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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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jeudi 28 mars 2024

Messe de la Cène du Seigneur - 28 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle qui nous invite à l'action de grâce et à la charité.





 

 

            Nous voici réunis au début de la nuit pour vivre avec Jésus la Cène, le repas de la Pâque juive qui, ce soir, va prendre une nouvelle dimension, une nouvelle signification. L’agneau immolé par nos frères ainés dans la foi en mémoire de la sortie d’Egypte cède la place à Jésus, l’Agneau immolé, Corps livré et Sang versé en rémission des péchés. Ce repas qui nous rassemble dans la joie devient le repas au cours duquel Jésus se livre à nous, devenant ainsi, par son obéissance, l’offrande parfaite, réalisée une fois pour toutes, pour le salut de tous les hommes, ceux du temps de la vie terrestre de Jésus, mais aussi la foule immense qui suivra dans le temps et l’Histoire. Ce soir, nous ne fêtons pas un anniversaire ; ce soir, Jésus nous invite à sa table, nous offrant le pain et le vin, signe de cette Alliance nouvelle et éternelle qu’il signe de sa vie. Ce soir, Jésus refait pour nous les gestes qui diront à jamais sa présence au monde et son salut offert à tous ceux qui croient en son Nom. 

            La première lecture de cette célébration unique nous a rappelé le contexte historique dans lequel Jésus inscrit son œuvre de salut. C’est bien la Pâque, c'est-à-dire le passage du Seigneur qui vient libérer son peuple, que nous célébrons. La deuxième lecture, plus ancien témoignage de l’institution de l’Eucharistie, nous a remis en mémoire les paroles de Jésus sur le pain et le vin, ainsi que son ordre clair : Faites cela en mémoire de moi. Nus ne pouvons pas faire autrement, si nous sommes disciples du Christ, que de célébrer, non seulement ce soir, mais chaque dimanche, ce sacrement, signe de la présence réelle de Jésus à son Eglise. Puisque ce soir Jésus se livre pour notre salut, puisque ce soir, il nous dit de refaire ces mêmes gestes en mémoire de lui, comment ne pas répondre à cette demande amoureuse par une présence réelle de notre part à ce sacrement, qui est la source et le sommet de notre foi. Source, puisque Jésus nous le donne pour inaugurer l’Alliance nouvelle – tout part de là ; sommet, parce qu’il n’y a rien de plus grand, pas d’amour plus grand que ce don que le Christ fait de sa vie, parce qu’il nous aime, parce qu’il nous veut avec lui, pour toujours – tout notre chemin à la suite de Jésus, nous mène à ce sacrement. A lui qui est réellement présent dans le Pain et le Vin partagé, soyons réellement présent, de tout notre être, pour lui dire que nous l’aimons comme il nous aime. L’Alliance nouvelle que Jésus inaugure ce soir nous invite à l’action de grâce et à la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous. 

            Reste l’évangile qui nous dit un autre moment de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, le lavement des pieds. Geste qui peut nous sembler étrange et dépassé, nos chaussures et nos routes goudronnées nous évitant la poussière du chemin. Il y a bien longtemps que nous n’accueillons plus nos hôtes en leur versant de l’eau sur les pieds pour les rafraîchir et nettoyer leurs pieds après une marche en sandales sur des chemins de terre. Comme pour le pain et le vin, Jésus donne un sens nouveau à ce geste ; le sens de l’amour gratuit, du service inconditionnel du prochain. Comme pour l’eucharistie, il nous dit : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. La charité n’est donc pas une option, un truc en plus à faire quand j’en ai le temps et/ou l’envie. La charité, c’est l’autre signe visible que nous sommes disciples du Christ qui s’est livré pour notre salut. L’eucharistie appelle la charité, en ce sens que nous recevons là le Christ vivant qui nous renvoie vers nos frères ; la charité prolonge l’eucharistie, en ce sens qu’elle transmet au monde par notre attention aux plus petits l’amour que le Christ nous porte. Coupée de l’eucharistie, la charité devient pur activisme sans lien avec l’amour premier, l’amour que Dieu porte à tous. Coupée de l’eucharistie, la charité se réduit à une simple solidarité, que je choisis de vivre ou pas. La charité n’est pas un choix, elle est un élan vital, une sortie de nous, poussée par l’eucharistie. 

            De Jésus à nous, l’Alliance nouvelle est invitation à l’action de grâce (c’est la traduction du mot Eucharistie) et à la charité. Le disciple de Jésus qui pense que parce qu’il va à la messe, il n’a pas besoin de s’occuper des pauvres a autant tort que celui qui pense que, parce qu’il s’occupe des pauvres, il n’a pas besoin d’aller à la messe. Au cours de la même nuit, au cours du même repas, Jésus nous a demander de faire les deux (eucharistie et charité) en mémoire de lui. C’est notre fidélité à Jésus qui se joue là ; c’est notre crédibilité de disciples de Jésus qui est challengé. Rencontrons Jésus là où il nous attend toujours : à sa table et auprès de ses frères. Amen.

samedi 16 mars 2024

5ème dimanche de Carême B - 17 mars 2024

 De Jérémie à Jésus : une Alliance nouvelle et éternelle.





 

 

 

            Il n’est pas possible de relire les grandes alliances du Premier Testament sans entendre le prophète Jérémie annoncer la nouvelle alliance que Dieu établira avec son peuple. Ce texte magnifique, qui est pour moi le plus beau, nous emmène aux portes du Nouveau Testament et de l’Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ. 

            Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. Nous l’oublions trop souvent, mais il n’y avait là rien d’évident quand ces mots ont été prononcés pour la première fois. Le peuple allait vers sa ruine et sa disparition pour les soixante-dix ans à venir. Jérusalem sera rasée, le peuple déporté. Il en faut, de l’espérance, pour proclamer une nouvelle alliance au moment même où le peuple sera anéanti. Tout comme il faut du courage pour dire à ce peuple que ce qui va arriver est entièrement de sa faute : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais plutôt que de tourner à nouveau le peuple vers son passé, Jérémie le tourne vers un avenir lointain que beaucoup de ses contemporains ne verront pas : Voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés. Nous sentons déjà, dans cette simple annonce, que rien ne sera plus comme avant, et que cette alliance sera nouvelle, non seulement parce qu’elle marquera un nouveau commencement, mais parce qu’elle portera en elle une nouveauté radicale. Et cette nouveauté, la voici énoncée : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. La Loi de Dieu ne sera plus extérieure à l’homme, inscrite sur des tables de pierre ; la Loi de Dieu sera notre intime, inscrite au fond du cœur de chacun. D’où cette idée que l’homme ne prendra plus ses grandes décisions avec sa seule raison, mais avec son cœur, c'est-à-dire avec Dieu qui réside au fond de son cœur. Et parce que Dieu établit désormais là sa demeure dans le cœur de tout homme, tous connaîtront le Seigneur, des plus petits jusqu’aux plus grands. Pour trouver Dieu, nul besoin de scruter le ciel : il suffit de rentrer en soi. Pour comprendre la volonté de Dieu, nul besoin de lire les entrailles d’animaux ; il suffit de regarder au fond de notre cœur. Dieu est là, qui attend d’être découvert ; Dieu est là, qui attend d’être écouté ; Dieu est là, qui attend d’être suivi. Cette alliance, nouvelle dans sa configuration, sera une alliance éternelle, parce que cette inscription de la Loi de Dieu dans le cœur de chacun, ne sera pas que pour une ou deux générations ; elle sera pour toujours. Tout humain qui vient au monde a cette Loi de Dieu inscrite en lui, aussi longtemps que le monde sera monde, aussi longtemps que Dieu sera Dieu. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Quand tu trouves Dieu en toi, au fond de ton cœur, il n’y a pas à douter de cette affirmation. 

            Des siècles plus tard, c’est en Jésus, mort et ressuscité, que cette Alliance nouvelle prendra toute la mesure de son éternité. Lui, le Fils de Dieu a pris sur lui non seulement notre humanité avec ce qu’elle a de plus beau et de plus noble, mais aussi notre humanité pécheresse, avec ce qu’elle a de plus sombre, de plus vil, pour que ce côté sombre soit anéanti alors même qu’il semblait triompher. L’auteur de la lettre aux Hébreux nous l’a fait entendre : le Christ offrit des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il a appris par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Parce qu’il a accepté d’être le grain de blé tombé en terre et qui meurt, il porte beaucoup de fruits, il porte le salut de tous ceux qui croient en lui. Jésus, le Fils unique du Père, marche vers sa mort avec la conscience de s’offrir en sacrifice pour tous, à travers le temps et l’Histoire. L’Alliance nouvelle est éternelle, parce que ce sacrifice est nouveau et posé une fois pour toutes. De même que le péché d’un seul a entraîné la chute de tous, de même le sacrifice d’un seul a entraîné le salut de tous : et moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre [sur la croix], j’attirerai à moi tous les hommes. D’où l’urgence pour l’Eglise d’annoncer le Christ, Jésus crucifié et mort pour tous, et Jésus ressuscité pour la vie éternelle de tous. Face à ce projet de salut pour tous les hommes, Jésus, le Fils unique du Père, ne peut se dérober. Il en va de la fidélité de Dieu à cette Alliance nouvelle annoncée jadis par Jérémie. Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! En Jésus, se joue le combat entre l’homme et Dieu, le combat de notre salut. Il fait le choix de Dieu, le choix de la vie, même pour ses bourreaux ; il a fait le choix de notre vie. En Jésus, Dieu est présent ; en Jésus, tous deux, l’homme et Dieu, ne font qu’un. C’est ce à quoi nous sommes appelés, nous-aussi, à ne faire qu’un avec le Christ, à ne faire qu’un avec Dieu. Comme le disait Jean le Baptiste à ses disciples : il faut qu’il grandisse et que je diminue. L’homme ne se perd pas en laissant Dieu grandir en lui ; au contraire, il trouvera là, dans cet envahissement de sa vie par Dieu, sa vie véritable, son salut, et sa gloire éternelle. 

            A huit jours de la Semaine Sainte, accueillons cette Alliance nouvelle et éternelle. Donnons à Dieu la place qui lui revient dans notre cœur, qu’il reconnaisse en nous sa demeure et qu’il y reste toujours. A la suite du Christ, devenons ses fils et ses filles, grains de blé jetés en terre d’humanité pour porter beaucoup de fruits. Amen.

samedi 2 mars 2024

3ème dimanche de Carême B - 03 mars 2024

De Moïse à Jésus : une Alliance qui engage à la fidélité.




(Tableau de Chagall, Moïse recevant les tables de la Loi. 

 

 

 

 

            Il était inévitable, dans la relecture des grandes alliances que Dieu a passées avec l’humanité, de parler de l’Alliance faite avec Moïse. Le don de la Loi sur le Sinaï dépasse les alliances faites avec Noé et Abraham, au sens où cette nouvelle alliance ne concerne plus seulement une personne, mais tout un peuple. Une Loi fondamentale commune est bien un des marqueurs, avec la terre commune et un chef commun, de ce qui fait un peuple. 

Cette nouvelle alliance, si elle est formulée au singulier, concerne à la fois chacun pris dans son individualité, mais aussi chacun pris dans la totalité de ce peuple en formation. Le « Tu », c’est à la fois le peuple et chacun de ses membres. S’il y a une responsabilité individuelle devant la Loi que Dieu donne, il y a aussi une responsabilité collective. C’est déjà une manière de nous rendre responsable les uns des autres. Je ne peux pas simplement me dire : Je respecte la Loi de mon côté, je fais ma petite cuisine avec Dieu, mon petit salut à moi tout seul. Non, je fais partie d’un peuple, du peuple que Dieu s’est choisi, et à ce titre, je suis responsable aussi des autres et de leur manière de vivre avec Dieu. L’alliance que Dieu conclut avec Moïse s’étend à tout son peuple. C’est bien pour cela que Moïse, redescendant du Sinaï et constatant que le peuple avait fabriqué un veau d’or pour figurer ce Dieu libérateur, brisera les tables de la Loi plutôt que de les garder pour lui tout seul. C’est aussi pour cela que Moïse prendra si souvent la défense de ce peuple à la nuque raide alors que Dieu avait fait choix de le détruire en punition des trop nombreux péchés commis par le peuple et dans le peuple. Moïse avait bien compris, même si cela lui coûtait, que cette alliance engageait chacun individuellement et tous collectivement dans une fidélité envers Dieu. Au cœur de cette alliance, Dieu lui-même proclame sa fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et observent ses commandements. L’alliance avec Moïse, parce qu’elle est pour tous et pour chacun, suppose que je sois attentif à mon frère et que je sois en mesure, fraternellement, de le remettre sur le droit chemin s’il s’en écarte. Les nombreux prophètes qui avertissent le peuple d’une destruction possible s’il ne revient pas vers Dieu, en témoignent selon moi. 

C’est cette même fidélité à l’alliance que Jésus défend lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Il aurait pu se fendre d’une simple parole critique au sujet de la présence de ces marchands dans l’enceinte du Temple. Mais non ; au lieu de cela, il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple. Cela a dû marquer les esprits, pour sûr. Le geste qu’il pose ainsi, il ne le fait pas pour lui ; il le fait pour ces petits qui ne peuvent qu’être choqués par ces trafics ; il le fait pour rappeler à tous que le Temple, c’est la maison de Dieu, le signe de sa présence au milieu de son peuple. Le peuple doit en être conscient en tant que peuple choisi ; et chacun de ses membres doit en être conscient au point de se sentir concerné par ce qui se vit là. Tous ensemble, et chacun individuellement, auraient dû comprendre spontanément, pourquoi Jésus a posé ce geste violent. Mais force est de constater que certains s’accommodaient de ce trafic puisqu’ils interpellent Jésus : Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? Autrement dit, de quel droit fais-tu cela ? Il le fait au nom du droit qu’à chacun, dans le peuple de Dieu, de reprendre son frère quand il est dans l’erreur. Ce qui fait que chacun aurait pu, chacun aurait dû réagir, et depuis longtemps, comme Jésus devant cette présence incongrue des marchands dans le Temple. Quand collectivement le peuple admet quelque chose qui est mal, le juste, perdu dans ce peuple, ne peut se taire, ne peut accepter et doit dénoncer, sous peine de se rendre complice de ce mal. Il ne doit être étonnant pour personne que Jésus, le Juste parmi les justes, remette les choses dans l’ordre qui convient au lieu. Il est ainsi fidèle à sa mission qui est d’inviter tous et chacun à la conversion. 

En relisant ces textes, nous sommes interrogés sur notre fidélité à l’alliance que Dieu a conclue avec nous en Jésus, mort et ressuscité. Comme l’alliance avec Moïse, cette nouvelle Alliance en son sang, appelle une fidélité personnelle de chaque croyant, mais aussi une fidélité de l’Eglise à sa mission, Eglise dont nous sommes membres. Quand quelque chose ne me plaît pas dans cette Eglise, je ne peux pas juste dire que l’Eglise, c’est les autres, comprenez le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Je ne peux pas dire : Jésus, oui ; l’Eglise, non. Je suis attaché à Jésus par l’Eglise qui me le fait connaître et qui essaie, malgré l’imperfection de ses membres, de témoigner de Lui, de son amour et de sa miséricorde. Nous sommes l’Eglise, pour reprendre ce titre qu’un groupe de chrétiens s’est donné. Oui, mais nous sommes l’Eglise dans chacun de ses aspects, les bons comme les mauvais. Nous sommes l’Eglise sainte, parce que Dieu est Saint et nous appelle à partager sa sainteté. Mais nous sommes aussi l’Eglise pécheresse parce que, collectivement et individuellement, nous ne sommes pas encore parfaits comme Dieu est parfait. Que l’écoute renouvelée de la Parole de Dieu et la communion à son Eucharistie nous donnent d’approfondir notre fidélité à Dieu… qui nous est toujours fidèle, que nous soyons saints ou pécheurs. Amen.

samedi 19 mars 2022

3ème dimanche de Carême C - 20 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour porter du fruit, le fruit d'une vie nouvelle.



(La parabole du figuier, Gravure de Jan LUYKEN, BOWYER BIBLE, source Wikipedia)


            Depuis le début du carême, nous avons vu Jésus affronter le Mal et vaincre le tentateur par sa fidélité à la Parole de Dieu. Dimanche dernier, nous pouvions contempler sa gloire, la gloire qui est sienne depuis toute éternité et qui resplendira par le mystère de la croix dressée et du tombeau ouvert ; cette contemplation par avance de la gloire nous donne déjà la force d’affronter les événements à venir de la Passion. Aujourd’hui, pour poursuivre notre marche à la suite de Jésus, il nous faut nous regarder, oser un regard sur notre propre vie : que produit-elle ? Car comment imaginer faire route avec Jésus sans envisager éventuellement de changer de vie, pour porter du fruit, le fruit d’une vie nouvelle ? 

            L’évangile de ce dimanche ne présente pas de difficulté particulière de compréhension. Il nous rappelle que les catastrophes ou les accidents de la vie ne sont pas la conséquence de notre péché. Le mal arrive dans notre vie, mais il est étranger à Dieu, parce que Dieu ne peut le concevoir. Vous pouvez relire les prophètes qui nous ont déjà été proposés au long de ces deux semaines de Carême. Nous avons ainsi entendu Ezéchiel nous dire que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est là le seul projet de Dieu, parce qu’il nous a faits pour la vie. L’avertissement de Jésus ce dimanche, répété deux fois, nous rappelle cette évidence : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Non pas que Dieu nous fasse périr (encore une fois, il ne veut que notre vie) ; mais, en refusant de nous convertir, en refusant de choisir Dieu et la vie qu’il nous offre, nous nous précipitons vers la mort. Aujourd’hui comme hier, Dieu voit la misère de son peuple, connait ses souffrances. Hier il envoyait Moïse vers son peuple pour le libérer d’Egypte, pour lui rendre une vie digne de lui. Puis il a envoyé son propre Fils, Jésus, pour libérer les hommes de la mort et du péché et les rendre à nouveau capables de Dieu, capables de la vie éternelle, cette vie nouvelle libérée de toute souffrance, libérée de tout mal. Il est ce vigneron qui bêche notre humanité, l’enrichit de la Parole de Dieu pour qu’elle porte le fruit que Dieu est en droit d’attendre. 

            Hélas, nous l’avons vu ces derniers temps, le mal fait encore des siennes. Il le fait dans notre monde ; nos journaux en sont remplis quotidiennement. Mais il est aussi arrivé qu’il soit fait dans l’Eglise, par des hommes et des femmes au service de cette Eglise. En ce troisième dimanche de Carême, fidèle à son engagement, l’Eglise catholique porte dans sa prière les victimes de tous les abus qui ont eu lieu en son sein. Ce drame nous rappelle l’urgence qu’il y a pour tous de marcher à nouveau avec Jésus. Hors de lui, pas de salut ; hors de lui, pas de délivrance du mal. Cela vaut pour tous, y compris pour les ministres de l’Eglise. L’ordination, pas plus que le baptême, ne protège du mal qu’on peut nous faire, ni du mal qu’on peut faire. L’ordination, comme le baptême, nous donne une responsabilité particulière dans cette lutte de chaque instant contre le mal qui rôde, d’abord dans notre propre vie. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous offre une voie de salut. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous permet d’identifier le mal, de le dénoncer, de le rejeter. Ce mal des abus commis, qu’ils soient abus sexuels, abus de pouvoir ou abus de confiance, se devait d’être dénoncé et d’être traité à la hauteur des souffrances qu’il a provoqué.  Que cela ait porté atteinte au crédit de l’Eglise, c’est une évidence. Mais j’ai la conviction que Dieu continue de bécher le sol dans lequel cette Eglise est plantée pour qu’elle porte à nouveau du fruit, un fruit de vie nouvelle, le fruit qu’elle n’aurait jamais dû cesser de porter. De cette épreuve, elle sortira grandie si elle se recentre sur son unique mission : annoncer la Bonne Nouvelle du Christ qui nous libère de tout mal par son offrande sur la croix. 

            Le mal est étranger à Dieu qui ne l’a pas créé, ni ne peut le concevoir. A travers toutes les alliances qu’il a proposées aux hommes, il n’a cessé de le combattre. Appelés à vivre de la vie même de Dieu, le mal doit nous devenir étranger. Il nous faut le combattre toujours, si nous voulons être d’authentiques disciples de Jésus. Il y a tant de beaux et de bons fruits à porter ; pourquoi ne pas y consacrer notre énergie ? Le temps passé à imaginer et concocter le mal est toujours du temps perdu, et définitivement perdu puisqu’il nous ferme le temps de l’éternité bienheureuse. Le temps passé à imaginer et à faire le bien est toujours du temps gagné, pour aujourd’hui d’abord parce qu’il nous rend heureux immédiatement, et pour l’éternité ensuite puisqu’il nous ouvre au bonheur sans fin. En choisissant de faire route avec Jésus au long de ce carême, en choisissant de faire route avec lui tout au long de notre vie, nous ferons reculer le mal. En choisissant de faire route avec Jésus, nous porterons du fruit, un fruit de vie nouvelle, aujourd’hui et toujours. Amen.

samedi 20 mars 2021

04ème dimanche de Carême B - 14 mars 2021

 Retrouver une vie belle quand le péché domine ?




(Tableau d'Edouard Bendemann, Les Juifs endeuillés en exil, 1832, source internet, illustration du psaume 136)




          Toute l’histoire biblique, donc l’histoire des hommes, ressemble à une inlassable suite d’alliances scellées par Dieu avec les humains, bafouées par les hommes et leurs péchés, et restaurées par Dieu et sa grâce. Nous en avons fait l’expérience durant les trois premiers dimanches de ce carême avec l’histoire de Noé, d’Abraham et de Moïse. Le livre des chroniques, dont nous avons entendu un extrait en première lecture, nous en fait une nouvelle démonstration à l’époque de la royauté.

            Tout le temps de la royauté est une saga mouvementée. Sur les quarante deux rois dont le règne est rapporté dans la Bible, seuls sept ont droit à l’affirmation : Il fit ce qui plut au Seigneur. Le constat dressé par l’auteur du livre est réalité : tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes. L’alliance scellée jadis avec Moïse n’est plus qu’un lointain souvenir, la Loi a été oubliée. Dieu n’est plus Dieu chez lui, nom de Dieu ! Malgré les prophètes qui n’eurent de cesse de dénoncer le péché et d’appeler à la conversion, rien ne change. C’est le temps de l’exil annoncé par le prophète Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposera durant soixante-dix ans. La vie belle qui était la perspective offerte par l’Alliance devient une vie de cauchemar : Nabuchodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils. Comment retrouver la vie d’avant le péché ? Comment revenir à cette vie belle promise par Dieu ? En retrouvant le chemin de la Loi de Dieu, en étant fidèle au souvenir de son Alliance. De lui-même, l’homme ne pourra pas restaurer ce qu’il a détruit. Le salut viendra de Dieu. 

            Pour nous, chrétiens, la source nouvelle de cette vie belle, c’est Jésus Christ, livré pour nos péchés. Dieu est riche en miséricorde, écrit Paul aux Ephésiens ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Cette vie belle à laquelle l’homme aspire, c’est un don de Dieu, un cadeau gratuit de Dieu à notre humanité. Enfin cadeau gratuit pour nous, le Christ en ayant payé le prix par son offrande sur la croix. Il nous faut pleinement mesurer le prix de ce signe dressé dans nos églises. Il nous faut pleinement mesurer le prix de ces croix que nous portons au cou. Ce n’est pas le prix des métaux ou des bois précieux dans lesquels elles sont faites, c’est le prix du sang d’un innocent, qui a accepté de mourir pour nos péchés. C’est le prix de l’amour absolu et illimité de Dieu pour nous, qui n’a pas refusé son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous. Le sacrifice du Christ sur la croix ne nous coûte rien, et pourtant il nous sauve. Le sacrifice du Christ sur la croix ne nous coûte rien, et pourtant il nous rachète à grand prix. C’est ce mystère qui fait le cœur de notre foi ; c’est ce mystère qui signe l’amour de Dieu pour nous, pécheurs. Là où le péché a abondé, la grâce de Dieu a surabondé (Rm 5, 20). L’amour de Dieu pour nous est tel qu’il ne peut se résoudre à laisser un seul d’entre nous aller vers la mort éternelle. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Devant tant d’amour, comment ne pas être reconnaissant ? Devant tant d’amour, comment ne pas s’abandonner à la foi ? Devant la croix, pouvons-nous honnêtement douter de l’amour de Dieu pour nous ? Devant la croix, pouvons-nous honnêtement dire à Dieu : ton amour, je n’en veux pas ? Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. C’est cela la vie belle qui nous est promise. Et elle commence dès maintenant, par la foi accordée au Christ, source du Salut. La foi rend notre vie belle dès ici-bas, non en nous évitant les épreuves et les obstacles, mais en nous permettant de les affronter et de les vaincre dans la force du Christ, mort et ressuscité pour nous. 

            Nous avons passé cette semaine, la moitié du chemin de carême. Nous comprenons de mieux en mieux, je l’espère, la beauté d’une vie gagnée par le Christ. Malgré notre péché, une vie belle est toujours possible dès lors que nous devenons disciples de Jésus, lui qui marche vers sa mort pour nous obtenir notre vie. Nous pouvons reprendre alors les mots de la prière qui ouvrait cette eucharistie et demander à Dieu d’augmenter encore la foi du peuple chrétien, notre foi, pour que nous nous hâtions avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. Elles sont le but de notre route ; elles sont la source de cette vie belle que Dieu veut pour nous. Amen.

samedi 20 février 2021

1er dimanche de Carême B - 21 février 2021

 Ne pas renoncer mais sublimer : quand Dieu s'y met en premier ! 



(©️ Fresque de Aurelio LUINI, Les animaux entrant dans l'arche, vers 1555, 
Monastère Maggiore, église San Mauricio, Milan)



            Ne pas renoncer, mais sublimer ! Telle était l’invitation qui nous était adressée au Mercredi des Cendres, à notre entrée en Carême. En ces temps difficiles, où nous subissons renoncement après renoncement depuis un an, je proposais de ne pas en rajouter, mais de considérer un changement de perspective. Regardons ce carême non comme un temps pendant lequel nous perdons quelque chose, mais comme un temps pour gagner, pour regagner la ressemblance avec Dieu que le péché nous a fait perdre. En ce premier dimanche de Carême, l’histoire de Noé, dont nous avons entendu un extrait de sa conclusion, nous montre que Dieu lui-même se met à sublimer son existence. 

            L’histoire de Noé, vous la connaissez sans doute. Le monde, créé bon par Dieu, s’est corrompu au point que Dieu s’est fâché comme jamais. Du mal, il y en eut déjà : la chute d’Adam, qui avait contrarié Dieu et qui aboutit à l’expulsion de nos premiers parents du Jardin d’Eden ; il y eut ensuite, plus grave, le meurtre d’Abel par Caïn. Dieu n’était pas content, content, mais il a quand même protégé Caïn, en interdisant que l’on portât la main sur lui. Partant de là, j’essaie d’imaginer alors ce qu’ont bien pu faire les hommes et les bêtes pour que Dieu soit fâché, fâché, fâché au point de décider de tout casser ce qu’il avait fait ! Bon, pas vraiment tout puisqu’il aura trouvé Noé, seul homme juste au milieu de toute cette corruption. Il va le charger de construire une arche et de préserver sept couples de toutes les bêtes pures, et un couple de toutes les bêtes impures. Et quand l’arche est construite et bien remplie, c’est la grande lessive : la terre est lavée par les eaux du déluge pendant quarante jours.  A la sortie de l’arche, Dieu établit une alliance avec Noé et sa descendance. Et c’est par cette alliance que Dieu sublime sa divinité en s’engageant à ne plus se venger de la sorte. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire toute chair. L’engagement de Dieu est ferme ; il ne se laissera plus aller à une colère telle que tout serait à nouveau détruit. Et pour être bien sûr de se souvenir de cette alliance, il place un signe, l’arc dans le ciel. Chaque fois que je vois un arc-en-ciel, je ne peux m’empêcher d’être heureux pour nous et fier du Dieu que je sers ; nous avons échappé à sa colère, il s’est montré fidèle à son alliance. 

            Certains penseront peut-être que Dieu avait bien raison de se fâcher ainsi et de tout détruire en préservant le seul juste qu’il ait trouvé. Il est vrai que ceux-là voudraient quelquefois faire comme Dieu avant le déluge : remettre un peu d’ordre, que diable ! Ne voyez-vous pas que tout va à vau-l’eau ; il serait temps que quelqu’un y remettre bon ordre ! Ce sont souvent les mêmes qui punissent leurs enfants d’avoir détruit leurs jeux parce que rien ne se passe comme prévu. Vous savez, ce gamin en colère qui renverse le plateau de jeu parce qu’il perd, ou qui détruit ses belles constructions en lego parce que vous lui avez demandé de partager avec son frère ou sa sœur ! Quand on est petit, ce n’est pas bien et mérite punition ; mais quand on est grand ou qu’on est Dieu, ce serait acceptable !? La colère n’est jamais acceptable ; c’est sans doute pour cela qu’elle a rang de péché capital. Pour sublimer notre humanité, pour la rendre belle à la ressemblance de Dieu, il nous faut, comme lui, laisser là notre colère, avoir notre petit arc-en-ciel pour ne pas entrer dans une fureur meurtrière. Si vous voulons retrouver la ressemblance avec Dieu que nous avons perdu, il nous faut laisser toute idée de colère, toute idée de vengeance. Il nous faut entrer dans un processus de recréation permanente qui permette à la vie de triompher toujours. 

            L’Apôtre Pierre, dans sa première lettre, explique le déluge comme une préfiguration du baptême. C’est toujours de l’eau qui coule, mais elle ne détruit plus celui sur qui elle coule ; elle le sauve par Jésus, mort et ressuscité. Quel beau renversement ! Quelle belle sublimation ! Ce qui a servi jadis à détruire, à ôter la vie, cela maintenant donne la vie. Ce Jésus, mort et ressuscité pour notre vie, est celui par qui nous pouvons retrouver la ressemblance avec Dieu, celui qui nous entraîne à sa suite sur les chemins de la vie véritable. Il est celui qui nous ouvre à la vie même de Dieu. Oui, avec Jésus, nous ne perdons rien ; avec Jésus, nous gagnons, nous gagnons tout, nous gagnons la vie, et la vie éternelle. Avec Jésus, mort et ressuscité, nous pouvons résister à l’Adversaire qui veut nous entraîner au Mal, comme il avait jadis tenté, sans succès, Jésus au désert. Avec Jésus, mort et ressuscité, à qui nous sommes configurés par le baptême, nous sommes vainqueurs du Mal et de la Mort. Avec Jésus, mort et ressuscité, nous n’avons plus à craindre.  N’est-ce pas une bonne nouvelle ? 

            Mercredi dernier, Jésus nous donnait le nécessaire pour la route du Carême qui nous mène à Pâques : aumône, prière et jeûne. Aujourd’hui, il nous dit que le Mal peut être vaincu dès lors que lui, Jésus, est présent dans notre vie. Il accomplit ainsi la promesse de Dieu de se souvenir toujours de son Alliance avec Noé : la vie ne sera plus détruite, elle sera toujours sublimée, toujours rendue plus belle et plus forte. Le baptême est le sacrement de cette vie plus belle et plus forte, de cette vie avec Dieu pour que le Mal recule, pour que le Mal perde et que les hommes gagnent. A l’appel de Jésus, croyons à l’Evangile et convertissons-nous. Amen.

dimanche 29 novembre 2020

1er dimanche de l'Avent B - 29 novembre 2020

 Notre Dieu est le Dieu de la rencontre.



             Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique. Ne la considérons pas comme une année de plus à notre compteur de chrétien. Nous risquerions de passer à côté de l’essentiel ; nous risquerions de manquer la rencontre avec Celui qui vient ; nous risquerions de manquer la Bonne Nouvelle que l’évangéliste Marc vient nous partager. Il nous faut vivre cette nouvelle année avec un esprit libre, un regard neuf, une attention renouvelée à ce qui fait le contenu de notre foi. En ce premier dimanche de cette nouvelle année liturgique, il nous est rappelé que le Dieu que nous cherchons à connaître toujours mieux est le Dieu de la rencontre. 

            Avec le prophète Isaïe, nous avons beau savoir que Dieu, il est aux cieux, cela n’est pas suffisant pour l’appréhender. Au contraire, le prophète lui-même invoque Dieu, supplie Dieu de revenir visiter son peuple : Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Reviens à cause de tes serviteurs. Il est vrai qu’Isaïe exerce son ministère à un moment clé de l’histoire d’Israël. Le passage entendu date de l’époque du retour d’Exil. Israël avait été vaincu militairement et déporté à Babylone. Ce fut un temps difficile où l’exercice de la foi était interdit et dangereux. Mais les prophètes, qui ont accompagné l’Exil, ont invité à la patience et à la conversion. Dieu ne saurait détourner son regard indéfiniment. Viendra le moment du retour, le moment où Dieu enverra son Messie pour libérer son peuple, comme il l’avait fait jadis lorsque le peuple était esclave en Egypte. La supplication du prophète intervient dans ce contexte, à la fin de l’Exil. Et la certitude du prophète est grande : Voici que tu es descendu… Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice. Si Dieu semble s’être éloigné de son peuple à cause de ses péchés, de ses nombreux péchés, il ne saurait rester éternellement loin de lui. Dieu ne se plaît que dans la rencontre avec l’homme ; il n’est pas comme les dieux étrangers. Son projet n’est pas de dominer les hommes, mais de faire Alliance avec eux. Si Dieu s’enfermait dans les cieux, s’il retirait sa proposition de rencontre et d’Alliance, il ne serait plus vraiment Dieu. Depuis les origines, Dieu a voulu avoir besoin de l’homme ; depuis le début de l’histoire sainte, Dieu a voulu faire de l’homme un partenaire de son œuvre. 

            Ce désir de rencontre marque la volonté de salut que Dieu porte pour l’homme. Le psalmiste complète admirablement la supplication du prophète Isaïe : Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! … Réveille ta vaillance et viens nous sauver… visite cette vigne, protège-la. Quand l’homme croyant traverse l’épreuve, il a toujours cette certitude de ne pas la vivre seul, mais d’être accompagné, protégé, par ce Dieu qui est venu le rencontrer. C’était vrai du temps des prophètes, c’est vrai encore aujourd’hui. Oserai-je dire que cela est encore plus vrai depuis que Dieu a envoyé son Fils, Jésus, dans le monde pour sauver tous les hommes ? Paul l’affirme sans détour aux chrétiens de Corinthe : Je ne cesse de rendre grâce à Dieu pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus… C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout… car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Nous sommes au-delà de la rencontre ; Paul parle de communion, c'est-à-dire d’une union qui nous fait être-avec lui. Nous ne le rencontrons plus seulement, nous sommes avec lui, en lui, pour lui, grâce à Jésus. Les moyens d’être-avec, d’être en communion sont nombreux. Ces semaines que vous avez vécu sans l’Eucharistie, l’ont encore démontré. Parmi les manières de rencontrer Dieu, d’être en communion avec lui, il y a le service du frère, l’attention aux petits, la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. Car Dieu est totalement présent, totalement livré dans le frère qui souffre, totalement donné dans la Parole reçue et méditée. Mais cela, pour beaucoup qui le vivent déjà, n’est pas suffisant ; d’où les demandes renouvelées pour pouvoir célébrer à nouveau l’Eucharistie, et pas seulement à pouvoir y assister devant son écran de télévision ou d’ordinateur. Là, dans le pain rompu et partagé, la rencontre entre Dieu et les hommes est à son sommet. Là, il nous livre sa vie, tout entière, pour notre salut. Là se trouve la source et la force de nos œuvres de miséricorde envers tous nos frères. Là, la Parole méditée seul chez soi trouve tout son sens. Avec le pain partagé, nous recevons la nourriture qui refait nos forces. Cela ne remet pas en cause ni la puissance de la Parole de Dieu, ni la nécessité du service. Au contraire, dans l’Eucharistie, tout cela est accompli. 

            Dans chaque paroisse de France, au cours de chaque eucharistie célébrée, il n’y aura chaque fois que trente personnes au maximum à pouvoir participer à cette rencontre avec le Dieu vivant et vrai, à avoir la joie de communier au Christ Sauveur. Mesurons la chance qui est nôtre ! Et portons dans la prière et devant Dieu, celles et ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre. Prenons-les avec nous dans cette rencontre. Prenons aussi avec nous celles et ceux qui, de confinement en déconfinement et re-confinement, ont perdu la joie de la rencontre, le goût de la communion avec Dieu. Puisse Dieu leur rendre l’espérance du Salut et le goût de la rencontre avec leurs frères et avec Dieu. Que nos gestes barrières ne se transforment pas en barrières qui empêchent la rencontre avec nos frères et avec Dieu. Amen.


samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


samedi 29 février 2020

1er dimanche de Carême A - 01er mars 2020

Dieu nous apprend l'homme.







Le temps du carême, que nous avons inauguré ce mercredi, veut nous permettre un retour à Dieu, une plus grande attention à sa Parole, une meilleure connaissance de lui et de nous. Pour chacun des dimanches à venir, je voudrais nous mettre à l’école de Dieu lui-même, car il est notre premier enseignant. C’est de lui que nous pouvons recevoir les réponses à nos grandes questions. En ce premier dimanche, Dieu nous apprend l’homme. Nous pourrions aussi bien dire : Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Cette affirmation est bien plus qu’une formule bien balancée ; elle est une partie de notre foi. Pour le chrétien, à cause de Jésus, l’homme et Dieu sont tellement liés, qu’il est impossible de parler de l’homme sans parler de Dieu. A tel point que l’on peut dire que Dieu nous apprend l’homme, et même qu’en Jésus, Dieu nous apprend à être vraiment homme. 

Cette pédagogie de Dieu a commencé dès le premier instant où l’homme a vu le jour. Nous croyons et affirmons que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’homme possède donc en lui une parcelle de vie divine ; il possède au fond de lui l’image même de Dieu. Et pourtant, nous dit le livre de la Genèse, l’homme cherche à être comme Dieu. Première des créatures, placé au sommet de la création pour la conduire et la gouverner, voilà que l’homme veut plus. Le discours de l’Adversaire, tel que le présente le Livre de la Genèse dans l’extrait entendu aujourd’hui, laisse entendre que Dieu voudrait maintenir une distance entre lui et l’homme pour mieux le dominer, voire l’exploiter. Face à Dieu, l’homme ne serait pas vraiment libre. Trompé par le serpent, le voilà qui s’éloigne, qui sort du cadre de l’Alliance. Et il se découvre nu sans cette fidélité à Dieu, nu et vulnérable. Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort, affirme Paul aux chrétiens de Rome. 

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Heureusement que Dieu n’est pas l’homme ! Il aurait pu se mettre en colère, il aurait pu détruire sa création : il n’en fit rien ; il n’en fera jamais rien ! Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère, plein d’amour. Il attendra le jour où l’homme reconnaîtra sa soif de Dieu ; il attendra le jour favorable pour tisser entre lui et l’humanité un lien d’alliance unique. Il nous faudrait ici relire toute la première alliance pour y découvrir cette patience de Dieu. Nous y découvririons aussi l’inconstance de l’homme, sa persistance à vouloir se couper de Dieu. A la fois l’homme reconnaît le lien étroit qui l’unit à Dieu, et à la fois il voudrait s’en défaire, tout en sachant que cela ne lui apportera rien de bon. Au bout du compte, Dieu offre son fils, Jésus. Il devient véritablement l’un de nous. En Jésus, l’homme et Dieu sont sur un pied d’égalité. En Jésus, l’homme trouve sa vraie dimension : celle d’un être aimant, capable d’aimer et capable d’être aimé. En Jésus, Dieu trouve sa véritable expression : il est celui qui permet à l’homme de se réaliser vraiment. De même que par la désobéissance d’un seul être humain [Adam] la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul [Jésus] la multitude sera-t-elle rendue juste, dit encore Paul aux Romains. 

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! Jésus a admirablement exprimé ce Dieu qu’il reconnaît comme son Père, celui qui l’a envoyé sauver le monde, au début de sa vie publique. Alors qu’il connaît les tentations propres à chaque homme, il s’appuie sur Dieu et sa parole pour résister à l’Adversaire. Le Dieu qu’il annonce est proche de l’homme ; il se fait nourriture pour lui. Le Dieu qu’il annonce est Sauveur de tous les hommes ; il prend soin de lui en toute occasion. Le Dieu qu’il annonce est plus fort que la mort et le péché ; il est le seul Dieu. L’Adversaire ne peut rien contre lui. Celui qui marche à la suite de Jésus, celui-là sert le même Dieu. Il est donc un homme libre, un homme qui sait poser les choix fondamentaux et orienter toute sa vie grâce à la Parole de Dieu. Il est certes pécheur, mais il se sait sauvé. Il reçoit de Dieu son humanité, il reçoit du Fils l’Esprit de sainteté. Il est pleinement homme parce que pleinement du côté de Dieu. La grâce de Dieu s'est répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ, précise Paul dans sa lettre aux Romains.

Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai qui tu es ! En Dieu seul, l’homme trouve sa vraie dimension. Ce qu’il cherche au-dehors de lui, il le trouve paradoxalement lorsqu’il plonge au plus profond de lui. Il porte en lui la vie divine, enfouie au fond de son être. Elle resplendira véritablement le jour où il sera totalement uni à Dieu, en parfaite conformité avec sa Parole d’amour. Il sera Dieu lorsqu’il sera vraiment homme. Le Christ nous a ouvert le chemin : ce carême nous est donné pour choisir de le suivre à nouveau ; ce carême nous est donné pour retrouver en nous l’image de Dieu que le péché a obscurci. Avec Jésus, faisons le choix de Dieu ; avec Jésus, faisons le choix de faire grandir le Royaume ! AMEN.

(Tableau de Cranach l'Ancien, Adam et Eve, vers 1526, The Courtauld Gallery, Londres)

samedi 5 octobre 2019

27ème dimanche ordinaire C - 06 octobre 2019

Dimanche du judaïsme.







Ce dimanche, situé entre le nouvel an juif et la fête de Yom Kippour, est pour nous, chrétiens, le dimanche du judaïsme, qui doit « nous rappeler nos racines juives et nous faire prendre conscience de la mission spirituelle du peuple juif appelé à sanctifier le nom de Dieu ». Nous pouvons nous réjouir avec eux et les porter dans notre prière, en ces jours où ils revivent de manière particulièrement forte le pardon, la conversion du cœur et la joie d’être réconcilié en Dieu. La succession des fêtes (Roch Hachana, Yom Kippour et Souccoth) doit nous interpeler également dans notre rapport à Dieu, à son Alliance et à notre fidélité à celle-ci. 

Le prophète Habacuc, que nous avons entendu en première lecture, pose avec acuité la question du Mal, principal obstacle à la foi. Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchainent. Cette expérience n’est propre ni au prophète, ni au peuple juif. Elle est nôtre à bien des moments de notre existence. Beaucoup de nos contemporains, ne sachant réduire cette énigme, font le choix d’abandonner. Si Dieu ne répond pas, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas, disent-ils. Entendre cette lecture d’Habacuc, à ce moment particulier du calendrier de nos frères ainés dans la foi, nous permet de trouver dans ces fêtes un début de réponse. La fête de Roch Hachana (le nouvel an juif, qui a été célébré du soir du 29 septembre au soir du 01er octobre) nous fait nous souvenir que Dieu est bon, qu’il a donné la création dont on célèbre l’anniversaire ; mais elle nous rappelle aussi que l’homme a sans cesse à se purifier et à demander pardon, à Dieu et à son prochain, pour le mal commis. Cela montre bien que le mal vient du cœur de l’homme. En même temps qu’il célèbre les dons faits par Dieu dans sa création, il entre dans un temps de purification pour correspondre toujours plus à ce que Dieu attend de lui. Le pardon et la réconciliation avec Dieu et le prochain, célébrés lors de Yom Kippour (du 08 octobre au soir au 09 octobre au soir) ne sont pas alors un moment d’humiliation, mais un temps de grâce et de salut. En demandant pardon, l’homme permet à Dieu de rendre la création, y compris l’humanité, telle qu’il l’avait faite. D’où la joie de la fête de Souccoth qui suit (du 13 octobre au soir au 22 octobre au soir) : quand Dieu pardonne, l’homme est libéré, réconcilié, comme jadis au temps de l’Exode, après la sortie d’Egypte. L’homme sait qu’il pourra toujours compter sur Dieu. 

A ceux qui s’interrogent sur le Mal, une triple réponse est donc donnée : Souviens-toi que Dieu est bon ; purifie-toi et pardonne ; réjouis-toi de ce que Dieu a fait pour toi. Que ce soit Habacuc que nous avons entendu, ou n’importe lequel des prophètes de la Première Alliance, le message est le même. C’est de la fidélité à l’Alliance de Dieu que vient le salut. C’est Dieu qu’il faut servir ; c’est Dieu qu’il faut écouter ; c’est Dieu qu’il faut suivre. Chrétiens, nous ferons un pas de plus en incluant Jésus, dans le processus, comme nous le faisait chanter un cantique de mon enfance : Dieu fait de nous, en Jésus Christ, des hommes libres : tout vient de lui, tout est pour lui, qu’il nous délivre ! La foi de Jésus, qui est celle du peuple juif, devient pour nous foi en Jésus, ce qui nous est propre. Les promesses faites par les prophètes, nous croyons que Jésus les a accomplies. Il est, pour nous, la source du salut pour tous les hommes ; il est celui qui a réconcilié, par son sang, tous les hommes avec Dieu. Il n’y a plus, selon le mot de Paul, ni Juifs, ni païens, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, mais tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ. En Jésus, né juif par Marie, mort juif, ressuscité dans la puissance de l’Esprit Saint, la vocation d’Israël d’être lumière menant toutes les nations à la connaissance du Dieu unique et vrai, est devenue réalité. Nous devons remercier le peuple choisi par Dieu pour sa fidélité à l’Alliance première ; nous devons le remercier d’avoir engendré Jésus, qui par une fidélité parfaite nous vaut d’être incorporé au peuple saint, et sauvé par le don de sa vie sur la croix. 

Vous comprenez que nous nous pouvions faire, ni ne pourrons jamais faire l’impasse sur ce temps si précieux pour nos frères ainés dans la même foi. La méditation de leur fidélité à la foi de nos pères communs doit susciter notre propre fidélité à la foi de notre baptême. Rendons grâce à Dieu pour ce qu’il réalise pour nous, réaffirmons notre désir de lutter contre le Mal par une vie toujours plus donnée à Dieu, et réjouissons-nous d’être sauvés par pure grâce, simplement parce que Dieu est bon, parce que Dieu est grand, parce que Dieu est saint et qu’il nous aime, aujourd’hui et toujours. Amen.

(image internet, site https://www.myjewishlearning.com/article/shalom )






samedi 14 septembre 2019

24ème dimanche ordinaire C - 15 septembre 2019

Dieu est-il déraisonnable ?





Après avoir écouté la Parole de Dieu proposée par l’Eglise en ce 24ème dimanche du temps ordinaire, une question me vient : Dieu est-il bien raisonnable ? Car enfin, chacun des textes entendus, nous montre un Dieu qui est tout, sauf raisonnable. 

L’extrait du Livre de l’Exode en est un bon exemple. Moïse s’attarde sur la montagne avec Dieu, et le peuple, déjà, se détourne de la conduite attendue. C’est l’épisode bien connu du veau d’or qui entraîne la colère de Dieu, colère légitime s’il en est. Pourtant, est-ce raisonnable de se mettre en colère, en comptant secrètement sur la bonté de Moïse, pour l’apaiser ? Parce qu’ils se connaissent bien, ces deux-là, Moïse et Dieu, à force de discuter ensemble. Moïse sait l’amour de Dieu pour ce peuple qu’il a fait sortir du pays d’Egypte par [sa] grande force et [sa] main puissante, et il ne se gêne pas pour le lui rappeler. Et Dieu connaît son serviteur Moïse et son attachement à ce peuple qu’il a accepté de guider sous sa conduite. Ce petit jeu : Retiens-moi, je vais faire un malheur ! n’a d’autre raison d’être que de nous faire prendre conscience de tout ce que Dieu fait pour nous. C’est l’occasion pour Moïse de redire les merveilles que Dieu a faites pour ce peuple à la nuque raide ; c’est l’occasion pour Moïse de se situer lui-aussi, avec ce peuple, dans cette Alliance faite par Dieu avec Abraham, Isaac et Israël. Certes, Dieu pourrait faire surgir du désert un nouveau peuple après avoir détruit celui-ci ; mais n’y a-t-il pas plus de grandeur à pardonner et à continuer de travailler le cœur de ce peuple pour qu’il soit toujours plus acquis à Dieu ?  Je ne sais pas si Moïse est plus raisonnable que Dieu ; mais il est certainement, à ce moment de l’histoire, le plus raisonné. Et Dieu se rend aux arguments de son serviteur : il renonce au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

La leçon semble avoir portée. Lorsque nous relisons Paul dans sa lettre à Timothée, nous constatons l’amour permanent de Dieu pour les hommes, puisqu’il n’a pas hésité à envoyer le Christ Jésus dans le monde pour sauver les hommes. Mais est-ce bien raisonnable ? Est-ce raisonnable de demander le sacrifice du Fils aimant et aimé pour sauver ces hommes qui, comme le peuple que Moïse conduisait au désert, ont la nuque raide ? Mesurons-nous, dans le témoignage de Paul, l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, amour manifesté dans la mort et la résurrection de Jésus ? Cet amour est-il bien raisonnable ? L’amour que Dieu porte à chacun de nous est-il raisonnable ? Heureusement que non, de notre point de vue, sinon nous serions encore à attendre un signe du salut. Sauvés, nous le sommes, par ce fils qui est venu dans le monde faire miséricorde même à ceux qui sont blasphémateurs, persécuteurs, violents. Il fait miséricorde même au pire des pécheurs pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui. C’est sans doute déraisonnable, mais Dieu ne recule devant rien pour nous sauver.

Relisons alors les paraboles entendues dans l’évangile de Luc. Il est complètement déraisonnable celui qui laisse, dans le désert, ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour s’en aller chercher l’unique qui s’était perdue. Elles seraient à l’abri de la bergerie, je ne dis pas ; je pourrais comprendre. Mais les laisser, en plein désert, à la merci des bêtes sauvages, pour une qui n’a pas pu suivre, cela me semble déraisonnable. Et pourtant, c’est la conduite de Dieu à notre égard, chaque fois que nous nous éloignons du troupeau. Il vient nous rechercher, il vient nous prendre sur ces épaules, il n’a de cesse de nous retrouver.  Il est déraisonnable aussi ce père qui, pour accéder au souhait de son plus jeune, se défait de la moitié de ses biens, biens que ce fils s’empresse de dépenser à tort et à travers. Il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il guette quotidiennement le retour de ce fils dépensier. Il est tout aussi déraisonnable, l’aîné nous le rappelle, lorsqu’il fait tuer le veau gras pour ce fils revenu. Mais il est tout aussi déraisonnable lorsqu’il reprend ce fils ainé qui ne comprend rien à son attitude et qui se révèle incapable de se réjouir avec ce père qui n’aura plus besoin de guetter chaque jour le retour du prodigue. Et pourtant, s’il ne l’était, déraisonnable, il n’y aurait pour nous aucun avenir, il n’y aurait pour nous aucune espérance. Car nous sommes cette brebis perdue, nous sommes ce fils plus jeune qui demande sa part d’héritage, nous sommes ce fils ainé, sûr de son bon droit à se mettre en colère contre son frère et contre son père. Et nous sommes tous, comme le rappelle si bien Paul, le premier des pécheurs à qui il est fait miséricorde.

Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous ne serions pas sauvés. Si Dieu n’était pas déraisonnable, nous n’aurions pas d’autre alternative que d’être éternellement parfaits. Mais si Dieu est déraisonnable dans sa capacité à nous aimer, ne devenons pas déraisonnables à notre tour. L’immense amour de Dieu pour nous n’est pas un blanc-seing pour persévérer dans le mal. Entrons en chemin de conversion, apprenons de l’amour de Dieu à grandir dans cette sainteté et cette vie éternelle qu’il nous offre par la mort et la résurrection de Jésus. A l’amour déraisonnable de Dieu, répondons par une vie raisonnée, une vie à la mesure de cet amour. Nous contribuerons ainsi à la joie du ciel. Amen.

(Tableau de Sieger KÖDER, le Bon Pasteur)

samedi 6 octobre 2018

27ème dimanche ordinaire C - 07 octobre 2018

Au commencement !






Quand les choses changent, quand rien ne va plus, quand une crise frappe notre existence ou nos institutions, il est bon et sage d’en revenir au commencement, à ce qui était fondateur, à ce qui donnait le sens des choses. C’est ce à quoi nous invite Jésus dans l’évangile de ce dimanche : Au commencement de la création, voilà ce que Dieu voulait, voilà ce que Dieu a fait… 

Au commencement ! C’est bien à cela que renvoie Jésus lorsque les pharisiens cherchent, une fois de plus, à le piéger. Leur question semble simple : un homme peut-il renvoyer sa femme ? Un simple oui, ou un tout aussi simple non, aurait suffi. J’avoue même qu’il nous aurait considérablement simplifié la tâche à une époque où la question ne se pose plus en termes de permis / défendu. Mais voilà ! Jésus ne se laisse pas enfermer dans une discussion morale ; il ne dit pas si l’homme peut ou pas ! Il renvoie au commencement, à l’œuvre créatrice de Dieu, au projet initial de Dieu pour l’humanité. Car là seul se trouve la réponse. Autrement dit, ce que les pharisiens demandent, est-ce que cela correspond au projet d’amour de Dieu pour l’humanité ? 

Ce commencement, nous l’avons clairement entendu dans la première lecture. L’auteur du livre de la Genèse rappelle l’intention première de Dieu : créer le monde, l’humain, à son image et à sa ressemblance. Une humanité plurielle, homme et femme ; une humanité égale, née de la même chair, pour bien manifester qu’il n’y a pas de différences de dignité entre les uns et les autres. Une humanité appelée à entrer en alliance d’amour, à s’unir pour perpétuer l’œuvre créatrice initiale de Dieu. C’est bien à ce commencement-là que renvoie Jésus dans l’Evangile. Ce faisant, il nous replace au cœur de l’alliance primordiale. Car tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons doit être mesuré à l’aune de cette alliance que Dieu a voulu nouer avec l’humanité, dès le commencement. L’histoire biblique, qui est aussi l’histoire de l’humanité, nous prouve combien cette alliance semble difficile à respecter.  La dureté du cœur de l’homme est maintes fois soulignée. A cette dureté répond sans cesse la générosité du cœur de Dieu. Un Dieu qui patiente et qui prend pitié ; un Dieu qui reformule son alliance à l’infini. Un Dieu qui va jusqu’au don de son propre Fils, pour une fois encore inviter l’homme à vivre de son l’alliance, pour une fois encore faire battre le cœur de l’homme au rythme du cœur de Dieu.

Au commencement ! Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur n’affirme-t-il pas que le sacrifice de Jésus sur la croix est aussi un de ces commencements dont Dieu a le secret ? C’est un de ces moments auquel il nous faut revenir pour vivre de la vie-même de Dieu. La mort-résurrection de Jésus est un nouveau commencement pour que l’homme se souvienne, pour que l’homme comprenne qu’il est bien de la famille de Dieu, de la même origine, pour reprendre l’expression de l’épître aux Hébreux. Dieu et l’homme sont unis à jamais, dans une même alliance, dans un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire, comme le dira tout à l’heure la prière eucharistique. Ah, si nous comprenions vraiment la portée de ce nouveau commencement que le Christ a inauguré pour nous tous ! Ce commencement porte à son achèvement le commencement originel, parce qu’il va au bout de l’amour que Dieu nous manifeste. Que pourrait-il faire de plus après cela, c’est-à-dire après la mort de Jésus en croix, pour qu’enfin nous tenions notre part dans cette alliance proposée depuis le commencement ? Rien ! Sur la croix, tout est dit, tout est donné, tout est accompli. 

Au commencement ! Nous sommes, depuis dimanche dernier, à un commencement. L’arrivée d’une nouvelle équipe de prêtres, le regroupement programmé de deux communautés de paroisses, nous oblige à considérer autrement ce qui pouvait sembler acquis. Quelque chose de neuf surgit et se construit. Je ne veux pas faire ici la liste de tous les possibles, mais plutôt nous renvoyer chacun à la seule chose qui compte, à savoir que nous comprenions bien ce que Dieu attend de nous depuis le commencement. Il est urgent de revenir à ce commencement, urgent de réaliser la famille qu’il nous demande de construire ! Je crois sincèrement que là réside le secret d’une communauté réussie : dans l’adéquation entre ce que nous vivons et ce que Dieu attend de nous. Et cela ne repose pas d’abord sur ce que l’autre fait ou ne fait pas pour moi, mais dans ce que je vis avec Dieu. Si nous sommes un peu perdus, si nous sommes quelquefois découragés, si l’envie nous prend de rester chez nous, souvenons-nous de ce commencement qu’il y a eu entre Dieu et nous. Souvenons-nous de cette histoire d’amour unique commencée au jour de notre baptême, sans cesse recommencée dans les pardons reçus, sans cesse renforcée dans le don de l’Eucharistie. Souvenons-nous que si les hommes nous déçoivent, si l’Eglise semble imparfaite, si le prêtre n’est pas assez ceci ou trop cela, il y a, au commencement de mon histoire avec Dieu, un amour sans faille et sans limite. Un amour qui m’est offert, par pure grâce, qui ne me coûte rien, et auquel je suis invité à répondre. Et si je me perds, et si je m’éloigne, je sais que je pourrai toujours vivre un nouveau commencement avec le Dieu de Jésus Christ. 

Au début de ce nouveau commencement, tournons-nous donc vers Dieu pour faire mémoire du commencement originel ; qu’il soit pour tous la chance d’une fidélité renouvelée à l’Evangile, d’une fidélité renouvelée à la communauté à laquelle nous appartenons. N’ayons pas peur des conversions à effectuer ; confions à Dieu nos craintes et nos difficultés pour qu’il nous aide à les surmonter avec sa grâce. Osons affirmer qu’avec Dieu, nous pouvons tout, parce qu’il nous donne la force de son Esprit. Qu’aujourd’hui soit vraiment pour nous un commencement ! Commencement porteur de promesse. Commencement porteur de fidélité. Commencement porteur de fécondité. Un commencement avec Dieu, pour nos frères ! Amen.
 
 
(Dessin de M. Leiterer)