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samedi 1 juin 2024

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 02 juin 2024

 L'Eucharistie, le don qui surpasse tous les dons.



(Arcabas, Les pèlerins d'Emmaüs)



 

 

            Si tu devais partir sur une île déserte, et que tu ne pouvais emporter qu’une seule chose, ce serait quoi ? Peut-être certains d’entre vous se sont déjà entendu poser cette question, qui fut très en vogue dans ma jeunesse. C’est une question très simple qui avait pour seul but de nous faire exprimer ce qui était le plus important pour nous, la chose sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. Bien sûr les réponses étaient aussi variées que les personnes qui étaient interrogées. Je ne saurais plus bien vous dire quelle bêtise je jugeais importante autrefois, mais je peux vous dire ma réponse d’aujourd’hui. Si je devais finir sur une île déserte, j’emporterais avec moi l’eucharistie. Pourquoi ? 

            La première raison qui justifie mon choix, c’est parce que ce morceau de pain consacré représente la certitude de n’être jamais seul. Et sur une île déserte, cela me semble plutôt important. Dans ce Pain consacré, Celui que j’aime et que je sers est présent, et il se donne et se redonne à moi autant que j’en ai besoin. Ceux qui ont vécu un temps d’adoration peuvent partager avec moi cette expérience de plénitude qui nous envahit quand nous prenons le temps de visiter le Christ. Vous pouvez vous sentir intérieurement heureux ou misérable, le Christ vous rejoint. Le silence de cette rencontre est un silence habité et vous savez, presque instinctivement, que Jésus est vraiment là. La parole qu’il a laissée à ses disciples après sa résurrection se vérifie : Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Elle n’est jamais aussi vraie pour moi que devant le Saint Sacrement. Là je trouve le Christ ; là le Christ me trouve, me rejoint dans ce qui fait ma vie du moment. Là le Christ prend soin de moi ! Il m’est arrivé d’être au milieu d’une foule et de me sentir terriblement seul ; mais cela n’arrive jamais devant le Saint Sacrement, quand bien même je serais effectivement le seul humain présent. 

            Une deuxième raison conforte mon choix d’emporter l’eucharistie : c’est que ce sacrement est notre nourriture. Comme je le dis lorsque je prêche une première communion, c’est le Pain des forts, qui nous garde dans cette force de Dieu, qui nourrit cette force de Dieu qui est en nous. Mais il est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me rend toute force quand je suis épuisé, le Pain qui me donne de pouvoir continuer alors que je voudrais tout arrêter. Dans un monde qui perd la tête, une telle nourriture me permet de ne pas désespérer. Dans un monde angoissant, cette nourriture me fait retrouver l’espérance d’un avenir meilleur. Dans un monde où les faits les plus simples et les plus avérés sont contestés, cette nourriture m’apporte la stabilité dont j’ai besoin. Là, dans ce Pain consacré, je sais que je retrouve le Christ. Là dans ce Pain consacré, je sais que le Christ se donne à moi, toujours et encore. Il se donne entièrement comme il l’a fait dans ce dernier repas partagé avec ses disciples. L’Eucharistie est le mémorial de son sacrifice, de son don absolu pour la vie des hommes. Ce qu’il a fait une fois pour toutes en se livrant sur la croix, est rendu actuel lorsque l’Eglise partage le Corps et le Sang du Christ, au point que nous pouvons dire, vingt-et-un siècle plus tard : c’est aujourd’hui que le Christ se donne, c’est aujourd’hui que le Christ se livre pour notre salut.

            L’Eucharistie, que nous célébrons dans cette fête du Corps et du Sang du Christ, est le don par excellence que Dieu nous fait. Ici, il nous donne tout. Il nous donne sa Parole, puisque jamais nous ne célébrons ce sacrement sans l’entendre nous parler ; il nous donne sa vie, puisque ce petit morceau de pain est devenu, par les mains du prêtre, le Corps du Christ offert pour notre vie ; il nous donne l’éternité, parce que ce pain et ce vin nous font entrer dans le monde et le temps de Dieu. Ce faisant, il nous donne tout son Amour, cet Amour qui nous sauve en nous donnant le pardon de nos péchés. Le pain est rompu, le sang est versé pour vous (pour nous qui sommes là) et pour la multitude (ceux qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus là) en rémission des péchés. Dieu ne peut rien nous donner de plus que son Fils, parce qu’en lui, il nous a déjà tout donné. Il est le don qui surpasse tous les dons. Comment pourrais-je accepter de vivre sur une île déserte sans emporter ce don ? 

            L’Eglise affirme avec raison que l’Eucharistie est la Source et le Sommet de notre foi. J’espère que vous comprenez mieux pourquoi elle le dit. Toute notre foi part de là, du sacrifice unique du Christ pour nous ; tout converge là, vers ce repas où Dieu nous attend pour toute l’éternité. Notre eucharistie terrestre n’est qu’un avant-goût du festin que Dieu nous servira quand nous le verrons face-à-face. Faisons venir nos frères et sœurs en humanité à cette source ; ne négligeons pas nous-mêmes cette source ; et nous parviendrons tous au sommet, à la claire vision de Dieu, à la béatitude éternelle. Amen.

dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche ordinaire C - 14 juillet 2019

Elle est dans ton cœur, cette Parole ! 








          Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu ! Cette interpellation faite par Moïse au peuple que Dieu a libéré d’Egypte, nous ramène à l’essentiel de ce qu’est la vie spirituelle : une vie à l’écoute de la Parole de Dieu. Et ce, quel que soit notre âge. Il n’est jamais trop tôt pour commencer ; il n’est pas venu le jour où nous pourrons dire : maintenant, j’arrête, j’en ai fait le tour. Je viens encore d’en faire l’expérience cette semaine, en accompagnant un groupe de collégiens du Séminaire de Jeunes de Walbourg au Mont Sainte Odile pour leur semaine d’adoration. Quel que soit notre âge, nous pouvons approcher cette parole, en tirer une nourriture bonne pour nous, et à partir d’elle, enseigner d’autres, voire édifier d’autres personnes. Le partage d’évangile avec les plus jeunes nous montre, si besoin était, que Dieu parle aussi à leur cœur et à leur intelligence et qu’ils peuvent nous aider à entrer davantage dans la compréhension de cette parole.

            Le frein principal, souvent invoqué pour excuser notre paresse en ce qui concerne la parole de Dieu, c’est le manque de temps. Il faudrait pouvoir dégager de grandes plages de temps pour s’adonner à l’oraison. Je peux entendre l’objection, mais je ne peux m’en satisfaire. D’ailleurs, en juillet et août, périodes de congés en France, l’excuse ne tient plus vraiment, et nous devrions donc voir des fleuves de prière se déverser sur notre pays : ce qui n’est pas vraiment le cas, n’est-ce pas ! Je crains qu’en mettant en avant le temps, certains ne partent du principe que la méditation de la parole de Dieu, ben c’est réservé aux moines et aux moniales qui consacrent une bonne partie de leur journée à la prière. Merci à eux de travailler pour nous ! Pourtant, dans son discours au peuple, Moïse ne parle pas (voire jamais) du temps nécessaire à consacrer à l’écoute de la voix du Seigneur. Il dit simplement : Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout cœur et de toute ton âme. Vous pourrez relire la Bible de la Genèse à l’Apocalypse et de l’Apocalypse à la Genèse : vous ne trouverez nulle indication sur le temps à consacrer pour que cela soit efficace. La seule demande, c’est d’é-cou-ter. Avec les moyens que nous avons aujourd’hui, nous pouvons même trouver la bible en audio. Vous imaginez tous ces vacanciers, coincés dans des bouchons sur les routes de leurs vacances, et qui, au lieu de s’invectiver, écouteraient la Bible sur leur autoradio ! Quelle sérénité sur les routes de France ! 

          Ecoutons encore Moïse : Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces, ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux… elle n’est pas au-delà des mers… Il est malin, Dieu, avec sa parole. Il ne la cache pas, il l’offre. Dans toute la bible, il ne cesse de parler. A nos cœurs égarés, il ne cesse de parler. A nos esprits embrumés, il ne cesse de parler. L’entendons-nous seulement ? Il nous parle par ce frère dont la rencontre nous a fait du bien ; il nous parle par ce frère qui a besoin de nous et qui attend un geste ; il nous parle par ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe et que nos pays se renvoient comme une balle de tennis. Il nous parle par mille et une choses qui nous arrivent quotidiennement, mais nous ne le reconnaissons pas. Nous ne l’entendons pas. Et je ne suis même pas sûr qu’une opération « coton-tige » serait des plus efficaces. Il règne une espèce de surdité volontaire et pleinement assumée en ce qui concerne la parole de Dieu. C’est comme un acouphène ; on entend bien le bruit de fond, quelquefois il nous gêne, mais le plus souvent on s’en accommode. On n’y prête plus guère attention. Et c’est là qu’on reconnaît tout le génie de Dieu : il ne nous lâche pas avec sa parole, il nous la rend intime : Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. Ce petit bruit de fond qui nous gêne, il suffirait que nous y soyons attentifs pour y discerner cette Parole murmurée à notre cœur. Elle deviendrait alors source jaillissante de vie éternelle en nous. Venant du fond de nos cœurs, elle monterait jusqu’à nos lèvres et nous n’aurions plus que des paroles utiles, bienfaisantes pour les autres ! Pour ceux et celles qui ne sont ni moines, ni moniales, chaque petit moment perdu pourrait devenir un petit moment d’oraison qui aurait sa fécondité propre. A force d’accumuler un petit temps de-ci de-là, nous aurions tous un sacré temps consacré à cette Parole dont nous disons qu’elle nous est vitale. 

Elle est dans ta bouche, elle est dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. Comment dire mieux que cette Parole, nous devons d’abord la considérer pour nous ? En effet, parmi ceux qui citent souvent la Bible, je constate, hélas, qu’ils ont souvent « une bonne parole » pour telle voisine qui ne leur veut pas que du bien, pour tel voisin qui vit de manière bizarre ; mais ils n’en ont jamais pour eux. Or, nous dit Moïse, si Dieu met sa Parole en nous, c’est d’abord pour notre propre conversion, pour notre propre vie. Elle n’est pas faite pour mettre en lumière en place publique tout ce que les autres devraient changer, mais pour me faire comprendre, au plus intime de moi, ce que je dois changer pour être un authentique membre du peuple que Dieu se donne. Cette parabole du bon samaritain, que Jésus raconte aujourd’hui, est bien donnée pour que nous comprenions ce que nous devons changer dans notre vie : notre regard sur ceux dont nous croisons la route, notre regard sur les règles que nous nous donnons. Elle nous fait comprendre que nous ne devons pas rechercher qui est notre prochain, mais de qui nous pouvons nous faire le prochain. Elle est pour nous, pour chacun, pour que nous nous appliquions cette parole à nous, pour être de meilleurs serviteurs pour nos frères. Et non l’inverse !  

Pour y parvenir, profitons de chaque moment, qu’il soit long ou petit, pour retrouver en nous cette Parole que nous égarons si souvent ; retrouvons-la pour en vivre. Retrouvons-la pour nous en nourrir. Retrouvons-la ; elle nous guidera mieux que personne vers le Royaume où Dieu nous attend. Amen.