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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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mercredi 24 mai 2017

Ascension - 25 mai 2017

Une fête pour nous remettre en route !





Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette simple question traduit toute la dramaturgie de cette fête si particulière de l’Ascension. Elle souligne le désarroi qui doit être celui des Apôtres devant ce départ pourtant annoncé du Christ ! Ce n’est pas comme au moment de sa mort, mais quand même, cette séparation marque la fin d’une époque. Désormais, ils n’auront plus Jésus, présent sous leurs yeux. Désormais, ils devront apprendre à lire sa présence au cœur même de leur action et de leur vie.
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question sonne aussi un peu comme un reproche. Les disciples n’ont-ils donc pas entendu Jésus dire qu’il reviendrait ? N’ont-ils rien d’autre à faire que de rester là ? Le retour promis n’est pas pour tout de suite : on le comprend assez rapidement. Mais attendre le Christ, ce n’est pas justement attendre là, qu’il se passe quelque chose. Attendre le retour du Christ, c’est vivre de l’Evangile, témoigner du Ressuscité, grandir en sainteté. C’est tout, sauf rester passif. Je me demande si, à travers cette question, les anges n’essaient pas de faire comprendre que la foi est action, vie, témoignage. La présence de Jésus les avait peut-être habituée à regarder Jésus faire, à écouter Jésus parler de Dieu et de son Royaume. Son absence va les pousser à prendre la relève. Il a fait d’eux ses disciples pour qu’ils poursuivent son œuvre, et qu’ils aillent sur les routes des hommes pour porter la Bonne Nouvelle du salut, ce salut qu’ils ont pu expérimenter dans la mort/résurrection de Jésus. Ils n’ont plus à avoir peur : Christ s’est montré plus fort que la mort même ! Ils n’ont plus à craindre les hommes : en Jésus, ils ont déjà leur part à la victoire. Ils n’ont plus à être effrayés de ne pas trouver les mots : Jésus leur promet, au moment-même de son départ, le don de l’Esprit Saint, cet Esprit qui les poussera à sortir et à s’adresser à tous les peuples. 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question, nous pouvons aujourd’hui l’adresser à de nombreux chrétiens qui semblent s’être arrêté dans leur chemin de foi. Ils sont nombreux, ceux qui ont oublié qu’ils avaient à témoigner de l’espérance qui les fait vivre, et du Christ qui appelle sans cesse à plus de vie. D’ailleurs, n’en sommes-nous pas quelquefois ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui se sont arrêtés sur le bord du chemin lorsque nous refusons d’avancer sur les nouveaux chemins que l’Eglise nous propose, parce que « nous n’avons jamais fait comme ça » ? Ne sommes-nous pas de ces disciples qui s’arrêtent sur le bord du chemin lorsque nous refusons de faire un bout de route pour retrouver les autres frères de la communauté chrétienne qui se réunissent dans le village d’à côté ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord de la route lorsque nous refusons de prendre notre part à l’animation de la communauté locale ? Ne sommes-nous pas de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous n’approfondissons plus notre foi par des lectures, des conférences, des échanges ? Ne sommes-nous de ces disciples arrêtés au bord du chemin lorsque nous posons des choix politiques en contradiction avec l’Evangile ? 
 
Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette interpellation a remis les Apôtres en route, même si elle ne les a pas complètement libérés. Il faudra encore l’Esprit de Pentecôte pour que tombent les dernières barrières, les dernières craintes. Appelons-donc cet Esprit au cœur même de notre communauté : qu’il vienne nous bousculer, nous secouer et nous remettre en route, dans l’attente joyeuse et active de Celui qui vient et ne cesse de venir pour nous vie. Amen.

vendredi 16 décembre 2011

4ème dimanche de l'Avent B - 18 décembre 2011

Attendre le Messie avec Marie


En ce 4ème dimanche de l’Avent, nous sommes invités à nous conformer à Marie, celle qui deviendra la Mère du Sauveur, et à attendre avec elle, à nous préparer avec elle, à accueillir le Messie. L’évangile est suffisamment parlant pour que nous ne nous trompions pas dans son interprétation. Il met bien en exergue l’attitude de Marie, l’attitude que nous devons faire nôtre en cette dernière semaine de l’Avent.

Il est d’abord dit par l’ange que Marie est Comblée de grâce. D’autres traductions disent : Tu as la faveur de Dieu, laissant entendre que Dieu a une préférence pour elle. Personnellement, j’en resterai volontiers à la traduction liturgique, Dieu ne pouvant avoir de préférence, même pour celle qu’il a choisie et mise à part dès sa naissance, comme nous le rappelait la fête de l’Immaculée Conception au cours de notre Avent.

Que signifie être comblée de grâce ? C’est peut-être une jolie manière de dire que Marie est tout entière tournée vers Dieu. Elle est remplie de sa grâce, comme nous le disons dans la prière du Je vous salue, parce qu’elle est attentive à Dieu, parce qu’elle est accueillante à sa parole. Non marquée par le péché, elle est tout entière à Dieu, en Dieu.

Nous préparer à accueillir le Messie avec Marie, c’est nous laisser tourner vers Dieu, nous laisser remplir de lui. Le sacrement du pardon proposé au cours de ce temps de l’Avent doit nous permettre ainsi de nous vider de nous-mêmes pour faire à Dieu la place qui lui revient. Profitons de ces moments offerts pour retrouver cette proximité avec Dieu.

Ensuite, Marie est invitée par l’ange à ne pas craindre. Dieu ne veut pas de mal à Marie. Il lui propose de devenir un maillon de l’histoire du salut en accueillant en son sein le Fils du Très-Haut. Il lui est demandé de faire confiance absolument à ce Dieu en qui elle croit. Etant déjà tournée vers Dieu, il lui est demandé d’accueillir le projet d’amour que Dieu porte pour elle. Elle doit ratifier, elle-même, ce que Dieu attend d’elle. Dieu ne s’impose pas, il ne demande rien d’impossible. Mais Marie, comme chacun de nous, doit librement se prononcer et choisir Dieu, si elle le veut.

Comme Marie, nous avons à entrer dans ce que Dieu attend de nous, sans crainte, sûrs que Dieu veut notre bonheur et le bonheur de ceux vers qui il nous envoie. Il nous est demandé le même acte libre et de consentir au projet de Dieu. Nous sommes un maillon de l’histoire du salut, car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour être manifesté aux autres. Nous pouvons, comme Marie, accepter de porter le Christ en nous et en être ainsi témoins auprès de ceux que Dieu met sur notre route. Mais nous pouvons aussi refuser ! Le choix est nôtre.

Enfin, Marie elle-même, acceptant le projet de Dieu pour elle, sans trop savoir où ce projet la mènerait, se définit comme la servante du Seigneur. Elle ne demande pas ce que le Seigneur va faire pour elle, ni ce qu’elle peut faire pour le Seigneur. Non, elle se met à sa disposition pour qu’il puisse faire selon sa parole à lui. Elle ne s’engage pas à faire quelque chose ; elle s’engage à laisser Dieu œuvrer en elle. Accueillante à la Parole de Dieu, elle est aussi accueillante à l’œuvre en elle de l’Esprit.

C’est cette même disponibilité à Dieu qu’il nous faut cultiver. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : Dieu a un projet pour chacun de nous. Nous devons accueillir ce projet pour que Dieu puisse le réaliser à travers nous. Dieu n’est pas celui dont nous pouvons nous servir pour réaliser nos projets ; il est celui au service de qui nous nous mettons pour que se réalise la seule grande œuvre qui vaille : l’œuvre de salut annoncée et réalisée en Christ, et que nous avons à faire connaître aux hommes et aux femmes de notre temps. Avec Marie, nous sommes invités à devenir serviteurs à notre tour pour que grandisse le Règne de Dieu, pour qu’advienne enfin cette paix que Dieu veut porter à l’humanité.

Une semaine encore, et nous accueillerons le Messie. Ne nous précipitons vers Noël. Prenons le temps de nous mettre à l’écoute du Dieu vivant et vrai. Chacun de ceux que nous avons rencontré au cours de nos liturgies de cet Avent nous y invitait. En choisissant avec Marie la voie du service, nous sommes sûrs de ne pas nous tromper, nous sommes sûrs de trouver notre joie. Alors ce sera vraiment Noël, parce que Dieu sera bien en nous. Amen.


(Photo : détail de la crèche de l'église de Holtzheim, Statue de la Vierge Marie)

samedi 10 décembre 2011

3ème dimanche de l'Avent B - 11 décembre 2011

Attendre le Messie avec Jean le Baptiste


Reconnaissons-le ! Un temps de l’Avent sans parler de Jean le Baptiste ne serait pas vraiment un temps de l’Avent. Il est un personnage incontournable lorsque l’on parle d’attendre le Messie. N’est-il pas celui qui en a annoncé la venue de manière imminente ? Apprenons donc de lui comment attendre le Messie en cette deuxième moitié de l’Avent.

Attendre le Messie avec Jean le Baptiste, c’est d’abord apprendre à regarder, apprendre à ouvrir les yeux. Il sait lire les signes des temps ; il reconnaît le moment où Dieu va se manifester. Selon l’évangéliste Matthieu, il est le premier à reconnaître en Jésus le Messie lorsque celui-ci vient vers lui pour être baptisé. J’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu, dira-t-il de Jésus au moment de son baptême dans l’évangile de Jean. Si vous avez contemplé un jour le retable d’Issenheim, peut-être avez-vous été saisi par le regard de Jean le Baptiste, debout près de la croix. Il a ce regard profond qui voit au-delà des apparences, ce regard qui, malgré les événements lui donne encore de l’assurance.

Attendre le Messie avec Jean le Baptiste, c’est aussi savoir lire les Ecritures. Quand vient le temps de sa mission, il renvoie aux annonces du prophète Isaïe. Sachant lire et interpréter les Ecritures, il sait qu’il ne se trompe pas, et il ne nous trompe pas. Nous pouvons nous fier à son jugement, à sa parole ; s’il annonce la venue imminente du Messie, c’est parce que cela est vrai, cela va se réaliser. Là encore, je vous renvoie au retable d’Issenheim : l’auteur représente Jean le Baptiste, le livre des Ecritures bien ouvert en main.

Attendre le Messie avec Jean le Baptiste, c’est encore laisser le Messie grandir en nous. Jean le Baptiste ne se met pas en avant ; il accomplit la mission qui est la sienne, puis il s’effacera devant le Messie. Il a bien conscience de n’être pas le Messie et quand les foules viennent à lui pour l’interroger, il les détrompe de suite : Je ne suis pas le Messie. Il n’est pas davantage la Lumière, ni le grand prophète. Il n’est qu’une voix qui crie dans le désert. Jésus lui rendra témoignage en disant : parmi ceux qui sont nés d’une femme, aucun n’est plus grand que Jean ; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui ! Matthias Grünenwald, sur son retable, place près de Jean, cette phrase : il faut qu’il grandisse et que je diminue. Seul importe pour lui celui qui vient après lui et dont il n’est pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Attendre le Messie avec Jean le Baptiste, c’est enfin ne pas se tromper sur le Messie. Sur le célèbre retable d’Issenheim, Jean le Baptiste apparaît curieusement au pied de la croix ! De son doigt, il montre le Christ crucifié et à ses pieds, se trouve l’Agneau immolé. C’est celui-là que Jean le Baptiste est venu annoncer. Même si Jean est un incontournable du temps de l’Avent, il n’annonce pas le petit Jésus de la crèche, mais bien celui qui est venu dans le monde pour le sauver par le don ultime de sa vie. A la suite de Jean, nous sommes invités à voir clair au sujet de celui qui vient. Le père Noël n’est pas le Sauveur, ne vous en déplaise. Celui qui vient et que nous attendons, ne vient pas nous faire des cadeaux ; il vient pour un jugement : tout arbre qui ne porte pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. D’où l’insistance de Jean à préparer le chemin du Seigneur, par une vie droite et conforme, faite de partage, de justice, de non-violence. Relisez dans l’évangile de Luc ce qui est dit du ministère de Jean.

Il est heureux que nous rencontrions Jean le Baptiste en ce troisième dimanche de l’Avent parce qu’il nous place sur le bon chemin, il nous aide à préparer véritablement nos cœurs et nos vies à l’accueil de celui que Dieu envoie. Ecoutons Jean et nous saurons nous situer en vérité face au Christ, face à nos frères. Ecoutons-le et nous pourrons découvrir toujours mieux celui que nous ne connaissons pas encore. Amen.

(Matthias Grünenwald, retable d'Issenheim, détail, Musée Unterlinden, Colmar)

vendredi 2 décembre 2011

2ème dimanche de l'Avent 2 - 04 décembre 2011

Attendre le Messie avec Pierre



Après Isaïe, la semaine passée, voilà Pierre qui nous invite à attendre le Messie et qui nous indique, à sa manière, comment attendre. Car il est animé d’une certitude : le jour de Dieu viendra, même si apparemment il se fait attendre. Pierre nous invite donc à être patient dans l’impatience. Et ce pour deux raisons.

La première raison est biblique. Il cite, mot à mot, un extrait du psaume 90 : « Pour le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour ». Autrement dit, le rapport au temps n’est pas, n’est plus le même lorsque nous nous situons dans notre relation à Dieu. Dieu a l’éternité pour lui. Et Pierre nous invite à entrer dans ce temps de Dieu, qui ne se mesure pas comme le temps humain. Pas besoin de montre ! Le temps de Dieu se mesure autrement. Sa mesure est celle de la confiance qu’il place en l’homme. Nul besoin donc de s’impatienter. Nous devons apprendre à vivre selon le temps de Dieu, nous qui voulons vivre selon son Esprit.
Ainsi, attendre le Messie avec Pierre n’est pas une question de jour ou d’heure, mais bien une question de conversion. Il s’agit bien de notre capacité à entrer dans le projet d’amour que Dieu porte pour nous. Voilà ce qui est en cause. Voilà ce sur quoi il nous faut travailler.

C’est la deuxième raison avancée par Pierre. Dieu est patient parce qu’il n’accepte pas qu’un seul d’entre nous, qu’un seul être humain se perde ! Le temps qui semble retarder sa venue est le temps nécessaire à tout homme (actuellement croyant ou non) pour se convertir. Et pour que l’homme se convertisse, il faut d’abord qu’il découvre Dieu, qu’il découvre combien il est aimé de lui et combien surtout il est attendu de Dieu. Lorsque je me sens aimé, lorsque je me sens attendu, je me hâte vers mon amour et ainsi, je hâte notre rencontre, je hâte sa venue.
Certains diront que cela peut prendre du temps ! Certes. Tous ne se convertissent pas avec la même rapidité et la même sincérité. Nombreux sont les prophètes qui peuvent en témoigner. Mais Dieu n’oublie pas. Et il viendra : Pierre en est certain. Son jour viendra « comme un voleur », surtout pour celui qui ne s’y est pas préparé. Celui qui, dès maintenant, discerne ce que Dieu attend de lui ; celui qui, dès maintenant, convertit son cœur et sa manière de vivre, celui-là ne se laissera pas surprendre, puisqu’il se sera préparé, par toute sa vie, à ce grand jour. Certains ne verront que catastrophe sur catastrophe : le croyant, lui, y découvrira les signes qui annoncent le retour tant attendu du Sauveur. Et Dieu vient faire toute chose nouvelle ! Ce qui manifestera le mieux la venue du Sauveur, c’est la transformation radicale du monde dans lequel nous vivons. Et cette transformation ne pourra être qu’un mieux, puisque Celui dont nous attendons la venue, vient justement pour faire œuvre de libération.

Comme Isaïe la semaine passée, Pierre invite finalement à attendre avec impatience ce jour, la même impatience qui fait que je me prépare à vivre chaque jour comme s’il était celui de la rencontre avec le Messie. « Vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir… faites tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix. » A chacun de voir quel chemin aplanir : à chacun de se préparer selon ce qu’il aura discerné de la volonté de Dieu pour lui. Plus que jamais, il est nécessaire de nous plonger dans les Ecritures pour nous mettre à l’écoute de Dieu ; plus que jamais, il est nécessaire d’ouvrir notre cœur et notre vie à la puissance de l’Esprit de Dieu. Avec le psalmiste, nous pouvons redire : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple. Son salut est proche de ceux qui le craignent et la gloire habitera notre terre. » En ce temps de l’Avent, c’est là notre espérance ; c’est là notre foi. Qu’il en soit ainsi pour nous. Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 25 novembre 2011

1er dimanche de l'Avent B - 27 novembre 2011

Attendre le Messie avec Isaïe


Nous voici donc au début du temps de l’Avent qui nous prépare aux fêtes de Noël qui approchent. Déjà nos rues sont parées et illuminées et peut-être chez vous, avez-vous commencé à confectionner ces petits « bredele » qui font la joie de tous au temps des fêtes. Mais le temps de l’Avent est d’abord un temps pour nous permettre une nouvelle démarche spirituelle. Si j’étais curé de paroisse, je proposerais de vivre ce temps de l’Avent en suivant 4 personnages : Isaïe, Pierre, Jean le Baptiste & Marie. Ils ne sont pas pris au hasard. Ils marquent, en cette année liturgique nouvelle, chacun un dimanche, nous apprenant à attendre comme eux ont attendu. Aujourd’hui, donc, nous apprenons à attendre avec Isaïe ou comme Isaïe.

Le prophète Isaïe a vécu à une époque difficile de l’histoire du peuple que Dieu s’est choisi. Une époque faite d’incertitudes, de conflits, de déportation, de malheurs, et de manque de foi. Le passage que nous avons entendu appartient à la fin du livre du prophète Isaïe. Le peuple qui avait été déporté à Babylone est de retour sur sa terre. Mais Jérusalem est détruite, ce n’est plus qu’une terre désolée. Partout la misère. C’est dans ce contexte qu’Isaïe s’adresse à Dieu dans cette belle prière. Elle nous dit comment Isaïe attend son Dieu.

Ce qui me frappe d’emblée, c’est la certitude d’Isaïe vis-à-vis de Dieu. « Tu es notre Père, notre Rédempteur ». Celui dont il attend quelque chose n’est pas un inconnu pour lui. Il s’en reconnaît fils, il le proclame son Sauveur. Voici donc qui précise dès le début ce qu’attend Isaïe : un geste de salut de la part de Celui à qui il se confie. En appelant Dieu « Père de son peuple », Isaïe place aussi le rapport à Dieu sur le terrain de l’amour et non de l’obligation ou d’une quelconque servitude. Il rappelle que, par le passé déjà, Dieu s’était souvenu de son peuple et était intervenu en sa faveur. Il ne lui demande donc ni plus, ni moins que de faire ce qu’il a déjà fait.
C’est pour moi la première marque de l’attente d’Isaïe : que Dieu soit maintenant celui qu’il est depuis toute éternité : un Père qui aime et qui sauve. Attendre le Messie avec Isaïe, c’est oser nous tourner vers Dieu, oser l’interroger comme le fait Isaïe, oser reconnaître en lui celui qui peut quelque chose pour nous. C’est reconnaître que c’est Dieu qui vient à notre rencontre et non pas nous qui allons à la rencontre de Dieu. Son engagement est premier.

Dans un deuxième temps, Isaïe confesse pourquoi il a besoin de Dieu. « Nous étions semblables à des hommes souillés, et toutes nos actions étaient comme des vêtements salis ». Le péché a envahi la vie et le cœur des hommes. Il a obscurci en l’homme la capacité de reconnaître Dieu, de le rencontrer. « Tu nous avais caché ton visage, tu nous avais laissés au pouvoir du péché ». Non pas que Dieu punisse l’homme, mais plutôt il tire les conséquences des actes de l’homme. Celui-ci ne se fie plus à Dieu ; et bien Dieu se retire. Ou plutôt : l’homme a l’impression que Dieu s’en est allé. Mais Isaïe sait bien que Dieu est toujours présent, attendant un mot de l’homme pour revenir dans sa vie.
Attendre le Messie avec Isaïe, c’est opérer ce retour sur soi, sur sa vie pour y démasquer le péché et se confier à Dieu, qui seul peut laver nos vêtements, qui seul peut nous rendre une figure humaine, à son image et à sa ressemblance. Ce temps de l’Avent, même s’il n’est pas un temps de pénitence, pourra être un temps de retour à Dieu, un temps de vérité pour chacun de nous. Le sacrement du pardon vous sera certainement proposé à l’approche de Noël pour que votre cœur puisse véritablement reconnaître en Celui qui va venir, celui que vous attendez et qui vous redonnera vie.

Enfin, Isaïe, au nom de son peuple, crie vers Dieu sa souffrance d’être éloigné de lui : « Ah si tu déchirais les cieux ! » Il attend, il espère la venue de Dieu de toute son âme. Il en est rempli d’impatience. Mais une impatience saine : celle qui habite celui qui a vraiment faim et qui attend d’être nourri, ou celui qui est assoiffé et qui attend l’eau qui le fera revivre.
Attendre le Messie avec Isaïe, c’est creuser en nous ce désir de Dieu, cette saine impatience que Dieu soit le tout de notre vie ; c’est être habité du désir vrai de rencontrer Celui qui vient, du désir vrai de l’accueillir au plus profond de nos vies pour qu’il nous transforme et nous sauve, et qu’il nous ouvre à la vraie vie.

Puissions-nous exprimer, durant cet Avent, le même désir de Dieu et la même impatience devant sa venue ! Puissions-nous aussi, comme Isaïe, crier vers Dieu pour ceux qui ne le peuvent plus ou qui ne reconnaissent plus en eux ce désir d’être sauvés. Le vrai sens de notre attente, la vraie joie de Noël, c’est aussi cette ouverture aux autres en qui Dieu se manifeste. Qu’il en soit pour nous comme il en fut jadis pour Isaïe. Amen.








(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)