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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

samedi 6 juin 2020

Sainte Trinité A - 07 juin 2020

Une fête pour redonner du sens à un monde en crise.








            Maintenant que les rassemblements des croyants sont à nouveau autorisés, même si c’est encore en nombre restreint, nous pouvons nous interroger sur cette période étrange que nous venons de vivre et tenter de comprendre mieux ce qui s’est joué durant ce temps pour les croyants en général, et pour les chrétiens en particulier. 

            Ce qui m’a le plus frappé, c’est la subite envie des hommes et des femmes de retrouver rapidement le chemin des lieux de culte. Car enfin, reconnaissons-le, nos contemporains ne sont pas vraiment, du moins en Europe, des coureurs d’Eglise. Qu’est-ce qui a ainsi mobilisé bien au-delà de notre cercle habituel pour un retour rapide du culte public dans une France tellement marqué par la laïcité, qu’elle entend bien faire de l’expression religieuse une dimension purement personnelle ? Si nous relisons l’histoire de ces derniers mois, il faut bien constater que ce ne sont pas nos évêques qui se sont mobilisés le plus. Le recours devant le Conseil d’Etat, ce sont des groupes de laïcs, voire des politiques, qui l’ont porté ; et une fois le jugement rendu, ce ne sont toujours pas les responsables religieux qui ont le plus sauté de joie. Certains en étaient même gênés, invitant encore à la plus grande des prudences, alors que le peuple de Dieu ne cessait de dire : enfin ! Enfin était reconnu ce besoin essentiel des hommes de se rassembler ; enfin était reconnu ce besoin essentiel des hommes de célébrer, de donner sens à ce qu’ils vivent. Enfin était reconnue l’importance de la dimension spirituelle de toute vie humaine, dimension justement niée lors de ces obsèques en catimini que de trop nombreuses familles ont connu en ce temps de confinement. 

            Si je parle de cela aujourd’hui, en cette fête de la Trinité, c’est parce que cette solennité toute chrétienne rejoint l’expérience de ces hommes et de ces femmes qui ont attendu de pouvoir se rassembler à nouveau, dans la joie et l’espérance d’un monde meilleur. Cette fête redonne du sens à un monde en crise. Ou pour le dire autrement, les chrétiens ont compris, durant ce temps de disette liturgique, que la foi chrétienne avait nécessairement une dimension communautaire parce que Dieu lui-même, s’il est Un et Unique, n’en est pas pour autant un isolé, ni un solitaire. En proclamant Dieu Trinité, les chrétiens disent fondamentalement que Dieu en lui-même est relation d’amour vitale. Qui dit relation, qui dit amour, dit nécessairement la pluralité des personnes engagées. Dieu n’étant ni solitaire, ni isolé, ceux qui croient en lui ne peuvent être ni solitaires, ni isolés. Dieu étant en lui-même relation d’amour, ceux qui croient en lui ne peuvent que vivre de cette relation et vivre cette même relation avec Dieu et avec les autres. Et une relation d’amour ne peut pas être durablement virtuelle. Quand l’Apôtre Jean affirme que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, il nous dit la réalité de l’œuvre de Dieu. Le Fils ne s’est pas livré virtuellement, mais réellement. De même, il n’est pas présent virtuellement dans la vie du croyant, mais réellement. Ce que proclame l’oraison de la messe de cette solennité, n’est pas davantage virtuel : Dieu notre Père a [bien] envoyé dans le monde [sa] Parole de vérité et [son] Esprit de sainteté. La Parole de Dieu n’est pas une parole virtuelle ; l’Esprit de sainteté n’est pas davantage un Esprit virtuel. Puisque Dieu est un, tout en étant Père et Fils et Saint Esprit, les croyants ne sauraient s’abstenir longtemps de participer à ce mouvement d’amour et d’unité en étant éloignés les uns des autres. Le besoin de rassemblement naît, me semble-t-il, de ce que nous disons de Dieu lui-même. Puisqu’il est, avec [son] Fils unique et le Saint Esprit, un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature (préface du jour), les croyants eux-mêmes ne peuvent faire qu’un, qu’en entrant à leur tour dans ce mouvement de diversité et d’unité. Les chrétiens n’adorent pas trois dieux, mais un seul, unique, qui est un Père qui nous livre sa Parole et son Esprit, autrement dit un Père qui se livre tout entier pour ses enfants. Et pour faire corps, les croyants ont besoin de se rassembler dans leur diversité pour vivre cette unité en Dieu, un et trine. La fête de la Trinité nous rappelle, plus que toute autre fête, que nous ne pouvons pas nous faire un Dieu à notre mesure, un Dieu pour nous tout seul, un Dieu tout personnel, mais que nous avons à nous retrouver, dans notre diversité, dans la célébration de ce Dieu unique qui nous aime tous. Le don de son Fils et le don de son Esprit Saint sont les signes de cet amour unique de Dieu pour chacun de nous, amour qui nous unit dans une même foi, partagée et célébrée ensemble.  

            Il me reste alors à faire un rêve, le rêve que ce que les croyants ont ainsi senti de la nécessité de se rassembler devienne réalité et que l’abondance revenue, ils ne reviennent pas à la situation d’avant et ne s’installent pas davantage dans les habitudes prises d’une messe virtuelle le dimanche. Le rassemblement dominical est de l’ordre du vital si nous ne voulons pas finir par célébrer chacun son petit Dieu personnel, inconnu des autres. Et si nos hommes politiques prenaient l’habitude de fréquenter quelque peu nos églises, ils ne les auraient sans doute pas fermées, mais simplement limitées. Des rassemblements à cinq milles, on peut en rêver, mais ils sont très loin de nos réalités. Quelques mesures de prudence et de distanciation physique auraient bien suffit, comme aujourd’hui, pour lutter contre la propagation du virus, sans engendrer peur, dépression et angoisse chez les plus fragiles, qui n’avaient même plus le secours de la religion pour trouver une espérance. Quand on enferme les gens chez eux, on les enferme dans leur fragilité en les coupant des autres, en les coupant de l’amour tellement nécessaire en temps de crise. Que le Dieu Trinité qui se donne à nous, nous accorde de nous donner à lui et aux autres, dans un unique mouvement d’amour. Nous pourrons ainsi retrouver la paix et l’espérance qui nous ont tant fait défaut. Amen.


(Colijn de COTER, La Sainte Trinité, (1510-1515), Musée du Louvre, Lens)

dimanche 16 juin 2019

Trinité C - 16 juin 2019

La Trinité, quand Dieu se fait relation.







Faut-il vraiment chercher à tout comprendre de la foi chrétienne ? Faut-il vraiment nous torturer l’esprit pour saisir comment ça fonctionne la Trinité, un Dieu Un (unique) en trois personnes ? Quand on sait les longues batailles théologiques qui ont divisé les chrétiens pour établir la foi catholique, je me dis qu’il y a des mystères auxquels il vaut mieux ne pas se frotter. Et la Trinité en fait partie. Si le temps pascal n’a pas suffi à approcher le mystère d’un Dieu qui se meurt d’amour pour l’homme, d’un Dieu plus fort que la mort et donc toujours vivant (Pâques), d’un Dieu qui ouvre le ciel à tous les hommes (Ascension), d’un Dieu qui laisse aux hommes son Esprit pour que reste vive en eux la présence de son Fils ressuscité (Pentecôte), que peut apporter de plus la solennité de ce jour ? 

Je crois d’abord qu’il faut renoncer à approcher ce mystère sous l’angle mathématique. N’essayons pas de réduire Dieu à une équation impossible à résoudre. 1 + 1 + 1, cela fera toujours trois, comme nous l’apprenons à l’école dès les petites classes. Dieu ne s’additionne pas ; au mieux, il se multiplie pour ne pas dire qu’il se coupe en quatre pour nous sauver. La réponse n’est décidément pas à chercher du côté des sciences mathématiques. Mais alors comment l’appréhender ?

Peut-être par notre expérience humaine. Puisque nous sommes à l’image de Dieu, qu’est-ce qui, en nous, nous permet d’approcher le mystère de Dieu ? Il y a forcément en nous quelque chose qui nous permet de le comprendre. Peut-être est-ce la nécessité pour l’homme de vivre en relation. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que Dieu crée l’Homme, mâle et femelle, semblables (voici l’os de mes os la chair de ma chair) et pourtant différents (homme et femme), non pas pour que l’un domine l’autre, ni pour que l’un frappe sur l’autre, mais pour qu’ils réalisent le projet de Dieu, chacun à sa place, chacun à sa manière, chacun avec ses spécificités, mais tous deux ensemble, dans cet élan d’amour de Dieu qui les a fait venir à l’existence. La Trinité nous rappelle peut-être surtout que Dieu est relation, en lui-même déjà, d’où ce besoin de relation avec cet homme qu’il a créé à son image et à sa ressemblance.  Le Dieu de la révélation biblique n’est pas un Dieu à poser au-dessus des nuages, mais à porter en nous, au fond de nos cœurs pour que nous puissions, hommes et Dieu, vivre ensemble. Ce que le Père vit avec son Fils par le lien de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à le vivre avec le Père, puisque le baptême nous configure au Christ, nous fait fils de ce Dieu Père qui nous aime et nous sauve. Il n’y a pas de foi possible sans cette relation primordiale, constitutive de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme. 

Dire que la relation est fondamentale pour comprendre Dieu, c’est affirmer du même coup que Dieu ne saurait être juste une grande idée. Dire que je peux entrer en relation avec Dieu qui est relation en lui-même, c’est affirmer qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Il est ce Père qui nous aime ; il est ce Fils qui nous sauve en étant pour les hommes l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour chaque homme ; il est cet Esprit qui nous accompagne chaque jour, qui ancre en nous et la Parole du Fils et l’amour du Père. Si le Fils ne dit pas et ne fait pas autre chose que ce que son Père lui dit de faire et de dire, l’Esprit Saint ne fait pas comprendre autre chose que ce que le Fils a dit et fait dans l’obéissance au Père. S’ils sont chacun distincts (Père, Fils et Esprit Saint), ils sont en tout semblables au point de n’être qu’UN, une seule expression de l’amour unique de Dieu pour les hommes. Et si Dieu est en lui-même et avec nous relation, comme savent l’être un père et son fils dans la puissance d’un même esprit d’amour, peut-être que ce mystère de la Trinité, avant d’être un mystère à comprendre, est d’abord un mystère à vivre. A vivre d’abord avec Dieu, en entrant dans cette relation d’amour qu’il me propose de vivre ; à vivre ensuite avec mes frères vers qui son amour me renvoie nécessairement, l’amour de Dieu m’étant donné pour que je le partage. Le mystère de la Trinité devient alors ce qui m’empêche de me replier, de m’enfermer dans une relation où il n’y aurait que mon Dieu et moi. Dieu n’est pas mon papa chéri à moi tout seul ; Jésus n’est pas mon petit Jésus à moi tout seul ; l’Esprit Saint ne m’est pas donné pour que je le garde jalousement pour moi tout seul. Et l’Eglise devient alors le lieu où ce mystère se déploie, parce qu’elle est ce lieu rassemblé par l’Esprit Saint qui permet que chacun se reconnaisse fils du même Père et donc frère du Christ et frères de tous ceux qui reconnaissent le même Père. 

Que cette fête de la Trinité nous mette en relation avec Dieu et avec nos frères pour que le projet d’amour de Dieu s’étende à tous les hommes. Que notre vie et notre témoignage creusent en ceux qui ne connaissent pas encore le Dieu UN et Trine, le désir de le suivre, de l’aimer et de construire avec nous le Royaume qui vient. Amen.






samedi 4 novembre 2017

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2017

Vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux.





Lorsque nous rencontrons Jésus à ce moment de l’évangile de Matthieu, il sort d’une longue polémique avec les scribes et les pharisiens qui voulaient le prendre au piège. Que ce soit sur la Loi ou les impôts, ils n’ont pas réussi, eux, les maîtres de la Loi, à coincer le petit rabbi qu’ils méprisent. Toujours, il les a ramenés à l’essentiel : notre rapport à Dieu. Maintenant qu’ils n’ont plus de questions, maintenant qu’ils ont épuisé leurs pièges, c’est à Jésus de prendre les choses en main ; c’est à lui d’enseigner. Et son enseignement ne vise pas à détruire les scribes et les pharisiens - puisqu’il conseille de faire ce qu’ils disent - mais à nous montrer le vrai chemin d’une vie selon l’Esprit de Dieu. Ce chemin, il le résume dans cette phrase : Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. 
 
C’est d’abord une invitation à vivre une fraternité vraie, comme le rappelait déjà le prophète Malachie dans la première lecture quand il interroge : Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l’Alliance de nos pères ? En effet, si nous n’avons qu’un seul Père, nous sommes tous frères, appartenant à la même famille. Nous devrions donc vivre selon le même esprit de famille. Nous devrions avoir le même souci : suivre les chemins du Seigneur. Il n’y a pas lieu de faire des différences, de montrer du doigt, d’opposer ; il ne faut surtout pas, par nos manigances et nos comportements entraîner la chute de quiconque : il faut, au contraire, en toute chose rechercher l’unité. Ce n’est pas facile, j’en conviens. Aucun n’a de leçon à donner aux autres, mais tous, il nous faut avancer, ensemble, sur le chemin exigeant du pardon et de l’acceptation de l’autre tel qu’il est, pour parvenir à cette fraternité qui est d’abord un don de Dieu. Car c’est dans la mesure où nous accepterons que Dieu soit véritablement notre Père, que nous vivrons de son Esprit qui fait de nous des frères. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. C’est aussi un appel à une plus grande humilité. Saint Paul l’écrit : ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. En agissant ainsi, nul risque de se prendre pour un petit chef qui sait tout, comprend tout, et qu’il faut suivre à la lettre. Vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ. Voici donc celui qu’il nous faut suivre. Sa Parole est une parole autorisée, une parole qui fait référence, une parole qui fait loi : car elle est la parole même de Dieu, le Père de tendresse, le Père qui aime, le Père qui sauve, le Père qui relève et qui pardonne. Chacune de nos paroles devrait se faire l’écho de ses paroles d’amour et de pardon. Chacune de nos paroles devrait ouvrir à son destinataire un espace de liberté et d’amour où il puisse se reconnaître comme mon frère, comme le fils de ce Père qui nous appelle. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. A chacune de nos liturgies, nous invoquons Dieu comme notre Père. Nous le faisons à la suite de la prière eucharistique, avant de nous approcher de l’autel pour recevoir le pain de la vie, avant même encore d’échanger un geste de paix avec nos voisins. Comme si toute la suite de notre célébration dépendait de notre capacité à reconnaître Dieu comme Père. Comment, en effet, échanger la paix qui vient de Dieu si je ne reconnais pas en l’autre, celui qui est juste à côté de moi, un frère à aimer ? Comment accueillir le pain de l’eucharistie qui m’agrège au Corps unique du Christ, si je refuse à mon voisin cette qualité de fils qu’il partage avec moi depuis son baptême ? A chacune de nos liturgies, le Père nous invite à le reconnaître comme tel. Avons-nous bien conscience que nous venons ici pour le retrouver, pour vivre une véritable rencontre avec tous nos frères autour de notre Père ? Le pardon qui est annoncé est son pardon offert. La parole qui est proclamée est sa Parole de vie. Le pain qui est partagé est la nourriture qu’Il nous donne. Les personnes que nous rencontrons sont bien les frères et les sœurs qu’il nous confie pour parvenir avec eux au Royaume promis. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Puisse Dieu nous accorder de le découvrir ainsi chaque jour davantage. Puissions-nous avoir l’esprit et le cœur suffisamment ouverts à cette révélation pour qu’elle transforme notre regard et notre agir. Alors nous commencerons la construction de ce monde plus juste et plus fraternel où nous serons tous UN, frères et sœurs dans le Christ, rassemblés dans la louange du Dieu Unique et Vrai, vivant de l’Esprit qui fait de nous des fils. AMEN.









vendredi 26 septembre 2014

26ème dimanche ordinaire A - 28 septembre 2014

Un père, deux fils... et nous !




Avez-vous remarqué que les deux fois où Jésus parle de la volonté de Dieu que nous avons à vivre, il emploie une parabole qui implique un père et deux fils ? En Matthieu, c’est la parabole que nous venons d’entendre ; en Luc, il s’agit de la parabole du fils prodigue. Un père, deux fils… 
 
Cette manière de placer les personnages est révélatrice d’une certaine pédagogie de la part de Jésus. D’abord, ce père et ses deux fils nous rappellent que notre rapport à Dieu est un rapport de filiation. C’est tout à fait fondamental. Si Jésus avait raconté, au sujet de la volonté de Dieu à accomplir, l’histoire d’un maître et de ses serviteurs, cela n’aurait pas eu le même impact. Nous ne sommes pas face à Dieu comme des serviteurs face à leur maître. Et Dieu n’est pas pour les hommes un maître, capricieux ou non. Dieu est un Père, qui nous aime et nous reconnaît comme ses enfants. De là vient, selon moi, l’exigence d’une volonté à accomplir. Si je me situe comme serviteur face à Dieu, je me situe comme quelqu’un qui prend ses ordres auprès de lui. Or, la volonté de Dieu, ce ne sont pas des ordres à accomplir, mais un chemin à suivre. Un fils est toujours invité à mettre ses pas dans les pas de son père, tout en conservant sa liberté, sa manière originale de répondre à la demande de son père ; un fils peut, et doit, faire preuve d’une certaine liberté dans sa manière d’accomplir ce que son père attend. Un serviteur n’a qu’à obéir et tout ira bien pour lui ; à la limite, il n’a même pas besoin de réfléchir au pourquoi du comment : il fait ce qu’on lui demande, un point c’est tout. Cela peut sembler plus confortable à certains, mais cela est bien moins enviable comme position. 
 
Mais allons plus loin : Jésus parle bien d’un père et de deux fils. Pour asseoir la question de la filiation, un fils aurait suffi. Pourquoi parle-t-il, dans les deux paraboles, d’un père et de deux fils ? Parce que la liberté qui est celle du fils peut l’entraîner à faire le contraire de ce que veut le père. Face à la volonté de Dieu, il y a deux attitudes possibles dès lors que nous comprenons que nous ne sommes pas serviteurs mais fils. Encore une fois, là où le serviteur aurait juste à obéir, le fils doit prendre une décision : suivre son père… ou pas. Deux fils, parce que deux choix possibles. Quand Dieu invite, je peux répondre oui (un fils) ou non (un second fils). Il n’y a pas d’autre alternative, sinon il y aurait eu un troisième fils ; j’en suis convaincu. Un père, deux fils, parce que lorsque Dieu m’appelle, je n’ai que deux possibilités : oui ou non. Il n’y a pas de peut-être dans un lien de filiation. Ou tu es fils et tu te montres fils ; ou tu es fils, mais tu refuses de l’être vraiment et tu prends des libertés face à ce que ton père attend de toi. 
 
Faisons encore un pas de plus. Dans la parabole de ce dimanche, il y a un fils qui dit oui à son père et qui finalement ne fait pas ; et un fils qui d’abord se révolte contre son père mais qui finalement se ravise et fait ce qui est attendu de lui. Dans la parabole du fils prodigue, vous avez le même schéma : le jeune fils veut s’affranchir de son père en réclamant sa part d’héritage et en vivant sa vie. Il ne veut plus être d’abord le fils de son père ; il veut être libre à sa manière. L’aîné, lui, a toujours été le bon fils, qui est resté prêt de son père jusqu’à en oublier de vivre. Lorsque le jeune fils revient, l’aîné rentre dans une colère qui manifeste qu’il a joué au gentil fils, mais qu’il ne se considère pas comme tel : Voilà tant d’année que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres. Il se situe lui-même comme un serviteur, en employant le vocabulaire d’un serviteur. Dur, dur de situer en fils véritable face à l’amour de Dieu pour nous.
 
Un père, deux fils… et nous ! Nous avons à apprendre cette filiation, à accepter d’avoir été fait gratuitement fils et fille de Dieu par notre baptême. En un geste extraordinaire, Dieu nous recevait, nous adoptait comme ses enfants, lorsque le prêtre nous imposait les mains. Fils et fille de Dieu nous le sommes donc ; mais fils et fille de Dieu, nous avons à le devenir chaque jour, à accepter de l’être en sortant d’un rapport marchand ou servile avec Dieu. Nous devenons fils et fille de Dieu lorsque nous comprenons la paternité de Dieu, et que nous acceptons que Dieu ne nous veuille aucun mal, au contraire. Il a livré son Fils, qui a laissé sa filiation pour devenir serviteur et mourir sur une croix. Ce faisant, il a été élevé plus haut que tout. Dieu lui a rendu sa dignité de fils en le ressuscitant des morts. C’est en lui que nous devenons fils et fille de Dieu désormais. D’où l’invitation de Paul à toujours rechercher l’unité. Notre filiation divine nous ouvre à la fraternité avec Jésus ; puisque nous tenons tout de lui et de son sacrifice, nous devons vivre comme lui pour assumer pleinement notre filiation.
 
Un père, deux fils… et nous ! Il y aura toujours deux fils dans ces paraboles, parce qu’au fond, il s’agit d’abord du Père et de nous et que nous avons en nous une part de chaque fils. Nous sommes, selon les circonstances, l’un ou l’autre fils, mais toujours nous avons à devenir comme le Fils unique. Ce n’est pas de l’humilité que de vouloir se considérer serviteur alors que nous sommes appelés à être fils. De grâce, acceptons notre filiation divine pour que Dieu reste Père, à tout jamais. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 23 août 2014

21ème dimanche ordinaire A - 24 août 2014

Quand Dieu révèle à Pierre qui est Jésus !

 

Et si vous aviez été à la place de Pierre, qu’auriez-vous répondu alors à Jésus ? Entendez bien ma question : qu’auriez-vous dit alors et non pas que diriez-vous aujourd’hui. La différence peut sembler minime, mais elle est essentielle : qu’auriez-vous répondu à la place de Pierre en sachant ce que Pierre sait à ce moment-là ? Ce n’est quand même pas la même chose que de répondre après deux mille ans de christianisme et surtout après l’événement de Pâques, cœur de notre foi. 
 
Pour vous mettre dans la peau de Pierre, il faut pendant un instant oublier ce que vous avez  appris de Jésus et faire un effort de mémoire. Un jour, vous (à la place de Pierre) êtes appelés à suivre un inconnu. Vous laissez tout : famille, travail pour suivre quelqu’un qui vous aborde par hasard alors que vous êtes en plein travail. Qui est cet homme ? Un beau parleur, un prédicateur qui déplace des foules venues l’écouter. Il donne une grande prédication sur la montagne : il redéfinit le bonheur à travers un texte que les générations futures appelleront béatitudes. Mais cela, pour l’instant, vous l’ignorez. Il redéfinit la loi : vous avez appris… et bien moi je vous dis… Il appelle d’autres encore à le suivre, dont un publicain, Matthieu. Il parle d’un Dieu de miséricorde, venu pour les pécheurs plus que pour les justes. Vous êtes envoyés en mission avec pouvoir d’expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité. Vous entendez Jésus parler de Dieu comme de quelqu’un qui veille sur chacun. Et puis il y a des paroles un peu plus mystérieuses : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi, qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera ; ou encore : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Après cela, vous digérer encore quelques discours en paraboles auxquels vous n’aviez pas compris grand-chose, puisque Jésus lui-même a dû tout réexpliquer en privé. Si cela vous chagrine que nous la sachions, je peux juste vous dire que c’est Matthieu qui a cafté ! Après cela, vous vous retrouvez avec une foule immense qui a bien pensé à suivre Jésus, mais qui en a oublié l’essentiel : un casse-croûte, au cas où l’enseignement se prolongerait. Ce qui n’a pas manqué d’arriver. Que faire ? Jésus vous l’a dit : donnez-leur vous-mêmes à manger ! J’aurai donné cher pour voir votre tête. Mais bon, vous avez fait ce que vous avez pu, et vous avez fini par trouver cinq pains et deux poissons pour plus de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants !  Heureusement, Jésus était là ; il ne vous lâche jamais. Tous ont pu manger à leur faim ; il y avait même des restes. La nuit qui suivi, vous avez connu une petite frayeur : Jésus a marché sur l’eau, et devant votre étonnement, vous a invité à faire de même. Comme souvent, vous n’avez pas résisté à la tentation de fanfaronner : Jésus appelle, vous courez ! Je ne vous demanderai pas si l’eau était bonne ! Pour finir, Jésus exauce votre prière et guérit une cananéenne qui vous casse les oreilles. Ayant vécu tout cela, que répondez-vous à la question de Jésus qui vous interroge : et pour vous, qui suis-je ? 
 
Certes, vous avez bien quelques indices pour peu que vous ayez bien écouté votre rabbin à la synagogue le jour du sabbat. Avec un peu d’imagination, vous pouvez faire un lien entre Jésus et Moïse : les deux ont permis à Dieu de nourrir son peuple, Moïse par le don de la manne, Jésus en multipliant les pains et les poissons. Vous pouvez accentuer le même lien grâce à la Loi : Moïse est celui par qui Dieu a donné la Loi à son peuple ; Jésus est celui qui l’a menée à sa perfection, notamment en vous invitant à aimer votre ennemi. Son enseignement en parabole le rapprocherait de quelques prophètes et les miracles que vous avez constatés le place quelque part près de Dieu. Mais auriez-vous dit de vous-mêmes, sur votre simple expérience, qu’il est le Messie, le Fils du Dieu vivant ? Une telle pensée n’aurait même pas traversé votre esprit. C’est au-delà de toute imagination ! N’en voulez donc pas à Pierre, (ni aux autres d’ailleurs), de n’avoir pas su, et de n’avoir trouvé la bonne réponse que parce que quelqu’un la lui a soufflé. Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. 
 
Nous retrouvons ici l’enseignement donné par Jésus lui-même quand il disait : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. La foi de Pierre, et notre foi, est d’abord une foi révélée. Nous ne l’avons pas inventée, nous ne l’avons pas déduite de quelques théorèmes ou de quelques démonstrations magiques. Dieu se révèle à nous. Dieu nous révèle son Fils comme il l’a jadis révélé à Pierre et aux autres Apôtres. Cela n’exclut pas que les Apôtres aient besoin de signes pour asseoir leur foi, surtout après la mort en croix de Jésus. Mais la révélation par Dieu permet  de donner sens. Dieu révèle à Pierre qui est Jésus ; Jésus, à son tour, révèle aux hommes qui est Dieu. Ainsi Jésus n’est pas qu’un homme avec de super pouvoirs, capable de ressusciter les morts, de guérir lépreux et handicapés de toutes sortes ; il n’est plus un beau parleur ou l’un des prophètes : il devient l’ultime parole de Dieu pour les hommes. De même, par Jésus, Dieu n’est plus celui qui se fâche contre les hommes qui ne suivent pas sa Loi ; il n’est pas avec nous dans un rapport de marchandage ; il se révèle un Dieu qui prend soin de nous, qui nous donne la nourriture en temps voulu ; bref, il est un Père pour nous, un Père aimant, un Père pardonnant. 
 
L’importance de cette révélation du Fils par le Père et du Père par le Fils, nous la constatons aujourd’hui. S’il suffisait de lire les évangiles pour croire, nous devrions être nombreux, vu que la Bible est le livre le plus vendu dans le monde. On peut donc supposer aussi qu’il est le livre le plus lu ! Pourtant, beaucoup d’hommes et de femmes ont lu et ne croient toujours pas. Il ne suffit donc pas d’assister aux miracles, ni même d’entendre les discours de Jésus ; il faut encore un cœur ouvert à Dieu, ouvert à la révélation qu’il veut nous faire de son Fils. En lisant la Bible à la maison, en entendant les textes bibliques lorsque la communauté se rassemble, il nous faut avoir conscience que c’est bien Dieu qui nous parle, Dieu qui se dit à nous à travers ces textes. Sinon, ils ne sont que beaux textes, éventuellement dignes d’être lus et commentés, mais sans grande différence avec les œuvres de quelques grands philosophes ou humanistes. Si nous n’avons pas conscience que Dieu se dit et se révèle à nous, Jésus n’est qu’un grand homme de plus, qui aura perdu sa vie pour rien d’autres que pour ses idées. Or Jésus n’a pas donné sa vie pour ses idées, mais pour nous ; sa vie est bien livrée en rançon pour notre vie. 
 
Quand Dieu révèle à Pierre qui est Jésus, c’est l’humanité tout entière qui peut se laisser approcher de Dieu et l’entendre nous révéler le nom de son Fils. Quand Jésus établit Pierre pour être la pierre de fondation de son Eglise, c’est l’humanité tout entière qui peut découvrir qui est Dieu et comment il refonde le peuple de son alliance. Remercions Pierre d’avoir laissé Dieu parler à travers lui et imitons-le lorsque nous proclamerons notre foi, dans un instant. C’est toujours Dieu qui, à travers nous, dit au monde  qui il est, qui est Jésus et ce dont l’homme est capable par son Esprit Saint. Comme Pierre, soyons les relais de Dieu. Amen.  
 
(Photo prise en la cathédrale de Tours)

samedi 5 juillet 2014

14ème dimanche du temps ordinaire A - 06 juillet 2014

Garder un coeur humble devant Dieu.



Ne nous y trompons pas : ce passage de l’évangile de Matthieu a beau être fait de bric et de broc, il n’en est pas moins essentiel pour notre progression dans la foi. Ce texte, sans grande construction littéraire, nous dit des choses essentielles sur Dieu et sur notre rapport à lui. 
 
La première des choses qu’il nous affirme, c’est la relation qui unit Jésus à Dieu. C’est une relation filiale : Dieu est Père, Jésus est son fils. Et ce lien entre les deux est absolument unique, absolument nouveau. Jésus n’est pas le Fils de Dieu par analogie (il serait comme le Fils de Dieu) ; non, il l’est réellement. Et la joie que connaît Jésus vient de là, de ce lien puissant qui l’unit à son Père. C’est aussi à cause de ce lien unique que Jésus est, et sera toujours, celui qui proclame la louange de Dieu. Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. 
 
La deuxième chose qu’affirme cette collection de paroles de Jésus, c’est que nous pouvons tous faire l’expérience d’une filiation divine. Nous pouvons tous reconnaître que Dieu est notre Père. A condition de suivre et d’écouter Jésus. S’il est celui qui chante sans cesse la louange de Dieu, son Père, il est aussi celui qui nous le révèle. A travers ces paroles et ses actes, Jésus dit la paternité de Dieu à tous ; il nous montre comment Dieu est Père pour nous, comment il prend soin de tous ses enfants ; il nous rappelle que nous pouvons, en toutes circonstances, compter sur Dieu. 
 
Ceci étant posé, nous apprenons alors de Jésus une troisième chose importante : pour entrer dans cette connaissance de la paternité de Dieu, il nous faut être, non sage et savant, mais tout-petits. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Cela ne signifie nullement que nous n’avons pas à entrer dans une intelligence de la foi, ni que nous pourrions nous passer d’approfondir notre connaissance des choses de Dieu. Cela nous indique juste comment nous devons aborder cette étude. Avec un cœur humble, disponible, attentif à Dieu, un cœur d’enfant qui a tout à apprendre, tout à découvrir et qui ne s’enferme pas dans son savoir, dans la suffisance d’une intelligence visant à écraser les autres. Lorsque le sage se met à l’écoute de Dieu, avec humilité, il est lui aussi un de ces tout-petits à qui Dieu se révèle. 
 
Est tout-petit devant Dieu, est humble devant Dieu, celui qui accueille la Parole de Dieu et se laisse enseigner par elle. Est tout-petit devant Dieu, celui qui ne croit pas tout savoir sur Dieu parce qu’il a fait quelques études ou parce qu’il aurait appris par cœur son catéchisme. Est tout-petit devant Dieu, celui qui se laisse surprendre par Dieu, qui accepte que Dieu se révèle sans cesse différent de ce qu’il croit savoir. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte qu’un autre, Jésus en l’occurrence, parle mieux de Dieu qu’il ne le ferait lui-même. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte d’entrer dans cette relation filiale, se découvrant ainsi fils de ce Père éternel, frère de Jésus Christ. Est tout-petit devant Dieu, cela qui comprend qu’il ne saura jamais tout sur Dieu et qu’il ne le connaîtra vraiment que lorsque Dieu l’appellera à vivre auprès de lui. 
 
Vous le savez sans doute, la réforme liturgique issue du Concile a réparti notre découverte de la Parole de Dieu sur un cycle de trois années liturgiques. Celui qui, ayant vécu tout un cycle, dirait : voilà, j’ai tout entendu, tout vu ; désormais je sais tout, serait semblable à ces sages et savants dont parle Jésus et à qui Dieu refuse la connaissance véritable. Le cycle liturgique n’est pas un cercle que nous aurions à revivre chaque année. Il est plutôt une spirale sans fin qui nous fait progresser, d’année en année, dans une connaissance meilleure de Dieu. Nous n’aurons donc jamais fini de découvrir Dieu et d’entrer dans la connaissance de son mystère. Même après vingt ans, Noël, Pâques et toutes nos fêtes et nos dimanches auront toujours une saveur différente, ne serait-ce que parce que nous avons grandi, nous avons vieilli, et que notre histoire personnelle vient enrichir notre connaissance de Dieu. Découvrir qui est Dieu pour moi est l’œuvre d’une vie, parce que je le découvre différent selon l’âge qui est le mien, et parce que d’année en année, je peux approfondir ce que je crois savoir déjà.
 
Demandons alors au Seigneur la grâce de garder un cœur humble devant lui, un cœur qui se laisse enseigner, un cœur à qui Jésus peut révéler qui est Dieu et ainsi le rapprocher du cœur de Dieu. Que la célébration de l’Eucharistie nous permette de rester tout-petits devant Dieu, en faisant nôtre l’attitude de Jésus lui-même. Nous pourrons alors redire en vérité ce que la liturgie de ce dimanche nous fait prier : comblés d’un si grand bien, nous te supplions, Seigneur ; fais que nous en retirions des fruits pour notre salut et que jamais nous ne cessions de chanter ta louange. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 14 septembre 2013

24ème dimanche ordinaire C - 15 septembre 2013

Le Seigneur renonça au mal qu'il avait voulu faire à son peuple.




Tout ça pour ça ! A croire qu’il ne sait pas ce qu’il veut, le bon Dieu. Une bonne colère, une sainte colère, ce n’est quand même pas la mer à boire. Bien sûr, il y a le souvenir du déluge, grosse colère divine, qui avait tout ravagé et la promesse de Dieu de se retenir à l’avenir. Mais sans en arriver à cette extrémité, une bonne punition semblait s’imposer. Que nenni ! 

Tout avait pourtant bien commencé. Le peuple sauvé d’Egypte, s’ennuyant probablement de l’absence de Moïse parti sur sa montagne pour converser avec Dieu, a fondu tout l’or qu’il possédait pour se faire un dieu qu’il peut voir et toucher, lui qui avait si longtemps vu en terre d’esclavage les représentations des dieux égyptiens. N’est-ce pas, c’est plutôt rassurant d’avoir une image, une statue que l’on peut voir : une chose qu’on voit est une chose qui existe. Car ce Dieu qu’on ne voit pas, existe-t-il seulement ? Ils fondent donc tout leur or et se font… un veau ! Si c’est ça l’image qu’ils se font de leur Dieu, je comprends que celui-ci se mette en colère ! Enfin, un veau, quoi ! Le petit de la vache qui tète encore sa mère ; c’est peut-être mignon, mais ça s’arrête là ! C’est ça le Dieu fort qui les a sauvés d’Egypte ? Quel manque d’imagination, vraiment. Quel manque de foi, surtout ! Moïse absent un peu plus longtemps que prévu, et déjà c’est panique à bord. Fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car nous ne savons pas ce qui est arrivé à Moïse, l’homme qui nous a fait sortir d’Egypte. Comme si Moïse y était pour quelque chose, dans cette libération ! Le peuple semble n’avoir pas compris que c’est Dieu qui mène la danse, c’est lui qui conduit l’histoire. Que Moïse soit présent ou pas, c’est Dieu qui reste le personnage important ; et on ne le remplace pas par n’importe quoi ! Et on ne le représente pas n’importe comment ! 

Nous pouvons nous interroger alors sur la figure choisie pour représenter Dieu.  Pourquoi un veau ? Pourquoi pas un animal plus fort, plus assuré, plus protecteur ? Le veau, c’est l’animal qu’il faut élever, dont il faut prendre soin, dont l’homme reste le maître finalement. N’y a-t-il pas, derrière cette figure, le désir du peuple de rester maître de lui et maître de Dieu ? N’exprime-t-il pas, par ce choix, son désir de contrôler Dieu, plutôt que de lui confier sa vie ? Le choix du veau n’exprime-t-il pas le manque de foi, le manque de confiance en Dieu qui seul est Maître du temps et de l’histoire ? Même si le peuple est prêt à se prosterner devant un veau, il n’en reste pas moins prêt à le dévorer, ce veau. C’est si pratique, un Dieu qu’on peut garder sous la main, un Dieu qu’on commande, un Dieu à notre mesure, qui n’effraie personne, qui peut même être mignon, mais qui ne change rien finalement à notre existence. A force de se faire un Dieu à sa mesure, le peuple exprime bien son désir de n’avoir aucun vrai maître. Ils ont fondu l’or pour en faire un veau ; ils pourront fondre le veau pour en faire des bijoux quand ils se seront lassés de ce ruminant. Des siècles après, n’avons-nous pas la même tentation, celle de nous faire un Dieu à notre image plutôt que d’accepter d’être une humanité à l’image de Dieu ? Ne fondons-nous pas encore quelque veau d’or dans le secret de nos existences pour avoir un Dieu à notre mesure, un Dieu que nous contrôlons, un Dieu que nous maîtrisons ? 

La colère de Dieu se comprend donc. Mais alors pourquoi ne va-t-il pas au bout de cette colère ? Parce qu’il n’est pas un veau, justement, il n’est pas un animal qui suit le troupeau. Le Dieu que le peuple a refusé de voir est le Dieu qui se laisse fléchir par Moïse. Ce dernier rappelle à Dieu toute son œuvre de salut et la promesse faite aux Pères dans la foi. Comment Dieu pourrait-il se renier ? Ce n’est pas parce que le peuple s’est fondu un veau que Dieu doit se conduire comme en animal en furie. Moïse reste solidaire de ce peuple qu’il a conduit, au nom de Dieu, dans ce désert, en route vers la Terre promise jadis à Abraham. Il demande à Dieu de rester fidèle à ce peuple qu’il est venu sauver. Peut-être que le sauver d’Egypte n’était pas suffisant. Peut-être faut-il encore que Dieu sauve ce peuple de lui-même, de son inconstance, de sa nuque raide. Peut-être que Dieu doit encore gagner ce peuple à sa cause, à son amour, à son pardon. Le Seigneur renonça donc au mal qu’il avait voulu faire à son peuple. Là où un homme aurait frappé de colère, Dieu pardonne par amour. Il exercera sa justice, mais ne se vengera pas. N’en est-il pas encore ainsi aujourd’hui pour nous ? Malgré notre faiblesse, malgré notre péché, Dieu ne nous détruit pas : il reste fidèle à sa promesse, il reste fidèle à son dessein de salut : l’homme est fait pour vivre, pour vivre libre. Dieu y veille, toujours et encore. Et chacune de nos eucharisties est action de grâce pour l’œuvre de Dieu en notre faveur. Même si quelquefois nous doutons de sa présence et lui préférons des veaux d’or modernes, Dieu reste fidèle à l’humanité qu’il a créée. 

En agissant ainsi, Dieu se révèle à l’homme différent de toutes les représentations que l’homme pourrait faire de lui. Si notre Dieu ne se voit pas, il se laisse pourtant chercher ; si notre Dieu ne se touche pas, il se révèle pourtant proche de l’homme, intervenant en sa faveur, pour qu’il vive. Il est comme ce berger qui prend soin de toutes ses brebis et qui n’hésite pas à chercher celle qui s’est égarée. Il est comme cette femme qui ne ménage pas sa peine pour retrouver la pièce perdue et qui se réjouit avec son entourage quand elle l’a retrouvée. Il est comme ce père qui veille au balcon de sa maison et qui guette le retour de ce fils qui a voulu vivre sa vie, dans une liberté mal comprise et mal utilisée, et qui fait la fête lorsque le prodigue revient ! Avec un tel Dieu, là où le péché a abondé, la grâce surabonde ! Ne craignons pas un tel Dieu, mais venons à lui avec confiance et espérance : le Seigneur renonce au mal et nous prépare une fête qui jamais ne finira. A lui, honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

(Tableau de Nicolas POUSSIN, Le veau d'or)

dimanche 26 mai 2013

Fête de la Très Sainte Trinité C - 26 mai 2013

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.


En cette fête de la Trinité, je voudrais vous permettre de redécouvrir un geste que nous faisons quelquefois machinalement, sans trop y penser, sans même faire attention à la manière dont nous le faisons. On le fait deux fois à chacune de nos eucharisties ; certains le font peut-être chez eux, le matin au réveil et à nouveau le soir au coucher ; d'autres en sèment peut-être tout au long de la journée. Certains sportifs, sans qu'on sache trop s'ils sont croyants ou non, en saupoudrent même nos arènes sportives. Il s'agit, bien sûr, du signe de la croix. C'est le premier geste tracé sur nous lorsque nous devenons chrétien, puisqu'avant même que nous entrions dans l'enceinte religieuse, le prêtre, au pas de la porte, le trace sur nous, en signe d'accueil. Ce geste simple nous fait affirmer, chaque fois que nous le posons, notre foi en la Sainte Trinité.
 
Au nom du Père. En prononçant ces premiers mots, nous portons notre main à notre front. Le Dieu Père, qui entre en alliance avec nous, nous demande de faire effort d'intelligence pour le découvrir, le comprendre et le suivre. Il ne veut pas que nous soyons comme des serpillières étalées au sol, nous trainant devant lui comme des esclaves devant leur Maître. Non, le Dieu qui se révèle à nous comme Père, attend de nous que nous soyons des fils et des filles, conscients de la grâce qu'il nous fait, conscients de ce que signifie pour nous cette adoption. N'en déplaise à certains, la foi requiert un peu d'intelligence. Il ne s'agit pas tant d'être savant, mais plutôt d'être capable d'entrer dans la manière de penser de Dieu ; il s'agit bien d'accueillir le projet d'amour qu'il porte pour nous, et de le mettre en pratique, de lui donner vie. C'est ainsi que nous entrerons vraiment en alliance avec lui ; c'est ainsi, dans l'obéissance à sa Parole, que nous deviendrons authentiquement ses fils et ses filles. Au nom du Père, nous avons à approfondir notre foi, à l'entretenir, pour découvrir toujours plus et toujours mieux quel est ce Dieu qui vient à notre rencontre et qui nous offre son amour inconditionnel.
 
Au nom du Père et du Fils. Ayant affirmé notre désir de comprendre le projet de Dieu pour nous, nous descendons notre main sur nos entrailles, manifestant ainsi que ce Fils, Jésus, est bien devenu l'un de nous. Il est sorti des entrailles de la Vierge ; il est comme nous. Mais ce faisant, nous pouvons encore aller plus loin. Ce Fils Jésus, nous le savons depuis le Jeudi Saint, s'est fait nourriture pour nous. Lorsque nous communions à son Corps, c'est bien Jésus que nous sommes appelés à "digérer" dans notre vie. En se donnant en nourriture, en devenant un "homme mangé" par les siens, Dieu devient quelqu'un qui ne concerne pas que notre intelligence ; il vient nous provoquer dans nos tripes. Si ce Fils doit nous sauver et nous libérer de tout mal, il doit connaître ce que nous portons en nous, au plus profond de nous. La foi demande ce courage élémentaire de ne rien cacher à Dieu. Dans le langage courant, un homme qui n'a pas de tripes est un homme qui manque et de courage et de convictions profondes. Or, le Dieu qui vient à nous attend que nous soyons des hommes de convictions, des croyants non pas d'un moment mais de toute une vie. Quand Dieu nous saisit, quand il entre dans notre vie en Jésus, c'est toute notre vie qui en est transformée ; c'est tout ce que nous croyons qui en est bouleversé ; c'est tout ce que nous renfermons au plus profond de nous qui est sauvé, transfiguré par la puissance du Ressuscité. Dieu, en Jésus, vient combattre le Mal jusqu'au plus profond de nous pour nous en libérer définitivement. Au nom du Fils, nous avons à nous laisser libérer totalement par ce Dieu qui nous fait grâce, par amour.
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Après avoir porté notre main au front puis à nos entrailles, voici que nous la remontons pour en marquer successivement chaque épaule. Ce Dieu Père qui se révèle à nous, ce Dieu qui en Jésus va chercher le Mal au plus profond de nous pour nous en libérer, ce Dieu ne nous laisse jamais seul. Il est avec nous, à chaque instant de notre vie, par son Esprit. Il porte avec nous le poids du jour, les peines et les joies de notre monde. La ligne horizontale tracée par nos épaules marque bien notre humanité qui porte sur ses épaules le joug d'une vie humaine pas forcément choisie, quelquefois subie, et assumée avec plus ou moins de bonheur. Cette vie-là, qu'elle soit belle ou difficile, riche ou pauvre, est assumée par Dieu. C'est dans le concret de notre existence, quelle qu'elle soit, qu'il nous accompagne et nous protège. Puisque en Jésus, même nos tripes ne lui sont pas étrangères, comment pourrait-il ne pas nous accompagner et nous supporter dans le quotidien qui est le nôtre ? Jésus ne nous a-t-il pas dit, dimanche dernier, qu'il nous donnerait un Défenseur ? Et c'est l'Esprit Saint qui est venu et qui a lancé les Apôtres sur les routes du monde pour poursuivre la mission du Fils et amener notre humanité vers Dieu. Au nom de l'Esprit Saint, nous avons à permettre à Dieu de nous accompagner chaque jour ; il nous permettra de rester fidèles à notre foi.
 
En traçant sur nous le signe de la croix, nous nous enveloppons de Dieu pour qu'il vive avec nous selon sa propre promesse, chaque jour, jusqu'au jour où nous le verrons face à face. Puisque ce signe résume si bien notre foi, faisons attention à la manière dont nous le traçons sur nous. Fait trop à la hâte, marquant mal ou si peu les différentes stations sur notre corps, nous avons vite fait de ne dire qu'une partie de notre foi en ce Dieu qui veille sur nous, qui nous a fait, qui pense à nous et qui prend souci de nous (psaume 8). Puisqu'il est le signe de notre foi et que nous n'avons pas à rougir de celui en qui nous croyons, posons ce signe avec tout le sérieux, toute la beauté et toute la fierté que nous procure notre foi en Dieu Père, + Fils et Esprit Saint. Amen.
 
 
(Croix offerte à Mgr KRATZ, à l'occasion de son ordination épiscopale)

samedi 2 juin 2012

Fête de la Très Sainte Trinité B - 03 juin 2012

Qui est Dieu pour nous ?



Qui est Dieu pour nous ? C’est à cette question que nous oblige à réfléchir la fête de la Trinité, fête du Dieu Un en Trois personnes. Et les textes que nous venons d’entendre nous donnent, chacun, une réponse différente mais complémentaire des autres. Le Dieu des chrétiens est comme un diamant : plusieurs facettes qui chacune apporte quelque chose à la beauté du tout.

Qui est Dieu pour nous ? La question n’est pas nouvelle. Cela fait des siècles que l’humanité s’interroge ainsi. Certains en sont venus à rejeter toute idée de Dieu. D’autres en ont fait une espèce de conglomérat, regroupant tout et n’importe quoi, un Dieu à mesure d’homme. Or le Dieu des chrétiens, le Dieu qui se révèle dans la Bible, attend un homme à la mesure de Dieu.

Qui est Dieu pour nous ? Moïse répond à cette question en nous renvoyant à notre expérience, à notre histoire. Interroge les temps anciens qui t’ont précédé ! Ainsi donc, nous pouvons approcher Dieu en scrutant notre passé, y découvrant comment Dieu est intervenu dans cette histoire, comment il s’est révélé aux hommes. Ce que Moïse souligne particulièrement, c’est que Dieu s’est engagé dans l’histoire des hommes pour les appeler à la vie, à plus de vie. S’il s’est choisi un peuple particulier, s’il l’a sorti à bras fort d’Egypte où il était esclave, c’est d’abord pour que ce peuple vive. Et s’il a donné une Loi, c’est encore pour que les hommes connaissent bonheur et longue vie sur la terre que donne le Seigneur.
Ce que Moïse dit de Dieu au peuple rassemblé, nous pouvons le dire nous aussi. Notre Dieu est celui qui appelle à la vie, sans cesse. Lorsque nous célébrons le sacrement du baptême, nous ne disons pas autre chose. Des parents viennent rendre grâce à Dieu pour la naissance de leur enfant. Ils viennent lui confier leur enfant et l’ouvrir à la vie nouvelle que Dieu propose à ceux et celles qui croient en lui. Ils le font entrer ainsi dans ce grand peuple que Dieu se constitue depuis les origines.

Qui est Dieu pour nous ? Jésus a passé sa vie et sa mort à expliquer aux hommes qui est Dieu pour eux. Ses actes et ses paroles sont le témoignage que le Dieu qui appelle à la vie est aussi le Dieu qui ouvre un chemin de vie. Des béatitudes à la mort en croix, en passant par les multiples guérisons et le don de la Loi nouvelle, Jésus ouvre un passage de vie à tous ceux qui l’écoutent. Il vient libérer les hommes du Mal et du péché qui les empêchent d’accéder au vrai bonheur ; par sa mort et sa résurrection, il ouvre à tous les hommes une nouvelle espérance : puisqu’il vit, nous vivrons. Seule condition : suivre le chemin de vie proposé : l’observance de sa Loi d’amour.
Lorsque nous recevons le baptême, c’est bien sur le chemin de la Vie que nous sommes placés. Un chemin qui nous mène à la sainteté, c’est-à-dire à une ressemblance parfaite avec Dieu. Etre baptisé, c’est croire que Jésus nous ouvre à la vie éternelle par sa mort et sa résurrection, à laquelle nous participons par notre passage dans les eaux baptismales. Etre baptisé, c’est aussi vivre en Christ, avec le Christ, pour le Christ. C’est faire passer dans toute notre vie les commandements que le Christ nous a laissé, pour que nous puissions répondre au mieux à l’appel à vivre que Dieu, son Père et notre Père, ne cesse de nous adresser. Etre baptisé, c’est comprendre aussi que je ne suis pas seul ; autour de moi, avec moi, il y a tous ceux que Dieu appelle à lui être unis en Christ. Ils sont mon chemin vers Dieu.

Qui est Dieu pour nous ? Paul répond : il est celui qui change notre vie. Il a expérimenté cela lui-même lors de sa rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas. Mais il en fait surtout l’expérience chaque fois qu’il voit l’Esprit à l’œuvre dans les communautés qu’il a fondées. Il en est convaincu : Dieu change la vie parce qu’il rend vraiment libre. Son Esprit, reçu au baptême, nous entraîne à reconnaître Dieu comme notre Père, faisant de nous les héritiers du Père avec le Christ. Le Christ était souverainement libre en marchant vers sa mort ; nous devenons, par l’Esprit que Dieu nous donne, souverainement libres à notre tour, capables de résister au Mal et de suivre le Christ sur le chemin de l’amour qu’il nous a proposé.
Cet Esprit est en nous depuis notre baptême et nous le recevons en plénitude dans le sacrement de la confirmation. Il est la présence de Dieu au cœur de notre vie ; il est l’amour qui unit le Père et le Fils ; il est l’amour qui nous unit au Christ. Il est celui qui nous permet de vivre selon les engagements du baptême. Tout baptisé devient ainsi un porteur du Christ, un témoin de son amour, un fils du Père éternel.

Qui est Dieu pour nous ? Il est le Père qui nous appelle à la vie, il est le Fils qui nous montre le chemin de la vie véritable, il est l’Esprit qui transforme notre vie pour qu’elle ressemble toujours plus à la vie de Dieu : une vie d’amour, d’amour offert à tous, gratuitement. Que le baptême qui nous identifie au Christ et l’eucharistie qui nous nourrit du Christ nous permettent d’approcher toujours mieux ce grand mystère. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 18 juin 2011

Très Sainte Trinité A - 19 juin 2011

Nous croyons en Dieu, Trinité d'amour.



Qui est Celui auquel nous croyons ? C’est la question que nous pouvons nous poser aujourd’hui, au moment où, sortis du temps pascal, nous célébrons le mystère de la Trinité, le mystère d’un Dieu Un en trois personnes. Et puisque trois semble le chiffre du jour, attardons-nous un instant sur les trois lectures de cette fête ; elles nous permettront d’entrer dans ce grand mystère. Ce qui nous est révélé, c’est que la « Trinité n’est pas une énigme à résoudre » (le Dieu des chrétiens, 3 en 1, comment ça marche ?), mais bien quelque chose à vivre. Ce que nous disons de notre Dieu, nous avons d’abord à le vivre. Je le rappelle de plus en plus quand des couples viennent pour le baptême de leur enfant. J’essaie de faire comprendre que nous ne préparons pas d’abord un événement précis (le baptême), mais bien une vie chrétienne, une vie baptismale. La Trinité nous ouvre à cet art de vivre chrétien.

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous somme fils ou fille de Dieu, Créateur et Père de tous les hommes. » Cette relation filiale nous est révélée dès l’Ancien Testament. Il n’y a qu’à relire l’Exode pour constater à quel point Dieu s’occupe de son peuple comme un père s’occupe de ses enfants : il protège, il sauve, il veille, il pardonne, il est plein d’amour, toujours fidèle. Il donne la nourriture au temps voulu (souvenez-vous de la manne), il fait jaillir l’eau pour apaiser la soif (souvenez-vous de Massa et Mériba). En se montrant Père, Dieu dit tout son amour pour nous et nous invite à entrer dans cette relation d’amour particulière. Le Dieu de l’Ancien Testament n’est donc pas à opposer au Dieu du Nouveau Testament : c’est le même Dieu, le même Père qui déjà se révèle. Mais il n’est pas possible de le voir de face. Dieu se donne petit à petit et l’humanité doit chercher à toujours mieux le comprendre, à toujours mieux entrer dans son projet. C’est le sens du passage du Livre de l’Exode que nous avons entendu.
Nous sommes reconnus fils et filles de Dieu par notre baptême, appelés par lui à devenir saints parce qu’il est saint, comme il est saint. Nous vivons notre filiation divine lorsque nous acceptons de n’être pas notre propre Dieu, lorsque nous acceptons de nous ouvrir à cet Autre qui est à l’origine de notre vie. Une telle relation m’invite à toujours accueillir l’Amour, à reconnaître sa trace dans ce que je vis, dans les personnes que je rencontre.

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous sommes « configurés » (identifiés) au Christ Sauveur. Nous devenons des autres Christ, participant à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Cette relation fraternelle nous est révélée dans l’incarnation du Fils unique. Jésus, fait homme, pour que nous puissions retrouver en nous la trace de Dieu. Toute la vie de Jésus, toutes ses paroles nous révèlent son intimité avec Dieu le Père. « Je ne dis rien de moi-même ! Tout ce que je vous ai dit, je l’ai entendu de mon Père. » Les évangiles du temps de Pâques nous ont déjà permis d’entrer dans cette relation unique entre un Père et son Fils. Toute la vie de Jésus est l’œuvre d’amour de Dieu pour nous. Nous ne pouvions qu’entendre l’amour de Dieu pour nous dans l’Ancien Testament. Voilà qu’en Jésus, nous pouvons le voir, au moins partiellement, à l’œuvre. « En regardant Jésus, sa vie et sa mort, je vois déjà le visage amoureux de Dieu ; et Jésus pourra dire : ‘Qui m’a vu a vu le Père' ».
En nous rappelant que son Père était aussi notre Père, en nous invitant à le prier ainsi, Jésus fait de nous ses frères et sœurs. Par mon attention à celles et à ceux qui m’entourent, par ma charité véritable, je manifeste cette fraternité avec le Christ, et en Christ. Reconnaître Jésus comme mon frère, c’est reconnaître chacun comme mon frère puisque selon le mot du Christ lui-même en saint Matthieu, « ce que nous aurons fait à l’un de ces petits qui sont les frères du Christ, c’est au Christ lui-même que nous l’aurons fait ! » La fraternité en Christ est à la base même de l’art de vivre chrétien que requiert notre baptême. Nous ne sommes pas meilleur que les autres qui ne sont pas chrétiens, mais nous devons tendre à toujours nous laisser guider par les paroles et les actes de notre Aîné ; nous devons parvenir à une telle communion avec lui que nous puissions dire comme saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ! »

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Dieu nous « a marqués de l’Esprit afin que nous demeurions dans le Christ pour la vie éternelle. » L’Esprit Saint permet à Dieu de résider en nous et à nous de résider en Dieu. Saint Irénée écrivait : « l’Esprit est descendu dans le Fils de Dieu, devenu le Fils de l’homme, pour s’habituer avec lui à habiter le genre humain, à reposer parmi les hommes, à habiter l’œuvre de Dieu, pour opérer en ces hommes la volonté du Père, les renouveler de leur désuétude dans la nouveauté du Christ. » Le Christ a longuement évoqué l’œuvre de l’Esprit lors de son discours aux disciples au soir de sa mort. Il est le révélateur, celui qui permettra aux hommes de comprendre l’œuvre et les paroles du Christ. Avec l’Esprit, Dieu habite en moi. Je deviens temple de l’Esprit Saint, où Dieu trouve ses délices. L’Esprit est celui qui nous « adapte à Dieu », selon le beau mot d’Irénée. Il permet la rencontre en vérité de Dieu et de l’humanité. Il nous prépare à entendre Dieu, à le rencontrer, en travaillant notre cœur pour qu’il s’ouvre à Dieu et à sa parole.
L’Esprit Saint travaille en nous lorsque nous prenons le temps d’approfondir notre foi, de la partager avec d’autres, en Eglise, dans des groupes de prière ou de partage. Nous percevons l’Esprit à l’œuvre dans tous les gestes d’amour et de pardon que nous posons et dont nous nous sentions incapables au départ. L’Esprit est à l’œuvre partout où des hommes et des femmes de bonne volonté se rapprochent, mettent en commun leur énergie, leur savoir, pour permettre à tous de vivre dans un monde plus humain, plus fraternel, plus juste.

Pour finir, je voudrai vous dire que le sacrement qui nous rassemble en ce matin, l’Eucharistie, est celui qui nous permet d’approcher et de vivre chaque dimanche un rapport vrai à la Trinité que nous célébrons. La première partie de chaque eucharistie nous tourne vers le Père des miséricordes. Nous l’implorons, nous nous reconnaissons fils et filles, certes marqués par le péché, et nous lui demandons de renouveler pour nous son amour et son pardon. Puis nous nous mettons à l’école du Fils, scrutant les Ecritures, cherchant à comprendre ce que Dieu attend de nous, quelle est sa volonté, son projet d’amour pour nous aujourd’hui. Enfin, nous invoquons l’Esprit pour qu’il réalise à nouveau la présence du Fils unique au milieu de nous, en faisant du pain et du vin le Corps et le Sang du Sauveur. Cette communion à laquelle nous prenons part nous renvoie vers nos frères et sœurs pour que nous témoignions auprès d’eux de cet amour qui nous fait vivre, et de cette espérance qui sans cesse nous relance et nous fait progresser. En participant à l’Eucharistie, nous puisons à la source de la Trinité pour repartir plus fort et vivre de ce grand mystère. Nous ne le comprenons peut-être pas mieux, mais nous en vivons toujours plus. Pour la plus grande gloire de Dieu et un meilleur service des hommes. Amen.







(Photo publiée avec l'aimable autorisation de l'artiste Stéphane MORIT, grand Christ réalisé pour l' église de Huningue, Haut-Rhin)

dimanche 30 mai 2010

Trinité C - 30 mai 2010

L'homélie que j'aurais donné aux jeunes de mon ancienne paroisse qui font aujourd'hui Profession de Foi.


Croire en un Dieu unique qui se révèle en trois personnes : voilà tout le défi de la foi chrétienne. Tenir ensemble que Dieu est UN alors que nous confessons notre foi en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Pour nous permettre d'entrer dans ce grand mystère, je vais m'appuyer sur quelques questions qui vont être posées dans un instant à ces jeunes qui font profession de foi.


Croyez-vous, avez-vous confiance en Dieu, le Père, qui nous fait vivre et qui fait pour nous des merveilles ? Nous sommes invités à reconnaître que le Dieu des chrétiens est le Dieu de la vie, le Dieu des Vivants. Un Dieu qui ne se contente pas de créer la vie, mais qui s'engage encore dans cette vie : il fait pour nous des merveilles ! Il intervient dans notre vie parce qu'il nous aime. Il ne crée pas l'homme simplement parce qu'il a le pouvoir de le faire (nous ne sommes pas ses jouets !) ; il crée l'homme par amour et pour vivre avec lui une relation d'amour, une relation d'alliance. Ce n'est pas Dieu d'un côté et l'humanité de l'autre, mais bien plus Dieu et les hommes, ensemble. Nous pouvons relire les grands textes fondateurs dans le Premier Testament pour y trouver la trace de cet amour infini de Dieu pour l'humanité qu'il a créée. Ce Dieu, qui patiemment se révèle à l'homme, est bonté, amour et pardon. Nous pouvons lui faire confiance, nous pouvons croire en lui : de nombreux témoins l'ont fait avant nous et n'ont pas été déçus. De nombreux témoins l'ont fait avant nous et ils ont trouvé le chemin du bonheur que Dieu promet.


Croyez-vous, avez-vous confiance en Jésus, qui nous dit les secrets du Père, qui a donné sa vie pour nous et qui est vivant pour toujours avec le Père ? Ce Dieu Père n'est donc pas seul. Il ne peut pas être seul. Pourquoi ? Parce que nous avons dit que Dieu était amour ! A quoi cela servirait-il qu'il soit Amour s'il n'avait personne à qui manifester cet Amour de toute éternité ? Jésus affirme souvent dans l'évangile qu'il est le Fils du Père, qu'il est UN avec lui, qu'il est aimé du Père et qu'il aime le Père. Jésus est tellement proche de Dieu, il est tellement Fils, qu'il peut nous dire les secrets du Père. Ce qu'il nous dit ne vient pas de lui, de sa propre réflexion sur Dieu ; ce qu'il nous dit, il le dit à cause de sa relation particulière au Père ; si bien que lorsque Jésus nous parle de Dieu, il ne nous trompe pas. Qui, mieux qu'un fils, peut nous parler d'un père ? Qui, mieux qu'un fils, connaît les pensées secrètes de son père qu'il aime et dont il est aimé ?

Jésus se montre tellement fils qu'il partage avec le Père cet amour qui le caractérise ; il partage cet amour au point de donner sa vie pour nous, nous qui quelquefois rejetons Dieu, nous qui quelquefois avons du mal à nous reconnaître fils et filles de Dieu. Jésus est Dieu, Fils de Dieu, parce qu'il accueille cet amour venu du Père et qu'il le rend à son Père. Aimé de Dieu, il aime Dieu au point de ne faire plus qu'un avec lui. La volonté de Jésus et la volonté du Père, c'est tout un, c'est tout pareil. Dieu veut sauver l'humanité de la mort et du péché ? Voilà le Fils qui offre sa vie au Père pour que ce salut devienne possible ! La relation de Jésus à Dieu son Père est seulement une relation d'amour, amour donné et amour reçu. Nous pouvons avoir confiance en Jésus, nous pouvons croire en lui : ce qu'il a fait, il l'a fait pour nous tous, à travers le temps et l'histoire. En offrant sa vie, il a sauvé toute l'humanité : les hommes et les femmes qui vivaient à son époque, et nous qui, aujourd'hui, croyons en lui, croyons en la puissance d'un amour toujours offert.


Croyez-vous, avez-vous confiance en l'Esprit Saint qui nous unit au Père, nous fait connaître Jésus et nous rassemble dans l'amour ? Que le Père aime le Fils, c'est un fait. Que le Fils aime son Père en retour, c'est une évidence. Que cet amour entre le Père et le Fils déborde jusqu'à nous, c'est ce que nous pouvons croire. En Dieu, l'amour se partage. Il n'est jamais un amour qui enferme dans une relation exclusive ; il est un amour qui, sans cesse, se donne, largement. L'Esprit Saint est cet échange d'amour entre le Père et le Fils, entre Dieu et chacun de nous.

Par notre baptême, nous sommes identifiés au Christ. Nous devenons authentiquement des fils et des filles de Dieu, en Jésus, mort et ressuscité. Nous recevons de lui, par l'Esprit Saint, l'amour qui l'unit au Père et par lequel nous pouvons découvrir qui est Dieu pour nous. Jésus l'avait promis à ses disciples : l'Esprit vous expliquera tout, il vous permettra de comprendre tout ! Au baptême, nous avons été marqués de l'huile sainte, symbole du don de l'Esprit Saint. Nous pouvons croire en cet Esprit Saint, nous pouvons avoir confiance en lui par qui nous recevons l'amour du Père. Nous pouvons avoir confiance en lui quand il nous permet de comprendre qui est Jésus pour nous, comment il est de Dieu et retourne à Dieu. L'Esprit Saint ne nous trompe ni sur le Père, ni sur le Fils qu'il unit dans un même amour, ni sur nous-mêmes qu'il fait participer à cet amour.


Le mystère de la Trinité est d'abord cela : un mystère d'amour sans cesse donné, sans cesse reçu, sans cessse transmis. Croire au Dieu Trinité, c'est croire en un amour infini qui nous unit tous et nous permet de vivre comme Dieu, entièrement aimant ; comme le Christ, entièrement aimé ; comme l'Esprit Saint, entièrement amour unissant. Croire en un Dieu Trinité, c'est croire qu'avec l'amour de Dieu accueilli, offert et répandu, notre monde et notre vie peuvent devenir meilleurs. En faisant profession de foi dans un instant, vous nous dites que, vous aussi, vous voulez avoir part à cet amour ; vous aussi, vous voulez vous sentir aimés ; vous aussi, vous voulez aimer en retour ; vous aussi, vous voulez contribuer à améliorer notre monde. Puisque vous croyez en Dieu, l'Eglise vous fait confiance et compte sur vous pour que son message d'amour parvienne à tous les hommes. Amen.


(La Sainte Trinité, Détail d'une icône du monastère de Toplou, Crête)