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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 26 juin 2022

13ème dimanche ordinaire C - 26 juin 2022

 La radicalité de l'appel & la liberté humaine.







Il y a quelque chose d’impressionnant, je trouve, dans les récits de vocations que la Bible nous propose régulièrement, parce que ces récits conjuguent à la fois la radicalité de cet appel et la liberté humaine. Dieu appelle qui il veut, et c’est son droit. Et quand il appelle, c’est pour une mission précise, un projet précis que Dieu porte ; et c’est encore son droit, à Dieu, d’avoir des projets. Mais qu’en est-il de l’appelé ? Quels sont ses droits à lui ? Peut-il résister à l’appel de Dieu ? Que devient sa liberté ? Peut-il ne pas accueillir le projet de Dieu sans risquer les foudres divines ? C’est ce que nous découvrons dans les lectures de ce dimanche.

Concentrons-nous sur l’évangile puisqu’il contient tout. Le passage entendu commence avant Pâques, quand Jésus se dirige vers Jérusalem avec ses disciples. Sans doute fatigué par la route, Jésus envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Certains pensent peut-être que nous nous égarons. Le récit de vocation, c’était la première lecture avec le choix d’Elisée pour succéder à Elie. Au sens strict, ils ont raison. Mais l’appel de Dieu n’est pas nécessairement un appel à le servir ministériellement, comme prophète ou comme Apôtre. L’appel premier de Dieu, adressé à tous les hommes, c’est de l’accueillir. C’est notre vocation première. Dans l’Eglise, la vocation baptismale est plus fondamentale d’ailleurs que la vocation ministérielle parce que c’est justement cette première qui nous met en contact avec le Christ. Toutes les autres vocations plus précises vont s’appuyer sur cette première vocation. Nous en sommes bien là quand Jésus veut se rendre dans ce village. La demande d’hospitalité est un appel adressé à ce village qui la refuse. Je comprends la stupeur, voire la colère de Jacques et Jean ; leur réaction est à la hauteur de ce qu’ils pensent de Jésus et de ce refus de l’accueillir : veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? Nous comprenons bien que c’est exagéré, qu’ils ont mal compris la notion de radicalité de l’Evangile ; et Jésus le leur fait bien comprendre puisqu’il les réprimanda. Mais la prochaine fois que nous aurons envie de coller quelqu’un au mur parce qu’il nous aura déplu et énervé, souvenons-nous de cette réprimande ; parce qu’elle vaudra pour nous aussi. Ce que nous apprenons ici est fondamental : on ne risque rien à refuser Jésus dans sa vie ; on ne risque pas d’être dévoré tout cru par un feu tombant du ciel. Il y a le projet de Dieu ; il y a la liberté des hommes. Et ni la toute-puissance de Dieu, ni la toute grandeur de ses projets ne viennent écraser ou supprimer la liberté de l’homme. 

La radicalité de l’appel de Dieu ne doit pas écraser l’homme ; nous ne sommes pas des marionnettes entre les doigts de Dieu. Quand on parle de radicalité de l’appel, comprenons que c’est un appel qui s’inscrit à la racine de notre existence pour nous transformer de l’intérieur. Parce qu’un projet de Dieu, librement accueilli, transforme toujours d’abord celui à qui l’appel est adressé. Même quand cet appel le pousse vers les autres, il doit d’abord se laisser saisir et transformer par lui. C’est bien parce que je suis saisi profondément (radicalement) par l’appel du Christ que je peux laisser des choses, abandonner certains rêves. Ma liberté n’est pas supprimée, elle est transformée ; elle me transforme pour me rendre apte à vivre cet appel, que cet appel soit baptismal ou ministériel. Par le baptême, nous dit Paul dans sa lettre aux Galates, le Christ nous a libérés pour que nous soyons libres. C’est bien ce que réalise le baptême pour nous. Quand l’eau coule sur notre front, le péché en nous est vaincu, pardonné : nous sommes libérés, délivrés… vous connaissez la chanson. Le baptême, c’est un appel à la liberté vis-à-vis de toute forme de mal. Nous comprenons alors l’insistance de Paul : Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. La radicalité de l’appel à suivre le Christ par le baptême ne supprime pas notre liberté ; elle fait grandir cette liberté et la transforme en liberté d’aimer, en liberté pour le service de ceux et celles qui croiseront notre route. Tout appel de Dieu est radical parce qu’il s’adresse à notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il nous invite à faire grandir notre liberté ; tout appel de Dieu est radical parce qu’il transforme notre liberté en liberté d’aimer et de servir davantage. Et ceci se joue dès l’appel au baptême, puisque celui ou celle qui devient chrétien est appelé à développer cet appel dans un art de vivre conforme. Cet art de vivre est accompli dans l’unique parole que voici : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La réponse juste à la radicalité de l’appel est un amour radical pour chacun, possible lorsque nous nous laissons conduire par l’Esprit. 

N'ayons pas peur d’être radical dans notre foi. La racine de notre foi, c’est bien d’aimer et non d’exclure ; la racine de notre foi, c’est d’écouter Dieu pour construire avec lui ; la racine de notre foi, c’est d’exercer notre liberté et non contraindre celle des autres. Cette radicalité de notre foi s’exprime dans le respect de tous, y compris de ceux qui ne croient pas comme nous ou qui ne croient pas du tout. La radicalité de notre foi nous oblige à vivre librement un amour à l’image de l’amour du Christ pour nous. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de l’amour. Comprenons-le et vivons-le une fois pour toutes. Amen. 


dimanche 19 juin 2022

Fête du Corps et du Sang du Christ C - 19 juin 2022

 Avec Carlo ACUTIS, renouveler notre foi au Christ qui se donne à nous dans l’Eucharistie.



(Photo de Carlo ACUTIS, source internet)


        Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est ce que nous avons de plus précieux : le sacrement de l’Eucharistie, source et sommet de notre foi. Source, parce que tout part de ce don gratuit du Christ, qui se livre entièrement à nous par son sacrifice sur la croix. Sommet, parce qu’il n’y a rien de plus grand à célébrer que ce don ultime qui nous vaut la vie éternelle. Le bienheureux Carlo Acutis regrettait que les chrétiens n’estiment plus assez ce sacrement ; la désaffection de l’Eucharistie dominicale en est le signe le plus flagrant. 

            Carlo Acutis, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un jeune italien, mort à 15 ans en 2006. Il a été proclamé bienheureux par le pape François le 21 février 2020, et la messe de béatification, originellement prévue le 25 avril 2020, a été repoussée au 10 octobre 2020 pour cause de pandémie et célébrée à Assise où il repose. Il a travaillé à une exposition sur les miracles eucharistiques qui parcourt encore le monde aujourd’hui. Sa première communion, reçue à l’âge de sept ans, marque le début d’une relation d’amour, d’une union à Dieu dont il va se nourrir jour après jour et qui va transformer sa vie. Chaque matin, avant d’aller à l’école, Carlo allait à l’église pour communier. Sa communion, il ne la fait pas parce que ses parents insistent, ni pour recevoir des cadeaux, mais parce qu’il a ce désir de mieux connaître Jésus et de le recevoir personnellement. A sept ans, il a compris déjà que dans ce pain consacré et partagé, c’est Jésus tout entier qui vient à nous, qui vient en nous. comme le dit si bien le livre de l’Apocalypse, Jésus se tient à notre porte, et il frappe ; si nous lui ouvrons, il viendra à table avec nous, il fera sa demeure en nous. Il nous faut retrouver cette conscience de la présence réelle du Christ dans notre vie, si d’aventure nous l’avions oubliée. Une des phrases que Carlo répètera souvent c’est la suivante : l’eucharistie, c’est mon autoroute pour aller vers le ciel. C’est bien cette union intime, réelle, avec le Christ, qui nous conduit vers le ciel, car là où est le Christ, il n’y a plus de Mal ; là où il y a le Christ, sa sainteté resplendit et se communique. 

            Observez ce qui se passe dans l’Evangile entendu. Il nous montre Jésus qui ne reste pas insensible aux besoins de la foule. Il parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. Ne nous habituons pas à ce fait. Ne nous habituons pas au fait que Dieu, en Jésus, se penche sur notre détresse, sur nos besoins. Plus d’une fois, les évangélistes nous montrent Jésus pris d’émotion devant les foules sans berger, qui risquent d’aller à leur perte. Sa prédication, les signes qu’il pose, ne sont pas là pour le mettre en valeur ou le faire briller en société. Sa prédication et les signes qu’il pose disent d’abord l’immense amour de Dieu qui ne peut accepter que l’humanité s’en aille à sa perte. Aussi, quand le soir venu, après une journée à enseigner et à guérir, les disciples viennent vers Jésus pour lui dire : « ça suffit pour aujourd’hui, renvoie-les ; il est temps de manger », Jésus va poser un nouveau signe, un signe qui annonce déjà le signe de l’eucharistie : il va nourrir cette foule immense avec cinq pains et deux poissons ! Ce n’est rien pour tant de monde (environ cinq milles hommes) et pourtant personne ne manquera de rien ; au contraire, il y aura douze paniers de restes ! Quand Dieu se penche sur nos besoins, il donne, largement, surabondamment ! L’eucharistie est ce miracle du pain partagé renouvelé quotidiennement dans l’Eglise à travers le monde entier. Elle nourrit notre foi, renforce notre lien à Jésus Christ. Mais avons-nous assez faim de lui ? 

            Peut-être que l’exemple de ce jeune bienheureux, bien de notre siècle (on le surnomme le geek du paradis), pourra nous redonner le goût de l’eucharistie, le goût d’une participation pleine et entière à ce sacrement si important pour notre foi, si vital pour la préservation de notre intimité avec le Christ. Nul chrétien ne peut durablement et sans dommage s’écarter de ce sacrement ; cela reviendrait à s’écarter du Christ lui-même ! Dans l’Eucharistie, il est là, pleinement ! Dans l’Eucharistie, il se donne, totalement ! Dans l’Eucharistie, il nous nourrit, réellement ! Dans l’Eucharistie, il nous renvoie vers les autres, nécessairement. L’Eucharistie, cette rencontre intime avec le Christ, ne nous coupe pas des autres ; elle nous envoie vers eux, forts de l’amour reçu pour que nous le leur partagions à notre tour. Quand on est en communion avec Dieu, on est en communion avec un amour qui est contagieux. Comme on est aimé par lui, on peut ainsi aimer le monde, disait Carlo. Que la fête du Corps et du Sang du Christ, fête de l’amour de Dieu qui nourrit notre vie et la transforme, nous fasse demeurer fidèle à ce sacrement, fidèle au Christ qui est y est présent. Que chaque communion nous rapproche davantage de lui et fasse de nous ce que nous recevons : le corps authentique du Christ. Amen.


(Je vous renvoie vers le très beau livre  du Père Will CONQUER, Carlo ACUTIS, un geek au Paradis, éd. Première partie, 2019)

lundi 13 juin 2022

Trinité C - 12 Juin 2022

 Parce que Dieu est un être de relation...



Jacomart, La Trinité, milieu du XVe siècles, Valence (Espagne)





                Nous sommes à peine revenus dans le temps ordinaire près le long temps pascal, et voici que nous devons déjà affronter ce mystère de la Trinité qui défie toute logique ordinaire ; au point où nous pouvons légitimement nous interroger : n’y a-t-il pas une opposition entre la simplicité de l’ordinaire et la complexité de ce mystère ? Pour nous éviter des maux de tête sans fin ainsi qu’une cure inutile d’anti-douleurs, accordons-nous sur ceci : nous ne chercherons pas ce matin à comprendre ce mystère sur la base d’une équation mathématique, et un plus un plus un feront toujours encore trois. 

            Puisque nous laissons tomber les mathématiques, essayons d’entrer dans ce mystère par l’expérience humaine la plus basique. Elle peut se résumer dans cette affirmation de Dieu lui-même concernant l’homme au livre de la Genèse : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette affirmation de Dieu conduira, en Genèse chapitre deux, à la création de tous les animaux dans un premier temps ; mais l’homme ne trouvant personne qui lui ressemble, Dieu finira par créer la femme, au sujet de laquelle l’homme dira en la voyant : Voici l’os des os, la chair de ma chair, comprenons celle qui est comme moi. Que cette histoire ne nous égare pas cependant ! Elle veut illustrer, à partir de l’homme, une vérité sur Dieu. Si Dieu reconnaît qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, c’est peut-être tout simplement parce que Dieu n’est pas seul en lui-même. D’ailleurs, en Genèse chapitre un, Dieu crée l’homme, homme et femme, en un même mouvement. Dès le départ, il en fait un être de relation : et la bible dit dans ce même chapitre premier que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Si donc l’homme, image et ressemblance de Dieu, est fait comme un être de relation, Dieu, son Créateur ne l’est-il pas le premier ? L’affirmation de Dieu pourrait donc s’entendre ainsi : Il n’est pas bon que l’homme soit seul puisque je ne suis pas seul ! Ceci nous éviterait aussi de croire que Dieu aurait créé l’homme parce qu’il était seul dans l’univers et qu’il s’y ennuyait. Car si tel était le cas, il n’aurait pas dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ; l’homme aurait eu Dieu, comme Dieu aurait eu l’homme ! Je crois que Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire qu’il en a fait un être de relation, parce que c’est ce qu’il est profondément en lui-même. Et nous savons qu’au commencement, avant la création, Dieu n’est pas seul : l’Esprit de Dieu plane sur les eaux et Dieu va faire sa création par son Verbe, sa Parole, dont Jean nous dira, dans le prologue de son Evangile que c’est Jésus. 

            Que Dieu soit un être de relation, trois personnes en une seule substance divine, comme le rappellera la préface de notre solennité, est intéressant pour l’homme. Cela lui donne trois voies pour accéder à la connaissance de Dieu. C’est toujours l’expérience humaine qui peut nous servir ici. Il suffit de réfléchir un instant comment vous êtes entrés en relation avec les personnes que vous connaissez, ou bien, puisque nous sommes dans la chapelle du Carmel, comment vous en êtes venus à connaître ce lieu. Certains l’auront connu par une sœur en particulier, peut-être quelqu’un de la famille qui est entré dans cet Ordre. D’autres l’auront découvert en passant devant le bâtiment ; d’autres peut-être par les écrits soit de Sainte Thérèse (la grande ou la petite) ou ceux de St Jean de la Croix… Des chemins différents vous ont menés vers la spiritualité du Carmel. De même, tous ne découvrent pas Dieu de la même manière. Certains commencent par lire un évangile et découvre Jésus qui les mènera à la connaissance de son Père. D’autres font des expériences charismatiques très fortes ; c’est l’Esprit Saint qui les conduira à la connaissance de Dieu. D’autres ont fait l’expérience de la paternité de Dieu qui les conduira vers le Christ par la puissance de l’Esprit Saint. Parce qu’il est être de relation en lui-même et non pas un monolithe, nous pouvons chacun parvenir à sa connaissance par des voies qui nous sont propres, et c’est heureux. C’est reconnaître l’importance de notre expérience personnelle dans notre vie spirituelle. Parce que Dieu n’est pas un discours, parce que Dieu n’est pas une belle idée, nous pouvons faire l’expérience de sa rencontre à partir de chacune des personnes de la Trinité. Aucun chemin n’est meilleur qu’un autre, chacun conduisant à la révélation de l’unique Dieu, Père, Fils et Esprit. 

            Ceci nous amène alors à notre conclusion. Puisque Dieu est un être de relation comme nous, il nous faut donc quitter le registre des idées pour entrer pleinement en relation d’alliance avec lui. Tout le but de la catéchèse aujourd’hui n’est pas de procurer une connaissance scientifique ou livresque sur Dieu : le but de la catéchèse, c’est d’amener le cœur d’un homme vers le cœur de Dieu, en lui permettant de faire l’expérience de la présence de Dieu dans sa vie. Ce que la Sagesse de Dieu déclarait à son propre sujet, nous devons le faire nôtre et en faire l’expérience : Le Seigneur m’a fait pour lui. Être de relation comme Dieu lui-même, nous sommes faits pour lui, nous sommes faits pour le rencontrer et pour vivre dans son Alliance. L’eucharistie que nous célébrons nous offre de vivre cette expérience en nous faisant chanter les merveilles que Dieu le Père réalise pour nous, par son Fils Jésus, dans la puissance de son Esprit. Il n’y pas d’expérience trinitaire plus forte que celle-ci. J’en veux pour preuve la doxologie qui conclut la grande prière eucharistique : Par le Christ, avec le Christ et en Christ, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Pentecôte C - 05 juin 2022

 Faire route avec les disciples pour accueillir l'Esprit Saint.





            Ils ne font rien de particulier, les Onze, mais ils reçoivent tout. Ils ne font rien de particulier sinon être ensemble, et l’Esprit Saint promis par Jésus descend sur eux. S’y attendaient-ils à ce moment-là ? J’en doute : Jésus leur avait juste dit d’attendre, que l’Esprit Saint viendrait sur eux, mais il ne leur a dit ni quand, ni surtout comment il viendrait. Ont-ils eu peur de ce violent coup de vent, de ces langues qu’on aurait dites de feu ? Nous n’en saurons jamais rien. Mais nous savons ce qu’a produit en eux cet événement étrange : il les a comme libérés. Les langues de feu ont délié les langues des Apôtres qui se mirent à parler en d’autres langues, à s’exprimer selon le don de l’Esprit. Tout le reste, les nombreuses personnes qui les ont entendus, ce n’est qu’anecdote. Il est important de ne pas confondre le don et le résultat du don. Celui qui compte, c’est l’Esprit Saint ! 

            Pourquoi ne pas se focaliser sur le résultat ? Parce qu’on en viendrait à oublier l’Esprit Saint ! Pour tous ceux qui n’étaient pas dans la maison avec eux, c’est le risque majeur : croire simplement que ces hommes sont doués. Or ils n’ont pas appris de langues étrangères. Ce qui leur arrive, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint en eux. Nous avons ici la confirmation de ce que Jésus lui-même avait dit à ses disciples, à savoir que l’Esprit s’exprimerait à travers eux et qu’ils comprendront tout. Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous devenons capables de faire ; ce qui compte, c’est que nous accueillions l’Esprit dans notre vie. ce qui compte, c’est que nous laissions l’Esprit agir à travers nous. Ce qui compte, c’est que par l’Esprit qui agit en nous, des hommes et des femmes parviennent à entendre la Bonne Nouvelle du Salut. Ce que les Apôtres nous apprennent aujourd’hui, ce n’est pas parler en d’autres langues ; ce que les Apôtres nous apprennent, c’est comment accueillir l’Esprit Saint. 

            Cet accueil se fait d’abord dans l’obéissance à Jésus. Il leur dit d’attendre à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils aient reçu l’Esprit, et c’est ce qu’ils font. Personne ne se plaint qu’il aurait mieux à faire ; Personne ne dit qu’il perd son temps. Ils sont ensemble, ils attendent. Sans le savoir, ils font déjà Eglise, communauté de croyants attentifs à la Parole de Dieu. Et c’est bien en Eglise qu’ils reçoivent ce don promis. Ils ne s’attribuent pas l’Esprit ; ils le reçoivent, tous ensemble et ils le laissent agir. Aucun ne se cache ; aucun ne se dérobe à l’urgence d’annoncer les merveilles de Dieu. Ces hommes qui, hier encore, vivaient repliés, apeurés, les voilà lancés dans Jérusalem, au moment où plein de monde est là. Il n’est plus temps d’être peureux ; il n’est plus temps d’être timide. L’Esprit Saint n’est pas venu sur eux parce qu’ils étaient capables d’accomplir leur mission ; non, l’Esprit les rend capable de la mission de la mission qui est désormais la leur. 

            De cela, nous devons être convaincus nous aussi. Nous avons accueilli l’Esprit dans notre vie au jour de notre baptême ; nous avons été confirmés dans cet Esprit au jour de notre confirmation. Nous avons donc été rendus capables de dire au monde les merveilles que Dieu fait pour nous. Nous avons été rendus capables d’être des disciples missionnaires, là où nous vivons, auprès de ceux que nous rencontrons. Nos contemporains nous entendent-ils annoncer ces merveilles dans la langue qui est la leur ? Ou ont-ils l’impression que nous parlons chinois ou une quelconque langue exotique, sans rapport avec leur vie, sans rapport avec leur quotidien ? Laisser l’Esprit agir en nous, à travers nous, c’est nous ouvrir à l’éternelle nouveauté de ce Dieu qui nous sauve ; c’est nous ouvrir à l’éternelle jeunesse de ce Dieu qui nous fait ses fils et filles ; c’est nous ouvrir à l’éternelle actualité de sa Bonne Nouvelle. L’Evangile n’est pas un vieux texte dont nous conservons le souvenir. L’Evangile, c’est Dieu présent à notre vie, par son Esprit, aujourd’hui et chaque jour. Laissons-nous surprendre par Dieu ; laissons-nous surprendre par ce qu’il attend de nous. Et répondons-lui ; laissons-le agir, laissons son Esprit agir à travers nous. 

Nul d’entre nous n’est Dieu. Nul d’entre nous ne peut radicalement convertir quelqu’un. Nous ne sommes pas Dieu ; nous ne sommes que ses instruments. Mais la flûte la plus belle, la harpe la plus mélodieuse ne seraient rien s’il n’y avait un virtuose pour en jouer. L’Esprit Saint est le virtuose de notre vie. Il nous fait rendre les sons les plus mélodieux, les musiques les plus douces, celles qui touchent le cœur des hommes. Comme les Apôtres, accueillons-le. Comme les Apôtres, laissons-le retentir en nous. et les hommes et les femmes de notre temps, entendront aujourd’hui encore, chacun dans leur propre langue, les merveilles de Dieu. Amen.