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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 3 mai 2025

3ème dimanche de Pâques C - 4 mai 2025

Pâques, l'expérience d'un amour qui s'ajuste à moi.






Il a osé, il ne recule devant rien ! En publiant sur son propre réseau social, puis sur celui de la présidence américaine, cette photo où on le voit habillé comme un pape, cet homme prouve à tous ce que l’on supposait déjà : il ne respecte rien, ni personne ; tout ce qui compte, c’est qu’il puisse se mettre en avant et provoquer. Tout le contraire de ce qu’il aimerait incarner. Il l’avait dit la veille à un journaliste qui l’interrogeait : « J’aimerai être pape. Ce serait mon choix numéro un ». Sa mine sévère sur la photo le place à mille lieux de ce que les hommes sont appelés à découvrir de Dieu à travers celui qu’Il donnera comme pasteur à son Eglise. Il n’y a ni amour, ni tendresse, juste de l’arrogance et de la soif de pouvoir. Tout ce que nous ne devons ni imiter, ni désirer. Heureusement pour nous, c’est Dieu qui choisira le prochain pape. 

Il a osé, il ne recule désormais devant rien ! C’est ce que nous pouvons dire en voyant la certitude de Pierre lorsqu’il répond au grand prêtre : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il sait maintenant, par expérience, qu’il y a plus à attendre et à espérer de la part de Dieu que des hommes, fussent-ils ceux qui le servent et qui prétendent agir en son nom. Il est loin le temps où Pierre affirmait ne pas connaître celui qui alors passait en jugement avant d’être exécuté sur le bois de la croix. Il a fait l’expérience de l’amour et de la tendresse infinie de Dieu envers lui ; il affirme avec audace que le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus… c’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Avec les Apôtres, il est tout joyeux d’avoir été jugé digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Il a accepté ce que disait Jésus : le disciple n’est pas au-dessus de son maître, et que le chemin que Jésus a emprunté pour nous sauver est chemin de vie pour les hommes qui croient en lui. Rien ne peut faire peur a celui qui se sait déjà sauvé et toujours aimé. 

Il a osé, il ne recule devant rien, Jésus, lorsqu’il parle avec Pierre sur le bord de la mer de Tibériade. Après s’être fait reconnaître par ses disciples et avoir partagé avec eux un repas, il prend à part celui qui avait renié, et par trois fois l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? La première fois en demandant s’il l’aime vraiment, plus que ceux-ci, c'est-à-dire plus que les autres ! La deuxième fois en lui demandant s’il aime vraiment. La dernière fois s’il l’aime, tout simplement, sans rien ajouter de plus. La langue française rend très mal la profondeur de ce dialogue qui joue sur différents verbes grecs qui parlent d’amour. Le texte original nous montre l’audace de Jésus et ce qu’il fait pour nous. En effet, dans sa première question, Jésus demande à Pierre : m’aimes-tu d’amour agapè, autrement dit, de charité, de cet amour qui va jusqu’au don ultime, de cet amour dont Jésus a fait montre sur la croix. Et Pierre répond : je t’aime d’amour philia, c'est-à-dire : je t’aime d’amitié. Ce n’est pas la même chose. D’où sans doute la deuxième question : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? toujours en parlant de l’amour agapè, histoire de vérifier que Pierre a bien compris la question. Et Pierre de répondre encore qu’il aime Jésus comme un ami. Et l’on entend Jésus qui ne se décourage pas et qui n’abandonne pas. La troisième fois, Jésus l’interroge : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? en utilisant le verbe qui dit l’amour philia, l’amour d’amitié. Et Pierre, bien que peiné, lui répond : Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime, en utilisant toujours l’amour d’amitié. Comprenez-vous ce que Jésus a fait pour Pierre, et qu’il fait pour chacun de nous ? Il l’interroge d’abord en lui demandant la plus haute forme d’amour, parce que c’est ainsi qu’il aime Pierre, c’est ainsi qu’il nous aime. Et devant l’impossibilité répétée de Pierre, soit de comprendre la question, soit de répondre par le même amour, Jésus abaisse ses prétentions, Jésus se met à portée de Pierre : puisque ce dernier semble bloqué sur le registre de l’amour d’amitié, Jésus va là où est Pierre. Il ne lui reproche pas ce qu’il ne peut pas donner pour l’instant. Il prend ce que Pierre peut lui donner ; il prend l’amour que nous pouvons lui donner, et tant pis si cet amour n’est pas parfait. 

Il a osé, il ne recule devant rien pour nous dire son amour. Et si nous avons du mal à comprendre combien nous sommes aimés de Dieu, et si nous avons du mal à comprendre la croix comme signe de l’amour de Jésus pour nous, Jésus s’abaisse encore. Il nous dit l’idéal à atteindre à travers ses premières questions ; mais il nous offre, avec sa dernière interrogation, une porte de sortie à notre mesure pour que nous ne reculions jamais devant la nécessité d’aimer. En fait, il nous dit qu’il n’est pas nécessaire d’aimer tout de suite d’un amour absolu pour commencer à aimer Dieu, pour commencer à aimer les frères qu’il met sur notre route. Ce qui compte, c’est justement que nous commencions à aimer, même si ce n’est que d’amitié. L’amour s’exerce, l’amour grandit : quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture ; une manière peut-être de nous dire que nous apprendrons, avec l’âge, à faire confiance, à nous laisser faire, à aimer autrement. Alors aimons comme nous pouvons, en attendant d’aimer comme Dieu nous aime. C’est tout ce qui importe. Ne désespérons ni de nous, ni des autres, et surtout pas de Dieu. Il nous accompagne dans notre apprentissage de l’amour ; il nous a donné son Fils en exemple vivant de l’amour parfait. A l’écouter, à le suivre, nous finirons peut-être par savoir aimer comme il nous aime. Et si d’aventure nous n’y arrivions pas, il porterait quand même à notre crédit nos essais d’aimer, même s’ils sont petits, même s’ils peuvent nous paraître insignifiants. En se mettant à portée de Pierre, Jésus nous dit qu’il n’est jamais insignifiant d’aimer, que c’est toujours ce qu’il faut faire, même imparfaitement, même petitement. 

        C’est cela la beauté de Pâques ; c’est la beauté de l’amour divin qui s’ajuste à nos capacités pour que pas un ne se décourage, pour que pas un ne puisse dire : cela ne me sert à rien d’aimer puisque je n’arrive pas à aimer comme Dieu attend que j’aime. Aimer comme Dieu nous aime est le résultat d’un compagnonnage avec Jésus ; il y faut plus ou moins de temps, beaucoup de patience, beaucoup d’essais, beaucoup de pardon aussi. Commencer à aimer par contre est le résultat d’un choix, qui peut se faire ici et maintenant, pour chacun de nous. Et si à notre tour, nous osions et ne reculions devant rien pour aimer toujours, pour aimer chacun, même juste un tout petit peu ? Chiche, on essaie ? Amen. 


samedi 26 avril 2025

2ème dimanche de Pâques C - 27 avril 2025

 Pâques, l'expérience d'une rencontre.


(Jésus ressuscité et Thomas, image trouvée sur internet)



Depuis la nuit de samedi dernier, et pendant toute cette octave, nous avons pu lire dans les évangiles, différents récits d’apparition du Ressuscité à ses disciples. Et nous avons pu constater que malgré le témoignage des bénéficiaires de ces apparitions, la foi en la résurrection était difficile à intégrer. L’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques n’échappe pas à cette règle. 

Nous sommes au soir de Pâques, au soir d’une journée au cours de laquelle Jésus est apparu à Marie-Madeleine (seule ou accompagnée d’autres femmes selon les évangélistes) ainsi qu’aux disciples en chemin vers Emmaüs. C’est dans la matinée de ce jour que Pierre et Jean ont couru au tombeau, vérifier les dire de la première citée. Cette course au bout de laquelle le disciple que Jésus aimait vit et cru, alors que Pierre restait perplexe, voyant les mêmes signes, à savoir les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Quelques heures ont donc passé, et nous dit Jean, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Nous aurions pu nous attendre à un « youpi, il est ressuscité », quelques sauts de joies et des confetti, mais rien de tout cela. Au moment où il apparaît, il ne se passe rien. Il faudra une parole de sa part et la vue de ses mains et son côté pour que les disciples soient remplis de joie. Il ne suffit pas qu’il se montre, il faut qu’il se fasse reconnaître par quelques signes extérieurs pour qu’enfin cela fasse tilt dans leurs têtes. Le problème, c’est que Thomas n’était pas avec eux quand Jésus est venu. Ce n’est pas bien grave, me direz-vous, ils sont dix contre un ; ils vont bien arriver à le convaincre. Après tout, Jésus n’a-t-il pas soufflé sur eux l’Esprit Saint ? Et bien, ce qui devait se faire, ne se fait pas ! Thomas s’entête devant la joie débordante des dix autres : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Quand on est têtu, on est têtu ! Nous avons entendu la suite, huit jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre sans qu’il ne mette ses doigts nulle part, alors même que Jésus l’y invitait. Que s’est-il passé ? Que manquait-il à Thomas ?

Des générations de prédicateurs semblent dire qu’il lui manquait la foi ; Jésus lui-même semble aller dans ce sens quand il dit : Cesse d’être incrédule, sois croyant ; ou encore un peu après : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Est-ce vraiment la foi de Thomas qui est en cause ? Pour une part, peut-être ; mais ce qui est plus fondamental pour moi, ce qui est en cause, c’est le témoignage des dix. Il n’a pas permis à Thomas de faire ce que les autres ont fait quand ils ont vu Jésus ce premier soir ; il n’a pas fait l’expérience de Jésus ressuscité. Et Pâques, c’est d’abord cela. Faire l’expérience que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant désormais. Quand il fait cette expérience, il n’a plus besoin de mettre ses doigts ou sa main dans les marques de la Passion ; il croit en s’écriant : Mon Seigneur, et mon Dieu, ce qu’aucun autre disciple n’a fait. Je comprends qu’il fallait la figure de Thomas pour les générations à venir. Jésus n’allait pas faire apparition sur apparition pour que les hommes, à travers le temps et l’Histoire croient en lui. Thomas, c’est chacun de nous aujourd’hui, qui n’a pas fait la rencontre en direct live de Jésus ressuscité, mais qui croit sur parole. Toutefois, cet épisode nous rappelle à deux essentiels.

Le premier essentiel, c’est que les mots de la foi que nous avons appris ne restent pas juste des mots appris, enfermés dans notre intelligence ; il faut que ces mots descendent dans notre cœur. Ils doivent devenir les mots qui nous font vivre, quotidiennement. Avant d’être des mots à savoir, ils sont des mots à expérimenter. Apprendre son catéchisme, c’est bien ; vivre de ce que le catéchisme nous apprend, c’est préférable si nous voulons que la foi soit au cœur de notre vie. Le défunt pape François n’a cessé, durant son pontificat, de nous rappeler cela, de remettre la foi au cœur de notre vie, de la faire descendre de notre cerveau vers notre cœur, en passant par nos mains et nos pieds. Quand il nous invitait à aller aux périphéries, il nous invitait à vivre notre foi. Quand il nous pressait à l’accueil des migrants, il nous pressait à vivre notre foi. Quand il nous disait de ne pas juger ceux qui ont une sexualité différente, il nous disait de vivre notre foi. Quand il nous demandait de vivre une Eglise plus synodale, il nous demandait de vivre notre foi. Et la liste est longue encore des moyens très concrets de vivre notre foi, c'est-à-dire de faire en sorte que notre foi descende de notre cerveau vers notre cœur. 

Et cela nous amène au deuxième essentiel. Pour que nos contemporains puissent faire ce chemin d’une foi intellectuellement comprise à une foi vécue, nous devons soigner notre art de vivre et de témoigner de lui. Si pour nous, chrétiens croyants et engagés, Jésus mort et ressuscité est juste une belle idée, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent des preuves. Si nos visages sont durs, nos mains fermées, nos pieds réticents à la rencontre de l’autre différent, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent faire une rencontre. Personne ne rencontre la joie de croire en croisant des visages fermés ; personne ne rencontre Jésus qui invite à accueillir l’autre devant des portes closes ; personne ne rencontre le Ressuscité qui offre sa vie devant des comportements mortifères ; personne ne peut croire en la résurrection du Christ si les mots que nous utilisons pour parler de lui planent au-dessus des nuages ou sont vides. Comme les dix disciples qui ont rencontré Jésus au soir du premier jour de la semaine, nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet de témoigner du Ressuscité. Qu’en avons-nous fait ? Notre vie dit-elle la résurrection de Jésus ? Notre manière d’agir avec les autres leur parle-t-elle de ce Dieu qui aime tout homme, quelle que soit son histoire personnelle ? Pour reprendre une des premières paroles du pape François, sommes-nous témoins du ressuscité, annonçant la Bonne Nouvelle à temps et à contre-temps, ou sommes-nous douaniers de la foi, vérifiant sans cesse d’abord la conformité d’une vie avant d’annoncer Jésus Christ ? Si nous attendons que les autres soient parfaits avant de leur parler du Christ, nous risquons d’attendre longtemps, et nous serions nous-mêmes bien orgueilleux de nous croire parfaits parce que nous pensons avoir la foi. C’est parce que je crois en Jésus qui me sauve par sa mort et sa résurrection que j’essaie patiemment d’ajuster ma vie à son Evangile. Si ceux qui m’ont parlé de Jésus avaient attendu que ma vie soit parfaite, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, parce que je n’aurais sans doute pas encore entendu parler de l’Evangile. 

        En relisant l’épisode de Thomas, certains pourraient être tentés de me dire que même les dix disciples n’ont pas réussi avec lui ! Peut-être est-ce parce que ce n’était encore que des mots pour eux, mais pas une expérience qui a radicalement transformé leur vie au point que Thomas s’en rende compte. La preuve, ils sont toujours entre eux, n’osant se confronter aux gens hors de leur groupe. Pâques est et restera toujours l’expérience d’une rencontre à faire et à vivre, pour la faire vivre à d’autres. Ne désespérons ni de nous, ni des autres ; mais apprenons toujours mieux à faire descendre dans notre cœur ce que notre intelligence peut croire. Alors nous vivrons ce que nous aurons découvert, et nous pourrons le faire découvrir et vivre à d’autres. Amen. 


samedi 13 avril 2024

3ème dimanche de Pâques B - 14 avril 2024

Jésus est ressuscité ; c'était le plan de Dieu !





(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)


 

          Il y a quelque chose de surprenant dans la première lecture et dans l’évangile de ce jour face à l’horreur que représente la mort par crucifixion de Jésus. C’est cette manière toute particulière qu’à Luc, auteur des deux livres, de dédouaner les hommes de la cruauté subie par Jésus. 

          Ecoutons à nouveau Pierre, lors de son discours au peuple qui suit la guérison d’un impotent à Jérusalem. Il leur parle de Jésus en insistant bien sur leur responsabilité dans les événements de la Passion : Jésus, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie… Il n’est guère possible de souligner davantage la responsabilité de quelqu’un dans ce drame. Ils ont préféré un vrai coupable à un véritable innocent. Ils ont tué ! Y a-t-il drame plus affreux que celui-là ? Et pourtant, poursuit Pierre, je sais bien, frères, que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Vous avez entendu l’énormité ? Non seulement, il leur dit quelque chose du genre : ce n’est pas dramatique non plus, vous ne saviez pas ! mais en plus, il les appelle frères ! On parle de la mort de l’Innocent, que l’ennemi voulait relâcher ; c’est leur insistance qui est à l’origine directe de la mort de Jésus ! Et Pierre les appelle frères. Il va même plus loin en disant : Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé par la bouche des tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Si Dieu lui-même l’a voulu ainsi… Que dire de plus ? Ce n’est pas leur faute, vraiment ; ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment, juste quand Dieu a décidé de mettre son plan de salut en œuvre. Personne ne pourra jamais leur en tenir rigueur ; c’était le plan de Dieu ! Que voulez-vous dire si Dieu lui-même, pour nous sauver tous, décide d’en sacrifier un qui se révèle être son propre Fils ? A part : Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu, je ne vois pas ! C’est bien la seule chose à faire, quand on ne peut ni se réjouir d’avoir mis à mort un Innocent, ni se lamenter de l’avoir fait contre notre plein gré. Entrer dans le projet de Dieu, voir au-delà des événements et comprendre enfin le grand schéma qui se dessine ainsi et que Pierre révèle dans son discours ! 

          Certains pourraient dire : oui, mais Pierre se trompe ; il se console comme il peut d’avoir lui-même renié le Christ ! Tout cela, ce ne sont que des mots pour endormir son public et gagner des clients. Je pourrais être d’accord s’il n’y avait pas eu le discours de Jésus ressuscité, renouvelé deux fois, à ses disciples au soir de Pâques. Nous savons que Jésus s’est approché de deux disciples qui s’en retournaient chez eux, à Emmaüs, quand ils ont été approchés par un homme (Jésus, que leur chagrin les empêche de reconnaître) et qui, au long de la route, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. A ces esprits sans intelligence, il redit qu’il fallait que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire. Ce qu’il refait quelques heures plus tard, quand il apparaît à tous alors que ces deux disciples, revenus à Jérusalem annonçaient la nouvelle aux autres : les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même (Jésus) fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! et un peu plus tard, après s’être fait reconnaître corporellement, il poursuit : Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. Jésus confirme par avance ce que sera le discours constant des Apôtres : il fallait que les choses soient comme elles furent. Pour que tous les hommes soient sauvés, il fallait que Jésus souffrît la Passion. Il fallait qu’il affronte la mort, qu’il la subisse pour la vaincre définitivement. Pas d’autre moyen pour que le pardon des nombreux péchés soit donné par Dieu : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Plutôt que de chercher et définir les coupables, tournons-nous vers Dieu et convertissons-nous tous ; rejetons tous le mal que nous pouvons commettre. 

          Entrer dans le projet de Dieu, c’est reconnaître, s’il nous faut vraiment un coupable à la mort du Christ, que nous le sommes tous, même nous qui vivons à vingt-et-un siècles de distance de ces événements. Entrer dans le projet de Dieu, c’est nous convertir au Christ et croire qu’il est notre vie et notre salut. Entrer dans le projet de Dieu, c’est relire avec ses yeux la longue histoire de Dieu avec les hommes pour y découvrir ce que nous oublions si souvent : Dieu nous aime, il veut notre bonheur et notre vie avec Lui. Cela ne rend pas la mort de Jésus plus facile à vivre ; cela n’enlève rien à la beauté de sa résurrection. Bien au contraire, le fait que cela soit le projet de Dieu de nous sauver, et qu’il sait y mettre le prix, nous montre l’avantage que nous avons à nous tourner vers Lui et à croire en Jésus. Jamais Dieu ne pourra cesser d’aimer celles et ceux qu’il a rachetés à si grand prix. Amen.

samedi 17 avril 2021

3ème dimanche de Pâques B - 18 avril 2021

 Passons de l'ignorance à l'intelligence des Ecritures.






(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, XIVè siècle, 
Détail de la Maesta, Musée dell'Opera Metropolitana, Sienne)


        Nous sommes tellement pris dans les tourments de la crise sanitaire que d’autres événements, pourtant historiques, nous échappent complètement. Ainsi cette déclaration signée par le conseil permanent de la Conférence des évêques de France, intitulée Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité véritable.  Elle a été remise le premier février 2021 au Grand Rabbin de France, au Président du Consistoire central et au Président du CRIF. Cette déclaration rappelle notre lien spirituel unique avec le judaïsme. Plus que jamais, écrivent les évêques, il faut rappeler l’importance des racines juives du christianisme. Nous ne pouvons pas considérer le judaïsme simplement comme une autre religion : les juifs sont nos ‘frères ainés’ (saint Jean-Paul II), nos ‘pères dans la foi’ (Benoît XVI). Souvenons-nous que Jésus, le Verbe de Dieu, a lui-même prié les Psaumes, lu la Loi et les Prophètes. Au cœur même de nos actions liturgiques et de notre prière personnelle, par la réception et la proclamation des textes de l’Ancien Testament, avec l’apôtre Paul, nous nous souvenons que ‘les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables’. 

          Si je vous en parle ce matin, c’est parce que la liturgie nous invite, par deux fois, à nous souvenir de cela et à ne pas nous servir des Ecritures pour condamner les Juifs à cause de la mort de Jésus. C’est le pape saint Jean XXIII qui, en 1962, a fait disparaître avec raison la mention des juifs perfides de la grande prière du Vendredi Saint. Ecoutons le témoignage du Christ lui-même tel qu’il nous est redonné par Luc dans l’évangile entendu ce matin. Il aurait dû éviter tout antisémitisme au sein même de l’Eglise. Luc écrit ceci : Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. Il leur dit : ‘Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, à commencer par Jérusalem’. La mort de Jésus et sa résurrection ne sont ni un accident de l’histoire, ni un simple accomplissement de la volonté meurtrière de quelques-uns à l’égard de Jésus. La mort et la résurrection de Jésus étaient des incontournables pour que se réalise le projet de salut de Dieu, projet de salut intégral au sens où l’homme devait ainsi être définitivement et totalement libéré, y compris de la Mort et du Péché. Cette libération ne pouvait se faire sans que le Messie de Dieu, le Christ, n’affronte lui-même ces deux ennemis du genre humain et de Dieu : la Mort et le Péché. Cet affrontement était inévitable pour que nous puissions dire que nous sommes vraiment libres, vraiment sauvés. L’imputer à tout un peuple, parce que certains de ses chefs ont conduit à l’accomplissement de l’inévitable, est tout simplement hors de propos. Jésus ne le fait pas ; pas plus que ses Apôtres qu’il a envoyé pour témoigner de l’œuvre de salut réalisée par Dieu à travers lui. 

          Ecoutons bien Pierre dans son discours rapporté par le même Luc, dans son livre des Actes des Apôtres. Il commence par rappeler les faits : Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. Et c’est ensuite que Pierre nous montre qu’il ne leur en tient aucune rigueur en deux temps : D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Premier temps : appelleriez-vous ‘frères’ ceux que vous considérez comme meurtriers ? Je ne crois pas. C’est la première manière de Pierre de montrer que l’accusation faite par les générations suivantes de déicide ne tient pas. Et si certains n’en étaient pas convaincus, Pierre enchaine immédiatement avec un second temps : Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Peut-on honnêtement tenir rigueur à des hommes ignorants de l’accomplissement de la Parole de Dieu, maintes fois répétée par ses prophètes ? L’appel à la conversion qui suit : convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés, n’est pas à comprendre comme un appel à devenir chrétien au sens où nous l’entendons aujourd’hui. La séparation Juifs/Chrétiens n’est pas encore réalité à ce moment-là. C’est un appel à vivre ce que les Apôtres eux-mêmes ont vécu : un retour profond et véritable à Dieu. C’est un appel à vivre ce que Pierre a lui-même vécu, lui qui avait tout autant renié le Christ, par trois fois, au moment de son procès ! C’est un appel à comprendre ce projet d’amour de Dieu pour son peuple et à quitter les voies du péché pour une vie de justice. 

          Quand je constate qu’en 2021, il faut encore une déclaration solennelle des évêques de France pour nous inviter à lutter contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme, je me dis que l’appel de Pierre à la conversion est toujours d’actualité… pour les disciples du Christ. Nous avons toujours à lutter contre nos vieux démons ; nous avons toujours à lutter contre notre propre ignorance du projet de Dieu ; nous avons toujours à travailler à l’œuvre de Dieu en établissant et en vivant une fraternité réelle avec tous les hommes, qu’ils soient chrétiens, croyants autrement ou non croyants. Là est la volonté de Dieu ; là sera le signe que nous avons compris que le Christ est vraiment ressuscité. A nous d’en être les témoins en nous faisant acteur intelligent de cette fraternité réelle. Amen.

samedi 3 avril 2021

Saint Jour de Pâques - 04 avril 2021

 Du cauchemar à la réalité : Jésus, celui qui était mort, est ressuscité ! 



(Tableau de Sieger Köder, Marie Madeleine au tombeau, 
publié dans Die Bilder der Bibel von Sieger KÖDER, éd. Schwabenverlag)


          Quelle belle page d’évangile que celle de ce matin de Pâques. Non pas seulement parce qu’elle annonce la résurrection de Jésus, mais parce qu’elle nous donne à contempler et à méditer le cheminement des disciples qui vont passer du cauchemar à la réalité : celui qui était mort est bien vivant ! Et tout cela, sans l’avoir vu, Jésus, le Ressuscité !           

Reconnaissons-le d’emblée : nous n’aurions pas fait mieux que Marie-Madeleine, ce fameux matin, si nous avions été à sa place et que nous avions encore en tête les événements qui se sont déroulés deux jours avant, à savoir la mort en croix de Jésus. Lorsque nous la rencontrons, Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin : c’était encore les ténèbres, souligne Jean, sur la ville mais aussi dans le cœur de Marie-Madeleine. Jésus, ce n’était pas n’importe qui pour elle ; il avait changé sa vie. Sa tristesse est réelle, comme est réel le fait qu’elle soit inconsolable. Elle ne peut donc que mal voir et mal comprendre ce qu’elle va constater. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, rapporte Jean. A l’horreur de la mort de Jésus, quelqu’un aura ajouté l’abject : le corps a été enlevé du tombeau, pense-t-elle et dit-elle aux disciples qu’elle est allée prévenir. Mais vous aurez noté que jamais il n’est dit par l’évangéliste qu’elle s’est penchée à l’intérieur du tombeau ou qu’elle y est entrée. Elle voit une pierre roulée, et cela lui suffit pour conclure que le corps de Jésus a été déplacé. Elle pensait sans doute avoir tout vu au moment de la crucifixion. Ben non, le cauchemar continue ! 

            Reconnaissons-le encore : nous n’aurions pas fait mieux que les disciples lorsque Marie-Madeleine les avertit de ce qu’elle a vu. D’ailleurs, les disciples eux-mêmes, à l’annonce de la nouvelle, ne font pas mieux que Marie-Madeleine. C’est la stupéfaction au point que deux d’entre eux, celui qui a renié et celui qui se tenait au pied de la croix, vont courir au tombeau. Pas un ne semble croire ce qu’elle dit. Surtout, pas un ne semble se souvenir des trois fois où Jésus a annoncé à ses disciples sa mort et sa résurrection. Pierre, Jacques et Jean ne semblent pas se souvenir, à ce moment précis, de l’événement de la transfiguration de Jésus qui était pourtant une annonce de la gloire de Dieu partagée par Jésus. Quand les ténèbres remplissent votre esprit et votre cœur, ces lumières lointaines autrefois révélées, ne semblent pas assez puissantes pour percer déjà la nuit. 

            Nous voici donc au tombeau avec Pierre et Jean. Aurions-nous fait mieux que Pierre, qui entre dans le tombeau ? Il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus. Mais c’est tout ce qu’il fait. Il voit, il constate, mais ne comprend pas. Si, comme le prétend Marie-Madeleine, le corps avait été enlevé, croyez-vous qu’un voleur aurait pris le temps de sortir le corps de ses linges et de bien plier ces derniers ? La conclusion tirée par Marie-Madeleine ne résiste pas aux constatations de Pierre. Mais Pierre ne sait que faire de ce qu’il voit à son tour. Aurions-nous compris, nous ? Et surtout aurions-nous fait aussi bien que Jean qui, entrant dans le tombeau à son tour, vit et crut ? Pour être clair, il ne croit pas ce qu’a dit Marie-Madeleine au sujet d’un enlèvement du corps ; non, il croit la réalité de ce qui s’est passé : Jésus, celui qui était mort, est vivant ! Il n’a pourtant pas vu autre chose que Marie-Madeleine (une pierre roulée) ; il n’a pourtant pas vu autre chose que Pierre (des linges bien pliés) ; mais ce qu’il voit, lui fait l’effet de la dernière pièce de puzzle qui manquait et qui permet de comprendre l’image dans son entier. Tout est remis à sa place dans son esprit. Tout ce qu’il a vu et entendu durant son temps de compagnonnage avec Jésus, s’éclaire d’un jour nouveau. En entrant dans le tombeau, il est sorti des ténèbres. En entrant dans le tombeau, toute la lumière s’est faite dans son esprit. Mais oui, c’est ça, bien sûr ! Comment n’y avions-nous pas pensé avant ? 

            Nous ne connaîtrons jamais l’intensité des émotions qui ont traversé Jean quand il a réalisé que Jésus était vraiment ressuscité. Mais nous pouvons, comme lui, nous faire disciples du Christ, c'est-à-dire relire tous les événements de sa vie terrestre, pour les comprendre dans leur sens profond, ce sens qui nous fait croire, sur le témoignage de ses premiers Apôtres, que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant. Nous pouvons passer de la sidération du Vendredi Saint devant la mort de l’Innocent à la foi de Jean dans ce tombeau, et croire que Jésus est plus fort que la mort, croire que la vie belle qu’il nous avait promise, se réalise bien là, dans ce tombeau vide. Nous pouvons relire les Ecritures à l’aune de ce jour nouveau et comprendre, de la première à la dernière page qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Le projet de Dieu, ce n’était pas que Jésus meurt, mais qu’il donne sa vie librement pour la retrouver en Dieu et nous attirer vers lui. La résurrection de Jésus n’est pas un coup médiatique ; elle est la réalisation des promesses de Dieu à son peuple. Elle est l’annonce de notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu, pour partager sa vie. La joie de la résurrection de Jésus est la joie de notre propre résurrection à venir. Nous pouvons désormais vivre avec cette certitude que la mort n’aura jamais plus le dernier mot. Nous pouvons désormais vivre avec cette certitude que le Mal est vaincu, définitivement, et que nous pouvons le vaincre, dans la puissance du Ressuscité. 

            Nous sommes ce matin, comme Marie-Madeleine, comme Pierre, comme Jean. Une merveilleuse nouvelle nous est parvenue : Jésus est ressuscité. Nous avons toute l’histoire de l’Eglise, toute l’histoire des Saints pour nous convaincre de cette réalité. Ferons-nous comme Marie-Madeleine qui, voyant les choses, en tire une conclusion erronée ?  Serons-nous comme Pierre, qui ne sait que faire de ce qu’il voit ? Serons-nous comme Jean qui se laisse saisir par ce qu’il voit et qui croit, sans plus de preuve, juste à la vue de ces signes ? Depuis le commencement de l’histoire de l’Eglise jusqu’à aujourd’hui, les signes sont nombreux que Jésus est ressuscité. Savons-nous les voir ? Savons-nous les interpréter de manière juste ? Ou nous faudra-t-il encore plus pour considérer comme véridique ce que certains, même parmi les croyants, ne considèrent que comme une belle histoire ? Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité pour que notre vie, ta vie, resplendisse de la gloire de Dieu. Quitte les ténèbres, viens à la lumière. Passe du cauchemar à la réalité : Jésus, celui qui était mort, est ressuscité. Alléluia. Amen.

dimanche 30 août 2020

22ème dimanche ordinaire A - 30 août 2020

 Il nous faut mourir pour vivre.




(Sieger Köder, Marie tenant le corps mort de Jésus)


          Il nous faut nous souvenir aujourd’hui de la belle profession de foi de Pierre entendue dimanche dernier et du geste inouï de Jésus lui confiant les clés du Royaume des Cieux, parce que la suite de l’histoire est moins belle, moins encourageante. Que s’est-il passé ? Il y a juste cette première annonce par Jésus, de sa Passion prochaine, c'est-à-dire la révélation du contenu de mission de salut. Il faudra, pour que l’homme soit sauvé, pour que le royaume des cieux lui soit ouvert, que Jésus meurt. Comment auriez-vous réagi en entendant votre ami vous dire qu’il va se rendre à Jérusalem pour y être mis à mort ? 

          Pierre, sans doute fort de sa profession de foi (Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !) n’ose croire ce que ses oreilles viennent d’entendre : Dieu t’en garde, cela ne t’arrivera pas. Comment pourrait-il imaginer un seul instant que Dieu ait donné son Fils au monde pour le laisser mettre à mort ? C’est proprement inconcevable. Selon les Ecritures, le Christ, le Messie, est envoyé par Dieu pour sauver, pour libérer, pas pour mourir. Les morts ne sauvent personne, c’est bien connu ; il suffit de parcourir un cimetière pour s’en rendre compte ! Si nos cimetières sont remplis de gens indispensables, ils n’en sont pas pour autant très utiles, ces gens, à part pour cultiver nos souvenirs. Comment Jésus pourrait-il être utile s’il se retrouve coincé dans une tombe ? Sans doute, les onze autres réagissent-ils, dans leur for interne, de la même manière. Ce n’est juste pas possible, ce que Jésus vient de dire. C’est du grand n’importe quoi ! 

          La question que je me pose est alors celle-ci, bien conscient que je la pose parce que je connais toute l’histoire de Jésus, que Pierre ignore à ce moment-là, mais dont il aurait pu avoir quelques indices s’il avait bien écouté jusqu’à la fin. Je suis persuadé que, submergé par l’émotion en entendant Jésus dire qu’il lui fallait souffrir beaucoup et être tué, il n’est sans doute pas entendu la fin, c'est-à-dire le troisième jour ressusciter. Et quand bien même l’aurait-il entendu, je doute qu’il ait compris le sens de ce dernier mot, personne n’étant encore ressuscité à ce moment-là ! Nous avons plus de deux milles ans d’histoire, de signes qui attestent de cette résurrection : Pierre et les autres n’ont rien ; juste la parole mystérieuse de Jésus, et son assurance. Mais qu’est-ce que cela à côté de l’annonce de sa mort ? Que pèse un mot dont on ignore le sens à côté de deux mots dont on ne connaît que trop bien le sens : souffrir et mourir ? La longue explication de Jésus, précisant qu’il faudra à tout disciple (donc à nous aussi) accepter de mourir pour vivre, n’a pas plus de sens au moment où cette phrase est prononcée. Encore une fois, elle en a pour nous aujourd’hui, vingt-et-un siècle après, parce que nous nous appuyons sur le témoignage rendu par Pierre et les autres Apôtres, après Pâques, après les événements annoncés aujourd’hui dans l’évangile à ces mêmes Apôtres. 

          Je m’interroge alors, non pas sur la foi de Pierre magnifiquement exprimée dimanche dernier, mais sur la foi de tant de chrétiens pour qui la mort du Christ semble totalement inconcevable, à tel point qu’ils préfèrent croire en une réincarnation, toujours signe d’échec dans le bouddhisme, plutôt qu’en la réalité de ce que Jésus annonce aujourd’hui : il doit subir la mort, l’affronter sur son propre terrain, pour la vaincre définitivement et nous ouvrir ainsi la porte du Royaume des Cieux auquel nous sommes appelés. Ce que Jésus nous annonce in fine, c’est que nous sommes faits pour vivre avec lui, toujours, mais que le chemin vers cette vie pour nous, ne saurait être différent du chemin qu’il a lui-même emprunté : il nous faudra, à sa suite, passer la mort pour pouvoir vivre avec lui. Il n’y a pas d’autre chemin, le disciple n’étant pas au-dessus de son Maître, ni plus fort que lui. Quand viendra l’heure de notre mort, il faudra nous rappeler ces paroles de Jésus ; il nous faudra consentir à emprunter ce dernier chemin pour entrer dans la vie véritable, et non pas nous raccrocher à des ersatz laissant croire que nous pourrions revenir et recommencer à vivre ici-bas. Notre vie éternelle n’est pas ici-bas ; elle est en Dieu, auprès de Dieu, auprès de celles et ceux qui nous ont précédés et qui, dans le Christ, ont vaincu le mort. 

          La leçon fut sans doute difficile à entendre pour Pierre (Passe derrière moi, Satan) en ce jour où, pour la première fois, Jésus leur révélait le but de sa vie ; mais elle a pris tout son sens pour lui après Pâques, quand le Ressuscité s’est manifesté à ses Apôtres pour les envoyer en son nom vers les hommes que Dieu aime et sauve en Jésus, mort et ressuscité. La leçon est quelquefois difficile à entendre et à assimiler aujourd’hui encore, mais c’est la même leçon, le même chemin qui sont enseignés. Il n’y en a pas d’autre possible. Comme Pierre, il nous faut apprendre que la mort n’est pas le dernier mot de notre histoire. Nous aussi, nous sommes appelés à ressusciter à la suite du Christ. Que notre vie et nos actes expriment notre foi : seul celui qui renonce à lui-même et qui prend sa croix peut suivre Jésus. Nous ne vaincrons pas la mort en espérant revivre ici-bas (réincarnation) ; nous ne vaincrons la mort qu’en l’affrontant dans la puissance du Christ Sauveur. Amen.

 

 

samedi 30 mai 2020

Pentecôte - 31 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer de la peur au témoignage.








            Nous terminons notre parcours pascal avec la fête de la Pentecôte ; une dernière occasion pour approfondir ce que signifie vivre dans la dynamique de Jésus, mort et ressuscité pour nous ; une dernière occasion pour découvrir un sens à ce passage fondamental de la mort à la vie. Il s’agit du passage de la peur au témoignage. Nous vivons ce passage à la suite du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. 

            L’Evangile de Jean que nous venons d’entendre nous montre en effet que Pâques et Pentecôte sont liées. C’est le soir de Pâques que le Christ apparaît à ses disciples alors que les portes du lieu où [ils] se trouvaient étaient verrouillées par crainte des Juifs. Et un peu plus loin, l’évangéliste Jean témoigne : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint… ». Le souffle de Dieu est transmis aux disciples par le Verbe de Dieu, ressuscité d’entre les morts. C’est dans bien dans la dynamique de Pâques qu’est donné l’Esprit Saint. Le Christ va s’effacer, rejoindre son Père et envoyer son souffle, ce souffle créateur dont parle la Genèse au commencement, ce souffle de vie dont parle le prophète Ezéchiel dans la vision des ossements desséchés. Le don de l’Esprit Saint est fait à ceux qui passent de la mort à la vie à la suite du Ressuscité : c’est ce qui se joue au moment de notre baptême. Ce lien est indissoluble. Et nous avons vu, dans notre lecture continue des Actes des Apôtres, que lorsque l’Esprit Saint est donné d’abord, le baptême au nom de Jésus Christ, qui signifie le passage de la mort à la vie, est donné immédiatement. C’est ce qui est arrivé lors de la venue de Pierre chez le Centurion Corneille. Le passage de la mort à la vie se fait dans la puissance du souffle de Dieu. 

            La première lecture, extraite du livre des Actes justement, nous montre l’événement même de la Pentecôte, tel que l’ont vécu les Apôtres. Au-delà du coup de vent et des langues de feu, je voudrais retenir aujourd’hui ce que ce don déclenche chez ceux qui ont reçu l’Esprit Saint. Et le constat est simple : ceux qui ont reçu l’Esprit se mettent à témoigner. La peur, qui avait saisi la jeune communauté au moment de la mort du Christ, les a abandonnés. La foule, rassemblée à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte Juive, les entend témoigner des merveilles de Dieu, la plus grande étant justement d’avoir rendu à la vie celui que les hommes avaient crucifié. Il n’y a plus de trace de peur dans la vie de ces hommes ; tout le livre des Actes en témoigne. Ce souffle de Dieu donne un nouveau souffle à cette jeune communauté. L’Evangile est annoncé à tous, en commençant par Jérusalem, puis à toute la Judée, la Galilée et la Samarie, en attendant de s’étendre au monde entier par les missions de Paul. Vivre dans la dynamique de Pâques, vivre de ce souffle de Dieu, c’est fondamentalement témoigner de ce Dieu qui sans cesse nous appelle à passer de la mort à la vie, c’est fondamentalement vivre de la vie même du Ressuscité qui s’est livré pour nous. Il n’y a pas à opposer Jésus Christ et l’Esprit Saint ; il faut les tenir ensemble, le premier nous donnant le second, et le second nous faisant comprendre ce que nous disait le premier, par ses paroles, par ses actes, par sa mort et sa résurrection. 

            La puissance de vie du Christ est en nous depuis notre baptême ; le souffle de Dieu nous a été donné à ce moment-là déjà et il a été confirmé par l’Eglise au moment de notre confirmation. C’est par toute notre vie que nous devons maintenant confirmer que nous voulons vivre du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. Cela commence par notre témoignage de vie d’abord ; et pour ceux à qui est donné le don d’une parole sage, le témoignage passe aussi par l’enseignement de Jésus Christ, par la catéchèse et la prédication. Mais chaque croyant peut dire à sa manière ce que cela change pour lui de vivre dans ce souffle de vie reçu du Ressuscité. Les petits cénacles qui se sont mis en place durant la neuvaine de la Pentecôte en sont bien l’illustration. Aujourd’hui, avec cette fête, le temps pascal s’achève ; mais il n’achève pas le temps du témoignage. Bien au contraire, il l’inaugure. Ayant célébré aujourd’hui ce don perpétuel de Dieu aux hommes, nous ne saurions ni nous taire, ni nous effacer, ni confiner encore notre foi. Nous n’avons d’autre option que le témoignage, dans la confiance de la présence du Ressuscité, Verbe de Dieu fait chair. Dans ce corps du Christ que nous formons parce que baptisés, incorporés au Christ, nous avons à tenir notre place particulière. L’Esprit Saint nous aidera à la trouver et à accomplir ce à quoi Dieu nous appelle. Il nous appelle et nous rend capable de vivre ce qu’il attend de nous. 

            Si vous aviez dit à Pierre, la veille de la Pentecôte, que le lendemain, il se trouverait sur la place publique à parler de Dieu et de Jésus, sans doute vous aurait-il pris pour un fou. Quand il a accueilli l’Esprit Saint, il s’est senti pousser à témoigner. Vous pouvez bien me prendre pour un fou, mais quand vous aurez accueilli l’Esprit Saint, quand vous lui aurez laissé le gouvernail de votre vie, vous le verrez vous mener là où vous ne pensiez pas aller. En ce jour de la Pentecôte, demandons le don renouvelé de la présence de ce souffle divin en nous et acceptons qu’il nous conduise là où Dieu nous attend, pour le bien de tous. Car à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. Amen.




(Arcabas, La Pentecôte, trouvé sur internet)

samedi 23 mai 2020

7ème dimanche de Pâques A - 24 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer des difficultés à l'allégresse.








            Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Cela ne s’invente pas, cela ne se prévoit pas : c’est juste la finale de la seconde lecture de ce septième dimanche de Pâques, le premier où nous pouvons enfin à nouveau nous réunir pour célébrer l’eucharistie publiquement, même si c’est en nombre restreint. 

            Cette parole de la première lettre de Pierre invite le croyant chrétien au bien d’abord : il dit clairement qu’un disciple de Jésus Christ ne peut être ni meurtrier, ni voleur, ni malfaiteur, ni agitateur. Et c’est une chose dont nous devons être convaincus. Notre attachement au Christ, mort et ressuscité, nous destine au bien, pour nous-mêmes (nous sommes faits pour la vie éternelle) et pour les autres. En effet, au moment de notre baptême, ce sacrement qui fait de nous des frères du Christ et des enfants du Père éternel, nous avons renoncé au Mal sous toutes ses formes. Nous avons renoncé à en être à l’origine, nous avons renoncé à y participer et à le répandre. Quand se Mal se loge dans un organisme microscopique, il nous faut donc accepter les conditions qui sont celles de notre célébration aujourd’hui, et qui seront celles de nos célébrations pour les temps à venir. C’est cela aussi, ne pas participer au Mal et au fait que le Mal se répande. 

            Mais cette parole de Pierre est aussi une parole qui nous invite au courage. Notre appartenance au Christ peut déranger ; notre appartenance au Christ peut être cause de persécution (le Mal dans sa manifestation la plus forte) ou à minima cause de vexation. Nous avons pu vivre l’interdiction prolongée du culte public alors que la vie économique, sociale, scolaire, reprenait peu à peu comme une vexation, un manque de confiance à tout le moins, pour ne pas dire qu’on nous prenait pour des irresponsables, voire des idiots incapables de gérer la difficulté. Pierre nous dit que la honte ne doit pas être de notre côté dans ces cas-là. La honte doit toujours être du côté des persécuteurs, des vexateurs, des gens qui se font de nous des idées fausses et qui projettent sur nous leurs propres peurs. Ce courage nous invite à une grande responsabilité ; nous devrons être exigeants avec nous-mêmes que ce soit en venant à l’église pour l’eucharistie, ou pendant l’eucharistie, ou à la fin de celle-ci. Nous devrons être irréprochables pour que le caractère vexatoire des mesures que l’on voulait nous imposer apparaisse publiquement. Vivre sa foi, dans le respect de Dieu et dans le respect des autres, ne transmet pas de maladie. Et si la maladie a pu progresser rapidement dans notre région à l’occasion d’un rassemblement évangélique, c’était d’abord parce que ceux qui nous gouvernent n’avaient pris ni la mesure du phénomène COVID au sérieux, ni les mesures élémentaires de protection que nous devons respecter aujourd’hui. Il faudrait voir à ne pas mettre dans les chaussons de nos frères évangéliques ce qui relevait d’abord de mesures sanitaires longtemps décriés comme inutiles et maintenant imposées par la force. Cela aurait pu arriver chez nous si c’est un catholique qui avait été malade ; mais cela aurait pu arriver aussi lors d’une séance de cinéma ou lors d’une rencontre sportive, si un cinéphile, ou un sportif avait été malade. Cela aurait pu arriver partout parce qu’on nous avait expliqué sur tous les tons que notre vie ne devait pas s’arrêter à cause d’une « grippette » ! 

            Cet épisode de notre vie nous rappelle ce que le temps pascal proclame : avec le Ressuscité, nous avons sans cesse à passer de la mort à la vie ; et ce passage prend plusieurs visages. Aujourd’hui, il nous est rappelé que passer des difficultés à l’allégresse fait partie de ces passages de la mort à la vie. Nous avons souffert de ne pouvoir nous rencontrer au moment même où nous célébrions le cœur de notre foi ; cette difficulté, moyennant quelques précautions élémentaires, est aujourd’hui surmontée. Sachons en rendre grâce à Dieu !  Que soit aussi surmontée la peur que certains ont su instillée. Sachons puiser dans notre foi le courage de vivre. Et sachons retrouver surtout la fierté de notre nom de chrétiens en veillant à construire des communautés plus fortes encore. Nous risquons de connaître d’autres épreuves comme celle-ci dans l’avenir. Souvenons-nous toujours que le Ressuscité nous a ouvert le passage vers la Vie en plénitude. Avec lui, soyons toujours prêts à passer des difficultés à l’allégresse : il veille sur nous, il veut notre vie, il veut notre joie. Ce ne sont pas nos assemblées restreintes qui nous les enlèveront, bien au contraire. Réjouissons-nous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Amen.



(Arcabas, Le messager de la joie, source internet).


samedi 9 mai 2020

5ème dimanche de Pâques A - 10 mai 2020

Avec le Ressuscité, quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie.








            Depuis Pâques, nous ne cessons de découvrir les nombreux passages que nous pouvons effectuer à la suite du Christ Ressuscité. Passer de la mort à la vie concerne tant de domaines de notre existence. La liturgie de ce dimanche nous invite à quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie. 

            Regardez la première communauté chrétienne. Son fonctionnement tournait autour des Apôtres. Mais à mesure que grandit la communauté, à mesure qu’elle s’ouvre à d’autres, notamment ceux de langue grecque, vous comprenez bien que les Apôtres ne pouvaient être partout et attentifs à tous. Si nous accordons foi aux données du Livre des Actes des Apôtres, c’est par milliers que les hommes et les femmes de leur temps se convertissaient et rejoignaient ceux qui appartenaient au Christ. Nous pouvons comprendre que ce problème des veuves ait pu voir le jour. Là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie, et le fait d’être chrétien ne change rien (hélas !) à l’histoire. Un partage mal fait, et c’est le conflit ! Voyez le génie des Apôtres : pris dans une impasse, ils ouvrent un nouveau chemin en nommant sept nouveaux compagnons, qui ne seraient pas Apôtres comme les Douze, mais qui seraient attentifs aux détails matériels, les Apôtres poursuivant leur mission première : rester assidus à la prière et annoncer le Christ, mort et ressuscité. C’est cela vivre du Ressuscité : ne pas s’enfermer, pas même dans un fonctionnement que l’on croit éprouvé ; ne pas hésiter à trouver de nouvelles voies, sans rien sacrifier de ce qui est essentiel. L’essentiel, c’est le service de la Parole de Dieu. L’intendance suivra toujours, et si ce n’est pas grâce aux Douze, ce sera par d’autres, envoyés par les Douze. Ainsi est conservé leur autorité ; ainsi est assuré par eux le service de l’essentiel. 

            Cette décision des Douze est conforme à l’enseignement de Jésus. C’est en le suivant que les hommes découvrent le chemin à suivre. Jésus l’a dit à ses Apôtres : il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; le Chemin vers Dieu, la Vérité sur Dieu, la Vie de Dieu donnée aux hommes. Vous comprenez ainsi pourquoi les Douze ont conservé le service de la Parole de Dieu : parce que ce service les met en relation directe avec leur Maître, Celui qu’ils ont suivi depuis son baptême sur les bords du Jourdain jusqu’à son retour dans la gloire de son Père. Puisqu’ils sont unis d’une manière toute particulière au Christ, ils sont les garants de ce chemin qui mène à Dieu, de cette Vérité que le Christ a révélée et de la Vie qu’il ne cesse de transmettre depuis qu’il s’est montré plus fort que la mort. 

            Il est heureux que nous entendions ces textes dans les temps qui sont les nôtres. Il est heureux que nous entendions cet appel à quitter nos impasses pour de nouveaux chemins de vie. Demain, nous commencerons le déconfinement, une nouvelle phase dans cette lutte contre ce mal invisible qui paralyse notre monde depuis trop longtemps. Nous pouvons rester dans l’impasse de nos peurs et nous plaindre que ce qui est fait n’est pas ce qui aurait dû être fait. Mais nous pouvons aussi entrer pleins d’espoir et de responsabilité dans cette nouvelle étape de notre vie et ensemble construire le début de quelque chose de neuf. Ce ne sera assurément pas la vie d’avant ; cette vie-là est morte. Mais quelque chose de neuf est possible si nous participons à sa construction. Nos peurs peuvent être légitimes ; certains ont tout fait pour nous y maintenir. Mais elles ne doivent ni nous écraser, ni nous paralyser davantage. Nous sommes faits pour la vie : c’est le grand message de Pâques. Nous sommes faits pour une Vie marquée du sceau de l’éternité, et non pour une vie confinée, recroquevillée. Nous sommes faits pour une vie ensemble, attentifs à tous, protégeant tous et non pour un individualisme qui réveille les réflexes les plus vils de l’homme : dénonciation, envie, manipulation à notre seul profit. 
         
        Nous savons que le Ressuscité accompagne toujours notre vie. Nous savons qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; nous savons qu’il est notre Chemin, notre Vérité, notre Vie. Faisons-lui confiance, marchons à sa suite sur les chemins nouveaux qu’il nous ouvre depuis Pâques. La maison du Père aux nombreuses demeures, nous pouvons la construire dès ici-bas en quittant nos impasses, en accueillant la vie du Ressuscité qu’il ne cesse de partager à tous les hommes. Avec lui, faisons œuvre de vie au profit de tous. Amen.


(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs, trouvé sur internet)


samedi 2 mai 2020

4ème dimanche de Pâques A - 03 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer de l'inquiétude à la sérénité.







            Nous l’avons compris dès le matin de Pâques : les disciples de Jésus, bien qu’avertis trois fois par le Maître de ce qui allait lui arriver, étaient plutôt troublés ; ils vivaient dans la peur, confinés chez eux. La mort de Jésus les a plongés dans l’inquiétude. Qu’allaient-ils devenir ? Les chefs des prêtres les rechercheraient-ils ? Au fil des apparitions et des rencontres avec Jésus, nous constatons que, petit à petit, ces mêmes disciples passent de l’inquiétude à la sérénité, pour ne pas dire à un certain courage. C’est un passage que tout disciple doit vivre à la suite de Jésus, mort et ressuscité. et cela plus particulièrement aux jours où nous sommes. 

            Ce n’est un scoop pour personne : la période que nous vivons est anxiogène. C’est un fait. Et la communication hasardeuse de ceux qui nous gouvernent, comme de ceux de l’opposition, alliant savamment mensonge et demi-vérité, n’aide pas à lutter contre cet état de fait. L’inquiétude est réelle, perceptible et compréhensible ; la liste des morts s’allongeant, la perspective d’un vaccin n’étant pas pour demain, un déconfinement qui risque de tourner à la déconfiture : rien ne nous sera épargné ; rien n’est vraiment fait pour nous rassurer. Nous découvrons ce que c’est que d’être gouverné par la peur et la répression qui l’accompagne toujours !  

           Dans ce contexte si particulier, les lectures que la liturgie propose en ce dimanche résonne de manière toute particulière. Elles nous invitent toutes à quitter la peur pour reconnaître celui qui est notre unique pasteur : Jésus, celui-là qui était mort et qui maintenant est vivant, ayant affronté la mort et l’ayant vaincue. Voyez Pierre lui-même qui se tient sans crainte devant les foules assemblées à Jérusalem pour la Pentecôte et qui les invite à la conversion au nom de Jésus. Entendez son assurance toute nouvelle quand il proclame : Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. Je ne suis pas sûr que nous mesurions bien l’audace qu’il lui a fallu pour oser ce discours. Entendez aussi le psaume 22 par lequel nous répondons à ce passage des Actes : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer… Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton me guide et me rassure. Entendez Pierre encore dans sa première lettre, nous réconforter en affirmant : Par ses blessures [celles du Christ], nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes. Entendez enfin Jésus lui-même, dans l’évangile de Jean, quand il dit : Moi, je suis la Porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé… Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. 

            Il y a un horizon à notre vie, même et surtout en ce temps de crise, et cet horizon est heureux, toujours. Il y a une vie après cette crise, et elle sera nécessairement différente, comme doit être différente la vie des disciples du Christ. Nous savons depuis longtemps la force de l’espérance ; nous savons depuis longtemps le renouveau qu’apporte la solidarité ; nous savons depuis longtemps la persistance de l’amour de Dieu pour nous, amour que nous devons transpirer et transmettre de manière virale. Pouvez-vous imaginer le monde dans lequel nous vivrions si nous avions su transmettre l’amour du Christ aussi vite que ce virus se transmet aujourd’hui ? Quelle heureuse contagion que la contagion de l’amour ! Quelle heureuse contagion que la contagion de l’espérance qui est la nôtre ! Quelle heureuse contagion que celle de la foi qui nous fait vivre ! Il est dommage que ceux qui nous gouvernent ne l’aient pas encore compris. Ils auraient moins joué sur nos peurs ; ils nous auraient ouvert un avenir. 

            Quand l’avenir se résume pour les uns au grand capital et pour les autres à la révolution, peut-être faut-il faire réentendre cette voix du Christ qui nous dit qu’il est la porte de notre vie, la porte de notre avenir. Avec lui, pas de crainte ; avec lui, pas de mensonge, ni de demi-vérité ; avec lui pas d’autre révolution que celle de l’amour et de la vie. Avec le Ressuscité, nous pouvons passer de l’inquiétude à la sérénité, car il a réellement vaincu toutes nos peurs ; même la mort, avec lui, nous conduit à plus de vie, à la vie véritable, à la vie en abondance. C’est à cette vie que nous nous préparons ; c’est cette vie que nous devons vivre et faire vivre, dès maintenant. Amen.



(Tableau d'Arcabas, La résurrection, source internet)


samedi 18 avril 2020

2ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2020

Avec le Ressuscité, passer du doute à la foi.








Il faudra nous y faire : avec la fête de Pâques, quelque chose de neuf a surgi. Avec la fête de Pâques, Jésus, celui que nous connaissions comme homme, est devenu le Christ, celui que nous reconnaissons comme Messie et Sauveur. Le temps pascal que nous avons inauguré durant la grande nuit du passage, c’est avec lui, Jésus le Christ, qu’il nous faut le vivre. C’est lui qui nous permet de vivre à notre tour les différents passages qu’il nous faut effectuer, si nous voulons vivre avec lui pour toute éternité. Le premier passage à vivre, c’est celui du doute vers la foi. 

            Reconnaissons-le d’emblée : il n’est pas plus facile de croire en la résurrection aujourd’hui que cela ne l’était pour les Apôtres. Nous aurions aimé croire que ces hommes qui avaient vécu avec Jésus, qui avaient entendu son enseignement, qui avaient vu ses signes, auraient cru instantanément en Jésus ressuscité. L’événement de la Passion n’aurait été pour eux qu’un mauvais moment à passer. Après tout, ils avaient entendu Jésus, par trois fois, leur annoncer ces événements. Ils auraient dû comprendre instantanément le sens profond de ce qui se jouait sous leurs yeux. Les évangiles nous racontent qu’il en a été tout autrement. Il suffit de vérifier le nombre d’apparition nécessaires pour qu’enfin ces hommes s’ouvrent à cette nouveauté radicale d’une vie plus forte que la mort. Ni pour les Apôtres, ni pour nous, il n’a été simple de croire en la résurrection. Personne ne décide du jour au lendemain de croire en la résurrection de Jésus. Cet événement est tellement hors du commun, tellement nouveau, qu’il n’y a qu’un moyen pour le reconnaître : c’est que Jésus lui-même, celui-là même qui était mort, se révèle vivant à nous pour toujours. 

            L’histoire de Thomas, racontée dans l’évangile de ce dimanche, est révélatrice à ce sujet. Elle se déroule en deux temps. Le premier temps, les Apôtres le vivent en l’absence de Thomas. Ils se sont confinés dans un lieu verrouillé, par crainte des Juifs, nous dit Jean. Nous sommes au soir de la résurrection : Jésus s’est donc déjà révélé vivant à quelques-uns, et pourtant les Apôtres ne s’en trouvent pas raffermis ; je crois même qu’ils ne savent trop que penser de ce qu’ils ont pu entendre ou voir depuis le matin. Et voilà que Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur faudra malgré tout une parole de Jésus et un geste (il leur montre ses mains et son côté) pour qu’ils se laissent aller à la joie. Nous pouvons imaginer leur joie de partager ce moment avec Thomas lorsqu’il rejoint le groupe. Mais nous pouvons aussi comprendre son scepticisme : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous… non, je ne croirai pas ! En fait, ce que demande Thomas, c’est de faire la même expérience que les autres. Ce qu’ils ont vu, il veut le voir aussi. Qui a-t-il de mal à cela ? Je sais bien, certains ne se priveront pas d’appuyer sur la parole de Jésus à Thomas, huit jours après : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. C’est vrai pour tous ceux qui suivront ; c’est vrai pour nous. Nous n’avons pas la chance de voir Jésus comme Thomas et les autres ont pu le voir. Est-ce que cela rend caduque la demande de Thomas de voir comme les autres ? Je ne crois pas, parce qu’à la différence de nous, il a marché avec Jésus avant sa mort. Sa demande d’égalité de traitement est légitime parce que son expérience de Jésus est la même que celle des dix autres. 

            Pour nous qui suivons des siècles plus tard, il en va autrement. Nous sommes invités croire en Jésus sur la parole de l’Eglise qui, à la suite des Apôtres, répand la bonne nouvelle de sa présence réelle et agissante au cœur de notre vie. Mais il reste quand même nécessaire, pour chacun de nous, de faire cette rencontre personnelle avec Jésus, mort et ressuscité. Nous n’y couperons pas. Ce ne sera pas comme pour Thomas et les autres, mais ce sera une rencontre, une parole, un signe, quelque chose qui nous dit que c’est vrai, Jésus est ressuscité. Le signe le plus évident, c’est la vie des communautés chrétiennes. Relisez les Actes des Apôtres dont nous avons entendu un extrait significatif à ce sujet. Ce que vit ce groupe est contagieux ; d’autres ont envie de le vivre si bien que chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés. La miséricorde que Dieu fait aux hommes par son Fils mort et ressuscité, est rendue manifeste par l’art de vivre des croyants au Christ. Et c’est par cet art de vivre des croyants au Christ que d’autres peuvent être mis en contact avec le Ressuscité. Il y a un enjeu majeur qui se joue dans la vie de nos communautés ; celui de son élargissement à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, à ceux qui ne l’ont pas encore rencontré. Et comment le rencontreront-ils ? Par notre manière d’être, notre manière de vivre notre foi. La miséricorde que Dieu nous a manifestée au moment de notre baptême doit déborder de nous, se répandre sur le monde. En ce sens, le moment de pandémie que nous vivons, a quelque chose de ressemblant avec ce temps de la Pâque de Jésus. Quelque chose de neuf devra jaillir de cette épreuve, comme quelque chose de neuf a jailli de l’épreuve de la Passion. Et les croyants au Christ sont tout autant concernés aujourd’hui que ne l’étaient alors les Onze Apôtres. Ce monde nouveau qui devrait advenir après la crise, monde nouveau dont on nous parle depuis quelques jours, ne se fera pas sur de bons sentiments. Il nécessitera le passage du doute que nous connaissons aujourd’hui, à la foi d’un monde nouveau possible ; sinon ce monde ne sera qu’un rêve, une illusion. 

            C’est en passant du doute à la foi, grâce à Jésus mort et ressuscité, que les Apôtres ont pu engendrer un monde nouveau, un art de vivre nouveau dont le Christ était le cœur. Et c’est par cet art de vivre qu’ils ont touché (que le Christ a pu toucher) le cœur de ceux qui ne le connaissaient pas encore. C’est là, me semble-t-il, que nous serons attendus. Il ne s’agit de faire confiance à tel parti plutôt qu’à tel parti, pour nous sortir de la crise. Il s’agit d’accorder pleinement confiance au Christ, celui qui a vaincu la mort, pour nous aider à reconstruire notre monde, à reconstruire nos rapports humains mis à mal par la distanciation sociale. Comme les Apôtres ont su inventer du neuf tout en restant fidèles à ce qui était essentiel de leur vie d’avant, il nous faudra réinventer nos communautés chrétiennes et humaines, pour que la fraternité, signe d’une vie toujours plus forte que la mort, fasse sens et permette aujourd’hui, comme au temps des premiers croyants, de reconnaître la présence du Ressuscité. Que le Christ miséricordieux nous fasse passer du doute à la foi pour qu’avec lui nous puissions construire ce monde nouveau qu’il a inauguré pour tous les hommes. Amen.

(Arcabas, Le Ressuscité, source internet)