous confessons un Dieu-pour-la-vie !







Qui n’a jamais douté ? Qui n’a jamais été tenté d’accuser Dieu de tous les maux, ou d’avoir mal fait sa création puisque tant d’imperfections y subsistent ? L’accusation n’est pas nouvelle. Elle a traversé tous les temps, toutes les générations. Elle a pris, avec l’horreur des camps de concentration au siècle dernier, et avec l’horreur des attentats de ces dernières années, une vigueur nouvelle, d’autant plus que leurs auteurs se réclament de Dieu ! Si Dieu existe, pourquoi a-t-il permis cela ? 

            L’homme de la Bible ne nie pas cette question. Il est, sans doute, le premier à se débattre avec la question du mal et de la souffrance. Au fur et à mesure qu’il s’approche de son Dieu et le découvre, s’affine aussi sa réponse à cette question. Il y a longtemps, alors qu’on ne parlait pas encore de Jésus Christ, après la terrible épreuve de l’exil, un sage écrira dans la Bible : Dieu n’a pas fait la mort… Il tentait, à sa manière, de redire à ses compatriotes, une affirmation essentielle concernant le Dieu des Pères, le Dieu de l’Alliance. Il n’est pas possible que Dieu ait créé l’homme pour que celui-ci soit malheureux sur terre. Il n’est pas permis de croire en un tel Dieu ! 

            La longue histoire du peuple hébreu nous indique plusieurs fois que Dieu marche aux côtés de l’homme. La révélation du nom divin à Moïse insiste sur cette présence de Dieu à la vie des hommes. Je suis celui qui je serai, ce que l’on peut traduire par : Je suis celui dont tu auras besoin selon ce que tu vis. Il n’y a pas de manière plus précise de dire la présence de Dieu à son peuple que celle-ci : quand tu auras besoin de moi, tu verras qui je suis ! Une telle révélation est possible dès lors que nous nous plaçons dans la perspective de l’Alliance, la seule perspective valable, parce qu’elle met en présence non pas un dominant et un dominé, mais deux partenaires qui s’engagent également l’un envers l’autre. Dieu s’engage envers l’homme en lui promettant sa présence ; l’homme s’engage envers Dieu en l’assurant de sa louange. Vous pouvez parcourir l’Ancien Testament dans n’importe quel sens ; vous en arriverez toujours à ce constat : « tant que l’homme est fidèle à l’alliance, il connaît un temps de prospérité ; dès que l’homme se tourne vers les idoles, il sombre dans la folie et les tourments ».

            La critique est facile qui consiste à dire : Voyez ce Dieu ; dès que l’on se détourne de lui, on ne connaît que peine et misère ! Il faudrait cependant veiller à ne pas inverser les rôles. Qui a tourné le dos à qui ? Dieu est-il responsable des libertés que prend l’homme ? Dieu devrait-il assumer et endosser les responsabilités de mes actes à moi ? L’auteur du livre de la sagesse a bien compris la question du mal et de la mort. En réaffirmant avec force sa foi – Dieu n’a pas fait la mort ! il nous redit en même temps que la mort, c’est notre jalousie qui l’a faite entrer dans le monde. La liberté de l’homme, que Dieu a voulu lui laisser, suppose que l’homme peut se détourner du projet d’amour de Dieu et vouloir autre chose que ce que Dieu veut pour lui. La liberté humaine comporte la liberté de faire le mal. Et le devoir de l’assumer !

            Lorsque nous retrouvons Jésus dans l’Evangile de Marc en ce dimanche, nous le voyons faire œuvre de vie. Lui, le Fils unique de Dieu, venu dans le monde révéler le véritable visage de Dieu, ne ménage pas sa peine auprès des malades, des souffrants de toutes sortes. Et pour montrer que Dieu est toujours rangé du côté du plus faible, et pour dire aux hommes que Dieu n’a pas fait la mort, il affirme sa puissance sur ces forces de mort en rendant la vie à une enfant, à quelqu’un qui a la vie devant soi et qui doit encore la mener à son terme. Il annonce par ce geste, bien sûr, qu’il est plus fort que la mort, et qu’un jour, il ira battre la mort sur son propre terrain. L’heure n’est pas venue de le dire clairement ; mais il fallait, dès maintenant, dire aux hommes que Dieu continue de marcher aux côtés de son peuple, que Dieu n’abandonne pas ceux qui lui ont fait confiance. Lève-toi, lui dit-il ! Fais ce pourquoi tout homme est fait : vis ! 

            En lisant la presse, qu’elle soit locale ou internationale, on peut quelquefois douter et s’interroger sur le pourquoi de tant de haine, de tant d’actes barbares. Il nous faut tourner notre questionnement vers nous-mêmes. Que faisons-nous pour changer les choses ? Prier ? Ce n’est pas si mal, mais c’est loin d’être suffisant. A quoi cela sert-il de prier pour la paix là-bas, si je ne suis pas capable d’un acte fraternel ici, dans ma famille ou sur mon lieu de travail ? A quoi cela sert-il de prier pour que cesse la faim là-bas, si je ne suis pas capable d’un geste charitable avec celui qui n’a rien, ici dans nos rues, dans nos quartiers ? Dieu n’agira pas dans le monde sans notre aide. Dieu n’interviendra pas si je ne lui prête pas mes mains et mon cœur pour venir en aide à ceux en ont besoin. La toute puissance de Dieu est battue en brèche par la liberté de l’homme, car Dieu n’ira jamais contre sa création. Témoin du Dieu vivant, je le deviens lorsque je suis capable de le rendre présent au monde à travers ce que je fais, ce que je vis. Du chemin reste à faire pour que le monde puisse croire enfin que notre Dieu nous accompagne, qu’il est Dieu-pour-la-vie ! 
 
            Je te le dis : lève-toi ! Aujourd’hui, ces mots sont pour chacun de nous. Lève-toi et vis, fais ce pour quoi je t’ai créé ; donne au monde le témoignage de l’amour que j’ai pour lui à travers l’amour que tu sauras lui manifester. N’épargne pas ta peine ; donne ton amour à pleines mains car mon amour est infini, mon amour est pour la vie, pour toute vie. AMEN
 
(Dessin de M. Leiterer)

samedi 7 novembre 2015

32ème dimanche ordinaire B - 08 novembre 2015

Quand les pauvres nous évangélisent !



Il est gonflé, Elie, le prophète du Seigneur, quand, s’invitant chez une pauvre veuve, il insiste pour qu’elle lui fasse d’abord cuire une petite galette alors même qu’elle vient de lui signaler qu’il ne lui reste qu’un peu de farine et un peu d’huile pour elle et son fils. Après, ce sera la fin, comme dans tout le pays frappé par un temps de famine. 
 
Elle est obéissante et sans doute aussi un peu confiante, la veuve de Sarepta lorsqu’elle fait comme le prophète lui a dit. C’est vrai, Elie avait prophétisé que jarre de farine point ne s’épuisera et que vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. Mais avouez qu’il y a tant de faux prophètes ; à l’époque d’Elie, ils ne manquent pas. Pourquoi la parole de celui-ci serait-elle plus vraie ? Oui, il faut une bonne dose de confiance pour risquer le peu qu’il reste et croire que l’impossible est possible. Ce qu’Elie a annoncé se réalise, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. 
 
Elle doit être terriblement gênée, la pauvre veuve qui vient faire son offrande au Temple après que tant de riches aient donné de leur superflu. Elle n’a que deux piécettes, mais elle les offre. Nous ne savons pas ce qu’elle compte faire pour vivre encore, après ce don. Sans doute aurions-nous réagi, un peu gênés à notre tour, en disant : qu’elle les garde, ses deux petites pièces de monnaie. Tant pis pour son offrande ! Mais voilà, personne n’intervient pour lui dire de garder sa monnaie. Et certainement l’aurait-elle mal pris si on lui avait demandé de ne rien donner. C’est qu’elle a confiance en Dieu, cette veuve. Et Jésus ne s’y trompe pas quand il relève qu’avec ces deux pièces, elle a mis plus dans le trésor que tous les autres. Elle donne ce qui fait sa vie pour que d’autres puissent vivre, comme Jésus un jour donnera sa vie pour que nous puissions vivre. 
 
Avec ces deux veuves, pauvres toutes deux, nous comprenons que les pauvres nous évangélisent. Ils nous apprennent l’essentiel de la vie : la confiance, le partage, là où nous ne parlons que de crise, d’avenir à préserver, de placements à prévoir, au cas où ! Si nous attendons d’être riches pour être charitables, attentifs aux besoins des autres, nous risquons fort de ne jamais l’être ; nous ne nous considérerons jamais assez riches pour nous payer le luxe d’aider les autres. Il nous faudra toujours plus avant de nous décider de donner un peu de notre superflu. Aujourd’hui, des hommes et des femmes frappent à la porte de nos pays riches, chassés de chez eux par la guerre, la violence et la terreur. Et que voyons-nous ? Des murs qui se lèvent, des hommes et des femmes qui disent : trop, c’est trop ! Et ces pauvres exilés qui sont parqués dans des camps en attendant que nous sachions quoi en faire. Nous avons contribué à importer la guerre chez eux par des décisions politiques manquant de courage ; nous avons évité de nous mouiller de trop quand il était encore possible d’intervenir ; et aujourd’hui, nous faisons la sourde oreille et nous fermons les yeux. 
 
Certes, ce n’est pas nous qui prenons les grandes orientations politiques de notre pays ; nous pourrions nous dédouaner en disant que nous n’y pouvons pas grand-chose ! Mais est-ce si sûr ? N’avons-nous pas la possibilité d’influencer les politiques que nous élisons et qui nous représentent ? Les valeurs dont on nous rabat les oreilles depuis les attentats de Paris ne sont-elles qu’à usage interne ? Des valeurs françaises pour des gens bien français ? Et l’élémentaire charité chrétienne : ne s’applique-t-elle qu’aux chrétiens bien baptisés ? 
 
La veuve de Sarepta et la veuve de l’Evangile, qui ont donné ce qu’elles avaient pour survivre, doivent être bien tristes quand elles contemplent notre monde. Nous approchons de la fin de l’année, et déjà commencent à fleurir dans nos boites à lettre des demandes d’associations qui viennent en aide qui aux enfants, qui aux personnes âgées, qui a tels souffrants de telle catastrophe : les occasions ne manqueront pas de donner un peu de ce que nous avons pour contribuer à la vie de quelques-uns. Que ces deux veuves rencontrées aujourd’hui nous apprennent à ouvrir notre cœur et nos mains. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

mardi 17 février 2015

Mercredi des Cendres - 18 février 2015

Dieu veut faire alliance avec nous.




Dieu veut refaire une alliance avec nous. C’est, en substance ce que nous dit le prophète Joël dans la première lecture entendue. Malgré le péché de l’homme, malgré tant d’alliances jamais vraiment tenue par les hommes, Dieu invite à nouveau à se tourner vers lui ; Dieu se propose à nouveau de faire miséricorde et d’oublier que l’homme s’éloigne sans cesse de lui. Cette alliance nouvelle s’adresse à tous, grands et petits, jeunes et vieux. La bonté du Seigneur n’a pas de limite. 
 
Dieu a fait une alliance avec nous. C’est ce qu’affirme Paul dans la seconde lecture. Une alliance scellée dans le sang de Jésus, son Fils. Une alliance qui apporte à nouveau et définitivement le pardon de Dieu, si l’homme le veut. Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! Une alliance qui nous entraîne sur le chemin de la sainteté, le chemin à suivre lorsqu’on est en amitié avec Dieu, avec le Christ. 
 
Dieu fait alliance avec nous. C’est une donnée permanente de notre foi. Dieu attend toujours que nous répondions à sa proposition d’alliance. Et le Carême qui s’ouvre aujourd’hui se veut un temps favorable pour que nous puissions répondre. Il est le temps où nous cessons de dire : je le ferai demain ; aujourd’hui, je n’ai pas le temps. Le temps du Carême nous est ainsi offert par Dieu pour saisir la chance d’actualiser dans notre vie l’alliance nouvelle conclue dans le sang de son Fils. Aujourd’hui, nous pouvons décider de prendre ce temps de Carême pour vraiment entrer en démarche d’alliance, pour faire vraiment de la Parole de Dieu le centre de notre vie. 
 
Trois chemins nous sont proposés pour vivre cette alliance, pour signifier que nous nous mettons en route. Il y a d’abord le partage, signe d’une solidarité avec ceux qui ont moins de chance que nous. En donnant librement une part de notre avoir, nous voulons révéler que notre être chrétien ne saurait se satisfaire d’une situation où une majorité d’hommes n’a pas le minimum pour vivre. En acceptant de céder une partie de notre avoir, nous témoignons concrètement notre volonté de vivre la fraternité évangélique à la suite du Christ et des Apôtres. 
 
Il y a ensuite le chemin de la prière personnelle. Prendre du temps pour rencontrer Dieu chaque jour, comme on rencontre un ami, pour un cœur à cœur avec celui qui donne sens à notre vie. S’engager sur le chemin de la prière, c’est aussi vouloir écouter Dieu et laisser sa Parole résonner en nous. C’est aussi porter devant Dieu les soucis de notre monde, et plus particulièrement aujourd’hui, le souci de la paix. Trop de bruits de bottes se font entendre à cause de la bêtise et de l’entêtement des hommes. Nous ne saurions accepter de nous préparer à Pâques sans demander à Dieu la grâce de la paix retrouvée, une paix juste et durable, où le vainqueur n’écrase pas et n’humilie pas le vaincu. Il nous faut croire qu’une telle paix est possible. Il nous faut la demander, encore et toujours. 
 
Il y a enfin le chemin du jeûne. S’abstenir de nourriture pour creuser en nous la faim véritable et nous situer en vérité face à l’indispensable nourriture. S’abstenir de nourriture pour découvrir à frais nouveau que Dieu se fait notre nourriture, et que si nous mettons en lui notre confiance, rien ne saurait nous manquer. Jeûner, c’est aussi accepter de se priver pour un meilleur partage avec ceux qui n’ont rien. 
 
Dieu veut faire alliance avec nous : c’est son engagement permanent. Dieu veut faire alliance avec nous : et le Christ est venu la renouveler. Dieu veut faire alliance nous : l'Esprit Saint nous en donne la certitude. Dieu veut faire alliance avec nous : et maintenant ? Maintenant, il n’attend plus que notre réponse. Serons-nous chiche de lui répondre favorablement ? Nous avons tout un carême pour nous décider. Amen.

dimanche 11 novembre 2012

32ème dimanche ordinaire B - 11 novembre 2012

Quand les pauvres nous évangélisent !



Deux pauvres veuves ; deux époques différentes et pourtant une même histoire. L’histoire d’une femme pauvre qui partage ce qu’elle a de plus essentiel pour sa propre survie. Voilà posé le tableau de l’enseignement de ce dimanche. Nous pourrions l’intituler : Quand les pauvres nous évangélisent !

La première veuve est celle de Sarepta, au temps du prophète Elie. Il y avait alors, sur l’ordre de Dieu, une grande sècheresse dans le pays, à cause des nombreuses offenses faites à Dieu par les rois successifs. Qui dit sècheresse, dit famine si celle-ci dure de trop. Plus d’eau, donc plus de récolte, donc plus rien à manger. Le prophète est envoyé par Dieu à Sarepta, chez cette veuve. Mais elle n’a plus rien : juste de quoi faire un dernier pain et attendre la mort, avec son fils. Elle s’est résignée à cette éventualité. Va-t-elle partager le peu qui lui reste ? Elle choisit de faire confiance à la parole du prophète et la jarre de farine ne s’épuisa pas et le vase d’huile ne se vida pas. Est-ce le miracle du prophète ? Est-ce un miracle de Dieu ? C’est d’abord le miracle de cette femme qui choisit de faire confiance à Dieu à travers son prophète, alors que dans le pays, depuis longtemps, les hommes s’étaient détournés de lui. Elle a cru à l’impossible ; elle a cru qu’en donnant tout, elle recevrait tout. Et c’est ce qui fut. Dieu n’abandonne pas ceux qui lui font confiance ; la fidélité à sa Parole est récompensée.

La deuxième veuve ne fait pas de miracle ; elle se présente juste à la salle du trésor, comme tant d’autres, et va mettre son offrande dans le tronc. Ce n’est pas grand choses : deux piécettes, autant dire trois fois rien. Trois fois rien qui ont dû être remarqués par certains qui donnaient plus ; sans doute même, certains se moquèrent-ils en leur for intérieur : si c’est pour mettre si peu, elle aurait pu le garder. J’imagine la discrétion de cette femme, ainsi que sa gêne à passer après que des riches aient déposé de grosses sommes. Elle ne doit avoir qu’une hâte : rentrer chez elle. Mais voilà, son geste n’est pas passé inaperçu. Jésus était assis là, à regarder. Et il fait l’éloge de cette femme à ses disciples. Pour lui, ce ne sont pas les grosses offrandes des riches qui sont impressionnantes, mais bien les deux piécettes de cette femme, veuve et pauvre. Parce que cette femme, comme jadis la veuve de Sarepta, a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre, précise Jésus. Elle n’a pas fait de miracle, mais elle a posé un geste qui est d’abord geste d’amour, geste de partage, malgré son indigence. Ceux qui ont donné de grosses sommes, ont donné de leur surplus : cet argent ne leur manquera pas. Mais elle, elle n’avait que cela, et même cela elle l’a donné. D’où le constat de Jésus : elle a mis dans le tronc plus que tout le monde. Elle y a mis sa vie. Il n’est pas dit qu’elle a eu la même chance que la veuve de Sarepta ; mais il est certain qu’elle a gagné ainsi sa place dans le Royaume que Jésus annonce. N’a-t-elle pas, avant l’heure, imité Jésus qui donnera sa vie pour le salut du monde ?

J’aime beaucoup la gravure que Gustave Doré a faite de cette page d’Evangile parce qu’il nous montre déjà la femme dans la lumière de Jésus. Elle est comme prise dans une auréole qui répond à l’auréole du Christ. En donnant tout, elle est comme entré dans le cœur de Jésus, prise dans sa sainteté. Elle a la même attitude que lui. Elle pose un acte d’amour comme Jésus seul sait le faire : elle donne sans rien attendre en retour. Dans sa pauvreté, elle pense à plus pauvre qu’elle et donne encore. Ce qu’elle donne, ce n’est pas grand-chose, mais cela peut faire la différence pour celui qui n’a même pas deux piécettes à lui.

Sur la gravure de Gustave Doré, la lumière qui l’enveloppe éclaire aussi, à la marge, les riches, drapés dans leur contentement, et qui semblent prendre la pauvre femme de haut. Mais on comprend bien, à regarder l’œuvre, qui doit être imité, qui est digne d’éloge. Et si vous faites le rapprochement avec l’Evangile de dimanche dernier, alors vous comprendrez aussi pourquoi elle est digne d’éloge. Pas seulement parce qu’elle a partagé, mais parce que, à travers cet acte, elle montre qu’elle aime comme Dieu seul aime, comme Dieu nous demande d’aimer.

Ainsi, l’histoire de cette femme interroge notre propre histoire, notre propre pratique, notre propre amour. Si, comme Jésus nous le demandait dimanche dernier, nous savons accueillir l’amour de Dieu dans notre vie, alors notre vie en sera bouleversée, transformée de l’intérieur. Nous deviendrons toujours plus capables d’être et d’aimer comme Dieu. Cette femme n’avait rien, si ce n’est Dieu ! Dans ce don qu’elle fait de ce qui est nécessaire pour elle, elle donne plus que deux piécettes : elle donne tout l’amour dont elle est encore aimée de Dieu alors que les hommes l’avaient mise de côté. Sa pauvreté aurait pu la refermer sur elle-même : personne ne m’aide, pourquoi est-ce que j’aiderais les autres ? Mais elle a choisi d’aimer, encore et toujours, comme Dieu seul sait aimer. Nous aussi, nous pouvons faire ce choix, quelles que soient les difficultés et les épreuves de la vie. L’amour que nous donnons nous sera toujours rendu et notre vie en sera plus belle ! C’est pour cela que Jésus est venu chez nous ; c’est pour cela que nous le célébrons dimanche après dimanche : parce que nous voulons le remercier de tout ce qu’il fait pour nous. Et s’il est important de le remercier ici, il est aussi important de le remercier en poursuivant son œuvre d’amour, en aimant toujours plus et toujours mieux.

Pour y parvenir, n’hésitons pas à reprendre la prière qui ouvrait notre eucharistie : Dieu qui est bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. C’est ainsi, en accomplissant ce que Dieu veut, que nous parviendrons au Royaume où Dieu lui-même nous attend. Amen.

(Gravure de Gustave DORE, L'obole de la veuve)

dimanche 29 juillet 2012

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2012

Et si tout n'était qu'une question de partage ?




C’est une histoire simple, presque banale, qui nous est présentée aujourd’hui. De grandes foules suivent Jésus ; elles l’écoutent attentivement. Elles sont tellement prises par ce qu’il dit qu’elles en oublient l’essentiel : l’homme a besoin de manger. Et même si de fins esprits disent que ces foules « boivent les paroles du Christ », il n’en demeure pas moins vrai que cela ne nourrit pas physiquement un homme. Viendra le moment où la faim de vraie nourriture terrestre se fera sentir. Et les belles paroles ne suffisent plus alors pour rassasier le ventre qui crie.

C’est une histoire simple, presque banale, mais qui se répète au long de l’histoire de l’humanité. Prenez le brave prophète Elisée. Il y avait une famine dans le pays, nous dit sobrement l’auteur du second livre des Rois. Les hommes avaient faim et ne trouvaient rien. Et voilà qu’un anonyme vient porter au prophète vingt pains et un sac de grain frais. Pour cent personnes. Devant la question logique du serviteur - qu’est-ce cela pour tant de monde ? - le prophète dit simplement sa confiance en Dieu. Distribue pour qu’ils mangent, car le Seigneur a dit : On mangera et il en restera. 

C’est la même histoire qui se reproduit des siècles plus tard. Ce n’est plus le prophète Elisée, mais un certain Jésus, que chacun prend pour un grand prophète. Des foules nombreuses le suivent. Elles boivent ses paroles, mais personne ne semble avoir songé à la nourriture terrestre. Jésus voit cette foule, il sait qu’il ne peut la laisser ainsi. Comment faire pour que chacun ait un morceau de pain ?, interroge Philippe. Il a vu la grande foule, il connaît sans doute le prix du pain et constate rapidement que cela coûterait une fortune de nourrir tout ce monde. Comment d’ailleurs ont-ils pu ainsi s’éloigner de chez eux sans prendre le moindre casse-croûte ? Inimaginable. Heureusement, une maman a pensé à son gamin. Heureusement qu’elles sont là, les mamans. Elle aura glissé cinq pains et deux poissons à son jeune garçon. Remarquez, l’histoire ne le dit pas : mais rien n’empêche de le penser ! Il ne manque plus qu’une courte prière de Jésus et tous mangent à leur faim : il y a même des restes ! 

Avez-vous compris en quoi cette histoire est simple ? Qui a fait le plus pour ces gens ? Quel a été le geste déterminant dans cette histoire ? Comment ces foules ont-elles pu ainsi manger alors que la situation était catastrophique ? A quoi sont dus ces deux miracles ?

Dans les deux histoires, une présence est déterminante : celle d’un homme de Dieu. Elisée pour la première, homme envoyé par Dieu pour guider son peuple. Jésus, homme-Dieu venu entraîner le peuple sur un chemin de vie dans la deuxième. Mais cela est-il suffisant ? Suffit-il qu’il y ait un homme de Dieu pour que, sur-le-champ, les obstacles soient levés ? Autrement dit, suffit-il de crier vers Dieu dans un moment difficile pour que, comme par magie, les choses changent ? Vous savez bien que non. La parole d’Elisée, la prière de Jésus sont efficaces parce que, au départ, il y a un geste d’amour, un geste de partage ! 

Quelqu’un qui donne vingt pains et un sac de grain et voilà que le miracle peut avoir lieu. Une maman qui pense à glisser cinq pains et deux poissons à son rejeton, un jeune homme qui accepte de les donner, et voilà que le miracle a lieu. Le miracle, ce n’est pas la force de la prière dans ce cas précis : le miracle, c’est que quelqu’un, totalement anonyme, a accepté de donner le peu qu’il avait alors qu’il en aurait bien eu besoin pour lui tout seul. Quelqu’un a accepté de donner et tous ont pu recevoir. Là est sans doute le miracle !

Vingt pains et un sac de grain ; cinq pains et deux poissons. Seul l’amour pouvait les partager. L’amour de ceux qui les ont donnés, multiplié par l’amour de Dieu qui intervient dès lors qu’un seul lui laisse de la place, et tous sont rassasiés. Ce qui semblait impossible est devenu possible grâce à l’amour immense de Dieu, grâce à l’amour tout simple d’un anonyme qui accepte de ne pas garder pour lui ce qu’il avait. Seul l’amour partagé peut faire des miracles lorsqu’il est multiplié par l’immense amour de Dieu. Un seul petit geste humain de partage suffit pour que Dieu intervienne et en augmente le résultat.

Comme il avait raison celui qui a écrit : Dieu seul peut donner la foi, mais tu peux donner ton témoignage. Dieu seul peut infuser l’espérance, mais tu peux rendre confiance à ton frère. Dieu seul peut donner l’amour, mais tu peux apprendre à l’autre à aimer. Dieu seul peut donner la paix, mais tu peux semer l’union. Dieu seul peut donner la joie, mais tu peux sourire à tous. Dieu seul peut donner la force, mais tu peux soutenir un découragé. Dieu seul peut faire des miracles, mais tu peux être celui qui apporte les cinq pains et les deux poissons. Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible, mais tu pourras faire le possible. Dieu seul se suffit à lui-même, mais il a préféré compter sur toi.

Apprenons à nous mettre au service de tous et Dieu posera encore les signes nécessaires pour réaliser, à travers nous, un monde un plus beau, plus juste et plus humain. Il pourrait le faire sans nous, c’est vrai ; mais pourquoi ne pas l’y aider un peu ? AMEN.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Couleurs d'Evangile, éd. Siloé)