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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 29 juin 2024

13ème dimanche ordinaire B - 30 juin 2024

 Partage ou repli sur soi ?





 

 

            Dieu ne cesse de m’étonner ! En ce premier dimanche où nous sommes appelés à choisir nos députés, ceux qui nous représentent et font les lois, voilà que nous entendons cet extrait de la deuxième lettre aux Corinthiens qui parle d’un don généreux fait par les Corinthiens pour les chrétiens de Jérusalem. Voilà qui doit nous interroger et nous apprendre à discerner encore avant de glisser un bulletin dans une urne. 

            Ce qui est intéressant, c’est la manière dont Paul parle du don. Il rapproche nos gestes de partages du don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il donne à notre sens du partage une dimension théologique. Ce que nous faisons pour les plus pauvres, pour ceux qui ont besoin de nous, rejoint ce que le Christ a fait pour chacun de nous. Nos gestes de partage prolongent le geste de salut que le Christ a fait en s’incarnant, en devenant l’un de nous alors qu’il était Dieu. Il a tout laissé de sa vie pour que nous puissions tout avoir ! Voilà un premier point de discernement. 

            Paul n’est pas un doux rêveur, il a le sens des réalités. Ecoutez plutôt : Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins. La rencontre avec l’autre, le différent, l’étranger, n’est jamais source d’appauvrissement, même si cela nous demande de partager ce que nous avons. La rencontre avec l’autre est toujours source d’enrichissement réciproque. De nouveaux mondes, de nouvelles perspectives s’ouvrent quand nous ne nous refermons pas sur nous-même. Et Paul parle bien d’égalité. Pourquoi aurions-nous tout quand d’autres n’ont rien ? 

            Je n’oublie pas plus que Paul le principe de réalité. Je sais que la vie est difficile et que tout augmente. Mais ce n’est pas en désignant l’étranger comme responsable que notre vie sera plus facile. Aujourd’hui, la riche Europe et la riche France – parce que oui nous sommes encore un pays riche – accueille moins que certains pays réellement pauvres du continent africain. Même si, en partageant, nous nous appauvrissons un peu, nous serons toujours plus riches que beaucoup d’hommes et de femmes dans le monde. Désigner le différent, l’étranger comme bouc émissaire de toutes nos difficultés, ne les fera pas disparaître. Par contre, se retrousser les manches avec les autres, pour trouver ensemble des solutions qui nous rendrons plus égaux, voilà qui est prometteur. Si mon unique solution à mes difficultés est de trouver un bouc émissaire, je risque fort un jour d’être celui d’un autre qui estimera que j’ai trop, que je profite trop, et que sans moi, la vie serait plus facile pour lui. Nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ; nous sommes tous l’étranger de quelqu’un ; nous sommes tous le responsable des maux des autres et la victime de leurs maux. Préférer l’entre-soi n’a jamais enrichi personne. Préférer l’entre-soi n’a jamais réglé les difficultés que nos sociétés occidentales connaissent. Ce dont nous parle Paul, c’est d’égalité, de justice et donc de paix. Il n’y a pas de paix possible sur des demi vérités. Il n’y a pas de paix possible sur le rejet des différences. Il n’y a pas de paix possible quand l’autre est vu comme le problème et jamais comme la solution.

Après quinze jours d’incertitudes et d’angoisses, le moment est venu pour nous de faire un choix. Pas d’abord le choix d’hommes ou de femmes pour nous représenter. Non, il s’agit d’abord de choisir dans quel monde nous voulons vivre aujourd’hui et faire vivre nos enfants demain. Il nous faut choisir entre ouverture pour tous, nous y compris, ou fermeture pour tous, nous y compris. Nous ne pouvons pas estimer que nous valons mieux que les autres et que nous avons droit à plus et à mieux que les autres. C’est une question d’égalité ! C’est une question d’honnêteté. Nos plus anciens ont connu un monde dans lequel un homme estimait que lui et les siens valaient plus que tous les autres. Est-ce vraiment ce monde que nous voulons reproduire ? A l’Est de l’Europe, il y a un homme qui estime que lui et les siens valent mieux que nous et qu’ils sont le salut du monde ; demandez à l’Ukraine si c’est bien vrai et si elle vit mieux depuis ! Que la sagesse de Paul nous inspire de désirer un monde où l’égalité est recherchée et le partage promu, pour le bien de tous, nous y compris. Amen.  


samedi 23 septembre 2023

25ème dimanche ordinaire A - 24 septembre 2023

 Premiers ou derniers : dans le royaume, tous pareils !



 Source : Comprendre les paraboles - Région-ouest (epudf.org)

 

            C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. Ainsi s’énonce la conclusion de la parabole que Jésus nous raconte en ce dimanche. Une parabole aux accents indubitablement politique, puisqu’elle dessine un vivre ensemble peu commun. Et sa conclusion ne manque pas de nous étonner. Pour bien comprendre, il me semble qu’il ne faut pas oublier pourquoi Jésus raconte cette parabole. Il ne nous parle pas d’abord de notre monde, il nous parle du royaume des cieux qui est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Et cela change tout, ou presque ! 

            C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. Souvent, nous pensons que Jésus renverse la table et les valeurs. Nous comprenons alors que les premiers seront les derniers, et que les derniers seront les premiers, ce qui donne, par exemple, quelque chose du genre : tu étais devant la file, tu vas te mettre tout derrière ; tu étais tout derrière dans la file, va te mettre tout devant. Reconnaissons que cela ne nous arrange que lorsque l’on est tout derrière (sauf peut-être à l’église, où l’on aime bien être tout derrière sans que nous sachions trop pourquoi) ! Mais est-ce bien là ce que Jésus nous dit aujourd’hui ? Y aurait-il, dans le royaume des cieux, une prime à la paresse, au dernier de la classe, à celui qui ne fait aucun effort ? Ce n’est pas ce que dit cette parabole. Ce qu’elle nous dit, c’est que le maître traite pareillement les premiers et les derniers embauchés. Il n’enlève rien aux premiers qui ont reçu le salaire promis : il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée, une pièce d’argent. Il ne rajoute rien aux suivants à qui il a promis de donner ce qui est juste, c'est-à-dire un salaire pour leur travail. Et c’est bien ce qui arrive : chacun est payé selon ce qui a été convenu au départ, et que le maître traduit par une pièce d’argent pour tous. Le maître estime juste de donner à tous ce qu’il a promis aux premiers ; c’est son droit !  Dans le royaume des cieux, il n’y a pas de places de première classe ou de quinzième classe… Dans le royaume des cieux, il y a de la place pour tous ceux qui veulent bien travailler à la vigne du maître.  Les derniers seront traités comme les premiers, et les premiers comme les derniers. 

            Certains pensent alors que cela change tout, parce que cela ne correspond pas à notre manière de faire ou de penser. Mais cela n’est pas nouveau. Déjà Isaïe, parlant du rapport entre Dieu et les hommes, rappelait que mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. Il y a une approche radicalement différente. Là où l’homme fait des différences (parce qu’il faut tenir compte du degré de sympathie, du poids du jour, du temps passé à…), Dieu ne voit que des humains qu’il aime pareillement et qu’il entend accueillir pareillement dans le royaume des cieux. C’est nous qui avons imaginé que Dieu s’en tiendrait à nos représentations, et qu’il était bien mieux que là-bas, on reproduise l’ici-bas. D’autres avaient imaginé au contraire que là-bas serait l’exact contraire d’ici-bas, ce qui pouvait, pensaient-ils, faire accepter les différences jugées inévitables ; cela a donné des prédications du genre : souffrez maintenant, et en silence s’il vous plaît, et vous serez heureux après. On se console comme on peut ! Jésus dit non à ces deux représentations. Le royaume des cieux n’est ni un miroir de notre monde, ni sa copie inversée. Le royaume des cieux est quelque chose de neuf, une nouvelle manière de considérer les relations entre les hommes, une nouvelle manière de considérer les rapports avec Dieu. Dans le royaume des cieux, tu es invité à rejoindre la vigne du Seigneur. Dans le royaume des cieux, Dieu traite chacun avec justice, sans faire de différence entre les hommes. Dans le royaume des cieux, c’est la loi de Dieu qui s’applique, de Dieu qui est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Dans le royaume des cieux, la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. Bref, dans le royaume des cieux, Dieu est chez lui et il y fait comme bon lui semble. A l’oublier, nous risquons d’être déçus et ingrats. Entendons la réponse du maître de la vigne à celui qui se rebiffe : Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? 

            Puisque nous sommes tous invités à œuvrer pour le royaume des cieux, oublions nos conventions trop humaines, entrons dans la manière d’être et de vivre du maître du domaine. Ne reproduisons pas là-bas ce que nous dénonçons ici-bas. Entrons dans l’unique manière de vivre qui permet à tout homme de se sentir frère, de se sentir aimé, de se sentir respecter : celle que Dieu nous indique dans sa parole. Que la fraternité universelle que l’Evangile de Jésus Christ nous propose ne soit pas un doux rêve mais notre réalité. Qui a dit que nous ne pouvions pas commencer ici-bas à vivre comme là-bas ? Le royaume des cieux peut commencer dès maintenant, puisque le Christ a annoncé qu’il était déjà au milieu de nous. Il tient à chacun de le vivre déjà. Amen.

samedi 5 janvier 2019

Epiphanie - 06 janvier 2019

Avons-nous le droit de célébrer l'Epiphanie ?









L’actualité de cette fin de semaine est marquée, pour moi, par cette lettre anonyme hideuse adressée à un député de la Nation, à qui le ou les destinataires promettent la mort parce qu’il n’est pas blanc et qu’il serait venu profiter des avantages du pays (la France) ! Le reste de la lettre est encore plus abject et ne mérite pas qu’on le relaie. Je découvre cela au moment où je m’apprête à rédiger l’homélie de la fête de l’Epiphanie ; et je m’interroge : avons-nous le droit de célébrer encore cette fête quand des français, blancs apparemment, élevés sans doute au lait du christianisme, en arrivent à écrire pareilles horreurs ! Avons-nous le droit de célébrer l’Epiphanie, quand des responsables politiques, soucieux pour une fois d’installer une crèche dans les espaces publics, en retirent toutefois Melchior au motif qu’il est noir ?

La fête de l’Epiphanie, rappelons-le, nous fait célébrer la révélation du Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait (oraison de la solennité). Dieu lui-même convoque ainsi tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines, à reconnaître en l’Enfant de la crèche le Fils qu’il a envoyé pour sauver tous les hommes qu’il a créés ! Ce faisant, c’est bien lui, Dieu, qui appelle tous les hommes à une fraternité universelle ; c’est bien lui, Dieu, qui nous oblige à reconnaître en tout homme un frère à accueillir, un frère à aider, un frère à aimer. Ceux que Dieu convoque ainsi dans la maison commune de notre humanité, puis-je moi les renvoyer au prétexte qu’ils n’ont pas la bonne couleur ? Ceux que Dieu aime d’un amour unique, puis-je moi les haïr au prétexte qu’ils me prendraient quelque chose qui me reviendrait de droit ? Ceux que Dieu a créés dans son unique amour, puis-je moi les anéantir au prétexte que je ne m’en reconnais pas le frère ? Comment puis-je seulement servir un tel Dieu qui semble faire tout son possible pour me contrarier ? Vous comprendrez bien, sœurs et frères en Christ, que c’est à celui qui refuse le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes de changer et de se convertir, et non à Dieu de changer de projet. Vous comprendrez bien que c’est celui qui refuse ce projet d’amour qui doit s’ouvrir aux autres, et non aux autres de se retirer de sa présence. La terre que Dieu nous donne ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de l’humanité. La France ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de tous ceux et celles qui veulent vivre dans la liberté, la fraternité et l’égalité, d’où qu’ils viennent au départ, quelles que soient leurs opinions, leur foi ou leur non foi. Le refus de l’autre jusqu’à le menacer de mort n’est pas une opinion. Et notre pays devrait s’en souvenir, particulièrement après les camps de la mort que nos grands parents ont connu. 

Aujourd’hui, des étrangers viennent à la rencontre du Fils de Dieu, à l’invitation de Dieu lui-même. Aujourd’hui, nous sommes invités par Dieu lui-même à nous reconnaître tous frères, en ce Christ qu’il nous offre. Les lectures de cette fête nous montrent bien que ce n’est pas une nouvelle idée de Dieu : c’est un projet ancien, c’est l’unique projet de Dieu depuis les commencements. C’est l’unique projet de Dieu depuis qu’il s’est choisi un peuple particulier pour être lumière pour toutes les nations : les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore, prophétisait Isaïe. Et Paul, approfondissant l’enseignement reçu du Christ par les Apôtres, affirme aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Puisque l’Evangile est Bonne Nouvelle, nous ne saurions accepter des propos qui en réduisent la portée, ni des actes contraires à son enseignement. Regardons ce que ces étrangers nous apportent au lieu de ne voir que ce qu’ils seraient susceptibles de nous prendre. Regardons et apprécions l’or, l’encens et la myrrhe de ces rencontres avec celui qui nous est différent mais non indifférent, de celui qui nous est autre mais non hostile. Rejetons de notre vie les germes d’Hérode qui ira jusqu’à massacrer les nouveau-nés d’Israël, parce qu’incapable de s’ouvrir à la nouvelle d’un Dieu fait homme, d’un nouveau Roi pour l’univers. Cultivons le message des anges reçu à Noël et amplifié par cette Epiphanie : ils chantaient la gloire de Dieu et la paix pour tous les hommes que Dieu aime ! 

Pouvons-nous encore célébrer l’Epiphanie aujourd’hui, interrogeais-je en début d’homélie ? Nous le pouvons et nous le devons, pour toujours nous souvenir de l’unique projet de Dieu et le rendre toujours plus actuel, toujours plus réel. Ce que Dieu a accompli en Jésus Christ, poursuivons-le et vivons-le intensément. Ainsi nous participerons à construire ce monde où tous les hommes vivent en frères, par la grâce de Dieu et la volonté de son peuple. Amen.


(Jérôme BOSCH, L'adoration des Mages, vers 1510)

samedi 28 janvier 2017

04ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2017

La fierté de l'homme, c'est de connaître Dieu !





La question récurrente de l’enseignement religieux à l’école en Alsace Moselle ne cesse de m’interroger. J’ai souvent l’impression que les tenants de son abolition nous regardent comme des bêtes curieuses, des hommes et des femmes pas complètement finis, pas vraiment adultes. N’est-ce pas, ils ont encore besoin de Dieu dans leur vie ! Ce serait un défaut qu’il faudrait corriger urgemment, d’où ces attaques contre la présence de l’enseignement religieux dans le parcours scolaire. Moins on enseignera Dieu, moins ils y seront attachés et plus vite ils en seront libérés, délivrés… Les opposants à l’enseignement religieux à l’école voudraient donc notre bien, et surtout le bien de nos enfants. Ils auraient le souci de notre évolution, de notre maturité. N’est-ce pas beau ? 
 
Une lecture trop rapide de l’extrait de la première lettre de Paul aux Corinthiens entendu en seconde lecture pourrait leur donner raison. Quand il est lu trop vite, certains pourraient croire que Paul exalte la pauvreté, l’inintelligence et la faiblesse des gens qui composent la communauté croyante de Corinthe. Parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance... Au contraire, affirme Paul, ce qu’il y a de fou…, ce qu’il y a de faible…, ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi. Pour nos tenants modernes de la libre pensée, voilà bien qui justifie leur devoir de libération ! Même à Corinthe, du temps de Paul, les gens dit biens ne se mêlaient pas aux chrétiens. Pire, Dieu lui-même ne choisit que des faibles. Libérons-les donc de ce Dieu et ils seront forts comme nous. L’homme véritable, l’homme fort, l’homme debout n’a pas besoin de Dieu... pensent-ils !
 
Or ce n’est pas la pensée de Paul. Bien au contraire, Paul affirme que Dieu a choisi exprès les petits et les pauvres, il les a appelés pour couvrir de confusion les sages, pour couvrir de confusion ce qui est fort, pour réduire à rien ce qui est. Dieu a fait le choix des petits, des pauvres, des faibles, pour rappeler à l’homme qu’il n’est pas sa propre origine, qu’il n’est pas vraiment fort tant qu’il est sans Dieu ou loin de Dieu, qu’il n’est pas vraiment sage tant qu’il ignore Dieu, qu’il n’existe pas vraiment tant qu’il se drape dans la gloire qu’il se donne à lui-même. La fierté de l’homme, c’est de connaître Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été choisi par Dieu ! La fierté de l’homme, c’est d’avoir été appelé par Dieu ! Dès lors, l’homme peut connaître vraiment Dieu et découvrir en lui un Dieu qui marche avec l’homme, un Dieu qui veut la liberté pour l’homme, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, un Dieu qui veut la vie pour l’homme. L’homme n’aura rien de tout cela tant qu’il met son orgueil dans ses propres forces. L’homme n’existe pas vraiment tant qu’il reste auto-centré, ne voyant que son nombril, ses intérêts, son plaisir… 
 
A ceux qui veulent libérer les hommes de Dieu, le christianisme opposera toujours un Dieu qui s’est fait homme, et le dernier des hommes, pour que chacun, même le plus petit, même le plus méprisé, puisse trouver en lui une force nouvelle. La dernière place, Jésus l’a faite sienne pour toujours, en marchant vers sa croix. Et le fait que vingt siècles plus tard, des hommes cherchent toujours et encore à l’évacuer de l’espace public montre bien qu’il est pour toujours le plus méprisé des hommes. Pourtant, nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de libération qu’il a accompli pour tous les hommes. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons qu’il a proclamé l’égalité de tous devant Dieu. Nous qui avons été appelés par lui, nous savons l’œuvre de fraternité à laquelle il nous invite chaque jour. Comment des esprits soi-disant éclairés peuvent-ils nous demander de renoncer à celui qui fait de nous des hommes libres, égaux et fraternels ? Comment peut-on demander à l’homme de renoncer à enseigner ce qu’il y a de meilleur pour que grandisse une humanité renouvelée en Jésus Christ, libérée de toute peur, fraternelle envers tous ? 
 
Nous avons peut-être l’air bête de suivre encore Jésus Christ ! Mais ils ont l’air fin, ceux qui nous demandent de renoncer à parler de celui qui ne veut que le meilleur pour l’homme, sa vie et son bonheur. Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa joie ? Si nous renoncions, où l’homme trouverait-il sa vie ? Le vingtième siècle nous a montré la vanité des idéologies humaines qui voulaient construire un monde meilleur où l’homme seul serait Dieu ; elles se sont effondrées après avoir causé bien du mal à l’humanité, quelle que soit leur couleur politique. De Paul, apprenons à être fier dans le Seigneur : il nous a appelés pour construire un monde vraiment nouveau qui reçoit du Christ justice, sanctification, rédemption, aujourd’hui et toujours. Comme Paul, marchons à la suite de Jésus, annonçons-le à tous les hommes : que tous sachent qu’il est la vie et le salut de l’homme. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 6 février 2016

05ème dimanche ordinaire C - 07 février 2016

Quand Dieu appelle...





Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire l’Obs du 04 février 2016 (page 36), la ministre de l’Education nationale réaffirme son engagement contre la ‘prégnance du sentiment religieux parmi les élèves’ et ‘les crispations identitaires’. Si je condamne fortement toute crispation identitaire, car dangereuse et pour la société et pour la foi, je ne suis pas bien sûr que le fait que les élèves soient imprégnés du sentiment religieux soit à combattre. Bien au contraire, je pense qu’il vaut mieux éduquer ce sentiment pour qu’il ne se transforme pas en réflexe identitaire, signe toujours néfaste d’un repli sur soi et du rejet de l’autre. Les lectures que la liturgie nous propose en ce dimanche nous montrent justement ce qui se passe quand Dieu appelle l’homme, c’est-à-dire quand le sentiment religieux imprègne l’homme et qu’il choisit de marcher avec son Dieu. 
 
Quand Dieu appelle, nous voyons d’abord qu’il laisse l’homme libre. Après avoir manifesté sa grandeur à Isaïe, ainsi que sa miséricorde (il lui pardonne son péché), il ne dit pas à Isaïe : Va, je t’envoie, mais il interroge : Qui enverrai-je ? L’appel de Dieu suscite certes la réponse d’Isaïe, mais un espace de liberté est laissé à celui-ci. La réponse de l’homme doit jaillir d’elle-même, libre et volontaire : Me voici : envoie-moi ! Nul ne marche avec Dieu en y étant forcé ; nul ne devient prophète sur ordre ; nul ne devient apôtre s’il n’y consent. Le sentiment religieux est le signe d’une liberté absolue. Cette liberté, inscrite sur les frontons de nos édifices publics, nous vient de Dieu, nous est garantie par Dieu. J’ose l’affirmer : seul celui qui marche avec Dieu est véritablement libre. Une République qui affiche la liberté comme une de ses valeurs ne peut pas combattre en même temps cette liberté fondamentale que possède l’homme de marcher avec son Dieu. Ou alors sa liberté est une liberté étriquée, réduite et réductrice. 
 
Quand Dieu appelle, il transforme la vie de l’homme, il la rend meilleure. Paul le reconnaît, lui l’avorton devenu Apôtre des nations. C’est bien par la présence de Dieu en lui qu’il devient celui que nous connaissons aujourd’hui. C’est bien parce qu’il était imprégné de Dieu et de sa Parole qu’il a su l’expliquer aux hommes et en livrer toute la force. Il a rappelé combien cette Parole était une parole de liberté, une parole de vie, une parole qui rapprochait les hommes jusqu’à les rendre égaux. C’est bien Paul qui a écrit, plus d’une fois, qu’en Christ, il n’y a plus juif ou païen, homme ou femme, esclave ou homme libre, mais une humanité réconciliée, unifiée, d’égale dignité. Il est, 18 siècles avant la République, le chantre de l’égalité, inscrite sur les frontons de nos édifices publics. Comment peut-on affirmer que la prégnance du sentiment religieux en nous est une chose mauvaise contre laquelle une ministre de la République doit s’engager, alors même que notre sentiment religieux nous offre une égalité telle que, par notre baptême, nous devenons l’égal du Christ, et par le Christ l’égal de Dieu même ? Je ne veux pas d’une égalité qui fasse des hommes moins que ce qu’ils sont appelés à être en vérité : des hommes à la taille de Dieu. 
 
Quand Dieu appelle, il envoie vers les autres pour que tous les hommes puissent découvrir et vivre cette liberté et cette égalité que Dieu offre gratuitement. Pierre l’apprend du Christ lui-même : Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. Cette parole signe le miracle qui vient de s’opérer. Après une nuit de pêche infructueuse, sur l’ordre de Jésus, Pierre jette à nouveau les filets qui se remplissent jusqu’à éclater, à tel point qu’il faut une deuxième barque pour tout ramener à bon port. On peut dire que ces poissons tirés des eaux en grand nombre préfigurent les hommes que Pierre et ses compagnons, et à leur suite l’Eglise, sont invités à libérer des forces du Mal pour les conduire à la source de toute vie, de toute liberté, de toute égalité : le Christ Sauveur. Il ne faut jamais oublier, quand vous lisez un texte biblique qui se passe sur l’eau, que l’eau est le lieu où siège le Mal. Quand Jésus affirme que la mission de Pierre sera d’être un pêcheur d’homme, il dit bien qu’il aura à les sortir de ce Mal pour les mener au Christ. Ainsi les hommes peuvent devenir véritablement frères entre eux et frères du Christ qui, par sa mort et sa résurrection, nous obtient le salut et la vie en plénitude. La fraternité que le Christ nous propose de vivre n’est donc pas fondée sur de bons sentiments, mais sur une vie offerte par amour, une vie livrée jusqu’à la mort. Le corps et le sang du Christ livrés pour tous deviennent les garants de la fraternité que nous avons à vivre avec tous, qu’ils reconnaissent le Christ ou non. Une République qui proclame la fraternité comme une vertu à vivre ne peut pas me reprocher mon sentiment religieux qui fonde ma manière de vivre et de comprendre une fraternité absolue. Je ne veux pas d’une fraternité qui ne reposerait que sur des bons sentiments, et qui ne serait garantie que par ceux qui ne voient dans la religion qu’un problème à évacuer plutôt qu’une richesse à vivre. 
 
Aux grandes idées qui changent à mesure que changent ceux qui les défendent, je préfère la stabilité d’un vrai compagnonnage, celui du Christ, qui m’appelle à le suivre et m’offre une vraie liberté, une vraie égalité, à vivre dans une vraie fraternité. A ce Dieu qui appelle encore et toujours à marcher à sa suite, je veux redire, comme Isaïe : me voici, envoie-moi ! Avec sa grâce, je trouverai la force d’annoncer la Bonne Nouvelle d’un salut pour tous. Avec sa grâce, nous pourrons construire ensemble un monde dans lequel liberté, égalité et fraternité ne seraient ni de beaux mots incantatoires, ni des mots de combat, mais des réalités vécues, pour la joie et le salut de tous. Amen.

 (Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 206, Février 2004, éd. Marguerite)