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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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mercredi 28 mai 2025

Ascension de notre Seigneur - 29 mai 2025

 Pâques, l'expérience d'un avenir possible. 




(L'Ascension, Andréa della Robbia, Terre cuite, vers 1495)



 

            Quarante jours ! Quarante jours que nous vivons de la joie pascale et que nous comprenons mieux la force de cet événement radicalement nouveau ! Et nous voici au jour de l’Ascension qui nous fait célébrer le retour du Christ, victorieux de la mort, auprès de son Père. Un événement qui marque à la fois une continuité et une rupture.

             Du point de vue de la vie de Jésus, l’Ascension est la continuité normale du mystère de Pâques. En fait, on peut dire que c’est un seul et même mystère. Après sa mort et sa résurrection, la demeure de Jésus ne peut plus être terrestre ; sa divinité ayant été pleinement révélée dans sa victoire sur la mort, sa place est désormais à la droite de Dieu, cette droite à laquelle il avait renoncé en venant dans le monde. S’étant abaissé en devenant homme, il est élevé au-dessus de tout, retrouvant la place qui était la sienne depuis toujours. Le Fils de l’homme, pour reprendre un des titres que les évangélistes attribuent à Jésus, est le Fils de Dieu. Et c’est bien l’événement de Pâques qui nous révèle cela.

             La rupture opérée par l’Ascension nous concerne, nous. Avec le retour du Christ auprès de son Père, nous ne le verrons plus avec nos yeux de chair. Le Christ est soustrait à [nos] yeux, pour reprendre l’expression du livre des Actes des Apôtres. Il ne nous reste de Jésus que sa Parole, le témoignage des Apôtres, l’eucharistie célébrée en mémoire de lui, et bientôt la venue du Défenseur, de l’Esprit Saint, que Jésus a promis d’envoyer quand il serait de retour chez son Père. Nous devons donc apprendre à vivre cette absence physique de Jésus en aiguisant le regard de notre foi qui nous le rend présent dans sa Parole et dans le Pain et le Vin partagés. Jésus est là, au milieu de nous dès lors que deux ou trois sont réunis en son nom. Jésus est là, dans sa Parole proclamée, expliquée et vécue par la communauté croyante. Jésus est là, dans le pain consacré et rompu, signe de sa présence éternelle et réelle à nos côtés. Avec son départ d’au milieu de nous, il nous faut désormais reconnaître sa présence dans sa Parole, dans les sacrements et dans le frère qu’il met sur notre route. Nous ne sommes pas orphelins ; nous devons juste apprendre à regarder autrement, à regarder mieux, pour découvrir Jésus et son visage dans celles et ceux qui croisent notre route. Nous sommes tous, les uns pour les autres, des Christo-phores, des porteurs du Christ au cœur de ce monde.

            Cette continuité et cette rupture que nous fait vivre l’Ascension, nous la vivons au cœur même de notre existence lorsque nous faisons le choix de devenir disciples du Christ et que nous recevons le baptême. Continuité parce que notre vie ne change pas ; c’est la vie que nous avons reçue de nos parents qui s’ouvre à quelque chose de neuf, à la présence de Dieu dans cette unique et même vie. Nous ne recevons pas une nouvelle vie, mais notre vie devient vie nouvelle, plus grande, plus accomplie parce que désormais, par le baptême, Dieu y est présent, Dieu y est reconnu. Par le baptême, Dieu est chez lui en étant présent en nous. Nous continuons notre vie, mais avec Dieu et son Christ, présents en nous par l’Esprit. Mais notre baptême est aussi une rupture parce que, ayant choisis Dieu, nous avons renoncé au Mal, nous avons rompu avec l’esprit du monde. Nous vivons dans le monde sans être du monde, selon l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean. Nous vivons dans le monde, tel qu’il est, à notre époque que nous n’avons pas choisie. Mais nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à Dieu ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à la Vie ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à le Vérité ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci réduit l’homme à une simple donnée économique, voire à une variable d’ajustement. L’homme, tout homme, a la grandeur même de Dieu puisque le Christ s’est livré, non pas seulement pour ses disciples, mais pour toute l’humanité qui désormais peut partager la grandeur de Dieu. En ce sens, Pâques est l’expérience d’un avenir possible. Au plus sombre de notre vie est révélée la grandeur de l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Christ, en se livrant pour notre salut, nous ouvre à cet avenir désormais possible pour chacun d’une vie auprès du Père, là où le Christ entre aujourd’hui justement.

             Il est particulièrement heureux que Marcel soit baptisé au cours de cette eucharistie en jour solennel. Il nous permet d’être témoins de cette continuité et de cette rupture qu’instaure l’Ascension de Jésus. Au cœur de notre rassemblement, il sera reconnu pour ce qu’il est depuis sa naissance : fils de Dieu. Et nous redirons ensemble, avec ses parents, parrain et marraine, que nous voulons vivre loin du mal et que nous voulons être pour lui et avec lui témoins qu’une vie libérée du mal est possible. Cette rupture est fondatrice de ce nouveau monde que le Christ inaugure dans sa mort et sa résurrection et que nous avons à rendre présent ici-bas déjà. Notre vie auprès du Père, c’est ici-bas que nous la commençons. Un monde libéré du mal et tourné vers Dieu, c’est ici-bas que nous le construisons. Entre rupture et continuité, notre avenir est possible, l’Ascension qui nous rassemble nous le confirme. Amen.

samedi 8 juin 2024

10ème dimanche ordinaire B - 9 juin 2024

 Laissons Dieu s'approcher de nous ! 





 

 

            Je suis toujours bouleversé lorsque je lis ou entends le passage du livre de la Genèse que nous avons eu en première lecture. Nous sommes au commencement, Dieu a tout créé. Il existe une harmonie, une perfection dont nous ne pouvons que rêver. Et pourtant, elle va être rompue et le premier blessé, ce n’est pas l’homme, ni sa femme d’ailleurs ; le premier blessé, c’est Dieu. La femme s’est laissé tromper par le serpent, l’homme a partagé sa faute, ils se découvrent nus, prennent peur et se cachent de Dieu, obligeant celui-ci à les chercher. Comment ne pas être saisi par cette question de Dieu adressée à chacun de nous ce matin : Homme, où es-tu donc ? 

            Peut-être avez-vous entendu un jour Raymond DEVOS. Dans un de ses sketchs, il dit ceci : J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! » Ça alors ! Ça m’étonne ! Que Dieu existe, la question ne se pose pas ! Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend. Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui. Dans un petit village de Lozère, abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré… et là, j’ai été ébloui… par une lumière intense, insoutenable : C’était Dieu ! Dieu en personne, Dieu qui priait ! Je me suis dit : Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même, pas lui, pas Dieu ! Non, il priait l’homme ! Il me priait moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui. Il disait : Oh homme, si tu existes, un signe de toi ! J’ai dit : Mon Dieu, Je suis là ! Il a dit : Miracle ! Une humaine apparition ! Je lui ai dit : Mais, mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’existence de l’homme puisque c’est vous qui l’avez créé ? Il m’a dit : Oui… mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’Esprit. Je lui ai dit : Vous voilà rassuré, mon Dieu ! Il m’a dit : Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! » 

            Il y a là quelque chose de fondamental pour notre vie spirituelle, une manière autre de la comprendre. Il arrive que des gens disent ne pas croire en Dieu parce qu’ils n’arrivent pas à le voir. Les difficultés de leur vie, l’existence du mal, les injustices commises… tout cela leur fait dire que cela ne sert à rien de chercher Dieu. Si Dieu existait, tout ce mal n’existerait pas ! Peut-être cela vous est-il arrivé, un jour, de penser ainsi. Je ne dis pas que c’est mal ; je crois juste que c’est mal comprendre le mouvement de la vie spirituelle. Pour croire en Dieu, il ne s’agit pas tant de chercher Dieu, d’accumuler des preuves de son existence, mais plutôt de se laisser trouver par lui, de se laisser approcher par lui. Que Dieu existe, la question ne se pose pas, ni pour Raymond DEVOS, ni pour Adam et Eve. Ils savent qu’ils lui doivent l’existence. La question qui se pose est celle-ci : après avoir transgressé l’unique interdit, se laisseront-ils encore approcher de Dieu ? Se laisseront-ils encore trouver par lui ? Le seul fait qu’ils se cachent, par peur de Dieu, montre bien qu’ils n’ont pas compris qui est celui qui les a appelés à la vie. Le seul fait que Dieu les cherche, montre bien que la rencontre quotidienne avec Adam et Eve n’était pas pour Lui un moyen de les surveiller, de vérifier qu’ils ont bien tout fait comme il faut, mais un moment de grâce pour eux et pour Dieu. Dieu avait plaisir à les rencontrer chaque jour, et devant leur absence, il s’inquiète : Où es-tu donc ?  

            Nous retrouvons quelque chose de cela dans la page d’évangile entendue. Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là, dehors : ils te cherchent. » Cette manie bien humaine de chercher Dieu, de chercher Jésus. Ecoutez bien la réponse de Jésus : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Certains vont pinailler en disant que c’est bien la foule qui s’est rassemblée autour de Jésus. Oui, mais elle le laisse parler, elle l’écoute ! Ce seul fait me fait dire qu’elle a laissé Jésus s’approcher d’elle, la foule. Si je vais vers quelqu’un pour lui dire quelque chose, c’est moi qui le cherche, puisque j’ai quelque chose à lui dire. Si je vais vers quelqu’un pour l’écouter, c’est lui que je laisse approcher de moi ; je le laisse me donner ce qu’il a envie de me donner. Si je ne me laisse pas trouver par Dieu, il ne pourra pas me parler ; s’il ne peut me parler, je ne saurai pas quelle est sa volonté pour moi, et donc je ne pourrai pas l’accomplir. Seul celui qui vient vers Dieu avec l’intention de se laisser trouver par Dieu, peut connaître et accomplir sa volonté. 

            Laissons-nous donc approcher par Dieu, ne nous cachons pas de lui. Quand bien même notre vie serait noire comme la nuit, allons vers lui sans crainte. Il est celui qui nous a dit par Jésus : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Seul le blasphème contre l’Esprit Saint n’aura jamais de pardon. Celui qui se laisse approcher de Dieu et qui écoute Dieu ne peut pas commettre ce péché impardonnable, puisque Dieu ne peut se retourner contre lui-même. Approchons-nous Dieu avec la ferme intention de le laisser s’approcher de nous ; et nous serons vraiment fils et filles du Très-Haut, frères et sœurs de Jésus Christ. Amen.

samedi 10 juin 2023

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 11 juin 2023

 Quand Dieu nourrit son peuple...




(Source : Jésus est le Pain de vie | 1001 versets (la-bible.info)

 

 

 

            Il n’y a pas plus catholique comme fête que cette fête du Corps et du Sang du Christ, qui nous fait célébrer le don renouvelé chaque dimanche, pour ne pas dire chaque jour, de l’Eucharistie, ce sacrement par lequel le Christ nous est rendu présent, totalement, réellement, réalisant ainsi sa promesse d’être avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Cette promesse n’était pas une promesse intellectuelle : quand vous penserez à moi, je serai avec vous. Mais c’est bien la promesse de sa présence réelle à notre vie, en notre vie, par la manducation de ce morceau de pain devenu son Corps livré et son Sang versé pour notre vie. 

            Nous pouvons, comme ses contemporains, être surpris par la prétention de Jésus à être le pain vivant qui est descendu du ciel. Nous pouvons être surpris par sa prétention à être l’aliment de la vie éternelle : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et pourtant, n’est-ce pas ce qu’il a réalisé pour nous en s’offrant en sacrifice sur le bois de la croix ? Ne nous dit-il pas, là sur la croix, de quel amour il nous aime et que cet amour est un amour sauveur ? Son offrande sur la croix prolonge et achève l’offrande qu’il avait déjà faite de sa vie lorsque, au cours du dernier repas partagé avec ses Apôtres, il leur a laissé l’eucharistie en mémorial. Faites ceci en mémoire de moi s’entend bien de cette union profonde au Christ dans notre participation au sacrement de sa présence réelle. Nous rendons le Christ réellement présent au monde par la célébration de l’Eucharistie. Nous rendons le Christ réellement présent à notre vie par notre participation à ce repas qu’il nous offre. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui nous est offerte. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui passe en notre vie. Dans le pain partagé, nous recevons la nourriture nécessaire pour parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus beau que l’Eucharistie, offerte en mémoire du geste de salut accompli par Jésus pour notre vie. Nous avons besoin de l’Eucharistie pour grandir dans la foi au Ressuscité de la même manière dont nous avons besoin de l’eau pour vivre. Il nous faut comprendre que nous ne pouvons pas davantage nous passer de l’eucharistie pour faire vivre notre foi que nous ne pouvons nous passer de boire pour survivre.

            L’eucharistie, mieux que la manne que nos Pères ont reçu jadis au désert, est le signe que Dieu prend soin de nous en nous donnant la nourriture au temps voulu. Le signe de la manne a été donné au peuple en exode parce qu’il récriminait contre Dieu qui l’a fait sortir d’Egypte et semble vouloir le laisser mourir au désert : Ah que les marmites étaient bonnes en Egypte ! L’Eucharistie nous est donnée pour que nous n’oubliions pas le geste de salut du Christ envers toute l’humanité. Le signe de l’Eucharistie surpasse celui de la manne, car ceux qui ont mangé la manne sont morts. Ceux qui partageront le pain de l’eucharistie ne mourront jamais, parce que ce don les unit au Christ, mort et ressuscité. C’est lui que nous accueillons dans le pain consacré et partagé. Il n’est pas une récompense pour enfant sage ou croyant particulièrement saint. Il est Jésus qui se rend présent ; il est Jésus qui nous redit son amour et nous le partage largement. Comme l’affirme Paul aux chrétiens de Corinthe, ce pain rompu et ce sang versé sont le sacrement de notre unité. De même qu’il n’y a qu’un Pain rompu, le Christ livré pour notre vie, de même il n’y a qu’une humanité pour laquelle ce pain est rompu ; c’est l’humanité dans sa totalité, à travers le temps et l’histoire, qui est sauvée par le Christ. Le sacrifice du Christ, par la célébration de son mémorial qu’est l’eucharistie, s’étend à tous les hommes à travers le temps et l’histoire. De ce fait, nous qui n’avons pas connu Jésus de son vivant, nous sommes associés à son sacrifice et nous profitons du salut offert. Quand Dieu nourrit son peuple, il le nourrit entièrement et lui donne la vie. Quand Dieu nourrit son peuple, il nourrit chacun, gratuitement, qu’il l’ait mérité ou non. Dieu prend soin de chacun et de tous en invitant au repas de l’eucharistie. N’en faisons pas un obstacle ; n’en faisons pas une médaille ; n’en faisons pas non plus un repas sans conséquence. Là encore il nous faut bien entendre Paul quand il nous rappelle que, communiant au même pain, nous formons un seul corps. Nul ne peut s’approcher de l’eucharistie et avoir du mépris pour son prochain. Nul ne peut s’approcher de l’Eucharistie et ne pas porter le souci des autres membres de ce corps unique. L’eucharistie construit l’Eglise qui célèbre l’eucharistie. S’approcher de l’eucharistie, c’est donc se reconnaître en fraternité avec tous ceux qui s’approchent pareillement de ce même repas. Si l’eucharistie rend le Christ présent à notre monde et à notre vie, notre participation à ce mystère rend le frère présent à notre vie. Hors de question de l’ignorer ! Hors de question de le tenir éloigné de moi alors que le Christ se rend également présent à lui et à moi. 

            Quand Dieu nourrit son peuple, non seulement il prend soin de lui, mais il le constitue comme peuple de frères appelés ensemble à rendre grâce à Dieu pour les merveilles qu’il réalise pour tous. Accueillons ce Pain rompu et partagé et remercions Dieu et de sa présence et des frères et sœurs qu’il met sur notre route. Ils le rendent présent à notre vie, de la même manière que le Pain rompu et partagé. Faisons corps pour être digne d’accueillir le Corps livré de celui qui est notre salut. Amen.

jeudi 29 mars 2018

Jeudi Saint - 29 mars 2018

La force d'une vie livrée.






            La célébration qui nous réunit en ce soir est indéniablement marquée par les événements qui se sont déroulés ces derniers jours à Trèbes. Comment ne pas voir dans l’acte du lieutenant-colonel Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver celle d’une femme qui lui était inconnue, comme une image du geste du Christ que nous commémorons en chacune de nos eucharisties ? Comment, à l’évocation de ce courage, ne pas entendre  au creux de notre mémoire cet extrait de chants religieux qui convient si bien au Jeudi Saint qui nous rassemble : ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ?

Si nous avions oublié la force de l’acte posé par Jésus en ces heures qui précèdent sa mort, si le temps écoulé depuis nous avait fait oublier que nous étions concernés par ce don, et qu’à notre tour, nous pouvions nous trouver en situation de faire de même, voilà que cette vie échangée dans un magasin de Trèbes nous le rappelle cruellement. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties n’est pas romantique ; ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, ce n’est pas ordinaire, ni banal. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est ce don absolu de la vie d’un homme innocent livré aux mains des coupables que nous sommes. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est l’amour plus fort que la peur, l’amour plus fort que la mort. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est le don de Dieu qui se livre totalement, parce qu’il nous aime, alors même que nous n’avions rien fait pour le mériter.

Qui n’a pas été saisi par un sentiment de reconnaissance envers lui et envers ces hommes et ces femmes qui ont fait de notre sécurité leur métier en apprenant le geste courageux de cet officier vendredi ? Qui n’a pas été saisi d’émotion en apprenant sa mort ? Ce sont ces mêmes sentiments qui devraient nous animer ce soir alors que nous faisons mémoire de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples ! Reconnaissance pour sa vie livrée une fois pour toutes afin que les hommes, ceux de son époque, et tous ceux qui suivraient jusqu’à la fin des temps, ne connaissent plus la peur d’être livré au Mal et à la Mort ! Emotion profonde devant cette mort qui nous vaut la vie ! La messe qui nous rassemble n’est pas le repas des amis de Jésus ; elle est le repas où Dieu convoque tous ceux et celles pour qui Jésus a donné sa vie afin qu’à leur tour, ils apprennent, dans les petites choses du quotidien le plus souvent, mais aussi dans le don réel de leur vie quelquefois, à ne pas se satisfaire du Mal, à oser s’élever contre les injustices, à oser prendre la défense du petit maltraité, persécuté, exploité. Le don de Jésus, dans son Corps et dans son Sang, nous oblige !

Ce n’est pas un hasard si les deux gestes rapportés par les évangélistes sont le lavement des pieds et le signe de l’eucharistie : Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang, livrés pour vous. Tout est contenu là : le don absolu de Dieu qui livre sa vie pour notre vie et le renvoi vers le frère toujours à servir, toujours à protéger. Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en ignorant sa présence dans chacun être humain qu’il place sur notre route ? Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en sacrifiant encore aux forces de mort qui détruisent notre humanité et donc notre sainteté ? Comment quelqu’un pourrait-il avoir part au Royaume en détruisant la vie par haine de celui qui est différent, par haine de celui qui croit autrement, par haine tout simplement ? Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par tuer le Mal qui nous ronge de l’intérieur. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par oser s’élever contre tout homme qui a perdu le sens du bien. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre quiconque ne sait plus respecter autrui. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre celui qui propage des discours de haine. Pour tuer le Mal, il faut ne plus s’habituer à sa présence ; il faut ne plus dire qu’on n’y peut rien ! Jésus, le premier, en offrant sa vie, nous a dit qu’il était possible d’affronter et de vaincre le Mal ; Jésus, en nous invitant au service des hommes, nous a montré la route à suivre. Un homme courageux nous a montré la semaine passée que cette route était la seule à suivre. Nous ne construirons pas un monde meilleur en détournant les yeux. Nous ne construirons pas un monde meilleur en nous taisant. Nous ne construirons pas un monde meilleur en refusant le combat contre toute forme de Mal. Il n’y a pas de petit Mal et de grand Mal : il n’y a que le Mal, toujours à combattre.

Chrétiens, nous recevons le Corps et le Sang livrés du Christ comme une nourriture qui nous rend forts et capable d’affronter toute forme de Mal. En accueillant Jésus dans le Pain et le Vin eucharistique, c’est la vie du Christ que nous accueillons ; c’est la vie du Christ que nous laissons agir en nous pour qu’elle rende actuelle pour nous la libération du Mal. A la suite du Christ, entrons dans ce combat avec courage et détermination. Que plus jamais le Mal ne passe par nous. Amen.  

(Armia El Katcha, Le lavement des pieds, icône copte, publié par France catholique n° 3578)
 

 

 

 

samedi 25 novembre 2017

Fête du Christ, Roi de l'univers A - 26 novembre 2017

Un dernier dimanche pour nous stimuler !






La parabole des vierges sages et des vierges insensées, la parabole du maître qui part en voyage et qui confie ses biens à ses serviteurs le temps de son absence : nous sentions bien, ces deux derniers dimanches, que notre foi avait un sens et que notre espérance n’était pas vaine : le Christ, qui s’en était retourné chez son Père au moment de l’Ascension ; le Christ, qui avait promis à ses disciples son retour ; le Christ donc reviendrait un jour. Et nous contemplerons sa gloire pour toute éternité… du moins si nous sommes appelés dans son Royaume. Car les deux paraboles citées nous faisaient bien comprendre qu’il y aurait un tri et que tous n’entreront pas dans la salle du banquet, que certains se retrouveraient dehors, dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. L’évangile de la fête du Christ, Roi de l’univers, nous avertit une ultime fois : nous n’irons pas tous au Paradis… 
 
Sans doute aurions-nous aimé un évangile plus conciliant en cette fin d’année liturgique, un évangile plus joyeux, plus dynamique, davantage capable de mobiliser nos énergies. Eh bien, c’est exactement ce que nous avons avec cette parabole que nous devons lire en entier. Il n’est pas laissé la possibilité d’une lecture brève, qui s’arrêterait après la parole du Christ adressée à celles et ceux qui connaîtront le bonheur sans fin. Nous devons entendre, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, ce qui adviendra quand le Christ reviendra. Ce qui adviendra, c’est un jugement auquel tous les hommes sont soumis, et pas seulement ceux qui auront cru au Christ. Toutes les nations seront rassemblées devant lui, dit Jésus à ses disciples. Le jugement concerne tous les hommes ; et parce qu’il concerne tous les hommes, il ne peut pas seulement reposer sur la connaissance du petit catéchisme ; parce que le jugement concerne tous les hommes, il ne peut pas reposer seulement sur le nombre de fonds de culotte que nous aurons usé sur les bancs d’une église durant notre vie ici-bas. Le critère du jugement sera le même pour tous ; il mettra à égalité les croyants au Christ et les non-croyants au Christ. Ce critère sera l’amour que nous aurons su vivre et partager avec tous, ou du moins avec tous ceux qui auront croisé notre vie. J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison… Voilà les situations que le Christ glorieux mettra en avant. Elles concernent les grandes souffrances des hommes et les besoins les plus vitaux des hommes : la nourriture et la boisson pour vivre, l’accueil de l’autre différent, la protection de celui qui n’a rien, ainsi que l’attention et l’amitié envers ceux qui sont isolés du fait de la maladie ou des circonstances de la vie. Elles nous rappellent ce à quoi chaque homme a droit pour vivre dans la dignité, même s’il est temporairement écarté de la communauté des hommes. Nul ne devrait mourir de faim ou de soif, nul ne devrait mourir de froid ou brûlé par le soleil par manque de vêtement pour se protéger, nul ne devrait mourir dans la rue parce qu’étranger dans le pays où il réside, nul ne devrait mourir seul parce que malade ou en prison. L’homme a une dignité que rien ne saurait lui enlever : la dignité des fils et des filles de Dieu. Comment protégeons-nous cette dignité ? Comment la valorisons-nous pour chacun ? 
 
Dans le droit fil des évangiles des deux derniers dimanches, cette parabole nous redit que le salut, ce n’est pas automatique. Dans le droit fil de la parabole des vierges sages et des vierges insensées, cette parabole du jugement dernier nous rappelle qu’il nous faut nous préparer à ce jour. Dans le droit fil de la parabole du maître qui part en voyage après avoir distribué ses biens, cette parabole entendue aujourd’hui nous redit que l’absence de mal ne fait pas un bien, et que s’abstenir de faire le bien équivaut à faire mal. Il n’était pas méchant, le serviteur qui n’avait rien fait du bien confié et qui l’a rendu en l’état au retour du maître. Ils n’étaient pas forcément méchants ceux qui se sont retrouvés à la gauche du Christ dans la parabole du jugement dernier ; ils n’ont juste pas su voir en chaque homme un frère à aimer, un frère à aider. Ils n’ont juste pas su agir en humains responsables. Le grand péché contre l’Esprit Saint, seul péché non remis, c’est peut-être la cécité spirituelle qui nous empêche de reconnaître le Christ en chaque homme lorsque nous sommes croyants, la cécité du cœur qui nous empêche de reconnaître en chaque homme quelqu’un qui a besoin de nous si nous sommes justes humanistes. Ne t’étonne pas d’être laissé de côté au jour du jugement si toi-même tu laisses de côté ceux qui attendent un geste, un sourire, une attention. Comme nous le disait déjà les paraboles des derniers dimanches, nous sommes responsables de notre jugement, nous sommes les commanditaires de la sentence qui sera prononcée sur nous. Le Christ ne pourra pas rendre lumineuse la charité que nous n’aurons pas fait exister de notre vivant. Brebis ou bouc, c’est nous qui décidons, dès maintenant, dès ici-bas. 
 
Ce dernier dimanche de l’année ne veut pas nous abattre mais nous stimuler spirituellement ; il vient nous mettre en route, en action pour qu’à travers nous, les hommes connaissent une vie meilleure dès cette terre. Un peu d’amitié, un peu de respect, un peu de partage : il n’en faut pas plus pour que les hommes vivent ; il n’en faut pas plus pour que le salut promis nous ouvre les portes du Royaume. Nous ne pouvions finir mieux notre année qu’en nous redisant ce qui nous fera vivre éternellement : l’esprit du Christ largement partagé et vécu avec tous ! Amen.    


(Dessin de M. Leiterer)

samedi 9 septembre 2017

23ème dimanche ordinaire A - 10 septembre 2017

Tu es le gardien de ton frère !






Il est une question posée dans la Bible, dès l’origine, qui la traverse, qui donne sens à notre vie, à nos relations, et qui reçoit des textes que nous venons d’entendre un nouvel éclairage. C’est la question posée par Caïn, au chapitre quatre de la Genèse, après le meurtre d’Abel son frère : Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? C’est une question fondamentale pour moi dans une vie spirituelle. Elle reste incontournable et il nous faudra y répondre. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, répond Dieu au prophète Ezéchiel lorsqu’il l’institue guetteur pour la maison d’Israël. Il en fait le gardien de tous ses frères, avec une mission claire : avertir, toujours et encore, afin que le peuple se détourne du Mal et se convertisse à Dieu. S’il se dérobait à sa mission, s’il refusait d’avertir le méchant, il serait responsable de sa perte et Dieu lui demanderait compte de son sang. Ni le prophète jadis, ni nous aujourd’hui, ne pouvons vivre notre vie spirituelle ans le désintérêt des autres. Nous devons avoir le souci de nos frères, nous devons encourager, avertir, inviter à la conversion. Ce n’est pas une mission réservée au prophète, aujourd’hui à ceux qui annoncent la Parole. C’est une mission pour chacun. Comment un croyant peut-il regarder son semblable aller à sa perte sans intervenir, sans avertir, sans inviter à changer ? Ce n’est pas du voyeurisme, ni de l’ingérence dans une vie privée ; c’est se sentir responsable de la vie éternelle d’autrui ; c’est croire surtout que personne n’est perdu définitivement, que chacun a la possibilité de devenir meilleur. Mais comment le pourrait-il si personne ne lui indique qu’il est sur une fausse route ? Dans un monde en perte de repères, il est nécessaire que le croyant rappelle l’horizon, ouvre à la vérité, invite aux changements nécessaires pour que chacun connaisse une vie meilleure. Il ne s’agit pas d’imposer Dieu, mais de combattre le Mal, d’oser le nommer et d’inviter à le rejeter. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, répond Paul aux chrétiens de Rome lorsqu’il rappelle que le chrétien a une dette envers chacun, celle de l’amour mutuel. Il donne ainsi le cadre de l’avertissement à adresser à celui qui commet le Mal. Il ne s’agit pas de le juger en le prenant de haut ; il ne s’agit de se montrer supérieur à lui ; il ne s’agit pas davantage de jouer les pères la morale. Il s’agit d’aimer suffisamment l’autre, même celui qui commet le Mal, pour désirer sa vie, pour désirer son salut. Paul résume le tout en citant le commandement du Christ qui résume tout : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si l’horizon de tous les hommes est le salut, la mission du croyant est d’entraîner ses frères vers ce but. Il ne peut faire la route tout seul, il ne peut se sauver tout seul en laissant les autres au bord du chemin. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, oui, trois fois oui répond Jésus lorsqu’il donne les indications pour une vraie correction fraternelle. Ton frère t’a fait du Mal (commis un péché contre toi), va le lui dire seul à seul ; s’il faut insister, retourne vers lui accompagné d’une ou deux personnes ; et s’il faut insister plus encore, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. Non seulement tu dois te préoccuper de ton frère, mais tu dois en plus insister, ne pas te décourager et l’inviter, toujours et encore, à la conversion. Ce n’est qu’au bout de tout ce processus que tu seras dégagé de toute responsabilité envers ton frère ! L’avertissement que Dieu recommandait au prophète Ezéchiel devient tout un processus en vue de la conversion, en vue du changement radical de vie. Parce que quelquefois il faut plus qu’un avertissement pour que l’homme reconnaisse le Mal dans lequel il est pris, nous ne pourrons jamais nous arrêter de dénoncer le Mal pour que l’homme s’en libère et vive. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Cette question essentielle a reçu une réponse de l’ensemble de la Parole de Dieu : Prophète, Evangile, Lettre apostolique. Elle est la même tout au long des alliances. Tu es responsable de ton frère, tu es le gardien de ton frère. Ton salut passe par le sien. Avec lui, écoute encore le psalmiste te chanter : Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! Le salut du bon comme du méchant dépend de cette écoute. Ecoutons donc la Parole, et vivons-là, en toute chose. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 15 octobre 2016

29ème dimanche ordinaire C - 16 octobre 2016

Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps !




Dans un monde en perte de sens et de repères, dans lequel même l’action politique semble vaine tant le discours est bas, il est des gestes qui redonnent un peu d’espoir et de hauteur de vue. Tel a été le cas, le 08 octobre dernier, dans notre diocèse. Ce jour-là, en la cathédrale, l’Enseignement catholique a reçu des mains de Mgr Grallet, un nouveau projet diocésain. Non pas un truc en plus, avec des choses à faire, mais d’abord un texte qui rappelle le sens profond de notre agir et les moyens que nous voulons mettre en œuvre pour réaliser la mission que l’Eglise confie à son école : annoncer le Christ à tous les hommes. 
 
Dans ce texte, qui est ainsi devenu fondamental pour tous nos établissements scolaires catholiques en Alsace, trois axes sont déployés. Ils annoncent l’œuvre immense à accomplir pour réenchanter l’école (premier axe), pour accompagner la personne (deuxième axe), pour s’ouvrir au monde (troisième axe). Ils sont l’ADN de l’Enseignement catholique parce qu’ils reprennent l’ADN de l’Evangile. Peut-on annoncer le Christ sans redonner du sens ? Peut-on annoncer le Christ sans mettre la personne humaine au cœur de notre agir ? Peut-on annoncer le Christ sans être ouvert à tous ? Non, non, et non. Notre horizon, c’est le Christ ; ce avec quoi nous travaillons, c’est l’humanité dans laquelle le Christ s’est incarné ; ce pour quoi nous travaillons, c’est faire connaître le Christ dans le respect de tous. Et comment faire connaître le Christ et son œuvre de salut sans d’abord former des garçons et des filles à appréhender intellectuellement le monde dans lequel ils vivent, avec le regard de notre foi ? La foi chrétienne n’est pas imposée dans nos écoles, elle est proposée comme un chemin de compréhension, éclairant notre raison. Il arrive que la raison, éclairée par la foi, laisse un peu de place à un cheminement spirituel et à un désir de marcher avec Dieu. J’en veux pour preuve qu’au lendemain de cette proclamation du projet diocésain, j’ai ainsi eu la joie de baptiser trois adolescents dans un de nos établissements scolaires, comme pour marquer que l’œuvre que nous accomplissons, si elle semble souvent obscure et cachée, aboutit quand même à des conversions et à un désir sincère de marcher avec le Christ. 
 
Je comprends d’autant mieux alors l’insistance de Paul à annoncer le Christ, à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contretemps. C’est un devoir inlassable pour chaque croyant, pour l’école catholique en particulier. Cette Parole donne du sens à une existence, nous le savons. Paul insiste et précise que cette Parole est utile pour enseigner, dénoncer le Mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien. Ce n’est donc pas une parole à réserver au dimanche matin, lorsque les croyants se rencontrent. C’est une parole à adresser à tous, croyants ou non, pour qu’elle puisse faire son chemin dans le cœur des hommes. Ne nous étonnons pas devant la baisse de la foi si la Parole n’est plus annoncée à tous, si elle ne mène plus nos existences ! Comment un homme pourrait-il se convertir si la Parole ne lui était jamais adressée, annoncée dans toute sa grandeur et toute son exigence ? Comment le croyant pourrait-il rester un homme de bien si la Parole de Dieu n’éclairait pas son quotidien, ne nourrissait pas ses actes et ses propres paroles ? Nous n’avons, et nous n’aurons que cette seule Parole pour convaincre les hommes, les inviter à changer de vie et à suivre le Christ ; nous n’avons, et nous n’aurons que cette seule Parole et ce qu’elle produit dans notre propre vie pour attirer les hommes au Christ. Proclamer la Parole revient à la dire et à la vivre. Parce que cette Parole ne peut rester de simples mots ; elle est Parole vivante, Parole qui engage, Parole qui transforme. 
 
Nous pouvons être surpris par le fait que Paul ne précise pas que cette Parole, qui vient de Dieu, conduit à Dieu ! Fallait-il le préciser ? Depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus Christ, nous savons que l’homme est chemin vers Dieu et que notre manière d’agir avec les hommes reflète notre manière d’agir avec Dieu. Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ; cette parole de Jésus doit plus que jamais nous habiter et nous pousser à mettre l’homme au cœur de nos préoccupations, car seulement ainsi Dieu sera lui-même au cœur de nos préoccupations. Je me demande même si, en nous tournant vers les hommes pour leur parler de Dieu, nous ne nous tournons pas en même temps vers Dieu pour lui parler des hommes dont nous avons le souci. L’œuvre d’évangélisation devient ainsi œuvre de prière, seule manière pour l’homme de s’ouvrir à Dieu, moyen par excellence pour Dieu d’ouvrir le cœur des hommes à sa Parole. Nous rejoignons ainsi la pensée de Paul qui dit bien que c’est la Parole de Dieu et non notre parole qui a le pouvoir de transmettre la sagesse. En mettant Dieu en présence des hommes par sa Parole, nous mettons bien les hommes en présence de Dieu ; nous aurons ainsi fait notre part du travail. Le reste relève de ce qui se jouera, ou pas, entre Dieu et ceux à qui nous avons parlé de lui. Le résultat ne dépend pas de nous ! 
 
Ne nous lassons pas de nous mettre personnellement à l’écoute de la Parole de Dieu. Ne nous lassons pas de proposer cette Parole à nos contemporains en manque de repères. Nous ne la gâchons pas à la proposer largement ; c’est même le seul moyen de la faire vivre vraiment. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 22 novembre 2014

Christ, Roi de l'univers - 23 novembre 2014

Le frère et le service comme sacrement du Christ.




Il y a un risque certain avec ces paraboles que nous connaissons sur le bout des doigts, et ce risque est celui de passer à côté d’un détail, parce que nous n’écoutons que d’une oreille distraite un texte dont nous pensons tout savoir. C’est particulièrement vrai avec cette parabole du jugement dernier rapporté dans l’évangile de Matthieu.  C’est la dernière parabole de Jésus avant que ne commencent les événements de la Passion. Elle termine tout un ensemble de paraboles sur le Royaume et le jugement à venir. En ce sens, elle devient comme le résumé de ce long discours de Jésus, comme ce qu’il faut en retenir absolument. 
 
L’histoire, en elle-même, ne pose pas de problème de compréhension. Jésus, présenté comme le Fils de l’Homme, vient pour prononcer le jugement sur toutes les nations. Il effectue pour cela une séparation qui est loin d’être arbitraire : d’un côté, les brebis, les bénis du Père, ceux qui ont vécu selon l’esprit de l’Evangile ; de l’autre, les chèvres, les maudits, ceux qui n’auront vécu que pour eux. 
 
Saint Matthieu note la surprise des deux camps à l’énoncé du jugement ; surprise identique de surcroît : quand, Seigneur, t’avons-nous vu ? Et c’est là que les choses se compliquent. Si la parabole s’adresse uniquement à des croyants, il est difficile de comprendre comment certains peuvent être ainsi surpris, puisqu’ils avaient en main, à travers l’Evangile et le témoignage des communautés, tout ce qu’il fallait pour bien se préparer à ce jour, pour reconnaître ce qu'ils avaient à faire durant leur vie pour échapper à la sévérité du jugement. Le croyant aurait reconnu de suite le Christ et n’aurait pas manifesté de surprise. De plus, comment comprendre que des croyants au Christ puissent n’être pas sauvés ? Il n’y aurait donc pas d’automaticité en matière de salut ? Le simple fait d’être baptisé ne procurerait donc pas automatiquement le salut ? 
 
C’est là que les petits détails ont leur importance. Certes, cette parabole, Jésus l’adresse à ses disciples ; mais dans la parabole, il ne parle pas que de ses disciples. Il parle bien de toutes les nations. On peut donc en conclure que cette parabole s’adresse à tous, quelle que soit leur origine, leur foi ou leur non foi d’ailleurs. Et si la parabole s’adresse bien à toutes les nations, nous avons alors une nouvelle clé de lecture. Tous les peuples de la terre sont rassemblés devant le Christ, qu’ils aient pu connaître ou non, sa parole de vie. Et tous les hommes, quelles que soient leurs opinions religieuses, sont jugés sur le même critère : non pas sur ce qu’ils auront dit ou pas de Dieu, de Jésus et de l'Esprit Saint, mais sur ce qu’ils auront vécu, concrètement, au jour le jour : l’attention et le partage envers les plus pauvres. Sans le savoir, nous dit cette parabole, les hommes, qu’ils aient connu ou non le Christ, mais qui ont passé leur vie à se mettre au service des autres, ont en fait servi le premier de tous, le Christ lui-même, présent au cœur de la vie de tout un chacun. Le frère et le partage deviennent les sacrements du Christ, les signes de sa présence dans le monde, les signes de sa présence en tout homme. Ce n’est peut-être pas pour rien que l’Eucharistie est le sacrement qui fait l’Eglise puisque elle est le lieu où Dieu se donne, où Dieu se partage dans la Parole et le Pain rompu, nous invitant à faire de même avec chacun de ceux que nous croisons. Il n’y a de vie de foi que partagée et donnée ; il n’y a de vie véritablement humaine que partagée et donnée. 
 
Croyants, nous sommes donc concernés par cette parabole, faisant partie nous aussi de cette multitude qui attend son jugement. Notre seule appartenance à l’Eglise de Jésus Christ ne suffit pas. Certes, c’est la foi en Jésus, mort et ressuscité, qui nous sauve ; mais, autant Paul que Jacques nous rappellent, à la suite du Christ Jésus, que notre foi nous engage et nous donne une responsabilité envers nos frères. Le baptême ne nous dispense pas de vivre notre foi au quotidien, bien au contraire. Reconnaître le Christ, Roi de l’univers, c’est reconnaître que tout pouvoir sur terre est d’abord service, puisque lui, le premier, a ouvert ce chemin, puisque lui nous a assuré de sa présence au cœur du monde, au cœur de notre vie. Le service du frère ne peut donc en aucun cas être optionnel. Il est une conséquence de la foi que nous proclamons. Dire sa foi, c’est bien sûr la proclamer dans les symboles de foi ; mais c’est aussi et surtout la proclamer par notre vie conforme à l’esprit des mots que nous proclamons. 
 
Que cette Eucharistie, partagée entre tous, nous rappelle toujours que dans le Royaume annoncé par Jésus, le plus grand est celui qui se met au service de ses frères, dès maintenant, dès ici-bas, pour la gloire de Dieu et le salut de tous. AMEN.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 2 novembre 2012

31ème dimanche ordinaire B - 04 novembre 2012

Qu'est-ce qui te fait vivre ?



Que veut savoir le scribe qui s’adresse à Jésus dans l’Evangile que nous venons d’entendre ? Qu’est-ce qui justifie la question : Quel est le premier de tous les commandements ? Est-ce qu’il veut juste s’en sortir dans la jungle des 613 prescriptions de la loi juive ou cherche-t-il plus ? Il vaut la peine de bien comprendre le sens de sa question pour ne pas se méprendre sur la réponse apportée.

En effet, si sa question est juste informative, elle laisserait entendre qu’il y a une hiérarchie dans la loi, un commandement qui vaut plus que les autres d’être observé. Et il faudrait alors préciser la réponse de Jésus en s’attaquant aux autres articles de la loi qu’il ne cite pas, mais qu’il faudrait quand même classifier jusqu’à parvenir au dernier, au plus petit des commandements. Je ne suis pas sûr du tout que tel est bien le sens de la question du scribe. Et d’ailleurs, Jésus lui-même dira que pas un iota de la loi ne sera changé par lui : il n’est pas venu abolir la loi, mais l’accomplir, lui donner toute sa force. C’est bien en ce sens que j’entends la question du scribe.

Nous pourrions alors la retraduire ainsi : « Maître, qu’est-ce qui te fait vivre ? Quel est le moteur de ta mission ? » Une question portant plus sur le sens de ce que fait et dit Jésus, que sur la Loi elle-même. Autrement dit : dans la foi de nos pères, qu’est-ce qui te motive le plus ? Qu’est-ce qui te pousse à agir et à parler comme tu le fais ? Et là, la réponse de Jésus devient libératrice, parce que deux choses le motivent.

La première, c’est l’écoute de Dieu même. A la question posée, la réponse de Jésus commence par ces mots : Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ! Il reprend ainsi la formulation donnée par Moïse lui-même au moment du don de la Loi. Ce commencement, définitivement lié au commandement de l’amour de Dieu qui le suit, marque bien que, avant le respect de la loi, ce qui est fondamental, c’est l’écoute du Dieu vivant et vrai ; et par-delà, la rencontre avec lui, la connaissance de lui. Car comment écouter quelqu’un que je n’ai pas rencontré ? Comment écouter quelqu’un que je ne connais pas ? Ce qui pousse Jésus à agir et à parler comme il le fait, c’est avant tout cette relation particulière qu’il entretient avec Dieu, qu’il nomme Père et qu’il nous enjoint de prier ainsi : Lorsque vous priez, dites : Notre Père… Vous connaissez la suite. Avant même le respect de la Loi, il y a donc la relation à Dieu, qui n’est pas bavardage sacré, mais écoute de ce que Dieu attend de nous. J’envie quelquefois le peuple juif qui, aujourd’hui encore, commence sa journée par ces mots qui sont devenus sa prière quotidienne : Ecoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. Comme j’aimerais que chacune de nos journées commence ainsi par l’écoute du Dieu unique, vivant et vrai. Il nous apprendrait, dans nos cœurs à cœur, le vrai sens de la vie, le vrai sens de ce que nous avons à faire pour construire un monde plus juste et fraternel.

La deuxième chose qui motive Jésus, après l’écoute de Dieu, c’est l’amour de Dieu pour son peuple. Irait-il vers sa mort si celle-ci n’était pas l’acte d’amour suprême de Dieu pour nous ? Lui écoute Dieu parce qu’il se sait aimé et qu’il aime comme Dieu seul aime. Et cet amour, il nous le transmet dans ses actes et ses paroles. Ce n’est donc pas en vain qu’il nous invite sur la même voie : Aime Dieu, aime ton prochain comme toi-même. Ce comme toi-même, nous pouvons l’entendre « comme tu t’aimes toi », puisque celui qui ne s’aime pas, ne saurait pas vraiment aimer quelqu’un d’autre. Mais nous pouvons aussi l’entendre comme toi-même tu es aimé de Dieu. Et ainsi, ce double commandement n’est plus un ordre d’aimer, mais bien une invitation à faire vivre l’amour que Dieu lui-même nous porte. Ce que nous recevons de Dieu, donnons-le largement autour de nous !

En cela, la réponse de Jésus est libératrice. Elle ne m’enferme pas dans mes manques d’amour, dans mon incapacité à aimer untel ou une telle ; mais elle m’offre une porte de sortie en m’offrant l’amour de Dieu à partager. Si je ne peux pas mettre mon amour humain dans une relation, au moins puis-je donner un peu de l’amour dont Dieu m’aime. L’amour que je porte aux autres n’est plus lié à mes émotions ; il me vient d’un autre. Je suis comme le porte-amour de Dieu. Sans doute est-ce là le secret d’une vie réussie : arriver à dépasser nos sentiments pour faire grandir en nous les sentiments de Dieu qui aime chacun de nous de manière unique, totalement, tel que nous sommes.

Quel est le premier commandement ? Cette question nous pouvons donc l’entendre pour nous aussi : qu’est-ce qui nous motive dans nos actes, dans nos paroles, dans nos œuvres de charité ? Qu’est-ce qui nous fait vivre ? Est-ce le besoin d’être vu, le besoin de parader, le besoin d’être reconnu ou est-ce l’humble service que nous pouvons apporter, parce que nous avons écouté Dieu et que nous nous sommes laissé aimer de lui au point de devoir partager cet amour ? La question mérite que nous prenions un instant de silence pour y réfléchir. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

samedi 18 juin 2011

Très Sainte Trinité A - 19 juin 2011

Nous croyons en Dieu, Trinité d'amour.



Qui est Celui auquel nous croyons ? C’est la question que nous pouvons nous poser aujourd’hui, au moment où, sortis du temps pascal, nous célébrons le mystère de la Trinité, le mystère d’un Dieu Un en trois personnes. Et puisque trois semble le chiffre du jour, attardons-nous un instant sur les trois lectures de cette fête ; elles nous permettront d’entrer dans ce grand mystère. Ce qui nous est révélé, c’est que la « Trinité n’est pas une énigme à résoudre » (le Dieu des chrétiens, 3 en 1, comment ça marche ?), mais bien quelque chose à vivre. Ce que nous disons de notre Dieu, nous avons d’abord à le vivre. Je le rappelle de plus en plus quand des couples viennent pour le baptême de leur enfant. J’essaie de faire comprendre que nous ne préparons pas d’abord un événement précis (le baptême), mais bien une vie chrétienne, une vie baptismale. La Trinité nous ouvre à cet art de vivre chrétien.

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous somme fils ou fille de Dieu, Créateur et Père de tous les hommes. » Cette relation filiale nous est révélée dès l’Ancien Testament. Il n’y a qu’à relire l’Exode pour constater à quel point Dieu s’occupe de son peuple comme un père s’occupe de ses enfants : il protège, il sauve, il veille, il pardonne, il est plein d’amour, toujours fidèle. Il donne la nourriture au temps voulu (souvenez-vous de la manne), il fait jaillir l’eau pour apaiser la soif (souvenez-vous de Massa et Mériba). En se montrant Père, Dieu dit tout son amour pour nous et nous invite à entrer dans cette relation d’amour particulière. Le Dieu de l’Ancien Testament n’est donc pas à opposer au Dieu du Nouveau Testament : c’est le même Dieu, le même Père qui déjà se révèle. Mais il n’est pas possible de le voir de face. Dieu se donne petit à petit et l’humanité doit chercher à toujours mieux le comprendre, à toujours mieux entrer dans son projet. C’est le sens du passage du Livre de l’Exode que nous avons entendu.
Nous sommes reconnus fils et filles de Dieu par notre baptême, appelés par lui à devenir saints parce qu’il est saint, comme il est saint. Nous vivons notre filiation divine lorsque nous acceptons de n’être pas notre propre Dieu, lorsque nous acceptons de nous ouvrir à cet Autre qui est à l’origine de notre vie. Une telle relation m’invite à toujours accueillir l’Amour, à reconnaître sa trace dans ce que je vis, dans les personnes que je rencontre.

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous sommes « configurés » (identifiés) au Christ Sauveur. Nous devenons des autres Christ, participant à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Cette relation fraternelle nous est révélée dans l’incarnation du Fils unique. Jésus, fait homme, pour que nous puissions retrouver en nous la trace de Dieu. Toute la vie de Jésus, toutes ses paroles nous révèlent son intimité avec Dieu le Père. « Je ne dis rien de moi-même ! Tout ce que je vous ai dit, je l’ai entendu de mon Père. » Les évangiles du temps de Pâques nous ont déjà permis d’entrer dans cette relation unique entre un Père et son Fils. Toute la vie de Jésus est l’œuvre d’amour de Dieu pour nous. Nous ne pouvions qu’entendre l’amour de Dieu pour nous dans l’Ancien Testament. Voilà qu’en Jésus, nous pouvons le voir, au moins partiellement, à l’œuvre. « En regardant Jésus, sa vie et sa mort, je vois déjà le visage amoureux de Dieu ; et Jésus pourra dire : ‘Qui m’a vu a vu le Père' ».
En nous rappelant que son Père était aussi notre Père, en nous invitant à le prier ainsi, Jésus fait de nous ses frères et sœurs. Par mon attention à celles et à ceux qui m’entourent, par ma charité véritable, je manifeste cette fraternité avec le Christ, et en Christ. Reconnaître Jésus comme mon frère, c’est reconnaître chacun comme mon frère puisque selon le mot du Christ lui-même en saint Matthieu, « ce que nous aurons fait à l’un de ces petits qui sont les frères du Christ, c’est au Christ lui-même que nous l’aurons fait ! » La fraternité en Christ est à la base même de l’art de vivre chrétien que requiert notre baptême. Nous ne sommes pas meilleur que les autres qui ne sont pas chrétiens, mais nous devons tendre à toujours nous laisser guider par les paroles et les actes de notre Aîné ; nous devons parvenir à une telle communion avec lui que nous puissions dire comme saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ! »

« Baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Dieu nous « a marqués de l’Esprit afin que nous demeurions dans le Christ pour la vie éternelle. » L’Esprit Saint permet à Dieu de résider en nous et à nous de résider en Dieu. Saint Irénée écrivait : « l’Esprit est descendu dans le Fils de Dieu, devenu le Fils de l’homme, pour s’habituer avec lui à habiter le genre humain, à reposer parmi les hommes, à habiter l’œuvre de Dieu, pour opérer en ces hommes la volonté du Père, les renouveler de leur désuétude dans la nouveauté du Christ. » Le Christ a longuement évoqué l’œuvre de l’Esprit lors de son discours aux disciples au soir de sa mort. Il est le révélateur, celui qui permettra aux hommes de comprendre l’œuvre et les paroles du Christ. Avec l’Esprit, Dieu habite en moi. Je deviens temple de l’Esprit Saint, où Dieu trouve ses délices. L’Esprit est celui qui nous « adapte à Dieu », selon le beau mot d’Irénée. Il permet la rencontre en vérité de Dieu et de l’humanité. Il nous prépare à entendre Dieu, à le rencontrer, en travaillant notre cœur pour qu’il s’ouvre à Dieu et à sa parole.
L’Esprit Saint travaille en nous lorsque nous prenons le temps d’approfondir notre foi, de la partager avec d’autres, en Eglise, dans des groupes de prière ou de partage. Nous percevons l’Esprit à l’œuvre dans tous les gestes d’amour et de pardon que nous posons et dont nous nous sentions incapables au départ. L’Esprit est à l’œuvre partout où des hommes et des femmes de bonne volonté se rapprochent, mettent en commun leur énergie, leur savoir, pour permettre à tous de vivre dans un monde plus humain, plus fraternel, plus juste.

Pour finir, je voudrai vous dire que le sacrement qui nous rassemble en ce matin, l’Eucharistie, est celui qui nous permet d’approcher et de vivre chaque dimanche un rapport vrai à la Trinité que nous célébrons. La première partie de chaque eucharistie nous tourne vers le Père des miséricordes. Nous l’implorons, nous nous reconnaissons fils et filles, certes marqués par le péché, et nous lui demandons de renouveler pour nous son amour et son pardon. Puis nous nous mettons à l’école du Fils, scrutant les Ecritures, cherchant à comprendre ce que Dieu attend de nous, quelle est sa volonté, son projet d’amour pour nous aujourd’hui. Enfin, nous invoquons l’Esprit pour qu’il réalise à nouveau la présence du Fils unique au milieu de nous, en faisant du pain et du vin le Corps et le Sang du Sauveur. Cette communion à laquelle nous prenons part nous renvoie vers nos frères et sœurs pour que nous témoignions auprès d’eux de cet amour qui nous fait vivre, et de cette espérance qui sans cesse nous relance et nous fait progresser. En participant à l’Eucharistie, nous puisons à la source de la Trinité pour repartir plus fort et vivre de ce grand mystère. Nous ne le comprenons peut-être pas mieux, mais nous en vivons toujours plus. Pour la plus grande gloire de Dieu et un meilleur service des hommes. Amen.







(Photo publiée avec l'aimable autorisation de l'artiste Stéphane MORIT, grand Christ réalisé pour l' église de Huningue, Haut-Rhin)