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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 3 février 2024

5ème dimanche ordinaire B - 04 février 2024

 Annoncer l'Evangile.




 

 

 

            Il est un fait que la crise du COVID que nous avons connue a engendré une anxiété grandissante chez de nombreuses personnes, et particulièrement chez les plus jeunes. De se voir enfermés, privés des relations si essentielles à l’adolescence, et de constater l’impuissance et les hésitations, pour ne pas dire les contradictions et les mensonges, de ceux qui nous ont gouvernés à ce moment-là, a fait naître un sentiment d’impuissance et d’insécurité, ainsi que des questions quant à leur avenir plus incertain encore qu’il ne l’était avant la crise. Et je n’oublie pas que certains adultes connaissent aujourd’hui encore des sentiments identiques, les ayant menés à s’enfermer volontairement, à se couper des autres, parce que cela pourrait reprendre. Tous les curés de paroisses peuvent témoigner de la fonte de leurs assemblées après la crise, et pas uniquement parce qu’ils ont enterré leurs paroissiens ! Quelque chose s’est cassé en l’humain qui le pousse à se replier sur lui-même. 

            Cet état de dépression n’est pas inconnu dans les livres bibliques. Nous en avons eu un bel exemple avec ce passage du livre de Job. A l’entendre, il n’y a plus aucun espoir, sa vie est foutue, l’angoisse et la tristesse seront désormais son lot quotidien : Depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance… je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube… ma vie n'est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. Plus déprimé que cela, tu meurs ! On fait quoi alors ? Job mettra Dieu en accusation ; assurément, Dieu est injuste avec lui pour le laisser souffrir autant. Le procès durera jusqu’à ce que Job comprenne qu’il ne savait rien de Dieu et des merveilles qu’il fait pour les hommes :  “Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ?” De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien. Mais la leçon que nous devons en retenir vient de Dieu lui-même et de la parole qu’il adresse aux amis de Job qui n’ont cessé de lui dire que Dieu avait sans doute ses raisons pour « punir » ainsi Job et qu’il était fou de s’entêter à se dire juste. Or, après avoir adressé ces discours à Job, le Seigneur dit à Élifaz de Témane : « Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi avec justesse comme l’a fait mon serviteur Job. 

            Le risque est réel de tordre la parole de Dieu face à la détresse, à l’injustice, à la misère que peut connaître une partie de l’humanité. Le risque est réel d’utiliser la parole de Dieu soit pour condamner (les amis de Job ne cessent de le couvrir de reproches, pensant ainsi défendre Dieu et sa justice) soit pour saupoudrer une spiritualité doloriste sur les plaies vives de notre humanité blessée. Face au Mal, face à la souffrance, nous disent les Ecritures, peut-être vaudrait-il mieux se taire que de prendre le risque de ne pas parler de Dieu avec justesse. Peut-être faut-il juste être là, à côté du frère ou de la sœur qui souffre ! Peut-être nous faut-il en revenir à l’attitude de Jésus dans l’évangile de ce dimanche. Face à ceux qui souffrent, il ne fuit pas ; il ne se lance pas dans de grands discours. Il se tient là et il guérit. Certes, nous ne sommes pas Jésus, les miracles ne sont pas notre fort. Mais nous partageons avec lui cette humanité qu’il a choisie de revêtir, lui qui est Dieu. Ne jouons pas à Jésus, mais soyons comme Jésus, présents à nos frères et sœurs en humanité qui souffrent, qui se désespèrent. Et agissons à la mesure de nos moyens. Un chrétien ne peut s’habituer à voir un seul humain souffrir sans en être affecté et chercher comment aider. Quelquefois, aider c’est juste orienter vers la bonne personne, le bon bureau, la bonne administration. Ce sera une proclamation de l’Evangile en acte. Comme le souligne Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : Annoncer l’Evangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi… c’est une mission qui m’est confiée. Ce que Paul dit de lui vaut pour nous tous, baptisés dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous devons prendre notre part dans l’annonce de l’Évangile. 

            Loin d’être un prêchi-prêcha insipide, l’annonce de l’Evangile est un moyen puissant pour relever l’homme blessé, défiguré, sans espoir. C’est un art de vivre, une présence au monde qui témoigne de l’œuvre de Dieu et de sa puissance libératrice. C’est, comme l’enseigne Jésus dans les béatitudes, savoir pleurer avec ceux qui pleurent, être doux, miséricordieux, avoir faim et soif de justice, être artisan de paix et savoir se battre pour la justice. Pour reprendre une image du Pape François, nous devons faire de l’Eglise un hôpital de campagne : dans un hôpital, on soigne d’abord, on prend soin. Et c’est lorsque le patient est guéri, qu’on peut lui expliquer ce qu’il doit faire pour ne pas retomber malade. Puisse ceci devenir notre ligne de conduite au service des hommes et des femmes qui ont tant besoin de retrouver le sens de Dieu pour retrouver le sens de leur humanité. Amen.

samedi 10 octobre 2020

28ème dimanche ordinaire A - 11 octobre 2020

 C'est quoi être missionnaire ?




(Pieter Brueghel l'Ancien, Le repas de noces, 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche)


       Nous venons d’entendre non pas une, mais deux paraboles de Jésus, que Matthieu a astucieusement tricotées ensemble : celle des invités au festin des noces et celle du vêtement de la fête. Et puisque l’Eglise nous propose aujourd’hui d’entrer dans la Semaine Missionnaire Mondiale, je voudrais les relire avec vous sous cet angle particulier. Elles nous apprennent à être missionnaires, à nous ouvrir aux autres et à Dieu, et nous ouvrent ainsi le chemin vers le festin éternel que le Père prépare pour nous. Pour ce faire, observons les personnages. 

            Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités. Voilà posé le décor général. Nous comprenons, avec les auditeurs de Jésus en son époque, que le roi, c’est Dieu lui-même. Il a préparé un repas de noces pour l’humanité. C’est une image ancienne déjà, souvent utilisée par les prophètes, pour dire l’essentiel du projet d’amour de Dieu pour tous les hommes : l’humanité est faite pour vivre avec Dieu, en Dieu ; et cette vie avec Dieu n’est ni triste, ni monotone : c’est une vie de joie, une vie d’amour. Pour le chrétien que je suis, Dieu s’unit à l’humanité en Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Comme membre de l’humanité, je fais partie des invités à la noce, parce que personne n’est exclu de la fête. Comme chrétien, je suis de ces serviteurs que Dieu envoie porter à tous les hommes la Bonne Nouvelle du Salut. J'ai bien dit : comme chrétien et non comme prêtre. Car oui, frères et sœurs en Christ, nous sommes à la fois les invités, parce que c’est toute l’humanité que Dieu veut sauver, et les serviteurs, parce que, déjà membres de l’Eglise, nous avons à témoigner de l’amour de Dieu, à répandre cet amour afin que le monde puisse croire. Et nous sommes serviteurs, non parce qu’un matin, au réveil, nous nous serions dit : tiens, ce serait bien que je parle de Jésus autour de moi ; non, nous sommes serviteurs parce qu’envoyés par Dieu. Nous sommes constitués serviteurs par appel de Dieu ; et cet appel a retenti dans la vie de chacun au jour même de notre baptême. Nous ne naissons pas à la foi pour nous blottir auprès de Dieu ; nous naissons à la foi pour partager les dons que Dieu nous fait. Un chrétien qui ne voudrait pas être serviteur, n’aurait pas vraiment intégré le sens même de son baptême. Les missionnaires ne sont pas uniquement des prêtres, des religieux et des religieuses avec une vocation particulière consistant à porter le Christ au loin ; est missionnaire chaque personne qui s’unit à Jésus par le baptême. Et notre mission commune n’est pas de convaincre les gens, mais de leur transmettre une invitation à la fête avec Dieu. 

            Revenons à nos paraboles. Dans la première, il est dit : Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : « Voilà, j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce. » Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Nous constatons là la persévérance de ce roi, la persévérance de Dieu à appeler l’humanité au salut. Nous constatons aussi qu’il n’est pas avare : il a préparé un festin somptueux, à l’image de celui annoncé par le prophète Isaïe dans la première lecture de ce dimanche. Dieu n’est pas avare en amour ; il ne donne pas un petit peu, il ne donne pas un bout ; il donne tout son amour. Le roi n’a pas fait tuer quelques bœufs et quelques bêtes grasses ; il dit bien : mes bœufs et mes bêtes grasses. Tout a été livré ! Chrétiens, nous sommes encore plus conscients que Dieu a tout livré, puisque nous proclamons, en Jésus, un Messie livré, crucifié par amour des hommes. Oui, Dieu a tout livré pour nous sauver, pour nous inviter à la fête. Et nous refuserions ? Nous refuserions de nous laisser ainsi aimer, totalement, parce que nous aurions mieux à faire ? Peut-on répondre à Dieu qui nous invite : désolé, je ne peux pas, j’ai piscine ? Cette parabole des invités à la noce est aussi une parabole qui nous invite à nous laisser aimer par Dieu, vraiment, et à entrer dans ce mouvement d’amour. Dieu ne se lasse pas d’inviter. La preuve : quand les premiers invités ont refusé, le roi dit à ses serviteurs : « Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Vous aurez noté au passage, la petite incise : les mauvais comme les bons. L’amour de Dieu est sans limite ; tout le monde est vraiment invité à se laisser aimer de Dieu, à se laisser transformer par son amour, à se laisser bonifier par son amour. 

            Tout va bien donc ? Eh bien pas tout à fait. C’est là qu’intervient la deuxième parabole. Elle commence ainsi : Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. La logique humaine voudrait qu’il n’y ait là rien de surprenant. Vous invitez du monde à la dernière minute, les ramassant dans le quartier de manière pressante puisque tout est prêt et que personne n'aime que son rôti soit trop cuit. Vous ne pouvez pas vraiment vous étonner qu’un quidam entre sans vêtement de noce. Ce qui est surprenant, à vue humaine, c’est plutôt qu’il n’y en ait qu’un qui soit vêtu à l’ordinaire. Et pourtant, si tous les autres, invités dans les mêmes conditions, ont eu le temps de se préparer, étonnons-nous, avec le roi, qu’il y en ait un qui n’ait pas pris ce temps. On n’entre pas dans le mouvement de l’amour de Dieu parce qu’on a vu de la lumière ; on entre dans le mouvement de l’amour de Dieu parce qu’on a été saisi par lui et qu’on se laisse transformer par lui. C’est cela, le vêtement de la fête : l’amour de Dieu qui nous prend et nous transforme, nous rendant identiques au Christ. Paul le dira dans une de ses lettres : Vous avez revêtu le Christ. Voilà notre vêtement de fête ! Ce qui doit nous surprendre dans ces deux paraboles, ce n’est pas que le roi fasse tuer les meurtriers, ni qu’il fasse jeter dehors, pieds et poings liés, celui qui ne porte pas le vêtement de noce. Non, ce qui doit nous surprendre, c’est que l’homme puisse refuser le mouvement d’amour initié par Dieu ; ce qui doit nous surprendre, c’est que des gens pensent encore que nous irons tous au paradis. Sans le vêtement de l’amour, vous aurez beau voir de la lumière ; c’est à peu près tout ce que vous verrez du paradis. Ce qui doit nous surprendre le plus, c’est que Dieu ait choisi, par amour, de nous laisser aller, de nous laisser la possibilité de refuser son amour. Là nous voyons vraiment à quel point il nous aime. Il nous aime au point de se laisser entendre dire : je ne veux pas de ton amour. Chrétiens, nous devons comprendre aussi qu’il ne suffit pas d’avoir revêtu le Christ pour être automatiquement admis dans la salle des noces. Entrer dans le mouvement de l’amour de Dieu n’est pas un moment unique à l’image de notre baptême ; c’est un mouvement quotidien, un mouvement dans lequel il nous entrer chaque jour. C’est pour cela que nous sommes à la fois serviteurs et invités. Nous ne devons jamais l’oublier. 

            Transmettre l’invitation : voilà notre mission de serviteur ; nous laisser aimer, entrer dans le mouvement de l’amour Dieu, porter chaque jour le vêtement de noces : voilà notre mission d’invité. Il nous faut tenir les deux, ensemble, sans cesse. Si nous ne nous sentons pas aimés de Dieu, nous ne pourrons pas transmettre l’invitation ; si nous ne transmettons pas l’invitation, nous ne sommes plus dans le mouvement de l’amour de Dieu. Le salut, c’est ensemble, ou il n’est pas ; de même que l’amour, c’est pour tous, ou il n’est pas. Je ne peux garder ni l’invitation, ni l’amour de Dieu pour moi tout seul. Amen. 


samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2018

Avec Amos, avec le Christ et ses disciples, annonçons le règne de Dieu !






Amos et Jésus, même combat : c’est ce qui ressort d’une lecture rapide des textes liturgiques de ce dimanche. Ce combat, c’est celui de la Parole de Dieu à annoncer toujours, à temps et à contre-temps. Une annonce qui ne souffre ni retard, ni obstacle. Dieu envoie, l’homme annonce. Ecoutons à nouveau ces textes et comprenons. 

Va-t-en d’ici ; fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Pauvre Amos ! Les temps sont durs pour les prophètes. Imaginez-vous qu’il est tiraillé entre ce que Dieu lui demande de prophétiser et ce que les gens ont envie d’entendre. Il ne faut pas être soi-même grand prophète pour comprendre qu’Amos ne plaît guère, pas davantage que son message. C’est un empêcheur de tourner en rond ! Avec lui, plus de passe-droit ; avec lui, finie l’injustice sociale ; avec lui, voilà qu’il faudrait respecter les pauvres, et les riches devraient éviter le luxe tapageur. Alors que le peuple de Samarie connaît une période faste, voilà que le prophète annonce des malheurs immenses : le peuple sera ruiné, il sera déporté. Même si le peuple se repentait, le Seigneur Dieu ne pourrait plus retenir le bras prêt à frapper. Il ne restera pas pierre sur pierre dans le royaume. Vous comprenez dès lors l’intervention du prêtre Amazias : laisse-nous tranquille ! Va-t-en jouer au prophète de malheur ailleurs ! Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser. 

C’était sans compter sur qui avait envoyé Amos. Dans une courte réponse au prêtre, le prophète dit avec force qu’il ne peut se taire. Lui le gardien de troupeau et le tailleur de sycomores, lui qui n’appartient pas à une caste de prophète, lui l’homme de la terre, a été saisi par Dieu et sommé par lui d’aller prophétiser. Il ne prophétise pas pour gagner sa vie ; il ne prophétise pas par plaisir ; il ne prophétise pas pour se faire un nom ; il prophétise parce que Dieu l’a envoyé ! Alors, que cela plaise ou non, il dira ce qu’il a à dire ; après il partira. Il reprendra sa petite vie de berger. Mais pour l’heure, place au Seigneur Dieu et à sa Parole ! 

Quelques siècles plus tard, Jésus lui-aussi viendra annoncer la Parole du Seigneur Dieu. Il ne se contentera pas de remplir sa mission en solitaire. Il va associer ses disciples à sa mission. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Le contexte est certes différent de celui d’Amos, mais Dieu parle encore et toujours à son peuple. Par Jésus donc, qui vagabonde sur les routes de Palestine ; ce Jésus, que les siens croyaient connaître et ne veulent pas entendre ; ce Jésus, qui vient d’essuyer un échec dans son village, et qui transfère ses compétences à ses disciples. Il les envoie en mission, deux par deux. Il les envoie faire à leur tour ce pourquoi il est venu : annoncer la Bonne Nouvelle et la concrétiser en manifestant leur pouvoir sur les forces de mort, sur les esprits mauvais. Les disciples sont appelés à poursuivre l’œuvre du maître ; ils sont appelés à marcher sur ses traces, avec des consignes très claires. 

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, si ce n’est un bâton. Ils partent, totalement désarmés, dépourvus de tout : ni vêtement de rechange, ni monnaie, ni même un en-cas pour la route. Juste un bâton. Ils ne feront pas découvrir aux autres la route du bonheur s’ils s’encombrent de choses inutiles. La route du bonheur se découvre lorsque l’on n’a plus rien que la seule force d’aimer ; lorsque les seuls arguments sont une vie heureuse, respirant le bonheur et la joie de vivre, libérée de toute peur, de tout attachement excessif. Le bâton est plus utile qu’un vêtement de rechange : il permet de s’appuyer sur lui lorsque la route est trop dure. Il est le symbole de celui qui se met en marche et accepte de se dépayser pour entrer dans le monde de Dieu que se proposent de faire découvrir les Apôtres. Ils se mettent en route avec un bâton, des sandales aux pieds, et un compagnon de voyage. A deux, on se réconforte, on s’encourage, on essaie de vivre ce que l’on prêche ! 

A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes appelés à témoigner à notre tour de tout ce que Dieu réalise pour nous. A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes envoyés proclamer au monde la Bonne Nouvelle. Par notre baptême, nous sommes faits fils de Dieu ; par notre baptême, nous sommes chargés de dire par toute notre vie cette Bonne Nouvelle qui nous a tourné vers le Christ. Nous devenons les porte-parole de Dieu parce qu’il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus le Christ. Les ministres ordonnés le sont d’une manière particulière, certes ; mais tous, nous avons mission de les aider et de dire à ceux que nous rencontrons que Dieu les aime, qu’il les veut libres et heureux et qu’il est LE chemin de salut et de libération. Par notre baptême, nous participons tous à la mission prophétique du Christ. Chaque baptisé est envoyé lutter contre les forces du mal ; chaque baptisé est appelé à faire de sa vie un chemin de sainteté quotidien. C’est en devenant saints dans l’ordinaire de notre vie que nous gagnerons nos frères et sœurs à la foi au Christ ; c’est en devenant toujours plus saints comme Dieu est saint que nous construirons le Royaume de Dieu, dès ici-bas. 

Dans sa très belle exhortation Gaudete et exsultate, publiée au mois de mars dernier, le pape François nous invite à rester fidèles à notre baptême, premier jour de notre engagement à la sainteté. En renonçant au Mal, en proclamant notre foi, nous avons fait le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix des frères. Plongés dans la mort de Jésus, saisis par son Esprit, nous marchons à sa suite et faisons nôtre l’Evangile du Salut. A la suite d’Amos, à la suite de Jésus et de ses disciples, devenons ces annonceurs d’un monde plus grand et plus humain, parce que plus saint. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

samedi 3 février 2018

05ème dimanche ordinaire B - 04 février 2018

Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile !







Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Nous connaissons ce cri de Paul que la deuxième lecture nous a donné à réentendre. Il a un côté compassionnel (ah le pauvre Paul qui ne peut faire autrement que d’annoncer l’Evangile) et un côté admiratif (Ah, c’est bien ; quel courage ce Paul quand même ; les risques qu’il prend pour annoncer l’Evangile ne sont rien pour lui à côté du risque qu’il prendrait s’il n’annonçait pas l’Evangile). Et nous ne savons plus trop s’il faut le plaindre ou le féliciter. Quelle que soit l’option que vous retiendrez, il n’en est pas moins vrai que ce cri de Paul vous concerne tous. Ce cri de Paul doit être le cri de chaque disciple du Christ, quel que soit son état et sa place dans l’Eglise. 
 
J’en entends déjà qui diront que Paul a la qualité d’Apôtre, donc son cri concerne d’abord, voire uniquement, ceux qui, aujourd’hui, ont qualité d’Apôtre. Autrement dit, je ne suis qu’un chrétien de base, cette affaire ne me concerne donc pas. Pilate que nous sommes ! Très vite enclin à nous laver les mains pour pouvoir passer à autre chose. Portant, ce cri de Paul doit devenir le cri de chaque disciple de Jésus, qu’il soit prêtre ou laïc. Car tous, nous avons été établis par notre commun baptême prêtre, prophète et roi. Tous, nous sommes appelés à célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous (prêtre), à proclamer sa Parole à temps et à contre-temps (prophète) et à gouverner notre vie selon les enseignements du Christ (roi). Configurés au Christ par notre baptême, nous partageons désormais sa mission, y compris celle d’annoncer l’Evangile.
 
Parmi ceux qui objectaient déjà, il y en aura encore pour dire qu’ils ne sont pas doués pour la parole. L’annonce de l’Evangile, ce n’est définitivement pas leur truc ! Laissons-donc cela aux spécialistes (évêques, prêtres, diacres, catéchistes). Ils seront bien plus efficaces au travail. Je peux entendre l’objection, mais Paul lui-même y répond lorsqu’il dit : Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous. Il nous rappelle ainsi qu’avant d’être des mots, l’Evangile doit devenir pour le croyant un art de vivre qui lui permet d’être au service de tous. L’annonce de l’Evangile passe aussi par des actes, par la charité, par l’attention à l’autre qui doit toujours être pour moi un autre Christ qui vient me visiter. Souvenez-vous de l’avertissement de Jésus dans l’Evangile de Matthieu : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). L’annonce de l’Evangile ne se réduit donc pas à la prédication et à la catéchèse. L’annonce de l’Evangile passe aussi par notre souci constant de vivre et d’agir comme le Christ pour les hommes et les femmes qu’il met sur notre route. En témoignant de la bonté et de l’attention aux autres au nom de notre appartenance au Christ, nous faisons autant pour annoncer le Christ qu’un prédicateur qui prêcherait sur la charité. Et nous voyons que les occasions ne manquent pas alors, au long d’une journée, pour annoncer l’Evangile à ceux dont nous croisons la route. Nous ne faisons alors que ce que le Christ lui-même fait dans l’évangile : observez tous les malades que Jésus guérit lorsqu’il passe chez la belle-mère de Pierre. Après avoir guéri celle-ci, le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un al ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à sa porte. Entendez encore ce que Jésus lui-même dit, le lendemain quand tout le monde le cherche : Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Evangile. Il y avait l’annonce par l’enseignement à la synagogue (évangile de dimanche dernier) et l’annonce par l’attention qu’il prêtait à ceux qu’on lui amenait. 
 
Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! Que ce cri de Paul devienne notre cri quotidien. Qu’il nous ouvre à cet art de vivre conforme à l’Evangile. Et nous témoignerons devant les hommes, par la parole et par les actes, que le salut est arrivé, que le Royaume est proche. Amen.


(Gustave DORE, La Bible, Paul dans la synagogue de Thessalonique)

samedi 15 octobre 2016

29ème dimanche ordinaire C - 16 octobre 2016

Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps !




Dans un monde en perte de sens et de repères, dans lequel même l’action politique semble vaine tant le discours est bas, il est des gestes qui redonnent un peu d’espoir et de hauteur de vue. Tel a été le cas, le 08 octobre dernier, dans notre diocèse. Ce jour-là, en la cathédrale, l’Enseignement catholique a reçu des mains de Mgr Grallet, un nouveau projet diocésain. Non pas un truc en plus, avec des choses à faire, mais d’abord un texte qui rappelle le sens profond de notre agir et les moyens que nous voulons mettre en œuvre pour réaliser la mission que l’Eglise confie à son école : annoncer le Christ à tous les hommes. 
 
Dans ce texte, qui est ainsi devenu fondamental pour tous nos établissements scolaires catholiques en Alsace, trois axes sont déployés. Ils annoncent l’œuvre immense à accomplir pour réenchanter l’école (premier axe), pour accompagner la personne (deuxième axe), pour s’ouvrir au monde (troisième axe). Ils sont l’ADN de l’Enseignement catholique parce qu’ils reprennent l’ADN de l’Evangile. Peut-on annoncer le Christ sans redonner du sens ? Peut-on annoncer le Christ sans mettre la personne humaine au cœur de notre agir ? Peut-on annoncer le Christ sans être ouvert à tous ? Non, non, et non. Notre horizon, c’est le Christ ; ce avec quoi nous travaillons, c’est l’humanité dans laquelle le Christ s’est incarné ; ce pour quoi nous travaillons, c’est faire connaître le Christ dans le respect de tous. Et comment faire connaître le Christ et son œuvre de salut sans d’abord former des garçons et des filles à appréhender intellectuellement le monde dans lequel ils vivent, avec le regard de notre foi ? La foi chrétienne n’est pas imposée dans nos écoles, elle est proposée comme un chemin de compréhension, éclairant notre raison. Il arrive que la raison, éclairée par la foi, laisse un peu de place à un cheminement spirituel et à un désir de marcher avec Dieu. J’en veux pour preuve qu’au lendemain de cette proclamation du projet diocésain, j’ai ainsi eu la joie de baptiser trois adolescents dans un de nos établissements scolaires, comme pour marquer que l’œuvre que nous accomplissons, si elle semble souvent obscure et cachée, aboutit quand même à des conversions et à un désir sincère de marcher avec le Christ. 
 
Je comprends d’autant mieux alors l’insistance de Paul à annoncer le Christ, à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contretemps. C’est un devoir inlassable pour chaque croyant, pour l’école catholique en particulier. Cette Parole donne du sens à une existence, nous le savons. Paul insiste et précise que cette Parole est utile pour enseigner, dénoncer le Mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien. Ce n’est donc pas une parole à réserver au dimanche matin, lorsque les croyants se rencontrent. C’est une parole à adresser à tous, croyants ou non, pour qu’elle puisse faire son chemin dans le cœur des hommes. Ne nous étonnons pas devant la baisse de la foi si la Parole n’est plus annoncée à tous, si elle ne mène plus nos existences ! Comment un homme pourrait-il se convertir si la Parole ne lui était jamais adressée, annoncée dans toute sa grandeur et toute son exigence ? Comment le croyant pourrait-il rester un homme de bien si la Parole de Dieu n’éclairait pas son quotidien, ne nourrissait pas ses actes et ses propres paroles ? Nous n’avons, et nous n’aurons que cette seule Parole pour convaincre les hommes, les inviter à changer de vie et à suivre le Christ ; nous n’avons, et nous n’aurons que cette seule Parole et ce qu’elle produit dans notre propre vie pour attirer les hommes au Christ. Proclamer la Parole revient à la dire et à la vivre. Parce que cette Parole ne peut rester de simples mots ; elle est Parole vivante, Parole qui engage, Parole qui transforme. 
 
Nous pouvons être surpris par le fait que Paul ne précise pas que cette Parole, qui vient de Dieu, conduit à Dieu ! Fallait-il le préciser ? Depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus Christ, nous savons que l’homme est chemin vers Dieu et que notre manière d’agir avec les hommes reflète notre manière d’agir avec Dieu. Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ; cette parole de Jésus doit plus que jamais nous habiter et nous pousser à mettre l’homme au cœur de nos préoccupations, car seulement ainsi Dieu sera lui-même au cœur de nos préoccupations. Je me demande même si, en nous tournant vers les hommes pour leur parler de Dieu, nous ne nous tournons pas en même temps vers Dieu pour lui parler des hommes dont nous avons le souci. L’œuvre d’évangélisation devient ainsi œuvre de prière, seule manière pour l’homme de s’ouvrir à Dieu, moyen par excellence pour Dieu d’ouvrir le cœur des hommes à sa Parole. Nous rejoignons ainsi la pensée de Paul qui dit bien que c’est la Parole de Dieu et non notre parole qui a le pouvoir de transmettre la sagesse. En mettant Dieu en présence des hommes par sa Parole, nous mettons bien les hommes en présence de Dieu ; nous aurons ainsi fait notre part du travail. Le reste relève de ce qui se jouera, ou pas, entre Dieu et ceux à qui nous avons parlé de lui. Le résultat ne dépend pas de nous ! 
 
Ne nous lassons pas de nous mettre personnellement à l’écoute de la Parole de Dieu. Ne nous lassons pas de proposer cette Parole à nos contemporains en manque de repères. Nous ne la gâchons pas à la proposer largement ; c’est même le seul moyen de la faire vivre vraiment. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 9 avril 2016

03ème dimanche de Pâques C - 10 avril 2016

Pâques : quand l'homme est transformé !




Il y a quelque chose de curieux dans le comportement du grand prêtre et de son conseil : ils sont persuadés d’avoir mis un terme à l’histoire de Jésus en le clouant sur la croix, et pourtant, ils commencent à avoir peur pour eux : vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? N’est-ce pas là une affirmation maladroite du fait que cette histoire, et l’annonce répétée par ses disciples de la résurrection de Jésus, puissent être vraie ? Sinon pourquoi avoir peur que son sang retombe sur eux ? Après tout, c’est ce que tout le peuple réclamait à Pilate lorsque celui-ci voulait relâcher Jésus : que son sang soit sur nous et sur nos enfants, criait la foule pendant le procès. C’est facile à dire quand on ne s’attend à rien d’autre qu’à la mort d’un homme : que risque-t-on de lui quand tout est fini ? Mais si on commence à prendre la résurrection de Jésus au sérieux (ne serait-ce qu’un peu !), si tout ce que disent les Apôtres est vrai, ne va-t-il pas vouloir se venger sur nous ? Ceux qui ont condamné Jésus ne risquent-ils pas d’obtenir finalement ce qu’ils réclamaient alors pour calmer les scrupules du gouverneur ? Il leur faut étouffer toute cette malheureuse affaire, interdire aux Apôtres de prêcher le nom de Jésus, quitte à utiliser la force et le fouet pour bien imprimer le tout dans l’esprit de ces hommes qui dérangent. 
 
Il y a quelque chose de surprenant dans le comportement de Pierre : hier, il reniait Jésus, proclamant par trois fois ne pas le connaître, par peur de ce qui pourrait lui arriver, et le voici qui proclame par trois fois (certes un peu contraint par question répétée de Jésus : m’aimes-tu ?) le voici qui proclame donc son amour pour Jésus ; et quelques temps plus tard, s’en va même annoncer la résurrection et tenir tête à ce grand conseil qu’il craignait hier encore. Même le fouet ne pourra le faire taire ! Avec assurance, il rappelle les faits qui ont conduit à la mort de Jésus, et la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus. Avec délicatesse, il invite son peuple à la conversion, l’invitant à reconnaître la nouveauté de l’événement de Pâques. Il prend le contre-pied de ses adversaires : alors que ceux-ci le condamne pour ses paroles, lui ne les condamne pas pour leurs actes. Il ne leur verse pas le sang de Jésus à la figure ; il leur renvoie son amour pour tous les hommes, eux y compris. Nulle trace de vengeance, nulle trace de haine : juste le désir que les hommes se convertissent à Dieu et reconnaissent en Jésus leur Sauveur. Aucune contrainte, aucun fouet pour imprimer la foi en eux ! 
 
Il y a quelque chose de neuf dans le monde après l’événement de Pâques, quelque chose qui ne se contrôle pas : les hommes changent, les hommes sont transformés : il y ceux qui s’enferment dans leur refus de croire, comme on enferme un cadavre dans son tombeau ; ils se replient sur eux, sur leur certitude, refusant à Dieu d’être vraiment Dieu. C’est finalement l’attitude des membres de ce grand conseil : ils avaient refusé de croire Jésus de son vivant ; ils ne vont pas croire en lui maintenant qu’ils l’ont fait mettre à mort. Toute cette affaire devait cesser avec la mort de Jésus ; elle cessera, dussent-ils accumuler les injustices envers les Apôtres ! Il y a aussi ceux qui s’ouvrent à la nouveauté d’un Dieu plus fort que la mort, ceux qui se convertissent à l’amour et au pardon : ils s’ouvrent à une vie nouvelle, faite de joie et de liberté. Les Actes des Apôtres sont remplis de ces témoignages d’hommes et de femmes qui, par milliers, rejoignent le nombre des disciples à la prédication des Apôtres, réalisent une nouvelle manière de vivre, partageant ce qu’ils ont, se soutenant les uns les autres. Oui, avec Pâques et l’irruption dans notre vie de celui que la mort n’a pu vaincre, les hommes changent. 
 
Ce qui était vrai hier, l’est encore aujourd’hui. Nous célébrons Pâques année après année ; si nous sommes juste dans le souvenir de cet événement, comme on serait dans le souvenir de la fin de la grande guerre, rien ne changera vraiment. Pâques cette année sera comme Pâques de l’an dernier et probablement comme Pâques de l’an prochain. Mais si nous faisions le choix de prendre Pâques au sérieux, de croire vraiment que Jésus est sorti de son tombeau, alors il nous sortirait de nos propres tombeaux, alors nous pourrions aider à rendre ce monde meilleur. Si nous laissons Jésus être le Ressuscité, y compris dans notre vie, nous le reconnaîtrions lorsqu’il croise notre vie ; nous deviendrions capables, avec la force de son Esprit, de changer de vie et de changer le monde. 
 
Cette semaine encore, au nom d’une certaine idée de la laïcité, des hommes et des femmes, pourtant évolués et capables de réflexion, ont réaffirmé que toute cette histoire de Jésus, finalement, ça devait se terminer, en particulier dans nos écoles, en demandant la suppression de l’heure d’enseignement religieux. Qu’on ne nous parle plus de Jésus et qu’on n’en parle plus à nos enfants dans le cadre de l’école ! Ils ne l’ont pas dit ainsi, mais c’est bien à cela que doit conduire leur revendication. Autrefois, le grand conseil avait fait donner le fouet ; aujourd’hui on donne des conférences de presse remplies d’ambiguïté. Mais le résultat escompté est le même : que cesse l’histoire de Jésus ; que le monde soit enfin débarrassé de lui, une fois pour toutes. La seule chose juste qu’ils ont réussi à pointer, c’est la baisse du nombre d’élèves fréquentant l’enseignement religieux. Et cela nous renvoie, nous chrétiens, à notre responsabilité, à notre foi pascale. Si Jésus ressuscité est important pour nous, si nous sommes convaincus que cet événement de Pâques a bouleversé le monde et le bouleverse encore, si nous croyons que Pâques change les hommes en mieux, pourquoi refuser cette chance à nos enfants ? Pourquoi les dispenser de connaître celui en qui nous espérons ? Pourquoi ne pas vouloir le meilleur pour eux aussi ? Qu’avons-nous à craindre d’une meilleure compréhension de la religion par nos enfants ? Qu’avons-nous à craindre d’un meilleur vivre ensemble, résultat certain d’une meilleure connaissance de l’autre et d’une meilleure connaissance de soi enseignée dans ces cours de religion supposés si dangereux pour la liberté de conscience, l’égalité et la neutralité selon ses opposants ? Dans un monde de plus en plus bouleversé et en manque de repères, pourquoi vouloir encore supprimer celui-là qui peut structurer une vie, lui donner sens, ouvrir une espérance et permettre de grandir en humanité ? Pourquoi vouloir éradiquer toute la puissance de Pâques de la vie des hommes ? J’ai bien une idée de réponse, mais elle n’est pas à la gloire de l’homme ! En ressuscitant, Jésus nous a rendu notre liberté face aux puissances du Mal qui envahissent notre vie ; vouloir empêcher de le faire connaître, c’est empêcher l’homme de vivre vraiment libre ; c’est empêcher l’homme de transformer le monde par la puissance libératrice de l’Evangile. 
 
Si l’événement de Pâques introduit une nouveauté dans la vie des hommes, nous devons saisir cette nouveauté et nous laisser transformer par elle. Ne retournons pas à nos vieux démons révolutionnaires qui, en leur temps ont profondément divisés notre pays. Ne nous enfermons pas dans le tombeau de nos ignorances crasses. Avec le Christ, ressuscitons à une vie de foi renouvelée ; avec le Christ, accueillons la liberté qu’offre cette nouvelle vie débarrassée du Péché, du Mal et de la Mort.  Avec Pierre, osons affirmer Dieu et le Christ, toujours vivant, toujours agissant pour le bien de tous, pour la liberté de tous, pour la vie de tous. Amen.

samedi 30 mai 2015

Sainte Trinité B - 31 mai 2015

La Trinité : Obstacle ou fondement de la foi ?




Régulièrement, il est demandé à l’Eglise de revoir son vocabulaire. Certaines expressions seraient un obstacle à la foi, si ce n’est carrément responsable de la désaffection de nombreux croyants. Il faudrait donc simplifier les mots, éviter les expressions difficiles à comprendre. La Trinité fait partie de ces concepts que certains jugent trop compliqués à saisir. Comment faire admettre à un esprit cartésien, nourri de mathématique, qu’en religion : 1 + 1 + 1 = toujours 1 ? Le Père, le Fils et le Saint Esprit, trois personnes différentes mais qui ne sont qu’un seul Dieu ! La Trinité, obstacle ou fondement de la foi chrétienne : tout l’enjeu de la fête est là. 
 
Que peut bien signifier un Dieu unique en trois personnes ? Et surtout comment être un quand on est trois ? Il y a de quoi y perdre ses mathématiques, après avoir déjà perdu son latin ! Pourtant, cette réalité est tout à fait essentielle à la foi chrétienne. Croire en la Trinité, c’est croire que le Dieu unique auquel nous accordons confiance n’est pas un Dieu solitaire, mais un Dieu de relation, un Dieu d’alliance. Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont unis entre eux par un lien d’amour irrévocable. Le Dieu Trinité est fondamentalement Dieu d’amour puisque c’est la réalité qu’il vit en lui-même. Le Père aime le Fils qui aime le Père dans l'Esprit Saint. Et c’est parce que Dieu vit en lui un tel amour qu’il peut nous le transmettre et nous en faire vivre. Ce n’est pas un amour narcissique, refermé sur lui-même, mais un amour partagé, ouvert aux autres que Dieu vit et qu’il nous invite à vivre. Dieu ne pourrait réellement nous aimer s’il était tout seul, solitaire.
 
De là découle alors pour nous l’importance de l’Eglise, famille des croyants. Voilà le lieu où circule l’amour du Père ; voilà le lieu de notre unité profonde, au-delà de nos différences d’âge, de sexe, de culture… L’Eglise, dans la diversité de ses membres, se comprend comme un corps unique dont le Christ est la tête. Puisque Dieu est un en trois, nous pouvons n’être qu’un corps en des milliards de membres. L’amour qui unit les Trois de la Trinité, unit la totalité des hommes qui croient au Christ. Nous ne faisons plus qu’un en Jésus. Nous sommes fils de Dieu par Jésus, et dans l’Esprit nous pouvons crier vers Dieu : Abba ! Père ! Supprimez la Trinité, et il n’y a plus de filiation pour nous ! Supprimez la Trinité et il n’y aura plus personne pour crier en nous vers Dieu le Père. Supprimez la Trinité, et vous n’aurez plus qu’un vieillard solitaire qui n’a besoin que d’individus en relation privée avec lui, mais qui n’a pas besoin d’un peuple à qui manifester son amour.
 
Nous pouvons encore faire un pas de plus et comprendre que, puisque Dieu est amour en lui-même, puisque l’Eglise est le lieu où cet amour est partagé largement, il devient indispensable, pour l’Eglise, de répandre cette Bonne Nouvelle. Parce que Dieu est Trinité, amour partagé en lui-même, nous ne pouvons pas le garder précieusement pour nous. Nous devons l’annoncer, nous devons le partager : allez, de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Ce n’est pas une option ; ce n’est pas quelque chose à faire si j’ai du temps en trop ! C’est une exigence de notre foi qui découle du mystère de la Trinité. Non seulement Dieu n’est pas solitaire, mais il ne supporterait pas d’être solitaire. Il a autant besoin du Fils et de l'Esprit Saint qu’il a besoin des hommes pour que l’amour dont il est la source circule et inonde le monde. Nul, pas même Dieu, ne saurait connaître l’amour et partager l’amour, en restant seul ! Sans l’autre, aucun amour n’est possible ! 
 
Nous comprenons bien qu’il est impossible de se passer de la Trinité, à moins de vouloir vider notre foi de ce qui fait sa force : l’amour reçu de Dieu le Père, vécu en plénitude par le Fils et révélé sans cesse au monde par l'Esprit Saint. Plutôt que de vouloir simplifier les mots de la foi, simplifions-en les attitudes, et commençons par aimer, comme Dieu seul aime. Nous appréhenderons mieux la totalité de la foi, telle que le Christ l’a vécu, dans l’obéissance à son Père et la force de son Esprit. Amen.

samedi 11 octobre 2014

28ème dimanche ordinaire A - 12 octobre 2014

Avec Paul, donner du sens à nos dons.





Nous terminons aujourd’hui la lecture de la lettre aux Philippiens et, je l’avoue, une lecture trop rapide de ce passage peut surprendre. En effet, qui connaît un peu la pensée et l’agir de Paul, sait qu’il n’a jamais compté sur l’aide d’autrui. Il a toujours mis un point d’honneur à gagner sa nourriture par son travail. Aurait-il eu une attitude différente vis-à-vis des Philippiens ? 
 
Lorsqu’il écrit aux Philippiens, Paul est en prison, à cause de sa foi. Il a connu des moments difficiles, des moments de grand dénuement. Les Philippiens l’ont aidé matériellement, par deux fois. C’est pourquoi, à la fin de sa lettre, il les remercie. Il n’a pas renoncé à ses convictions (travailler pour gagner sa nourriture) ; il se trouvait juste dans une situation qui ne lui permettait pas de vivre comme il le voudrait, comme il l’a toujours enseigné. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul les remercie. Il ne refuse pas le don qui lui est fait, mais rappelle qu’il est d’importance toute relative. Je sais vivre de peu, je sais aussi avoir tout ce qu’il me faut. Il n’a pas besoin de grand-chose. En fait, une seule chose lui suffit pour vivre et être heureux : il l’a écrit quelques lignes plus haut : pour moi, vivre, c’est le Christ !  S’il a accepté ce don, c’est pour ce qu’il signifie spirituellement. 
 
Si vous lisez chez vous la totalité de la lettre aux Philippiens, (ce que je vous recommande ; en plus elle est très courte), vous découvrirez que Paul accepte ce don parce qu’il représente la participation active des Philippiens à son ministère d’évangélisation. S’il accepte ces dons, c’est parce qu’il voit d’abord dans ce geste le bénéfice pour les Philippiens. En s’intéressant ainsi à la vie de Paul, ils manifestent qu’ils ne sont pas fermés sur eux-mêmes, mais capables de charité élémentaire. Les dons qu’ils ont faits démontrent à Paul que les Philippiens ont bien accueilli le Christ au cœur de leur vie puisqu’ils sont capables de partage. La vie nouvelle en Christ reçue au moment de leur baptême se déploie ainsi dans leur quotidien. Chez Paul, les œuvres ne précèdent pas la foi, elles en sont l’expression. Paul ne remercie donc pas tant pour les dons, que pour la foi des Philippiens, foi vivante, foi agissante envers ceux qui sont dans le besoin. 
 
Se situant sur le terrain de la foi, Paul remet ainsi le Christ au cœur de son enseignement. Je peux tout en celui qui me donne la force. Il rappelle que l’unique nécessaire, c’est le Christ, qui vient toujours en aide à celui qui se confie à lui, à celui qui croit en lui. Avec l’aide du Christ, aucune épreuve ne saurait être trop difficile. Avec l’aide du Christ, rien ne saurait séparer Paul de l’amour de Dieu. Les Philippiens l’ayant aidé matériellement, il va les remercier en les aidant spirituellement. Il les confie à la grâce de Dieu : mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus. Il ne peut rien faire d’autre que cela, mais cela est tout pour Paul. Puisque le Christ est tout pour lui, puisque le Christ est sa vie même, il donne le Christ comme gardien aux Philippiens. Paul nous enseigne ainsi que donner, c’est surtout recevoir. En faisant un don à Paul, ils reçoivent un accroissement de la foi, une proximité plus grande avec l’Apôtre, une proximité plus grande avec le cœur même de Dieu. C’est pour cela que l’Apôtre rend grâce à Dieu. 
 
D’un simple don fait à un prisonnier, Paul tire un enseignement sur la foi. Il n’y a pas à se soucier du lendemain puisque Dieu lui-même veille sur ceux qu’il a éveillés à la foi. Les croyants peuvent donc, même au milieu des difficultés, se consacrer à ce qui doit rester premier : l’annonce du Christ. Paul le fait par sa prédication ; les Philippiens le font en s’unissant à lui, en étant en communion avec lui par les dons qu’ils lui ont adressés. Chacun, selon ses capacités, peut donc favoriser l’annonce de l’Evangile, l’annonce du Christ Sauveur. Puisse notre communion au Christ Eucharistie nous faire comprendre comment nous pouvons à notre tour annoncer son Règne au monde de notre temps. Amen.

vendredi 13 juillet 2012

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2012

Jésus envoie en mission.



Un dimanche curieux que celui-ci.
Alors que tout le monde ne pense que vacances et voyages, voilà que la liturgie nous rappelle de manière forte et précise que Dieu nous appelle et qu’il nous envoie. Comme s’il n’y avait pas de repos dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Jusqu’à présent, Jésus s’occupait de cette annonce : maintenant, il partage sa tâche, il étend son pouvoir sur les forces du Mal à ses disciples. Il les envoie, deux par deux. Et les consignes sont plutôt strictes : ils n’ont droit qu’à un bâton et à une paire de sandales. En fait juste ce qu’il faut pour bien marcher, pour signifier que la foi est un chemin à emprunter et à suivre tout au long de sa vie.

En envoyant ainsi ses disciples, tous issus d’autres corps de métier, Jésus rejoint ainsi la pratique même de Dieu qui consiste à envoyer qui il veut, comme il veut, quand il veut, où il veut. Il n’y a pas de spécialistes de la parole, pas de grand théologiens ; simplement des pêcheurs, des paysans, des fonctionnaires ; monsieur tout-le-monde, quoi ! Comme jadis le prophète Amos avait été cherché derrière ses chèvres et ses boeufs par YHWH pour aller dans l’autre royaume pour porter la parole de Dieu. A prendre ainsi n’importe qui, l’on comprend les réactions de ceux qui pensent avoir tout compris, parce qu’ils sont du crû, parce qu’ils connaissent bien les gens du village, et qu’ils savent qu’ils n’aiment pas, eux, cette nouveauté de quelqu’un qui n’est même pas du pays. Mais allez donc dire à Dieu de mieux choisir ses envoyés !

Voilà donc nos disciples envoyés, avec le strict minimum. Un bâton, des sandales. Rien de plus ! Et comme message, pas de grand programme pastoral, pas de grands moyens de communication. Juste une invitation à se convertir et l’autorité nécessaire sur les forces du Mal pour appuyer leur témoignage. Nous serions perdus, nous qui avons besoin de tant de chose pour élaborer, réaliser et évaluer notre mission. Les disciples n’avaient que ces simples choses nécessaires pour bien marcher et la compagnie d’un frère. Parce qu’à deux, la parole a plus de poids. Parce qu’à deux, on peut se soutenir. Parce qu’à deux, on doit vivre aussi ce que l’on prêche. Parce qu’à deux, c’est forcément la parole de l’autre que l’on transmet et non ses propres élucubrations. Ils n’ont peut-être pas de programme pastoral, mais ils ont compris l’essentiel : témoigner de ce que l’on croit et vivre ce que l’on croit.

Aujourd’hui encore, Dieu envoie des hommes et des femmes pour témoigner de lui, pour annoncer encore la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Il y a en premier lieu les ministres ordonnés, appelés d’une manière particulière au service de l’Eglise. Mais il y a aussi tout croyant appelé à faire de sa vie un témoignage de sa foi. Que seraient nos églises sans la foi simple de celles et ceux qui prient pour elle ? Que serait l’annonce de la Bonne Nouvelle sans la patience de toutes ces catéchistes qui au long de l’année sont souvent obligées de prendre la place des parents pour dire les premiers mots de la foi aux enfants ? Que serait l’Eglise du Christ si seuls les prêtres et les religieux travaillaient à la vigne du Seigneur ? Chaque croyant doit faire totalement, mais seulement ce qui lui revient, en fonction de la place qui est la sienne. Totalement, cela signifie que personne ne peut se soustraire à l’obligation morale de témoigner de sa foi pour faire avancer et grandir le Règne de Dieu ; mais seulement ce qui lui revient, cela signifie que je n’ai pas à prendre la place d’un autre, ni vouloir m’occuper de ce qui lui revient de droit alors que je ne partage pas sa charge.

A ceux qui s’interrogent encore sur le « pourquoi il est nécessaire de témoigner », Paul répond dans la lettre aux Ephésiens dont nous avons entendu l’introduction : parce que Dieu nous a choisi, parce qu’il nous a destinés à devenir ses fils ; parce qu’il nous a donné la connaissance nécessaire en Jésus, son Fils, parce qu’il nous appelle à être de son peuple, un peuple fait de toutes les nations. Nous sommes, avec Dieu, responsables de la construction du Royaume. Nous avons notre part à tenir. Dieu nous appelle, Dieu nous envoie. Saurons-nous répondre gratuitement, par amour ?


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 6 janvier 2012

Epiphanie - 08 janvier 2012

Permettre à tous les hommes d'accueillir le Sauveur !





Un signe dans le ciel, des hommes, étrangers, païens (c’est-à-dire, pour l’évangéliste, non juifs) qui se mettent en route à la recherche de celui que ce signe révèle, des hommes qui trouvent celui qu’ils ont cherché et qui, en lui, adorent leur Dieu, acclament leur roi et reconnaissent leur Rédempteur : et voilà tout le sens de cette fête de l’Epiphanie que nous célébrons, sens révélé par les Ecritures et la prière de l’Eglise. Comme l’écrit Paul dans l’épître entendue : désormais, en Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, par l’annonce de l’Evangile. C’est déjà la fin du mythe de Babel qui divisa les hommes et l’annonce de la Pentecôte qui achèvera de faire entendre à tous l’Evangile dans leur propre langue.

Une fête donc qui nous ouvre à l’espérance : en s’incarnant en Jésus, Dieu n’a pas seulement voulu sauver ceux qui déjà croyaient en lui, mais il a voulu sauver l’humanité répandue par toute la terre. Tous peuvent, à l’exemple de ces voyageurs, reconnaître les signes universels de la présence de Dieu au cœur du monde : il suffit de scruter attentivement le monde pour reconnaître Dieu à l’œuvre. Ils sont nombreux, les témoins de l’Evangile, à travers l’histoire, à avoir souligné ces signes : là où règne la justice, là où règne la paix, là où les hommes s’aiment et s’entraident, là Dieu est présent, là Dieu est révélé. Parce que Dieu continue de prendre soin de son peuple à travers les hommes, les femmes et les enfants qui le servent avec fidélité et courage, quelquefois.

Une fête qui nous ouvre aussi à la nécessaire mission qui incombe à chaque baptisé : annoncer le Christ, toujours et encore, afin que tous puissent connaître le bonheur de ces mages devant l’enfant trouvé dans sa crèche : celui qu’ils ont cherché était là, petit, pauvre, faible, sans doute loin de ce qu’ils avaient imaginé, et pourtant, ils sont comblés de joie. Aujourd’hui encore, des hommes, des femmes et des enfants peuvent connaître cette joie de rencontrer le Christ ; aujourd’hui encore, les païens des temps modernes peuvent adorer en lui leur Dieu, acclamer leur roi et reconnaître leur Rédempteur, c’est-à-dire celui qui les sauve, celui qui donne un vrai sens à leur existence, celui qui les comble parfaitement.

Une fête qui nous renvoie aussi à notre propre manière de croire : Jésus n’est-il qu’un homme sympathique ou est-il vraiment, pour chacun de nous, celui qui donne sens à notre vie, force à nos convictions, et légitimité à toutes nos actions ? Jésus est-il le cœur de notre vie, le cœur de notre foi, quelles que soient les circonstances vécues ? En cette nouvelle année, cette fête nous renvoie immanquablement alors à notre dynamique diocésaine qui est aussi la question dont se saisira un synode des évêques prochainement : la nouvelle évangélisation. Comment faire connaître celui que nous avons accueilli, à tous les peuples de la terre ? Comment le faire connaître et reconnaître à nos proches ? Comment mieux l’accueillir dans notre propre vie ?

Aujourd’hui encore, nous pouvons faire découvrir qu’au cœur de notre foi, il y a le Christ que nous accueillons et reconnaissons comme Parole vivante de Dieu. Et cette Parole, nul ne peut la faire taire. Il suffit de relire l’histoire, quelquefois mouvementée, de notre Eglise pour s’en rendre compte. Ils ont été nombreux, ceux qui ont voulu étouffer cette Parole, dès le départ et tout au long de l’histoire, et pourtant, elle résonne encore ; et pourtant, elle touche encore les cœurs, invite à se mettre en route et à suivre les signes de la présence de Dieu. Chaque chrétien doit suivre ainsi son étoile pour progresser dans sa foi. Et chaque chrétien peut ainsi devenir une étoile pour quelqu’un qui ne connaît pas encore Dieu. Baptisé, membre de l’Eglise, je suis responsable de ma foi et de la foi des autres ; nous soutenant ainsi mutuellement, à travers les joies et les difficultés de cette vie, nous parviendrons, comme les mages, à la révélation du Dieu vivant et vrai : nous verrons Dieu face à face, comme eux.

En cette fête de l’Epiphanie, je nous souhaite à tous de poursuivre notre route : nous sommes venus à la crèche, nous avons trouvé notre Dieu, notre roi et notre rédempteur. Désormais, il nous faut déjà le chercher ailleurs, sur d’autres chemins que ceux que nous avons empruntés jusqu’ici. Car Dieu nous met toujours en route. La route est longue, quelques fois difficiles, mais toujours belle. Elle est la route de la vie où Dieu nous attend, nous guide et nous sauve. Un signe nous est donné depuis notre baptême pour progresser sur cette route en vérité : c’est le signe de la croix qui est pour chaque croyant comme une étoile dans la nuit, une étoile à suivre, une étoile à faire découvrir, une étoile à accueillir. Puissions-nous, par le mystère de la croix, devenir évangélisateurs après avoir été évangélisés à frais nouveau : ainsi des peuples plus nombreux encore pourront vivre l’Epiphanie du Seigneur, en accueillant celui qui s’est fait le Sauveur de tous. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 17 septembre 2011

25ème dimanche ordinaire A - 18 septembre 2011

Pour moi, vivre c'est le Christ !




Pour moi, vivre, c’est le Christ et mourir est un avantage. Combien de temps faut-il à un homme pour arriver à pareille affirmation ? Peut-on seulement arriver à pareille affirmation ? Qu’est-ce que Paul veut nous faire comprendre ?

Pour moi, vivre, c’est le Christ. En transmettant ces mots à ces chers Philippiens, Paul dit son attachement au Christ. Celui qui s’est révélé à lui sur le chemin de Damas est devenu le cœur de sa vie. Non seulement il vit pour le Christ, pour l’annonce de sa Bonne Nouvelle, mais encore il vit par le Christ. Paul a cette prétention d’être véritablement attaché au Christ au point de n’être plus qu’un avec lui. Tout ce qu’il fait, il le fait pour le Christ ; tout ce qu’il fait, il le fait au nom du Christ. Ce qu’il nous livre ici, c’est sa profession de foi en Christ qui remplit et comble toute une vie. Paul n’a plus besoin d’autre chose puisqu’il a le Christ, puisqu’il est en Christ. L’affirmation de Paul devient pour tout croyant une invitation à se fondre en Christ, à prendre au sérieux notre foi et notre relation au Christ. Celui qui a authentiquement rencontré le Christ ne peut plus vivre comme avant. Toute sa vie est transformée, bouleversée, marquée par cette rencontre.

Pour moi, vivre, c’est le Christ signifie aussi qu’il n’est plus possible désormais à Paul, de vivre sans annoncer ce Christ. Celui qui est devenu le cœur de sa vie, il voudrait qu’il devienne le cœur de la vie de tous les hommes, pour que leur vie et leur monde même en soient transformés, pour le bien de tous. Le Christ est un trésor qui se doit d’être partagé. Ayant rencontré le Christ, l’ayant reconnu comme le cœur de sa vie, comment Paul pourrait-il ne pas vouloir l’annoncer aux autres, pour qu’ils bénéficient de la même expérience ? Paul ne pouvait plus, depuis Damas, être autre chose qu’Apôtre du Christ. Quiconque rencontre le Christ en vérité ne peut plus que devenir son Apôtre, chargé d’annoncer la Bonne Nouvelle. Puisque Paul est parvenu à une telle union avec le Christ, il peut nous apprendre à entrer dans une relation semblable.

Paul est tellement devenu Un avec le Christ que son seul désir, la seule chose qui lui manque, c’est d’être pour toujours Un avec lui, par delà la mort-même. Pour moi, vivre, c’est le Christ et la mort est un avantage. C’est bien ainsi qu’il nous faut comprendre la totalité de la phrase. Certes, dès ici bas, Paul a conscience d’être pleinement uni au Christ ; mais il attend comme une délivrance de le voir face à face dans la gloire du Royaume. Il est tellement uni au Christ qu’il a conscience que plus rien, pas même la mort, ne peut le tenir loin de lui. Il comprend sa propre mort comme l’union totale à celui qu’il a accueilli dans la foi. La mort lui est un avantage, parce que de ses yeux, il verra le salut. Vivant pour et avec le Christ, Paul ne craint plus rien, pas même la mort.

Pourtant, si Paul désire la mort pour être totalement en Christ, il ne la provoque pas, il ne la hâte pas, parce qu’il sait que Dieu a encore besoin de lui. Paul est partagé soudain entre son désir d’être face à son Sauveur et sa mission qui est d’annoncer justement le salut à tous. A cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Il ne craint pas de mourir, mais il ne provoque pas la mort parce que les Philippiens ont encore besoin d’entendre Paul, d’entendre sa prédication. Il est plus urgent, plus utile d’annoncer l’Evangile pour le salut du monde que de vouloir être en Christ, dans son Royaume. Entre son désir propre et sa mission, ce qui est premier, c’est sa mission, c’est le monde qui ne connaît pas encore le Christ, ou qui le connaît mal. Comment parviendrait-il, ce monde, à la connaissance du Christ, si tous ceux qui l’ont découvert n’ont qu’une hâte : lui être uni dans son Royaume ? L’Apôtre ne saurait être égoïste et ne penser qu’à son bonheur. Le souci de l’Apôtre, c’est de gagner le monde au Christ, comme lui-même a été gagné au Christ. En choisissant le bien de la communauté, Paul ne renonce pas à son désir, il ne renonce pas à ce qui, pour lui, est fondamental : être avec le Christ ! Il sera avec le Christ dans le service de ses frères. Il sera avec le Christ en menant une vie droite. Il peut alors interpeler cette communauté pour laquelle il diffère son désir propre en l’invitant à mener une vie conforme à la foi qu’elle a accueillie : quant à vous, menez une vie digne de l’Evangile du Christ.

Quand un chrétien est ainsi disposé, il comprend mieux alors la parabole du Christ au sujet des ouvriers de la dernière heure. Qu’importe le temps passé à la mission, qu’importent les conditions et la durée de la mission (dans la chaleur et le poids du jour ou seulement avant la tombée de la nuit), la récompense est la même : vivre avec Dieu pour toute éternité, le voir face à face dans la béatitude du Royaume où il nous attend. Qui peut prétendre vouloir plus parce qu’il aurait travaillé plus ? Nous ne sommes plus dans un système marchand, mais sous le régime de la grâce. Dieu offre le salut à ceux qui travaillent à sa vigne, à ceux qui se laissent gagner par le Christ. Peu importe le temps mis à l’ouvrage ; ce qui compte, c’est que notre cœur soit à jamais au Christ.

Pour moi, vivre, c’est le Christ. Saisis par le Christ au jour de notre baptême, devenu comme lui, nous voici invités à reconnaître sa présence et son œuvre au cœur de notre vie. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi de Paul et son espérance : être un jour totalement uni au Christ Sauveur dans la gloire du Royaume. En attendant ce jour béni, gagnons au Christ nos frères et sœurs qui ne le connaissent pas encore par l’exemple de notre propre vie. Comme Paul, soyons Apôtre du Christ au milieu de nos frères. Prenons notre part de travail dans la vigne du Seigneur. Il n’est jamais trop tard. Amen.









(Photo La Transfiguration, Bible de Gustave DORE)