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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 4 janvier 2025

Epiphanie du Seigneur - 5 janvier 2025


 Soyons de ces étoiles qui se lèvent.




(Les mages suivant une étoile, image trouvée sur internet)




Le mystère de Noël, qui célèbre la révélation de Jésus à son peuple, représenté par les bergers, peuple qui attendait un Messie Sauveur, se poursuit aujourd’hui avec cette solennité de l’Epiphanie du Seigneur. Un moment tout à fait important pour nous, parce que ce mystère d’un Dieu fait homme se double d’un autre mystère que Paul nous explique dans sa lettre aux Ephésiens.

Frères, écrit-il, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère… Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. La naissance de Jésus, qui a eu lieu à un moment précis de l’histoire des hommes, de l’histoire d’un peuple, géographiquement et historiquement bien situé, cette naissance donc ne concerne pas que le peuple à qui il s’est révélé en premier. Il concerne tous les hommes, à travers le monde entier, et à travers le temps et l’Histoire. Jésus n’est pas venu pour sauver seulement ceux qui habitaient la Judée, la Galilée et la Samarie, quand l’empereur Auguste gouvernait à Rome et que Quirinius était gouverneur de Syrie. Non, cet événement de la naissance de Jésus allait concerner toute la terre et tous les temps. Nous sommes concernés par cette naissance au point que nous pouvons dire, plus de deux milles ans plus tard que Jésus est né pour nous sauver aujourd’hui. C’est cette réalité que nous célébrons en cette fête de l’Epiphanie. Jésus n’est pas juste un personnage remarquable du passé ; il a ou peut avoir un impact dans notre vie. Il vient pour nous, aujourd’hui ; il vient nous redire à nous aussi, comme jadis à ses compatriotes, que Dieu nous aime infiniment, que nous pouvons changer notre vie en mieux, que nous sommes sauvés par le sacrifice unique du Christ. Il vient nous dire à nous, aujourd’hui, que rien n’est jamais fini de l’espérance des hommes et que la grâce de sa naissance et de son incarnation s’étend jusqu’à nous, comme elle s’étendra demain aux hommes et aux femmes qui nous suivront. Quand Dieu entre dans le monde, ce n’est pas pour le petit monde d’une époque précise ; quand Dieu entre dans le monde, c’est pour aider ce monde à parvenir à son accomplissement. Et il accompagnera cet accomplissement tant qu’il le faudra. Dieu ne nous laisse plus seul en ce bas monde ; il est venu à notre rencontre en Jésus ; il continue de nous accompagner de son Esprit, jusqu’à la fin des temps, c'est-à-dire jusqu’à ce que nous le voyions tous dans la gloire de son Royaume. 

Dans l’Evangile, cette révélation de la naissance du Sauveur à tous les hommes se fait par la venue et l’adoration de ces mages venus d’Orient. Ils ont vu son étoile à l’orient et sont venus se prosterner devant lui. Les hommes de sciences embrassent la foi et adorent Celui qui leur a été mystérieusement révélé. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, mais qui se vivent. Ils entrent dans un mystère qui leur est étranger, avec joie et confiance. Ils font une longue route pour se prosterner devant lui. C’est le long chemin de la foi que nous sommes invités à faire. Ils n’ont vu qu’un signe lointain, une étoile se lever dans le ciel ; mais ils ont compris, derrière ce signe, que quelque chose de neuf venait de se produire. Leur longue route traduit leur espérance et leur foi. Comme eux, nous n’avons que des signes de la venue du Seigneur. C’est le témoignage de la foi de celles et ceux qui nous ont précédés, l’annonce de la Bonne Nouvelle faite par l’Eglise à travers les siècles, le témoignage de la charité de tant de saints qui ont donné leur vie à cause de Jésus. Tous ces signes nous mettent-ils en route comme eux ? Les mages ont vu une étoile, et cela a suffi. Que nous faut-il aujourd’hui ? Nos contemporains, qui ne croient pas encore ont ces mêmes signes et ils peuvent voir des communautés croyantes ; cela suffit-il à les convertir, à leur donner envie de se prosterner devant Jésus ? Nous pouvons tous être l’étoile de quelqu’un, par nos paroles, par notre témoignage de vie, par notre joie d’être au Christ. Soyons de ceux qui se lèvent pour que d’autres puissent croire et se mettre en route à la rencontre de Celui qui vient dans le monde des hommes pour leur apporter le Salut et la Paix. L’Epiphanie est leur fête, la fête de celles et ceux qui ne croient pas encore, mais qui peuvent se sentir inviter à marcher à la rencontre de Jésus. Ils peuvent aussi en lui, adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur (Préface de la Messe de la Vierge Marie à l’Epiphanie). Il y a encore tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent quelqu’un qui peut leur redonner de l’espérance et de la joie. Jésus est celui-là, mais en sommes-nous convaincus au point d’en témoigner toujours ? 

Si la fête de Noël est passée, l’esprit de cette fête ne peut s’éteindre, car Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Que cette fête de l’Epiphanie nous donne de reconnaître Jésus comme Dieu et Rédempteur à frais nouveau ; qu’elle nous donne d’être des signes, des étoiles qui se lèvent, pour que le monde puisse croire, se convertir et devenir meilleur. Amen. 


samedi 5 septembre 2020

23ème dimanche ordinaire A - 06 septembre 2020

 Ecoutons la voix du Seigneur !



           Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! L’antienne du psaume de ce dimanche résume admirablement l’ensemble des lectures de ce jour, et nous indique ainsi une voie spirituelle dont nous ne pouvons faire l’économie. L’écoute est la posture fondamentale du croyant face à Dieu. Avant même de parler à Dieu, il nous faut l’écouter. Que ce soit le prophète Ezéchiel, le psalmiste, saint Paul, ou encore saint Matthieu, c’est bien de cela qu’ils nous parlent tous. 

            Le psalmiste avertit : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Ce que demande le psalmiste, c’est la fin de l’ingratitude. Le temps du désert qu’il évoque, c’est le temps de la libération d’Egypte. C’est l’œuvre maîtresse de Dieu vis-à-vis de son peuple. Et pourtant, ce même peuple, loin de se réjouir, se révolte de nombreuses fois au cours de sa marche vers la terre promise. Combien de fois Dieu a-t-il dû écouter son peuple geindre : Ah, c’était bien mieux avant, en Egypte… Pourquoi nous en a-t-il fait sortir ? Était-ce pour nous faire mourir ici ? Avec en arrière-plan, cette question lancinante : n’avons pas été fous de l’écouter et de le suivre ? Peut-être, sans doute même. Des siècles plus tard, Paul invitera les chrétiens de Corinthe à devenir fou pour devenir sage, car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Ecouter Dieu, c’est toujours prendre un risque, mais un risque mesuré puisque Dieu ne veut pour nous que le meilleur. 

            A ceux qui s’interrogent pourquoi écouter Dieu, les réponses sont multiples. Je voudrais en évoquer trois. La première raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est parce qu’il nous parle. Il est un Dieu de relation, un Dieu qui entre en alliance avec nous ; et pour que cette alliance soit effective et fructueuse, il nous faut y consentir, donc la comprendre, et pour la comprendre l’avoir écoutée ! Si nous n’écoutons pas Dieu, nous ne saurons jamais ce qu’il attend de nous. Ne nous plaignons pas de ne rien entendre, si nous sommes incapables d’écouter ! Une deuxième raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est qu’il peut nous choisir, il peut faire de nous un guetteur pour avertir de sa part, comme il l’a fait pour Ezéchiel. Il se joue quelque chose de plus grand que ma propre existence dans le fait d’écouter ou pas. Il ne s’agit pas que de moi et de ma vie ; l’extrait du prophète Ezéchiel nous montre que la vie des autres passe aussi par mon écoute. Il y a une responsabilité partagée dans la foi et dans l’écoute de Dieu. Nous sommes responsables les uns des autres. Ceci nous amène à la troisième raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est que le salut est en jeu. Le bénéfice qu’il y a à écouter Dieu, va au-delà de la vie présente ; écouter Dieu nous prépare à la vie éternelle. Si je n’apprends pas à écouter Dieu dès maintenant, comment l’entendrais-je quand il m’appellera à partager sa joie et son Royaume ? 

            A ceux qui s’interrogent comment Dieu nous parle, la liturgie, par le choix des textes de ce dimanche, répond de multiples manières. Dieu parle par la Loi qu’il a donnée et que le commandement de l’amour résume parfaitement. Cette Loi est Parole de Dieu ; elle est à écouter, elle est à vivre. Il parle aussi par ses Prophètes : eux-aussi sont à écouter et à suivre. Pour nous, chrétiens, Dieu parle par son Fils Jésus ; il est la parole ultime de Dieu livrée au monde. Il ne faut pas seulement croire en Lui, mais l’écouter et le suivre. Les Evangiles en témoignent à chaque page. Il nous parle enfin par le frère et par l’Eglise. C’est tout l’enseignement de Jésus à ses disciples aujourd’hui. Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes… s’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise ; s’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. Ceci nous montre bien que la Parole de Dieu circule librement, largement. Si elle est peu suivie, c’est peut-être parce qu’elle est peu entendue. Nous pouvons, nous devons toujours mieux faire dans l’écoute de cette Parole que Dieu nous adresse, pour notre vie, pour notre salut. 

            Ne soyons pas comme ceux qui ont tourné dans le désert et y sont morts à force de ne pas écouter Dieu. Ne fermons pas notre cœur ; écoutons la Parole du Seigneur, aujourd’hui, et chaque jour de notre vie. Amen.

 

lundi 25 décembre 2017

Nuit de Noël - 24 décembre 2017

Réjouissons-nous : un Sauveur nous est né !








Le hasard du calendrier fait que, cette année, la quatrième semaine de l’Avent est réduite à sa plus simple expression : des premières vêpres du quatrième dimanche aux premières vêpres de Noël, soit à peine vingt-quatre heures. Pour la plupart des personnes, c’était encore moins long, puisque beaucoup n’auront même pas chanté les vêpres. Ils étaient à la messe ce dimanche matin ; ils se sont déplacés ce même dimanche, dans la nuit, pour entendre l’annonce de la naissance du Sauveur. Très peu de temps, donc. En si peu de temps, nous aurons entendu l’Evangile de l’Annonciation et maintenant celui de la Nativité. En entendant le prédicateur de la basilique, ce matin, je me suis demandé si Marie n’allait pas regretter le Oui sans condition qu’elle a donné à l’ange. A-t-elle bien mesuré à quoi l’engageait ce Oui ? Je ne crois pas, et je ne crois pas que quiconque puisse un jour envisager ce à quoi l’entrainerait le Oui à l’accueil d’une nouvelle vie, et encore moins le Oui à l’accueil de Dieu au cœur de sa vie.
 
Cette nuit de Noël est aussi marquée pour moi par la détresse de ces familles qui cette semaine auront porté en terre leurs enfants, tués dans l’accident de leur car qui les ramenaient du collège à la maison. Elle est marquée par la violence à laquelle doivent faire face les chrétiens d’Orient qui ont encore vu des églises attaquées et pillées, des membres de leurs communautés blessés ou tués par des extrémistes qui ne leur laissent plus même le droit de crier vers Dieu leur détresse. Comment peut retentir la joie de la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur quand votre vie est ainsi bousculée ? La fête qui nous rassemble en cette nuit pourra-t-elle redevenir pour ces personnes l’annonce d’une espérance, l’annonce d’une vie meilleure, l’annonce d’une vie qui a du prix pour Dieu ? 
 
Pourtant, je ne saurais me laisser aller à la désespérance, malgré tout. Car enfin, en cette nuit, le merveilleux fait irruption pour toujours et pour tous dans la vie des hommes. Cette naissance d’un enfant à l’autre bout du monde, dans une humble crèche, signe quelque chose de nouveau. Dieu entre définitivement, totalement et irrémédiablement dans la vie des hommes. Avec le prophète Isaïe, nous pouvons affirmer que le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Cette naissance n’est pas une naissance de plus. L’évangile entendu ce matin nous le redisait : celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. C’est celui-là dont nous célébrons la naissance ce soir, non pas comme un anniversaire, non pas comme un fait de l’Histoire, mais comme une réalité pour notre monde, en cette année 2017 finissante. Aujourd’hui nous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Nous pouvons partager la joie de Marie et Joseph qui accueillent leur premier-né dans des conditions plus que précaires ; nous pouvons partager la joie des bergers qui se sont laissé déranger par les anges et qui, les premiers, sont allés à la rencontre du Nouveau-Né. Nous pouvons partager la joie des anges et avec eux chanter la gloire de Dieu et la paix pour les hommes que Dieu aime. Cette naissance est le don de Dieu à tous les hommes pour qu’ils retrouvent le chemin du cœur de Dieu. Comme le disait saint Irénée, Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. 
 
Nous avons assez de recul pour savoir que cette naissance extraordinaire va entraîner une vie extraordinaire. Les noms donnés à l’Enfant disent tout : Emmanuel : Dieu avec nous ; Jésus : le Seigneur sauve ! C’est le temps de la miséricorde qui s’ouvre pour nous ! C’est le temps du salut qu’inaugure cette naissance ! C’est le temps de la vie qui ne finira plus jamais. Né sur le bois de la crèche, il mourra sur le bois de la croix, résumant ainsi une vie entière donnée au service des hommes, de leur vie, de leur joie. En accueillant Jésus à la crèche, n’oublions pas que c’est tout Jésus que nous accueillons. Il ne saurait rester pour nous le sage enfant de la crèche. Il vient pour accomplir le projet d’amour de Dieu pour les hommes. Il vient transformer la vie des hommes. Il vient orienter le cœur des hommes vers Dieu et vers le frère, particulièrement le plus pauvre. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la naissance de Jésus si nous ne nous réjouissons pas aussi de tout ce qu’il va réaliser, de toute l’espérance qu’il porte et apporte. 
 
En adorant l’Enfant de la crèche, venu refaire toutes choses nouvelles pour vous, ne vous demandez pas s’il a le nez de Marie ou les oreilles de Joseph. Souvenez-vous qu’il a le visage du frère (ou de la sœur) qui vous est insupportable ; il a le visage du malade abandonné sur son lit d’hôpital ; il a le visage du prisonnier libéré à qui tout le monde tourne le dos ; il a le visage du réfugié qui a fui la guerre et que chacun renvoie chez son voisin ; il a le visage de tout homme, de toute femme, de tout enfant qui souffre et qui peine, qui cherche un peu de réconfort ; il a le visage de tout homme, de toute femme, de tout enfant qui cherche juste à vivre dignement. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Réjouissons-nous du bien qu’il nous fait ; réjouissons-nous du bien que nous pourrons faire à sa suite. Laissons-nous tenter par lui à vivre de sa vie, maintenant et toujours. Amen.

(Domenico GHIRLANDAIO, La Nativité, 1483-1485, Chapelle Sassetti, Basilica Santa Trinita, Florence)

 

 

dimanche 27 mars 2016

Jour de Pâques - 27 mars 2016

Entrer dans le mystère de Pâques par la prière de l'Eglise.






Que peut-on dire de plus après la nuit de Pâques ? Peut-on encore approfondir le mystère de la mort et de la résurrection du Christ après avoir entendu l’annonce de la Pâque avec le chant de l’Exultet et médité tant d’extraits de la Bible ? Si l’Eglise nous propose encore une messe ce matin, c’est qu’il y a matière à approfondir ce grand mystère d’une vie plus forte que la mort. Découvrons-le à travers les prières de cette eucharistie. 
 
La prière d’ouverture introduisait d’emblée une donnée intéressante : Aujourd’hui, Dieu notre Père, tu nous ouvres la vie éternelle par la victoire de ton Fils sur la mort. A ceux qui pensaient que nous ne bénéficierions de la joie de Pâques et la grâce de la Résurrection qu’à la fin des temps, il est apporté un démenti fort. C’est dès aujourd’hui que nous possédons la vie éternelle ; c’est dès aujourd’hui que nous profitons de la puissance de vie qui est celle-là même du Ressuscité. Le Christ n’est pas ressuscité pour qu’un jour, lointain, nous vivions ; il est ressuscité pour que, dès maintenant, nous partagions cette puissance de vie et l’éternité qui la caractérise. C’est bien ce que réalise pour nous le baptême : lorsque l’eau coule sur notre front, nous sommes bien plongés dans la mort du Christ pour vivre dès ce jour de l’éternité de vie que Dieu propose à ceux qui croient en Jésus. Cette vie éternelle que nous recevons au jour de notre baptême, nous aurons toute une vie pour l’accueillir personnellement, et devenir par l’Esprit un homme nouveau afin que, comme le précise encore l’oraison, nous ressuscitions avec le Christ lorsque viendra pour nous, le moment de voir Dieu face à face. Pâques ouvre à chaque croyant cette période curieuse du déjà là et du pas encore : nous sommes déjà ressuscités, pleinement vivant avec le Christ, mais pas encore dans le Royaume avec lui, puisque nous ne le serons qu’après avoir effectivement franchi les portes de la mort. 
 
La prière sur les offrandes nous permettra de faire le lien entre la fête de Pâques et la célébration de l’Eucharistie qui l’actualise. Dans la joie de Pâques, prierons-nous tout à l’heure, nous t’offrons ce sacrifice : c’est par lui que ton Eglise, émerveillée de ta puissance, naît à la vie et reçoit sa nourriture. L’Eucharistie, mémorial de la passion et de la résurrection de Jésus nous ouvre toujours plus à cette vie que Dieu nous offre au moment de notre baptême. Elle nous offre le pain des forts, le pain de celles et ceux qui savent devoir compter encore sur le Christ pour parvenir au Royaume promis. Elle donne le pain des humbles à ceux qui savent que, par leur propre force, ils ne sauraient vivre vraiment en chrétiens, disciples du Christ qui sans cesse nous appelle à le suivre sur le chemin exigeant de l’Evangile. Elle est le pain des pauvres qui attendent tout de Dieu, qui ne comptent que sur lui pour leur faire découvrir comment devenir plus humain en suivant chaque jour Jésus sur le chemin des béatitudes. 
 
La prière après la communion, comme souvent, nous renverra à notre fin dernière. Tu ne cesses de veiller sur ton Eglise. Déjà les sacrements de la Pâques nous ont régénérés en nous obtenant ton pardon, en nous faisant communier à ta vie : donne-nous d’entrer dans la lumière de la résurrection. Reconnaissant que nous avons reçu de Dieu lui-même ce qui nous est nécessaire pour vivre, à savoir le pardon et la communion à la vie de Dieu, nous lui demandons de veiller sur nous comme il veille sur son Eglise pour qu’un jour nous puissions, à son appel et non par nos mérites, partager pleinement cette résurrection. Déjà là et pas encore ! Toute la vie chrétienne est ainsi en tension. Dieu nous fait le don de sa vie, mais nous devons l’accepter, l’accueillir dans notre propre existence de manière libre et consciente. La résurrection du Christ, nous devons y croire, pas seulement parce que c’est un article de foi, mais parce que, par notre vie, nous découvrons sans cesse cette vie éternelle à l’œuvre, en nous et autour de nous.
 
La bénédiction solennelle du jour de Pâques demandera pour chacun de vous la permanence de cette grâce, offerte aujourd’hui. En accueillant la puissance de vie du Christ, vous deviendrez capables de résister au doute. Elle vous invitera à croire que la joie de ce jour est telle, qu’elle est, de fait, sans fin, puisque même la mort ne saurait y mettre un terme. Avec le Ressuscité, vous connaissez la joie parfaite. Enfin, vous serez pressés de suivre chaque jour les pas du Ressuscité pour que le « pas encore » cède la place, un jour, à la réalité du Royaume. La résurrection du Christ n’est pas pour plus tard : elle vous invite dès maintenant, à vivre comme lui ; ainsi un jour, il pourra vous accueillir chez son Père et notre Père. Puisse la grâce pascale vous inonder de sa joie ; et toute votre vie sera marquée par celui qui a tout donné par amour de vous : le Christ Sauveur. Amen.

(La résurrection du Christ, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les prinicpales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 2 janvier 2016

Epiphanie - 03 janvier 2016

une fête avec un message simple : Dieu est pour tous les hommes !





J’aime l’Epiphanie. Savez-vous pourquoi ? Parce que tout est simple aujourd’hui. Il n’y a pas à se creuser la tête pour comprendre le sens de la fête. C’est un mystère immédiatement accessible. Tout est dit dans la prière que l’Eglise fait monter vers Dieu. 
 
Cela commence avec la prière d’ouverture de cette messe : Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait. On pouvait difficilement faire plus simple. En une phrase, nous apprenons que tous les peuples sont concernés par Jésus et que ces mêmes peuples sont attirés vers lui : une étoile les guidait. La foi ne tombe pas du ciel ; elle est le résultat d’un double désir : le désir de Dieu de se faire connaître aux hommes, et le désir des hommes de se mettre en route, à la suite d’un signe. Ce signe peut être très variable : un échange avec quelqu’un, une lecture, une rencontre, une étoile dans le ciel… Qu’importe, mais quelque chose, un jour, met l’homme en route, à la recherche de Dieu. Cette mise en route est une première étape nécessaire. Elle sera renforcée par l’écoute des Ecritures. Les mages, passant chez Hérode, se font préciser le lieu probable de la naissance à partir des Ecritures : les grands prêtres et les scribes répondirent : A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. Nous ne pourrons jamais faire l’économie de l’Ecriture, même et surtout quand elle n’est pas à l’origine de notre mise en route. Elle vérifiera notre désir et le renforcera. 
 
La liturgie continuera d’éclairer le sens de la fête avec la préface, en particulier. Nous entendrons aujourd’hui celle tirée du Missel des Messes de la Vierge Marie, plus précisément celle de la messe à Marie à l’Epiphanie du Seigneur. Elle est de toute beauté : Quand ton humble servante, le Vierge Marie, portait dans ses bras Jésus, son enfant, tu as attiré tous les peuples à la foi de l’Evangile : prémices de l’Eglise venue d’Israël, les bergers de Bethléem, enveloppés de ta clarté et avertis en songe par la voix des anges, reconnaissent dans cet enfant le Christ Sauveur. Premiers représentants de l’Eglise issue des nations, les mages venus d’Orient, poussés par ta grâce et guidés par l’étoile, entrent dans une pauvre maison et, dans l’enfant qu’ils trouvent avec Marie sa Mère, ils adorent leur Dieu, acclament leur Roi et reconnaissent leur Rédempteur. Nous comprenons l’unité du temps de Noël : Noël et l’Epiphanie, c’est une même fête au point que nous pouvons dire, avec nos frères orthodoxes : c’est aujourd’hui Noël. Les bergers et les mages sont chacun les représentants d’une partie des peuples de la terre qui s’unissent dans l’Eglise : Israël pour les bergers, les autres peuples pour les mages. Et les gens venus d’Israël comme les gens venus des nations lointaines, viennent reconnaître en l’Enfant celui qui les sauve. Nous comprenons pourquoi l’oraison de cette fête commençait, comme celle de Noël, par aujourd’hui : c’est une même réalité qui est célébrée et qui, si elle a eu lieu jadis, reste valable pour nous. Nous ne sommes pas dans le souvenir, mais dans l’actualisation, dans la commémoration de ce mystère unique d’un Dieu qui se révèle à tous les hommes, donc à nous aujourd’hui. Dieu ne s’est pas seulement révélé autrefois, à ceux qui avaient la chance de vivre alors ; il se révèle toujours et encore aux hommes, à tous les hommes, sans distinction d’origine, de culture, de religion. Dieu se révèle à tous, à travers le temps et l’histoire, parce qu’il veut faire de tous les peuples un seul corps, en son Fils Jésus. C’est bien ce qu’annonçait Paul aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Et c’est bien par la grâce de Dieu que cela est possible. Ce ne sont pas les hommes qui ont décidés cela ; c’est Dieu qui a choisi de faire aux hommes le cadeau de cette unité, le cadeau de cette fraternité en Jésus. Pour reprendre un discours contemporain, il n’y a pas à chercher dans une loi les valeurs qui unissent les hommes ; elles sont données par Dieu, n’en déplaise aux laïcistes de tous bords. Personne ne peut donc s’appuyer sur Dieu pour justifier ce qui sépare les hommes, ni pour mettre en place des lois qui créent des sous-catégories parmi les hommes. Encore une fois, le message de Dieu est simple : Dieu veut tous les hommes unis en Jésus Christ ! Dieu est pour tous les hommes ! 
 
C’est la bénédiction solennelle qui achèvera de préciser en quoi cette fête nous concerne et ce qu’elle nous apporte. Elle le fera en trois points. Premièrement, puisque par la révélation de Jésus à tous les hommes, nous sommes entrés dans la lumière de Dieu, cette fête nous obtient un surcroît de foi, d’espérance et de charité. Et la bénédiction demandera à Dieu de les faire grandir encore et surtout de leur permettre de donner leurs fruits. Si tous les peuples de la terre sont concernés par la révélation de Dieu, je ne peux plus me contenter de mon cercle étroit de relations. Ma charité surtout doit prendre en compte tous les hommes de la terre que Dieu appelle. Je ne peux donc rester indifférent à la misère des hommes. Deuxièmement, puisque le Christ est la lumière qui dissipe les ténèbres, nous sommes invités à marcher à sa suite et surtout à être lumière pour guider les frères sur leurs chemins. Je ne peux me taire, ni cacher cette révélation de Dieu à tous les hommes. Croyants au Christ, nous avons à témoigner de lui devant tous les hommes pour qu’eux aussi parviennent à la lumière, à la connaissance du Christ. Troisièmement, puisque notre marche est orientée vers le Royaume, nous avons la certitude de voir un jour celui que les mages ont cherché et trouvé. Nous verrons nous aussi le Christ face à face et nous vivrons dans sa lumière pour toute éternité. Si cette fête nous rappelle le projet de Dieu d’être connu de tout homme, elle nous rappelle aussi notre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu et le contempler face à face dans son Royaume. Sans doute est-ce là cet autre chemin qu’il nous faudra prendre pour rentrer chez nous : non plus le chemin des hommes, mais le chemin qui mène à Dieu pour toujours. 
 
Dans cette attente, vivons notre foi, ouverts à tous les hommes et proclamons sans fin que Dieu est Dieu pour tous, qu’il est venu en Jésus pour tous et qu’il nous attend tous, unis dans son Royaume d’amour et de paix. Ne compliquons pas une fête au message si simple, mais si riche de sens. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse n° 205, janvier 2004, éd. Marguerite)

vendredi 31 octobre 2014

Toussaint - 01er novembre 2014

La sainteté a-t-elle un présent ?





Toussaint : voilà une fête qui ne fait pas grand mystère de ce qu’elle célèbre : son nom dit déjà tout. Tous les saints, pris dans une seule célébration. Une fête au confluent du passé et de l’avenir. 
 
Une fête qui nous vient du passé, puisque ceux que nous célébrons aujourd’hui sont déjà morts ; ils sont déjà en Dieu. Les jours de nos années n’étant pas extensibles à volonté, chaque époque ayant ses propres saints, chaque pape le souci d’en proclamer de nouveaux (François a déjà dépassé en nombre de saints créés son glorieux successeur, saint lui-même !), une année ne suffit pas à célébrer chacun. Entre les nouveaux entrants et les anciens oubliés, il fallait bien une fête pour les célébrer tous, afin de ne fâcher personne. On peut voir les choses ainsi. Cette fête nous rappelle surtout que le passé de l’Eglise n’a pas été que marqué par l’Inquisition et les Croisades, et que beaucoup de bien s’est fait par l’intermédiaire de ceux et celles qu’elle porte sur les autels. Le message de l’Evangile a été vécu sans relâche depuis que Jésus a prêché sur les bords du lac de Galilée jusqu’à aujourd’hui. Pas une époque qui n’ait ses saints ; pas un continent, pas un pays,  où l’Evangile a été proclamé qui n’ait un glorieux ancêtre dans la foi. Cette fête a de quoi nous réjouir, même en ces temps moroses. Tant d’hommes et de femmes connus ou oubliés qui ont vécu une vie chrétienne exemplaire, capable de nous guider nous-aussi à la rencontre du Christ. Tant d’hommes et de femmes et d’enfants qui sont autant de chemin vers Dieu, autant de routes de sainteté. Nous aurions mauvaise foi de dire que nous ne trouvons pas la nôtre. Parmi les saints et les saintes, il y a des enfants, des pères et mères de familles, des religieux et des religieuses, des papes, des évêques, des prêtres, des diacres, des laïcs consacrés, des chrétiens de base : bref, chacun de nous, dans la situation qui est la sienne, peut se trouver un modèle, ancien ou plus récent, pour le guider vers Dieu. 
 
La fête de la Toussaint a donc aussi un avenir. Si tant d’hommes et de femmes, croyants au Christ, ont été reconnus par l’Eglise comme d’authentiques témoins de la foi, c’est aussi pour nous rappeler que nous sommes appelés à la sainteté, nous aussi ! Les derniers saints créés sont bien des contemporains : qui n’a pas connu Jean-Paul II, pour ne citer que lui ? Si c’est une fête qui marque le passé de l’Eglise, elle dit aussi son avenir : la sainteté n’est pas épuisée par celles et ceux qui ont été reconnus comme tel. Il y a toujours de la place pour les saints de demain. La sainteté est notre destinée à tous. N’est-ce pas ce que proclamera la prière après la communion ? Dieu qui seul es saint, toi que nous admirons et adorons en célébrant la fête de tous les saints, nous implorons ta grâce : quand tu nous auras sanctifiés dans la plénitude de ton amour, fais-nous passer de cette table, où tu nous as reçu en pèlerins, au banquet préparé dans ta maison. C’est ce que nous espérons ; c’est ce que nous demandons dans la prière de ce jour : que nous aussi connaissions un jour la joie d’être à la table de Dieu dont notre autel est une préfiguration. 
 
Si donc la Toussaint a un passé et un avenir, il reste une question : a-t-elle un présent ? Est-elle une fête pour aujourd’hui aussi ? Pour moi, la réponse est oui. Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que nous ayons conscience que la sainteté n’est pas une récompense pour plus tard, mais un état d’esprit, un art de vivre aujourd’hui. Nous sommes tous saints par notre baptême. Paul nous l’a encore redit dans la deuxième lecture : Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous  comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes. Dès aujourd’hui ! Et si nous sommes enfants de Dieu dès aujourd’hui, c’est donc que nous sommes saints dès maintenant, appelés à vivre dès maintenant cette sainteté qui nous vient de Dieu, par grâce. La sainteté n’est décidément pas un hochet pour enfant sage ; elle est notre condition commune, nous invitant à vivre chaque jour, dès maintenant, ce don que Dieu nous fait en nous reconnaissant comme siens. C’est chaque jour de notre vie terrestre que nous avons à vivre en fidèles du Christ Jésus ; c’est chaque jour que nous devons faire briller notre auréole, et pas que sous les bras. Etre saint, c’est notre vocation, dès ici-bas. Etre saint, c’est notre condition commune. 
 
Si la Toussaint nous donne de nous réjouir de nos glorieux anciens, si elle nous permet d’entrevoir la gloire qui nous est promise, elle nous tourne donc aussi vers notre baptême, vers l’appel que nous avons reçu de Dieu pour vivre nous aussi comme lui : Soyez saints comme Dieu est saint. Tel est l’appel de Dieu dès l’Ancien Testament. Réjouissons-nous pour celles et ceux qui ont répondu à cet appel, par toute leur vie. Et stimulons-nous à les imiter dès maintenant ; ainsi le Royaume espéré deviendra réalité visible pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore Jésus Christ. N’est-ce pas le meilleur moyen de répandre l’esprit des béatitudes ? Bonne fête à chacun de nous qui essayons, à travers des vies chaotiques, de vivre l’Evangile du Christ et d’y rester fidèles, sincèrement. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 4 janvier 2013

Epiphanie - 06 janvier 2013

Aujourd'hui, Seigneur !

Tout ceci, tout ce que nous célébrons en ce temps de Noël, ne sont-ce que de belles histoires ? N’y aurait-il donc pas quelque vérité cachée dans cette belle histoire d’hommes venus de loin, suivant une étoile dans le ciel, cherchant le roi qui vient de naître dans le palais d’Hérode avant de finalement s’agenouiller devant un enfant humble, né dans une étable ? La naissance de Jésus, son Epiphanie : belles histoires pour enfants sages ? C’est chaque année, pratiquement, que revient ce questionnement, parce que chaque année, il y a au moins un enfant inscrit au catéchisme qui finit par avouer, qu’à la maison, maman ou papa lui a dit que ce n’était pas vraiment sérieux ; et voilà le petit Jésus rangé avec Blanche Neige et Cendrillon, dans le même livre ! C’est à se demander si les gens ne font pas simplement plaisir au curé et aux catéchistes à Noël en venant aux diverses célébrations : vous comprenez, ce sont les seuls à y croire encore : on ne va pas les décevoir, à leur âge !

Et pourtant, n’est-ce pas vrai que Dieu, en Jésus, s’est fait l’un de nous ? Ne savons-nous plus lire les signes qui nous sont donnés, comme jadis ces mages, venus d’Orient, ont su lire un signe dans le ciel (une étoile qui se levait) et se mettre en route pour voir et comprendre ? Il ne nous est donné rien de plus que jadis : un enfant couché dans une mangeoire dans lequel nous sommes invités, à la suite des mages,  à adorer notre Dieu, acclamer notre roi et reconnaître notre Rédempteur ! Un enfant que nous avons à accueillir dans notre vie, à laisser grandir pour qu’il puisse nous élever au rang même de Dieu. Cet enfant, en qui même les païens peuvent reconnaître leur Sauveur, est venu pour le salut de tous : pour le salut de son peuple, pour le salut de tous les peuples représentés par ces étrangers. La prophétie d’Isaïe (les nations marcheront à ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore) est réalisée. Autour de cet enfant, l’humanité peut retrouver son unité, chacun peut reconnaître en l’autre, en l’étranger, un frère à aimer parce qu’aimé de Dieu même. Ce n’est pas une belle histoire ; c’est l’histoire réelle de l’alliance entre Dieu et l’humanité. Et cette alliance, en Jésus, est pour tous et pour tous les temps.

Si nous acceptons que toutes ces histoires ne sont pas seulement de belles histoires, il nous faut alors faire un pas de plus, et affronter une autre question : tout ceci, tout ce que nous célébrons en ces jours, ne serait-ce qu’un anniversaire alors ? Ne célébrons-nous que des événements du passé, comme nous célébrons la victoire de telle ou telle bataille, la fondation de notre république ou que sais-je encore ? Bref, Noël, l’Epiphanie, une belle page de l’Histoire de l’humanité dont nous nous souvenons simplement. Il n’y aurait nul besoin de croire ; c’est une commémoration. On ne nous demande pas de croire à la révolution pour célébrer le 14 juillet ! C’est un événement marquant de notre histoire. De même, Jésus, du moment que l’on admet son historicité, ne serait alors qu’un grand homme dont nous pouvons sans honte nous souvenir. Nul besoin de croire en lui pour reconnaître l’héroïcité de sa vie, pour reconnaître qu’il a marqué l’histoire de l’humanité.

Pourtant, l’essence même de la liturgie, c’est de nous faire participer, non pas à un anniversaire des événements que nous célébrons, mais bien à l’aujourd’hui de cette histoire, à l’aujourd’hui de la naissance de Jésus, à l’aujourd’hui de son Epiphanie. La prière d’ouverture le souligne bien : Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations ! La bénédiction solennelle le redira avec force : Aujourd’hui, le Christ s’est manifesté au monde. Aujourd’hui ! Un petit mot qui change tout. Un petit mot qui nous situe dans cette alliance avec Dieu ; un petit mot qui nous place, avec les mages, dans ce peuple d’étrangers qui reconnaît Jésus comme Dieu, Sauveur et Rédempteur ! Non, ce n’est pas une belle histoire pour enfant sage ! Non, ce n’est pas qu’une histoire du passé ! Noël, l’Epiphanie, c’est notre salut qui se joue aujourd’hui ! C’est pour notre temps, notre vie, notre salut d’aujourd’hui, que Dieu prend chair et se révèle à tous, nous y compris. Ce n’est ni notre passé qui est célébré, ni notre avenir qui est projeté : ce qui se joue, c’est notre aujourd’hui avec Dieu. Dieu n’est ni du passé, ni pour l’avenir seulement ! Dieu, c’est aujourd’hui qu’il choisit de vivre avec nous ; c’est aujourd’hui qu’il choisit de se montrer à nous et à tous ; c’est aujourd’hui qu’il se propose de conduire notre vie vers un à venir. C’est donc aujourd’hui qu’il me faut lui répondre. Je peux choisir Dieu aujourd’hui, fort de ce que je sais de notre passé, de ces alliances sans cesse reproposées par Dieu ; je peux choisir Dieu aujourd’hui, les yeux fixés vers l’avenir qu’il me promet : voir Jésus, le Christ, au terme de ma route ici-bas ; contempler enfin celui que j’aurai cherché et accueilli dans cet enfant.

Ne cantonnons pas Dieu dans un passé qui serait révolu ; ne l’enfermons pas dans un avenir lointain : c’est aujourd’hui qu’il vient à nous ; c’est aujourd’hui qu’il nous sauve ; c’est aujourd’hui que nous devons le chercher, le trouver et le suivre. Amen.

(icône de l'église orthodoxe de Zagreb, Croatie)