Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Appel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Appel. Afficher tous les articles

mardi 31 octobre 2023

Toussaint - 01er novembre 2023

Tous saints, vraiment ?



(Détail d'un tableau d'Arcabas)

 

 

 

            Avec encore en tête l’évangile de dimanche dans lequel Jésus nous rappelait que ce qui donne sens et beauté à notre vie, c’est l’amour de Dieu et des autres, toujours, indéfectiblement liés, nous abordons cette fête de la Toussaint avec appréhension, car reconnaissons-le, nous n’aimons pas pleurer ; nous ne voulons pas faire partie des doux, des miséricordieux et des artisans de paix, si cela signifie être considérés par le monde comme faibles et prompts à se laisser marcher sur les pieds ; nous voulons bien nous battre pour la justice à condition qu’elle soit en notre faveur, mais certainement pas être persécutés en son nom ; et nous préférons nous cacher d’être chrétien plutôt que d’être insultés à cause du Christ et de son Eglise. Puisque ce sont là les critères de sainteté, nous en sommes loin soudain, notre amour lui-même n’étant pas à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous. Et nous pouvons donc nous interroger : tous saints, vraiment ? 

            Si nous considérons la sainteté comme un état de perfection, alors oui, nous sommes à plaindre, parce que peu y parviendront. Pour célébrer la Toussaint sereinement, il nous resterait alors à la considérer comme une fête pour les autres, ceux qui étaient avant nous, ceux qui vivaient dans ce monde merveilleux du passé, où selon certains, tout était mieux, bien mieux qu’aujourd’hui ; mais cela nous apporterait quoi ? Si elle est bien la fête de celles et ceux qui nous précèdent dans le Royaume et dont l’Eglise reconnaît la vie comme un modèle, un chemin pour nous, la Toussaint est aussi une fête pour nous rappeler à quoi nous sommes appelés. Et peut-être tout est-il dans ce verbe : être appelé. Il nous rappelle que notre sainteté est une vocation. J’ai en moi le désir d’être saint, parce que c’est ce à quoi Dieu m’appelle. Et s’il m’y appelle, il me donne les moyens de réussir. Dieu ne nous appelle pas à quelque chose qui serait hors de notre portée. Arrêtons de voir les saints comme des gens qui ont réussi là où nous échouons sans cesse ; regardons-les comme des gens qui ont suivis amoureusement le chemin que Dieu leur avait préparé, et qui l’ont suivi jusqu’au bout. Dieu les a choisis au jour de leur baptême, comme il nous a tous choisis. Parce que Dieu les a choisis, ils ont choisi Dieu, à travers les joies et les difficultés de leur vie, ils ont choisi de lui rester fidèles, ils ont choisi de toujours croire en lui, même quand cela semblait difficile. Certains l’ont fait spontanément, d’autres après bien des péripéties. Ce choix, nous pouvons le faire aussi. Et nous pouvons le refaire autant de fois que nécessaire. 

            Si la sainteté est un appel de Dieu, elle est aussi un don de Dieu. Il nous rend saint en son Fils Jésus, lui qui s’est livré pour nous, pour notre vie, pour notre salut. Notre vie, avec ses joies et ses épreuves, nous ne l’affrontons pas seuls. Le Christ est présent avec nous, jusqu’à la fin des temps, et c’est lui qui nous permet de passer la grande épreuve dont parle l’Apocalypse. C’est par le sang de l’Agneau qu’ils ont blanchi leurs robes, ceux qui se tiennent debout devant le Trône et devant l’Agneau. Sans le Christ, la sainteté est impossible ; avec le Christ, elle est un don que Dieu fait à tous les hommes. Notre baptême nous a rendus saints, il nous a faits enfants de Dieu, et nous le sommes, nous assure saint Jean. La sainteté resplendit en nous depuis notre baptême. Il faut donc la considérer, non pas comme une récompense à gagner, mais comme un cadeau toujours à accueillir, toujours à utiliser. Notre sainteté ne s’use que si nous ne nous en servons pas. Ne soyons pas comme des enfants gâtés qui ont tout reçu, mais qui n'utilisent jamais leur cadeau ! En nous donnant l’Esprit Saint, tout nous a été donné. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons pleurer avec ceux qui pleurent sans être abattus et sans espérance ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être doux, miséricordieux et artisans de paix sans nous sentir faibles ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons avoir faim et soif de justice pour tous, et même accepter d’être persécutés pour elle ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être fiers d’être au Christ, sans ressentir le besoin de nous cacher parce que son Eglise est imparfaite et pécheresse. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons cultiver cette sainteté que Dieu nous offre sans risque de la perdre. Ne la considérons pas comme un talent à cacher en terre et à restituer le jour venu ; considérons-la comme un talent à risquer dans le monde où nous sommes. Ce n’est pas l’échec qui nous tiendra loin du Royaume ; c’est de n’avoir pas osé essayer ! 

            En cette fête qui nous fait célébrer nos amis les saints et les saintes de Dieu, n’oublions pas de célébrer la sainteté qui est en nous. Que notre eucharistie ravive en nous le désir d’être saints, de vivre avec Dieu chaque jour de notre vie, pour partager un jour, la joie de son éternité. Alors, nous serons tous parfaitement saints, parce que nous lui serons semblables éternellement. Amen. 

samedi 19 août 2023

20ème dimanche ordinaire A - 20 août 2023

 Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.


(Souche de Jessé, Icône) 

 

 

            Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble. Ce verset du psaume 66, mesurons-nous bien ce qu’il a de « révolutionnaire » ? Ecris à une époque où les peuples divers avaient tous leurs dieux propres, distincts de ceux des voisins, voici un psaume qui ose risquer une affirmation de l’universalité du Dieu d’Israël, le Dieu d’un peuple particulier. Pourtant, quelques siècles plus tard, lorsque Jésus croise la route d’une Cananéenne qui vient lui demander de l’aide pour sa fille, on ne peut pas vraiment dire que ce risque soit assumé : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Cela sonne durement à nos oreilles. Quelqu’un, fût-il Jésus, peut-il ainsi « nationaliser » Dieu et dire que les autres ne le concernent pas ? 

            Des siècles plus tard encore, la question se posera dans l’autre sens, quand les chrétiens seront devenus majoritaires. Le Dieu d’Israël, dont les chrétiens disent qu’il a envoyé son Fils unique Jésus dans le monde pour le sauver, peut-il désormais se détourner de ce peuple qu’il avait choisi jadis, au motif que quelques-uns ont entraîné la condamnation et la mort de ce Fils de Dieu ? Quelqu’un peut-il dire : puisque vous avez tué le Fils de Dieu, on vous le prend, on le christianise et il vous rejette ? Peut-on annexer le Dieu d’un autre sous prétexte que ce quelqu’un n’a pas compris ou pas reconnu Dieu à l’œuvre dans le monde ? Dieu ne serait-il qu’un jouet dans les mains des hommes, qui se le refilent ou se l’attribuent au gré des circonstances de leur histoire ? Ce serait faire peu de cas des hommes ; ce serait surtout faire peu de cas de Dieu lui-même. 

            Peut-être la réponse est-elle dans la bouche de Paul quand il affirme dans sa lettre aux Romains : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. Pour mémoire, et selon mon dictionnaire, le repentir c’est l’acte de reconnaitre que j’ai fait quelque chose de mal, que je le regrette et que je vais réparer autant que possible. Paul nous dit donc clairement que Dieu n’a rien fait de mal, ni n’a à regretter le fait d’avoir appelé le peuple d’Israël à être son peuple particulier. Et l’émergence du groupe des disciples du Christ, n’est pas la réparation d’une disqualification du peuple juif. Dieu ne regrette pas d’avoir choisi un peuple particulier pour être lumière des nations. Et nous devons toujours tenir ce peuple en haute estime pour la mission qui est la sienne. Le Nouveau Testament ne remplace pas le Premier Testament ; l’Eglise ne chasse pas la Synagogue. Par notre manière d’être avec les autres, ne soyons pas les premiers à faire regretter à Dieu notre existence ! 

            Cette affirmation de Paul : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, s’applique bien au peuple juif. Non seulement, Dieu ne regrette pas son choix, mais dit Paul, sa miséricorde s’étendra à eux aussi, quand Dieu fera de tous les peuples un seul peuple. Ils ne sont pas moins croyants que nous parce qu’ils n’ont pas reconnu le Christ. Paul affirme même que Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.  Ainsi aucun peuple ne pourra se dire supérieur à un autre, parce que chacun aura bénéficié de la même miséricorde de Dieu. 

            Ceci doit nous réconforter lorsque nous constatons que nous ne correspondons pas toujours à ce que Dieu attend de nous. Pécheurs nous le sommes tous ; cela ne signifie pas que Dieu nous rejette ! Nous avons tous des moments où notre foi est faible et des moments où notre foi est forte. Cela ne signifie pas que nous sommes moins bons ou meilleurs que les autres. Cela ne signifie surtout pas que Dieu nous aime plus ou moins, selon que notre foi soit forte ou faible. Cela signifie juste que nous avons plus fortement ou moins fortement besoin de sa miséricorde. Nous avons besoin que Dieu soit miséricordieux lorsque nous sommes forts dans la foi ; nous avons besoin que Dieu soit plus miséricordieux quand nous sommes faibles dans la foi. Nous avons besoin de la miséricorde de Dieu, tout simplement. Et lorsque Dieu l’accorde, il ne le regrette pas. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son peuple, nous qui autrefois refusions de croire. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son Eglise, quand nous ne vivons pas exactement l’Evangile de Jésus Christ. 

            Puisque les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance de sa part, ils ne devraient pas être un objet de jalousie ou d’opposition de notre part. Réjouissons-nous de ce que Dieu parle aux hommes, à tout homme. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent avec nous. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent sur un autre chemin que nous. Si nous croyons bien que Dieu parle aux hommes de manières variées, pourquoi croirions-nous qu’il n’y a qu’un chemin, le nôtre tant qu’à faire, pour le suivre ? Ce qui compte, ce n’est pas comment je marche à la suite du Christ ; ce qui compte, c’est que, pour que je puisse marcher à sa suite, Dieu m’aie fait miséricorde. Ce qui compte c’est que toujours encore les dons gratuits de Dieu et son appel soient sans repentance, et que je ne donne pas à Dieu de motif de regretter de m’avoir appelé. Ce qui compte finalement, c’est que ses dons gratuits et son appel nous conduisent tous au Royaume où il nous attend pour faire de nous un seul peuple, le peuple de ceux qui auront répondu à son appel et goûté avec profit à ses dons gratuits. Amen.

dimanche 15 janvier 2023

2ème dimanche ordinaire A - 15 janvier 2023

 Elus pour témoigner de Dieu.



 

            Il y a une thématique qui traverse toute la Bible et dont toutes nos lectures de ce dimanche se font l’écho, celle de l’élection. Dieu choisit des hommes et des femmes, et même un peuple tout entier, pour être témoins de son œuvre de salut en faveur de l’humanité. Il est important de bien saisir le sens de cette élection pour ne pas tomber dans des travers dangereux et pour l’élu et pour ceux vers qui il est envoyé. 

            Nous l’avons entendu dans la première lecture : Dieu appelle le prophète Isaïe. Tu es mon serviteur, en toi je manifesterai ma splendeur. Et plus loin Dieu précise le sens de cet appel : C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. L’élection ou l’appel, si vous préférez, c’est toujours en vue d’une mission auprès de quelqu’un. Ce n’est pas pour placer quelqu’un au-dessus des autres, mais pour le placer auprès de quelqu’un ou en avant de quelqu’un. L’élu ne va pas dominer, il va accompagner, éclairer, ramener vers Dieu, dire sa Parole… Même l’élection du peuple Israël n’en fait pas un peuple au-dessus des autres. Il est le peuple particulier de Dieu pour être lumière qui éclaire les nations. Pour le dire clairement, Israël est choisi pour vivre l’Alliance que Dieu propose, non pas parce qu’il est meilleur que les autres peuples, mais pour qu’un peuple, Israël, serve de modèle aux autres ; pour que les autres peuples, voyant Israël bénéficier des faveurs de Dieu, se disent : nous-aussi, nous voulons vivre cela, nous aussi nous voulons connaître ce Dieu qui intervient en faveur du peuple qu’il a élu. 

            Les Alliances successives, et les ruptures d’Alliance tout aussi successives, nous montrent bien que ce n’est pas simple et que l’élection par Dieu n’empêche pas le peuple de se détourner de Dieu. Dieu enverra des prophètes vers son peuple pour faire revenir le cœur de celui-ci vers Dieu. Et après le temps de l’Exil, le prophète Isaïe nous indique clairement que désormais, c’est l’humanité tout entière qui est appelé au salut. L’élection d’Israël s’étend à tous les peuples. Tous sont aimés de Dieu ; tous peuvent bénéficier du salut que Dieu offre. Des siècles plus tard, Paul, qui a grandi au sein de ce peuple élu par Dieu, a bien conscience d’une nouvelle élection qui le concerne lui et ceux qui ont fait choix du Christ : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelé à être saints… Paul a été appelé à être apôtre : c’est son élection particulière ; mais avec lui, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Cette élection, nous la partageons tous depuis notre baptême. 

            Et nous comprenons là que l’élection ne nous place pas au-dessus des autres, mais au milieu des autres, et qu’elle nous confère une mission. Pour Isaïe, c’est d’être prophète ; pour Paul, c’est d’être apôtre du Christ Jésus, pour chacun de nous et pour eux, c’est d’être saints. Il y a une mission commune, la sainteté à accueillir et à vivre, et des missions particulières au service de la mission commune : être prophète, être apôtre… Paul les détaillera plusieurs fois dans ces lettres. Ceux qui exercent une mission particulière ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste été appelés à quelque chose de plus au service de tous. De même, les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste accepté l’appel de Dieu que le baptême manifeste. Par le baptême, Dieu nous choisit comme ses enfants : Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. C’est Dieu qui nous choisit par le baptême ; nous faisons juste le choix de lui répondre. Mais c’est son appel qui est premier et qui conditionne tout. 

            Que ce soit l’appel à la mission commune (vivre de la sainteté de Dieu) ou que ce soit l’appel à une mission particulière, nous avons tous la même obligation : témoigner de ce que Dieu a fait pour nous et pour notre salut. Jésus lui-même, placé au milieu de nous par son incarnation, témoignera par son enseignement et par les signes qu’il pose, de ce que Dieu réalise pour tout homme. Nous ne pouvons pas le faire si nous considérons que nous sommes au-dessus des autres. Nous ne témoignons vraiment que lorsque nous vivons au milieu des autres, partageant leurs tristesses et leurs joies, leurs angoisses et leurs espérances. Que ce temps ordinaire que nous avons commencé, nous donne de nous situer en vérité au milieu des hommes de notre temps et de leur témoigner l’amour dont Dieu les aime. Ainsi nous serons lumière qui éclaire les nation et nous accomplirons notre vocation à la sainteté. Ainsi nous pourrons tourner les cœurs vers le Christ, le seul qui sauve. Amen.

dimanche 26 juin 2022

13ème dimanche ordinaire C - 26 juin 2022

 La radicalité de l'appel & la liberté humaine.







Il y a quelque chose d’impressionnant, je trouve, dans les récits de vocations que la Bible nous propose régulièrement, parce que ces récits conjuguent à la fois la radicalité de cet appel et la liberté humaine. Dieu appelle qui il veut, et c’est son droit. Et quand il appelle, c’est pour une mission précise, un projet précis que Dieu porte ; et c’est encore son droit, à Dieu, d’avoir des projets. Mais qu’en est-il de l’appelé ? Quels sont ses droits à lui ? Peut-il résister à l’appel de Dieu ? Que devient sa liberté ? Peut-il ne pas accueillir le projet de Dieu sans risquer les foudres divines ? C’est ce que nous découvrons dans les lectures de ce dimanche.

Concentrons-nous sur l’évangile puisqu’il contient tout. Le passage entendu commence avant Pâques, quand Jésus se dirige vers Jérusalem avec ses disciples. Sans doute fatigué par la route, Jésus envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Certains pensent peut-être que nous nous égarons. Le récit de vocation, c’était la première lecture avec le choix d’Elisée pour succéder à Elie. Au sens strict, ils ont raison. Mais l’appel de Dieu n’est pas nécessairement un appel à le servir ministériellement, comme prophète ou comme Apôtre. L’appel premier de Dieu, adressé à tous les hommes, c’est de l’accueillir. C’est notre vocation première. Dans l’Eglise, la vocation baptismale est plus fondamentale d’ailleurs que la vocation ministérielle parce que c’est justement cette première qui nous met en contact avec le Christ. Toutes les autres vocations plus précises vont s’appuyer sur cette première vocation. Nous en sommes bien là quand Jésus veut se rendre dans ce village. La demande d’hospitalité est un appel adressé à ce village qui la refuse. Je comprends la stupeur, voire la colère de Jacques et Jean ; leur réaction est à la hauteur de ce qu’ils pensent de Jésus et de ce refus de l’accueillir : veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? Nous comprenons bien que c’est exagéré, qu’ils ont mal compris la notion de radicalité de l’Evangile ; et Jésus le leur fait bien comprendre puisqu’il les réprimanda. Mais la prochaine fois que nous aurons envie de coller quelqu’un au mur parce qu’il nous aura déplu et énervé, souvenons-nous de cette réprimande ; parce qu’elle vaudra pour nous aussi. Ce que nous apprenons ici est fondamental : on ne risque rien à refuser Jésus dans sa vie ; on ne risque pas d’être dévoré tout cru par un feu tombant du ciel. Il y a le projet de Dieu ; il y a la liberté des hommes. Et ni la toute-puissance de Dieu, ni la toute grandeur de ses projets ne viennent écraser ou supprimer la liberté de l’homme. 

La radicalité de l’appel de Dieu ne doit pas écraser l’homme ; nous ne sommes pas des marionnettes entre les doigts de Dieu. Quand on parle de radicalité de l’appel, comprenons que c’est un appel qui s’inscrit à la racine de notre existence pour nous transformer de l’intérieur. Parce qu’un projet de Dieu, librement accueilli, transforme toujours d’abord celui à qui l’appel est adressé. Même quand cet appel le pousse vers les autres, il doit d’abord se laisser saisir et transformer par lui. C’est bien parce que je suis saisi profondément (radicalement) par l’appel du Christ que je peux laisser des choses, abandonner certains rêves. Ma liberté n’est pas supprimée, elle est transformée ; elle me transforme pour me rendre apte à vivre cet appel, que cet appel soit baptismal ou ministériel. Par le baptême, nous dit Paul dans sa lettre aux Galates, le Christ nous a libérés pour que nous soyons libres. C’est bien ce que réalise le baptême pour nous. Quand l’eau coule sur notre front, le péché en nous est vaincu, pardonné : nous sommes libérés, délivrés… vous connaissez la chanson. Le baptême, c’est un appel à la liberté vis-à-vis de toute forme de mal. Nous comprenons alors l’insistance de Paul : Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. La radicalité de l’appel à suivre le Christ par le baptême ne supprime pas notre liberté ; elle fait grandir cette liberté et la transforme en liberté d’aimer, en liberté pour le service de ceux et celles qui croiseront notre route. Tout appel de Dieu est radical parce qu’il s’adresse à notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il nous invite à faire grandir notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il transforme notre liberté en liberté d’aimer et de servir davantage. Et ceci se joue dès l’appel au baptême, puisque celui ou celle qui devient chrétien est appelé à développer cet appel dans un art de vivre conforme. Cet art de vivre est accompli dans l’unique parole que voici : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La réponse juste à la radicalité de l’appel est un amour radical pour chacun, possible lorsque nous nous laissons conduire par l’Esprit. 

N'ayons pas peur d’être radical dans notre foi. La racine de notre foi, c’est bien d’aimer et non d’exclure ; la racine de notre foi, c’est d’écouter Dieu pour construire avec lui ; la racine de notre foi, c’est d’exercer notre liberté et non contraindre celle des autres. Cette radicalité de notre foi s’exprime dans le respect de tous, y compris de ceux qui ne croient pas comme nous ou qui ne croient pas du tout. La radicalité de notre foi nous oblige à vivre librement un amour à l’image de l’amour du Christ pour nous. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de l’amour. Comprenons-le et vivons-le une fois pour toutes. Amen.