Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Parabole. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Parabole. Afficher tous les articles

samedi 18 juillet 2026

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2026

 Bon grain ou ivraie ?




(Jugement dernier, Détail du retable peint par Rogier Van de Weyden 
pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune, France)


 



          Les paraboles de Jésus se suivent… et ne se ressemblent pas ! Elles ont beau parler du royaume des cieux, elles nous font toutes approcher une réalité différente de ce royaume. Sans doute parce que le royaume des cieux est plus complexe qu’on ne le pense. Je voudrais m’attarder sur celle du bon grain et de l’ivraie, parce qu’elle permet d’aborder une question essentielle, et peut-être la plus difficile à résoudre : la question de l’existence du mal. Si Dieu est bon, s’il n’a semé que de bons grains, pourquoi laisse-t-il le mal proliférer sans intervenir ?

          L’explication donnée par Jésus lui-même est pourtant simple : tant que le temps de la moisson n’est pas venu, arracher l’ivraie (le mal) ferait courir le risque d’arracher aussi de bons épis ! Et cela n’est pas acceptable : il n’est pas possible de sacrifier des innocents pour supprimer les coupables. Voltaire reprendra cette idée dans son œuvre Zadig ou la destinée en déclarant : il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. La justice de Dieu a l’éternité pour elle ! Dans ce monde créé juste et beau par Dieu, la présence du mal est l’œuvre de l’ennemi, le diable, celui qui divise justement. Ce n’est pas dédouaner Dieu que de le dire ; c’est rappeler simplement une évidence : il existe quelqu’un qui n’aime ni Dieu, ni sa justice et il fait tout pour corrompre ce que Dieu a semé, ce que Dieu a créé.

          Là où j’ai un peu de mal à suivre Jésus, c’est dans l’explication qu’il donne de cette parabole. Il laisse entendre qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui relèvent du bon grain, les fils du Royaume ; et ceux qui relève de l’ivraie, les fils du Mauvais. Peut-on vraiment séparer ainsi les hommes ? Ne devons-nous pas reconnaître qu’il y a du bon grain et de l’ivraie en chacun de nous ? N’est-ce pas ce que nous faisons, et que l’Eglise nous demande de faire, dans le sacrement de la réconciliation, lorsqu’elle nous propose de confesser l’amour de Dieu en même temps que notre péché ? N’est-ce pas l’expérience que fait Paul, l’Apôtres des Nations quand il écrit dans sa lettre aux Romains (7, 19) : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. C’est compliqué un être humain ; c’est tout aussi compliqué, un être humain qui veut être saint ! Tous ont le cœur qui balance entre le Bien et le Mal, et selon les occasions, selon les circonstances, nous penchons plus d’un côté que de l’autre.

          Il y a des œuvres d’art que l’Eglise a laissé proliférer qui témoignent bien de cette dualité présente en chacun. Ce sont les nombreuses représentations du jugement dernier. Vous voyez de quoi je veux parler. Le Christ qui siège en majesté, assis sur la terre, et un ange, portant une balance et pesant les hommes. Ne nous y trompons pas. Ce dernier ne pèse pas deux personnes différentes pour voir laquelle serait bonne pour le paradis et laquelle serait vouée à l’enfer. Non l’ange pèse chacun, et c’est le même qui est sur le plateau de droite et sur le plateau de gauche. J’ai en mémoire le retable du jugement dernier peint pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune. Si vous en avez l’occasion, je vous invite à le contempler. Vous le trouvez facilement en ligne. Vous verrez l’ange placé sous le Christ, n’intervenant pas dans le jugement ; il tient juste la balance. Et sa posture, celle de ses mains, est en tout point identique à celle du Christ. Et que fait le Christ ? De sa main droite, il bénit ; de sa main gauche, il repousse le mal, à moins qu’il ne regarde pas d’abord le plateau gauche de la balance, celui qui pèse le mal fait par l’homme pesé. Au jugement dernier, nous dit le peintre, le Christ bénira toujours le bien que nous aurons fait. Il n’est pas le comptable que certains imaginent, qui note scrupuleusement tout le mal que nous faisons, pour n’en perdre aucune miette et nous le resservir lors du jugement dans un petit carnet noir. Le jugement de Dieu n’est pas accusatoire, il est un jugement qui regarde le bien fait. Et aucun bien fait ne sera jamais perdu ; le bien fait sera toujours plus important aux yeux de Dieu et de sa miséricorde que le mal. Dans son Royaume, nous entrerons avec le bien fait, et le mal que nous aurons pu faire, pour peu qu’il ne soit pas notre dernier mot, sera repoussé, pardonné par le Christ, pour que le bien resplendisse à sa juste valeur. Seul celui qui épousera totalement la cause du Mauvais au jour du jugement sera repoussé avec le Mauvais. Le temps nous est laissé, à chacun, pour choisir toujours le Bien et rejeter encore le Mal. Car telle est la justice de Dieu, qui prend patience et qui valorise le Bien tout en combattant le Mal.

          Le bon grain et l’ivraie poussent bien tous deux en nous ; le bon grain, parce que Dieu nous a fait ainsi ; l’ivraie, parce que le diable ne supporte pas le bien et cherchera toujours à mettre la division en l’homme d’abord, en y semant son ivraie. Ne nous y trompons pas : c’est bien parce que nous sommes divisés intérieurement chacun, que nous sommes divisés entre nous en société. C’est parce que l’homme est divisé en lui-même qu’il peut trouver bon ce qui est mal et mal ce qui est bon. La récente loi sur l’aide à mourir nous l’a encore démontré. Là où j’attendais que nos politiques s’occupent principalement de notre bien vivre ensemble, une courte majorité a trouvé mieux de s’occuper d’abord de notre bien mourir individuellement, trouvant cette solution meilleure à celle d’œuvrer au bien vivre pour tous, y compris pour nos malades et nos souffrants. Quand le bon grain pousse avec l’ivraie, tout devient possible. Mais comme l’a encore écrit Paul (1 Co 10, 23) : tout est permis, mais tout n’est pas constructif. Et la mort, comme le mal, n’a jamais rien construit, si ce n’est des cimetières.

          Cette parabole du bon grain et de l’ivraie, nous invite alors à faire le point sur notre vie et à décider, tant qu’il en est temps, de l’orientation que nous voulons donner à celle-ci. Une vie au service du Bien et de la Vie, ou une vie au service du Mal et de la Mort. La question est ancienne, puisque Moïse fut le premier à la poser à son peuple et à l’exhorter ainsi : choisis donc la vie ! Ainsi, sur notre plateau de balance, le Bien que nous aurons fait resplendira plus que le Mal auquel nous aurons pu succomber, et nous connaîtrons la gloire que Dieu réserve à ses fidèles. Amen.

dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2026

 Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.





 

            Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon Samaritain. La parable du semeur serait sans doute aussi bien placée au palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est une des rares à être entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…

            L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ? 

            C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé. 

            Car oui, Dieu visite la terre, Dieu prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite, et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.

samedi 30 août 2025

22ème dimanche ordinaire C - 31 août 2025

 Fuir les honneurs et renoncer aux amis, vraiment ?




(vu sur Pinterest)

 


 

            C’est sûr, avec ces deux paraboles, nous sommes entrés dans les paroles de Jésus difficiles à entendre. Ne prends pas la première place, n’invite pas tes amis. Est-ce vraiment cela que nous dit Jésus ? Est-ce seulement cela qu’il nous dit ? Ne lisons pas trop vite et essayons de comprendre.

            Ces deux paraboles de Jésus ne viennent pas par hasard ; elles sont le résultat de ce que Jésus observe. Il est invité pour un repas et constate comment les autres invités choisissaient les meilleures places. Qu’est-ce qu’il nous dit en substance ? Ne te mets pas en avant, ne te crois pas meilleur que les autres, ne crois pas que tu vaux mieux que tous les autres. Fuis les honneurs que tu t’attribues toi-même ! Ta désillusion pourrait être grande, et ta honte encore plus. A te croire meilleur que les autres, tu pourrais croiser un jour quelqu’un de meilleur que toi, ou considéré meilleur que toi, et tu serais renvoyé, lui étant préféré à toi. Plus tu te grandis, plus tu peux tomber de haut. Mais quand tu te fais petit, tu ne peux qu’être grandi par les autres. Jésus n’invite pas à refuser les honneurs, il invite à ne pas nous prendre pour plus que les autres. C’est très petit de se croire plus que les autres ; c’est très grand de croire les autres plus importants que nous.

            A bien lire la seconde parabole du jour, nous voyons que l’enseignement n’est pas très différent. Il ne dit pas que nous devons renoncer à avoir des amis ; mais il nous demande de ne pas oublier les autres, ceux qui n’ont rien à donner en retour. Nous aimons tous nous retrouver avec les mêmes que nous, ceux qui croient comme nous, ceux qui vivent comme nous. Est-ce grave, docteur ? Uniquement si cela ferme nos yeux et notre cœur sur les autres qui pourraient avoir besoin de nous. L’amitié est une belle chose ; elle dilate notre cœur, embellit notre vie. Nos amitiés doivent nous ouvrir au monde, et non nous refermer sur nous et nos amis. Nos amitiés en deviendraient étouffantes ! Après cette parole de Jésus, tu peux encore inviter tes amis ; tu peux encore être présent pour eux ; mais ensemble, n’oubliez pas d’inviter aussi les autres !

            Le vieux Ben Sirac l’avait compris bien, avant même l’enseignement de Jésus : Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser… La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. C’est bien cela qui est visé par Jésus dans ses paraboles : l’orgueil qui nous détourne de Dieu et des frères que celui-ci met sur notre route. Loin d’être une remontrance, ces paraboles sont salutaires car elles nous rappellent l’urgence de la charité, l’urgence d’une humanité attentive à toutes et à tous. Elles nous rappellent l’urgence de construire une société plus juste, dans laquelle ceux qui ont plus de chance veillent sur ceux qui en ont moins ; une société dans laquelle le partage des richesses n’est pas un gros mot ; une société dans laquelle oser demander un effort supplémentaire à ceux qui n’auront pas assez d’une vie pour dépenser tout leur argent ne semble pas une scandaleuse illusion ; une société dans laquelle l’accueil du migrant ne soit pas vécu comme un danger et un appauvrissement mais comme une chance et un enrichissement.

            Dans une France qui se révolte et qui se berce des musiques d’un populisme hasardeux, l’Evangile a peut-être encore une parole à dire, la voie d’une bonne nouvelle à tracer. Elle passe par le refus d’opposer les gens les uns aux autres et par le désir de trouver ensemble un chemin de compromis pour construire le bien commun. Ce n’est ni en détruisant ni en bloquant tout, ni en s’arc-boutant sur nos positions que le bien commun pourra nous rassembler. Bien au contraire ! Tout ce qui fracture une société, diminue son humanité. Tout ce qui rassemble pour construire un mieux, élève notre humanité et nous fait grandir en sainteté. Amen.

samedi 15 juin 2024

11ème dimanche ordinaire B - 16 juin 2024

 Au sujet du règne de Dieu...




 

 

          Règne de Dieu, Royaume de Dieu. Si vous prenez un dictionnaire de théologie biblique, ces deux expressions sont synonymes. Elles nous parlent d’une réalité qui est déjà là et encore à venir, puisque le règne de Dieu ne sera définitivement établi qu’à la fin des temps. Dans l’imaginaire collectif, ces expressions sont souvent associées à un lieu. Nous imaginons le royaume de Dieu à la manière des royaumes humains, avec leurs palais magnifiques. Pour sortir de cette identification, il nous faut alors écouter à nouveau ce que nous dit Jésus, quand il nous parle du règne de Dieu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela nous décentre et nous invite à entrer dans une autre manière de voir et de comprendre. 

          Quand Jésus parle du règne de Dieu, il utilise cette forme particulière du discours que sont les paraboles. Et il n’y en a pas qu’une, pas même seulement les deux que Marc nous livre en ce dimanche. Matthieu par exemple a un chapitre entier dans son évangile consacré aux paraboles du royaume de Dieu. A chaque parabole, une image ; à chaque image, une réalité. Autant dire que le règne de Dieu est une réalité difficile à décrire, à saisir. Et encore, Marc nous fait comprendre que ces images sont imparfaites. L’expression qu’il utilise n’est-elle pas : il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence ; ou encore il est comme une graine de moutarde. Il est comme : c’est à la fois quelque chose de ce genre et en même temps autre chose, tellement plus grand, tellement plus difficile à saisir. 

          Ce qui est sûr, c’est que le règne de Dieu n’est pas un lieu géographique ; vous ne le trouverez pas sur une carte. Ni sur une carte terrestre, ni sur une carte céleste. Il faut de multiples images pour le décrire, et pourtant il est bien réel. L’expression « Il est comme » nous permet juste de comprendre comment ça fonctionne, le règne de Dieu. De la première parabole entendue, nous comprenons que le règne de Dieu a sa propre existence, comme l’homme qui, une fois semé le grain, ne maîtrise plus la vie de cette graine. Le règne de Dieu progresse mystérieusement. Que l’homme qui a semé dorme ou se lève, la semence germe et grandit. Et elle grandit au-delà de toute espérance. C’est ce que nous enseigne la deuxième parabole. De la plus petite de toutes les semences, jaillit une plante qui étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. Nous pourrions dire que le règne de Dieu, ce n’est rien et c’est tout ; c’est ridiculement petit et extraordinairement grand. Alors qu’avons-nous à faire de ces paraboles mystérieuses et pleines de paradoxes ? En quoi nous concernent-elles ? 

Elles nous concernent d’abord parce que Jésus les prononce, et que Jésus n’a pas l’habitude de nous parler pour rien, ni en vain. Elles nous concernent parce que le règne de Dieu nous concerne, parce qu’il est fait pour nous, ou mieux parce que nous sommes faits pour le règne de Dieu. Dans sa dimension « pas encore là », le règne de Dieu est notre but, notre destinée, le fruit de notre espérance. Si le règne de Dieu est comme cette plante qui étend de longues racines, nous sommes comme ces oiseaux appelés à faire là notre nid. Dans sa dimension déjà là, si le règne de Dieu est comme un homme qui jette en terre la semence, nous sommes comme la terre qui accueille cette semence. Nous devons laisser cette semence travailler en nous pour qu’elle porte son fruit, d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Nous sommes concernés par ce règne de Dieu parce que comme nous l’espérons mystérieusement, lui a besoin de nous mystérieusement. Dieu a besoin de nous comme nous avons besoin de lui. Souvenez-vous de la première lecture de dimanche dernier, ce passage de la Genèse dans lequel Dieu cherchait l’homme : Où es-tu donc ? Nous chercherait-il s’il n’avait pas besoin de nous ? Construirait-il son règne si ce n’était pas pour nous y abriter ? Jetterait-il sa semence si ce n’était pour nous permettre de l’accueillir ? S’il est vrai que Jésus ne parle pas pour rien, il est vrai aussi que Dieu n’agit pas en vain. 

Le règne de Dieu est comme tout ce que Dieu fait : il est pour nous, pour que nous ayons la force de le construire ici-bas, et pour que nous ayons le désir de nous y abriter au terme de notre existence. Je me plais à croire qu’il en va du règne de Dieu comme du nom de Dieu jadis révélé à Moïse : il est et sera toujours celui que nous aurons besoin qu’il soit, pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et stimuler notre charité. Il est un don que Dieu nous fait pour que jamais nous ne doutions de lui. Qu’importe l’image ; qu’importe la réalité. Le règne de Dieu est, parce que Dieu existe et qu’il nous veut avec lui, maintenant et toujours. Cela doit nous suffire. Amen.

samedi 3 août 2019

18ème dimanche ordinaire C - 04 août 2019

Souviens-toi : ta vie a un sens.





Observons un instant cet homme dont nous parle Jésus dans sa parabole, ce riche, dont le domaine avait bien rapporté. Reconnaissons-le, nous l’envions un peu, comme nous envions toujours ceux qui ont tout ce que nous n’avons pas, ceux qui ont tout ce que nous désirerions avoir à notre tour. Comme c’est un autre que nous qui a tout, c’est un scandale pour nous ! Et une certaine presse, que nous ne lisons jamais mais avec laquelle nous crions volontiers, ne se gêne même plus pour étaler ces soi-disant scandales à la face du monde, sans se soucier toujours de la véracité de ce qu’elle rapporte. Nous en avons eu un bel exemple, hélas, au début de notre été. Cet homme donc, pouvons-nous vraiment l’envier ? 


            Certes, il a beaucoup, et sa récolte lui donne encore plus. Mais elle lui donne aussi plus de soucis : Que vais-je faire ? car je n’ai pas de place pour ma récolte. Voilà qui me le rend moins enviable, car il a l’air bien sot. Il devait bien savoir ce qu’il pourrait stocker dans ses greniers : pourquoi alors produire plus ? Pourquoi n’avoir pas cherché un repreneur, qui aurait racheté le fruit de sa récolte ? La richesse rend-t-elle bête à en oublier les choses les plus simples et les plus évidentes ? Plus tu amasses, plus il te faut de la place pour ranger. C’est évident ! Ce qui me le rend encore moins enviable, c’est qu’avec toute sa richesse et tout son grain, il a l’air bien seul. Il n’a personne à qui parler de son souci, si ce n’est lui-même. Pas même un conseiller à l’horizon. Pas même un ami à qui s’ouvrir et avec qui échanger. Il est devenu le centre de sa vie, il est devenu son seul sujet de préoccupation. Sa vie n’a-t-elle donc pas d’autre horizon que lui et ses greniers de plus en plus grands ? Est-ce cela une vie réussie ?


            La liturgie de ce dimanche nous invite, à travers l’exemple de cet homme, mais aussi à travers la réflexion de Qohèlet, à nous pencher sur ce qui est essentiel pour nous. Et remarquons que la liturgie, dans sa sagesse, nous donne de le faire au cœur de notre été, quand nous avons plus de temps pour nous poser, pour affronter ces grandes questions de l’existence. La parabole de Jésus n’est pas racontée pour distraire celui qui s’est approché du Maître à propos d’une question d’héritage. Elle est proposée pour le faire réfléchir, pour qu’il trouve de lui-même une solution à la question qui le préoccupe. Car, au fond, derrière cette question d’héritage, c’est bien la question du sens de notre vie qui se pose. Qu’est-ce qui me préoccupe ? Qu’est-ce qui me fait agir ? Quel est le sens que je donne à ma vie ? Suis-je, par mes choix, replié sur moi-même ou ouverts aux autres ? Est-ce que je veux être riche pour moi ou riche en vue de Dieu ? 


            Les croyants que nous sommes ne peuvent faire l’économie de ces questions. Par notre baptême, nous appartenons au Christ ; nous sommes invités, selon le mot de Paul aux Colossiens à pensez aux réalités d’en-haut. Notre but, le but de notre vie, il est là à la droite de Dieu. Mais il n’y a rien de magique ou d’automatique. Il ne suffit pas d’être baptisé pour être déjà assuré du Royaume. Car entre notre baptême et notre union définitive en Dieu, il a le temps de notre vie. Si nous la passons à penser aux réalités de la terre, comme ce riche de la parabole, il n’y a pas d’espoir pour nous. Nous devons consacrer notre vie à nous débarrasser de l’homme ancien qui était en nous et de ses façons d’agir, et nous revêtir de l’homme nouveau. Le baptême nous en montre la voie ; mais le chemin, c’est à nous de le faire, quotidiennement. Le chrétien est un homme qui a les pieds sur terre, mais la tête levée vers le ciel. Il sait que sa vie est orientée, qu’elle a un sens : elle est destinée à être avec Dieu. 


            Que l’enseignement donné par Jésus dans sa parabole nous éclaire ; si nous avions perdu de vue le sens ultime de notre vie, qu’elle nous serve d’exemple. Que les soucis que nous pouvons avoir ne nous détournent pas de notre vocation baptismale, mais qu’ils soient une occasion d’une plus grande confiance en Dieu, une occasion de nous conformer toujours plus à l’image de notre Créateur, pour qu’en nous il n’y ait que le Christ. Amen.



           

dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche ordinaire B - 17 juin 2018

Deux paraboles sur le Règne de Dieu.







Il en est du règne de Dieu comme… Voici posé le sujet de la prédication de Jésus à la foule, tel que nous l’avons entendu dans l’évangile de ce dimanche. Deux petites paraboles vont suivre pour permettre à Jésus de leur annoncer la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. C’est un peu vexant cette remarque, mais elle a quelque chose de vraie. Si la seconde parabole de ce dimanche est facile d’accès, la première me laisse plus perplexe. 

Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence. Ma perplexité commence là. Le règne de Dieu est-il comparé à l’homme qui jette la semence ou à la semence qui est jetée par l’homme ? Si le règne de Dieu est la semence jetée en terre, nous comprenons que ce règne de Dieu travaille le cœur de l’homme (la terre). Il fait son œuvre, mystérieusement, sans aucune aide. Il serait quelque chose dont nous avons la réalité en nous, peut-être sans le savoir. Il serait quelque chose qui grandit, se développe et que l’on récolte au bout du processus. Cette première parabole se rapprocherait alors de la seconde, celle de la graine de moutarde. Cette autre parabole nous montre clairement que de rien (une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences) sort la plus grande plante potagère dans laquelle les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid. Il y a bien, dans cette notion du règne de Dieu, l’idée de quelque chose d’infime, mais qui devient grand une fois semé, sans que quiconque y soit pour quelque chose. La croissance du règne de Dieu ne dépend pas de nous. Pourtant, pour que ce règne de Dieu lève, il faut qu’il soit semé. Et c’est là que nous intervenons : le règne de Dieu serait une graine jetée en terre par l’homme. Si nous ne répandons pas les semences du règne de Dieu par notre art de vivre, ce règne ne pourra pas grandir. Il faut donc croire déjà que nous avons quelque importance dans le fait que le règne de Dieu se répande ou non. Autrement dit, nous pouvons être un obstacle au règne de Dieu dès lors que nous ne veillons pas à le répandre. Cette première parabole, dans cette interprétation particulière, viendrait rappeler aux croyants leur devoir d’évangéliser, de répandre par leurs actes et leur parole, la connaissance de ce règne.  

La seconde interprétation possible serait de dire que le règne de Dieu, c’est comme un homme qui sème. Le règne de Dieu se répandrait alors tout seul, il jetterait des graines à tous vents et ces graines feraient leur œuvre mystérieusement. Nous serions là très proches de cette autre parabole de Jésus, celle du semeur qui est sorti pour semer et qui répand allègrement son grain, sans même faire bien attention où ce grain va tomber : dans les ronces, dans la rocaille, au bord du chemin ou dans la bonne terre. Le grain semé lève et grandit avec plus ou moins de succès. L’humanité, dans cette dernière parabole comme dans la nôtre aujourd’hui, est la terre qui accueille. Elle produit quelque chose de bon dans la mesure où elle en est capable et que rien ne vient entraver le processus de la croissance. Mais la graine semée poursuit sa croissance toute seule. Je ne suis responsable de sa croissance que dans la mesure où je laisse la graine lever en moi et que rien en moi ne s’y oppose. Si le règne de Dieu est l’homme qui sème, que sème-t-il ? Nous le savons depuis la Pentecôte : il sème l’Esprit qui produit des fruits de paix, de joie, d’amour, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Il sème la Parole par qui tout devient possible. Mas si le règne de Dieu est l’homme qui sème, n’oublions pas la fin de la parabole : il est aussi celui qui récolte. Dès que le blé est mûr, il y met la faucille ! Le but ultime, c’est de rentrer la récolte !  

Ce qui est intéressant dans ces deux paraboles, c’est par quelque bout qu’on la prenne et la comprenne, il y a une part de mystère, c’est-à-dire une part de l’œuvre de Dieu, et une part de l’œuvre de l’homme. Dieu a voulu avoir besoin de nous pour que lève son règne au milieu des hommes. Ce n’est pas quelque chose qu’il impose ; ce n’est pas quelque chose qu’il force en nous. Soit il sème, soit il est semé ; mais dans les deux cas, nous avons une part infime à prendre pour que les fruits puissent être récoltés. Si nous ne savons pas toujours bien ce qu’est le règne de Dieu, nous savons au moins que nous avons une part à tenir pour qu’il puisse croître : soit le répandre par notre vie, soit l’accueillir dans notre vie. Le reste ne dépend pas de nous. La manière dont il grandit et se développe ne dépend pas de nous, ni de nos politiques pastorales. A chacun sa place, à chacun son œuvre, à chacun sa part, semble nous dire Jésus aujourd’hui. Pour reprendre un principe liturgique que j’aime beaucoup : que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Alors ce règne de Dieu, qu’il soit le semeur ou la graine semée, pourra faire son œuvre. Alors nous pourrons être récoltés pour participer à la joie du royaume où Dieu nous attend. Amen.

 

 

 

samedi 29 juillet 2017

17ème dimanche ordinaire A - 30 juilet 2017

Où est ton désir ? Où est ton cœur ?






Nous terminons aujourd’hui la lecture de l’enseignement de Jésus en parabole tel que nous le rapporte Matthieu dans le chapitre treize de son évangile. Trois nouvelles paraboles, propres à Matthieu, qui achèvent l’enseignement de Jésus au sujet du Royaume : le trésor trouvé dans un champ, la perle fine et le filet jeté à la mer. 
 
Commençons par le trésor et la perle. Deux paraboles presque identiques qui soulignent la joie de celui qui les trouvent et la décision radicale qui s’en suit pour les acquérir. Rien ne vaut ce trésor ; aucune autre perle ne vaut cette perle-là. Posséder ce trésor, posséder cette perle, plus que tout autre chose : voilà le seul but de celui qui les trouve. La répétition du même message en deux paraboles successives indique bien que le seul trésor, c’est d’acquérir le Royaume. Parce que oui, Jésus semble bien dire que le Royaume s’acquiert, s’achète. Rien ne devrait être plus important pour le disciple de Jésus que d’acquérir ce Royaume. Jésus nous en a montré le chemin : il s’agit de ne rien préférer, pas même sa propre vie. Jésus n’a-t-il pas tout donné pour ce Royaume ? En se livrant sur la croix, n’a-t-il pas vendu tout ce qu’il possédait, y compris sa propre vie, pour acquérir ce Royaume et nous l’ouvrir ? La vie offerte de Jésus sur la croix devrait nous convaincre du haut prix de ce Royaume ; la vie offerte de Jésus sur la croix nous dit le prix qu’il nous faut payer pour l’acquérir à notre tour. 
 
La dernière parabole, le filet jeté à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons, reprend sur un mode maritime ce que Jésus disait déjà sur un mode agricole dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, à savoir qu’il y aura un tri, ou pour contredire la chanson de Polnareff, que nous n’irons pas tous au paradis. Forcément, si ce Royaume doit s’acquérir, s’il ne faut lui préférer rien d’autre, ceux qui ne l’auront pas recherché, ceux qui ne l’auront pas désiré, ne se verront pas imposer de l’acquérir malgré eux. Si Dieu a créé l’homme malgré lui (sans lui demander son avis), il ne le sauvera pas malgré lui. Il nous faut désirer le salut, il nous faut désirer le Royaume, il nous faut désirer être avec Jésus, toujours et partout. Ecoutez à nouveau ce que chantait le psalmiste après la première lecture : Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent… Aussi j’aime tes volontés, plus que l’or le plus précieux. Je me règle sur chacun de tes préceptes, je hais tout chemin de mensonge. 
 
Si nous reprenons maintenant l’ensemble du chapitre treize médité sur trois dimanche, nous comprenons alors pourquoi Jésus a commencé son enseignement par la parabole du grain semé largement : elle ne parlait pas du Royaume, mais de la nécessité d’accueillir la Parole de Dieu, largement distribuée, et de lui permettre de porter du fruit en nous. Cette première parabole préparait en quelque sorte nos cœurs à entendre l’enseignement sur le Royaume. Si nous désirons davantage le Royaume aujourd’hui qu’il y a quinze jours, c’est que cette parole a pu se faire un chemin dans notre vie, dilater notre cœur, et faire grandir notre désir de Dieu. C’est, me semble-t-il, le but de cet enseignement de Jésus : pas seulement nous dire comment les choses se passent, mais nous les faire désirer vraiment, et reconnaître en Jésus celui qui a les paroles de vie éternelle. Matthieu, dans sa pédagogie, termine son chapitre treize par le passage de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Nous n’entendrons malheureusement pas ce passage, c’est pourquoi je vous en parle. Peut-être vous souvenez-vous de cet épisode de la vie de Jésus. Les habitants de Nazareth, la ville où Jésus a grandi, ne reconnaissent pas en lui celui que Dieu envoie. Pour eux, il n’est que le fils du charpentier, celui dont la mère s’appelle Marie. Au lieu d’écouter Jésus et d’intégrer son enseignement, ils ne font que s’interroger, peut-être avec une pointe de jalousie : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? Et Matthieu de préciser que Jésus était pour eux une occasion de chute. Un comble pour celui qui veut apporter le salut. Voilà que ceux dont on attendait un motif de fierté du fait qu’ils connaissaient Jésus, le rejettent et ne croient pas en lui. 
 
Comme eux, nous avons entendu Jésus ; comme eux, nous le côtoyons, dimanche après dimanche. Est-ce là notre vrai désir ? Est-ce là une rencontre attendue, espérée ? Est-ce là le moyen pour nous de chercher et d’acquérir ce Royaume qu’il annonce ? Ou venons-nous simplement parce que nous n’avons rien de mieux à faire en ce moment et que la messe nous divertit en nous sortant un peu de chez nous ? Notre désir est-il d’être là, réellement, au plus proche de Jésus, ou de rentrer le plus vite possible chez nous, parce que nous aurons mieux à faire après cette parenthèse spirituelle ? Où est ton désir ? Où est ton cœur ? Réfléchis bien, prends tout le temps nécessaire : ton avenir dépend de ta réponse. Amen.  

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 24 septembre 2016

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2016

Nous irons tous au paradis : quand l'évangile contredit Polnareff.





On ira tous au paradis, même moi, chantait Michel Polnareff, …à tort. Non pas qu’il n’ira pas au paradis, il ne me revient pas de me prononcer sur ce fait, mais après avoir entendu l’évangile de ce dimanche, il est bien clair qu’il a oublié de méditer cette parabole de Jésus ; à moins qu’il l’ait tout bonnement mise de côté comme nous le faisons souvent avec les textes qui ne disent pas ce que voulons, ou qui disent justement ce que nous ne voulons pas entendre. On aime tous Jésus quand ce qu’il fait ou ce qu’il dit nous fait chaud au cœur. Mais quand il nous fait comprendre que la vie avec Dieu est exigeante, quand il nous dit qu’on ne peut pas vivre n’importe comment, il est bien gentil, mais enfin, comme le disait une syndicaliste lors d’un entretien professionnel, « ce que vous allez dire, je ne veux pas l’entendre ! »
 
S’il avait tort sur le principe, il n’avait pas tout à fait tort quant à l’esprit de la chose. Il est une certitude pour moi : nous sommes tous destinés au paradis. Le projet de Dieu, c’est bien que tout homme vive d’une vie marquée du sceau de l’éternité. Si Jésus a quitté la droite de Dieu pour s’incarner dans notre monde, se faisant l’un de nous, c’est bien pour que nous puissions tous parvenir à ce monde de Dieu ; et pour nous ouvrir une voie royale, Jésus a livré sa vie sur la croix. Son sacrifice est notre vie ; son anéantissement est notre délivrance du péché et de la mort. Avec Jésus, nous sommes bien destinés à passer de la mort à la vie, à passer de cette terre à la Jérusalem nouvelle pour une vie avec Dieu, pour toujours. 
 
Mais destinée n’est pas destination ! Nous ne sommes pas arrivés, et Jésus nous dit même que certains pourraient ne jamais arriver ! Et cela ne dépend pas de Jésus, ça ne dépend pas de Dieu, ça dépend de nous, de nous seuls, et de ce que nous aurons fait de notre vie. Et surtout ne réduisons pas cela à un combat entre les bons et les méchants ; le riche n’est pas un méchant homme, il est même capable de se préoccuper du sort de ses frères, mais trop tard ! Il n’a pas été méchant avec le pauvre Lazare ; il ne l’a tout simplement pas vu ! Et c’est bien là le problème, notre problème ; savons-nous regarder le monde, savons-nous regarder nos frères avec suffisamment de tendresse et d’amour pour voir en eux la trace de Dieu et de son passage dans nos vies ? Savons-nous servir Dieu en servant nos frères ? Savons-nous aimer Dieu en aimant nos frères, tous nos frères ? Aujourd’hui, Lazare est le nom de ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe. Lazare est le nom de ces hommes et de ces femmes qui attendent un peu d’affection, un peu d’attention, un peu de place pour reconstruire leurs vies détruites par la guerre, pour redonner sens à leurs vies anéanties par notre indifférence, notre égoïsme, notre peur. Le fossé que nos sociétés creusent entre eux et nous aujourd’hui risque bien d’être le fossé qui nous séparera d’eux lorsqu’ils seront accueillis dans le sein d’Abraham. Il sera alors trop tard, pour nous. 
 
Aujourd’hui, il n’est pas encore trop tard. Il est encore temps de faire quelque chose ; il est encore temps d’ouvrir nos yeux ; il est encore temps d’écouter Moïse et les prophètes ; il est encore temps d’écouter Jésus nous redire cette parabole du riche et du pauvre Lazare. Aujourd’hui, il est encore temps de réagir ; il est encore temps d’aimer, d’agir et de vivre selon ce que nous aurons compris de l’enseignement du Christ. Laissons là la bande des vautrés qui n’existera plus ; soyons de la bande des vivants, de ceux qui vivent aujourd’hui et qui vivront demain et toujours. Soyons de ceux qui iront au paradis ! Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 5 novembre 2011

32ème dimanche ordinaire A - 06 novembre 2011

Avoir toujours le désir de voir le Christ !





Elles sont méchantes, elles ne partagent pas ! C’est le cri du cœur d’un enfant à qui les catéchistes ont sans cesse parlé de l’importance du partage et qui entend cette page d’évangile ; il y a bien cinq jeunes filles qui ont de l’huile en réserve et qui refusent de la partager avec les cinq autres qui n’ont pas pris de réserve. Et en plus, celles qui ne sont pas partageuses sont invitées par l’époux alors que les autres sont jetées dehors ! Notre brave petit y perd sa religion. S’il faut partager avec ceux qui n’ont rien, y aurait-il malgré tout des choses qui ne se partagent pas ?

Ce que cet enfant n’a pas compris, c’est le contexte de l’histoire, sans lequel rien n’est clair. Jésus, en racontant cette parabole, parle de son retour. Au moment où l’évangéliste écrit ces lignes, la jeune communauté s’inquiète : Jésus est mort et ressuscité, il est retourné vers son Père, il a transmis l’Esprit… mais il tarde à revenir ! Qu’en est-il de cette dernière promesse ? Beaucoup pensaient qu’ils verraient ce retour de leur vivant ; mais cela ne semble plus être le cas. La parabole de Jésus rapportée par Matthieu vient alors leur redire que ce retour aura lieu, à un jour et à une heure que nul ne connaît et qu’il nous faut donc patienter, nous tenir prêt.

La noce de la parabole, c’est le jour du retour du Christ ; l’Epoux, c’est le Christ ; les jeunes filles, les insensées comme les prévoyantes, ce sont les membres de l’Eglise. Le temps de l’Epoux qui tarde à venir, c’est le temps où nous sommes ; les lampes d’huile, notre capacité à attendre, notre capacité à veiller dans la nuit. Lorsque, devant l’arrivée repoussée de l’Epoux, les jeunes filles s’endorment, leur capacité à veiller est manifestée par ces lampes à huile qui brillent. Les cinq prévoyantes ont des réserves de patience : quoi qu’elles fassent, qu’elles soient éveillées ou endormies, elles sont en veille, elles ont le désir de rencontrer l’Epoux et de ne pas le manquer. Les cinq insensées, au contraire, n’ont pris que ce qui leur semblait utile ; on n’a jamais vu un Epoux tarder à venir à sa propre noce. L’attendre n’est qu’une question de principe. Elles s’endorment comme les autres, et leurs lampes avec elles. Elles n’ont plus le désir d’attendre. Si les premières s’endorment avec le désir de la rencontre, les secondes s’endorment, fatiguées d’attendre ; il ne viendra plus !

Ainsi va la vie de l’Eglise et des croyants. Il y a ceux qui croient vraiment et qui attendent encore le retour du Christ sauveur, qui l’attendent avec la certitude qu’un jour ils verront Dieu, un jour, ils seront pour toujours avec le Seigneur. Et il y a ceux qui n’y croient plus vraiment, dont le désir de rencontre s’est affadi, perdu dans les sables de l’histoire. Ils sont croyants sans être vraiment pratiquants. Que le Christ vienne ou pas ne change rien à leur vie. Nous comprenons alors ce que le petit garçon n’avait pas compris. Les cinq prévoyantes ne peuvent pas donner de leur huile de réserve, parce que personne ne peut donner à un autre une part de son désir de voir Dieu. Si ce désir se perd et que la foi n’est qu’un ornement de notre vie, personne ne pourra nous donner un morceau de sa foi, un morceau de son désir.

Attendre Dieu, attendre le retour du Christ se fait de manière active, avec la certitude chevillée au cœur, que je dorme ou sois éveillé, qu’un jour, il viendra et que je dois être prêt pour ce jour. Si je me laisse surprendre parce que j’ai perdu l’envie de la rencontre, je resterai dehors de la salle du festin. Je m’entendrai dire, comme aux cinq insensées : Vraiment, je vous le dis : je ne vous connais pas.

La célébration eucharistique qui nous rassemble est un moyen de recharger l’huile de nos lampes pour ne jamais en manquer. Nous venons ici écouter la Parole de Dieu qui nous encourage à tenir bon ; nous venons recevoir le Pain consacré, signe de la présence du Christ au milieu de nous ; et nous chanterons, dans l’anamnèse, notre désir de son retour. Nous repartirons dans notre quotidien, forts de ce que Dieu lui-même nous aura partagé, capables de transformer notre monde et notre vie pour qu’ils correspondent toujours plus à ce que Dieu en attend. Pour attendre le retour du Christ, il ne s’agit pas de rester bloquer dans cette église, il s’agit d’y venir puiser à la source ce qu’il nous faut pour accomplir notre tâche d’homme et de chrétien au milieu de ce monde. Et si le sommeil de la mort s’empare de nous avant le retour du Christ, il s’agit de nous endormir encore avec le désir de voir Dieu : Dieu prendra avec lui ceux qui se sont endormis en Jésus.

Elles ne sont donc pas méchantes, les cinq jeunes filles qui avaient pris de l’huile en réserve ; elles sont juste habitées par un désir plus grand de voir l’Epoux venir, par le désir de l’accompagner et de le suivre. Qu’elles soient notre modèle pour réveiller en nous ce même désir de voir le Christ et nous rendre attentif à toujours avoir un peu d’huile de réserve. Qui sait : il pourrait venir aujourd’hui ! Amen.





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille Dimanches et fêtes, Année A, éditions Les presses d'Ile de France)